Mémoire Rugby - WordPress.com

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M1 Information-communication
Université de Toulouse 1 - Capitole et Université Paul Sabatier-Toulouse 3
La nouvelle image du rugby d'élite français : de l'importance des
enjeux extra-sportifs sur le jeu ?
Mémoire de recherche présenté par Alexandre BOUGHERARA
Sous la co-direction de Valérie BONNET et Robert BOURE
Mai 2011
REMERCIEMENTS
Je tiens à remercier en premier lieu Robert Boure et Valérie Bonnet, pour m’avoir guidé dans
mon travail, en me fournissant des références nécessaires et en me faisant partager leurs expériences
sur le travail de recherche ainsi que sur le sujet que représente le rugby.
Un grand merci à tous les professionnels qui m’ont accordé un peu de leur temps précieux pour
répondre à mes questions et me donner des informations très estimables : Pierre Villepreux, Eric
Bayle, Patrick Mignon, Pierre Caillaud, Patrick Vialette.
Je veux également remercier M. Bartholomé du journal L’Equipe, sans qui mon corpus n’aurait
pas été aussi riche, ainsi que Robert Barcelon du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel pour m’avoir
fourni, à deux reprises, des données sur la représentativité du rugby à la télévision.
Enfin, je tiens à montrer ma reconnaissance à Anne Bougherara, pour avoir pris le temps de
relire mon mémoire et s’être plongée dans un domaine qui lui est assez étranger.
2
SOMMAIRE
INTRODUCTION............................................................................................................................. 4
Première partie.................................................................................................................................. 6
1. La nouvelle image du rugby français...................................................................................... 7
1.1. Contextualisation historique................................................................................................. 7
1.2. La professionnalisation....................................................................................................... 10
1.3. Rugby et télévision............................................................................................................. 18
1.4. Sponsoring.......................................................................................................................... 41
1.5. Mondialisation.................................................................................................................... 47
1.6. Bénéfices et limites............................................................................................................. 51
Deuxième partie............................................................................................................................... 60
2. Le Stade Français...................................................................................................................
61
2.1. Historique…....................................................................................................................... 61
2.2. Un président fondateur et visionnaire................................................................................. 62
2.3. Influences........................................................................................................................... 73
2.4. Le Stade Français comme modèle...................................................................................... 77
2.5. Les limites.......................................................................................................................... 81
CONCLUSION................................................................................................................................ 84
ANNEXES………………………………………………………………………………………… 85
BIBLIOGRAPHIE……………………………………………………………………………… 116
TABLE DES MATIERES...…………………………………………………………………….. 119
3
Introduction
Le rugby est l'un des sports les plus populaires au monde et pourtant l'un des plus complexes.
N'étant pas à un paradoxe près, le ballon ovale a délaissé progressivement ses fameuses valeurs
ancestrales pour s'accoutumer au professionnalisme avec tout ce que cela sous-entend d'enjeux
extra-sportifs.
Régulièrement diffusé à la télévision, je dois confesser que le rugby n'était pas un de mes sports
de prédilection contrairement au football ou au tennis. Regarder une trentaine de joueurs aux
gabarits hors-norme se rentrer dedans, se plaquer, faire des passes en arrière ou envoyer un ballon
ovale de plusieurs dizaines de mètres entre deux poteaux longilignes se démarquant du terrain n'est
pas un spectacle facile d'accès. Pourtant, depuis quelques années, il m'arrive de m'attarder sur des
matchs. Attiré par les affiches prestigieuses du championnat et des Bleus, je me suis découvert un
certain intérêt pour l'ovalie.
J'ai gardé d'agréables souvenirs audiovisuels de certains matchs qui sont restés dans
l'anthologie du sport collectif : demi-finale coupe du monde 1999 et quart de finale 2007 contre la
Nouvelle-Zélande, finale du championnat de France Stade Français – Clermont en 2007, finale de la
H-Cup 2010 cent pour cent tricolore Toulouse – Biarritz... Le rugby a su me procurer des émotions
rarement atteintes par les autres spectacles.
Pourquoi ? Est-ce dû à la qualité de la retransmission, à l'émulation collective de mon
entourage et des inconnus, à la beauté du jeu ? Sûrement un peu de tout ça et bien d'autres raisons
encore. Une chose est sûre, le rugby a su faire peau neuve, en évoluant dans le sens de la marche du
monde actuel.
Car tout comme le football avant lui, le rugby est passé d'un statut de loisir populaire dans le
sens péjoratif du terme, pratiqué dans des contrées loin du parisianisme dominant voire dans des
destinations exotiques, à celui d'activité tendance, attirant tous les publics dans les gradins et faisant
de ses joueurs des gravures de mode et des people en puissance. Or, il s'avère que je me suis
souvent interrogé sur les raisons de cette évolution quasi-soudaine, sur la modification de l'image de
ce sport et de ses acteurs.
4
Voilà pourquoi le sujet de ma problématique est le suivant : la nouvelle image du rugby
d'élite français, de l'importance des enjeux extra-sportifs sur le jeu ?
La réalisation de ce mémoire de recherche résulte d'une double problématique : comment
mettre en application des données théoriques sur un sujet que nous avons choisi ? A fortiori, faire
une étude sur une problématique qui nous intéresse. J'ai donc su saisir l'opportunité qui m'était
offerte d'en savoir plus sur un sport qui m'était encore méconnu. J'aurai pu faire mon travail sur le
football, mais ma connaissance et ma passion pour le ballon rond auraient sûrement altéré mes
propos. Je me devais de me décontextualiser de mes recherches afin d'être le plus objectif possible.
Étudier une activité étrangère me semblait la solution la plus efficace.
Pour ce faire, je me suis basé sur un corpus théorique et pratique conséquent. Au vu de la
généralité du sujet et du nombre de domaines dont il a trait, mes recherches documentaires se
devaient d'être importantes. Mes analyses se fondent sur des sources et ressources diverses : articles
de journaux généralistes, spécialisés, presse régionale, presse nationale, livres traitant des divers
aspects du rugby moderne (jeu, économie, médiatisation, mondialisation), des écrits théoriques afin
de justifier les arguments d'ordre empiriques et épistémologiques, des données de première main
(CSA, Stade Français) ainsi que des entretiens semi-directifs réalisés auprès de spécialistes en tout
genre autour de ma problématique1. Pour constituer mon corpus, je me suis aidé des ressources que
le système universitaire a mis à la disposition des étudiants : les bases de données virtuelles Factiva
Sudoc et Archipel, ainsi que la recherche de documents réels au sein des bibliothèques de Toulouse.
Un travail de recherche présuppose d'articuler son analyse à travers une démarche construite
et logique. Dans une première grande partie, je vais présenter les tenants et les aboutissants de cette
évolution de l'image du rugby. Donner des explications sur des sujets transversaux, concernant des
domaines divers qui ont eu ou ont des impacts sur cet état de fait : contexte historique, avec une
brève présentation historique et une progression chronologique du rugby; des éléments
déclencheurs comme la Coupe du Monde; la professionnalisation; l'influence des médias et des
sponsors; la mondialisation; les bénéfices et les limites du projet. Mon mémoire s'attachera à relever
les faits sportifs, sociaux, éducatifs, économiques, santé, l'influence que cela produit sur les publics,
les liens qui se sont tissés entre le sport et les investisseurs majeurs...
La deuxième partie sera une illustration de la première à travers le cas concret du Stade
Français mais aussi d'autres clubs qui ont été les précurseurs ou les bénéficiaires en terme d'images
1
QUIVY R. VAN CAMPENHOUDT L., Manuel de recherche en sciences sociales, Éditions Dunod, Paris, 1988
5
décalées. Ce chapitre vise à démontrer le processus inhérent à tout projet sportif mêlant reconquête
sur et en dehors du terrain de jeu. En quoi la vision d'un président, l'influence d'une communauté,
l'apport de mécènes ou l'évolution des mœurs peuvent-ils contribuer à façonner un nouveau rugby ?
Première partie :
Etude du rugby français
6
1.
La nouvelle image du rugby français
1.1.
Contextualisation historique
1.1.1.
La Coupe du Monde de Rugby
Bien que certains projets aient tenté d'impulser l'idée de l'organisation du Coupe du Monde de
rugby après la seconde Guerre Mondiale, le premier réel déclic fut à mettre au crédit de David Lord.
En 1983, David Lord, alors ancien journaliste australien reconverti dans les affaires sportives se mit
en tête de lancer la première manifestation mondiale de ce sport. Son constat d'origine était
simple: « j'ai constaté qu'on demandait de plus en plus aux joueurs de haut niveau sans rien leur
donner en échange. Dix livres par jours alors qu'ils sont en tournée, c'est ridicule à l'époque
actuelle. (…) Mon but c'est de leur permettre d'exploiter leurs qualités et de tirer profit de leurs
efforts. (…) Ils ne feront un bon spectacle que s'ils sont heureux »2. Déjà, les notions d'argent et de
« spectacle » constituaient la problématique principale du renouveau du rugby.
David Lord n'a fait que relever un état de fait propre à ce sport : l'amateurisme ne paie pas.
« Il fût un temps où le rugby était un aimable passe-temps. Il change de nature lorsque les saisons
durent onze mois dans l'année »3. De fait, l'emploi du temps de plus en plus chargé des rugbymen
devient incompatible avec leur vie professionnelle et privée comme le certifie Roy Ladlaw, numéro
9 écossais, qui décrit sa situation après avoir reçu 8 livres par jour pour une tournée de deux mois et
demi en Nouvelle-Zélande : « j'ai une femme et deux enfants. Pour pouvoir partir, j'ai pris mes trois
semaines de congés annuels, puis deux mois sans solde. C'est un sacrifice que je ne peux accomplir
qu'une fois dans ma vie »4.
Certes, cela ne concernait que les internationaux, mais cela illustrait aussi le début de fossé qui
se creusait entre l'amateurisme local et celui du haut niveau.
Les joueurs n'étaient pas dupes et commencèrent à se rendre compte que leurs investissements
n'étaient pas forcément récompensés à leur juste valeur : « les mœurs ont évolué beaucoup plus
rapidement que les coutumes. Les joueurs de rugby ne vivent pas dans une tour de verre. Ils
2
L'Equipe, 24 septembre 1983
L'Equipe, 21 août 1983
4
Idem
3
7
côtoient quotidiennement d'autres sportifs (…). Ils ont des oreilles pour entendre et des yeux pour
lire. Et un cerveau pour se poser la question : <Pourquoi pas nous ?> »5.
1.1.2.
Le projet
Concrètement, le projet de David Lord était de réunir les meilleurs joueurs des plus grandes
nations de l'ovalie au sein d'un même tournoi, prémices de ce qui deviendra quatre ans plus tard, la
Coupe du Monde de Rugby.
L'organisation de l'évènement se présentait en tant quel telle :
-
Huit équipes nationales : Angleterre, Australie, Écosse, Fidji, France, Irlande, NouvelleZélande et Pays de Galles
-
Matchs en système de poule de 4, puis demi-finales et finale, s'étendant sur 6 semaines
-
Sept tournois prévus entre janvier 1984 et janvier 86, avec alternance d'organisation par
hémisphère
-
Composition : 26 joueurs, entraîneur, manager, staff médical, bagagiste
-
Rémunération : 150 000 Francs (≈ 23 000 €) par joueur par tournoi + bonus notoriété +
primes aux résultats
-
Le financement se ferait grâce aux investissements du sponsoring et des droits télévisuels.
La fameuse banque anglaise Lloyd's se chargerait des émoluments des joueurs.
1.1.3.
Les conséquences
Après des mois de tractations, de rumeurs et d'apparitions fugaces, il s'avéra que le plan de
David Lord n'était en fait qu'un « immense bluff, en raison du manque de ressources financières
pour le mettre en route »6.
Cependant, à une époque où ce sport en était aux balbutiements de ses grands chantiers, cette
tentative avortée aura permis de faire avancer les choses comme le souligne Robert Paparemborde,
ancien grand pilier des Bleus : « Toute cette agitation, tous ces projets découlent des conditions
actuelles. Si le rugby avait évolué plus vite ces dernières années, le problème ne se poserait même
pas. (…) Cela aura au moins eu le mérite de faire discuter et amènera à prendre conscience de
faits réels »7.
Cette prise de conscience interviendra donc quatre ans plus tard quand l'International Board
« par peur de voir qu'une initiative plus sérieuse ne voie le jour », donna le coup d'envoi du premier
5
L'Equipe, 20 septembre 1983
L'Equipe, 27 septembre 1994
7
L'Equipe, 19 septembre 1983
6
8
tournoi mondial de Rugby.
Bien au-delà de l'anecdote, l'histoire de David Lord est surprenante de par le caractère
visionnaire de son instigateur. En effet, bien avant la fin de l'amateurisme, ce promoteur du rugby
professionnel en Europe a su mesurer les enjeux qui permettront à ce sport d'être viable.
A travers ce graphique reprenant les éléments du projet de David Lord, c'est la conception même du
rugby de haut niveau actuel qui est défini :
Manne financière
pour attirer les
joueurs
Sponsors
Télévision
Publicité
Publicités sur et
en dehors du
terrain
La garantie financière du projet était censée être assurée par des fonds privés dont faisait partie
le marché d'assurance londonien Lloyd's.
Une fois ceci garanti, les joueurs, au nombre de trois cents devaient souscrire un contrat. Les
sponsors, autres investisseurs potentiels, souhaitaient disposer de la télévision comme d'un écran
publicitaire de premier plan. L'audiovisuel garantissait des droits de retransmission et diffusait de la
publicité autour de l'évènement. David Lord voulait également afficher des inscriptions sur des
éléments du terrain et du stade : ballons, maillots, panneaux autour du carré vert...
9
1.2.
Professionnalisation
Jusqu'au début des années 90, le rugby se pratiquait dans des zones concentriques, représentant
bien souvent des villages, des bourgs ou des petites villes. Les stades municipaux constituaient des
lieux de vie par excellence où chaque personne, de tous âges, sexes, professions et catégories
sociales se retrouvaient dans une ambiance dite festive et conviviale. L'équipe de rugby
s'apparentait à la traduction du terroir, il représentant le local à l'extérieur, marqué par toute une
culture, figure de proue d'un ensemble mêlant respect des valeurs traditionnelles, d'une volonté de
partage et d'un dynamisme à toute épreuve.
Toutefois, cette image du rugby amateur, fortement ancrée dans les racines provinciales fera
face peu à peu à des aspérités marquées par une époque qui évolue plus vite que la circulation de la
balle et qui façonnera le rugby de demain. Les fondements du rugby d'antan, d'influence holiste et
déterministe, vont se scinder petit à petit jusqu'à cette année 1995 où le terme tabou de
« professionnalisme » va faire son entrée. Dès lors, les fameuses « valeurs » du rugby vont
s'effriter. L'interdépendance des joueurs et des habitants, vecteur de l'amateurisme, va être ébranlée
et ne pourra plus garantir l'ordre social préétabli8.
1.2.1.
Introduction du rugby
Crée d'après la légende en 1823 par William Webb Ellis, le rugby s'est forgé une place de choix
dans le pinacle du sport collectif. Prônant des valeurs traditionnelles et locales comme l'abnégation,
la solidarité, le labeur, l'entraide, ses matchs constituaient bien souvent des moments de partage et
de fête dans de nombreuses régions.
Le terme de « régionalisme » est primordial pour introduire cette étude car l'ovalie se démarque
par une pratique locale et non globale, comme on peut le vérifier au football, au handball, voire au
basket-ball.
Codifiée par la Rugby Union en 1871 puis par l'International Rugby Board en 1888, la pratique
du ballon ovale s'est répandue au gré des voyages des marins anglais, qui transmettaient leurs
savoirs auprès des populations colonisées mais également envers leurs partenaires commerciaux. Le
rugby s'est développé en France depuis Bordeaux qui était l'un des carrefours maritimes les plus
importants d'Europe, où les marchands anglais faisaient escale.
8
DURKHEIM E., Éducation et Sociologie, Presses Universitaires de France, Paris, 1937
10
Jusqu'aux années 1980, le rugby d'élite se pratiquait essentiellement dans des nations du
Commonwealth et dans certains territoires français. Jean-Pierre Augustin déclare que c'est par son
antériorité aux autres sports collectifs et son organisation internationale, que le rugby s'est enraciné
aux antipodes et dans le sud de la France9.
Le rugby était basé sur un amateurisme absolu, reniant toute ingérence monétaire. Ce concept
était une vision générale qui mettait les divers acteurs (clubs, joueurs, spectateurs) sur un même
plan, traduisant parfaitement les valeurs intrinsèques de l'ovalie énoncées précédemment.
Néanmoins, malgré sa popularité, la pratique à haut niveau du rugby mondial se concentrait
principalement des deux côtés de la Manche.
Ainsi, mis à part une présence aux Jeux Olympiques (de 1900 à 1924), l'unique compétition
« internationale » était le Tournoi des 5 Nations, regroupant l'Angleterre, le Pays de Galles,
l'Écosse, l'Irlande et la France.
Or, il s'avère que de nombreuses nations du « Sud » disposaient de véritables viviers de joueurs,
où le rugby faisait figure de sport nationale : Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, les îles
Fidji, Tonga... Toutes étant d'anciennes colonies britanniques, d'où est originaire la pratique du
ballon ovale. Ces nations se sentaient exclues de toute considération internationale. Seuls les testmatchs intercontinentaux faisaient figure de lien entre les deux hémisphères. La création d'une
coupe du monde fut la première étape d'une mutation inéluctable, dont le point d'orgue arriverait à
l'aube du XXIème siècle.
1.2.2.
Terrain de conquête et de pouvoir
L'International Board a subi à la fois la pression de deux magnats des médias et de l'ère du
temps. Le lendemain de la victoire des Springboks, lors de la 3ème Coupe du Monde en juin 1995,
Rupert Murdoch, milliardaire américain d'origine australien, propriétaire entres autres de la Fox,
émit un chèque de 2,8 milliards de Francs (420 millions d'euros) aux fédérations des trois plus
grandes nations de l'ovalie du Sud. Son but : créer un championnat transfrontalier regroupant les
meilleurs équipes d'Australie, d'Afrique du Sud et de Nouvelle-Zélande, et d'en avoir l'exclusivité
de retransmission durant 10 ans. Les rencontres internationales sont aussi comprises dans le contrat.
C
Cependant, l'élément déclencheur de la fin de l'amateurisme concerne paradoxalement... le
rugby à XIII. En effet, Murdoch avait aussi la volonté de lancer son propre circuit treiziste, la
« Super-ligue Mondiale ». Toutefois, il existait déjà un championnat officiel, et professionnel,
9
AUGUSTIN J.P., Géographie du sport : spatialités contemporaines et mondialisation, Editions Armand Colin, Paris,
22007, p 56
11
détenu par un autre magnat des médias australien, Kerry Packer. Cette ingérence inattendue va
conduire Packer a réagir à son tour.
Un mois plus tard, Packer annonce le futur lancement d'un championnat mondial, le World
Rugby Corporation, regroupant les meilleurs rugbymen de la sphère. Comme David Lord en son
temps, Kerry Packer va attirer les joueurs en utilisant l'argument de la rémunération : pour un
contrat de trois ans, les 900 athlètes contactés toucheront aux alentours d'un million de Francs
annuel, sans compter diverses primes associées aux résultats et aux performances.
Devant cette sérieuse menace, les fédérations ont pris les devants : début août, les directions du
Sud ont décidé de « tripler les avantages et les primes pour s'aligner sur les tarifs <Packer> »10,
alors qu'en France, la FFR va multiplier par quatre les primes aux internationaux, à savoir 50 000
Francs. Finalement, les deux magnats se rencontrent mi-août. Kerry Packer décide de se retirer de
l'affaire non sans avoir négocié avec son concurrent : « on peut légitimement penser que le rugby
n'était pas la motivation première de Packer, mais que la menace WRC lui a permis de négocier
avec Murdoch le partage XIII-XV »11.
Cependant, la machine est lancée, les grandes instances dirigeantes ont été obligées de prendre
les choses en main de peur de voir perdre leur sport et de faire des concessions à l'image de Bernard
Lapasset : « il faut que le rugby reste porteur d'une certaine image, de valeurs, de référence. Dans
ce cas-là, il y aura une amélioration sensible des conditions financières (…). Il faut que nous, les
dirigeants, prenions en compte la réalité »12.
1.2.3.
Fin de l'amateurisme
C'est ainsi que le 25 août 1995, l'International Board déclara le rugby « open ». Une manière
subtile d'annoncer la fin de l'amateurisme sans toutefois clamer haut et fort l'arrivée, reconnue de
tous, du professionnalisme.
Lors de la réunion spéciale du Conseil sur l'amateurisme, il a été déclaré que :
-
Une nouvelle série de règles, dénommée « règles de la participation au jeu », sera mis en
place après la réunion intérimaire du conseil en septembre 1995.
-
Les règles relatives à l'amateurisme devraient alors être annulées à la suite de l'adoption de
ces nouvelles règles.
10
L'Equipe, 20 août 1995
Le Figaro, 28 août 1995
12
L'Equipe, 01 août 1995
11
12
-
Suite à l'annulation des règles sur l'amateurisme, le rugby deviendra un jeu « ouvert » et il
n'y aura pas d'interdiction de paiement ou de toute autre forme de profit des personnes
participant au jeu. Le conseil s'est aussi mis d'accord pour que :
- Des paiements soient effectués à tout niveau de participation,
- Il n'y ait pas de plafond de paiement imposé par le conseil,
- Un intéressement aux résultats ne soit pas interdit.
-
Les règles seront libérales par nature et non obligatoires. Toute union membre aura la
possibilité de mettre en œuvre des règles locales qui pourront être plus restrictives.
-
La décision sur l'admission et la réintégration des joueurs de rugby à treize sera prise lors de
la réunion intérimaire.
1.2.4.
Mise en lumière de déséquilibres
Plus encore qu'une histoire très lucrative, ce tremblement de terre estival au sein de la planète
ovale a mis en lumière des injustices, particulièrement auprès des joueurs. « A force de voir (…) les
sponsors qu'on taxe et les fédérations qui construisent des stades grand luxe, tout ça pour amasser
de l'argent, il fallait bien qu'un jour, un homme commence par offrir beaucoup d'argent à ceux qui
jouent. C'est la loi du marché, et le rugby ne peut plus se payer, comme par le passé, le luxe de
vivre dans un autre siècle, avec tous les avantages que cela comporte »12.
Cette notion de « marché », Bernard Lapasset la définit à sa manière : « le danger, c'est la loi
du libre marché. C'est elle qui peut créer une coupure avec les nations riches et des nations
pauvres »13.
Le principal risque réside dans ce système à deux vitesses qui est en train de se mettre en
place : d'un côté l'hémisphère sud, disposant des meilleurs joueurs au monde, soutenu par des
conglomérats médiatiques et financiers très puissants, souhaitant avoir une place plus importante au
sein de l'establishment mondial et au niveau de la représentativité, et de l'autre côté, un hémisphère
nord qui reste ancré sur ses positions teintées de valeurs ancestrales et d'impérialisme sur le jeu :
« Quand Auckland ou Johannesburg rêvent de salaires confortables et de rugby à temps plein,
Paris, et plus encore Dublin, parlent de culture, de respect d'une tradition qu'ils proclament
essentielles de ce sport »13.
Les rugbymen, les premiers concernés par ces chambardements, agrippèrent donc la barre
tendue par les magnats australiens pour se faire entendre et imposer leurs revendications : « ils
13
Le Monde, 23 août 1995
13
trouvaient là l'occasion de démontrer à leurs instance fédérales qu'il était temps de se mettre autour
d'une table, de parler argent, d'évoquer le statut du joueur ».
1.2.5.
Transformations en profondeur
L'amateurisme conçu par l'International Board Rugby de la fin du XIXème siècle interdisait
toute compensation aux joueurs. Cette règle fut respectée durant un siècle, en apparence. Les
systèmes pour contourner cette loi étaient légions : loyers, voitures, emplois, argent non-déclaré...
les clubs et les communautés récompensaient leurs rugbymen de bien des manières.
Si effectivement les salaires des joueurs ont augmenté et qu'ils sont dorénavant payés en
sélection, le changement s'est surtout opéré au niveau des pratiques. De l'amateurisme « marron »,
la professionnalisation n'en a rendu que plus transparent et légal des combines vieilles comme le
monde du rugby : « Seule différence, les joueurs toucheront les primes au grand jour et pas entre
deux portes comme par le passé »14. Avis partagé par le journaliste du Monde Benoit
Hopquin : « les sommes qui circulaient depuis des années de manière souterraine, pudique ou
hypocrite selon les opinions, vont sortir au grand jour »15.
Sous couvert de transparence, ce sont les bases même du rugby qui sont en train d'évoluer. Il
faut donner un cadre législatif strict : salaires, règles du jeu, financement, développement... les
diverses fédérations ont pris le train en marche de l'avenir de ce sport : « car les enjeux sont
énormes. D'ici à 1997, le rugby doit avoir posé les bases de sa nouvelle organisation (…).
Développer des départements juridiques, financiers, marketing à tous les échelons. Reformer voire
créer ses compétitions. Dépoussiérer les lois de jeu (…). Créer un véritable <ministère> du
développement. Bref, rentrer dans l'ère moderne »16.
Le rugby est alors a la croisée des chemins : défendre les valeurs de l'amateurisme coûte que
coûte comme Bernard Lapasset président de la Fédération Française de Rugby et de l'International
Board, ou s'incliner devant les faits, à savoir que le rugby devient attractif. Si certains comme
Daniel Herrero, ancienne grande figure de ce sport, restent dubitatifs « que le rugby serve de
promotion (...) me paraît positif, mais devenir un mercenaire ne me paraît pas quelque chose de
positif pour le rugby », d'autres comme Vernon Pugh, président de la fédération galloise et ardent
défenseur de l'amateurisme, ont fait un constat amer : « je dois confesser que nous entrons dans un
14
L'Equipe, 02 septembre 1995
Le Monde, 29 août 1995
16
L'Equipe, 28 août 1995
15
14
monde qui ne nous est pas familier, celui de la commercialisation »17.
Finalement, les plus réticents à ce changement ont dû s'y résoudre : le rugby est rentré dans une
nouvelle ère. L'évolution de l'ovalie, mais aussi de la plupart des sports populaires, est inhérente aux
progrès sociaux, économiques, communicationnels planétaires, aux changements des mœurs, à une
volonté commune de donner au sport un cadre à la hauteur de ses ambitions et de sa popularité.
Bien culturel, élément fédérateur, objet de toutes les passions, le sport est l'activité la plus suivie au
monde. Sa couverture médiatique et les investissements exponentiels dont il bénéficie illustrent ce
constat : le sport est à la fois un phénomène et un acteur social à part entière.
1.2.6.
Approches théorique et sociologique
L'évolution entre amateurisme et professionnalisme a ceci de particulier dans le cas présent
qu'il a touché plus un modèle qu'un sport. Le rugby participait à la vie sociale, politique et
économique locale. En développant ses propres codes, basés sur la culture du terroir et de
l'ambiance propice aux festivités, l'ovalie se révélait comme l'expression d'une manifestation
collective, où le nombre prévalait sur l'individu18.
Cependant, et c'est encore là où réside le paradoxe de ce sport, l'aspect universaliste du rugby
ne s'appliquait en réalité qu'auprès de certaines couches sociales. Des écoles d'élite en Angleterre
aux classes moyennes et populaires françaises, le rugby est devenu le symbole de quelques
catégories d'individus. Le rugby était pratiqué par une forme d'élite au sens social mais aussi
géographique. Ce sport faisait partie intégrante d'un tout, il dépendait d'une communauté et
réciproquement. Une sorte de lien implicite reliait les adeptes et les spectateurs à la vie de la
localité. Cette « influence du contexte local sur la microculture sportive »19 comme le définit
Sébastien Darbon, constitua la marque de fabrique du rugby de l'amateurisme : le réseau. Les
individus gravitant autour du ballon ovale formaient une tribu : du commerçant au maire, du patron
de la PME locale au notaire, la famille du rugby s'étendait bien au-delà du stadium municipal.
Pourtant, ce système de vase clos symbolique d'une époque et d'une culture dominante du local
sur le global allait s'estomper au fur et à mesure. Ou plutôt, allait provoquer une scission entre les
clubs locaux où la pratique du rugby est enraciné et ne s'altérera pas sous les agressions de l'argent
tout-puissant, et les équipes de l'élite qui vont profiter de cette occasion pour se donner un nouvel
17
Idem
AUGUSTIN J.P., Op.Cit., p 62
19
DARBON S., Rugby d'ici, Éditions Autrement, Paris, 1999, p 36)
18
15
élan et affirmer des valeurs de compétitivité à tous les niveaux, impropres aux fondamentaux de
l'amateurisme. Les relations établies par le rugby à l'ancienne vont se distendre, les rôles des acteurs
vont se diluer jusqu'à la dissociation20.
Les contextes historiques associés aux visions des joueurs ont provoqué la transformation du
sport21. D'un aspect interactionniste d'où le rugby s'est forgé à partir d'une habitude de la pratique et
de l'apport social et technique des amateurs, Jean-Marie Brohm a établi que le sport moderne se
définit dans une progression structuro-fonctionnaliste. Ainsi, les fondements du sport traditionnel
sont basés sur des éléments fonctionnels qui forment un ensemble concret, tangible et productif.
Ceux-ci répondaient à des enjeux dépassant le stricte cadre de l'activité physique :
-
système d'embrigadement politique et idéologique
-
système d'amélioration de la force du travail
-
système de reproduction idéologique des rapports sociaux de production
-
système de maintien de l'ordre social
-
système de diffusion de l'idéologie bourgeoise
Cet état de fait non particulariste, dénotait de l'importance que représentait le sport. Application
de la vie réelle sur le terrain, outil de communication implicite, espace où les différences sociales
s'estompaient sur la forme mais représentaient un combat dans le fond.
Jean-Marie Brohm va définir ces systèmes comme étant les racines de la sociologie politique du
sport22.
A ces composantes viennent s'ajouter des fonctionnalités marchandes :
-
système de mercantilisation
-
système d'embrigadement politique et idéologique
-
système de spectacularisation
Cette approche économique du sport va lui donner son sens structural. Dorénavant, les aspérités
financières ont un rôle aussi prépondérant que l'ordre social dans la pratique à haut niveau des
sports dont le rugby : « c'est la forme compétitive, sociale et capitaliste qui régule le sport. Cette
compétition détermine une structure, celle de la comparaison quantitative sur le marché. Cette
mesure est organisée dans un système de classement social qui sert de référent »23.
Au-delà du simple loisir, la pratique du rugby a toujours été reliée à des contextes socio20
MORIN E., Introduction à la pensée complexe, Éditions du Seuil, 1990
BOURDIEU P., La distinction : critique sociale du jugement, Éditions de Minuit, 1979, p 231
22
BROHM J.M., Sociologie politique du sport, Presses Universitaires de Nancy, 1976
23
VAUGRAND H., Sociologie du sport, Éditions L'Harmattan, Paris, 1999, p 141
21
16
économiques. Universel mais local, sport de pointe et de masse, porteur de valeurs et terrain
d'enjeux extra-sportifs, l'ovalie est à l'image du jeu fait de contacts et de parades, évoluant
perpétuellement pour atteindre l'équilibre entre amateurisme local et professionnalisme global.
17
1.3. Rugby et télévision
1.3.1.
Le sport-spectacle
Pourquoi et comment le rugby est-il devenu un étendard du spectacle sportif à la télévision ?
Il semble que cette évolution perceptive de l'image de ce sport soit le fruit de plusieurs contextes.
Le sport a ceci de particulier qu'il est au carrefour de deux approches particulières de sa pratique :
d'une part « jeu d'activités physiques, domaine de liberté où chacun y trouve du plaisir », il est
également « un spectacle avec des exploits et des succès grâce aux vedettes qui déclenchent les
passions humaines »24.
Cette ambivalence, mélange de loisir et de business, rend la définition du sport-spectacle assez
générale et pourtant identifiable de tous.
Concrètement, la nouvelle dimension du sport est le fruit d'un système où l'offre et la demande
se sont développées de manière exponentielle. Cette spirale est avant tout celle de l'ère de la
médiatisation : « le sport professionnel, phénomène social et économique majeur, a explosé avec sa
médiatisation. Il est devenu un spectacle de dimension mondiale (…) la télévision donne le
sentiment de participer à son tour au spectacle sportif avec davantage d'intensité »25.
Le rugby, comme d'autres sports avant et après lui, a subi une transformation qui fait souvent dire
aux gens qu'il y a un « rugby d'avant » et un « rugby moderne ».
Les médias et en particulier la télévision, ont contribué à cette évolution. Par le prisme du petit
écran, les fondements et les bases changent. Reflet d'une époque qui laisse peu de place à
l'immobilisme et au respect des traditions ancestrales, la télévision ne fait que répondre à un
système où les enjeux extra-sportifs sont prégnants, « la télévision engendre une réalité, la réalité
du monde contemporain »26.
Le rugby ne fait pas exception. Ce sport d'initiés, aux règles compliquées et au particularisme
régional, a pourtant quelque chose de visuel très fort : trente hommes aux physiques bodybuildés, se
percutant continuellement, zigzaguant entre les obstacles et longeant les lignes, ces demis tapant des
drops à plusieurs dizaines de mètres entre deux poteaux immenses... Pour en revenir à Rupert
Murdoch, il convient de souligner que son intérêt pour ce sport n'était pas totalement dénué
d'intérêt. En effet, son constat était simple : ce spectacle vaut de l'or. « Costauds, bien nourris, leurs
24
PAUTOT M., Préface de Marcel Desailly, Le sport spectacle : les coulisses du sport business, Éditions L'Harmattan,
Paris, 2003
25
PAUTOT M., Op. Cit., p 22
26
TRILLO J. et F., On refait le sport ou essai de transformation, Editions de le Table Ronde, Paris, 2005, p 157
18
joueurs pratiquent un rugby <total>, technique et athlétique, forcément spectaculaire ». C'est
vraisemblablement à partir de là que le rugby a légitimé sa place au niveau du petit écran à travers
le monde.
Les bases du spectacle vivant sont là. La télévision ne s'est pas trompée en investissant dans
une activité à fort potentiel attractif qui réunit certains éléments pour produire un spectacle
audiovisuel d'exception. Cette immixtion du médium télévisuel a eu des conséquences sur le sport
en lui-même, sur les pratiquants et sur les fameuses valeurs. Une analyse est nécessaire afin de
relever les tenants et les aboutissants de ce rapprochement pour ensuite mieux mesurer les impacts
que cela a produit à divers niveaux.
1.3.2.
1.3.2.1.
Influences réciproques
Une meilleure image
« Humilité », « promotion sociale », « partage », « solidarité », « amitié », « loisir », « beau
jeu », « amour du maillot », « abnégation », « 3ème mi-temps »... autant de visions, et bien d'autres,
partagées par les pratiquants du rugby à l'ancienne. Vecteur de lien social, pourvoyeur de travail,
représentation d'une ville ou d'une région, recherche du plaisir et du bon geste, la pratique du rugby
relevait de tout ça a la fois. Sa pratique, plus régionale, accentuait le côté « initiés » des joueurs,
plus enclin aux investissements dans ce sport moins accessible que le football par exemple.
Ancrées dans l'imaginaire populaire, les fameuses « valeurs » du rugby semblent être un des
facteurs expliquant le succès grandissant du ballon ovale et l'intérêt qu'il suscite auprès des médias :
« Au rugby, le public est familial, l'ambiance festive »27.
Pourtant, devant l'enthousiasme créé par cette relation, certains comme Olivier Bischoff,
directeur général de Carat Sport, conseil en communication sportif, mettent en garde contre les
excès que peuvent engendrer ces nouveaux acteurs majeurs de l'ovalie: « attention à ce que cet
esprit convivial et respectueux du rugby ne subisse pas les méfaits de la professionnalisation »28.
Certains comme Patrick Mignon, sociologue du sport à l'INSEP, voie en la diffusion
progressive du rugby à la télévision, un prétexte concurrentiel et historique : « Il faut remonter aux
années 60 pour voir l'appropriation du rugby par le médium audiovisuel. La télévision française
d'état a voulu investir ce sport, pour faire un contrepoids au football, pour cultiver un sport
27
28
Aujourd'hui en France, 23 mars 2010
Idem
19
beaucoup moins marqué par des valeurs économiques comme pouvait l'être le foot à l'époque. Il
fallait en quelque sorte créer une sorte d'émulation afin qu'une autre équipe de France soit
performante.29 ».
La télévision a donc mesuré le potentiel que pouvait offrir ce sport, encore préservé de toutes
considérations économiques majeures.
Depuis la propagation du petit écran dans les foyers français durant les trente glorieuses, la
télévision a eu un rôle de plus en plus primordial dans les relations sociales et culturelles. « Ce sont
les dimensions culturelles de la communication que l'on retrouve dans la télévision (…). Une
facette demeure : son rôle politique, social, culturel et de lien dans une société de plus en plus
éclatée, individualisée, à la recherche de solidarités, de racines, et de repères »30.
Le rugby, sport anglais, disposant d'une bonne image en France, a donc profité de l'espace de
visibilité que lui offrait la télévision qui lui a en retour donné la possibilité d'exploiter l'image d'une
activité saine.
1.3.2.2.
Audiences
Avec près de 370 000 licenciés en 2009, le rugby n'est que le huitième sport le plus pratiqué
(hors loisir) en France. Cependant, pour une activité non présente sur l'ensemble du territoire, ce
chiffre transcrit de manière plus évidente la popularité que rencontre l'ovalie.
Les médias ont su saisir depuis plusieurs années de l'importance que représente le ballon ovale
et de la popularité dont il jouit auprès des connaisseurs mais aussi du grand public. La télévision en
est d'ailleurs un des principaux responsables, « (…) au rôle des médias jugés seuls capables
d'accroître l'audience mondiale d'un sport qui reste loin à la traîne du football »31. C'est elle qui
diffuse les exploits de ces athlètes et bâtit les légendes.
Le succès est au rendez-vous. Les audiences sont au beau fixe : 15 millions de téléspectateurs
en moyenne pour les matchs des Bleus lors de la Coupe du Monde 2007; 8,3 millions pour le
France-Angleterre du Tournoi des 6 nations en 2010, 5,2 millions lors de la dernière finale du Top
14 (France 2 et Canal + mélangées). Fait unique : le samedi 22 mai 2010, TF1 et France 2
retransmettaient chacune une finale de coupe d'Europe. Bayern Munich – Inter Milan en ligue des
29
Confère Annexe 1 : Interview de Patrick Mignon
WOLTON D., La télévision au pouvoir, Editions Universalis, Paris, 2004, p 11
31
Le Monde, 23 août 1995
30
20
Champions à 20H45 sur la première chaîne, Stade Toulousain – Biarritz Olympique à 18H sur la
chaîne publique. Malgré l'horaire, c'est le choc franco-français de la Heineken Cup qui a remporté
les suffrages. Le rugby est donc capable de talonner voire de dépasser le ballon rond au petit jeu de
l'audimat comme l'indique le tableau ci-dessous qui démontre de l'aspect fédérateur de ce sport
devant les petits écrans :
Top 5 des meilleures audiences du rugby à la télévision 32
Matchs
Compétition
Audience (spectateurs)
France - Angleterre
1/2 finale Mondial 2007
18 308 000
France - Nouvelle-Zélande
1/4 finale Mondial 2007
16 663 920
France - Irlande
Match de poule Mondial 2007
14 566 760
France - Australie
Finale Mondial 1999
14 199 300
France – Argentine
Match de poule Mondial 2007
14,000,000
Peut-on alors parler du rugby comme d'un sport de masse ?
Le rugby, comme tout autre sport de masse, a vu sa représentativité, tant sur le plan médiatique que
sportif, augmenter. De nombreuses épreuves ont vu le jour comme la H-Cup et les Tri-Nations ou
sont en transformation perpétuelle telles le championnat de France, pour attirer la foule dans les
stades mais aussi devant les écrans. Les instances internationales sont poussées par des chaînes qui
se livrent à des surenchères financières pour obtenir les meilleures exclusivités et par conséquent,
garantir leur viabilité économique et médiatique. Le rugby fait vendre, c'est ce qui a conduit
l'International Board a déclaré la fin de l'amateurisme. Désormais, les médias ont leurs mots à dire
concernant la conception du jeu. Les droits télévisuels et à fortiori les sponsors représentent par
leurs investissements financiers et leurs couvertures médiatiques, des mannes précieuses pour la
solvabilité d'un sport devenu interdépendant de ces acteurs devenus incontournables dans le monde
de l'ovalie.
32
Source : Médiamétrie
21
Afin de mieux mesurer l'importance qu'a prise le rugby à la télévision, le graphique ci-dessous
représente l’évolution du temps de diffusion globale annuel de ce sport depuis vingt-et-un ans33.
Temps d'antenne des sports
Volume horaires
1000
900
Nombre d'heures
800
700
Football
Rugby
Tennis
Basket-ball
Cyclisme (route et piste)
600
500
400
300
200
100
0
198990 91 92 93 94 95 96 97 98 99200001 02 03 04 05 06 07 08 092010
Derrière l'intouchable football, le rugby occupe la seconde place des sports les plus diffusés à
la télévision en France depuis 1999, mis à part trois années durant lesquels le ballon ovale a cédé sa
place de dauphin à la balle jaune du tennis en raison des Jeux Olympiques et de sa diffusion
massive sur la TNT.
Parti de peu à la fin des années 80, le rugby est aujourd'hui une valeur sûre du spectacle sportif
télévisuel auprès duquel il flirte régulièrement avec les 300 heures de retransmission annuelle.
La présence de plus en plus grandissante du tennis et du basket-ball tiennent là aussi leur
justification par la qualité des spectacles, la personnalité des joueurs ainsi que la représentativité des
français : Coupe David pour les Mousquetaires, français et françaises dans les Top 20 de l'ATP et
WTA au tennis, « frenchies » très performants en NBA pour le basket.
1.3.2.3.
Une histoire d'argent
Le sport est un programme très prisé puisqu'il arrive à combiner des fonctions qui lui sont
propres, en l'occurrence la passion, l'imprévu de son déroulement et le culte du héros moderne,
représentant sa nation en combattant de manière pacifiste après avoir fait de nombreux sacrifices.
Didier Sapaut explique l'intérêt que suscite le sport ainsi : « c'est un programme très attractif qui
fait l'objet de surenchère entre diffuseurs pour l'obtention des droits » Pourquoi ? « Le sport fait
33
Sources : CSA, La Lettre de l'économie du Sport, Fast-sport ; confère Annexe 5
22
l'objet de luttes tout aussi intenses, aiguisées par l'utilisation du direct et donc de <suspense> sur le
résultat final »34. Il apparaît évident dès lors que ces fameux droits, représentent des mannes
importantes et se cadrent avec des objectifs primordiaux des chaînes.
L'intérêt des médias pour le rugby n'est pas nouveau. Bien avant l'ère de la professionnalisation,
la radio et la télévision ont investi le « sport collectif numéro deux ». L'ORTF, puis Europe 1, par la
voix de Roger Couderc, ont fait découvrir à la France entière les exploits de ces « petits » durant les
années 60 et 70. Puis le petit écran s'est investi dans la médiatisation de cette activité encore assez
confidentielle. Toujours sous l'égide de M. Couderc, accompagné de Pierre Albaladejo, ancien
grand demi d'ouverture, toute une nation a pu mettre un visage sur ces noms, une illustration à ces
règles et gestes techniques complexes. Si Antenne 2 a été le précurseur en la matière dès 1974, la
toute jeune Canal + s'est engagée à ses débuts dans la démarche de démocratisation de l'ovalie ainsi
que témoigne Éric Bayle : « Notre intérêt pour le rugby remonte à la création de la chaîne. Dès
1985 nous avons retransmis la finale du challenge Du Manoir ». Dès lors, l'investissement de la
chaîne cryptée est allé croissant : « Nous sommes rentrés dans ce sport petit à petit jusqu'à notre
engagement plus profond en 1995 où nous avons diffusé un match de championnat tous les quinze
jours »35.
Si la diffusion des matchs de rugby semblait désintéressée à ces débuts, il n'en est plus rien
aujourd'hui comme le certifie Éric Bayle, journaliste et directeur de la rédaction rugby à Canal
+ : « Nous ne faisons pas de la philanthropie. Nous considérons simplement qu'il s'agit d'un super
spectacle télévisuel et que plus il sera fort, plus nous aurons à y gagner »36.
1.3.2.3.1. Canal +, partenaire historique
L'arrivée de la chaîne cryptée dans le paysage audiovisuel français a changé la donne en
matière de retransmission sportive. Partenaire historique du football, la mise en scène des matchs du
ballon rond fut l'étape annonciatrice de ce qu'allait devenir le ballon ovale : un spectacle à part
entière mis à la disposition du plus grand nombre37. Le fameux « esprit canal » rencontra les
« valeurs » du rugby. Les moyens techniques en évolution contribuèrent à faire progresser la lecture
du jeu, à imposer de nouveaux codes d'émission et de réception. Du ralenti à la palette 3D, du
nombre croissant des caméras à leur placement, des gros-plans sur les joueurs durant les hymnes
34
WOLTON D., Op. Cit., p 159
DORIAN J.P. et MAGNOL T., L'argent secret du Rugby, Éditions Plon, Paris, 2003, p 61
36
Idem, p 62
37
BONNET V. et LOCHARD G., Rugby, médias et transmissions des valeurs, Éditions Atlantica, Biarritz, 2010, p 59
35
23
aux émissions de décryptages d'après-match, Canal + a donné une nouvelle dimension au spectacle
télévisuel proche de l'immersion, comme le déclare Pierre Lescure, ancien PDG de la chaîne : « la
charge d'émotion ne sera jamais aussi grande que dans une enceinte sportive. Aussi il faut sans
cesse innover pour tenter d'approcher le plus pré la réalité du terrain »38.
L'intérêt de la quatrième chaîne pour le rugby est tel qu'il est le principal investisseur
médiatique du championnat d'élite masculin depuis la création de la Ligue Nationale du Rugby en
1998. Cet investissement est l'un des principaux responsables de la nouvelle image du rugby ou
plutôt du développement de la présence de ce sport sur le paysage médiatique, car l'ovalie était déjà
présente à la télévision. Néanmoins, Canal + a apporté une visibilité beaucoup plus conséquente
avec la multiplication et la diversification des matchs retransmis, mais également de l'introduction
de programmes hebdomadaires spéciaux comme Jour de Rugby et les Spécialistes rugby sur Canal
+ Sport. Cette visibilité se mesure par l'apport technique et le savoir-faire de la chaîne puisque le
groupe Canal a institué un réel support médiatique qualitatif en élaborant ou redéfinissant les
commentaires, la prise de l'antenne, les reportages, les vestiaires, les diffusions avec les émissions
spéciales, les prime-time, les « marathons » s'étalant une après-midi entière...
Enfin, est comme le souligne Eric Bayle dans l’entretien qui est situé en annexe 2, Canal + a
rendu ce sport « in » de par son traitement médiatique mais aussi par l'aura qu'elle lui apporte.
Le rugby est donc une activité visuellement spectaculaire, pouvant tout aussi bien attirer les
spécialistes que les néophytes. Pour répondre à une demande qu'elles ont contribué à créer, les
chaînes de télévision n'hésitent plus à investir des sommes faramineuses pour s'adjuger de la
retransmission des diverses compétitions en cours, voire même, d'en être les instigatrices.
1.3.2.3.2. Droits télévisuels
A travers ce graphique, c'est la couverture médiatique de cet événement qui est analysée. Bien
avant l'arrivée du professionnalisme, les télévisions françaises et internationales se sont emparées de
ce tournoi plutôt confidentiel pour en faire la 3ème manifestation mondiale sportive en termes
d'audiences et de revenus derrière les Jeux Olympiques d'été et le Mondial de football. Les détails
de ces données sont présents en annexe 6.
38
L'Equipe, 08 janvier 2000
24
Droits télévisuels Coupe du Monde
70
60
50
M€
40
30
20
10
0
1987
1991
1995
1999
2003
2007
2011
2015
Depuis la seconde Coupe du Monde en 1991 jusqu'à celle qui va se tenir en fin d’année, les
investissements télévisuels français pour la retransmission ont augmenté de 789 %, passant d'un
contrat de 4,5 millions d'euros à 40 millions pour 2011.
La première édition n'a pas été prise en compte car au vu du peu d'intérêt et de la méfiance qu'a
suscité ce Mondial il y a vingt-quatre ans, les droits télévisuels ne s'élevaient qu'à 28 000 euros.
Concernant la Coupe qui se tiendra dans quatre ans, les premières estimations des droits font état
d'un contrat à 70 millions d'euros.
TF1 et son groupe, Eurosport et LCI, est le diffuseur historique des Coupes du Monde de rugby.
Mis à part l'édition 2003, la première chaîne a investi dans un sport que ne fait habituellement pas
partie de ses programmes. Les audiences et retombées économiques liées à cet événement que
constitue ce tournoi planétaire semblent être les sources de motivations premières pour un tel
investissement ponctuel. Pour la Coupe de 2011, le groupe de Bouygues a rétrocédé une partie de
l'exclusivité des droits qu'elle détenait au profit de France Télévision et Canal +. La transaction
s'élèverait aux alentours des 15 millions d'euros, ce qui traduit encore une fois, de l'importance
capitale de l'enjeu que représente le rugby.
Cette hyper-médiatisation ne va qu'aller en progressant puisque l'édition 2019 aura lieu au
Japon. De fait, l'organisation d'une telle manifestation chez une nation pratiquante depuis plus d'un
siècle mais étant la seule équipe digne de ce nom en Asie, ouvrirait des perspectives très
intéressantes pour la pénétration d'un marché de 3 milliards d'habitants. La notoriété du ballon ovale
devrait aller en s'accentuant d'autant plus que le nombre d'équipe participantes, qui est de vingt
actuellement, devrait être relevé.
25
Le graphique ci-dessous représente l'évolution des droits télévisuels concernant le championnat
d'élite masculin français. Durant les trois premières années du professionnalisme, les droits étaient
de deux millions d'euros. L'arrivée de la Ligue Nationale de Rugby a changé la donne. Le président
de l'époque de cet organisme, Serge Blanco, a su négocier un contrat estimé à 48 millions d'euros
pour cinq saisons, soit une hausse de 2 300 %. Cette progression croissante, 104 millions pour les
saisons 2007-2011, dénote à la fois de l'intérêt que suscite ce sport mais également de
l'interdépendance qui lie les instances dirigeantes du rugby à ses investisseurs et des coûts humains
et matériels tributaires d'une volonté commune d'une quête de la compétitivité.
Droits télévisuels championnat d'élite français
160
140
Millions €
120
100
80
60
40
20
0
1995-1998
1998-2003
2003-2007
2007-2011
2011-2016
Bien que ces chiffres se révèlent importants, la part d'investissement de la télévision dans ce
sport reste encore très faible comparée à celle du football. Rien que pour la Ligue 1, Canal +
débourse 668 millions d'euros annuellement pour les saisons 2008-2012. Le rugby fait figure de
parent pauvre à côté du ballon rond mais reste encore très au-delà des autres sports, qui ne
bénéficient que de « subsides » en comparaison comme on peut le juger à travers le tableau cidessous.
Répartition des droits télévisuels pour les championnats professionnels des principaux sports
collectifs masculin 39
Championnat
39
Droits télévisuels
Période
Diffuseurs
Sources : sites des fédérations
26
(millions €/an)
Football - Ligue 1
668
2008-2012 Canal +, Canal + Sport,
Orange Sports TV
Rugby - Top 14
31
2007-2011 Canal +, Canal + Sport,
France 2 (finale)
Basketball - Pro A
4
2009-2013
Sport +, Canal + Sport
Handball - D1
2
2008-2011
Orange Sports TV
En douze ans, les droits du Top 14 ont été multipliés par trois. Il est dès lors évident de
s'apercevoir que la télévision est devenue un acteur majeur de la tenue du rugby. « Bouffée
d'oxygène » pour Fabien Galthié40, « pompe à phynances »41, « manne céleste » qui « paye les
joueurs » pour Jacques Fouroux42, l'immersion de la télévision à travers ses droits télévisuels ne
laissent personne indifférents car ils constituent un fait incontournable : le rugby vit en partie grâce
à eux.
Toutefois, malgré leur implication, les médias télévisuels n'ont pas un poids économique
majeur sur la viabilité des clubs. En 2011, les droits télévisuels ne représentent que 12% dans le
budget des équipes. Cependant, l'espace d'affichage qu'offrent les chaînes est une solution que les
clubs en quête de stabilité financière et de notoriété ne peuvent faire l'économie.
Dès lors, les médias imposent peu à peu leur vision de ce sport : moins complexe et plus
spectaculaire. Les dirigeants de l'International Board et des fédérations, peu enclins à céder la
direction de leur sport à des « étrangers », ont du faire face à une réalité qui ne cadrait pas avec leur
conception ancestrale du rugby. Les temps changent, l'image prend le dessus sur le discours, le
paraître remplace l'être, le rendez-vous convivial et local devient un spectacle mondial.
Cette immersion progressive de la télévision aura des répercussions sur l'essence même du jeu,
sur son approche et sa perception.
1.3.3.
Conséquences
« Murdoch a acheté les droits de télévision pour les compétitions de l'hémisphère sud. Que se
passera t-il, si, sous prétexte d'audience, il s'immisce dans la composition des équipes, insiste pour
que tel ou tel joueur soit retenu ? »43. Il y a quinze ans, Bernard Lapasset se préoccupait déjà de
40
DORIAN J.P. et MAGNOL T., Op. Cit., p 53
Le Monde, 29 août 1995
42
DORIAN J.P. et MAGNOL T., Op. Cit., p 212
43
Le Monde, 22 août 1995
41
27
l'influence que pouvait exercer les médias sur le contenu du jeu.
De nos jours, ces interrogations n'ont pas disparu. Certains ont des réponses : « Les chaînes de
télévision recherchent la meilleure audience. Grâce aux droits télévisuels, elles imposent leur point
de vue en terme d’horaires et de visibilité. Indirectement, cela influence les formes des
compétitions, voire les règles du jeu »44.
La télévision a influencé, explicitement ou pas, la nature même du jeu, la morphologie des
joueurs, la transmission des valeurs. D'un sport local et convivial, les médias, bien aidés par
l'évolution des mœurs et des contextes socio-économiques mondiaux, l'ont transformés en un
spectacle sportif total : « pour le rugby comme pour les autres sports, le public ne suit que s'il y a
évènement ».
Les répercussions sur le sport en lui-même furent nombreuses et sont encore perceptibles de
nos jours.
1.3.3.1.
Le calendrier
Tiraillé entre le respect de ses valeurs et la nécessité d'évoluer, le rugby français s'est donc
retrouvé face à une problématique : comment concrétiser le professionnalisme au sein d'une nation
où la pratique de l'ovalie est régionale sans bousculer les bases de l'amateurisme ? Fabien Galthié
dresse un constat allant dans ce sens : « il faut se remémorer d'où l'on vient, repenser aux quatrevingts clubs, mais sans obérer le fait qu'il faille rester accessible au plus grand nombre si on veut
que le rugby reste crédible (…). J'insiste, il faut absolument que l'on apprenne à sortir de notre
microcosme ». Et de rajouter qu' « une poule unique et un calendrier cohérent, ce serait déjà une
grande avancée en France ».
Cette citation de l'ancien numéro 10 des Bleus date de 2003. Il allait prendre sa retraite et ne
faisait que confirmer un état des lieux en perpétuel mouvement. Ainsi, entre 1995 et 2008, le
championnat français a changé trois fois de formules, comme nous pouvons le voir dans le
graphique ci-après45 :
44
45
Confère Annexe 4 : Interview de Pierre Villepreux
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Championnat_de_France_de_rugby_%C3%A0_XV Tableau en annexe 7
28
La richesse du championnat, traduisant l'importance de la pratique du rugby, devenait
incompatible avec la volonté de la fédération et celle des médias, de diffuser un spectacle abordable
au plus grand nombre. Trop d'équipes, trop de poules, trop de matches, des disparités géographiques
pas assez bien représentées, le rugby d'élite amateur n'intéresse finalement que quelques régions de
France. Cela se transcrit parfaitement à la télévision, puisqu'au moment du passage à l'ère du
professionnalisme, l'ovalie n'est que le cinquième sport le plus diffusé.
La volonté des instances dirigeantes de réduire le nombre d'équipes de la première division
s'apparente à un processus de plus en plus utilisé dans le monde de l'entreprise : la restructuration.
Diminuer les effectifs pour rendre tout le système plus compétitif et attirant, au sein d'un marché de
plus en plus restreint. Le sport à la télévision devient au fur et à mesure des années une valeur sûre.
Garante de spectacles, les exploits sportifs sont à même de faire déplacer les foules et de regrouper
une nation sous la même bannière, en dehors de toute considération politique ou religieuse.
Le rugby, activité physique a très fort potentiel médiatique et économique a donc du faire sa
mutation. Le projet est d'offrir plus de rugby aux spectateurs non adeptes mais aussi de permettre
aux meilleures équipes de se rencontrer. Ainsi, la transformation s'est traduite à plusieurs échelles :
-
locale : clarification des championnats nationaux dans le monde entier (Top 16 puis 14,
Super 12...)
-
continentales : création en 1995 et 1996 de la Heineken Cup et du Challenge Européen de
29
rugby à XV, qui regroupent les clubs les plus performants des pays européens
-
internationales avec l'arrivée de l'Italie au sein du Tournoi des Cinq (Six) Nations en 2000 et
la multiplication des test-matchs entre les nations des deux hémisphères, le plus souvent en
prime-time dans les pays concernés.
La télévision fait figure de « catalyseur » de ce qui se produit à un niveau global :
mondialisation, enjeux économiques considérables, prépondérance du divertissement, récompense
de l'effort... La nécessité du rugby de se développer au sein d'un monde plus compétitif a permis de
donner des bases, un véritable cadre législatif, une éthique sportive et de donner tout son sens au
professionnalisme, qui va se traduire de bien d'autres manières.
1.3.3.2.
Entraînements et structures
« La télévision attend de nous du spectacle pour faire de l'audience. Pour faire du spectacle il
faut de bons joueurs »46. Si les médias ne sont pas les responsables de la modification de l'approche
rugbystique par ses principaux protagonistes, il est toutefois recommandable de faire un parallèle
entre l'évolution de la préparation et le désir de spectacularisation du rugby.
Comme tout événement, il faut susciter le désir chez les cibles potentielles. Dès lors, le rugby,
sport de contact et d'opposition de gabarits protéiformes, a du rentrer dans une phase
d'homogénéisation des corps. Plus grand, plus fort, plus rapide, le rugbyman professionnel est un
athlète complet, au risque de reléguer au second plan la tactique et la technique.
La fin de l'amateurisme a sonné comme le début d'une ère où l'ovalie se devait de se doter de
moyens à la hauteur de ses ambitions.
Des entraînements aux règles du jeu, la conception globale du rugby répond à une volonté
d'afficher une autre image des joueurs. Le sport est devenu un spectacle auquel les acteurs doivent
être attirants, au même titre que des gladiateurs dans une arène surchauffée. Plus rien n'est laissé au
hasard, tout est pensé et considéré vers l'accès à un sport résolument plus attractif et dynamique47 .
Ainsi, les joueurs, qui étaient souvent des enfants du pays, partageant leur temps entre étude et
sport, aux physiques « humains », ont laissé place à une « nouvelle génération, élevée à la mamelle
« muscu, boulot, repos », et dont le quotidien se rapproche du triptyque « séance d'entraînement,
préparation individuelle, récupération »48. Les séances d'entraînement qui étaient bihebdomadaires
46
Communiqué des clubs de l'élite, janvier 1998
BOURDIEU P., Questions de sociologie, Les Éditions de Minuit, Paris, 1981
48
DORIAN J.P. et MAGNOL T., Op. Cit., p 26
47
30
avant 1995 ont dorénavant lieu deux fois par jour. Les joueurs nés du professionnalisme accordent
bien plus d'importance à la pratique de leur sport contrairement à leurs aînés pour qui le ballon
ovale était un symbole, un mode de vie, une passion mais pas un métier chronophage.
Ces changements d'ordre physique résultent bien souvent d'une uniformisation générale de la
pratique du jeu : « Le physique a pris tellement de place. Il est plus facile de travailler avec les
méthodes des voisins qui réussissent. En quelques années, le retard physique des joueurs de
l'hémisphère Nord sur ceux du Sud a été comblé. L'écart s'est réduit en acceptant un formatage et
en annihilant la culture de notre rugby »49.
« Le sportif est conçu comme un produit commercial »50, répondant à des attentes eux-mêmes
dépendants d'enjeux où le sport en lui-même est englué dans des considérations mettant la
recherche du résultat en avant. Le rugby moderne a été pensé comme un produit, attractif, porteur
en second plan de valeurs ancestrales. Pour faire vendre, les acteurs rugbymen se doivent d'être
irréprochables tant sur le plan physique que comportemental.
La pratique du rugby ne dépend plus du hasard et de l'entente des joueurs. Cette « science » du
jeu moderne a su combiner l'investissement physique des rugbymen avec des moyens matériels
façonnant la perception tactique et technique du jeu.
Si l'entraînement a toujours été un élément essentiel de la réussite d'un club, là où les méthodes
et les phases de jeux étaient enseignées et où se dessinaient les contours de l'équipe, il se décline
aujourd'hui sous de nombreuses formes, entre séances d'analyse vidéo, d'études de chiffres... Le
rugby n'a plus rien d'artisanal et d'amateur. Il répond à des exigences pointues où des outils à priori
à des années-lumière de l'ovalie, sont mis à contribution dans un souci de professionnalisme
permanent. « Désormais, une rencontre se prépare comme le lancement d'une fusée. Convocations
minutées, compte à rebours infernal. Chacun sait exactement ce qu'il doit faire. On étudie
soigneusement devant son ordinateur le jeu de l'équipe adverse. Tous les paramètres de la
performance sont analysés : physique, technique, psychologie. D'où la place dévorante que prend
l'encadrement des équipes »51. Avis partagé par Jacques Fouroux qui ne relève que du négatif de
toutes ces pratiques : « (...) pour s'entraîner comme des forcenés et passer des heures devant la
vidéo. On a mis en place des staffs de 12 ou 15 bonshommes qui analysent tout et qui expliquent
49
TRILLO J. et F., Op. Cit., p 68
Idem, p 29
51
TRILLO J. et F., Op. Cit., p 22-23
50
31
aux joueurs ce qu'ils doivent faire en regardant un écran »52.
Quoi qu'il en soit, le rugby a su négocier le délicat virage de l'approche humaine vers un
assistanat technique en utilisant les derniers outils en matière audiovisuels, physiologiques,
médicales et sportives afin de garantir l'efficacité des clubs dans un monde où le résultat est de plus
en plus primordial sur le plaisir et la beauté du geste.
Quand le football se regroupe à Clairefontaine depuis 1988, le rugby se dote de son propre
Centre National à Linas-Marcoussis (Essonne) en 2002. Disposant des matériels et des
infrastructures derniers cris, ce centre a pour but de former les divers acteurs du jeu en France, des
jeunes aux Bleus en passant par les arbitres ou les entraîneurs. C'est ici que les équipes de France
(juniors, hommes et femmes) se regroupent avant d'aborder leurs matchs.
La mise en place du centre de Marcoussis n'est pas anodine. Il est le symbole d'un sport qui se
veut professionnel, d'une nation qui recherche la performance et le résultat.
1.3.3.3.
Le jeu et les règles
Le particularisme local de ce sport trouvait en partie son explication au niveau de son
règlement. Complexe, exhaustif, ne favorisant pas le déroulement continu du match, les règles
rendaient la perception du jeu assez floue que seuls des initiés pouvaient comprendre.
Dans un élan de démocratisation du rugby, les fédérations ont donc multiplié les modifications des
règles afin de rendre le déroulement d'un match plus clair et visuellement plus attractif.
La décision de 1995 a provoqué des changements au niveau des phases de jeu, privilégiant les
séquences rapides au détriment des phases de contact. Ainsi, en l'espace de quinze ans, le temps de
jeu effectif d'un match du championnat de France élite est passé de 25 à 40%. Il en est de même
pour les Bleus. Toutefois, ces chiffres sont en deçà des statistiques des grandes nations du Sud qui,
poussées par des formations mettant en avant la vélocité, le physique et la technique, flirtent avec
les 45 % en moyenne. Le temps de jeu effectif concerne les phases « réelles » sans arrêt de jeu.
Les résultats médiocres de l'équipe nationale s'en ressentent. Si leur écart avec les antipodes a
diminué sur certains points, il reste encore beaucoup de progrès à faire.
La professionnalisation a parfaitement été abordée par les Tri-Nation, adepte d'un rugby total
mêlant force, tactique et dynamisme. L'hémisphère Nord, adepte d'un jeu de phase rapide en a perdu
52
DORIAN J.P. et MAGNOL T., Op. Cit., p 212
32
certains fondamentaux. Les ralentissements, les fixations, la confrontation, autant de bases qui ont
été écornées ces dernières années au nom d'un rugby plus rapide et « malin ». Les impératifs
modernes du rugby augmentant l'intensité et le volume de sa pratique, contribuent à l'essor d'un jeu
plus créatif et spectaculaire. Or, pour ce faire, il faut savoir combiner une condition physique
irréprochable, afin de supporter les affrontements et de fournir des arguments défensifs adéquats,
une technique individuelle basée sur la confrontation, combinant fixation, cadrage et débordement,
un raisonnement tactique permettant de s'adapter en toutes circonstances aux déroulements du jeu et
de proposer des solutions.
Le sport a donc évolué au gré des transformations qu'a connu le monde de l'ovalie ces vingt
dernières années. Les règles du jeu ont varié, faisant la part belle à des phases mobiles et
rapides : « l'évolution des règles a toujours pour finalité première de favoriser le jeu et le
développement du jeu (…) le ballon doit vivre, sortir de cette mêlée, il faut le mériter »53.
Ces modifications sont encore le fruit du souci de populariser un sport à fort potentiel visuel et
économique.
Voici une liste des principales règles mises en valeur dans le championnat français ces dernières
saisons :
-
le porté en touche, ou l'ascenseur qui consiste, durant une phase de touche, à un joueur de
soulever un de ses coéquipiers, un avant, afin qu'il puisse récupérer la balle en l'air
-
le maul peut être détruit
-
pas de limite de nombre de joueurs alignés lors d'une touche
-
interdiction de botter en touche dans ses 22 mètres
-
renforcement de la mêlée ouverte ou « ruck »
-
bannissement des plaquages dangereux
1.3.3.3.1. L'arbitrage vidéo
En début 2011, l'International Rugby Board a autorisé le rallongement des mi-temps de 10 à 15
minutes. Officiellement pour accorder plus de repos aux joueurs, officieusement pour prolonger les
tunnels publicitaires audiovisuels. Plus d'annonces signifient donc plus de rentabilité économique
pour les chaînes médiatiques. Cette évolution a déjà eu cours dans les années 90 où les mi-temps
ont été multipliées par deux, passant de 5 à 10 minutes. L'emprise de la télévision sur le cours du
jeu a donc encore fait un pas en avant.
53
GALTHIE F. et LACOUTURE J., Lois et mœurs du rugby, Éditions Dalloz, 2007, p 38
33
Toutefois, le principal symbole de l'immersion de la télévision dans le jeu est le recours à la
vidéo. Malgré le rôle plus important délivré par l'IRB aux deux juges de touche en 2008, le
Television Match Official, est devenue incontournable lors des phases de jeu litigieuses. A partir
d'images fournies en temps réel par la télévision, un 4ème arbitre situé dans les gradins
communique instantanément à ses collègues sur le pré l'information demandée. Généralement,
l'assistance technique n'est requise que lors des essais. Cependant, les fédérations peuvent décider à
leur convenance d'élargir son utilisation à d'autres mouvements.
Cette influence du médium audiovisuel dans le cours du jeu n'est pas l'apanage du rugby
puisqu'on peut retrouver des traces de cet arbitrage vidéo au tennis, au basket-ball, au football
américain, au baseball ou au cricket.
Le rôle de la vidéo se justifie à travers la clarification d'une action décisive : essai ou pas ? Si
son apport ne souffre d'aucune contestation auprès des diverses familles du rugby et qu'il permet
d'ôter le poids d'une décision injuste ou invérifiable (exemple de la demi-finale France – Afrique du
Sud en 1995) des épaules de l'arbitre central, il serait légitime de se demander si la télévision joue
un rôle transparent et objectif. Car, en plus d'être l'un des principaux pourvoyeurs financiers des
grandes compétitions mondiales et d'en être l'espace d'affichage numéro un, le petit écran se voit en
plus offrir l'opportunité d'être à la fois le spectateur et l'acteur du jeu. Si les images sont objectives
et réelles, elles influencent tout de même le déroulement de la partie. Les arbitres humains, garants
du bon fonctionnement d'un match, se retrouvent dans une position secondaire. Certes, ils gardent
leur autorité suprême à savoir la décision finale mais le fait est qu'ils sont dépendants d'une situation
dont ils n'ont plus la totale maitrise.
1.3.3.3.2. (Télé)spectateurs
D'une autre manière, la télévision contribue à altérer le phénomène rugby, sans toutefois avoir
de réelle répercussion sur le jeu. Dans sa volonté de démocratiser ce sport, les fédérations, les clubs
et la télévision ont aussi décidé de produire du spectacle en dehors du terrain via la présence de
grands écrans dans les stades. Présentation des équipes, diffusion de messages publicitaires,
retransmission du match, ces écrans ont un rôle à la fois divertissant et informatif.
Les personnes présentes dans les gradins se retrouvent alors dans une situation paradoxale
puisqu'ils deviennent simultanément spectateur et téléspectateur.
Cette mise en abîme du match dans le match relève encore une fois de l'influence que peut
34
avoir le média audiovisuel sur le contenu d'un match. Combien même le rugby est pourvu d'un
système d'arbitrage vidéo, la retransmission en temps réel des actions ainsi que des ralentis, peuvent
contribuer à développer chez les supporters d'une équipe un sentiment de frustration lors d'une faute
non signalée ou exagérément arbitrée. De même, la mise à disposition de ces grands écrans peut
favoriser l'ambiance festive qui se dégage du stade ou faire grimper la pression au moyen d'un gros
plan sur le demi d'ouverture s'apprêtant à tirer sa pénalité.
1.3.3.4.
Les clubs
L'importance qu'a prise la télévision lui donne un ascendant et une position de domination
certaine notamment lors des négociations. Ainsi, en début 2011, lors de l'appel d'offres de la Ligue
Nationale de Rugby concernant, entre autres, la retransmission des matchs du Top 14, le diffuseur
historique Canal + n'a fait qu'une proposition de 18 millions d'euros annuels jusqu'en 2015, contre
30 millions à l'heure actuelle. Cette situation imprévisible, certains analystes prévoyaient une offre
de 100 millions annuels, résulte de la situation monopolistique du groupe Canal sur le marché du
rugby. En effet, la crise économique mondiale de 2008 est passé par là et le principal concurrent de
la quatrième chaîne : Orange, a décidé de limiter ses investissements dans le sport (rugby, football,
handball...). Dès lors, le système à péage de Canal peut se permettre de mener les débats à sa
guise : « c'est la certitude pour la chaîne cryptée d'être seule en course, avec le loisir de dicter sa
loi »54.
Après des mois de tractations et d’incertitudes, la Ligue vient d’accepter une offre de 158,5
millions d’euros portant sur les saisons de 2011 à 2016. Au total, le groupe de Canal + va verser 31
millions annuellement durant cinq saisons, ce qui revient à la même somme que pour le contrat
actuel.
Malgré ce dénouement qui satisfait toutes les parties, cette relation d'interdépendance en est
donc à son paroxysme puisqu'un pan entier du sport français s'en retrouve à être menacé selon le
bon vouloir d'un média.
1.3.3.5.
Relation avec les médias
Les rapports entre rugby et supports d'information ne sont pas que d’ordre pécuniaire. Ainsi, la
proximité qui s'est créée entre ces deux univers a conséquemment développé des passerelles entre
elles. Des passages obligés qui ont modifié les codes établis de ce sport (intimités des vestiaires,
54
L'Equipe, 18 février 2011
35
discrétions des joueurs, liens sociaux...) pour rendre les acteurs du jeu plus proches de la masse. Ce
rapprochement va même se produire jusqu'à l'ordre de l'intimité puisque certains joueurs se sont
mariés avec des personnalités du petit écran comme Yann Delaigue et l’animatrice Cécile de
Ménibus ou le troisième ligne italien du Stade Français Sergio Parisse avec l'ex Miss France
Alexandra Rosenfeld.
Nous allons analyser l'évolution des relations entre les médias et les acteurs du rugby.
1.3.3.5.1.
Reconversion
Comme il a été vu précédemment dans le chapitre sur la professionnalisation, le rugby version
amateurisme conférait à la fois du loisir convivial mais également d'une porte d'entrée vers l'accès à
des services pour le joueur et sa famille : emplois municipaux, appartements, voitures... Autant de
procédés qui dénotent de l'engouement local que suscitait ce sport mais aussi des liens qui se
tissaient entre les pratiquants et les notables.
Le passage au professionnalisme a mis un terme, ou du moins, a occulté ces combines
ancestrales. Dorénavant, le joueur est pris en charge à 100% par les centres de formation et les
clubs. Toutefois, le fait d'avoir un avenir assuré s'assombrit quand vient le moment de la retraite. Si
les « anciens » conjuguaient sport et études et se voyaient donc offrir des opportunités d'embauche
après carrière, la donne est différente de nos jours. Si effectivement comme le stipule l'Article 15.2.
de la Convention entre la Ligue Nationale de Rugby et la Fédération Française de Rugby en
2009 : « Chacune des structures de formation doit avoir comme double objectif indissociable et
prioritaire, la formation sportive d'une part et la formation scolaire, universitaire ou
professionnelle, d'autre part », ceci ne concerne que les jeunes de 16 à 23 ans. De fait, les joueurs
en milieu ou fin de carrière sont exclus de toute prise en charge des hautes instances dirigeantes.
Le danger de l'inactivité après une carrière bien remplie ou suite à une blessure grave en pleine
force de l'âge, laisse peu de perspectives aux joueurs. La première génération du professionnalisme
étant encore en activité, il est encore tôt pour se prononcer sur leur avenir mais il apparaît évident
que deux secteurs s'ouvriront plus aisément à leurs compétences : le rugby (sport plus
généralement) et la télévision.
La reconversion, constitue une nécessité pour ces sportifs de haut niveau qui connaissent une
activité à temps plein durant quinze à vingt ans. Les médias, est plus particulièrement la télévision,
est un élément habituel de leur quotidien qui s'avère être un domaine où ils peuvent s'investir dans
une réelle adaptation formelle.
36
Si Pierre Albaladejo a été le premier à passer de l'autre côté du micro dans les années 60 au côté
de Roger Couderc, le phénomène s'est intensifié depuis 1995 puisque de nombreuses vedettes du
ballon rond ont franchi le Rubicon du petit écran : Fabien Galthié, Vincent Moscato, Christophe
Dominici, Raphael Ibanez, Pierre Villepreux, Laurent Benezech...
Les médias : radio, journaux et télévision constituent une transition évidente au vu des relations
qu'il y a entre ces deux univers. De plus, joueurs et entraîneurs y trouvent une certaine légitimité en
leur qualité d'experts, partageant leur vécu, en devenant consultants, apportant leurs expériences et
leurs points de vue, qu'un journaliste lambda ne pourra jamais atteindre. Pour les téléspectateurs et
audiences, ces connaisseurs du ballon rond sont perçus comme autant de gages d'authenticité et de
qualité. Les chaînes l'ont bien compris et n'hésitent plus désormais à associer de manière
permanente un journaliste et un sportif que ce soit aux commentaires des matchs ou sur les plateaux
des émissions généralistes et spécialisées.
Cette apparition des consultants du terrain se double d'un renforcement qualitatif de
l'information selon François Trillo, champion de France 1991 avec Bègles puis journaliste sportif
sur Canal + : « Nous informons avec sérieux et exhaustivité les passionnés de sport. Notre travail
permet de mettre en valeur les exploits des grands joueurs d'aujourd'hui (…). Le rugby a un écho
au nord de la Loire grâce aux médias. L'information s'est doublée d'une action pédagogique. Le
public est beaucoup moins ignare et se comporte mieux dans les stades de rugby »55.
L'accent chantant de ces consultants tranche avec la neutralité « parisienne » des propos des
journalistes. Ceci renforce l'image populaire, véhicule une tradition, symbole d'un régionalisme où
l'ovalie est un bien culturel. Du Nord au Sud, de l'Ouest à l'Est, le rugby est associé à au Sud-Ouest.
La télévision renforce cet état de fait, moins forcément vrai, et peut donc toucher toutes les cibles.
1.3.3.5.2.
Conférences de presse
La conférence de presse n'a pas attendu le professionnalisme du rugby pour voir le jour.
Développée avec les moyens d'information et de communication du vingtième siècle, cet outil est
devenu incontournable dans le milieu du sport.
Au-delà de la simple formalité organisée par les attachées de presse des clubs et des
fédérations, la conférence de presse est devenue une étape obligatoire pour les acteurs du jeu.
Entourant toutes grandes rencontres ou lors de la présentation d'un joueur tout juste enrôlé, cette
grand-messe médiatique s'impose comme un élément incontournable de la professionnalisation du
55
TRILLO J. et F., Op. Cit., p 92
37
rugby.
Les phases de questions-réponses entre journalistes et représentants d'équipes est un exercice
de communication auprès duquel ces derniers ne peuvent se soustraire sous peine d'amendes et plus
que tout, d'avoir une mauvaise image auprès des médias, qui constituent une sorte de « quatrième
pouvoir » du sport professionnel et plus particulièrement de l'ovalie.
Le professionnalisme prévoit que tout cadre soit bien structuré. La communication et le
marketing y ont une place prépondérante car ils constituent le liant avec les cibles dont toutes
structures bien organisées ne peuvent ignorer au risque d'altérer le projet stratégique de celles-ci.
Ainsi, la conférence de presse est le reflet des relations d'interdépendances entre les grandes
familles qui gravitent autour du ballon ovale : médias, professionnels, sponsors, grand public.
Tout le monde trouve son compte dans cette activité de pure communication : les joueurs et les
entraineurs donnent leur point de vue sur leur stratégie, leur adversaire, l'état de formes des uns et
des autres; les médias appliquent leur rôle d'informer et d'analyser; les sponsors font acte de
présence à travers les grands panneaux situés derrière les interviewés sur lesquels sont affichés les
logos des partenaires; les téléspectateurs (ainsi que les auditeurs et lecteurs) suivent pas à pas la
préparation avant le match à travers un processus communicationnel de montée en intensité. En
effet, la conférence ne se limite plus à un point presse précédent l'évènement, puisque dorénavant
les acteurs sont de plus en plus sollicités pour donner leur point de vue sur le match après-coup. Ce
débrief permet de recueillir à chaud ou a froid les impressions et d'interagir en temps réel avec les
médias.
1.3.3.5.3.
Partenariats
Le terrain, qui était encore récemment un endroit « sacré », vierge de toute introduction
publicitaire, fait désormais figure d'espace d'affichage : gazon, poteaux... comme nous le verrons
dans le chapitre sponsoring. Les journalistes pénètrent également ce temple puisque dès le coup de
sifflet (mi-temps et fin), ceux-ci se dirigent vers les joueurs pour les interroger. Là où le rugby
prend une certaine tournure, c'est quand un panneau mobile et transparent, affichant les logos des
sponsors est tout de suite mise en place derrière les deux hommes.
La télévision s'immisce donc au plus près du jeu, en gardant à l'esprit ce double aspect
d'informer et s'assurer d'une viabilité économique.
1.3.3.5.4.
La 3ème mi-temps
38
Élément indissociable du rugby, l'après-match constituait un rituel où les joueurs fêtaient leur
succès dans une ambiance très conviviale et dynamique. Symbole de la culture du Sud-Ouest, les
chants et autres paquitos, étaient autant de référents à des racines qui s'étaient construites par et pour
le rugby, où les joueurs étaient avant tout des hommes qui célébraient leur fait d'arme jusqu'au bout
de la nuit.
Le particularisme de ces soirées arrosées résidait dans le fait qu'elles étaient de l'ordre de la
notoriété publique, mais que leur pratique relevait du privé. Ainsi, la communion se faisait in
presentia, favorisant le rapprochement et la solidarité entre les joueurs.
Depuis quelques années, les portes des vestiaires ne sont plus closes. Les équipes de télévision
pénètrent fréquemment ce lieu réservé afin de faire partager au mieux l'ambiance d'après-match.
Toute proportion gardée, ce procédé coïncide avec l'arrivée massive sur les écrans de la « téléréalité ». L'infiltration dans les vestiaires répond à des codes propres à la télévision actuelle et aux
désirs qu'elle suscite auprès de l'audience. D'après Christian Bosséno, la télé-réalité se base en partie
sur « l'enfermement des candidats dans un espace clos (…) où ils seront en permanence écoutés et
filmés » puis repose sur des éléments où « l'impudeur systématique des caméras est avide de cadrer
le désarroi, la joie ou les larmes des personnes » avant de conclure qu' « ériger en spectacle la
souffrance ou l'intimité des autres (…) flatte le voyeurisme des téléspectateurs »56.
Le rugby est donc un spectacle qui se doit d'être affiché aux yeux de tous, quitte à dépasser la
limite implicite du privé. Les moments de communion, les briefs tactiques, les coups de gueule
comme celui de Bernard Laporte lors de la mi-temps de France-Italie en 2002, les joies, les
déceptions, les peines.
Le jeu a évolué en même temps que le reste. Si cela a déconcerté les passionnés de la première
heure, la télévision a permis de réconcilier tous les publics.
Néanmoins, d'autres personnalités du monde du ballon ovale ont une explication différente sur
cette absence progressive d'intimité, comme Christophe Laussucq, ancien demi de mêlée du Stade
Français et de Leicester qui a connu l'avant et l'après 1995 : « les médias se sont très largement
emparés de nous (…). Avant, lorsqu'un journaliste entrait dans un vestiaire, tout le monde
s'échappait, car ça embêtait les joueurs de répondre aux interviews. Maintenant, les mecs lui
sautent dessus, parce que leurs sponsors leur disent qu'il faut qu'ils passent devant la caméra avec
tel tee-shirt, sous couvert d'être re-signé et de gagner plus »57.
56
57
WOLTON D., Op. Cit., p 145-154
So Rugby, septembre 2007
39
Ce témoignage révèle une nouvelle fois des liens tissés entre médiatisation, financement et
sport. Le rugby se retrouve immiscé au quotidien dans des aspérités extra-sportives. Si la télévision
a une part prépondérante dans l'ovalie professionnelle, les sponsors font également figure d'acteur
actif de ce sport moderne.
C'est pourquoi, les entreprises médiatiques ont procédé lentement pour imposer leur vision du
jeu. En cela bien aidées par l'évolution des mentalités des joueurs mais aussi du monde :
mondialisation, puissance de l'image, poids économique importants...
40
1.4. Sponsoring
1.4.1.
Les enjeux du partenariat
Contrairement aux droits télévisuels qui ne représentent en moyenne que 12% du budget des
équipes du TOP 14 en 2011, l'apport des sponsors dans la trésorerie d'un club est l'une des
ressources les plus importantes (50% en 2010).
Alors que le football est en grande partie dépendante des subsides des médias, le rugby a su
diversifier ses sources de financement comme le souligne Frédéric Bolotny, chercheur en droit et en
économie du sport : « le modèle économique du rugby français est sans doute le plus remarquable
de la France du sport (…) la part des sponsors y est plus forte, celles de la billetterie et des
subventions aussi. C'est plus équilibré donc plus solide »58.
La nature même de ces partenaires relève de l'attachement qui lie le club à une région via des
mécènes souvent natifs du cru : Michelin à Clermont, Pierre Fabre avec Castres, Toulon et Mourad
Boudjellal (Les Éditions du Soleil), Pierre Martinet et Bourgoin-Jallieu...
Là encore, c'est la passion qui anime ces trésoriers ne recherchant pas coûte que coûte le retour
sur investissement mais désirant plutôt aider ce symbole fédérateur local. La plupart des partenaires
sont d'ailleurs des entreprises locales.
Pour les autres annonceurs, ce sont les valeurs de « l'esprit rugby » qui constituent un gage de
qualité : « l'esprit d'équipe, la solidarité, la combativité et la convivialité sont autant de références
auxquelles le monde de l'entreprise aime s'associer »59. Bien que datant de huit ans, cette citation
est encore d'actualité comme le souligne certains partenaires officiels tel La Société Générale, pour
qui ce sont les valeurs propres du rugby qui ont motivé le choix de s'associer à ce sport plus qu'un
autre : « Il semblait légitime à l'agence locale de capitaliser sur les valeurs du rugby et du Stade
Toulousain pour se développer localement en terme de business et d'image »60.
Si investir dans une activité aussi visible que le ballon ovale apparaît comme un coup marketing
évident, il s'avère néanmoins que les contrats qui lient les différentes parties ne soient pas soumis à
des pressions exacerbées. En effet, l'association entre sponsors et clubs s'apparente plus à un
échange de bons procédés qu'à une course effrénée aux résultats sportifs ainsi que le confirme
Pierre Caillaud de la Société Générale : « Ce qu'on attend, c'est que le cahier des charges soit bien
58
So Rugby, septembre 2007
La Tribune, 05 juin 2003
60
Confère Annexe 3 : Interview de Pierre Caillaud
59
41
respectés et que les valeurs du rugby correspondent à l'image qu'on désire. Les dirigeants de la
LNR doivent s'assurer que leur sport soit propre et qu'il ait des valeurs saines ». Par « cahier des
charges », entendre le respect d'une charte établie par la Ligue Nationale de Rugby auprès de
laquelle les équipes doivent s'engager à respecter l'affichage de support publicitaire dans le stade
pour les partenaires. Ceci est défini au sein même des règlements généraux de Ligue Nationale de
Rugby : « Le Cahier des charges marketing applicable à chaque championnat définit les espaces
publicitaires réservés sur chacun des matchs à la LNR pour assurer la visibilité de ses partenaires
(nature, nombre, …) ; les autres espaces sont laissés à la disposition du club recevant » (Article 7.2,
saison 2010/2011).
Signe de l'importance qu'ont ces investisseurs, la présence croissante des noms de partenaires
sur les tournois : Heineken Cup, Top 14 Orange...
L'argent a donc un pouvoir prépondérant dans le rugby professionnel et cela marche dans les
deux sens puisque de plus en plus de clubs développent leur propre marketing avec des produits
dérivés, des boutiques à leur nom, voire même des restaurants. Le rugby est vendeur mais il reste
sujet à une réalité que le monde de l'ovalie ignorait il y a encore quinze ans : « sur le long terme,
bonne santé économique et résultats sportifs sont étroitement liés ».
1.4.2.
Interdépendance des médias, du rugby et des partenaires
Comme il a été relevé précédemment, la part des investissements des partenaires est largement
supérieure aux droits télévisuels. Est-ce à dire que les médias font figure de « maillon faible » de la
viabilité du rugby professionnel ? Certainement pas puisque tout comme pour les équipes et les
championnats, les sponsors ont besoin du médium audiovisuel pour se faire voir, pour disposer d'un
espace d'affichage conséquent.
D'abord présents sur et en dehors du terrain (poteaux, panneaux clignotants, pelouse... et donc
visibles par les (télé)spectateurs, les sponsors investissent le petit écran par la publicité.
A partir de là se crée en toutes ces parties un cercle « quasi-parfait » maintenant l'équilibre financier
de l'ensemble du rugby moderne. Il se crée une relation d'interdépendance dans laquelle chacune
des parties trouve son compte en s'associant à d'autres parties et réciproquement.
42
Ce schéma est parfaitement résumé par Henri Bru, spécialiste rugby du journal l'Equipe :
« l'obligation de trouver des ressources nouvelles aboutira forcément à des compétitions plus
resserrées, opposant les meilleurs d'entre eux. Les seules susceptibles d'intéresser les télévisions,
capables d'amener suffisamment d'argent, à condition que le spectacle soit de qualité »61.
1.4.3.
Les valeurs au centre
Pourtant, l'argent ne constitue pas le seul facteur de collaboration entre Ligue et partenaires. En
effet, les modalités même des contrats reposent sur des notions propres aux valeurs fondamentales
du rugby : soutien, solidarité, partage. Ainsi, l'une des conditions préalables d'un sponsoring est de
promouvoir le rugby à travers diverses actions. Éducation, santé, citoyenneté, respect du corps
arbitral, soutien technologique, les partenaires se doivent de mettre en application les valeurs
intrinsèques du ballon ovale qui font tant défaut dans d'autres activités sportives et par conséquent,
de se démarquer d'une image de simple garantie financière.
-
Orange : partenaire depuis 1999 (France Telecom), puis partenaire titre depuis 2008 (Top 14
Orange). Deuxième diffuseur des matchs de Top 14, premier pour ceux de Pro D2. Organise
l'Orange Rugby Challenge, qui est un tournoi national de Minimes (moins de 15 ans).
-
GMF : partenaire officiel de la FFR, du XV de France et de la LNR depuis 1985 et 1998.
Soutient la Rock 'N Rose Cup, tournoi handisport se déroulant à Toulouse et a lancé le
61
L'Equipe, 28 août 1995
43
Rugby Challenge GMF des Services Publics, compétition qui réunit des équipes de rugby à
VII regroupant fonctionnaires et autres corporations. La Garantie Mutuelle des
Fonctionnaires dispose d'un site internet dédié à ses actions (www.assurement-rugby.com)
et met en valeur son rôle de partenaire à travers une série de publicités jouant sur les codes
du ballon ovale : « Donner un sens à ses actions », « progresser sur tous les terrains »,
« privilégier le contact humain ».
-
Société Générale : partenaire officiel de la FFR, de la LNR, du XV de France ainsi que du
Stade Toulousain depuis 1987. Stratégies de développement parallèle du réseau bancaire et
de la pratique du rugby sur tout le territoire. Soutien du rugby amateur, le groupe bancaire
souhaite démocratiser la pratique de l'ovalie dans des régions non conquises via la mise en
place des Journées de l'ambassadeur, durant lesquelles des joueurs professionnels
rencontrent des enfants, des étudiants et des collaborateurs locaux. Signe d'attachement fort,
la Société Générale vient d'axer sa dernière campagne marketing autour du rugby avec un
nouveau slogan « Développons ensemble l'esprit d'équipe ».
-
Les Opticiens Mutualistes : fournisseur officiel de la LNR depuis 2009. « Notre démarche
s'inscrit dans l'une des orientations du congrès de Bordeaux favorisant les liens entre le sport
et la santé » déclare Christian Py, président du réseau. Là encore, les notions propres au
rugby sont représentées au sein de leur campagne d'affichage : « Ici, nous privilégions le
contact avec le client », « Ici, nous garantissons la qualité au plus haut », « Parce que nos
valeurs nous rassemblent ».
-
La Poste : partenaire des arbitres depuis 2007. Valorise le corps arbitral du rugby, du
football, du handball et du basket-ball à travers les Journées de l'arbitrage, durant lesquelles
le grand public peut s'essayer à l'arbitrage et découvrir une nouvelle facette des sports
collectifs. La Poste soutient la formation grâce à la création d'un diplôme universitaire
« Sport de Haut Niveau et Arbitrage » dispensé à la faculté Blaise Pascal de ClermontFerrand. Enfin, depuis 2008, l'entreprise distribue plusieurs dizaines de milliers d'écouteurs
aux abonnées du TOP 14, afin qu'ils puissent être au fait des décisions de l'arbitre en temps
réel.
1.4.4.
Les effets du mercantilisme
Au même titre que les médias, qui mettent à la disposition des instances du rugby leur savoirfaire communicationnel et leurs technologies, les partenaires contribuent à l'essor de ce sport en
mettant en application des actions ayant un rapport avec les propres valeurs de ces entreprises. Le
rugby a ceci de particulier qu'il bénéficie auprès de la plupart des acteurs sociaux d'une société,
44
d'une bonne image et que contribuer à développer sa pratique peut avoir des répercussions positives
auprès des deux parties du contrat.
Néanmoins, l'investissement massif des partenaires privés dénote du changement de contexte
socio-économique particulier et global. Du temps de l'amateurisme, les clubs étaient soutenus par
les conseils municipaux et les petites entreprises locales. Avec l'arrivée progressive de l'ère
professionnelle, les grandes marques ont mis en touche les subventions ancestrales pour imposer
leurs importantes mannes financières. Cette transition implique aux dirigeants des équipes de
diversifier leur moyens de revenus : produits dérivés, boutiques... La publicité a investit les terrains
et les abords. De plus et contrairement à la Ligue de Football Professionnel, la Ligue Nationale de
Rugby dispose de ses propres partenaires. Cela signifie concrètement que les logos de ces sponsors
doivent être présents, en plus de ceux des équipes, à tous les matchs du Top 14 et de Pro D2. Cela
constitue, indirectement, une source de revenus supplémentaire pour les clubs qui reçoivent. Mais
cela ne fait que renforcer la dépendance qui s'est créée autour de ces dirigeants, car, sans l'appui de
ses très grandes entreprises, le rugby ne pourrait plus suivre la cadence imposée par les enjeux
sportifs et extra-sportifs actuels.
Ainsi, pour certains comme Patrick Wolff, vice-président de la Ligue, il faut au contraire rentrer
dans la surenchère pour parer à tout risque de crise identitaire et économique : « il faut que nous
anticipions (la crise) et que nous utilisions les années à venir pour (…) attirer des sponsors
nationaux, lourds dont nous mutualiserons les recettes »62.
1.4.5.
Les maillots
Le maillot est un élément clé de toute activité sportive. Dans le cas d'une pratique aussi fixée
dans le temps et l'espace comme le rugby, cet étendard prend tout son sens : symbole d'une localité,
héritage de traditions, couleurs reconnaissables... Plus que tout, le maillot est un identifiant social,
déterminant les acteurs des spectateurs, classant les joueurs par poste, séparant les équipes, elle
confère une identité propre et une fonctionnalité à ceux qui la revêtent.
Jusqu'aux années 80, le maillot était un élément sobre, aux couleurs du club ou de la sélection,
avec l'écusson de l'équipe et le numéro accolé au dos comme seuls éléments visuels. De manière
subtile, les logos des équipementiers apparaissaient sur les maillots (Le Coq Sportif, Adidas et ses
trois bandes le long des bras, la petite virgule de Nike...) mais n'occupaient qu'une faible surface.
62
L'Equipe, 03 avril 2008
45
Les mentalités évoluant et les préoccupations extra-sportives gagnant du terrain, la publicité
envahit peu à peu l'espace de ces vêtements. Certains symboles furent même sacrifiés au nom de la
rentabilité. La veille de la proclamation de la fin de l'amateurisme en août 1995, la fédération
anglaise dut se résoudre à « vendre le maillot blanc de l'équipe nationale à un commanditaire »63,
afin de pouvoir financer un accord salarial pour les joueurs.
Le maillot, qui était un élément fédérateur, un bien culturel, a changé de nature par l'évolution
des choses, où les aspérités externes aux fondements même du rugby ont pris le dessus. La publicité
est un acteur fondamental du sport moderne, source de revenus mais aussi d'investissements
conséquents. Si certains reprochent aux joueurs professionnels de n'être que des « hommessandwich en short », le fait est que le rugby d'élite a besoin des sponsors pour pouvoir être viable à
terme.
Si la forme a changé, le fond des relations entre clubs et partenaires n'a pas été modifié :
services en nature dans les entreprises locales du temps de l'amateurisme marron, espaces
d'affichage dans le monde du professionnalisme. Mais le caractère envahissant de la publicité a
effacé progressivement les liens qui unissaient le club à sa communauté et le tissu local qui s'était
dessiné.
63
Le Monde, 29 août 1995
46
1.5. La mondialisation
L'arrivée massive de joueurs étrangers coïncide avec la fin de l'hégémonie de Toulouse. Depuis
2001, le club des Rouges et Noirs n'a plus remporté qu'un titre de champion de France, en 2008.
Depuis le passage à la professionnalisation, les frontières du championnat se sont ouvertes. Venant
de toutes les grandes nations du rugby, les joueurs étrangers ont renforcé le poids du rugby français
au détriment des jeunes sortant des centres de formation.
Argentins (Stade Français), Néo-Zélandais (Toulouse), Sud-Africain (Clermont), Britanniques
(Toulon), la plupart de ces expatriés ont su saisir des opportunités que leur pays d'origine ne
peuvent leur offrir : salaires, structures, climat, culture rugby...
1.5.1.
Définition
Ce phénomène d'arrivée massive de joueurs de contingents étrangers coïncide avec une phase
d'intégration globale : la mondialisation.
Effacement progressif des frontières, multiplication des échanges, déplacements réguliers des
acteurs sociaux, transferts d'argents régularisés et surexploités, ce fait de société a bouleversé les
habitudes de consommation et de perception des divers environnements qui constituent la « vie de
tous les jours ».
Ce rapprochement universel a facilité le métissage et le brassage des cultures et des modes de
vie. On peut situer les premières traces d'échanges intercontinentaux entre le quinzième et le
seizième siècle, durant les explorations des conquistadors espagnols et des navigateurs vénitiens de
part et d'autre du monde. Les butins importés de ces périples sont devenus des biens de
consommations courants : pâtes, fruits, tabac, voire des sources de richesse naturelle : or,
diamants... Au gré des siècles, les sociétés se sont construites sur les apports transversaux national
et international.
Toutefois, la mondialisation telle qu'on la définit de nos jours, trouve ses racines dès l'après
seconde guerre mondiale. L'arrivée des soldats américains sur le vieux continent, pour pacifier et
stabiliser les pays en reconstruction fut l'élément déclencheur de ce qu'on appelle « l'ère du
consumérisme ». Les idéologies du capitalisme se répandirent peu à peu et les sociétés telles qui
existaient avant le conflit durent s'astreindre à des aspérités d'ordre socio-économique universel :
consommation de masse, développement de valeurs et de pensées culturelles transfrontalières,
47
recherche de la compétitivité et de la rentabilité64.
1.5.2.
Mondialisation et sport
Le sport n'a pas été épargné par cet état de fait et en est devenu au fur et à mesure des décennies
un symbole fondamental.
Les joueurs, de tout sport collectif, faisaient quasi-exclusivement leur carrière dans le même
club, bien souvent localisé dans leur région natale. Signe d'appartenance à une localité, à un mode
de vie, à une culture propre, ce lien de fidélité s'appliquait également aux supporters qui soutenaient
leurs équipes aussi bien dans la victoire que la défaite.
Jusqu'au début des années cinquante, le joueur restait indissociable de son club, qui lui-même
était le représentant d'un patrimoine local : Jean Prat (FC Lourdes), André Boniface (Stade
Montois), Jean Dauger (Aviron Bayonnais), Albert Ferrasse (SU Agen)...
La politique de Santiago Bernabeu, président du club de football du Real de Madrid de 1943 à
1978, va quelque peu changer la donne. Sa vision reposait sur la beauté du jeu et la conquête de
titres. Il souhaitait faire de son club le meilleur possible au niveau européen. Pour arriver à ses fins,
Bernabeu va mettre au point un procédé sans précédent à l'époque : le recrutement à l'étranger. Dès
1953 et l'arrivée du grand joueur argentin Alfredo Di Stefano, le Real va intégrer dans ses rangs des
illustres noms de tous horizons : le français Raymond Kopa, le hongrois Ferenc Puskas, l'uruguayen
José Santamaria, le brésilien Didi entre autres. Stratégie qui se révélera payante puisque le club du
roi d'Espagne raflera les titres nationaux et continentaux durant de nombreuses années.
Cette méthode de recrutement fut une avancée dans le sport qui continue à avoir des
répercussions dans le monde du sport, y compris de l'autre côté de l'Atlantique (NBA), mais a
contribuer à l'arrivée de l'argent dans une activité qui demeurait globalement amateur. En effet, pour
attirer de telles personnalités il fallait mettre en place une véritable stratégie salariale. Les
émoluments sont devenus des éléments-clés lors des négociations de contrats.
Le sport est devenu un bien de consommation de masse, engendrant des millionnaires et des
investissements faramineux. Il est régi par un système d'offres et de demandes très important. Sous
l'égide de la télévision il est devenu un spectacle fédérateur et vivant. Les nations ne se déchirent
plus par politiques répréhensibles ou des conflits sanglants mais sur un terrain de jeu. Devant de tels
64
HAUMONT A., Sport, relations sociales et action collective, Éditions de la Maison des sciences de l'homme
d'Aquitaine, Talence, 1995
48
enjeux, les sports se doivent de disposer des meilleurs éléments techniques et humains. Les mixités
sociales et culturelles s'enrichissent d'un renfort géographique, bousculant les compositions
ancestrales des clubs de sport où le particularisme local prédominait comme ce fut le cas dans le
rugby.
1.5.3.
Mondialisation et rugby
Au contraire du ballon rond, le rugby français a longtemps été réfractaire à cette pénétration de
joueurs étrangers. Mis à part quelques exceptions comme les néo-zélandais Michael O'Callaghan
(Toulouse), Joe Karam (AS Montferrand), Graham Mourie (PUC), les anglais Brian Ashton (AS
Montferrand), Dugald MacDonal (Toulouse), Chris Ralston (PUC), l'irlandais Andy Mulligan
(PUC), le brésilien Paulo do Rio Branco (Stade Français), le roumain Hari Dumitras (Section
Paloise), le championnat français d'élite version amateurisme était exclusivement constitué de
joueurs français. L'ovalie dans l'Hexagone était préservée de toutes considérations de marché
économique et son aspect régional limitait par conséquent le brassage des joueurs. Le passage au
professionnalisme et tout les éléments qui vont avec, a modifié la composition des équipes.
Exception faite de la Coupe du Monde 2003, tous les trophées internationaux ont été remportés
par les trois grandes nations du Sud. Le fait est là : les meilleurs joueurs sont étrangers et situés aux
antipodes. Le schisme de 1995 a donc permis de modifier les règles concernant les transfert comme
le déclare le journaliste Henri Bru de L'Equipe : « les transferts existaient, mais la plupart du temps
dans le cadre de saisons complémentaires entre hémisphère Sud et hémisphère Nord. Le mouvement
va s'accentuer (…) tous les sports professionnels limitent le nombre d'étrangers dans les
compétitions (inter)nationales, le rugby le fera aussi »65.
Comment expliquer un tel revirement de situation en quelques années ?
Lors de la saison 2010/2011, 40 % des joueurs du Top 14 sont de nationalités étrangères66. Le
championnat français est devenu attractif, attirant des grands noms internationaux. Certains le citent
comme « le meilleur championnat de rugby du monde ».
La réussite à la française s'explique d'abord par une stabilité régulière, soutenue par des
garanties financières conséquentes. Ainsi, de 2001 à 2007, le chiffre d'affaires moyen des clubs de
l'élite a augmenté de 102 %, ceux de Pro D2 de 87 %. Droits télévisuels, revenus personnels
(sponsorings, billetterie, produits dérivés), les équipes ont su gérer la transition des deux époques
65
66
L'Equipe, 28 août 1995
Confère Annexe 8 : graphique joueurs étrangers en France
49
pour s'adapter aux exigences du professionnalisme. Une fois assurée économiquement, les équipes
peuvent se renforcer sportivement : « avec cette base forte de développement, le championnat
professionnel français prend une place croissante dans le rugby international. (…) fort de son
potentiel économique, il attire un nombre croissant de partenaires commerciaux, mais aussi de
joueurs étrangers »67.
L'attrait du championnat de France se justifie de surcroît par la faiblesse du calendrier, du
niveau général et des moyens économique des compétitions de l'hémisphère Sud. Mis à part le
Super 14, disposant du soutien de Rupert Murdoch entre autres, les joueurs des antipodes ne
disposent pas des mêmes conditions pour atteindre un niveau de jeu conséquent. La France et
l'Angleterre se révèlent être des terrains susceptibles de mettre en valeur leur rugby.
D'un point de vue purement sportif, s'épanouir dans un championnat aussi riche sert de
révélateur à la fois du potentiel du joueur au niveau international mais aussi de s'enrichir de
l'expérience que requiert ce mélange et enfin d'identifier les forces et les faiblesses des principales
nations concurrentes. Bien que le rugby moderne tende à une homogénéisation globale des profils
par poste, certaines régions conservent leur particularisme : french-flair, vigueur argentine, force
néo-zélandaise, défense britannique, technique sud-africaine, la réunion de ces représentants
constitue un moyen de se comparer mais aussi d'apprendre des autres.
Enfin, le rugby est un sport populaire en France. De ce fait, les structures misent en place
autour des clubs et les moyens investis sont à la hauteur de la passion qui anime les amateurs du
ballon ovale. Les équipes sont encadrées, disposent d'infrastructures et de matériaux techniques
conséquents. Les étrangers profitent de ces cadres qui ne sont pas forcément aussi développés dans
leurs pays d'origine.
Le championnat français a donc su créer un environnement propice à la pratique
professionnelle du jeu, s'adaptant aux exigences voulu espar la nouvelle nature de son sport, mêlant
quantité et qualité. Les joueurs étrangers relèvent le niveau d'un championnat où la formation est
déjà reconnue au niveau international. Voilà pourquoi de plus en plus de célébrités de l'ovalie
rejoignent les rangs des clubs tricolores : Byron Kelleher, François Steyn, Percy Montgomery,
Jonny Wilkinson, Mirco Bergamesco, Juan Martin Hernandez, Daniel Carter, Tana Umaga...
67
Le Monde, 15 décembre 2007
50
1.6. Bénéfices et limites
La professionnalisation a modifié en profondeur les bases et les apparences du rugby d'élite
français et international. De sa couverture médiatique aux sommes engagées, des règles du jeu au
gabarit des joueurs, la conception et la perception de l'ovalie moderne a évolué de telle sorte qu'il en
est devenu un sport-spectacle à part entière, fédérant les peuples, néophytes et connaisseurs, une
manifestation ayant conjugué valeurs ancestrales et enjeux actuels.
Cependant, comme toute phase de transformation, la nouvelle forme du rugby se base sur un
délicat équilibre entre passé et présent. Avec tout ce que cela induit de changements, l'ère
professionnelle a eu des conséquences positives et négatives sur le rugby.
1.6.1.
Vers une transformation du jeu
Dès 1979, le sociologue Pierre Bourdieu avait décelé l'évolution latente et progressive du sens
du rugby à travers des séries d'épiphénomènes annonciateurs d'une transformation plus radicale à
moyen terme : « Le rugby qui cumule les traits populaires du jeu du ballon et du combat mettant en
jeu le corps lui-même et autorisant une expression -partiellement réglée- de la violence physique et
un usage immédiat des qualités physiques <naturelles> (force, rapidité), est en affinité avec les
dispositions les plus typiquement populaires comme le culte de la virilité, la dureté au contact, le
sens de la solidarité et de la fête (la 3ème mi-temps)... Ce qui n'empêche pas qu'il puisse faire
l'objet (…) d'un investissement esthético-éthique qui mène parfois jusqu'à combiner la recherche de
l'endurcissement, l'esthétisme de la violence et du combat d'homme à homme (…). Mais la
réinterprétation aristocratique qui prenait traditionnellement son point d'appui sur les valeurs de
<panache>, trouve ses limites dans la réalité du rugby moderne qui, sous les effets conjugués d'une
rationalisation d'une technique de jeu et de l'entraînement, d'une transformation du recrutement
social des joueurs et de l'élargissement du public, accorde une prédominance à un jeu d'avants »68.
Victime de son succès, le rugby aurait donc été soumis à des considérations allant à l'encontre
des fondamentaux du rugby local. La démocratisation passe par ces changements. Les éléments
inhérents à la culture et à la pratique du sport de base sont soumis à des contraintes dépendantes de
sa popularité.
Datant de la même année que la citation de Pierre Bourdieu, le tableau ci-dessous approfondit
les pensées du sociologue en représentant les évolutions intrinsèques du jeu vers le sport de masse.
68
BOURDIEU P., La distinction : critique sociale du jugement, Éditions de Minuit, Paris, 1979, p 234-235
51
Il s'applique au cas du rugby ancien vers le moderne69.
Jeux traditionnels
Sports modernes
Organisation informelle implicite à une structure Haute spécificité, organisation formelle.
locale.
Institutions différenciées au niveau local,
régional, national et international.
Règles simples non écrites légitimées par la
Règles écrites légitimées par une rationalité et
tradition.
des moyens bureaucratiques.
Aucune limite précise de terrain, de durée, de
Terrain de jeu, temps de jeu, nombre de
participants.
participants clairement définis.
Très forte influence des différences sociales et
Les règles minimisent les différences sociales et
naturelles sur le jeu.
naturelles.
Faible différenciation des rôles.
Spécificité des rôles.
Peu de distinction entre les joueurs et les
Stricte distinction joueurs-spectateurs.
spectateurs.
Contrôle informel par les joueurs eux-mêmes.
Contrôle formel par des officiels certifiés par
l'institution.
Niveau de violence physique tolérée très élevée. Niveau de violence physique tolérée bas.
Émotion spontanée.
Contrôle émotionnel élevé.
Accent sur la force physique plutôt que sur
Accent sur l'habileté plutôt que sur la force.
l'habileté.
L'identité individuelle est subordonnée à
Grande importance de l'identité individuelle.
l'identité du groupe.
1.6.2.
Affluence et influence
Parallèlement aux audiences télévisuelles qui sont en constante progression, le nombre de
spectateurs dans les gradins a connu une envolée conséquente en l'espace de douze saisons. Ainsi,
après avoir subi une baisse de la fréquentation globale entre 1995 et 1998 de près de 15 % (soit 45
000 spectateurs), les formules successives de championnat proposées par la Ligue Nationale de
Rugby ont rencontré le succès : 3 726 spectateurs par match en moyenne lors des phases de 24 clubs
en 1999, 4 434 en 2000/2001 pour la 1ère Division à 21 clubs, 6 223 à 7 334 lors des saisons de Top
16 entre 2001 et 2005, puis de 9 795 à 13 577 pour le Top 14 lors des saisons 2005 à 2010. Soit une
progression totale de 245,3 % en une décennie. Bien que le taux de remplissage moyen des stades
69
DUNNING E. et SHEARD K., Barbarians, Gentlemen and Players, 1979
52
de l'élite oscille autour des 80 % ces cinq dernières saisons et que le record d'affluence annuelle est
battue chaque saison (près de 2 millions et demi de spectateurs en 2009/2010), il convient de
relativiser ces données.
Si le succès croissant du rugby n'est pas à remettre en cause, il est judicieux de rappeler que ces
chiffres sont le fruit de stratégies mises en place par quelques clubs seulement : délocalisation dans
des stades de football ou d'athlétisme (Stade de France, Vélodrome, Chaban-Delmas, Stade
Olympique de Barcelone, Stadium) qui ont des capacités pouvant atteindre 80 000 places, soit dix
fois plus que le Stade Yves du Manoir du Racing Métro. Réquisitionnés lors des grandes affiches,
ces enceintes affichent presque toujours complets et a fortiori, relève le taux de fréquentation
globale. De fait, une limite se créée entre les clubs qui ont les moyens de s'offrir de telles conditions
de jeu et les petites équipes. Néanmoins, le nombre d'abonnés tend à rééquilibrer la donne. Quand le
Stade Français remplit l'enceinte dionysienne du Stade de France, il n'est suivi que par 4 500
spectateurs fidèles (en 2009) alors que le Castres Olympique, club du chef-lieu du Tarn, dispose de
5 300 abonnés.
Cette démocratisation du rugby a donc permis d'élargir l'accès de ce sport à de nouveaux
acteurs, néophytes et pas forcément au fait de ce que représentait l'ovalie. De nouveaux publics, des
profils divers et variés, les spectateurs se sont hétérogénéisés ce qui provoqua a terme une
modification des comportements dans les gradins. Bien qu'il arrivait autrefois que les arbitres se
fassent accompagner par les forces de l'ordre après des matchs houleux comme le raconte Pierre
Berbizier70, la recrudescence des gestes anti-sportifs sur et en dehors des terrains apparaissent
comme les stigmates d'un mal plus profond.
Cependant, et c'est là où repose l'essentiel de la problématique de la nouvelle image du rugby
français, il convient de savoir si tout ces bouleversements que connaît l'ovalie depuis quelques
années n'est que le fruit d'une médiatisation mettant en lumière des pratiques ancestrales obscures
ou si elles ne sont effectivement que le produit du nouvel état d'esprit rugbystique: « Y en a t-il
d'avantage ou en parle t-on enfin ? » s'interroge Laurent Telo dans le même numéro de l'Equipe
Mag.
Les connaisseurs du rugby d'antan pouvaient contester les décisions arbitrales mais toujours
dans un souci de respect du jeu et dans une ambiance festive et conviviale. Au même titre que le
football, le public est devenu populaire et les liens entre spectateurs et joueurs se sont modifiés.
Ainsi, les manifestations de mécontentement se dont développés ces dernières saisons notamment
70
L'Equipe Magazine, 23 octobre 2010
53
lors de la demi-finale du Top 14 « Toulon – Clermont » en 2010 : « ce fut la colère des supporters
de Toulon au moment de l'essai contestable accordé à Zirakashvili et ayant laissé craindre un
incident majeur »71.
Les entraîneurs, qui sont situés dans les gradins, ont une vue d'ensemble du jeu. Pourtant, eux
aussi ont changé de mentalité depuis peu. Pierre Berbizier est l'actuel manager du Racing Métro. Il
n'a pas hésité a faire part de sa désapprobation concernant l'arbitrage à l'issue d'une défaite de son
équipe. L'arbitre en question, sous le feu des critiques a réagit : « cette situation m'inquiète : les
critiques envers les arbitres s'accentuent. Je suis déçu d'un tel déchaînement médiatique »72.
Ce changement d'attitude n'est pas la propriété exclusive des spectateurs et des membres du
staff. Les joueurs sont également touchés par cette évolution du comportement. Le spécialiste du
rugby Jean-Pierre Bodis fait le distinguo entre les deux époques : « le jeu était plus brutal dans les
années 50. Quand on recevait un coup de pied à terre, on savait pourquoi (…). On ne le sait plus
guère maintenant » avant d'énumérer des hypothèses sur ce phénomène : « S'agit-il des effets d'une
préparation physique plus exigeante, de sa rationalisation, de sa systématisation, d'une vitesse plus
grande du jeu, de la taille et du poids en augmentation des rugbymen ? »73.
« Jeu de brutes pratiqué par des gentlemen » comme le disait l'expression consacrée, le rugby
des temps modernes donne une définition plus terre à terre et moins fair-play du « contact ». Les
objectifs de résultats et les pressions exercées sur les clubs et les joueurs autorisent des dérives qui
n'existaient pas auparavant. Il y a désormais de tels enjeux qui gravitent autour du rugby, que la
moindre erreur peut avoir des répercussions de taille.
1.6.3.
Budget
L'investissement de partenaires a permis de aux clubs de se doter d'infrastructures et de
matériels de pointes, propre aux conditions d'exercice du professionnalisme. Cette course au
renforcement sportif entraîne des hausses de coûts : charges salariales, investissements produits...
qui sont entretenus par des revenus divers : billetterie, partenariats, produits dérivés...
Entre 2006 et 2009, le chiffre d'affaires global des 30 équipes professionnelles (Top 14 + Pro
D2) de rugby français a progressé de 100 millions d'euros atteignant lors de l'exercice 2008/2009 le
total de 290 millions d’euros, dont 203 pour les clubs du Top 14. Le sponsoring représente 47 % (95
71
Midi Olympique Magazine, 07 juin 2010
Idem
73
BODIS J.P., Le Rugby, Éditions Privat, Toulouse, 1999, p 140-141
72
54
millions d’euros), les droits télévisuels de la Ligue National de Rugby 12 % (25 millions d’euros),
les recettes de match 19 % (39 millions d’euros). Le reste étant partagé entre subventions, produits
dérivés et merchandising, transferts de charges...
A contrario, dans la même période, les charges d'exploitation ont connu une inflation de 61 %.
Les trente clubs de l'élite cumulent des coûts de 322 millions d'euros dont 190 rien que pour la
masse salariale. Le résultat final est que les deux principaux championnats français de rugby
masculin affichent un passif de 30 millions d'euros de déficit d'exploitation.
Les dérives que peuvent entraîner des mauvais investissements et des mauvaises gestions sont
devenues courantes dans le rugby professionnel français. Depuis 1999, les comptes de la plupart des
clubs de l’élite sont dans le rouge. Les conséquences ne se sont pas fait attendre. La Direction
Nationale d'Aide et de Contrôle de Gestion, organe de régulation et de répression des comptes des
clubs, a rétrogradé certaines associations sportives de l'élite (Albi, Montauban) et de Fédérales
(Chalon-sur-Saône, Lille Métropole, Marseille-Vitrolles) et a procédé à des liquidations judiciaires
(Bègles-Bordeaux) ou recouru à des sanctions financières (Agen).
Toutefois, il s'avère de nouveau que les clubs ne soient pas touchés de la même manière par ces
données. Les derniers champions de France ne se situent pas sur le même plan économique et
financier que les promus ou les équipes de moyenne agglomération. Toulouse, le Stade Français,
Clermont et Perpignan affichent ainsi un chiffre d'affaire moyen deux fois et demi supérieur à ceux
conjugués de Bayonne, Bourgoin et Agen par exemple (22 millions contre 10 millions). De même,
et ce malgré des charges très importantes, les résultats d'exploitation de ces grandes équipes sont
moins négatifs que les autres clubs. Ceci s'explique par les montants qu'investissent les partenaires
et les subsides des droits de la LNR, proportionnels à la notoriété et aux résultats sportifs des
équipes.
Les enjeux extra-sportifs ont permis de donner du crédit à de nombreuses équipes mais à, en
contrepartie, creusé l'écart entre les équipes prestigieuses et ceux qui luttent à la fois pour le
maintien et pour afficher une stabilité économique.
1.6.4.
Sportif
Cinq coupes d'Europe (quatre pour le Stade Toulousain, une pour le CA Brive), cinq Challenges
européens (deux pour l'ASM Clermont, une pour le CS Bourgoin-Jallieu, la Section Paloise et l'US
Colomiers), de nombreuses finales au plus haut niveau continental, sept tournois du Tournoi des V
55
et VI Nations depuis 1997 (dont cinq Grand Chelem), une finale et deux demi-finales de Coupe de
Monde, le bilan tricolore est l'un des plus positifs de l’hémisphère Nord depuis 1995. Le
championnat français est réputé pour être le plus compétitif et attractif dans le monde. C'est
pourquoi le Top 14 est très prisé des joueurs étrangers qui viennent profiter du cadre, des structures,
de la formation à la française et des conditions salariales avantageuses. Ces rapprochements
intercontinentaux et transfrontaliers renforcent le jeu des équipes, apportent une vision et une
richesse que le particularisme local n'offrait pas. De nombreux grands joueurs venus de tous
horizons viennent se mesurer sur les terrains français. Les clubs sont de plus en plus performants et
obtiennent des résultats.
Pourtant, ce qui constituait une réelle valeur ajoutée il y a quelques saisons est devenu un sujet
de débats au sein de la planète ovale. Lors de la saison 2010/2011, environ 40 % des joueurs
officiels du Top 14 ne sont pas français. Cette arrivée massive d'étrangers se fait au détriment des
jeunes des centres de formation comme le confirme Pierre Villepreux : « La formation française se
perd avec l’arrivée de staff étranger »et de rajouter que « l’arrivée d’étrangers amène une perte
identitaire au niveau club. Défendre les couleurs est relatif. Les joueurs sont à la disposition du
plus offrant »74.
La Ligue a réagit en conséquence et va instaurer dès 2012, une réglementation qui imposera
aux clubs d'avoir 60 % de joueurs issus de leur centre de formation. Cela provoquera un nivellement
du championnat et rééquilibra celui-ci. Car depuis 1995, seuls cinq clubs ont soulevé le Bouclier de
Brennus : Stade Toulousain, Stade Français, Biarritz Olympique, USAP et l'ASM Clermont
Auvergne. Le niveau s'est donc resserré par le haut, laissant de côté plus de la moitié des équipes
engagées en début de saison.
1.6.5.
Les joueurs
Les relations études/sport, l'importance de l'entraînement, les impératifs économiques et
médiatiques ont déjà été relevés dans les chapitres précédents mais illustrent l'évolution de la
conception et de la définition même du métier de rugbyman.
Avec un salaire minium garanti de 2 000 €, le rugbyman se situe encore loin de ses collègues
footballeurs mais il peut se targuer de pouvoir gagner sa vie correctement en pratiquant son sport,
chose qui n'était pas réalisable il y a encore vingt ans. En 2010, les salaires ont été réévalués à la
hausse de 15 %. Désormais, un joueur du Top 14 touche en moyenne 10 000 euros. Les « stars » du
74
Confère Annexe 4 : Interview de Pierre Villepreux
56
ballon ovale peuvent être rétribuées annuellement à hauteur de 320 000 euros bruts annuels.
Cela peut provoquer des répercussions sur les joueurs, mais aussi les hommes ainsi que le
souligne Yann Delaigue, ancien demi d'ouverture international du Stade Toulousain : « a vouloir
briller individuellement, certains finissent par déjouer » en nuançant toutefois que « la majorité
n'est pas pourrie par l'argent. Les jeunes partagent la même culture, le même état d'esprit que les
anciens »75. D'autre part, les traditions et les valeurs même du rugby ancestral sont également
menacées. Les fameuses 3ème mi-temps sont de plus en plus sacrifiées sur l'autel du rendement du
joueur : « récupération oblige, les fêtes, ciment des équipes, se font plus rares ». Jean-Jacques
Crenca, ancien pilier des Bleus et d'Agen explique : « on passe tellement de temps ensemble qu'on a
peut-être moins envie de se voir en dehors du rugby »76. Grégory Lamboley, troisième ligne actuel
de Toulouse, tempère : « Au rugby, il est fréquent de se retrouver après les entraînements (…) nous
organisons beaucoup de choses à côté du rugby »77. Les anciens et les professionnels s'opposent sur
la réalité actuelle. Cela dénote une nouvelle fois de la différence de conception du rugby entre
amateurs et professionnels.
Autre symbole de l'amateurisme mis à mal : l'appartenance à un club. La fidélité à une équipe
était un fondement de l'ancien rugby. De nos jours, les transferts se sont multipliés intra-muros ou à
l'étranger. Jean-Jacques Crenca donne son avis : « a mes débuts (années 80), on jouait pour un
maillot. Désormais on ne compte plus les mutations dans une carrière ».
La carrière est justement faite de hauts et de bas, dépendants des résultats sportifs mais aussi et
désormais, de décisions managériales. Le tandem « rugby/métier » du temps de l'amateurisme est
dépassé. Le rugby est devenu un métier à part entière avec ses contraintes, ses cadres législatifs et
salariales, sa convention collective...Les joueurs signent des contrats, indiquant leur durée. Avec les
crises financières qui ont frappé de plein fouet de nombreux clubs de l'élite mais aussi de Fédérales,
les joueurs ont souvent été les principales cibles de restructurations. Lors de la saison 2010/2011,
Provale (syndicat des joueurs professionnels) a dénombré une centaine de joueurs au chômage. Les
raisons ? La difficulté de mettre en place un système de reconversion et de suivi des rugbymen en
amont et durant la carrière, la concurrence qui n'est que la conséquence de la recherche de la
compétitivité et de la performance maximale : « l'arrivée de jeunes de mieux en mieux formés, en
pousse d'autres vers la sortie. (…) L'élite se resserre de plus en plus, les places sont chères » clame
Gael Arandiga, directeur du syndicat avant d'ajouter que « le rugby pro est un secteur d'emploi qui
a généré en dix ans, huit liquidations judiciaires. Rugbyman est un métier qui génère du
75
76
77
Le Figaro, 24 octobre 2005
Idem
Midi Olympique Magazine, 07 juin 2010
57
chômage! »78.
1.6.6.
La santé
La mise en avant du corps a eu des répercussions physiologiques et psychologiques.
L'organisme des joueurs est devenu un outil de travail à part entière. L'entretien de celui-ci fait
partie des obligations liées aux contrats et aux contraintes de l'ère professionnelle. Les
entraînements se sont multipliés, les récupérations priment sur les excès qui étaient propre à
l'ambiance rugby d'antan. Les moyens techniques sont mis à la disposition des kinésithérapeutes,
préparateurs physiques et médecins des clubs pour le suivi des joueurs et la rééducation pour les
moins chanceux.
Car si la blessure est liée au caractère physique du rugby, sport de contact par excellence, et a
toujours fait partie du jeu, la tendance est à la hausse depuis quelques années. Le déroulement du
jeu moderne privilégiant l'attaque et les phases de combat conjuguées aux gabarits impressionnants
des joueurs, favorisent la rupture à terme du corps. Ceux-ci sont toujours mis à contribution sur et
en dehors du terrain de jeu avec les risques que cela engendre. Yann Delaigue constate l'évolution
de la résistance du physique des rugbymen : « Il y a 10 ans, c'était impensable de voir un joueur de
20 ans se rompre les ligaments croisés du genou. Aujourd'hui, c'est parfois les deux qui ont cédé »79.
Bien que le temps de jeu effectif d'un match de rugby soit de 35 minutes, ce qui signifie que les
ralentissements ou les temps morts diminuent, les phases d'infiltration ou de contact mettent les
corps à rude épreuve. D'après l'Observatoire du Mouvement qui est une structure multidisciplinaire
française de formation et de recherche sur la santé, il y aurait un lien entre le système du rugby
actuel et la hausse du taux de blessures à haut niveau : « L’analyse de ces études réalisées chez des
joueurs de rugby français aboutit à la même conclusion que celle énoncée pour les joueurs de
rugby anglo-saxons : la traumatologie a augmenté depuis l’avènement du professionnalisme »1.
Ainsi, le nombre de blessures par saison dans le championnat d'élite français est passé de 43 en
1996 à 78 en 2002 pour atteindre le total de 122 en 2009. Depuis la création de Ligue Nationale de
Rugby en 1998, 6012 blessures en matchs et en entraînement ont été signalées en Top 14 et Pro D2.
C
Ce fait s'explique aussi par le rythme de travail soutenu par un calendrier surchargé :
championnat national, coupe d'Europe, rencontres internationales... il s'avère que les joueurs les
plus touchés sont ceux qui accumulent le plus de match. Les membres de l'équipe de France sont de
fait, plus exposés aux risques de blessures.
7
8
79
1
Midi Olympique, 25 juin 2010
Le Figaro, 24 octobre 2005
Confère Annexe 9
58
Pour soutenir la cadence, le joueur se doit d'avoir une hygiène de vie irréprochable et aborder
son sport de manière professionnelle. Cependant, la transformation progressive des gabarits et la
pression exercée sur les rugbymen suscitent quelques interrogations. Pierre Berbizier donne sa
version des faits dans l'Equipe Magazine en 2001 : «pour tenir les cadences infernales, les joueurs
prennent des produits qui dépassent la créatine ». L'ancien demi de mêlée et sélectionneur des
Bleus a brisé un omerta qui entourait depuis longtemps dans le milieu du rugby. Traditionnellement
associé à des sports où l'effort est continu (cyclisme, sprint, tennis, course de fond), le dopage aurait
épargné le ballon rond. Pourtant, certains grands noms de l'amateurisme comme Amédée Domenech
ou Serge Simon ont contourné le tabou en déclarant avoir pris des produits prohibés durant leur
carrière. Cette pratique ne serait donc pas nouvelle mais elle aurait pris une nouvelle dimension à
l'heure du professionnalisme exacerbée. Là où la prise de produits relevait plus de l'artisanat et se
faisait que ponctuellement, le dopage moderne touche désormais toutes les catégories de joueurs y
compris les plus jeunes, comme ces deux néo-professionnels perpignanais qui ont été contrôlé
positifs en début 2011. La réaction de Provale ne s'est pas faite attendre mais souligne le malaise
que suscite ce sujet encore délicat2.
A travers le développement de cette première grande partie et des éléments qui la compose,
nous pouvons certifier que la professionnalisation a eu des impacts considérables sur la définition
même du rugby. Ces transformations en profondeur ont provoqué le clivage entre les défenseurs
d'un rugby d'élite, où le résultat et la compétitivité règnent et les partisans de l'amateurisme, soutien
du jeu comme plaisir et comme pilier du tissu local.
Après avoir relevé les éléments inhérents à la nouvelle image du rugby français de manière
globale, nous allons illustrer ces propos à travers l'étude d'un club qui a été précurseur de cette
professionnalisation et qui continue aujourd'hui d'influencer les autres équipes.
2
Confère annexe 10
59
Deuxième partie :
Etude de cas, le Stade Français
2. Le Stade Français
S'il est bien un symbole de la nouvelle dimension qu'a pris le rugby d'élite français, c'est bien le
60
Stade Français. Club centenaire à la recherche de sa gloire passée, l'équipe parisienne végète au
début des années quatre-vingt dix en cinquième division. L'arrivée de Max Guazzini, alors viceprésident et co-fondateur de la radio NRJ, va contribuer à la transformation progressive de ce club
et plus globalement, du rugby français. Il a fait de la communication, l'étendard de sa politique.
Faire parler de son club au risque de bousculer les traditions et de redistribuer les cartes
géographiques de l'ovalie en France, tel est son crédo. Nous allons tenter de mettre en application le
postulat de base qui veut que le rugby français se soit transformé considérablement ces vingt
dernières années à travers l'étude du Stade Français.
2.1.
Historique
Depuis sa création en 1883, le Stade Français Paris Rugby a toujours eu une approche originale
du rugby. En effet, quand le rugby du sud-ouest était autant pratiqué par les notables locaux que par
les paysans, les deux clubs historiques parisiens que sont le Stade Français et le Racing Club de
France se sont développés grâce au système universitaire et scolaire.
Importé des milieux aisés de la Grande Bretagne, qui pratiquait déjà le rugby à la faculté, ce
système s'est reproduit en France via les équipes parisiennes. Ce sont les étudiants et les élèves,
pour la plupart appartenant aux milieux aristocratiques de la capitale, qui pratiquaient ce sport à ce
niveau géographique.
Dès le début, il y a donc eu une opposition socio-démographique entre les clubs « du nord de la
Loire » et le reste de la France.
Fondé en 1883, le Stade Français Paris Rugby a dominé le rugby hexagonal jusqu'à la fin des
années 1900. De 1893 à 1908, le club glanera huit titres de champion de France et jouera sept
finales. Il convient toutefois de préciser que le championnat n'était réservé qu'aux équipes
parisiennes jusqu'en 1898.
Après cette période faste, le club va rencontrer une véritable traversée du désert de près de 90
ans seulement ponctuée de quelques places d'honneurs durant l'entre-deux-guerres, qui l'amènera a
occuper une anonyme place au sein de l'équivalent de la cinquième division du championnat au
début des années quatre-vingt dix.
2.2.
Un président fondateur et visionnaire
Arrivé en 1992 à la tête de ce club retombé dans l'anonymat, Max Guazzini n'aura de cesse de
tenter de lui redonner sa gloire sportive d'antan tout en repensant le rugby français à sa manière.
61
Tour à tour chanteur, avocat, agent et confident de Dalida, fondateur et dirigeant de la station
musicale de radio NRJ, Max Guazzini a toujours su rebondir là où on ne l'attendait pas en maniant
sa principale arme : la communication. Le Stade Français n'échappera pas à la règle et sera perçu
comme un modèle en la matière.
Recrutements massifs de vedettes et de joueurs étrangers, utilisation des médias et des
partenaires, Guazzini aura utilisé des codes propres à la professionnalisation trois ans avant sa
déclaration officieuse par l'International Board. Visionnaire ou stratège adepte du marketing ? Max
Guazzini souhaitait faire remonter son club au niveau de l'élite en utilisant des outils qui étaient
encore inconnus dans le milieu du rugby.
Cet objectif sera atteint en 1997. En cinq saisons, le Stade Français aura progressé de quatre
niveaux.
Sous l'égide de Bernard Laporte, l'équipe composée entre autre des anciens « rapetous » de
Bègles-Bordeaux comme Serge Simon et Vincent Moscato vont apporter le premier titre de
champion de France de l'ère moderne au club dès leur première saison dans l’élite, en 1998. Cette
réussite sportive va valider la politique mise en place par Max Guazzini et servir de fer de lance à sa
stratégie marketing.
2.2.1.
« Il faut que l'on parle de nous »
Le succès du club se mesure autant au niveau du palmarès que de la popularité. Pourtant, au
moment de prendre les rênes de l'équipe, Guazzini a dû faire face à un implacable constat : le rugby
n'est pas aussi populaire et répandu dans le nord qu'au sud de la France. Au sud, le ballon ovale fait
partie du tissu social. Le rugby se suffit à lui-même. Au nord, bien qu'il soit pratiqué par de
nombreux licenciés à niveau amateur, le rugby n'est visible qu'à travers les quelques retransmissions
médiatiques du XV de France et des phases finales du championnat.
De plus, la particularité du club est qu'il se situe dans une ville où les animations ne manquent
pas. Le Stade Français doit d'abord faire face à la concurrence sportive dont le Paris Saint-Germain
puis les sorties en tout genre propre à la vie au sein de la capitale : spectacles, culture, monuments
historiques et patrimoniaux, lieux de festivités... Max Guazzini s'est donc retrouvé devant deux
défis : sportif et notoriété.
Une seule solution : faire connaître le club. Sa pensée sera alors « communiquer ou
disparaitre ». A travers son vécu, Guazzini a compris que pour (sur)vivre dans des milieux à fort
potentiel attractif, il faut exister médiatiquement. Dès lors, Guazzini va utiliser ses talents de
communicant pour mener à bien son combat. En septembre 1993, un match opposa le Stade
62
Français à l'Association Sportive de Mâcon. L'évènement ne se situait pas sur le terrain de cette
rencontre de division inférieure mais en dehors. Max Guazzini a décidé de mettre en application sa
stratégie dès les premiers mois de sa présidence. Ainsi, pour attirer des supporters parisiens, qui se
comptaient alors sur les doigts d'une main, le néo-dirigeant a fait le spectacle dans les gradins :
tombola, animations, pom-pom girls, diffusion de musique... Il s'était assuré au préalable de la
réussite de son action en publiant des encarts dans de nombreux journaux. Plus de 2 000 personnes
ont répondu présents, donnant ainsi le coup d'envoi de la méthode Guazzini, qui durant quinze ans
ne va cesser de bousculer les traditions de l'ovalie.
2.2.2.
Une réussite sportive et médiatique
Depuis ce coup d'essai, des voix ont commencé à s'élever contre ces méthodes n'appartenant
pas au monde de l'amateurisme. Le journal Midi-Olympique va utiliser pour la première fois le mot
tabou de « professionnel » pour décrire la communication du club parisien deux ans avant 1995. La
politique du directeur de NRJ a provoqué des remous dans ce milieu conservateur et traditionnel.
Les résultats sur le terrain sont les meilleurs arguments que puissent fournir Max Guazzini qui
refuse de rentrer dans la polémique.
En effet, bien au-delà d'être une machine à spectacle bien rodée, le Stade Français va se
construire l'un des plus beau palmarès des années 90 et 2000 : cinq boucliers de Brennus, une
Coupe de France, trois finales européennes (dont celle de 2011), le club est également la seule
équipe à avoir été titrée sur trois siècles, ce qui tend à prouver que Guazzini est parvenu à redorer le
blason de celle-ci et que sa politique est un vrai succès sur le plan sportif.
En l'espace de six ans, le président a su faire du Stade Français une référence sur le plan
national au même titre que le Stade Toulousain et le Biarritz Olympique. Cependant, c'est sur un
autre terrain que le club de la capitale va se démarquer de ses adversaires du sud. Prônant la
communication comme mode de gestion, Max Guazzini va multiplier les coups d'éclat pour ainsi
faire exister son équipe médiatiquement et l'imposer autant au public exigeant du rugby qu'aux
profanes. L'expérience de Mâcon fut le point de départ de la mise en place de la stratégie de
Guazzini pour la concrétisation de son Stade Français.
En tant que vice-président de NRJ, Max Guazzini sait l'importance que représente les médias.
Le quatrième pouvoir a d'autant plus de valeurs dans le cas présent qu'il est l'un des acteurs
fondamentaux de l'ère du professionnalisme. La rentabilité passe par la visibilité et seuls les médias
peuvent garantir des espaces d'affichages à la hauteur des ambitions d'un sport qui se cherche et
63
plus particulièrement pour un club comme le Stade Français qui a mis la communication au centre
de sa stratégie de développement.
Ainsi, le dirigeant du club ne va pas négliger un soutien qu'il connait bien pour en avoir fait
partie. Conférences de presse dans lesquelles il va mettre en scène ses propos comme lors de son
contentieux avec le Paris Saint-Germain qui refusait de prêter son terrain du Parc des Princes ou
bien lors de la défense du centre Mathieu Bastareaud après la polémique qu'il a créée lors de sa
fausse agression en Nouvelle-Zélande; ouverture des vestiaires et des centres d'entrainement à la
presse; création d'un site Internet et d'une propre web TV (Stade TV)3 auxquels Guazzini contrôle
tout de la charte graphique aux contenus éditoriaux... autant d'actions qui tendent à légitimer la
relation qui s'est constituée entre le club et les médias ainsi que le justifie Yann Delaigue
« l'explosion médiatique du rugby doit beaucoup à Max Guazzini »4. Avis partagé par Eric Bayle
qui associe Canal + dans cette démarche de démocratisation du rugby « La concordance entre
l'arrivée aux sommet du Stade Français et la diffusion du rugby sur Canal + a fait beaucoup de
bien pour la médiatisation de ce sport, notamment à travers les matchs se jouant au Stade de
France, les calendriers, qui a été ensuite repris par de nombreux clubs et médias »5.
2.2.3.
Merchandising
Le Stade Français va développer sous l'égide de Guazzini une vraie stratégie marketing à
travers la vente de produits dérivés. Outre les classiques maillots et autres accessoires aux couleurs
du club comme les casquettes, les drapeaux, les ballons et les calendriers, l'équipe parisienne va
lancer des lignes de produits en tout genre : literie, serviettes de bain, maroquinerie, effets scolaires,
cosmétiques, accessoires de téléphonie ainsi qu'une monnaie de collection frappée à l'effigie du
club. Cette multiplication de l'offre répond une nouvelle fois à une volonté de contenter la demande,
et pas seulement celle du supporter lambda. Femmes, enfants, milieux sociaux divers, les boutiques
du Stade Français se veulent accessible au plus grand nombre.
Cette politique du produit dérivé s'est accrue lorsque les joueurs ont arboré les maillots roses en
2005. Pour mieux faire accepter cette première dans un sport réputé viril, Guazzini va alors avoir
l'idée de diversifier les lignes de ses biens. Il va donc susciter l'intérêt puis le désir en offrant
gratuitement des bonnets et des drapeaux roses aux abords des stades avant les rencontres. De plus,
pour parfaire le lien qui unit le club à sa clientèle potentielle, des kits du supporter incluant
3
Confère Annexe 11 : analyse du site internet
Le Figaro, 24 octobre 2005
5
Confère Annexe 2
4
64
maquillage et fanions ont été distribués dans des stands spéciaux situés également près des
enceintes.
Le résultat est un succès puisque près de 50 000 maillots roses sont vendus annuellement pour
un total de 120 000 pièces de produits textiles.
2.2.4.
Deux stades
Lorsque le président débarque au club en 1992, le Stade Français n'a pas de terrain attitré pour
les matchs et les entrainements. Le manque d'intérêt pour ce sport en est la principale raison. Les
joueurs sont donc obligés de se déplacer continuellement dans plusieurs stades de l'ouest parisien
comme Meudon, Sèvres ou Vaucresson. Max Guazzini va donc se mettre en quête d'un lieu fixe et
garantir des infrastructures stables à son équipe. La fusion avec le Club Athlétique des Sports
Généraux de Paris en 1995 va lui permettre à la fois de monter d'un niveau puisque le CASG était
en division supérieure, mais également de bénéficier de leur terrain du Stade Jean-Bouin. Situé à
quelques dizaines de mètres du Parc des Princes, l'enceinte des rugbymen ne dispose pas des mêmes
infrastructures et de la capacité d'accueil que celle de leurs homologues du ballon rond. Conscient
de cet état de fait, Max Guazzini va profiter de la proximité de ce stade pour développer la notoriété
de son club. Son objectif ? Mettre en place les grandes affiches nationales et européennes au sein du
stade habituellement réservé aux matchs du Paris Saint-Germain. Avec l'accord du PSG et de Canal
+, détenteur de la concession de l'enceinte, le Stade Français va jouer une demi-douzaine de matchs
entre 2003 et 2005, remplissant à chaque fois les presque 50 000 places des gradins.
Néanmoins, devant la réticence croissante des dirigeants de la chaine cryptée de céder leur
terrain à des « rugbymen qui pourront occasionner des dégâts à la pelouse », ainsi que le succès
public rencontrés par ces affiches, Max Guazzini va rechercher un stade correspondant un peu plus
à sa vision du rugby-spectacle.
Accueillant les finales du championnat ainsi que les rencontres du XV de France, le Stade de
France situé à Seint-Denis dispose d'une capacité d'accueil et d'une aura bien supérieure à celle du
Parc de la porte d'Auteuil. Depuis le 19 octobre 2005 et une affiche Stade Français - Stade
Toulousain, le club de la capitale a presque rempli vingt fois les 80 000 places, établissant même un
record mondial d'affluence pour un match de championnat en 2009 avec 79 842 spectateurs venus
assister à la confrontation contre Clermont.
A côté de l'aspect symbolique que revêt une rencontre dans une enceinte comme celle-ci, c'est
65
la rentabilité économique qui est recherché. Remplir un stade de 50 ou 80000 places aura des
répercussions positives évidentes sur la trésorerie. Pour un club comme le Stade Français qui
multiplie les actions et les projets couteux, l'organisation d'une telle manifestation s'apparente à un
retour sur investissement garanti. Laurence Girard du Monde analyse ce fait : « ces opérations sont
intéressantes à plus d'un titre pour le club. Depuis le passage rapide de l'amateurisme au
professionnalisme, chacun, dans le monde du rugby, cherche à accroitre ses recettes. Or, pour le
Stade Français, la billetterie est devenue la première source de revenus »6. Aujourd'hui, le montant
annuel de ces entrées est estimé à près de cinq millions d'euros.
Ces rencontres délocalisées vont être un tel succès que pour la première fois de l'histoire du
club, lors de la saison 2009/2010, l'affluence moyenne annuelle du nombre de spectateurs du Stade
Français a dépassé celle du Paris Saint-Germain, 34 772 contre 33 532. Le rugby professionnel est
en train de rattraper son retard au niveau de la popularité sur le football.
Ces délocalisations vont peu à peu être reprises par les autres clubs du championnat d'élite et
permettre après coup d'augmenter considérablement la moyenne d'affluence nationale et de donner
une plus large visibilité à ce sport.
Concrètement, comment Max Guazzini a su imposer sa marque et faire du rugby un sport
autrement plus populaire qu'auparavant ?
2.2.5.
Un spectacle permanent
La stratégie de ce fils d'immigré italien, natif des Alpes-Maritimes, se base sur des concepts
basiques : tarifs spéciaux, travail sur l'image des joueurs, produits marketing, partenaires impliqués,
parrainages de superstars du show-business...
Max Guazzini a compris qu'il fallait sortir le rugby de son carcan régionaliste et le démocratiser
pour tous. Pour ce faire, le président du Stade Français va mettre en place des actions sur et en
dehors du terrain.
Premier à utiliser un tel concept dans le rugby français d'élite, le club va proposer des tarifs
avantageux, y compris pour les affiches dans l'enceinte dionysienne, afin d'attirer un grand public.
Femmes, enfants, étudiants, l'entrée au stade se veut plus abordable et moins restrictif. Il est
désormais possible d'assister à une grande rencontre au Stade de France pour dix euros et d'acquérir
un « pack trois matchs » à Saint-Denis pour moins de quarante euros. Cette politique tarifaire est en
6
Le Monde, 15 octobre 2005
66
partie soutenue par le soutien considérable de partenaires désirant s'associer à ces évènements à tout
prix.
Au-delà du match, les spectateurs ainsi que les médias viennent assister à un spectacle. Des
festivités se tiennent une heure avant l'affiche et durant la mi-temps. Ayant travaillé dans le monde
du divertissement, Max Guazzini sait comment captiver l'attention du public. C'est à un véritable
« show à l'américaine » bien loin des bandas et autre paquitos du sud-ouest, dont ont droit
l'assistance. Feux d'artifices, pom-pom girls, karaokés géants, concerts, spectacles pyrotechniques,
cascades motorisées, danseuses du Moulin Rouge, mise en scène de l'apparition du ballon ovale
avant le coup d'envoi...Le match en lui-même ne constitue plus l'évènement mais est devenu le
point d'orgue d'un programme célébrant le sport-spectacle et le sport professionnel.
2.2.6.
Show-business et sport
Le sport professionnel est devenu une valeur sûre et populaire, drainant des sommes
faramineuses, justifiées par une audience planétaire conséquente. L'expression consacrée
de« l'opium du peuple » n'est plus seulement réservée au football. La couverture médiatique, les
contrats à plusieurs zéros, les retombées économiques ont fait du sport de haut niveau, une activité
rentable, où se mêlent des enjeux politiques, sociaux voire même religieux. Voilà pourquoi le sportif
d'aujourd'hui n'est plus décrit comme un « athlète en short » mais bien comme un représentant de la
réussite, un modèle que les individus de la masse sont censés copier. Dès lors, la frontière entre la
pratique du sport à haut niveau et le reste de la société s'est relevée. Bien soutenue par les médias,
l'image de ces sportifs a changé. A fort potentiel attractif, ceux-ci ont donc attiré la lumière sur eux
et par conséquent ouvert la voie vers des univers accoutumés à être au devant de la scène.
Bien avant la génération France 98 du football, Max Guazzini a associé le côté strass et paillettes à
ceux de l'exercice physique et du résultat. En tant que patron de la première radio musicale de
jeunesse en Europe, Guazzini a pu rassembler son club et le monde du spectacle sous la même
bannière.
Tout juste pensionnaire de l'élite, le Stade Français s'est vu imposer une marraine de prestige en
la personne de... Madonna. S'en est suivi Naomi Campbell et d'autres célébrités à mille lieux du
rugby traditionnel.
Ce rapprochement entre ces deux univers va donc produire des actions destinées à modifier
l'image du rugbyman et de son sport.
67
L'hymne est un élément incontournable dans le sport collectif. Au même titre que les maillots
ou les rituels (haka des All Blacks), celui-ci a pour but de fédérer un groupe de supporters, voire une
nation entière derrière leur équipe, de transcender ces mêmes joueurs, de donner un aspect
cérémonial et symbolique à la rencontre sportive. Qu'il soit national, local ou dédié spécifiquement
au club, l'hymne renforce l'appartenance d'individualités à un ensemble solidaire et fraternel. Ayant
lui-même été chanteur dans les années 60 et ayant côtoyé au plus près depuis lors les milieux
artistiques français, Max Guazzini connait la valeur de la musique et du potentiel attractif qu'elle
représente. Il va alors associer un hymne à son club. Si ce principe n'est pas nouveau dans le sport
(Saint-Étienne et Liverpool au football, Swing Low Sweet Chariot pour le XV de la Rose), le
président du club parisien va une nouvelle fois se démarquer à sa manière. Son avantage : il est à la
tête d'un groupe radiophonique très populaire. Disposant d'un tel outil de communication, Guazzini
va envahir les ondes avec l'hymne de son club dès 1996, en l'occurrence la reprise de I Will Survive
de Gloria Gaynor par le groupe néerlandais Hermès House Band. Pourtant, dans l'esprit des gens, ce
tube revisité restera ancré dans les mémoires comme étant celui des Bleus de France 98. Qu'à cela
ne tienne, la chanson sera diffusée avant chaque match et accompagnera toutes les sorties
médiatiques des joueurs. D'autres disques sortiront, certains interprétés par les rugbymen euxmêmes.
Cette volonté de mettre les joueurs en avant est d'ailleurs une des marques de fabrique de
Guazzini.
2.2.7.
L'image des joueurs
Dans une époque où règne le culte de l'image, un sport en quête de notoriété comme le rugby a
besoin de se doter de ses meilleurs arguments. Max Guazzini a su déceler le potentiel que
représentait les corps de ses athlètes. Donner un coup de jeune à la profession, effacer l'image
d'Épinal du rugbyman paysan au béret au fort accent occitan, adepte de la troisième mi-temps et du
maillot portant les traces de l'effort.
Le tout jeune président de l'époque va alors imposer à ses joueurs des codes de conduite en
dehors du terrain portant aussi bien sur l'attitude que sur le style vestimentaire. Blazer et cravate
pour tout le monde, sous peine d'amendes, respect des journalistes, être disponible pour les actions
de marketing du club, être les meilleurs ambassadeurs possible. Ce contrôle permanent va jusqu'à
s'étendre dans l'intimité des joueurs puisque certains contrats ont été rompus après qu'il s'est avéré
qu'un rugbyman ait passé plus de temps en boite de nuit qu'en phase de récupération. La
professionnalisation ne permet pas de tolérer des comportements qui puissent entraver la réussite
68
sportive et donc économique d'un club. Guazzini va faire suivre scrupuleusement à la lettre sa
vision du rugby moderne auprès de tous ses salariés quitte à créer un climat de tension.
Cependant, le patron du Stade Français va solliciter ses joueurs afin de donner une image plus
dynamique, anticonformiste et moderne à son club et à fortiori, au rugby entier. Dans un premier
temps, le président va chercher à dévoiler aux yeux de tous que les joueurs sont aussi des hommes.
Habitués des plateaux d'émissions sportives, Guazzini va peu à peu les faire sortir de ce créneau
audiovisuel pour leur procurer une plus large exposition médiatique. Programmes de
divertissements, cérémonies officielles, émissions grand public, les rugbymen du Stade Français
vont peu à peu investir le champ télévisuel dans un élan de démocratisation du sport mais aussi et
surtout pour faire la publicité du club. Un joueur va être le symbole de cette mise en avant
médiatique : Christiophe Dominici.
Natif du Sud-Est et originaire de l'Italie comme son président, l'ailier du XV de France va
connaître la grande période du club sous l'ère Guazzini (1997-2008). Durant l'automne 1999, le
France réalise l'exploit de dominer les Néo-Zélandais en demi-finale de la Coupe du Monde se
jouant au Royaume-Uni. Un an après la campagne victorieuse des Bleus du football, la France se
plait à rêver d'un nouveau titre international dans un sport collectif majeur. La défaite en finale
contre les australiens ne changera pas la donne : les rugbymen ont acquis un nouveau statut. Les
audiences des deux derniers matchs, près de 14 millions de téléspectateurs chacun, attestent de cet
élan de popularité qui entoure le ballon ovale. A un degré moindre que les footballeurs, les
rugbymen vont faire l'objet d'une médiatisation soudaine. Dominici sera le joueur le plus suivi.
Fantasque, volontaire, n'ayant pas un physique hors-norme, le peroxydé joueur du Stade Français va
être omniprésent dans les médias papier et audiovisuel. Il sera par ailleurs l'une des personnalités
invitées à remettre un trophée lors des premiers NRJ Music Award en 2000. Max Guazzini va
d'ailleurs utiliser cette manifestation comme espace d'affichage pour son club depuis cette édition.
Depuis lors, d'autres acteurs du rugby auront droit à cette starification, se basant autant sur les
performances sportives que le charisme : Frédéric Michalak, Sébastien Chabal, Bernard Laporte,
ces derniers auront d'ailleurs droit à leurs marionnettes dans les Guignols de l'Info, signe de
reconnaissance ultime pour certains. Les droits à l'image vont augmenter, les publicités vont se
multiplier, les sollicitations en tout genre s'imposer.
Néanmoins, ces cas de starification individuelle sont plutôt rares de nos jours. Le
professionnalisme à plus tendance à mettre en avant un collectif, sublimant le jeu ensemble et non
plus seulement une personnalité se détachant du groupe.
69
Toutefois, ces procédés ne sont pas nouveaux dans le milieu du rugby. Chaque génération de
joueurs a eu ses icônes, ses symboles, personnages emblématiques d'un club et d'une région
popularisés à niveau national. Les « extras » faisaient déjà partie du quotidien des plus connus :
Walter Spanghero jouant dans la comédie « Allez France ! », ses frères dans les publicités de leur
marque de cassoulet...
La personnalité des joueurs a toujours eu un rôle prépondérant dans la popularisation de ce
sport. Ce terme de « personnalité » est primordial car le joueur de rugby était réputé pour avoir un
caractère bien à lui, apte à se dépasser, à se faire et à donner du plaisir aux autres. Pour bien s'en
rendre compte, il suffit de se remémorer le nom et le visage de ces joueurs qui ont marqué la
pratique de l'ovalie lors des décennies pré-professionnalisme. Certains d'entre eux se s'ont vu
attribuer un surnom, signe de popularité et d'appartenance ultime : Casque d'Or (Jean-Pierre Rives),
le Pelé du Rugby (Serge Blanco), Mister Drop (Pierre Albaladejo) le Petit Caporal (Jacques
Fouroux), l'Homme et demi (Olivier Merle)...
Pourtant, malgré la sur-médiatisation du sport, les rugbymen sont moins connus du grand
public à titre individuel. Les équipes sont plus mises en avant, et les quelques joueurs qui se
démarquent le doivent autant à leur physique qu'à leur prestation et leurs valeurs : Caveman
(Sébastien Chabal), Wilko (Jonny Wilkinson), la Panthère Noire (Emile Ntamack ), el Mago (JuanMartin Hernandez)...
La stratégie de valorisation du joueur et non pas d'un joueur de Max Guazzini et des médias est
sans doute responsable de cet état de fait.
Dès 2001, le Stade Français va franchir une autre étape en terme de communication.
2.2.7.1.
L'ambiguïté de l'image
Affichant toujours cette volonté de mettre en avant le joueur, Max Guazzini va lancer un
produit dérivé sans précédent dans le monde de l'ovalie : le calendrier des Dieux du Stade. Au
même titre que l'almanach Pirelli mettant en scène dans des tenues légères des mannequins, le
calendrier de Paris vise à donner une autre image des rugbymen.
Conscient de l'attrait que peut susciter la plastique irréprochable des athlètes, Guazzini va
développer ce concept afin de toucher une cible plus large que le public du rugby.
Jouant avec des codes propre à l'ovalie : nudité dans les vestiaires, position stratégique du
ballon ovale, mime de positions de jeu; de l'art : notoriété des photographes, qualité de la mise en
70
scène; le calendrier va être un véritable succès, 50 000 exemplaires pour la première édition, 250
000 en 2010.
Le calendrier va s'ouvrir à d'autres sports puisque l'on y retrouvera des footballeurs, des
boxeurs voire des lutteurs. Ce produit marketing va être un véritable phénomène de société,
touchant autant les femmes que les amateurs du rugby et sera repris par d'autres clubs.
La position suggestive des rugbymen ainsi que la mise en avant de leur corps dans un cadre
externe au jeu, va provoquer des polémiques et lancer le débat sur la sexualité de ceux-ci.
En effet, certains aspects de la stratégie de Max Guazzini vont jouer sur l'ambiguïté de ces
athlètes. Traditionnellement, le rugby est perçu comme une activité virile, où le jeu en contact et les
festivités d'après-match confèrent à ce sport une densité proprement masculine. L'opposition entre
la vision de ces joueurs nus sur papier glacé et l'image du rugbyman brutal dénote de l'évolution de
la perception qui s'engage autour de l'ovalie et de ses pratiquants. Le professionnalisme est avant
tout basé sur l'argent. Les acteurs composant la sphère du rugby l'ont compris et Max Guazzini à ce
double souci de communiquer pour exister et de donner une nouvelle dimension à un sport qui
n'appartient plus à un corporatisme régional. Pour faire développer sa vision, le président du Stade
Français a même utilisé la carte de la provocation.
Ainsi en septembre 2005, au moment d'entrer sur la pelouse du Stade Aimé Giral de Perpignan,
les joueurs parisiens arboraient un maillot de couleur rose. Sur la terre catalane, propre aux
manifestations machistes et viriles, cette apparition fut perçue comme une déclaration hostile à leur
encontre mais également contre l'image du rugby.
Là encore, Max Guazzini a assimilé les fonctions propres au sportif masculin de haut niveau à
une sensibilité tout autre. Ces « coups » marketing ont coïncidé avec le phénomène de société que
sont les métrosexuels, ces hétérosexuels qui prennent soin de leur apparence et assument leur côté
féminin et sensible.
S'en suivront des chasubles affichant des fleurs de lys roses et bleues conçues par le couturier
japonais Kenzo, des éclairs des mêmes couleurs rappelant à la fois le groupe de rock Queen qui
avait composé la bande originale du film Flash (éclair en anglais) ainsi que le logo de NRJ , le
visage de Blanche de Castille qui a des connotations religieuses, historiques et géographiques
particulières (mère de Saint-Louis, persécutrice des cathares), des maillots et des shorts aux
matières moulantes et très près du corps...
Guazzini va aller à l'encontre de la conception du rugbyman pour dévoiler une autre image de
71
celui-ci et ainsi, toucher de nouvelles cibles, qui étaient auparavant réfractaires et hermétiques à ce
sport de contact par excellence.
2.2.8.
L'homme et les joueurs
Malgré le système de communication mis en place et les enjeux qui en sont inhérents, Max
Guazzini recherche avant tout l'adhésion de ses partenaires. Le président du Stade Français est un
affectif qui a une sensibilité importante. Il considère les membres du club comme ceux de sa
famille, et bien qu'il occupe seul la direction du club, qu'il ne confie à personne d'autres la gestion
sportive, économique et marketing de l'équipe, Guazzini veille à ce qu'une cohésion se forme autour
de lui et du Stade. Bien qu'étant l'un des porte-étendards du professionnalisme en France, le
dirigeant a sur certains abords une méthode de management à l'ancienne, où l'humain primait sur le
résultat. Si les joueurs ont toujours suivi leur responsable dans ses projets innovants, c'est parce
qu'une sorte d'alchimie s'était créée entre eux. Guazzini a su inculquer à ses rugbymen ainsi qu'au
staff entier du Stade Français CASG des valeurs et a su leur faire partager et adhérer une vision du
rugby moderne se basant sur des préceptes traditionnels comme le respect des autres, le
comportement, l'amour du maillot et du club.
Bien qu'il ait subit des critiques sur sa politique de recrutement agressif à ses débuts et que son
club se soit vu affubler le titre de « refuge pour mercenaires », Max Guazzini a su donner une
dimension plus humaine derrière la grande machine qu'il a lui même créé.
Preuve en est de redonner à son sport un rôle social sans doute dilué dans le professionnalisme,
une partie des bénéfices réalisée par la vente des calendriers est reversée à des associations
caritatives.
A travers une stratégie de communication savamment orchestrée depuis bientôt vingt ans, Max
Guazzini a permis au rugby d'élite français d'aborder l'ère de la professionnalisation, où le spectacle
se produit à la fois sur et en dehors du terrain. La démocratisation de ce sport, étape incontournable
pour répondre au mieux aux enjeux médiatiques et économiques inhérents à la survie d'une équipe
est en partie dû à la vision de l'ancien dirigeant de NRJ.
Modèle pour les uns, il s'avère que le Stade Français ne fut pas le pionnier en matière de
conception décalée du rugby. Le club de la capitale est le fruit de projets, d'idées et d'actions menées
par d'autres équipes et d'autres sports, eux aussi concernés en leur temps par la modernisation de
leurs activités respectives.
72
2.3.
Les influences
2.3.1.
L'héritage parisien
Historiquement, le ballon ovale a été introduit en France en suivant le cours de la Seine : Le
Havre Athletic Club en 1872, le Racing Club de France en 1882 puis le Stade Français en 1883,
avant de se répandre peu à peu à travers les grandes villes universitaires comme Lyon, Bordeaux et
Toulouse pour enfin s'imposer dans les régions rurales du Sud.
Les deux principaux clubs parisiens vont connaître un parcours quasi similaire puisqu'après
avoir trusté les trophées durant les vingt premières années de compétition en France, ils sont
retombés dans un relatif anonymat de plusieurs décennies avant de faire un retour à la fin du
vingtième siècle à la fois sur un plan sportif et médiatique.
2.3.1.1.
Racing Métro 92
Le Racing Club de France fut fondé par des étudiants du Lycée Condorcet à Paris alors que le
Stade Français fut la propriété du Lycée Buffon. Outre leur position géographique commune, les
deux équipes se distinguaient par la nature sociale de leurs pratiquants. A cette époque, le système
éducatif parisien était calqué sur celui de la Grande-Bretagne. Toutes les activités pratiquées sous
l'ère victorienne se déplaçaient dans l'hexagone. Tout comme leurs voisins d'outre-Manche, les
institutions d'études supérieures étaient réservées à une forme d'élite sociale. Les différences socioculturelles étaient encore très ancrées dans ces pays et seules l'aristocratie et la bourgeoisie
pouvaient accéder à ces niveaux de scolarité.
L'influence exercée par ce milieu aisé va se retrouver à la fois dans la pratique et l'esprit du jeu
dans la capitale. Le Racing Club de France va être animé par ce qui sera défini comme étant
« l'esprit Racing » : respect de valeurs comme le fair-play et esprit de compétition, le respect des
adversaires, développement d'une activité saine dans un corps sain...
Situé également dans l'ouest parisien, le Racing va se démarquer de son homologue stadiste sur
certains points. Contrairement au Stade Français, les Ciel et Blanc vont glaner quelques trophées
avant le passage au professionnalisme : un championnat de France en 1959, un Challenge Yves du
Manoir, du nom d'un ancien joueur du club, en 1952 et de nombreuses finales jusqu'au cinquième
Bouclier de Brennus en 1990.
73
Cette date marque la fin de la supériorité du Racing qui se retrouvera en division inférieure
dans les années suivantes et coïncide avec la montée en puissance du Stade Français. Ce chassécroisé entre les deux clubs n'est d'ailleurs pas étranger aux relations entre les deux formations. En
effet, avant de prendre les rênes du Stade, Max Guazzini s'est rapproché de son adversaire
historique. Toutefois, fidèle à leur ligne de conduite léguée par un héritage de haut rang, les
dirigeants du Racing ont vu d'un mauvais œil l'arrivée d'un homme ayant eu un parcours bien loin
de leurs valeurs aristocratiques. Le projet de Guazzini à l'époque, était contraire à la défense d'un
rugby amateur qui a toujours animé les membres du Racing Club de France. Sans le savoir, le futur
Racing Métro 92 venait de mettre l'ancien président de NRJ à l'étrier du Stade Français, avec les
résultats que cela a produit.
Pourtant, le Racing avait quelques années auparavant, ouvert la voie en terme de
communication originale dans le monde du rugby. En 1987, le rugby du nord de la Loire relève de
l'activité confidentielle, du moins au niveau médiatique. Pour la première fois depuis 1959, le
Racing Club va jouer la finale du championnat. Conscients qu'ils allaient attirer le regard d'une
France de l'ovalie qui les ignoraient jusque là, les rugbymen ont décidé de marquer le coup pour
l'évènement. Déjà précédés d'une réputation d'individus fantasques, les athlètes parisiens ont joué la
finale contre Toulon en portant un nœud de papillon rose. Malgré la défaite, cinq joueurs du club
vont s'emparer de cet emblème pour lancer leur propre marque de vêtements : Eden Park. Philippe
Guillard, Jean-Baptiste Lafond (qui jouera par la suite pour le Stade Français), Yvon Rousset, Frank
Mesnel et Eric Blanc (ces deux derniers étant les présidents actuels de l'entreprise) vont vouloir
trancher avec le côté rigide et traditionnel du rugby en y apportant de la fantaisie et de la couleur,
comme le rappellent les slogans de la marque : La fantaisie dans la rigueur, l'élégance est dans le
match.
De simple produit dérivé, la ligne Eden Park représente aujourd'hui plus de 200 millions
d'euros annuels et est présente dans une dizaine de pays. La marque au nœud papillon rose est le
partenaire du XV de France, de plusieurs clubs nationaux et européens et a été l'un des sponsors de
la Coupe du Monde 2007.
Cette volonté de s'afficher s'est concrétisée durant de nombreuses saisons sous diverses formes:
vestimentaires avec la tenue du blazer durant les entrainements, les longs shorts blancs, une tenue
« révolutionnaire » pour fêter le bicentenaire de la prise de la Bastille avec bonnets phrygiens et
shorts aux couleurs du drapeau tricolore; spectaculaires tels l'arrivée au stade Jean-Bouin en
74
bicyclettes, le service de champagne durant la mi-temps ou les multiples déguisements et costumes
arborés par les joueurs pour rendre hommage à un adversaire ou un joueur du soir, comme le port
du béret contre Bayonne.
Les membres du « Show-Bizz », surnommés ainsi par leurs coéquipiers, vont même sortir un
disque, démontrant ainsi leur capacité à assurer le spectacle et à bousculer sans heurts le monde
amateuriste du rugby français.
Quelques saisons avant l'ère Max Guazzini, certains acteurs parisiens ont compris que pour
exister médiatiquement devant l'armada méridional du rugby, il fallait faire parler de soi autrement
que par le terrain. Cependant, les résultats affichés par les rugbymen du Racing Club ont démontré
que sport et spectacle pouvaient cohabiter, dévoilant ainsi une nouvelle approche de l'ovalie que
s'empressera de reprendre à son compte le futur patron du Stade Français.
Ce particularisme francilien dont s'est inspiré Guazzini s'est également illustré sous les
bannières d'une autre institution de la capitale : le Paris Université Club.
2.3.1.2.
Le PUC
Le Paris Université Club est une infrastructure omnisports créée en 1906. Comme son nom
l'indique, le PUC fût à l'origine un club estudiantin regroupant, tout comme les deux autres équipes
parisiennes, des étudiants français et étrangers principalement basés au sein de l'ouest de la capitale.
Cette institution centenaire compte actuellement près de 10 000 adhérents et se compose de vingthuit sections sportives dont : le football, l'athlétisme, la boxe française, le judo, la natation, le
tennis, le baseball, le parachutisme ou la pelote basque. Le PUC s'est associé avec la Cité
Internationale Universitaire de Paris en 2004 afin de développer la pratique du sport et des activités
physiques auprès des étudiants, anciens ou actuels.
Bien qu'évoluant en 2011 en Fédérale 2, la section de rugby à XV du Paris Université Club a
longtemps été l'une des sections les plus performantes du club au niveau national. Plusieurs fois
champions de France junior et de seconde division, le club de rugby du PUC a atteint par deux fois
les demi-finales du championnat d'élite durant les années cinquante.
Cependant, contrairement au Stade Français et au Racing Métro 92, l'équipe de rugby du PUC
n'a pas abordé le passage à la professionnalisation de la même manière. Son statut d'association
universitaire va à l'encontre de toute notion de professionnalisme. Ainsi, comme l'affirme Patrick
Vialette, secrétaire général du PUC rugby : « nous sommes les gardiens du rugby parisien
75
estudiantin ». Le responsable du club se pose comme étant l'exemple contraire de ses homologues
parisiens. Partageant les mêmes racines historiques et sociales, les équipes se sont éloignées à
l'approche de la décision de l'International Board en 1995.
Jusqu'en 1990, le PUC rugby jouait régulièrement en première division. Alors que d'autres
équipes prenaient en compte les transformations inhérentes à l'ère du temps, le club universitaire ne
modifia pas son identité propre. « Nous avons conservé nos valeurs traditionnelles et une certaine
ouverture d'esprit » raconte Patrick Vialette avant de rajouter « on a pas vendu notre âme au
professionnalisme ». Ce respect de la culture fondamental du club a eu des conséquences sportives,
l'équipe n'est plus « en haut de l'affiche ». Fataliste mais lucide, Patrick Vialette constate
« malheureusement on en paye les pots cassés » avant de conclure que si il n'y a pas de « tumulte
médiatique » autour du club, celui-ci perpétue les traditions festives et conviviales du rugby d'antan.
Cette approche du rugby à l'ancienne a été l'une des principales préoccupations de Max
Guazzini : associer les fondamentaux de l'ovalie en leur donnant une nouvelle impulsion. Guazzini
a d'ailleurs reconnu que le professionnalisme lui a posé certains problèmes, notamment au niveau
du relationnel. Le président du Stade Français a, à ses débuts, pratiqué un management humain,
concevant son équipe comme une grande famille. Les racines universitaires du club l'ont conforté
dans sa démarche mais les enjeux propres au professionnalisme ont peu à peu altérer sa vision
solidaire pour faire de l'équipe parisienne un chantre du rugby moderne, bien souvent décrié à ses
débuts et bien loin de sa conception de ce sport.
2.3.2. Autres modèles
La politique de Max Guazzini a eu un certain nombre d'influences, qui, combinées et ajoutées à
la vision d'un homme rompu aux expériences artistiques et de divertissement, a modelé la nouvelle
image du rugby français.
Le spectacle précédant les matchs est un rituel répandu des sports populaires outre-Atlantique.
Entrée des joueurs en musique, show de pom-pom girls, mascottes attitrées pour les clubs, notes
sonores pour accompagner les points marqués... Le sport est une véritable industrie de loisir aux
États-Unis et c'est cet « entertainment » faisant d'un simple match un véritable show, que le
président du Stade Français a voulu importer.
Pourtant, le club de rugby parisien n'est pas le premier à avoir utilisé ces codes en France.
76
L'autre grande référence sportive de la capitale, à savoir le Paris Saint-Germain, avait fait d'un
match une manifestation sans précédent. Tout juste propriété du groupe Canal + depuis un an et
demi, l'équipe de Michel Denisot et d'Artur Jorge s'apprête à recevoir au Parc des Princes en quart
de finale retour de la Coupe de l'UEFA le Real de Madrid. En ce jour de mars 1993, Max Guazzini
est un tout jeune dirigeant de club qui assiste à une célébration préparée par Canal +. La chaine
cryptée va utiliser les outils de la NBA pour donner une plus grande consistance à cette affiche :
musique, confettis, pom-pom girls... la France du sport n'avait encore jamais assisté à de tels
procédés.
Pour d'autres éléments, la reprise d'idées s'est faite de l'autre côté de la Manche. En Angleterre,
l'apport du tee sur lequel le buteur allait frapper le ballon pour passer une pénalité, se faisait grâce à
une voiturette télécommandée. Ce concept a été repris et amélioré par le club parisien entre autres
tel le service de bidons d'eau ou l'évacuation de joueurs blessés sur un véhicule motorisé. Au delà de
l'aspect gadget, ces outils ont montré leur efficacité tout en rendant la vision d'un match plus
ludique et animé.
Concernant le calendrier, selon les propres dires de Guazzini, « même le Variété Club de
France (équipe de football des vedettes de la télévision et du show business) l'avait fait avant nous.
On n'est pas les premiers à faire des calendriers à poil (sic) »7.
Comme pour justifier l'apparition de ces objets et actions déjà existantes ailleurs, il annonce que
« la meilleure promotion, c'est la qualité du produit ».
2.4.
Le Stade Français comme modèle
Sans affirmer que le club parisien a influencé directement ses adversaires du Top 14, nous nous
sommes aperçus que la plupart des équipes ont intégré des éléments qui font du rugby un sportspectacle.
Les rencontres de l'élite sont précédées de l'entrée en musique des joueurs. Des speakers
présentent les rugbymen un à un et font monter l'intensité tels des animateurs de manifestation.
Certaines équipes comme Biarritz ou Toulon sortent le grand jeu avec un spectacle de majorettes ou
pom-pom girls.
Depuis quelques saisons, certains clubs se sont dotés d'un hymne : El Cant de l'USAP pour
Perpignan ou le Pilou-Pilou de Toulon remis au goût du jour en 2001.
7
ALLAIRE R. et VILLEPREUX O., Guazzini I will survive, Editions Hugo & Cie, Paris, 2010, p 158
77
De plus, un autre élément essentiel de l'animation dans le sport s'est répandu sur les terrains du
championnat ces dernières saisons : la mascotte. Bien que le Stade Français n'en n'ait jamais
possédé, nous pouvons estimer que la couleur rose et les divers motifs apparaissant sur les produits
du club parisien font figure de symboles, reconnaissables et représentatifs de celui-ci. Les équipes
françaises, ne disposant pas de codes identifiables mis à part les couleurs des maillots et des
drapeaux, se sont donc pourvues d'une figure symbolique. Ainsi l'on peut retrouver dans les stades
de l'élite ces mascottes : Zouzou pour Brive, Buzoka pour le Stade Montois, Pottoka pour l'Aviron
Bayonnais, Obelix à Castres, Ovalion à Toulouse, Joe l'indien au Biarritz Olympique, Bibendum à
Clermont...
Nous pouvons déceler ici, une autre preuve de la volonté des équipes professionnelles de se
donner une identité et de partager une icône, de jouer sur le côté spectaculaire et ludique. Ces
mascottes sont chargées d'animer les avants-match et d'accompagner les joueurs dans leurs succès
ou échecs.
D'ailleurs, certaines mascottes ont été déclinées en figurine voire en statue de chocolat comme
à Biarritz. Les produits dérivés sont devenus monnaie courante dans le rugby professionnel. Chaque
club dispose désormais de sa propre boutique, de son propre catalogue sur internet, de ses lignes de
produits dédiés. Vêtements, gadgets, biens de consommations quotidiens, les clubs investissent de
plus en plus dans le merchandising afin de faire vibrer la fibre des supporters et par conséquent de
s'assurer des bénéfices économiques. Le secteur de vente d'objets dérivés s'est répandu de telle sorte
que certaines boutiques tirent leurs épingles du jeu et arrivent à imposer leurs produits comme de
vraies marques. L'exemple le plus représentatif est celui du Stade Toulousain, qui, fort de
l'engouement qu'il suscite au sein de la ville rose mais également chez les passionnés du ballon
ovale, a su mener une véritable stratégie mercatique. Les produits vendus au sein des boutiques du
club sont de qualité et les bénéfices réalisés en 2008, près d'un million d'euros, soulignent le rôle
important que joue le merchandising dans le développement économique et populaire d'un club.
Le Stade Français n'est pas la seule équipe a côtoyer le milieu du show-business. Dès 1995, le
célèbre présentateur et chanteur de variétés Patrick Sébastien a dirigé le club de Brive. C'est
d'ailleurs lors de son retour en Corrèze en 2007 qu'il a choisi le mannequin Adrianna Karembeu
comme marraine pour le CABC. Il a été entretemps, le directeur sportif de Bourgoin-Jallieu de 2002
à 2005.
Mourad Boudjellal a créé les Éditions du Soleil, spécialisées dans la bande dessinée. Né à
Toulon, il a repris la direction du RCT en 2006. Son management se rapproche en certains points à
78
celui de Max Guazzini : origine, personnalités fortes, communication, recrutements de vedettes...
Guazzini a ouvert la voix à la présidence des clubs. Tant durant l'ère de l'amateurisme la propriété
d'anciens joueurs ou de notables locaux, les clubs sont désormais accessibles à d'autres milieux
d'activités. Ainsi l'on retrouve de plus en plus d'hommes d'affaires à la tête des équipes de l'élite,
ayant des origines communes bien souvent : Gaston Maulin à Bourgoin-Jallieu, Pierre Fabre à
Castres, Vincent Merlin pour La Rochelle, Jacky Lorenzotti, fondateur des assurances Foncia, chez
le Racing Métro 92...
L'influence la plus notable concerne la délocalisation des matchs. Les équipes de Top 14 et de
Pro D2 usent de plus en plus de ce procédé afin d'attirer un plus grand nombre de spectateurs. Les
grandes affiches nationales et européennes se déroulent désormais en majorité dans des stades, de
football principalement, à plus forte capacité et notoriété : Toulon au Stade Vélodrome de Marseille,
Bourgoin-Jallieu au Stade Gerland à Lyon, l'Aviron Bayonnais et le Biarritz Olympique qui se
déplacent dans le pays basque espagnol à San Sebastian, Agen au stade Chaban-Delmas de
Bordeaux ainsi que le Stade de France pour le Racing Métro 92 qui est en train de mettre fin à
l'hégémonie parisienne du Stade Français tant sur les plans sportifs que marketing.
Le graphique ci-dessous représente l'évolution des matchs délocalisés des équipes de Top 14 et Pro
D28.
Nous pouvons constater qu'avant que le Stade Français joue ses premiers matchs au Parc des
Princes durant la saison 2004/2005, le phénomène de la délocalisation n'était guère répandu au sein
de l'élite nationale. Seul le Stade Toulousain avait coutume de se déplacer pour les grandes affiches
européennes et nationales. Depuis 1997, les Rouge et Noir ont joué une cinquantaine de fois au
Stadium, enceinte de l'équipe de football du Toulouse Football Club de 35 000 places, en lieu et
place du stade Ernest Wallon qui peut accueillir 20 000 personnes. Au même titre que le club
8
Extrait du rapport annuel de la DNACG 2010 : http://www.lnr.fr/IMG/pdf/Rapport_DNACG_2010.pdf
79
parisien, les matchs de l'équipe de Guy Novès constituent les spectacles les plus populaires de la
ville puisque depuis la saison 2008/2009, l'affluence moyenne des spectateurs est passée au-dessus
de celle du club de football. Il est aujourd'hui de 20 388 contre 19 224.Ce résultat est d'autant plus
étonnant que Toulouse est réputée pour être la ville du ballon ovale. Or, il a fallu attendre dizaine
d'années après le passage au professionnalisme pour que ce fait se vérifie. Cette évolution
progressive est en partie due aux résultats sportifs mais aussi et surtout par l'image actuelle que
véhicule l'ovalie.
Pour la saison 2010/2011, vingt-six matchs délocalisés sont prévus, dont vingt pour les équipes
dut Top 14. Ce chiffre tend à prouver que le phénomène a tendance à croitre jusqu'à devenir un
procédé classique pour le championnat de France de rugby. Le rugby professionnel a su s'imposer
comme un événement sportif auprès d'un public plus large que les passionnées du ballon ovale de la
première heure. Le graphique suivant représente l'évolution de la fréquentation dans les stades du
Top 16 et du Top 14 et complète les données précédentes.
Après une période d'adaptation et des critiques qui ont fusé de toutes parts, la politique de Max
Guazzini s'est peu à peu développée. Accompagnant le passage de l'amateurisme vers le
professionnalisme, sa stratégie de communication s'est imposée comme un modèle auprès de
l'ensemble des instances dirigeantes du rugby en France, FFF et clubs en tête.
Néanmoins, comme tout projet, il semble que la vision du président du Stade Français
rencontre quelques difficultés depuis certaines saisons et que des limites se sont dévoilées aux yeux
de tous.
80
2.5.
Les limites
Bien que le succès public que rencontre le Stade Français ne se démente pas comme l'atteste les
taux d'affluence des affiches au Stade de France, il semble que la politique du club ait tendance à
s'essouffler depuis quelques saisons.
Sportivement tout d'abord, puisqu'après 10 années fastes, l'équipe n'a plus rien remporté depuis
2007. La fin d'un cycle marqué par le départ du dernier « historique » Christophe Dominici a
signifié la fin de la domination sportive du club. Les jeunes sortant du centre de formation ne
suffisent plus à combler le fait que la concurrence s'est accrue en France. Considéré comme le
meilleur championnat au monde, le Top 14 attire les plus grands joueurs. Mais là où il y a encore
quelques saisons seulement, seules Biarritz, Toulouse ou Paris faisaient figure de premiers choix,
d'autres équipes se sont mêlées au combat des premières places. La compétition s'est renforcée et le
Stade Français n'a pas encore pu ou su perpétuer l'héritage des « années en or » de Max Guazzini.
Deuxièmement, et il s'agit encore d'un fait concurrentiel, ce qui constituait une vision avantgardiste du rugby est aujourd'hui rentré dans les mœurs. La plupart des clubs utilisent les mêmes
codes et les mêmes actions pour ce faire connaître. Cette banalisation de la stratégie de Guazzini
peut être perçue à la fois comme un hommage et une récompense pour les risques encourues mais
également comme l'effacement progressif d'une identité unique. Les équipes du Sud et le Racing ont
repris les méthodes des parisiens comme la délocalisation dans les grands stades, les animations
avant et pendant les matchs, les calendriers...
Troisièmement, la cohabitation entre amateurisme et professionnalisme. Bien que la politique et
la vision de Max Guazzini ont contribué à façonné la nouvelle image du rugby français et par
conséquent, a servir le côté professionnel du sport, il semble que celui-ci apprécie modérément tout
les aspects apparus depuis 1995. « Aujourd'hui je crois qu'il est revenu de l'enthousiasme des
débuts. La professionnalisation, il ne s'est pas rendu compte de la lourdeur de la machine. Il le dit
lui-même » comme le témoigne Christophe Mombet, ancien entraineur du club avant de citer des
exemples de « lourdeur » : « la multiplication des intervenants dans le milieu, les agents etc., cela
doit lui plaire moyennement »9.
Guazzini a toujours privilégié l'affectif dans ses relations avec les joueurs. L'arrivée de
considérations extra-sportives, la revalorisation des contrats, l'apparition d'acteurs intermédiaires,
9
ALLAIRE R. et VILLEPREUX O., Op. Cit., p 211
81
ont distendu les liens qui unissaient les athlètes et le président. Les jeunes sortant des centres de
formation sont accoutumés aux règles inhérents au statut actuel du marché du rugby. Les derniers
vestiges de l'amateurisme sont en train de disparaître, le côté festif et humain cher au dirigeant
s'efface derrière des chiffres.
L'autre grand chantier de l'ère Guazzini concerne les infrastructures et plus particulièrement le
stade. Si les délocalisations au Parc des Princes et au Stade de France apparaissent comme des
coups marketing, elles trouvent leur origine dans le fait que le club n'ait pas d'enceintes digne d'une
équipe de ce standing. Paris ne dispose pas de stades dédiés uniquement à la pratique du rugby. Jean
Bouin ne compte que 9 200 places, ce qui est bien loin de susciter un enthousiasme de masse. La
plupart des stades parisiens sont omnisports et ne disposent pas d’infrastructures propres à l'ovalie.
Néanmoins, après des années de bataille judiciaire allant jusqu'à mêler l'ancien et l'actuel maire de
la capitale, le club a eu l'autorisation de pouvoir agrandir Jean-Bouin. La future enceinte aura une
capacité d'accueil de 20 000 places « conçu pour les sportifs et les spectateurs »10 selon les dires de
Guazzini. En attendant la fin des travaux en 2013, l'équipe jouera sur la pelouse du Stade Charléty,
qui est la propriété du Paris Université Club.
Pourtant, ceci ne règle pas la question des entrainements. En effet, certains points ont peu
changé depuis la prise de fonction de Guazzini. L'équipe se déplace sur plusieurs terrains de la
petite couronne parisienne pour pouvoir s'exercer. Bien que disposant d'un centre de formation
performant, les joueurs de l'équipe première ne disposent pas de moyens que leur niveau de
professionnalisme et leur statut requerrait. Omniprésent sur certains détails, Guazzini ne semble pas
faire part du même intérêt pour tout ce qui concerne l'extra-sportif. Ainsi, il n'a pas hésité à botter en
touche quand certains salariés lui ont fait part de problèmes de tuyauteries ou lorsqu'on lui fit
remarquer qu'il n'adressait pas la parole aux femmes. Le président aurait donc privilégié les aspects
communicationnels au détriment du reste comme l'affirme un joueur : « il va falloir qu'il trouve
quelque chose de plus profond pour continuer. Au début, il avait bien perçu le truc le plus visible,
ce que lui ont conseillé ses amis sur le professionnalisme, mais il a négligé les fondations, il n'a pas
fait de travail de fond. Il n'a pas perçu que le rugby, ce n'est pas que des vedettes dans une équipe,
mais beaucoup de rigueur et de concurrence entre les joueurs, plus de la formation.
Techniquement, il ne connait rien à ces aspects »11. Les effets de la politique avant-gardiste du club
ne se font plus ressentir. La crise financière de 2008 est passée par là. L'équipe est au bord de la
rupture et la Direction Nationale d'Aide et de Contrôle de Gestion menace le Stade d'une relégation
administrative si elle ne comble pas les six millions d'euros de déficit enregistrés lors du dernier
10
11
L'Equipe OnLine, 10 mars 2011
ALLAIRE R. et VILLEPREUX O., Op. Cit., p 211
82
exercice.
La stratégie de Max Guazzini semble arriver à terme. En près de vingt ans de, le dirigeant du
Stade Français a relancé son équipe sportivement et l'a mis au devant de la scène médiatique et
marketing. Exploitant les ressources du professionnalisme, même si il s'en défend, l'ancien directeur
de NRJ a su redonner un second souffle à un rugby post-amateur. Depuis, l'ensemble des clubs de
l'élite et les fédérations ont comblé leur retard sur l'équipe parisienne. Les mentalités ont évolué et
ce qui constituait un particularisme au sein du club, à savoir l'équilibre entre l'humain et le sportif,
s'est effacé progressivement. Le Stade Français comme le rugby professionnel se retrouve à un
tournant important de sa jeune histoire : joueurs, financement, communication, résultats... l'avenir
de l'ovalie passe par une réflexion en profondeur et une réunion des principaux acteurs sur la forme
à donner à ce sport.
Comme le symbole d'un retour aux sources, Bernard Laporte a été appelé en renfort. Le
premier entraineur titré de l'ère moderne du club va apporter son expérience et faire bénéficier de
ses relations pour sortir le «club de son cœur ».
Conclusion générale
Sans être aussi catégorique que Michel Pousse, qui en 2001, énonçait que « le rugby a tout
vendu », qu'il est « plus facilement accessible à tout public mais fade de goût » ou bien encore qu'il
« se prostitue à la télévision et aux sponsors », nous pouvons affirmer que le rugby a pris une
83
nouvelle dimension économique, médiatique et populaire depuis une dizaine d'années.
Certes, les médias, les sponsors et l'argent étaient présents depuis bien longtemps avant 1995,
mais cela ne servait que les amateurs du ballon ovale et ses pratiquants.
Avec le passage à la professionnalisation, les instances dirigeantes de ce sport n'ont fait que
prendre le train en marche. Le monde évolue et il n'y a plus guère de place pour des pratiques
traditionnelles et ancestrales. Les fameuses valeurs du rugby, multiples et ancrées pour certains,
utopiques et folkloriques pour d'autres, ont dû céder tout du moins une partie de leur place de choix
dans la culture rugbystique. Il est vrai que les enjeux extra-sportifs ont pris une place prépondérante
dans le développement de ce sport à tous les niveaux. Mais on peut voir cela comme une juste
récompense pour une activité sportive qui ne transmet pas les mêmes valeurs que le football mais
qui peut procurer autant si ce n'est, plus d'émotions.
Voilà pourquoi l'on retrouve des Packer, Lord, Murdoch, Guazzini, Canal +, Société Générale
etc. graviter autour du rugby. C'est parce qu'ils sont avant tout passionnés que ces acteurs ont
consacré autant de temps et d'argent : pour qu'il s'adapte aux aspérités mondiales actuelles sans
dénigrer ce qui en faisait sa force.
Plus de spectacles, plus de moyens, plus de couverture médiatique, plus de publics, plus
d'investissements personnels des joueurs, le potentiel attractif du rugby s'est construit sur plusieurs
décennies et a su se détacher de son particularisme local et de ses règlements parfois abscons pour
pouvoir s'exprimer auprès du plus grand nombre et ainsi, donner toute sa mesure à la
professionnalisation.
Les risques physiques et financiers se sont aggravés. Ils sont inhérents à un mode de fonction
imposé par la professionnalisation. Pour être plus compétitif sur un marché concurrentiel, les clubs
et les rugbymen se doivent de s'impliquer plus qu'avant dans le rugby, sous peine d'être mis sur la
touche. Ces problèmes de plus en plus récurrents sont le versant négatif de l'ovalie moderne d'élite
mais ils font partie du jeu. Tout le monde les accepte même si certains remettent en cause le chemin
qu'a pris le sport depuis une quinzaine d'années.
Il serait judicieux alors de se demander quelle forme aurait le rugby aujourd'hui s'il n'y avait
pas eu autant de mécènes et de promoteurs et d'autre part, de se pencher sur l'avenir de ce sport avec
l'ouverture vers de nouveaux « marchés » comme l'Asie, la baisse des droits télévisuels et la
modification perpétuelle des règles.
ANNEXES
Annexe 1 : Entretien Patrick Mignon
Annexe 2 : Entretien Eric Bayle
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Annexe 3 : Entretien Pierre Caillaud
Annexe 4 : Entretien Pierre Villepreux
Annexe 5 : Tableau évolution volume global diffusion du rugby à la télévision française
Annexe 6 : Tableaux évolutions des droits télévisuels français
Annexe 7 : Tableau évolution des formules du championnat d’élite français
Annexe 8 : Nationalité des joueurs évoluant en Top 14 durant la saison 2010/2011
Annexe 9 : Etude épidémiologique des traumatismes liés à la pratique du rugby de l’INstitut de
Veille Sanitaire
Annexe 10 : Communiqué de presse du syndicat officiel des joueurs de l’élite concernant le dopage
Annexe 11 : Analyse du site internet du Stade Français
Annexe 12 : Articles de presse
Annexe 13 (uniquement sur CD) : Enregistrements audio des entretiens + données du CSA
Dans le cadre de la conduite de mon étude, je devais me baser sur un corpus composé d'ouvrages,
de revues et d'informations concrètes et théoriques sur le sujet. Afin de compléter les données que
j'ai pu trouver au préalable, j'ai réalisé des entretiens semi-directifs. Devant l'étendue des domaines
abordés par ma problématique, j'ai interrogé des spécialistes de divers secteurs ayant chacun une
vision bien précise du rugby moderne. Voilà pourquoi j'ai interviewé un journaliste de Canal +, un
ancien joueur et entraineur, un dirigeant de club, un sociologue du sport et un responsable du
85
partenariat.
Avant de les contacter par téléphone, je leur ai fait part des tenants et des aboutissants de mes
recherches. La présentation des différentes parties à traiter de mon sujet ainsi que l'explication sur le
choix de mon interlocuteur ont servi de prémices au guide d'entretien nécessaire pour les
interrogations semi-directives.
J'introduisais mes entretiens téléphoniques par un bref rappel du contexte et par un résumé des
thèmes qui y seront abordés.
Tous les entretiens se dont déroulés par téléphone excepté celui de Pierre Villepreux où nous avons
échangé par mail. Les enregistrements audio sont disponibles sur le CD d’accompagnement.
Annexe 1 : Entretien Patrick Mignon
Patrick Mignon est le responsable du Laboratoire de sociologie du sport à l'Institut National du
Sport de l'Expertise et de la Performance (INSEP). Il a notamment réalisé des recherches sur les
performances sportives et le spectacle sportif.
Avant de rentrer dans le vif du sujet faisons un petit retour en arrière. Quelles sont, d'après
vous, ces « valeurs » ancestrales chères au rugby d'antan ?
Valeurs d'authenticité liées à ses racines rurales, implantations rurales. Sport fondé sur
l'affrontement loyal, de gens qui respectent les règles du fair-play, qui s'engagent très fortement, qui
partage des valeurs de camaraderie, caractérisés par la 3ème mi-tempos. Concernant les grandes
villes comme Paris ou Lyon, c'était un rugby de classe moyenne. Très généreux dans l'effort, un peu
calculateur, marqué par des valeurs aristocratiques de fair-play qui se traduisant par le sens de la
camaraderie et la 3ème mi-temps. C'était un sport qui était moins touché par des valeurs
marchandes comme le cyclisme ou le foot. Les gens du rugby sont membres d'une grande famille,
ils se connaissent tous.
Concernant les gens qui allaient au stade ? C'était un moment de convivialité et de détente ?
Oui. La caractéristique du rugby traditionnel, c'est d'attirer que des gens qui sont touchés par le
rugby, qui ont joué ou qui ont des proches le pratiquant. Ils fréquentaient les joueurs; A ce niveau-là,
les matchs du dimanche d'après-midi ressemblent à des jours de fête, de rassemblement. C'est le
modèle du sport de base, que tous les sports sont censés avoir à niveau modeste.
Est-ce que ces valeurs ont disparu ou ont-elles été modifiées ? Comment ça a évolué ?
Aujourd'hui on a un peu l'impression que certaines valeurs n'ont pas été modifiées en ce sens où il
existe toujours un rugby « de village », où l'on retrouve tous ces aspects. Les valeurs familiales, de
convivialité demeurent, car le rugby n'a pas encore gagné un public aussi « fort » que celui du
football. Les gens qui vont à un match de rugby sont plus ou moins en relation avec le monde de
rugby. Ce qui a changé, c'est que les clubs sont professionnels. Les joueurs ne sont plus du terroir,
ils sont sur un marché du transfert. Les entraineurs également. Cela change la valeur, on a
l'impression que le rugby utilise ces valeurs traditionnelles comme une image, beaucoup plus qu'une
réalité qui est actuellement remise en cours par des évolutions démographiques. Les villages se
dépeuplent, le rugby des campagnes a beaucoup moins de force et de fidélité qu'auparavant.
Comment en-est on arrivé à une telle ingérence des enjeux extra-sportifs dans le rugby ?
Il faut remonter aux années 60 pour voir l'appropriation du rugby par le médium audiovisuel. La
télévision française d'état a voulu investir ce sport, pour faire un contrepoids au football, pour
cultiver un sport beaucoup moins marqué par des valeurs économiques comme pouvait l'être le foot
86
à l'époque. Il fallait en quelque sorte, créer une sorte d'émulation afin qu'une autre équipe de France
soit performante. Depuis longtemps, les médias ont porté le rugby.
Grâce aux succès des Bleus, les médias se sont de plus en intéressés au sport : 6 nations, Coupe du
Monde... Cela a apporté de l'argent au rugby, a attiré des investisseurs et des partenaires. Leur
stratégie était d'associer leurs images aux valeurs soutenues par ce sport. Manière de faire fructifier
une entreprise a travers une image différente de celle du foot par exemple. En combinant tout ça
plus l'évolution dans les pays anglo-saxon, on est arrivé au professionnalisme. Pour le coup, cela a
transformer des clubs de rugby en entreprises sportives, qui répondent à des enjeux presque autant
sportifs que financiers. On voit bien aujourd'hui que des clubs sont en situation de crise financière
en Pro D2, car les investissements sont de plus en lourds et ils bénéficient d'une faible exposition
médiatique, donc peu de droits de retransmission.
Est-ce que cette transformation du rugby est à l'image du monde : sur-médiatisation,
pressions financières, enjeux énormes?
Oui, la plupart des sports sont concernés. Dès qu'un sport devient médiatique, on va voir se
développer autour des stratégies de valorisation : économique (comment tirer plus de ressources ?),
fédérales (comment attirer les médias et mettre en avant le sport ?). Le rugby connait une évolution
comme on peut aussi le voir en natation. Ces activités étaient plutôt confidentielles auparavant.
Mais, grâce au résultat, les médias sont venus et les sponsors aussi. C'est une tendance lourde de
l'évolution du sport.
Comme le foot auparavant ?
Il a été en avant-garde à ce point de vue là. Il a toujours été plus populaire. Il a évolué en même
temps que les médias ont pris du pouvoir. En tant que sport le plus pratiqué au monde, il a
forcément attiré des investisseurs en masse. Les autres sports se situent à un niveau moindre mais
restent concernés par ce mouvement de médiatisation et des ressources que cela induit.
Concernant l'essence même du jeu, a t-elle été influencé par des enjeux extra-sportifs
(médiatiques, financiers) ? Quels sont les impacts sur les joueurs et les clubs, les règles ?
Il est certain que les règles du jeu sont fréquemment modifiées, notamment sur ce qui concerne les
mêlées ouvertes, qui s'appellent désormais « ruck ». Chaque année on change les conditions, sur les
fautes et les mouvements... Ce dont des éléments qui sont liés à la spectacularité du rugby. On ne
peut plus se contenter de 0-0 où les équipes se sont neutralisées à travers des combats d'avants
absolument obscurs pour le téléspectateur, qui lui contrairement à celui qui regardait avant, n'y
connait rien et n'apprécie pas les choses. Si vous médiatisez, vous devez attirer des spectateurs qui
ne sont pas des connaisseurs. Et pour attirer des connaisseurs il faut faire du spectacle et donc,
changer les règles. Contrairement au foot où les règles sont simples, il faut clarifier le jeu et le
rendre plus attractif donc plus spectaculaire.
Qu'en est-il des joueurs ?
Ce qui va de paire avec la spectacularisation, c'est la montée en concurrence entre les clubs et la
nations. Pour se différencier, les joueurs gagnent en muscle, en physique, en technique. Les
entrainements augmentent, on va créer des centres de formation. On va avoir une vingtaine de clubs
privilégiés et le reste pour les autres. Avant, toutes ces équipes avait un accès à la notoriété, du au
championnat aux systèmes de championnat à 60 clubs. Tout le monde les connaissaient.
Aujourd'hui, le grand public ne connait que les clubs du Top 14, à cause du déséquilibre médiatique
qui s'est creusé entre les divers divisions. Concernant les centres de formations, ils forment des
joueurs qui feront du rugby un métier, et non plus une activité complémentaire d'un travail. Avec
tous les inconvénients que cela implique : rythmes d'entrainements intensifs, rapport avec le monde
du travail presque inexistant, peu de projets d'avenir... Le rugbyman-paysan d'antan a disparu.
En tant que sociologue du sport, que pensez-vous de la perte de ces valeurs, des fondamentaux
87
de sa pratique ?
Si on a lancé un championnat à 14, c'est pour pouvoir concentrer les talents. Pour avoir plus de
spectacle et de ressources sur un petit nombre d'équipes. Cette évolution fait regretter le manque de
diversité de style de jeu. C'est plus stéréotypé. On peut effectivement être plus nostalgique du
« rugby de papa ». Dans un même temps, il apparaît logique qu'un sport de plus en plus populaire
évolue,dans un contexte médiatique et économique important. De toute manière, il faut un certain
nombres de clubs pour rendre le championnat intéressant.
Le Stade Français, club centenaire, un des rares représentants de l'ovalie du « nord de la
Loire », a transformé son image depuis la prise en main de Max Guazzini. Que pensez-vous de
cette ingérence du show-business là-dedans ? Est-ce un modèle pour les autres clubs ?
Ce n'est pas un modèle. Le Stade Français est un cas presque unique.. De par sa localisation, au sein
de la capitale, qui autorise plus les accointances médiatiques et people qu'une petite ville de
province. Une personnalité du show-business qui déciderait de s'investir dans une commune
moyenne n'aurait pas autant d'impacts, même si certains comme Patrick Sébastien avec Brive, ont
tenté l'aventure avec succès. L'impact de Guazzini est donc dû au contexte parisien et à la présence
du Stade de France à proximité. Le propre des présidents est de calquer leur image au club. Il se
trouve que Max Guazzini a un vécu au niveau des strass, paillettes et médias (NDR : secrétaire de
Dalida, PDG de NRJ), et qu'il a pu donc mieux les appliquer à la gestion de ce club. Ça n'est pas un
modèle exportable, même si des présidents actuels comme Alain Afflelou (Bayonne, Opticiens
Afflelou) ou Mourad Boudjellal (Toulon, les Éditions du Soleil) font transparaitre leur réussite au
sein du management de leurs équipes. Cela n'aurait pas de sens d'un point de vue marketing, car les
images locales restent très ancrées auprès des villes de Province, même si cela n'est plus forcément
d'actualité comme on peut le voir à Biarritz où il y a de moins en moins de joueurs basques.
Le modèle de Guazzini voudrait donc que le rugby s'implante dans des grandes agglomérations
ignorées du rugby. Il faudrait un grand club à Lille, Lyon, Strasbourg, Rennes... Par contre, cela
exclurait de fait les clubs à petit budget comme Agen, Castres, qui n'auraient pas les moyens de se
faire voir et entendre.
Après 10 saisons fastes, le Stade Français n'a plus rien gagné depuis 2007. Est-ce la fin du
modèle de gestion du club ?
Comme tout « produit » qui marche, il arrive un moment où l'on subit une baisse, où les résultats
sont moins performants. Cela est encore plus vrai dans le sport. Imputer cela à Max Guazzini et sa
vision est une erreur à mon avis. Il semble simplement que le club arrive à une fin de cycle, où de
nombreux cadres sont partis ou vont partir. Cela est commun à tout les sports collectifs. Ce n'est
pas dû au modèle « showbiz ». Mais vu qu'il s'agit d'un club très réputé comme celui du Stade
Français, on en parle forcément plus que si c'était Castres. La médiatisation et le spectacle est donc
à double tranchant : en cas de victoire ou de défaites on parlera plus de vous.
Toutefois, il arrive de plus en plus fréquemment que des clubs de Province et même le Racing
Métro, jouent dans des stades plus grands et prestigieux (Biarritz à San Sebastian, Toulon au
Stade Vélodrome, Perpignan au Camp Nou de Barcelone...). Y'a t-il eu une référence du Stade
Français pour jouer dans des grandes enceintes ?
Oui, là encore le Stade Français a fait office d'avant-garde. Jouer au Stade de France, arène réservée
aux matchs internationaux ou pour les concerts, fut un incroyable accélérateur pour la médiatisation
de ce sport en général et du club en particulier. Les clubs mettent en place des stratégies pour attirer
les spectateurs. Les équipes l'ont compris et tentent développer leur notoriété, tout en occultant pas
leurs racines, puisque Bayonne et Biarritz jouent dans le pays basque espagnol, Perpignan reste en
terre Catalane et que Marseille est proche de Toulon.
Cela crée de belles affiches dans de belles enceintes mais est-ce que cela suffit à remplir les
gradins ? Les clubs prennent des risques sans forcément avoir des retours sur investissement comme
88
le Stade Français...
Vous avez rédigé de nombreux écrits sur le football. Quels comparatifs ou distinctions peut-on
faire de nos jours entre le ballon ovale et le ballon rond ? A terme, est-ce que le rugby va
prendre la même direction que le foot au niveau de l'image, de la pression et des
investissements ?
La différence se fait quantitativement. C'est à dire qu'en France, le football regroupe plus de 2
millions de licenciés alors que le rugby n'en a que 370 000. Un fossé se creuse déjà à ce niveau là.
Autre aspect, la taille et l'implantation du rugby le préserve de tout débordement violent comme le
football a pu connaître, car on est là dans un niveau « d'interconnexion » où tout le monde se
connait. Au niveau du recrutement local on assiste encore à une différence : si le football touche
principalement les banlieues et les cités, le rugby est plus pratiqué par les couches moyennes et
supérieures. Au niveau national, il n'est plus rare de voir des équipes partiellement composées de
joueurs étrangers. Les rugbymen de l'hémisphère Sud et d'Europe profitent de l'attractivité et des
moyens financiers de notre championnat pour s'y installer. Au football, les équipes sont plutôt
composées de joueurs en début ou fin de carrière, français ou venant des anciennes colonies.
Le public rugby est de classe moyenne, celui du football touche plus les classes populaires.
Bien évidemment, les sommes d'argent sont très différentes.
Concernant la deuxième question, le rugby pourrait mettre en évidence un modèle économique plus
vertueux, pour faire vivre les petites structures, développer les centres de formation et inculquer des
valeurs aux jeunes joueurs. Je pense que le rugby ne va pas connaître de dérives budgétaires et
salariales avant un bon moment, contrairement au football.
Néanmoins, l'arrivée massive de joueurs étrangers peut barrer les jeunes joueurs. Cela favorise
certes la concurrence mais peut provoquer des tensions au sein des vestiaires.
Annexe 2 : Entretien Éric Bayle
Journaliste sportif né dans une terre de rugby, Bayonne, Éric Bayle travaille pour le service des
sports de Canal + depuis 1992. Directeur de la rédaction en charge du rugby, il commente les
matchs du championnat depuis 1995 et a présenté jusqu'en 2008 l'émission consacrée au ballon
89
ovale, Jour de Rugby.
Canal + diffuse le rugby depuis 1985. Pourquoi avoir choisi, à l'époque de retransmettre ce
sport ?
Le rugby existait déjà en 1985 ! Ce n'était pas un petit sport, ce n'était pas n'importe quel sport. Lors
des matchs de l'Équipe de France, il réunissait beaucoup de monde devant les écrans de télévisions
et dans les stades, notamment quand ils jouaient à Colombes ou au Parc des Princes. Il y avait
toujours 50000 personnes pour voir les matchs. Le tournoi des V Nations était très populaire que ce
soit dans les stades ou sur petit écran. Le rugby a toujours été un sport très populaire. C'était dans
notre esprit le deuxième sport collectif en terme de notoriété, devant le basket ou le handball. A
l'époque, Canal s'était lancé dans le football. Se lancer dans le rugby par la suite était quelque chose
d'assez logique.
Canal + a été crée en 1984. Vous avez donc suivi le rugby dès les débuts de la chaine...
Il fallait varier le nombre de sports retransmis, pour ne pas tout baser sur le football. Il y avait donc
du basket, via la NBA ainsi qu'un certain nombre de sports. Il était donc logique que le rugby en
fasse partie.
De manière plus globale, pourquoi les médias ont autant investi dans dans ce sport ?
Sur la période 1985-1995, le rugby était encore un sport très régional, avec une formule de
championnat très « alambiquée » que ne comprenait que les spécialistes. Pour faire clair, le rugby
n'existait pas ! Il y avait le Tournoi des V Nations d'un côté et le championnat de l'autre. Le rugby
en France a toujours eu du succès que ce soit dans les stades ou à la télévision. Ce qui était
confidentiel à l'époque, c'était le rugby des clubs, du championnat, a l'exception de la finale qui était
donc retransmise à la télévision. Le reste passait complètement inaperçu. Il se déroulait lors de
formules très complexes, avec de multiples phases et où pouvait s'affronter jusqu'à 80 clubs. Tout
ceci était incompréhensible pour le profane et par conséquent, guère intéressant. Ce qui a modifié la
donne, c'est le passage au rugby professionnel. Cela a entrainé une meilleure couverture télévisée,
notamment de la part de Canal + en France; la création de la Ligue Nationale de Rugby; la
simplification de la formule du championnat, avec l'apparition de la poule unique qui a été un
élément déclencheur pour atteindre un public plus large dû à l'intelligibilité de celle-ci. La montée
en puissance du championnat s'est faite au travers de la retransmission « feuilleton » de Canal au
rythme d'un ou plusieurs matchs chaque semaine. Parallèlement à ça, l'explosion médiatique du
rugby a été soutenu par la création de la Coupe du Monde en 1987, puis par l'édition de 1991 qui
s'est déroulé en France, le lancement de la Coupe d'Europe en 1996, qui a mis deux à trois ans pour
trouver une audience satisfaisante. Le rugby professionnel s'est mis à occuper l'espace médiatique,
ce qu'il ne faisait pas avant. Il y avait quatre matchs du Tournoi des V Nations, ceux de la France et
c'était tout. En quelques années la couverture médiatique s'est développé avec donc l'apparition de
tous ces tournois. Cela a donné une visibilité presque comparable à celle du football.
Qu'est-ce que Canal + a apporté dans la perception de ce sport ? Est-elle responsable de la
nouvelle image du ballon ovale ?
Je répondrais oui, sans modestie ! Canal + est une chaîne qu'on qualifierait entre guillemets « à la
mode ». A tous les niveaux de sa programmation, séries, sports, films, documentaires, Canal ne
s'intéresse qu'à ce qui marche. Des émissions qui sont dans l'air du temps, que la chaîne aide à se
développer. Concernant l'apport de Canal dans le rugby : premièrement, une visibilité qui n'existait
pas avant, puisqu'auparavant il n'y avait que la finale voire également une demi-finale ou un match
de la saison qui se « baladait » dans les grilles de programmes. Canal + a mis en place un rendezvous hebdomadaire régulier. Deuxièmement, Canal a valorisé une image du rugby par ses moyens
techniques et éditoriaux. Nous avons « révolutionné » la couverture du sport par sa mise en image et
sa qualité, les commentaires, la prise de l'antenne, les reportages, les vestiaires, les diffusions avec
les émissions spéciales, les prime-time, les « marathons » s'étalant une après-midi entière...
90
Troisièmement, Canal + qui est une chaîne « in », a fait du rugby un sport « in » parce qu'elle s'y est
intéressée. Mais nous ne sommes pas les seuls responsables de la nouvelle image du rugby, puisque
le développement de la Ligue et la construction des stades ont permis d'attirer un plus large public.
D'ailleurs, cette hausse de la fréquentation est aussi en partie due à la couverture médiatique. Tout
ceci réuni a permis de faire du rugby, le deuxième sport le plus représenté dans les médias, loin
devant les autres.
Vous avez connu en tant que journaliste et passionné, le rugby de l'amateurisme et le rugby
version professionnelle. D'une part, comment en est-on arrivé à la transformation de 1995.
D'autre part, qu'est-ce qui a fondamentalement changé ?
C'est un changement qui s'est fait dans la continuité. L'origine du rugby professionnel vient des
télévisions de l'hémisphère Sud qui ont bâtit des programmes solides avec la création du Super 12 et
des Tri-Nations. Un tournoi que Canal s'est d'ailleurs empressé d'acheter. Quand les nations du Sud
voulaient un changement, les fédérations du Nord ne souhaitaient pas emboiter le pas du
professionnalisme. Cela est devenu inéluctable pour résister aux nations des antipodes. Qu'est-ce
qui a changé ? Ce changement ne s'est fait d'un mois ou d'une année à l'autre. Grosso modo, si l'on
fait une « photographie » des 15 années qui se sont écoulées je dirais que peu de choses ont évolué
au niveau de l'esprit. Bien qu'il y ait de l'argent et une forte exposition, le rugby se démarque des
autres sports par ses valeurs, son ambiance, l'atmosphère qu'il y a dans les stades. La seule chose
qui ait véritablement changé c'est l'explosion du nombre de journalistes autour des équipes qui les
amènent parfois à se protéger. Des joueurs qui n'étaient jamais sollicités se retrouvent aujourd'hui
trop sollicités mais cela reste un détail à mon sens. Globalement, les changements sont positifs à la
fois pour l'amateur et le joueur du rugby.
Qu'avez-vous à répondre à ceux qui estiment que c'est la télévision qui dirige le sport ? A
travers l'élaboration des calendriers, les horaires de diffusion, les droits télévisuels, la durée
des mi-temps, les règles du jeu mettant plus en avant l'attaque et donc le spectacle.
Il y a du vrai, il y a du faux. Toute nostalgie dans ce type de réflexion me paraît stupide. Ce n'est pas
la télévision qui gère tout. Nous sommes dans un sport professionnel. Le but du professionnalisme
c'est de générer de l'argent, de rémunérer les acteurs. Quand vous entendez un joueur se plaindre du
calendrier, vous l'entendez rarement se plaindre de son salaire. Les deux sont liés, directement. Si
les joueurs acceptaient de diviser le nombre de matchs par deux et leurs salaires, il y aurait peut-être
un moyen de s'entendre avec les clubs et les fédérations. C'est un peu dépassé d'avoir ce genre
d'opinions car c'est grâce à la télévision que le rugby est devenu ce qu'il est aujourd'hui : être
accessible à tous, même dans les régions non pratiquantes. Aujourd'hui, l'amateur de rugby a le
choix entre 7 à 8 matchs par week-end. Est-ce une récession ? Non, je pense que c'est un progrès.
Concernant la durée des mi-temps, quel est l'impact de cette durée dans la vie des gens ? Que ce soit
5, 10 ou 15 minutes ? Ce n'est pas la faute de Canal, car il n'y a pas de publicité chez nous.
Concernant les règles du jeu, il faut savoir qu'elles ont toujours changé, et ce, bien avant l'apparition
de la télévision. Les essais valaient 3, puis 4 puis 5 points. Ce sont les instances dirigeantes qui
cherchent à rendre leur sport plus attractif, indépendamment des médias. Il y aura toujours des
évolutions, pas forcément inhérentes au spectacle mais plutôt aux sports en eux-mêmes, comme on
a pu le voir dans la plupart des sports collectifs populaires. Prenons un cas concret : je ne connais
pas un spectateur qui ne soit pas défiant vis-à-vis de la règle du bonus qui fait que les équipes vont
batailler jusqu'au bout pour arracher des points supplémentaires. Cela ne fait que donner plus
d'intensité au match jusqu'au coup de sifflet final. Quant aux droits télévisuels, c'est ce qui permet
au rugby de vivre. Pour pouvoir jouer sur tous les fronts, avoir des infrastructures adéquates,
recruter des bons joueurs, avoir une visibilité au niveau des partenaires, il faut des moyens. Donc à
part dire « merci », je ne vois pas ce qu'il y a dire !
A ce propos, Canal + a formulé une offre de 18 millions d'euros en début d'année auprès de la
Ligue pour avoir les droits sur les quatre prochaines saisons. Ce chiffre fut une véritable
91
surprise puisque les premières estimations faisaient état d'un montant s'élevant à 150 millions
d'euros. Qu'en est-il aujourd'hui ?
C'est en négociation. Il n'y a pas de « clash ». C'est la tendance actuelle des droits télé, d'être à la
baisse, sur tous les marchés et tous les sports. C'est encore un peu tôt pour en parler car nous
sommes en pleine négociation.
Que pensez-vous de la communication du Stade Français de M. Guazzini ? Est-il un
précurseur de la professionnalisation ou n'est-ce qu'une vision décalée d'un club parisien
comme le fut auparavant le Paris Université Club et le Racing ?
Il n'y a absolument aucun point commun entre le Stade Français et l'histoire du PUC et du Racing
qui étaient plutôt « potaches » à l'époque. Guazzini est quelqu'un qui a fait beaucoup de bien au
rugby professionnel. Il a servi de détonateur à la montée en puissance du rugby qui se situait dans
un contexte de concurrence vis-à-vis du football. La concordance entre l'arrivée aux sommet du
Stade Français et la diffusion du rugby sur Canal + a fait beaucoup de bien pour la médiatisation de
ce sport, notamment à travers les matchs se jouant au Stade de France, les calendriers, qui a été
ensuite repris par de nombreux clubs et médias. C'est arrivé à la bonne période. Ça a sorti le rugby
d'un régionalisme, et ça l'a davantage porté sur la scène nationale. Tout ceci est à mettre au crédit du
président du Stade Français. Il a fait à lui tout seul, un boulot marketing phénoménal pour le
championnat de France et le rugby de manière plus générale.
D'ailleurs, un de ses slogans est « communiquer ou disparaitre». Jusqu'à récemment, de
nombreuses voix s'élevaient contre les pratiques de Max Guazzini, qui dévoilait un autre
aspect des rugbymen, glamour et métrosexuel, ou jouant avec les codes du spectacle avec les
shows à Saint-Denis. Quel était votre opinion à ce sujet ?
Ce sont des critiques qui me paraissent dérisoires. Nous sommes aujourd'hui dans l'ère de la
communication. Le rugby avait beaucoup à faire en terme de communication pour exister par
rapport à d'autres sports notamment à Paris, où la concurrence est très sévère entre les sorties
culturelles, les spectacles artistiques et les autres sports. Guazzini a employé la méthode qu'il fallait.
Il a servi d'agent marketing du rugby depuis une quinzaine d'années, probablement soutenu par
Canal, chacun dans son registre. On peut être d'accord ou pas avec les méthodes employées, mais il
a servi la cause de la popularisation du rugby. Quand une personne réussit à réunir vingt fois 80 000
personnes pour des simples matchs de championnat, on ne peut que lui dire « merci » !
Est-ce que toute cette communication est propre à la ville de Paris ? Max Guazzini aurait-il
pu développer le rugby à sa manière ailleurs ?
Je ne pense pas. Il avait besoin de le faire pour exister. Or, dans des villes comme Toulon, Toulouse
ou Biarritz, le rugby se suffit à lui-même. Le rugby fait partie de la culture au sein de ses régions. A
Paris, le Stade Français avait besoin de se démarquer de tous les autres éléments constituant la vie
parisienne. Il a réussi à faire parler de lui de manière remarquable et à su créer un vrai esprit
compétitif notamment avec Toulouse. De plus, les résultats sportifs plaident en sa faveur, sa
politique ne se résume pas qu'à de l'image. Cela a participé à la starification des rugbymen comme
Chabal, même si il n'y a pas joué. Il a lancé la machine du Top 14. Tout ça sont des éléments
positifs pour le rugby d'aujourd'hui. Le rugby actuel n'a d'ailleurs plus rien à voir avec celui d'il y a
vingt ans puisqu'il y a eu tout ces éléments concomitants. C'est grâce à tout ça qu'il y a aujourd'hui
deux pages consacrés au rugby dans les journaux, des heures de diffusion et que le temps d'antenne
est supérieur à celui du football à Canal +.
Annexe 3 : Entretien Pierre Caillaud
Pierre Caillaud travaille au département « Sponsoring » de la Société Générale depuis 2005. Il est
régulièrement en contact avec les instances dirigeantes du rugby pour la mise en place d’actions de
valorisation et de démocratisation.
92
La Société Générale est partenaire de la Fédération Française de Rugby depuis 1987.
Pourquoi avoir choisit ce sport, qui à l'époque, n'avait pas autant d'impact sur le public ?
On cherchait un sport en 1987 pour accompagner notre développement stratégique en France et à
l'étranger. C'est un pari, on n'avait pas préjugé du phénomène du rugby de ces derniers temps. On
cherchait un sport pour accompagner notre stratégie, c'est l'objectif du sponsoring de toute façon.
Ça c'est conclu officieusement en 84 et officiellement en 87. On fêtera les vingt-cinq ans l'année
prochaine.
Donc votre stratégie était de vous développer en France et à l'étranger ?
Principalement en France en 87. Avec la stratégie maintenant du groupe, qui est de plus en plus
international. Du coup, de s'approprier du rugby à l'étranger et dans le territoire international. Du
fait des partenariats des Coupes du Monde 2007,2011 et 2015, qu'on a signé récemment. On essaye
de développer le rugby à VII qui est plus présent que le rugby à XV. Sachant que nous sommes
présents dans plus de 80 pays. Nous essayons de donner des moyens aux entités locales pouvoir
exploiter les actions du groupe.
Vous êtes également partenaire principal du Stade Toulousain. Pourquoi avoir choisi ce club ?
Le service central du groupe gère les contrats fédéraux, nationaux et internationaux avec la FFR, la
LNR et l'IRB. Tout ce qui concerne les clubs est géré par les agences locales. Car les retombées du
stade toulousain sont principalement régionales. Donc, quand on invite des clients c'est uniquement
des clients du Sud-ouest. Néanmoins, cela renforce notre présence à tous les niveaux dans le rugby,
ça accentue l'image auprès de tous les supporters de rugby. Pour nous c'est un maillon important du
sponsoring mais ce n'est pas nous, au niveau national, qui nous en chargeons.
Pardonnez-moi d'insister mais qu'est-ce que cela apporte à la Société Générale, d'être
partenaire d'une telle équipe, même à niveau local ?
Les raisons sont évidentes : la Société Générale partenaire numéro un du rugby. Le Stade
Toulousain est le club le plus performant depuis quinze ans. Il semblait légitime à l'agence locale de
capitaliser sur les valeurs du rugby et du Stade Toulousain pour se développer localement en terme
de business et d'image.
Justement, en parlant de « business », pourquoi selon-vous, les montants des partenariats ont
augmenté ? Pourquoi les enjeux extra-sportifs (médiatique et économique) prennent de + en +
de place dans ce sport depuis une dizaine d'année ?
C'est principalement dû à la professionnalisation avec la création de la LNR en 1998. Même si la
professionnalisation s'est faite en réalité en 1995. C'est le phénomène qui a fait se développer de
manière économique le rugby avec des contrats de partenariats qui sont rationalisés par la LNR
contrairement au foot. Juste pour rentrer dans le détail : la LNR a des partenaires officiels (Orange,
Société Générale, GMF, PMU...). Nous sommes donc présents sur l'ensemble des matchs du Top 14
en terme de visibilité. Vient se rajouter sur ces partenariats nationaux, des partenariats locaux. Ce
sont les sponsors des clubs. A la différence du rugby, la LFP n'a pas de partenaires nationaux. En
terme de visibilité, le club de football n'aura que l'appui de ses propres partenaires. Cette révolution
a apporté un peu de structuration dans l'élaboration dans le business plan de la Ligue du rugby. Pour
les partenaires nationaux, a permis de capitaliser sur cet axe de rugby pro, en essayant de
développer ce rugby via leurs réseaux. A la Société Générale, nous organisons chaque année des
opérations qui visent à développer le rugby pro dans des régions qui n'ont pas de club de rugby pro.
Par exemple les « journées des ambassadeurs », qui sont des étapes de deux jours dans lesquels
nous faisons rencontrer des rugbymen pros avec de 300 à 400 enfants licenciés le mercredi aprèsmidi, avec nos chefs d entreprise clients, nos collaborateurs. Tout ceci afin de démocratiser le rugby,
pour faire qu'il implante un peu plus dans notre territoire. La particularité de ce sport est qu'il est
régionalisé, essentiellement implanté dans le « sud de la Loire », exception faite du Stade Français
93
et du Racing. Notre idée, étant donné que notre réseau d'agence est présent sur tout l'ensemble du
territoire français, c'est que le rugby se développe et que l'ensemble de nos 2 000 agences puissent
exploiter le partenariat rugby.
Derrière cet objectif louable de développer la pratique de ce sport, n'y a t-il pas tout de même
des aspérités économiques et des enjeux financiers?
Oui. Les contrats de sponsoring impliquent automatiquement des répercussions budgétaires; A
savoir que ces contrats s'élèvent à plusieurs millions d'euros. Après les contrats peuvent fluctuer en
fonction de la médiatisation qu'on fait du championnat professionnel. Un exemple : la LNR est
actuellement en négociation avec Canal + pour la retransmission et des matchs du Top 14 pour la
saison prochaine. Nous suivons attentivement l'évolution des discussions car en fonction de cellesci, si le Top 14 n'est pas diffusé de la même manière ou de façon moins visible que les années
précédentes, notre contrat ne sera pas valorisé de la même manière. Si le Top 14 est surexposé par
rapport a ce qu'on a connu, le contrat sera logiquement augmenté. A contrario, le rugby est moins
présent médiatiquement, nous aurons légitimement les arguments pour revoir le contrat à la baisse.
Indirectement, le contrat est lié a à la médiatisation du sport.
Peut-on alors parler de « cercle » ? A savoir que chaque acteur (Ligue, Clubs, Médias et
Sponsors) ont besoin les uns des autres pour faire vivre ce sport à haut niveau ?
Tout à fait. Cependant, il faut savoir que les clubs de rugby sont très dépendants des partenaires
régionaux et locaux. Les droits télévisuels sont importants mais il faut aussi qu’ils se développent
de manière autonome en négociant des partenariats régionaux d'envergure. Il y a aussi la billetterie
mais c'est assez « peanuts » dans le budget d'un club.
Est-ce que la médiatisation et l'importance des sponsorings est-une bonne chose pour le rugby
? Y a t-il un risque de modifier l'essence même du jeu, ce qu'on appelle les « valeurs » ?
Bien entendu ça modifie. Ça modifie d'abord les règles, d'une part pour les rendre davantage
compréhensible et d'autre part pour rendre les matchs davantage spectaculaire et attrayant. C'est sur
que certains aficionados s'y retrouvent moins, mais ça reste toujours aussi sympa de voir un match,
de pouvoir emmener sa famille et de passer un moment convivial. Après, c'est à nous partenaires, de
pouvoir conserver ces valeurs et de les mettre en avant.
D'après M. Bernard Lapasset c'est : « l'esprit et la culture du rugby » qui a attiré des grands
partenaires vers ce sport. Cette citation date de 1995. Est-elle toujours d'actualité ? Pensezvous que l'image du rugby a changé ? Est-elle toujours compatible avec vos valeurs et celles
du passé de ce sport ?
C'est encore plus vrai qu’il y a 15 ans. Concernant la Société Générale, on s'appuie sur l'image
positive que renvoie ce sport. En ce moment, il est évident qu'on préfère être associé a l'image du
rugby que celle du foot, qui a été beaucoup écornée depuis l'été dernier. Ces valeurs sont d'autant
plus positives qu'elles nous permettent de « redorer notre blason » après la crise des subprimes et
l'affaire Kerviel. Pour nous, c'était un choix stratégique en 87 qui s'est avéré payant, et d'autant plus
payant que nous avons traversé depuis, des périodes de remous ces derniers mois. Le sponsoring est
un « matelas » de capital sympathie.
La Ligue et le Stade Toulousain ont-ils des devoirs de résultat vis-à-vis de leurs partenaires ?
La Ligue envoie un cahier des charges à chaque début de saison à l'ensemble des clubs où ils
doivent respecter toutes les contraintes liés aux partenaires de la LNR. Les clubs doivent respecter
les affichages des publicités (ex pour la Société générale, sur les poteaux, panneaux clignotants sur
les bords du terrain...), respect de la mise à disposition des en-but pour des marquages pelouse. Le
montant versé à la LNR est dans son quasi-intégralité reversé aux 30 clubs professionnels.
Indirectement, on peut donc se prétendre être partenaire des clubs.
94
Est-ce qu'ils ont des obligations de résultats sportifs ?
Non. Ce qu'on attend, c'est que le cahier des charges soit bien respecté et que les valeurs du rugby
correspondent à l'image qu'on désire. Les dirigeants de la LNR doivent s'assurer que leur sport soit
propre et qu'il ait des valeurs saines. Pas de violence dans les stades, respect des adversaires... il y a
des missions qui doivent être scrupuleusement étudiées de près pour éviter de démocratiser la
violence, qui commence à apparaître au rugby.
Concrètement selon vous, qu'est-ce qui a changé au niveau de l'image du rugby depuis la
professionnalisation ? Est-ce que c'est plus positif ?
On est sur des audiences très importantes. Pic de 20 millions de téléspectateurs lors de la Coupe du
Monde. De part la démocratisation et la médiatisation du rugby, nous rencontrons des chiffres
jamais vu auparavant. Plus le rugby est médiatisé, plus il sera présent sur les grandes chaines, plus il
y'aura de l'audience. C'est un peu un cercle « vertueux ».
C'est à dire ?
Il faut veiller à ce que l'image du rugby reste positive. Prenons l'exemple de la FFF après la débâcle
de l'Afrique du Sud. Les contrats de partenariats ont été revus à la baisse, parce que la côte de
popularité des joueurs est descendue en flèche. Il faut trouver le juste milieu entre avoir une bonne
image et recueillir des audiences performantes.
Votre vision concorde avec cet article du Monde paru en 1995 sur le professionnalisme, où
l'auteur estimait que l'enjeu pour les joueurs était de « devenir professionnel en gardant une
éthique d'amateur » notamment au niveau financier.
Encore une fois, il y a une évolution des mœurs au niveau générationnel. Les anciens joueurs
avaient un métier à côté de leur carrière sportive. Ils avaient un aperçu de ce que c'était que « la
vie ». A l'heure actuelle, tous les jeunes des centres de formation ont pour unique objectif de devenir
professionnel. Certains délaissent leurs études, ils sont dans leur cocon au sein de leurs clubs,
duquel ils ont très peur de prise de recul et d'ouverture sur la vie en société. C'est là où l'on va voir
comment va prendre le virage du rugby pro et comment on pourra réguler ça.
En tant que partenaire, comment vous aidez les clubs, les centres de formation et les jeunes ?
On a mis différentes actions en place, comme « les journées de l'ambassadeur » dont je vous ai parlé
précédemment. C'est important pour les jeunes de rencontrer des anciens, des chefs d'entreprise, de
créer leur propre réseau, de voir leur reconversion. En parallèle à ça, on a des joueurs comme
Jérôme Cazaboux qui viennent faire de la sensibilisation notamment au niveau de la gestion du
porte-monnaie. De plus, on essaye de mettre en place une charte d'éthique, en partenariat avec la
LNR, qui porte sur les valeurs du rugby. On aimerait montrer au grand public que le rugby reste un
sport qui véhicule des valeurs dominantes, qu'elles sont ancrées dans la pratique du sport, même à
haut niveau.
Parlons chiffres si vous le voulez bien. A combien se monte vos contrats de partenariats ?
Quels sont les tenants et les aboutissants de ceux-ci (conditions, durée...) ?
Tout ce que je peux vous dire, c'est que ça s'élève à plusieurs millions d'euros et que nos contrats
avec la FFF et la LNR arrivent à échéance en juin 2012. Nous allons entamer dans les prochaines
semaines les négociations pour les saisons à venir.
Annexe 4 : Entretien Pierre Villepreux
Arrière international du CA Brive et du Stade Toulousain durant les années 60 et 70, Pierre
Villepreux a été le co-sélectionneur du XV de France avec Jean-Claude Skrela de 1996 à 1999.
Témoin privilégié du rugby amateur et professionnel, il est aujourd'hui consultant pour Canal +.
95
Vous qui avez-été joueur sous l'amateurisme marron puis entraineur à l'ère du
professionnalisme, quels changements, au niveau de la pratique du rugby, avez-vous constaté?
Jouer au rugby est devenu un métier lucratif pour les joueurs et pour ceux qui le managent à savoir
les entraineurs et les staffs médicaux, sportifs et administratifs. On a d'ailleurs constaté une
recrudescence de ces postes qui deviennent de plus en plus spécialisés. La professionnalisation a
provoqué des transformations structurelles sur et en dehors du terrain. Concernant l'aspect purement
sportif, je dirai qu'il y a une véritable pression qui s'exerce sur les entraineurs. L'importance des
résultats à court terme est difficilement compatible avec un projet à long terme. Ce n'est pas un
hasard si le nombre de licenciements de coaches a augmenté ces dernières saisons. Le
professionnalisme a balayé les frontières. L'arrivée d'étrangers amène une perte identitaire au club.
La formation française se perd avec l'arrivée de staff étranger. Je dirai aussi que les joueurs sont
devenus des simples éléments de la machine : défendre les couleurs d'une équipe est relatif et ils se
mettent à la disposition du plus offrant. L'argent est très présent et les rugbymen acceptent
désormais de « faire banquette » tant qu'ils ont leur contrat. Concernant les aspects positifs, il est
désormais possible pour les meilleurs d'être détectés très jeunes et de rentrer dans des filières de
haut niveau.
Quels sont les causes de ce changement ? Sont-ils tributaires de considérations purement
sportives ?
L'argent est le seul et unique responsable mais indirectement, ce sont les gestionnaires donc, les
dirigeants, qui sont responsables des effets pervers du système. Les considérations sportives ne sont
pas exclues et les objectifs d'un efficace et beau jeu sont récurrents en début de saison, mais
s'estompent dès les premiers mauvais résultats...
Qu'est-ce qui a changé au niveau de l'extra-sportif ?
Tout ! L'environnement et le mode communication principalement. Les médias ont acquis un réel
pouvoir et sont à même de dicter leurs conditions et de former le jeu à leur compte. L'arrivée de
l'argent a provoqué la création de nouveaux acteurs et postes dans le milieu du rugby. Je veux parler
des agents de joueurs qui font grimper les contrats et représentent pour un oui pour un non leurs
joueurs. Cette notion d'intermédiaire entre dirigeant et rugbymen était inconcevable du temps de
l'amateurisme ! La communication a changé. Le marketing déployé par certains clubs et certaines
fédérations a clairement contribué au changement de ce sport. On a rendu le rugby plus accessible
et cela se ressent à travers les entrées dans les stades qui n'ont jamais été aussi hautes et à travers la
couverture médiatique. Le rugby est vraiment devenu un sport populaire dans tout les sens du
terme.
Droits télévisuels, diffusions, calendriers réaménagés... en quoi les médias, et plus
particulièrement, la télévision, ont modifié la perception et la pratique de l'ovalie ?
Les chaines de télévision recherchent la meilleure audience. Grâce aux droits TV ils imposent leur
point de vue en terme d’horaires et de visibilité. Indirectement, elles influencent les formes des
compétitions, voire les règles du jeu. On subit l’impact télévisuel dans tous les championnats qui
sont devenus accessibles. Mais c’est ce qui amène le public dans les stades. C’est une espèce de
dépendance, mais cela devient fragile si le jeu vient, comme c’est quelquefois le cas, à se déliter.
La communication du Stade Français (calendriers, disques, maillots bariolés, Stade de
France...) est-elle une bonne chose pour le rugby français ? Doit-elle être un exemple pour les
autres clubs ?
Tout est conçu pour amener public et argent. Mais Paris est différent de la province. Cela dit, les
autres clubs s’en sont inspirés mais il faut savoir l’adapter à son contexte et sa culture. Par exemple
le concept calendrier n’est pas une mauvaise idée. C’est sa forme qui n’est pas recevable. En faisant
de plus en plus nu il deviendra banal et disparaitra.
96
Quelles sont pour vous, les « valeurs du rugby » à l'ancienne ? Sont-elles toujours compatible
avec une époque où le business et l'image ont pris le pouvoir ?
Tout le monde parle des valeurs du rugby. Elles n’existent que par les règles qui développent les
concepts de « coopération » , « d’entraide », « de respect » etc. C’est en ce sens que le rugby est une
forme d'éducation. La finalité, c'est de gagner mais aussi de former un citoyen cultivé, lucide,
autonome, physiquement et socialement éduqué. Ceci, grâce aux compétences des formateurs qui
savent susciter le goût de l’effort, la persévérance et amener à une meilleure connaissance de soi , à
une meilleure maitrise des appréhensions et d'apporter plus de confiance en soi. Autant de valeurs
réinvestissables dans la vie citoyenne. Pour quels résultats ? Gagner ! Mais pas à n'importe quel
prix. Il faudra demain savoir préserver l’essentiel sous peine de subir les méfaits que l’on rencontre
dans d’autres sports.
Annexe 5 : Tableau évolution volume global diffusion du rugby à la télévision
française
Année
Nombre d'heures
annuel
Position
Chaînes
Remarques
97
1989
36H27
7
Antenne 2, FR3,
Canal +
1990
71H37
6
Antenne 2, FR3,
Canal +, la 5
1991
105H24
6
TF1, Antenne 2, FR3, Coupe du monde en
Canal +
Angleterre
1992
64H46
9
France 2-3, Canal +
1993
77H30
7
TF1, France 2-3,
Canal +
1994
64H58
8
France 2-3, Canal +
1995
107H52
5
TF1, France 2-3,
Canal +
Professionnalisation et
Coupe du Monde
Afrique du Sud
1996
123H44
6
France Télévision,
Canal +
1 ère Coupe d'Europe
de s clubs de rugby
1997
153H42
3
France Télévision,
Canal +
1998
183H51
5
France 2-3, Canal +
Création de la LNR,
exclusivité du
championnat pour
Canal +
1999
287H09
2
TF1, France 2-3,
Canal +
Coupe du Monde
Royaume-Uni
2000
246H43
2
France Télévision,
Canal +
2001
260H06
2
France Télévision,
Canal +
2002
264H
2
France Télévision,
Canal +
Nouveau contrat avec
Canal +
2003
312H21
2
France Télévision,
Canal +
Coupe du Monde
Australie
2004
224H
3
France Télévision,
Canal +
Jeux Olympiques
d'Athènes
2005
185H15
3
France Télévision,
Canal +
2006
199H45
2
France Télévision,
Canal +
2007 *
176H42
3
TF1, France
Télévision, Canal +
Coupe du Monde
France
2008
195H01
3
France 2, Canal +,
Direct 8, France 4
Jeux Olympiques
Pékin et
démocratisation de la
TNT
2009
228H51
3
France 2-3-4, Canal +,
Direct 8
2010
254H37
2
France 2-4, Canal +,
Direct 8
Jeux Olympiques de
Barcelone et
d'Albertville
Sources : CSA, La Lettre de l'économie du Sport, Fast-Sport
A travers ce tableau nous pouvons voir l'évolution exponentielle du volume de diffusion de ce sport
98
à la télévision en vingt ans. En effet, entre 1989 et 2010, la présence du rugby sur petit écran a
progressé de + 601 % !! Cette hausse atteint même les + 760,8 % si l'on fait un comparatif avec
l'année la plus faste en terme de retransmission (2003).
* Malgré l'intérêt médiatique évident qui transparait de ce tableau, il convient toutefois de
relativiser certaines données.
En effet, suivant les périodes, le CSA a redéfinit les paramètres à prendre en compte lors du
comptage des programmes. Si la retransmission des matchs est relevée, c'est au niveau des
magazines spécifiques que la différence se joue. La baisse que connait la saison 2007-2008 (- 11,5
%) n'est en fait dut qu'au choix délibéré de Fast-Sport (institut de formation professionnelle en
marketing sportif) de plus prendre en charge les émissions dédiées au rugby dans le volume horaire
final. De fait, cela exclut automatiquement la programmation de Rencontres à XV, Jour de Rugby,
Les Spécialistes Rugby l'émission... De plus, Fast-Sport n'a pas comptabilisé l'ensemble des
retransmissions des matchs de la Coupe du Monde sur TF1 et Eurosport, ni les programmes
spéciaux sur LCI ou L'Equipe TV. En tout, le rugby devrait se situer aux alentours des 300 heures
de diffusion annuelles, à quelques longueurs du football.
Si ce n'est depuis l'arrivée de la TNT dans le rugby en 2008, seules les chaines hertziennes ont
toujours été comptabilisé dans cette analyse. Or, il s'avère que depuis la création des bouquets
satellites et payants, le rugby a toujours eu une place dans les grilles de programme de ces chaines
(Orange, L'Equipe TV, Sport +...). Mais, ni La Lettre de l'économie du Sport, ni son successeur
Fast-Sport les ont pris en compte. Cela fausse donc, légèrement, la valeur réelle de la masse globale
de la diffusion.
Les baisses et les hausses les plus signifiantes sont dut :
3. aux exigences du calendrier, qui modifient la priorité médiatique des sports : Jeux
Olympiques (été et hiver), Coupe du Monde de football...
4. aux évènements intrinsèques du rugby : Coupe du Monde, passage de 5 à 6 nations pour le
Tournoi, Heineken et Challenge Cup, refontes du championnat professionnel français...
5. aux bouleversements médiatiques : la Télévision Numérique Terrestre diffuse des matchs de
rugby, Canal + achetant l'exclusivité de retransmission du Top 14...
6. aux durées des retransmissions. Contrairement au rugby qui a une durée limitée de 80
minutes, les matchs de tennis ne sont pas soumis à des contraintes temporelles. Le basketball dispose d'un temps de jeu effectif (40 minutes en Europe, 48 pour la NBA) plus les
temps morts, les arrêts de jeu et les éventuelles prolongations, pouvant faire durer un match
jusqu'à deux heures.
Annexe 6 : Tableaux évolutions des droits télévisuels français
Coupe du Monde
Edition
1987
1991
1995
1999
2003
2007
2011
2015
99
Montant en
millions d’euros
(sauf 1987)
28 000
4,5
9,1
18,3
23
40
40
70
Championnat d’élite français
Période
Montant en
millions d’euros
1995-1998
1998-2003
2003-2007
2007-2011
2011-2016
2
48
78,5
104,5
158,5
Annexe 7 : Tableau évolution des formules du championnat d’élite français
Saisons
1987-1990
Nombre de clubs
80, 16 poules de 5 32 meilleures, 4
Phases finales
16 meilleures,
Quart de finale à
100
poules de 8
8ème de finale
matchs allersretours
finale match
élimination directe
16 meilleures,
8ème de finale
matchs allersretours
Quart de finale à
finale match
élimination directe
1990-1991
80, 20 poules de 4 40, 5 poules de 8
1991-1992
40 4 poules de 10 32,
16ème=>finale,
match élimination
direct
1992-1995
32, 4 poules de 8
95-97
20, 2 poules de 10 8 meilleures
8ème=>finale,
qualifiées
élimination directe
directement, 8
seconds matchs de
barrage avec
Groupe A2
97-98
20, 2 poules de 10 8, quart de finales Demi et finale
aller-retour
match direct
98-99
24, 3 poules de 8
16, 4 poules de 4
8, Quart=>Finale,
direct
99-00
24, 2 poules de 12 4 meilleures + 4
issues de barrage
8, Quart=>Finale,
direct
00-01
21, poules de 10 et 8 meilleures,
11
quart=>finale,
direct
2001-2004
Top 16, 2 poules
de 8
8 meilleures en
4, demi=>finale,
play-off, 2 poules direct
de 4
2004-2005
Top 16 unique
4 meilleures,
demi-finale
directe
finale
2005-2009
Top 14
4 meilleures,
demi-finale
directe
finale
2009-...
Top 14
2 premiers
demi-finale
qualifiés, 3ème au
6ème barrages
Top 16, 4 poules
de 4
8, quarts=>finale,
élimination directe
finale
Annexe 8 : Nationalité des joueurs évoluant en Top 14 durant la saison
2010/2011
101
Source : http://www.rencontresaxv.fr/2010/11/16/dossier-1-qui-fait-reellement-le-top-14/
Ce graphique se base sur un ensemble de plus de 500 joueurs professionnels.
Les « autres » représentent les pays ayant moins de dix représentants dans le championnat.
Annexe 9 : Etude épidémiologique des traumatismes liés à la pratique du rugby
de l’ INstitut de Veille Sanitaire
102
Par ce bulletin, nous pouvons en effet constater qu’il y a un rapport proportionnel et exponentiel
entre le niveau et le rythme de la pratique du rugby et des blessures engendrées.
Annexe 10 : Communiqué de presse du syndicat officiel des joueurs de l’élite
concernant le dopage
103
Annexe 11 : Analyse du site internet du Stade Français
104
Malgré nos sollicitations répétées auprès de l'assistant de Max Guazzini ainsi que de la responsable
des relations extérieures du club, nous n'avons jamais pu rentrer en contact avec des membres du
Stade Français.
Afin de pouvoir travailler sur la communication de l'équipe, il nous fallait des documents
d'entreprise. L'espace le plus visible et accessible est le site internet : www.stade.fr .
Comme nous l'avons déjà exposé durant la seconde partie, le président est très impliqué dans la
communication du club y compris le site web. Le site suivra le même traitement que l'ensemble des
manifestations d'affichage du Stade, en l'occurrence : mise en avant des joueurs, traitement de
l'information en la faveur du club, qualité iconographique des publications...
La page d'accueil du site contient des informations concernant l'actualité du club, son organisation,
un espace pour les supporters, des liens vers des applications téléphoniques ainsi que des produits
dérivés...
105
Les joueurs sont constamment mis en avant comme le montre le fond d'écran latéral et supérieur :
Pascal Papé et Sergio Parisse sur les côtés, Rodrigo Roncero, Sergio Parisse, James Haskell,
Gonzalo Tiesi et Pierre Rabadan en haut de l'écran. Le choix de ces rugbymen s'explique autant par
la diversité de leur poste, pilier, 2ème et 3ème ligne, centre, que par leur expériences dans leur club,
Rabadan est présent depuis 1998, alors que Papé a rejoint le club en 2007.
Cette volonté de regrouper tous les profils se retrouvent également dans le texte en en-tête. En
annonçant que l'internaute est sur la page officiel du Stade Français et que cette équipe date de
1883, le site cherche à donner une crédibilité à la communication du club. Le site se veut être
l'espace d'une équipe centenaire, moderne et mythique à la fois.
Le bandeau horizontal supérieur comprend sept onglets :
- Actualité, qui comprend les news, qui sont des articles détaillés comme la sélection des
joueurs parisiens pour la prochaine Coupe du Monde, les brèves, les interviews;
- Stade TV, qui est la chaîne du club. Disponible uniquement sur le site, cet espace propose
des vidéos sur la vie du club, des résumés de matchs, des conférences de presse, le makingof des Dieux du Stade, un focus sur un joueur, des interviews, des clips musicaux... C'est ici
que sont diffusées en détail les manifestations du club sur et en-dehors du terrain;
- Le Forum, qui est destiné aux internautes. Les supporters du club peuvent réagir et discuter
sur leur équipe et chatter en direct avec les joueurs;
- Le Club, qui regroupe les données essentielles sur le Stade Français comme
l'organigramme, l'effectif, l'histoire ou le centre de formation;
- Socios, onglet permettant à de simples internautes de devenir membre actif du club.
Plusieurs offres sont proposées selon le degré de passion et les moyens financiers;
- Compétitions, qui détaille le parcours du Stade en championnat et en Coupe d'Europe. Les
calendriers et comptes-rendus de match y sont disponibles;
- Mail, pour rentrer en contact avec les responsables du site et avoir des identifiants
personnels.
Certains onglets sont présents sur la page d'accueil sous forme d'images ou d'animations comme les
brèves, les news, le Stade TV ou le classement du Top 14. Le site met clairement en avant les
parties les plus intéressantes sur la vie du Stade et le domaine sportif.
Un détail a retenu notre attention concernant la différence de traitement entre le Stade et les autres
clubs. Dans la partie compte-rendu de match sous l'onglet compétition, l'ensemble des rencontres
nationales et continentales faites par le club parisien y sont détaillées. Or, nous pouvons voir comme
dans l'image ci-dessous, que les noms des joueurs de la capitale sont en majuscule contrairement à
ceux de leurs adversaires. Ceci peut de nouveau s'apparenter à une volonté de mise en avant des
rugbymen locaux et ce, même quand le Stade Français s'est incliné.
106
Le bandeau vertical latéral comprend huit onglets :
- Boutique, lien vers le site officiel de la boutique du club :
http://boutique.stade.fr/boutique/liste_rayons.cfm. Tous les produits dérivés du Stade y
figurent, avec un descriptif, les tailles, les prix. Il est possible de s'inscrire à une newsletter
et de s'inscrire sur le groupe Facebook de l'équipe;
- Billetterie;
- Photothèque, archives des clichés du Stade classées par saisons et dossiers spéciaux :
affiches de matchs, maillots...
- Partenaires;
- Stade Academy, présentation du centre de formation du club, chiffres-clés, coordonnées;
- Supporters, présentation des associations de supporters du club;
- Fonds d'écran
- Coupe d'Europe, lien vers le site officiel de l' European Rugby Club, qui organise les
principales compétitions continentales comme la Amlin Challenge Cup, pour laquelle le
Stade Français va jouer la finale le 20 mai face aux Harlequins de Londres :
http://www.ercrugby.com/fra//
Bien que le site ne dispose pas de documents officiels et internes sur la politique du club, nous
pouvons affirmer qu'il est à l'image du Stade Français. Présence permanente des joueurs sur les
pages, onglets animés et ludiques, mise en avant des produits dérivés et de la télévision officielle de
l'équipe, l'espace virtuel du Stade se veut dynamique et pratique, informatif tout en n'occultant pas
les fonctions d'une enseigne professionnelle.
107
Annexe 12 : Articles de presse
108
109
110
111
112
113
114
115
BIBLIOGRAPHIE
Ouvrages
ALLAIRE Romain et VILLEPREUX Olivier. Guazzini : I will survive!, Éditions Hugo&Cie, Paris, 2010
AUGUSTIN Jean-Pierre. Géographie du sport : spatialités contemporaines et mondialisation, Éditions
Armand Colin, Paris, 2007
BODIS Jean-Pierre. Le rugby, Éditions Privat, Toulouse, 1999
BONNET Valérie et LOCHARD Guy. Rugby, médias et transmission des valeurs, Editions Atlantica,
Biarritz, 2010
BOURDIEU Pierre. La distinction : critique sociale du jugement, Éditions de Minuit,Paris, 1979
BOURDIEU Pierre. Le sens pratique, Éditions de Minuit, Paris, 1980
BOURE Robert et BONNET Valérie. Sport et médias, Presses Universitaires du Mirail, Toulouse, 2007
BROHM Jean-Marie. Sociologie politique du sport, Presses Universitaires de Nancy, Nancy, 1976
CHAIX Pierre. Le rugby professionnel en France : enjeux économiques et sociaux, Éditions L'Harmattan,
Paris, 2004
CHOVAUX Olivier et COUTEL Charles. Éthique et spectacle sportif, Artois Presses Université, 2003
CROZIER Michel et FRIEDBERG Erhard. L'acteur et le système : les contraintes de l'action collective,
Éditions du Seuil, Paris, 1992
DARBON Sébastien. Rugby d'ici : une manière d'être au monde, Éditions Autrement, Paris, 1999
DORIAN Jean-Pierre et MAGNOL Thierry. L'argent secret du Rugby, Éditions Plon, 2003
GALHARRET-BORDE Jean-Louis; Rugby en capitale - Le Stade français et ses joueurs, Éditions Atlantica,
2005
GALTHIÉ Fabien, LACOUTURE Jean. Lois et moeurs du Rugby, Éditions Dalloz, 2007
HAUMONT Antoine. Sport, relations sociales et action collective, Éditions de la Maison des sciences de
l'homme Aquitaine, Talence, 1995
LAPORTE Bernard. Au bout de mes rêves, Éditions Robert Laffont, Paris, 2003
Maitre PAUTOT Michel. Le sport spectacle : les coulisses du sport business, Éditions L'Harmattan, Paris,
2003
POUSSE Michel. Rugby : les enjeux de la métamorphose, Éditions L'Harmattan, Paris, 2002
QUIVY Raymond et VAN CAMPENHOUDT Luc, Manuel de recherches en sciences sociales, Editions
Dunod, Paris 1988
TRILLO Jean et François. On refait le sport ou essai de transformation, Éditions de la Table Ronde, 2005
VAUGRAND Henri. Sociologies du sport : théorie des champs et théorie critique, Éditions L'Harmattan,
Paris, 1999
VILLEPREUX Pierre. Intercalé, Éditions Hugo&Cie, Paris, 2011
WOLTON Dominique. La télévision au pouvoir, Universalis, Paris, 2004
116
Revues
BONNET Valérie; Rugby, médias et territoire, Mots. Les langages du politique, N° 84, 2007
BOURE Robert; La construction médiatique des figures sportives. Le cas des joueurs de rugby français,
Communication & Langages, N° 160, 2009
DEREZE Gérard; Méthodes empiriques de recherche en communication, Revue Info Com, Éditions de Boeck, 2009
DUNNING Eric et SHEARD Kenneth; La séparation des deux rugbys, Actes de la recherche en sciences sociales, N°
79, 1989
L'EQUIPE MAG, Êtes-vous rond ou ovale?, N° 1476, octobre 2010
SCIENCES DE LA SOCIÉTÉ; Sports et Médias, Presse universitaire du Mirail-Toulouse, N° 72, oct. 2007
Articles de presse
BRU Henri. Le milieu le plus impitoyable, L'Equipe OnLine, 10/03/11
L'Equipe OnLine. Il y a trop d'égoïsme chez les gros, 03/04/08
L'Equipe. Où l'on reparle du rugby professionnel, 30/06/83
BRU Henri. Fausse monnaie et vrais espoirs, L'Equipe, 19/09/83
BRU Henri. Lord existe, je l'ai rencontré, L'Equipe, 24/09/83
L'Equipe. Le rugby est déjà professionnel et le feu qui couve, 27/09/94
BRU Henri. Rugby pro : un essai à 5 millions de dollars, L'Equipe, 21/08/83
BRU Henri. Rugby pro, mode d'emploi, L'Equipe, 28/08/96
ESCOT Richard. Eric B., l'homme de Packer, L'Equipe, 01/08/95
CEAUX Pascal. L'International Board doit se prononcer sur les mutations du rugby mondial, Le
Monde, 23/08/95
Sud-Ouest. Quatre-vingts pour Packer, 09/08/95
CONNEHAYE Eric. Le professionnalisme, essai non transformé, L'Equipe, 20/08/95
L'Express. La percée du rugby-fric, 25/07/96
FENOGLIO Jérôme. Les enjeux financiers et médiatiques favorisent la professionnalisation du
rugby, Le Monde, 03/08/95
VAN MOERE Marc. Et voilà le rugby pro !, L'Equipe, 28/08/95
VOISARD Cédric. Profession rugbyman, Le Figaro, 28/08/95
HOPQUIN Benoit. Les responsables du rugby français cherchent l'argent du professionnalisme, Le
Monde, 29/08/95
Midi-Olympique. Le rugby français peut-il rester pro ?, 24/03/03
DORLEANS Servane. Le rugby professionnel a sa convention collective, Sport Stratégies Hebdo
n°16, 25/04/05
Sud-Ouest. Rugbyman, un vrai métier, 01/04/05
La Lettre du Sport. Le rugby professionnel français est dans le rouge, 15/04/05
France Soir. Comment on a changé le rugby de papa ?, 16/08/95
La Lettre du Sport. Les projets foisonnent dans le rugby professionnel, 18/01/07
D'ARMAGNAC Bertrand. La professionnalisation a renforcé le poids du rugby français, Le
Monde, 15/12/07
Le Parisien. Le match qui va faire chanter, 15/10/05
GIRARD Laurence. Grâce à son marketing offensif et innovant, Max Guazzini redessine le
territoire du rugby, Le Monde, 15/10/05
REYRAT David. Le grand bond en avant du rugby français, Le Figaro, 24/10/05
L'Equipe Mag. Rugby, le bal des valeurs, n° 1475, 23/10/10
Midi-Olympique. Une centaine de chômeurs, 25/06/10
Midi-Olympique Magazine. Football/Rugby : les liaisons dangereuses ?, 07/06/10
117
Le Figaro. Pourquoi le rugby n'a plus peur du foot..., 04/05/10
So Rugby. Le foot est-il l'avenir du rugby ?, septembre 2007
La Tribune. Dossier spécial, 05/06/03
Webographie
Rugby et médias + apports du Stade Français :
http://www.tarifmedia.com/dossier/dossiers/SportM/SportM.htm
La professionnalisation du rugby français. Pouvoir économique et lien social :
http://corpsetculture.revues.org/470#tocto1n2
Émergence d'une éducation au spectacle sportif : impact des nouvelles technologies dans le sport
TV :
http://corpsetculture.revues.org/721#tocto1n2
Relations entre sports et médias :
http://campusport.univ-lille2.fr/documents/slec/sobry_1.pdf
Droits télévisuels :
http://www.ladepeche.fr/article/2011/01/03/981123-Le-rugby-creve-l-ecran.html
http://librapport.org/getpdf.php?get=166&id=17&pagename=FILE:download/document%20view
Max Guazzini :
http://www.cdes.fr/fichiers/Vudanslapresse/equipe/Success_story_26_sept_.pdf
Sport-spectacle :
http://www.laligue.org/assets/Uploads/10-13.pdf
Sponsors :
http://www.sport.fr/rugby/Le-Top-16-en-chiffres-24083.shtm
http://www.rugby-business.fr/article-top-14-sponsors-et-spectateurs-principales-recettes-des-clubs38690278.html
Bénéfices et limites :
http://www.lnr.fr/IMG/pdf/Rapport_DNACG_2010.pdf
http://www.lnr.fr/IMG/pdf/MG10-11_LNR.pdf
http://www.observatoire-du-mouvement.com/upload/contenu/saps08-rugby-bd.pdf
http://www.invs.sante.fr/publications/2008/rugby_traumatismes/rugby_traumatismes.pdf
http://www.rugby365.fr/top-14/article_505218_Dopage-Provale-reagit.shtml
http://www.rue89.com/stethosport/dopage-et-rugby-temoignages-dun-long-parcours-commun
Mémoires
MONTAIGUT Sita. Médiatisation d'un événement : le coup de boule de Zidane en 2006, M1 InfoCom, Toulouse I, Juin 2007
LEPERT Paul. La professionnalisation du rugby à travers les exemples comparés du Stade Français
et du SC Albi, Histoire, Toulouse II, Septembre 2007
118
TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION............................................................................................................................. 4
Première partie.................................................................................................................................. 6
1. La nouvelle image du rugby français........................................................................................ 7
1.1. Contextualisation historique................................................................................................. 7
1.1.1. La Coupe du Monde de rugby………………………………………………………... 7
1.1.2. Le projet……………………………………………………………………………… 8
1.1.3. Les conséquences…………………………………………………………………….. 8
1.2. La professionnalisation....................................................................................................... 10
1.2.1. Introduction du rugby……………………………………………………………….. 10
1.2.2. Terrain de conquête et de pouvoir…………………………………………………… 11
1.2.3. Fin de l’amateurisme………………………………………………………………... 12
1.2.4. Mise en lumière de déséquilibres…………………………………………………… 13
1.2.5. Transformation en profondeur………………………………………………………. 14
1.2.6. Approches théoriques et sociologiques……………………………………………... 15
1.3. Rugby et télévision............................................................................................................. 18
1.3.1. Le sport-spectacle…………………………………………………………………… 18
1.3.2. Influences réciproques………………………………………………………………. 19
1.3.2.1. Une meilleure image…………………………………………………………... 19
1.3.2.2. Audiences……………………………………………………………………... 20
1.3.2.3. Une histoire d’argent………………………………………………………….. 22
1.3.2.3.1. Canal +, partenaire historique………………………………………….. 23
1.3.2.3.2. Droits télévisuels………………………………………………………. 24
1.3.3. Conséquences……………………………………………………………………….. 27
1.3.3.1. Le calendrier…………………………………………………………………... 28
1.3.3.2. Entrainements et structures………………………………………………….… 30
1.3.3.3. Le jeu et les règles…………………………………………………………….. 32
1.3.3.3.1. L’arbitrage vidéo……………………………………………………….. 33
1.3.3.3.2. (Télé)spectacteurs……………………………………………………… 34
1.3.3.4. Les clubs………………………………………………………………………. 35
1.3.3.5. Relation avec les médias…………………………………………………….... 35
1.3.3.5.1. Reconversion………………………………………………………...… 36
1.3.3.5.2. Conférences de presse…………………………………………………. 37
1.3.3.5.3. Partenariats…………………………………………………………..… 38
1.3.3.5.4. La 3ème mi-temps………………………………………………………. 38
1.4. Sponsoring.......................................................................................................................... 41
1.4.1. Les enjeux du partenariat………………………………………………………….… 41
1.4.2. Interdépendance des médias, du rugby et des partenaires………………………...… 42
1.4.3. Les valeurs au centre……………………………………………………………...… 43
1.4.4. Les effets du mercantilisme…………………………………………………………. 44
1.4.5. Les maillots…………………………………………………………………………. 45
1.5. Mondialisation.................................................................................................................... 47
1.5.1. Définition………………………………………………………………………….... 47
1.5.2. Mondialisation et sport……………………………………………………………... 48
1.5.3. Mondialisation et rugby…………………………………………………………….. 49
1.6. Bénéfices et limites............................................................................................................. 51
1.6.1. Vers une transformation du jeu…………………………………………….……….. 51
1.6.2. Affluence et influence……………………………………………….……………… 52
1.6.3. Budget………………………………………………………….…………………… 55
119
1.6.4. Sportif………………………………………………………………………………. 55
1.6.5. Les joueurs……………………………………………….…………………………. 56
1.6.6. La santé……………………………………………..………………………………. 58
Deuxième partie............................................................................................................................... 60
2. Le Stade Français...................................................................................................................
61
2.1. Historique........................................................................................................................... 61
2.2. Un président fondateur et visionnaire................................................................................. 62
2.2.1. « Il faut que l’on parle de nous »…………………………………………………… 62
2.2.2. Une réussite sportive et médiatique………………………………………………… 63
2.2.3. Merchandising…………………………………………………………………….... 64
2.2.4. Deux stades…………………………………………………………………………. 65
2.2.5. Un spectacle permanent…………………………………………………………….. 66
2.2.6. Show-business et sport…………………………………………………………...… 67
2.2.7. L’image des joueurs……………………………………………………………….... 68
2.2.7.1. L’ambiguïté de l’image…………………………………………………..…… 70
2.2.8. L’homme et les joueurs……………………………………………………...………. 72
2.3. Influences........................................................................................................................... 73
2.3.1. L’héritage parisien………………………………………………...………………… 73
2.3.1.1. Racing Métro 92…………………………………….......…………………….. 75
2.3.1.2. Paris Université Club………………………………..………………………… 75
2.3.2. Autres modèles………………………………………..…………………………….. 76
2.4. Le Stade Français comme modèle...................................................................................... 77
2.5. Les limites.......................................................................................................................... 81
CONCLUSION................................................................................................................................ 84
ANNEXES……………………………………………………………...…………………………. 85
BIBLIOGRAPHIE……………………………………………………...………………………. 116
TABLE DES MATIERES………………………………………………...…………………….. 119
120