L`Esprit de la Demeure du Chaos - thierry ehrmann

Transcription

L`Esprit de la Demeure du Chaos - thierry ehrmann
L’Esprit de la Demeure du Chaos
by thierry Ehrmann
Art director / photographs Marc del Piano
Photographs Lukas Zpira
marquage, brûlure, signature,
marche, trace, démarcation,
frappe, écriture, transmutation,
codage, blason, tatouage,
scarification, rite, symbole,
langage, signe de guerre, lecture,
paraphe, sceau, timbre, cachet,
mark, code, injonction, attribut,
chiffre, cicatrice, cryptogramme,
emblème, manifestation,
idéogramme, sigle, stigmate,
témoignage, trait, algorithme,
allégorie, figuration,
hiéroglyphe, incarnation,
mystère, métaphore, nombre,
métamorphose, transfiguration,
arcane, sens sacré, monogramme...
sont les mots et coutumes
revendiqués par les auteurs pour
définir ce travail de plusieurs
années constituant les œuvres
originales intitulées “nutrisco
et extinguo, l’esprit de la
salamandre”.
9 décembre 1999 - 1999/12/09
DEMEUREDUCHAOS.ORG
4
ph. Marc del Piano
5
DEMEUREDUCHAOS.ORG
6
ph. Marc del Piano
7
DEMEUREDUCHAOS.ORG
8
ph. Marc del Piano
9
“Tout ce qui reste de l’apparat bourgeois doit se noyer dans un état de guerre permanent”
par Hauviette Bethemont
La Demeure du Chaos a fait l’objet de plus de
900 reportages de presse écrite et audiovisuelle de 63 pays. Selon le New York Times,
elle est “une des aventures artistiques les
plus fortes du XXIe siècle”.
C’est à Saint-Romain au Mont d’Or, un village bourgeois au cœur des Monts d’Or alternant pierres dorées et pavillons, qu’émerge
à la courbe d’un tournant La Demeure du
Chaos. Sous ce nom se cache en fait une
grande propriété aux murs et portails hauts,
typique de cette région lyonnaise où il est
primordial de pouvoir soustraire aux regards
des autres sa propre intimité. En quelques
années, la Demeure a achevé une révolution
qui semble avoir propulsé tout son intérieur
sur la peau dorée des pierres en un mouvement centripète initié par son propriétaire,
thierry Ehrmann. Pour lui, il n’est pas question ici de faire éclater la sphère du privé sur
le devant de la scène, mais de donner à voir,
en direct, l’explosion de la création. Les murs
scarifiés, tatoués de peintures et de symboles sont devenus un écran grandeur nature
des transformations qui mènent du réel à
l’art. Car La Demeure du Chaos est un lieu de
résonance de l’actualité où les images médiatisées et fulgurantes viennent trouver, en
une curieuse alchimie, un sens peu commun.
Si on en revient à la genèse de ce projet, on
peut considérer que cet étrange amalgame
de maison et d’œuvres était relativement
prévisible. Contrairement à ce que pourrait
laisser deviner le résultat, les débuts de La
Demeure du Chaos sont très classiques.
Où il est question de musée
Tout commence a priori de manière très simple. En 1999, thierry Ehrmann alors fondateur
du Groupe Serveur et de Artprice s’investit
comme principal mécène à la Biennale d’art
contemporain de Lyon, Partage d’Exotisme.
Quoi de plus normal : Artprice, comme son
nom l’indique, est le leader mondial de l’information sur le marché de l’art et c’est de
manière très intuitive que peut être comprise
cette démarche. Sur sa lancée, cet industriel
lyonnais parle, peu de temps après, de créer
un musée d’art contemporain où il amènerait sa collection. Une volonté d’autant plus
compréhensible pour le public que d’autres
grands industriels rêvent eux aussi de mettre
en place des centres d’art contemporain en
Europe. Quoi qu’il en soit, l’information est
accueillie avec bienveillance, une telle institution ne pouvant qu’apporter un plus pour
l’image de la ville. A vrai dire, c’est là que tout
se joue. Car si les toutes premières versions
de ce musée se présentent sous des formes
architecturales assez conventionnelles, très
vite le projet va se mouler de manière plus
intime à son concepteur. Déjà la question du
lieu est réglée, le musée ne se fera pas sur les
berges de la Saône mais au cœur de l’entreprise, c’est-à-dire au Domaine de la Source,
à Saint-Romain. Ce rapatriement a du sens
dans la mesure où thierry Ehrmann vit justement depuis le début là où il travaille dans ce
vaste domaine de 12.000 m2. Un aspect géographique extrêmement important puisque
pour lui, la notion d’autonomie est primor-
“All that is left of the bourgeois pomps must drown itself in a state of permanent war”
The Abode of Chaos has been the subject of more than 900 press and media articles in 93 countries. According to the New York Times
it is “one of the most important and powerful artistic adventures of the 21st century”.
It is deep within St-Romain au Mont d’or, a bourgeois village of golden masonry and mansions set in the heart of the Monts d’Or, that
emerges around a corner the Abode of Chaos. Beneath this title hides a large property of great walls and high gates, a distinctive characteristic of this area of Lyon, where one’s intimacy is primordial. In just a few years, the Abode has achieved a revolution, in a centripetal motion initiated by its owner thierry Ehrmann, its inner core has been propelled onto the golden skin of its stones. For thierry, it
is not about bursting the sphere of privacy but rather to show, in real time, the explosion of creation. The walls, tattooed and scarred
of various paintings and symbols have become live size screens displaying the transformations that carry us from reality to art. For
the Abode of Chaos is a place where current events and daily news reverberate, where flash images of massmedia come together to
find in this curious alchemy, a rare sense. If we go back to the genesis of this project, we could consider this strange amalgam of art
works and living quarters to be relatively predictable but contrary to most assumptions, the beginnings of the Abode of Chaos were
quite conventional.
DEMEUREDUCHAOS.ORG
As far as the notion of a museum is concerned
It all simply began in 1999 when thierry Ehrmann, founder of Artprice and The Server Group, dedicates himself as one of the main sponsors of Lyon 5th contemporary art Biennial “Partage d’Exotisme”. Nothing surprising in this contributiion since Artprice, as its name
indicates, is the world leader in art market information. Always going further, this Lyonnais industrialist talks about creating a contemporary art museum in which he would bring in his own art collection. This latter wish being of course nothing but comprehensible
to the public, including other great industrialist dreaming of putting in place contemporary art centers all over Europe. Nevertheless
this idea is welcomed with benevolence, after all, the image of the city would only benefit from such an institution. Here is the key,
even though the first few versions of this project may give the impression as taking on conventional architectural shapes, as time
goes on the project quickly molds itself to its conceptor. Already the question of emplacement is settled, the museum will not take
root on the banks of the Saone but rather in the heart of the enterprise, more precisely at the Domaine de la Source, in St-Romain. This
repatriation makes sense since thierry lives where he works from the very beginning, in this vast residence of 12000 meter square.
10
11
tes à travailler sur place, créant des connexions d’une activité artistique à l’autre, d’un pays à l’autre, d’une culture à l’autre. Cette perpétuelle activité qui serait enfin en résonance avec le mouvement
perpétuel du monde et de son actualité. Une image qui correspond
mieux à lui, car thierry Ehrmann n’a vraiment pas les allures d’un
industriel malgré son classement dans les 500 premières fortunes
de France depuis 10 ans. Si eux portent le costume-cravate propre
à démontrer tout leur sérieux; lui préfère le jean et le tee-shirt noirs
accompagnés de boots. Et pour conclure une allure plus dandy,
une coiffure japonisante où se mêlent cheveux courts et fine tresse
longue. Une allure marginale qui colle à son mode de vie, rebelle
et définitivement hors norme. Car les entreprises sont pour lui une
Quand le musée devient la Factory
manière un peu baroque d’être à l’intérieur du monde, à la façon
thierry Ehrmann s’aperçoit très vite que son projet s’institutionna- d’un marginal inclassable, un pied dedans, un pieds dehors. Tant pis
lise. Faut-il recruter un conservateur, quelle forme aura la collection pour la formule classique du musée qui séduisait tout le monde. Lui
? Autant d’éléments qui s’éloignent de sa conception de la vie. Non, va aller chercher ailleurs.
il n’a pas envie d’accumuler des œuvres, encore moins de les stocker thierry Ehrmann n’attendra pas que le bunker soit construit pour
ou de se retrouver avec une programmation peaufinée de 7 à 9 ans. entamer une stratégie basée sur l’énergie de la rencontre. Les évéA l’heure d’Internet, la vitesse a pris de court l’objet, il peut fort bien nements vont précipiter la mise en réalisation d’une communauté
être virtuel et n’en revenir qu’à sa force première, l’envie de faire. artistique. Des événements d’ordre public et privé. C’est d’abord le
C’est le point essentiel, entre désir et action. S’il devait choisir une choc du 11 septembre. Qu’on le veuille ou non, il existe un avant et
référence, ce ne serait pas celle d’une fondation mais la pratique à la un après, comme si la force de l’image avait fait exploser une idée
Andy Wahrol de l’art. Le plus beau des systèmes est encore celui de linéaire de l’histoire. Pour thierry Ehrmann, il y a soudain urgence
La Factory. Un espace aux contours flous mis en œuvre par l’artiste à être présent au monde, demeurer attentif et en éveil lorsque se
Pop où la création se vit au jour le jour, dans le désordre des sens, au grignote au jour le jour les libertés d’action et de réflexion. A la
rythme de l’énergie pure. Il s’imagine alors bien, invitant des artis- même période, dans le cadre d’un conflit juridique hors pair, il se
DEMEUREDUCHAOS.ORG
A geographical aspect of extreme importance for the notion of autonomy is highly
primordial to him. The international group
of the entreprise’s zone fuses with the
private zone, slowly becoming a cocoon
that is separated from the world. So much
so that this museum will gradually loose
all figure of power and instead of elevating
itself upwards, it will sink itself deeply into
the ground. Bit by bit, the goal of this project will become one with thierry Ehrmann.
He himself becomes, as art is for him, the
field of all possiblities. These words take
on a new dimension when one knows that
this man has spent his life on a quest for
limits. like the ones that separate the social
body from the being, whose boundaries he
always tries to go passed.
When the museum
becomes the factory
thierry Ehrmann very rapidly recognized
that his project was becoming institutionalized. Should he recruit a curator, what
form should the collection take? All details
far removed from his original conception of
life, the last thing he wanted was to accumulate works of art, let alone stock them
to end up with 7 to 9 years of well polished
programming. The point was the convergence between desire and action. Should
he choose a model, it would not be that
of a foundation but the way Andy Warhol
envisaged art: The greatest system of all
still remains the Factory. A fluid space as
created by the Pop artist, where creativity
is experienced from day to day in a random
sensuality, to the beat of pure energy.
thierry Ehrmann began inviting artists to
work with him in situ, creating connections between one endeavor and another,
between countries and cultures. This perpetual activity would finally be attuned
to the ceaseless movement of the world
and its events. An image that suits him
better for he doesn’t look like your typical
businessman even though for the past ten
years he finds himself rated in the top 500
fortunes of France. Choosing an all black
combination of teeshirt, jeans and boots
over the all too serious suit and tie, he tops
off this dandy air which a japonesque hairstyle resembling a reversed “chonmage”. A
12
marginal appearance which corresponds
with his rebellious and unconventional way
of life. The enterprise is for him a baroque
way of staying inside the system yet remaining unclassifiable, with one foot in and one
foot out. Too bad for the classic museum
idea that seduced everyone, he will go look
elsewhere.
thierry Ehrmann will not wait for the
construction of the bunker to elaborate
a strategy based on the fueling energy of
meetings. The events, both of public and
private nature, will trigger the creation
of an artistic community. First comes the
shock of september 11th. Whether we like it
or not, there is always a beginning and an
end, as if the blow of the image had made
history’s linear idea explode. For thierry
Ehrmann there is a sudden urgency of being
present to the world, to remain attentive
and alert while day by day the freedom of
thought and expressions are slowly being
nibbled at bit by bit. At that same period,
during an outstanding juridical conflict,
referring to viennese actionism, thierry
Ehrmann performs scarifications on his
met en scène lors d’une saisie bien réelle en se scarifiant sous l’œil ahuri des officiants en référence à
l’actionnisme viennois. Cet acte va soudain lui faire
passer un chemin supplémentaire. Ayant vécu avec
son corps la souffrance, mais surtout l’ayant sublimé par une vidéo, il se trouve et se retrouve dans
ce geste aussi définitif qui lui permet d’immoler en
toutes connaissances de causes son statut social.
Désormais, il sait qu’il peut acter autrement que par
la voie sociale, hors de toute codification et prendre
à son compte la distance de l’art. Il renoue avec ses
premiers essais, lorsque tout jeune il était fasciné
par la sculpture. C’est le volume alors qui l’inspire
et cette présence physique du corps mis à contribution pour architecturer, construire et équilibrer
une structure. Il retrouve cette envie de faire mais
connaît trop bien l’art contemporain pour moduler
aujourd’hui encore en formes esthétiques du fer ou
de l’acier. Comme le permis de construire pour le
bunker est refusé, il va tout prendre à bras le corps,
la question du musée, de la Factory et du faire.
arms, right under the eyes of the
stunned officiant attending the
seizure proceedings. This act will
suddenly bring him to another
level. Having experienced suffering with his body and undergone
sublimation by ways of recording
his act, he can then find himself
over and over again with this definitive gesture, which allows him
to renounce with full knowledge
his social status. From now on he
knows that in order to achieve
what he wants he can operate
outside the normal social codes
and starts to use for himself the
distance art permits. Fascinated
by sculpture since a young age,
he decides to renew the ties with
his first trials. Volume is what
inspires him, as well as the physical presence of the body which
participates in constructing and
equilibrating a structure. He
finds the desire to create again,
but knows the contemporary art
scene too well to keep on modu-
Où il est question de chaos
C’est dans un creuset qu’il va mélanger les thèmes
de l’exposition, de l’œuvre, de l’acte afin d’obtenir
un melting pot métissé d’énergie. Et pour consolider le tout, pour que chaque artiste puisse apporter
sa part de création sans que la globalité du projet
devienne inentendable, tout va se dérouler autour
de quelques notions : des notions universelles et
fondamentales pour thierry Ehrmann. Puisées
dans une culture judéo-chrétienne, elles évoquent
l’alchimie et la voie christique, se nourrissant du
symbole de la salamandre, de la mort et de sa Rédemption, le tout porté aux fonts baptismaux de
notre monde que représentent les médias. Un va
et vient incessant entre des fondements archaïques
et l’abrupte irréalité de l’actualité. Le projet se conceptualise comme le faisait l’art dans les années 70.
Qu’importe l’auteur direct, tout est dans l’idée. La
question d’un lieu propre à l’exercice de l’art n’importe plus. L’art est partout et il s’infiltre petit à petit
dans le corps du domaine. Aux photographies, aux
tableaux accrochés aux murs s’ajoutent des débordements. C’est d’abord une salamandre que thierry
Ehrmann peint, bientôt suivie par un bataillon
de ces petites bêtes fantasmagoriques. Comme
lating in esthetic forms steel and
iron. Since the permit to build the
bunker is refused, he devotes
himself entirely to the museum,
the Factory, and the action.
Where the notion of
chaos is concerned
It was in this crucible that he
was to mix one part exhibition,
one part artwork and one part
action to create a melting pot of
crossbred energies. In order to
consolidate the whole and make
sure that every artist could each
bring in their own piece of creation without disturbing the harmony of the project, everything
would revolve around a few notions : universal and fundamental
to thierry Ehrmann. Drawn from a
judeo-christian culture, these notions evoke principles of alchemy
and the christic path, nurtured
with symbols of the salamander,
of death and redemption, and
13
stand godfather to our world
represented by the medias. An
unceasing coming and going
between an archaic foundation
and the abrupt unreality of the
daily news. The project conceptualizes itself just as art did in
the seventies.The author becomes irrelevant, only the idea is
essential. The question of a space
dedicated only to art no longer
matters. Art is everywhere,
gradually infiltrating the corpus
of the space. The photographs
and paintings hanging on the
wall begin to overflow. thierry
Ehrmann started with a painted
salamander, quickly followed by
a battalion of these phantasmagoric creatures. As if becoming
alive, they invade all spaces from
the ground up. Engraved and
tattooed they cast an idea of a
coherent work, they abolish all
notions of interior and exterior.
They run up and down alongside
scripts, words and forms are in
ph. Marc del Piano
diale. L’espace du groupe international de l’entreprise est inclus
dans l’espace intime, en continuation, à la façon d’un cocon qui le
sépare du monde. C’est si vrai que ce musée va très vite perdre toute image symbolique de pouvoir et, au lieu de s’élever dans le ciel,
va s’enfoncer profondément dans la terre. L’objet toujours au stade
du projet va petit à petit fusionner avec thierry Ehrmann. Il devient,
comme l’est pour lui l’art, le champ de tous les possibles. Des mots
qui prennent une nouvelle dimension lorsque l’on sait que l’homme
a passé sa vie en quête de limites. Ces limites qui dissocient le corps
social de l’être et dont il cherche à passer les frontières.
douées de vie, elles occupent tout
le territoire et envahissent sol et
armoires. Gravées, tatouées elles
éjectent l’idée d’une œuvre cadrée,
elles abolissent les notions d’intérieur et extérieur. Elles courent en
s’accompagnant de textes, le mot
et la figure en parfait tandem sur
le thème de la vie et de la mort.
Ben investit lui aussi la Demeure.
Et le travail continue. Un travail de
fou, tous les jours et à plusieurs
artistes. Ils sont deux, trois, parfois cinq à déplacer l’impossible,
à mettre en scène une page de
journal, à recréer grandeur nature
un fait divers ou fait de guerre. La
Demeure est devenue poreuse au
monde, l’actualité la traverse et la
transperce. Ressemble-t-elle pour
autant au chaos ? Elle a beau avoir
été brûlée, virée au noir charbonneux d’une après catastrophe, elle
garde toujours son architecture de
base et porte comme des décorations les effets d’éventration. A dire
vrai, c’est elle tout entière qui est
devenue, sinon une œuvre, mais
un musée. Elle offre aux regards
des autres ce que cache les salles
d’exposition, elle donne à voir de
l’art comme si ce dernier était encore vivant, embringué dans notre
vie de tous les jours. De l’art à ciel
ouvert avec 2 700 œuvres, autant
de reflets de notre siècle tragique
et somptueux selon son auteur.
perfect tandem following themes of life and death. The artist Ben also
became involved with the Abode. And the crazy work continued, everyday and with many artists. Sometimes two or three, sometimes five,
they achieve the impossible, recreating a page of a newspaper article
or a live war imagery.
14
15
ph. Marc del Piano
DEMEUREDUCHAOS.ORG
The Abode of Chaos became porous to the world, events flowing through it and imbuing it with meaning. Does that mean it resembles chaos?
Although burned and turning a post-apocalyptic, carbonized black, it
retained its core architecture, wearing the scars of its deconstruction
like medals. In truth, the house in whole became a museum. To others’
eyes it exhibits what more formal spaces do not: it shows art as a living
being, part of our everyday lives. Open-air art, 2,700 works, reflecting
our tragic and magnificent century as seen by the author/conceptor.
DEMEUREDUCHAOS.ORG
16
ph. Marc del Piano
17
DEMEUREDUCHAOS.ORG
18
ph. Marc del Piano
19
DEMEUREDUCHAOS.ORG
20
ph. Marc del Piano
21
Du Palais Idéal du Facteur Cheval à La Demeure du Chaos de thierry Ehrmann
par thierry Ehrmann
Durant ces 9 dernières années, je n’ai eu de cesse,
durant mes nuits vertigineuses, seul contre tous, de
penser qu’à 100 km, un siècle plus tôt, un homme avait
vécu les mêmes souffrances mais possédait comme
moi la foi des bâtisseurs de cathédrales. A sa phrase
“La vie sans but est une chimère. Où le songe devient
la réalité” j’ai moi-même peint en réponse plus tard “Il
faut explorer l’utopie, le rêve est réalité” sur la façade
principale de La Demeure du Chaos.
J’ai eu le bonheur de découvrir dans l’ouvrage “Avec le
Facteur Cheval” de 2007, édité par le Musée de la Poste
Paris et l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts,
dans le chapitre “Cheval et ses poulains” en page 18 :
“Du pasatiempo de Bentazos de l’Espagnol Juan Garcia
Naveira, commenté en 1893, à la Cathédrale du vent de
Linard, et à la Forge de Florence Maire, en passant par
les maisons de Picassiette et de Tatin, le Village d’art
préludien de Chomo, la ferme d’Arthur Vanabelle, La
Demeure du Chaos de thierry Ehrmann, baptisé le facteur Cheval du XXIe siècle.”
For the past eight years, during those terrible nights,
whilst alone, me against the world, I could not help
myself thinking that a hundred years ago, one hundred kilometers far from here, a man went through
similar sufferings, but both of us luckily driven by the
faith of the cathedrals’ builders.
In the book “ Together with the postman Cheval”
2007, published by the Musée de la Poste and l’Ecole
Nationale Supérieure des Beaux Arts, I was proud to
read on page 18 in the chapter titled “Cheval’s Descendants”: From the Betanzos “Pasatiempo” by the Spaniard Juan Garcia Naveira, begun in 1893, to Linard’s
“Wind Cathedral” and Florence Marie’s “Forge”, via
Picassiette’s and Tatin’s houses, or Chomo’s “Preludian’ Village”, Arthur Vanabelle’s farm, “the Abode of
Chaos” of thierry Ehrmann, named the Facteur Cheval
of the 21st Century.
From the Palais Idéal du Facteur Cheval to thierry Ehrmann’s Abode of Chaos
22
23
ph. Marc del Piano
DEMEUREDUCHAOS.ORG
To his quote: “Life without a goal is an illusion where a
dream becomes the reality”, I later replied by painting
on the Abode of Chaos main front “ one must explore
utopia, the dream comes true”.
DEMEUREDUCHAOS.ORG
24
ph. Marc del Piano
25
Mairie de St Romain Au Mont D’Or
Monsieur Le Maire
Le Conseil Municipal
35, Rue de la République
69270 St Romain Au Mont D’Or
er
Saint Romain Au Mont d’Or le 1 août 2007,
Fax +LRAR
Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les
membres du Conseil Municipal,
La Demeure du Chaos (09 décembre 1999, dont
Vous n’ignorez pas que le contrat fondateur de
ndre”. Il est basé sur la démarche alchimique.
Salama
la
de
it
“L’Espr
e
s’intitul
copie)
vous avez
Œuvre,
s passés par les différentes phases du Grand
Ainsi, durant toutes ces années, nous somme
de
tu verras la noirceur, réjouis-toi car c’est le début
notamment par la phase de calcination “Quand
sante
ls rouge du Soleil, ou dans une optique humani
l’œuvre”, où la pierre dorée devient Lapis, le fi
:
au monde. Puis, l’étape centrale de “putréfaction”
transforme le lieu en une incarnation d’un être
ation de la matière vers sa purification.
elle est le passage dit de “l’œuvre noire”, dégrad
la mort
le passeur de ces étapes transitionnelles, de
La Salamandre quant à elle apparaît ici comme
annonçant la résurrection.
des
e or hermétique qui est la recherche du secret
Nous arrivons donc dans l’or calciné, véritabl
sans fin.
secrets qui mène en fait à une quête spirituelle
la Rue
que va notamment, sur les murs et façades de
Ainsi, Monsieur Le Maire, cette phase alchimi
postulat alchimique, des pierres
du
force
la
par
nt
siveme
progres
ître
appara
de la République, voir
de couleur or.
Dei” (le
les pierres dorées est exaucée par le “Donum
De ce fait, votre demande incessante de revoir
lli qui est à l’origine du contrat du 09/12/1999
Fulcane
de
he
démarc
la
toute
habita
qui
don de Dieu),
.
(CQFD Fulcanelli/Les demeures philosophales)
à une
vous êtes a contribué, par sa propre souffrance,
Il ne fait aucun doute que l’homme de foi que
à La
que nous formons en tant qu’artistes plasticiens
Rédemption de la communauté des croyants
Demeure du Chaos.
ne de
avec sincérité, que je démarre une forte campag
Je profite de ce courrier,pour vous annoncer
res qui demande que
signatu
de
m
maximu
un
ir
recueill
pour
mobilisation au cœur de notre village
ales de 2008.
vous vous représentiez aux élections municip
lle
des principaux protagonistes de cette quête spiritue
En effet, comment pourrais-je imaginer qu’un
?
laïque
daire
récipien
vil
disparaisse au profit d’un
Maire,
présente et vous prions d’agréer, Monsieur le
Nous vous souhaitons bonne réception de la
nos salutations distinguées.
al,
Municip
l
Consei
du
es
membr
les
urs
Mesdames et Messie
BCP*59e,
re de la Culture, Comité de pilotage “Lyon capitale
Copie : Grand Lyon, Instances culturelles, Ministè
européenne de la Culture - 2013”
26
27
ph. Marc del Piano
DEMEUREDUCHAOS.ORG
thierry EHRMANN
naire; la pensée s’oriente vers le en échange, par l’atmosphère
progrès, moteur d’une histoire onirique du lieu, d’accueillir des
purement occidentale.
scientifiques de premier plan
Cette époque, initiée par Gü- et mutants capables d’affronter
tenberg, s’achève aujourd’hui, n’importe quel système éconoau moment où la terre se voit mique quelque soit le continent.
entièrement recouverte de Le nombre impressionnant de
réseaux d’information, arpen- nationalités diverses et variées
tée dans ses moindres recoins témoigne de cette nouvelle Bapar Internet où La Demeure du bylone du numérique qu’est La
Chaos, devient pour moi un Glo- Demeure du Chaos.
par thierry Ehrmann
DEMEUREDUCHAOS.ORG
L’Alchimie entre La
Demeure du Chaos,
groupe Serveur
et Artprice
The Alchemy between
the Demeure du Chaos,
The Server Group
and Artprice
L’univers de La Demeure du
Chaos est indissociable de l’incroyable histoire d’Artprice, leader mondial de l’information sur
le marché de l’art et du Groupe
Serveur, pionnier historique en
Europe des banques de données
sur Internet depuis 1987.
comme le plus grand fonds de
l’histoire du marché de l’art.
Ainsi, nous avons écrit plus
d’un million de biographies et
commenté puis répertorié, 110
millions d’œuvres d’art avec
leurs photos haute définition
accessibles par l’Internet.
Nos visiteurs sont toujours interpellés par le double visage de
La Demeure du Chaos. Il est dur
pour eux d’imaginer que, sous
l’héliport, il y a des salles blanches machines où opèrent près
de 900 serveurs qui distribuent
le savoir dans le monde par
Internet à travers nos propres
fibres optiques. De même, au
rez-de-chaussée et au premier
étage, près de 90 personnes se
relaient jour et nuit sans aucune
interruption pour piloter et
aiguiller à travers le monde, les
grands flux d’informations que
nous produisons et faisons transiter par l’Internet.
Un des postulats de La Demeure
du Chaos est de reformer cette
révolution du savoir que l’on a
connue pendant la Renaissance
européenne et notamment
à Lyon, qui fût une grande
métropole. La Renaissance
européenne est, selon moi, inséparable d’une invention, celle
de l’imprimerie, et du nouveau
paradigme du savoir que celleci permit, sa diffusion. C’est la
possibilité de dupliquer mécaniquement des informations
qui a favorisé l’émergence de la
pensée humaniste : l’érudit pouvait enfin comparer les idées, se
référer à de lointaines sources
manuscrites, faire connaître
l’héritage philosophique et
propager sa vision individuelle
à une relative grande échelle.
A cette révolution technique se
joignit l’essor des voyages de
découverte : le mouvement de
la connaissance est alors horizontal, géographique, mission-
Un peu plus haut au cœur du
bâtiment central, les salles de
catalogues et manuscrits, avec
plus de 290 000 catalogues
de ventes de 1700 à nos jours,
accueillent nos chercheurs et
rédacteurs qui les commentent
et les numérisent pour former
ce qui est désormais reconnu
The Demeure du Chaos and its universe is indissociable from the
incredible history of Artprice, world leader in art market information, and The server Group, historic pioneer of online databases
in Europe since 1987.
Our visitors are always intrigued by the two faces of the Demeure du Chaos. They find it hard to imagine that under the heliport there are cleanrooms with close to 900 servers distributing
knowledge throughout the world on Internet via our own optical
fibre networks. At the same time, on the ground and first floors, a
team of nearly 90 people works round-the-clock in relay to steer
and direct the major flows of information we produce and disseminate on Internet worldwide.
A little higher, at the heart of the central building, the catalogue
and manuscript rooms - with more than 290,000 auction catalogues from 1700 to the present day - provides the material for
our researchers and editors to compile and scan contributing to
what is now recognised as the largest source of art market history on the planet. So far we have written more than one million
biographies and described (and filed) 110 million works of art with
high definition photos - all accessible online.
One of the principal axiums of the Demeure du Chaos is to regenerate the knowledge revolution that took place during the
European Renaissance, and particularly in Lyon, a major city at
the time. In my view, the European Renaissance was co-dependent with one invention above all - that of printing - and the new
horizons of knowledge that this invention allowed via the dissemination of knowledge. The simple fact of being able to duplicate information (mechanically) contributed to the emergence
of humanist thought: writers and scholars could at last compare
their ideas, refer to ancient manuscripts, publicise their different
philosophical heritages and expound their personal visions to a
relatively large audience. This technical revolution was accompanied by a “boom” in travelling and expeditions with the sole aim
of discovering the world: in this way, knowledge began a rapid
28
bal Internet eXchange (gix), véritable nœud modal d’un savoir
en grid où se diffuse la connaissance à travers le reseau.
La Demeure du Chaos est un
état dans l’état, un véritable kernel du système républicain.
La dualité entre ma qualité de
fondateur du Groupe Serveur,
d’Artprice, qui est cotée en
bourse sur le premier marché
réglementé, et ma vie de plasticien depuis 25 ans, rejoint
l’autre dualité qui est le lieu. Le
musée l’Organe est, quant à lui,
un établissement recevant le
grand public, un musée à ciel
ouvert et gratuit ou transitent
chaque année 120 000 visiteurs
qui viennent voir les milliers
d’œuvres de la Demeure, mais
aussi découvrir comment l’art
vit avec l’industrie protéiforme
du XXIe siècle. La Demeure du
Chaos est le lieu du labeur où
travaillent les érudits, mais aussi
ma résidence personnelle et
celle de mon clan. Sans aucune
concession, je marque chaque
pierre, chaque toit, chaque sol,
chaque arbre, de mes œuvres,
comme conformément au postulat du 09/12/1999.
Les remarques incisives et
pertinentes de l’Autorité des
Marchés Financiers dans nos
désormais célèbres documents
de référence pour le marché réglementé, traduisent l’évolution
de ma pensée artistique et du
passage à l’acte dans le monde
économique. Certaines conventions réglementées entre La
Demeure du Chaos et les groupes deviennent des prophéties
auto-réalisantes où le pouvoir
de l’art s’invite dans le monde de
la finance. Ma démarche duale
enrichit de manière spirituelle
La Demeure du Chaos, et de
manière matérielle nos 18 000
actionnaires…
Comment peut-on bâtir ex-nihilo Artprice, société mythique
qui source 90% de la presse
mondiale sur l’information du
marché de l’art, sans être soimême, dans sa chair et son âme,
un plasticien passionné d’histoire de l’art ?
La Demeure du Chaos est une
redoutable machine de guerre,
un cheval de Troie au cœur des
marchés financiers. Elle produit
et diffuse des sommes de connaissances inimaginables sur
le marché de l’art, du droit, de
l’économie, de la science pendant que jours et nuits, nous
autres plasticiens, intervenons
sur les 9 000 m2 pour (ré)écrire
avec notre regard d’artiste, l’histoire du monde dé-légendée.
Cette dualité qui confronte mon
engagement de sculpteur plasticien et auteur depuis 25 ans, à
ma transversalité de fondateur
d’Artprice, du Groupe Serveur et
de ses 12 filiales, est à l’origine
de critiques parfois violentes
d’un patronat conservateur et Nos interventions radicales sur
étriqué mais elle me permet, la déconstruction de l’habitat
horizontal, geographical and missionary expansion; thinking was
focused on progress, the motor of a purely Western history.
This era, initiated by Gütenberg, is coming to an end today at a
time when the Earth is entirely covered with communication
networks reaching into its most hidden corners via Internet. In
this contemporary schema, I see the Demeure du Chaos as a Global Internet eXchange (gix), a genuine modal hub of a knowledge
grid disseminating outwards through its network.
The Demeure du Chaos is a “state within a state”, a veritable kernel of the Republican system.
The duality of my existence as a founder of The server Group and
Artprice (listed on the Paris Euronext Premier Marché) and my
life over the last 25 years as an artist is reflected and complemented by the duality of the place. The “Organe” Museum, for its
part, is a place where the public are welcome - an open-air free
museum visited each year by 120,000 people who come to see
the Demeure’s collection of thousands of art works, but also to
discover how art lives with proteiform 21st century industry.
The Demeure du Chaos is a place where scholars work; but it is
also my personal residence and that of my clan. Without any concession, I mark each stone, each roof, each floor, each tree of my
works in accordance with the axium of 09/12/1999.
This duality that confronts my commitment as a sculptor and
author over the last 25 years with my role as founder of Artprice,
The server Group and its 12 subsidiaries, is often criticised, sometimes violently, by a conservative and conformist business
community. However this duality does allow me - assisted by the
dream-like atmosphere of the place - to host the most learned
academics and experts capable of wining in any economic system, and on any continent. The impressive number and diversity
of the nationalities on the site bears witness to this new digital
Babylon that the Demeure du chaos has evolved into.
The incisive and pertinent remarks of the French Financial Markets Authority (AMF) in our now famous reference documents
for the regulated market translate the evolution of my artistic
thought and its mutation into action in the economic sphere.
Certain regulated agreements between the Demeure du Chaos
and the group have become self-fulfilling prophecies where the
power of art invites itself into the world of finance. My dual approach provides both spiritual enrichment for the Demeure du
Chaos - and material: our 18,000 shareholders…
How can one build, from nothing, Artprice, a mythic company
providing copy for 90� of the global art market press - without
being oneself, both in mind and in body, an artist with a passion
for art history?
The Demeure du Chaos is a redoubtable war machine, a Trojan
horse at the heart of the financial markets. It produces and diffuses unimaginable quantities of knowledge about the art market,
law, the economy and science, while day and night, our other
artists occupy 9,000 m2 to (re)write - with our artistic viewpoint
- the “history of the world without subtext”.
29
professionnel et personnel ainsi
que du mobilier a impacté les
2 500 m2 de bureaux où travaillent le Groupe Serveur, ses
filiales, et Artprice. Cette démarche humaniste est partagée
entre les artistes et les collaborateurs des deux groupes.
La Demeure du Chaos possède
deux visages : celui de l’Alchimie
(L’Esprit de la Salamandre) et
celui de l’hyper modernité. Mais
elle a aussi deux incarnations :
celle de l’incarnat physique, avec
ses 2 700 œuvres (sculptures,
peintures, installations) gravées
dans sa chair, avec son double
sur Internet où plus de 1 200 000
sites restituent en photos ou
en videos tous les regards du
monde sur les entrailles de La
Demeure du Chaos lors de leurs
visites. Sur Google, en novembre
2007, sur les requêtes “Demeure
du Chaos” et “Abode of Chaos”,
il sort 1 413 000 résultats pointant sur des millions de photos
et vidéos de La Demeure du
Chaos.
Lorsque j’ai démarré Internet
en 1987, nous étions moins de
50 000 dans le monde mais
j’avais la foi dans la plus grande
révolution de toute l’histoire
du progrès humain. Internet
est mon univers depuis 21 ans
où j’ai fondé Net Nobility (cf
Time Magazine) pour que demeure toujours, par la volonté
des pionniers, cet Internet qui
est pour moi, le fils naturel de
Proudhon et Bakounine.
30
ph. Marc del Piano
DEMEUREDUCHAOS.ORG
En effet, je suis persuadé que
l’Internet est la métaphore du
Divin, si ce n’est le Divin luimême. La voix sèche qui illumine La Demeure du Chaos lui
donne le don d’ubiquité entre
le monde physique et celui des
idées.
que d’Alexandrie de nos pères.
Mémoire du monde selon
Philippe Quéau de l’UNESCO,
Internet se joue des frontières,
du pouvoir des nations et abolit au passage tous les régimes
hostiles à la libre circulation de
l’information. Cette dématérialisation de notre ancien monde
et de son économie par Internet
crée son empire numérique sur
le parvis du XXIe siècle sous la
forme du grand village glocal
(globale et locale) et chaotique,
cher au sociologue Marshall
Mc Luhan.
Ainsi, l’éducation, la recherche,
le commerce, l’économie et
l’organisation générale des informations vont connaître, en
un laps de temps extrêmement
réduit, des mutations inimaginables. Jamais dans l’histoire
de l’humanité, une révolution
scientifique n’a impacté autant
de gens, en aussi peu de temps,
en tout endroit du monde.
Ainsi, plus de 230 états nations
qui ont chacun 2 à 3 siècles de
cadre législatif et réglementaire
s’annihilent devant une révolution scientifique qui abolit le
territoire et le temps. Ce passage
du territoire au cyber espace
constitue un des grands bouleversements de l’organisation
humaine, et il est d’autant plus
important d’en comprendre le
sens qu’il entraîne une transformation majeure de la nature
même de nos perceptions et de
nos rapports sociaux.
Dans l’univers effréné de
l’Internet et de la révolution
numérique, les entreprises
doivent se montrer beaucoup
plus protéiformes, capables de
changer de profil en un clin d’œil
pour s’adapter à de nouvelles
conditions économiques dracoNous sommes en train à La De- niennes. La Demeure du Chaos,
meure du Chaos de participer à quartier général du groupe
la reconstruction de la bibliothè- Serveur et d’Artprice, est selon
Our radical deconstruction of the traditional barrier between
living space and work space and of furniture in these spaces has
had an impact on the 2,500 m2 of offices where The server Group,
its subsidiaries and Artprice are resident. This humanist approach
is shared by the artists and employees of the two Groups.
The Demeure du Chaos has two faces: that of Alchemy (The
Spirit of the Lizard) and that of hypermodernity. But it also has
two incarnations: physical embodiment, with its 2,700 works
(sculptures, paintings, installations) engraved in its flesh, and its
“double” on Internet with more than 1,200,000 sites presenting
photos and videos taken during visits to the Demeure du Chaos.
In November 2007, if you search Google with “Demeure du Chaos”
and “Abode of Chaos”, you get 1,413,000 results leading to millions
de photos and videos of the Demeure du Chaos
In fact, I am convinced that the Internet is a metaphor for the Divine, if not, for God him /her/itself. The dry voice that illuminates
the Demeure du Chaos bestows the gift of ubiquity between the
physical world and the world of ideas.
When I began using Internet in 1987, we were less than 50,000
users worldwide; but I was convinced we were on the brink of a
major revolution that would radically alter the history of human
progress.
Internet has been my universe for 21 years and I founded Net Nobility (QED Time Magazine) so that - in accordance with the will
of the pioneers - there should remain forever this Internet which,
for me, is the natural progeny of Proudhon and Bakunin.
Here at the Demeure du Chaos we are in the process of rebuilding
the great library of Alexandria!
“Memory of the world” according to Philippe Quéau of UNESCO,
the Internet ignores frontiers and destroys in its passage all
regimes hostile to the free circulation of information. This dematerialisation by Internet of our old world and of its economy is
creating a digital empire on the cusp of the 21st century in the
form of an enormous and chaotic “glocal” village (global and local)
that would have been very much to the taste of the sociologist
Marshall Mc Luhan.
Thus, education, research, trade, the economy and the general
organisation of information will experience - in a very short period
of time - unimaginable changes. Never in the history of mankind
has a technical revolution had such an impact on people’s lives in
such a short period and so ubiquitously around the world.
Thus more than 230 nation-states, each with 2 to 3 centuries of
accumulated legislation and regulatory frameworks are being
overshadowed by a technical revolution that abolishes territories
and disregards time. This mutation from territorial to cyberspace
constitutes one of the major shocks to human organisation and
it is particularly important that we should understand its significance as it is clearly leading to a major transformation of the
very nature of our perceptions and of our social relations.
In the frenetic world of Internet and the digital revolution, companies must be much more flexible, capable of changing their
31
la presse économique anglo-saxonne une forme d’aboutis- profiles literally overnight in order to adapt to new and draconian ecosement ultime d’une économie plus cérébrale, pourrait-on nomic conditions. According to certain English language media publidire, dont l’objet est l’accès au temps et à l’activité de l’esprit. catins, the Demeure du Chaos, headquarters of The server Group and
Tous les jours, par La Demeure du Chaos et ses œuvres, nous
entrons dans un tout autre monde, beaucoup plus cérébral
et immatériel, un monde de formes platoniciennes, d’idées,
d’images et d’archétypes, de concepts et de scénarios. Un
monde gouverné par la logique de l’accès au savoir et du
réseau Internet, ce sont les idées qui deviennent la matière
première de l’activité économique, et le but suprême est la
connaissance universelle à travers les serveurs d’information.
Artprice, is the ultimate form of an evolution towards a more cerebral
economy, so to speak, in which the product is access to time and to
intellectual activity.
Everyday, the Demeure du Chaos and its collection of works takes us
into another world that is much more cerebral and immaterial, a world
of platonic forms, of ideas, of images and of archetypes, of concepts and
of scenarios. A world governed by the logic of access to knowledge and
by the logic of the Internet network. Ideas become the raw material
of economic activity, and the ultimate goal is universal knowledge via
information servers.
Être capable d’étendre à l’infini sa présence mentale, être
universellement connecté afin de pouvoir affecter et élever
peu à peu la connaissance des êtres humains par la distribution du savoir organisé (la banque de données), telle est The capacity to extend one’s mental presence infinitely, to be universally connected in order to affect and gradually raise the knowledge of
l’ambition humaniste du troisième millénaire.
La Demeure du Chaos est une cité médiévale où, dans l’ombre de nos entrailles, nous travaillons à modifier la vision du
monde. Un célèbre analyste de Goldman Sachs résume fort
bien le tout : “L’Alchimie est présente partout, même dans
vos actions en bourse qui ont connu la plus forte croissance,
toutes sociétés confondues. Vous avez créé une Alchimie
entre votre folie artistique et votre vision de l’industrie du
troisième millénaire dans groupe Serveur”. “Avec Artprice
et ses 1 300 000 abonnés, vous faites basculer le marché de
l’art dans l’hyper modernité en le dématérialisant”.
DEMEUREDUCHAOS.ORG
Quand nos visiteurs économiques repartent ébranlés par
cette vision duale de nos groupes dans La Demeure du Chaos, je ne peux m’empêcher de leur dire: vous n’avez encore
rien vu ! Ce que nous allons vivre dans les toutes prochaines
années dépassera de très loin tous les écrits d’anticipation et
de science fiction…
Pour comprendre la dualité de ma démarche de plasticien et
de bâtisseur du savoir, je reprendrai la citation de mon vieux
maître Pythagore le premier des philosophes pour lequel
tout est nombre, à l’exception des essences que sont les
émotions humaines non quantifiables, indicibles et se jouant
des nombres.
human beings by the dissemination of organised knowledge (the database), that is the humanist ambition of the third millennium.
Let us not forget that the relatively modern notion of “property”, characterised by private possession, exclusivity and exchange values was
one of the central institutions of the industrial era.
After five hundred years of hegemony, this vision of civilisation based
on commerce between buyers and sellers of property has been subjected to a radical deconstruction which fits in with the conceptual axium
that I wrote on 9 December 1999 about the Demeure du Chaos.
The new horizon of the era is defined by the logic of access to knowledge by servers - which leads us to rethink economic relations, political
action and our perception of our own identity such as it emerges from
the depths of our consciousness.
The Demeure du Chaos is a medieval town where, deep within its
bowels, we are working to modify the vision of the world. A well-known
financial analyst at Goldman Sachs once summarised the whole thing
very succinctly : “There is Alchemy everywhere, even in your shares
which have posted the strongest growth of all listed companies on all
markets. You have created an Alchemy between your artistic madness
and your vision of industry in the third millennium within The server
Group”. “With Artprice and its 1,300,000 subscribers, you have pushed
the entire art market into hypermodernity by dematerialising it.”
When our economic visitors leave the Demeure du Chaos somewhat
shaken by this dual vision of our activities, I can’t resist telling them:
“you ain’t seen nothing yet!”
What we will experience over the next few years will far exceed many
of the existing anticipatory or science fiction writings on the matter.
To better summarize my dual reasoning as an artist and knowledge
builder, I would quote my old master Pythagoras, the first philosopher
for whom everything was numbers except for the essences which are
human emotions that are unquantifiable, inexpressible and number
defying…
32
33
ph. Marc del Piano
N’oublions pas que la notion moderne de propriété, caractérisée par la possession privée, l’exclusivité et l’échange marchand, était une des institutions centrales de l’ère industrielle. Au bout de cinq cents ans d’hégémonie, cette vision de la
civilisation reposant sur l’échange marchand entre vendeurs
et acheteurs de propriété est soumis à une déconstruction
radicale qui rejoint le postulat conceptuel que j’ai écrit le 9
décembre 1999 de La Demeure du Chaos. Le nouvel horizon
de l’époque est défini par la logique de l’accès au savoir par
les serveurs, qui nous amène à repenser les rapports économiques, l’action politique et la perception de notre propre
identité telle qu’elle émerge du plus profond de la conscience
humaine.
DEMEUREDUCHAOS.ORG
34
ph. Lukas Zpira
35
DEMEUREDUCHAOS.ORG
36
ph. Lukas Zpira
37
DEMEUREDUCHAOS.ORG
38
ph. Lukas Zpira
39
DEMEUREDUCHAOS.ORG
40
ph. Marc del Piano
41
par Laurent Courau
42
Là-haut, dans les airs, sur les flancs de la cathédrale Saint-Jean, à
l’épicentre du vieux Lyon alchimique, une gargouille ricane à la vue
des humains qui gesticulent dans la lueur rougeâtre du soleil couchant. Leurs ombres s’étirent démesurément, déjà spectrales, sur
les pavés de roche volcanique. Au loin, des colonnes d’une fumée
noire, graisseuse, s’élèvent des hauteurs de la Croix Rousse. Les incendies ne décélèrent pas depuis trois jours. L’atmosphère suinte.
On assiste sur les bords du Rhône à une multiplication des scènes
d’hystérie. Des septuagénaires aux yeux révulsés par une extase
impie hurlent comme des possédés à la lueur des braseros. Ridés,
exsangues, squelettiques, les vieillards s’arrachent les cheveux
par poignées, se déchirent le visage jusqu’au sang. Une fillette
les observe d’un air impénétrable, dissimulée derrière sa tignasse
pouilleuse. Un sourire l’illumine. Sa courte jupe blanche ondule
au gré du vent. Des larmes de joie coulent sur son visage émacié.
À intervalles réguliers, un corps épuisé, déformé par l’âge, roule
jusque dans l’eau boueuse avant de dériver et de sombrer dans les
profondeurs du fleuve. Dans toute la ville, les luminaires sont hors
d’usage, imposant de facto un couvre-feu ténébreux. Effrayée par
un brusque déferlement de sirènes, une colonie de pigeons grisâtres se réfugie à tire d’ailes sur les hauteurs environnant l’hôtel de
ville. Éclats des phares, reflets fugitifs sur la chaussée détrempée,
un cortège d’ambulances traverse bruyamment l’esplanade, prêt à
déverser sa cargaison de blessés devant l’entrée principale de l’Hôtel-Dieu. Les émeutes de la périphérie sud-est génèrent leur lot
quotidien d’estropiés. Autant de promesses d’amputations sanglantes pour les équipes des blocs opératoires qui croulent sous la
demande depuis plusieurs mois. L’incinérateur de l’hôpital tourne
en surrégime. Reconnaissables entre mille à leurs cornettes noires,
les sœurs de la Sainte Mort dirigent les infirmiers qui s’affairent
au-dessus des brancards. L’une d’elles se saisit d’un balai qu’elle
agite avec véhémence pour repousser une horde de rats appâtés
par l’odeur des plaies putrescentes.
It all started a few weeks before, with a case of spontaneous
combustion, in front of the National Popular Theather…
Chaque jour, des foules plus importantes s’agglutinent dans les
rues engorgées de Saint-Romain au Mont d’Or avec l’espoir d’approcher l’enceinte de La Demeure du Chaos. La rumeur populaire
relayée par les rares médias encore opérationnels prête au domaine des propriétés miraculeuses, les plus exaltés allant jusqu’à en
faire le siège d’un renouveau christique. Vingt-quatre heures plus
tôt, un prédicateur s’est immolé par le feu sur un tas de poubelles.
L’odeur de sa chair calcinée flotte encore dans les rues du village,
mélangée aux effluves douceâtres de kérosène incrustées dans
Everyday, growing crowds gather in the congested streets of
St Romain en Mont d’Or, hoping to come near the gates of the
Abode of Chaos. The popular rumour, relieved by the rare still
existing media, alleges miraculous powers to the estate. The
most exalted ones go as far as declaring it the ground for a christic renewal. Twenty-four hours before, a preacher has set himself
on fire, over a pile of garbage. The smell of his charred flesh is still
floating over the streets of the village, mixed to the sweetish
exhalations of kerosene, incrusted in the plastic of melted con-
Up there, crouching on the side of the St Jean Cathedral, epicentre of old, alchemist Lyon, the gargoyle loathsomely laughs
at the sight of humans gesticulating under the red dying sun.
Their shadows stretch disproportionately against the pavement
of volcanic rocks, already ghostlike. Far away, thick columns of
black, greasy smoke rise over the Croix Rousse heigths, where it
has not stopped burning for the last three days. The atmosphere
is dripping. On both sides of the river Rhone, scenes of hysteria
can be seen as far as the eye goes. Seventy-year-olds, eyes rolling out in impious ecstasy, shrill as if they were possessed, lit by
the glowing braziers. Wrinkled and livid, skeletal old men ripp off
their hair by fistfulls and scratch their flesh until bleeding. A little
girl is watching them with an air of impenetrability, hidden by her
verminous mop of hair. A smile lights her up. Tears of joy roll on
her wasted face. Quite frequently, an age-distorded corpse rolls
to the muddy water, before drifting and finally sinking into the
river’s depths. On the Hotel de Ville’s parvis, like in the rest of
town, all lights have gone out, imposing de facto a curfew. Scared
by a sudden scream of sirens, a colony of greyish pigeons fly for
shelter in the environning heigths. Gleaming lights, fleeting reflections on the wet road, the flow of ambulances crosses noisily
the esplanade, ready to offload casualties in front of the principal
entrance of the Hotel Dieu. Lasting for months now, the riots on
the south-east outskirts, generate their daily share of cripples.
As many promises of bloody amputations for the staff of the
surgery blocks, crumbling under the demand. The hospital incinerator is running full speed. Recognizable to their black cornets,
the Sisters of the Holy Death direct the nurses bustling over the
stretchers. One of them takes a broom, agitating it vehemently
to push back hordes of rats, driven crazy by the appetizing smell
of putrescible wounds.
43
ph. Marc del Piano
DEMEUREDUCHAOS.ORG
KiCHIGAI* – Only the insanes will survive
le plastique des conteneurs fondus. Un gamin se balance comme
endormi, contre un parapet. Un filet de bave coule sans discontinuer sur son justaucorps. Ses yeux éteints au regard vide, débile,
papillonnent sans but. Impassible, la foule le contourne, sans lui
accorder la moindre attention. Les esprits sont ailleurs, anxieux,
concentrés dans l’attente d’un signe. On se pousse, on se bouscule.
Des corps tombent sous la pression, s’écrasent contre les grilles et
disparaissent, aussitôt ensevelis. Instantanés de faciès piétinés,
déformés par la douleur. La tension croît, une clameur enfle. “La
Source ! Pitié, par pitié, laissez-nous accéder à la Source ! Nous
voulons l’Eau, laissez-nous accéder à l’Eau Sacrée !” Menée par un
géant, une équipe cagoulée repousse les téméraires qui tentent
de franchir les murs. À dix-huit heures cinquante-cinq, une pluie
de cendres anthracite s’abat doucement sur le site. Les particules
flottent, menaçantes dans leur mollesse. À dix-neuf heures précises, une silhouette sombre se découpe sur la plateforme faîtière
éclairée au néon industriel. Deux dogues colossaux conduits par
deux succubes vêtues de cuir noir l’entourent, la disposition de leur
quintette formant un pentagramme parfait. L’excitation est à son
comble. Transports chaotiques, scènes de transe, ruts. Une jeune
femme déchire ses vêtements pour s’offrir à son entourage immédiat. Le geste provoque une orgie impromptue. On frôle l’émeute.
Là-haut, l’un des molosses hurle, comme pour exiger le silence.
Tous s’interrompent. Les hommes obéissent à la Bête. De l’index et
du majeur, l’Alchimiste désigne calmement l’éther où trône l’étoile
du berger. L’assistance s’interroge sur la signification de ce geste.
Quelques instants passent. Puis un éclair traverse la voûte céleste,
suivi d’une boule de feu qui éclaire d’un soleil brutal et crépusculaire l’agglomération lyonnaise. Un Airbus A380, le plus gros avion
civil jamais conçu et le troisième plus gros avion de l’histoire de
l’aviation, vient d’exploser, percuté par un missile sol-sol guidé aux
infrarouges. L’onde de choc bouscule toutes les créatures vivantes
présentes sur son passage. Au milieu de la multitude agglomérée
devant les grilles, une mère de famille vomit par longs jets une bile
écarlate et pâteuse, sans pour autant relâcher son étreinte sur ses
deux enfants. Ses déjections tapissent le sol à leurs pieds. Ils fixent
avec terreur le bâtiment qui se met à vibrer. Les visages blafards
peints à même la pierre sur les murs carbonisés prennent un relief
inattendu. Leurs orbites vides saignent. Ils s’illuminent, s‘incarnent
dans la réalité consensuelle et entonnent un cantique désaccordé.
Blasphématoire, la litanie monte dans la nuit, reprise avec solennité par la cohorte de damnés massés sur le bitume.
A funereal trance creeps over the crowd, ondulating to the
rhythm of lament. The transmutation takes place. And in the first
light of dawn, a new world is delivered, wet and soiled, from the
gaping crotch of nothingness.
“Kichigai means “insane” in japanese. The word is derived from
“ki” meaning mind and “chigai”, different. Literaly : someone thinking differently is insane.
* Kichigai signifie “fou” en japonais. Le mot est composé de “ki”
qui signifie “esprit” et de “chigai” qui signifie “différent”. Littéralement : une personne qui pense différemment est folle.
44
45
ph. Lukas Zpira
DEMEUREDUCHAOS.ORG
Une transe funèbre gagne l’assemblée. Elle ondule au rythme de
la mélopée, la transmutation s’opère. Et aux premières lueurs de
l’aube, un nouveau monde accouche, humide et souillé, de l’entrecuisse béant du néant.
tainers. Seemingly asleep, a child is rocking against a parapet. A
dribble of saliva dripps without stopping on his leotard. His dull
eyes, with their blank, empty stare, flutter pointlessly. Dumb.
The crowd bypasses him, undettered. All minds are focused elsewhere, anxious for only one sign. People push and shove each
other. Bodies fall under pressure, crashing against the gates and
disappearing, immediately buried. Snaps of trampled faces, torn
out by pain. Tension keeps growing, the hubbub becomes louder.
“The spring ! Mercy, let us reach the spring ! We want the water
! Let us reach the holy water !”. Driven by a giant, a hooded team
pushes back the bolds trying to get over the walls. At 6:55 p.m., a
rain of grey ashes falls gently over the site. Particles float in the
air, menacing in its softness. At precisely 7 p.m., a dark figure is
outlined against the roof platform, lit by an industrial neon. Two
colossal dogues led by two black leather-clad succubi, surround
him, the layout of their quintet forming a perfect pentagram.
Excitation is at its height. Bursts of chaos, scenes of trance, ruts.
A young woman tears up her clothes, offering herself to those
around her. Her gesture triggers a surprise orgy. Riot is threatening to erupt. Up there, the watchdog howls, as if it was demanding silence. Everyone breaks off. Men obey the Beast. Index and
middle fingers pointed, the Alchemist quietly shows the ether
where the Evening star shines prominently. The audience wonders about his gesture. Few moments go by. Then a lightning strikes the starry dome, followed by a ball of fire which floodlights
Lyon with a brutal, twilight sun. An Airbus A380, biggest civil aircraft ever conceived, and third of all aviation history, has just exploded, stroke by a ground-to-ground infrared missile. The shock
wave jostles all living creatures on its way. Among the masses
of people in front of the gates, a mother is vomiting long jets of
scarlet and patsy bile, still grasping her two children. The ground
at their feet is lined with her dejections. They stare with terror at
the building which starts to vibrate. Pallid faces painted on the
rocks of burnt walls, unexpectedly seem to rise. Their empty eye
sockets bleed. They light up, embodying in consensual reality and
start singing a canticle out of tune. Blasphemous, the litany rises
high in the night, the damned crawling on the asphalt solemnly
join the chanting.
DEMEUREDUCHAOS.ORG
46
ph. Marc del Piano
47
Le dispositif artistique de La Demeure du
Chaos repose en grande partie sur des
peintures figuratives, réalistes, voire hyperréalistes, des événements tragiques
de notre monde. Certaines, comme les
attentats de Londres, ont été exécutées
quasiment en direct. Il est d’ailleurs
troublant de voir certaines peintures
réalisées avant que les news magazines
ne les divulguent en première de couverture dûment légendées.
La démarche de nous autres plasticiens
consiste à faire une scission entre la photo et sa légende obligeant ainsi le spectateur à regarder pleinement la force et
le contenu de l’image. Notre travail, pratiquement en temps réel avec les agences de presse photographiques dont
certaines font partie de notre groupe,
est inverse de ce que nous faisons d’habitude. Ces “dernières” années, avec les
banques de données, les photographes
reporters sont contraints à légender de
plus en plus leurs photos. On ne peut que
penser à la formule de Godard : la vérité
d’une image, c’est d’abord la vérité de la
légende qu’on lui appose.
Le questionnement provoqué par nos
œuvres dé-légendées fonctionne parfaitement. Un exemple nous est donné par
cette femme sortie des attentats de Londres portant un masque de grand brûlé
sur la tête , protégée par un passant. Ces
visages glacent d’effroi nos visiteurs alors
qu’ils ont été en première de couverture
du “Time”, du Figaro Magazine, de The
Economist…
thierry Ehrmann
The artistic approach of the Abode of Chaos
relies mainly on figurative, realistic and hyper-realistic paintings depicting various world
tragedies. Some of them such as the London
attack were painted immediately after it happenend. To see some of these paintings on the
wall of the Abode before the legendized ( free of
title and subtext) images even reach the covers
of news magazines can be quite disturbing.
The artist’s procedure consists in creating
a scission between the photograph and its
legend, requiring the observer to look deeply at
the power and content of the image. Our work,
practically synchronized with photographic
press agencies which includes some members of
our group, is the opposite of the work we usually
do. These past few years, with the growing numbers of databases, reporters are constrained to
increasingly legendize their photographs. Immediately, this quote from Jean-Luc Godard comes
to mind: “The truth of an image is foremost the
truth in the given legend.”
The questioning provoked by our delegendized
works seem to function perfectly well. Let’s take
for example the image of the London bombing
where a woman is being escorted out wearing
a burn victim’s mask. These faces always scare
our visitors even though they have already
made the covers of Time magazine, Figaro magazine or the Economist. This demonstrates
that we are effectively in a sphere where the
observer disconnects himself from the media
and the legend, hence allowing a total break
down.
48
49
ph. Marc del Piano
DEMEUREDUCHAOS.ORG
We begin to notice that the spectator is slowly
recognizing that he is witnessing a great deal
On est donc bien dans le cas où le spectateur se déconnecte du
média, de la légende et permet ainsi une mise en abîme.
of violence through the stream of images, whether on the
Internet, on television or in the written press, but manipulated by the media, he looses all objectivity in reading the horrors or our history.
On s’aperçoit que le spectateur peu à peu découvre qu’il subit tous les jours par le flux des images (Internet, télévision
ou presse écrite) une violence insoutenable, mais que pris en
charge à travers le média, il est de plus en plus instrumenté
et perd le recul nécessaire face à la lecture de l’horreur ou de
l’histoire du monde.
Our work allows the observer to rethink and grasp the
meaning of the image, even though this implies going
through a shock reaction. Much too often, people read the
legend but seem to miss the essence to be found in the
image’s raw nudity.
Nos œuvres permettent au spectateur de ré-apprendre à s’accaparer l’image même si celà
doit passer par un choc. Très souvent, les
gens lisent les légendes des images
mais passent à côté de l’essentiel
qui est l’image dans sa nudité
insolente. C’est donc un nouveau code de lecture que
nous proposons au spectateur qui se prend lui
même en charge et qui
peu à peu prend conscience du monde qui
l’entoure, décontextualisé des networks.
Warhol was certainly a precursor and
many have followed into his footsteps
by using other people’s images and
interrogating press imagery,
therefore transforming the
image into a work of art.
DEMEUREDUCHAOS.ORG
Warhol est un précurseur mais bien
d’autres lui enclenchent la “voie” en
utilisant des images
“prises” par d’autres,
et en interrogeant
l’image de presse,
changeant par là-même
le statut de l’œuvre d’art.
Lorsque l’on pousse le
raisonnement plus loin, les
images nous forcent à créer des
analogies : lorsque l’on parle des
émeutes des banlieues en octobre
2005 en France, on parle d’intifada parce
qu’un bus qui brûle à Gaza ressemble à un bus
qui brûle à Clichy. Au regard de la France, le romantisme des ruines est “global / universel” ? : à la fois planétaire et
hyper-local. C’est cette vision de “glocal” que nous retranscrivons dans nos œuvres. La prophétie de Mc Luhan s’est bien accomplie : nous sommes dans le village global devenu “glocal”
mais certainement pas dans le meilleur des mondes.
Our spectators are relearning how to read images in a society
where each of us, through the use of cell phones and digital
cameras, are becoming our own reporters. Facing the thousands of images invading our daily lives and taking a certain
few to transform them into works of art allows us to mark
time and rediscover the fabulous imagination which photography has brought to human relations. Listening to people
comment on “delegendized” photographs is highly fruitful.
Il est désormais temps que le public acquière des échelles de
valeur lui permettant de s’approprier l’image et d’en mesurer sa portée sans être assisté par les médias. Nos œuvres ne
prennent pas de position, elles sont avant tout un discours
sur l’image et comment la décrypter au XXIe siècle. Supprimer le média, c’est enlever la tutelle d’une autorité médiatique qui lui modèle son regard alors qu’il s’agit de l’ima-
50
51
ph. Marc del Piano
Following this line of
reasoning, images have
the capacity to make
us create analogies.
Looking back at the
riots of October 2005
in the suburbs of
Paris, Intifada comes
to mind because a
bus buring in Gaza is
no different than
a burning bus in Clichy. The romanticism
of ruins is perhaps
global,
universal?
Simultaneously
planetary and hyper-local.
It is this vision of “glocal”
that we are retranscribing .
Mc Luhan’s prophecy has definitely been realized: we find
ourselves in a global village having
become glocal but certainly not in the
best of worlds. It is time now for the general public to establish its own value system,
to size an image and measure its impact without the
assistance of the media. Our works do not take stances but
rather offer means to decipher and analyze images in the XXI
century. To suppress the media means to remove the supervision of its authority, freeing the imagination.
52
vers la lumière, des extra-terrestres par le
côté difforme des têtes prises dans l’objectif. Cette même photo va elle aussi faire
la une de toute la presse mondiale. Nous
avons retenu des spectateurs “auxquels”
le dé-légendage redonne à l’image sa dramaturgie occultée précédemment par la
profusion des commentaires.
I remember this one particular photo taken in the London subway system where
the crowd wanders through its tunnels.
Most people saw in this image a religious
vision of a mass converging towards light,
others, alien like beings with their craniums
distorted by the lens. This picture will also
grace the covers of all international press.
La Demeure du Chaos pourrait être une Through a profusion of comments from our
agence de presse en temps réel, témoin de spectators we can attest that delegendison siècle où d’œuvre en oeuvre on lit ou zing gives the images its lost occult drama.
on relit l’histoire dé-légendée. Ce parcours
est atypique et constitue à lui seul un des
dispositifs “artistiques” des œuvres de La
Demeure du Chaos.
53
The Abode could very well be a real time
press agency, a witness of this century,
where one can read through a flow of
art works, the delegendized history. This
journey is atypical and constitutes alone
one of the artistic approaches of the
Abode of Chaos.
ph. Marc del Piano
DEMEUREDUCHAOS.ORG
ginaire. Nos spectateurs ré-apprennent à
lire l’image dans une société où chacun de
nous, par l’intermédiaire de portables ou
de numériques, sera son propre photographe reporter. Devant ces milliards d’images qui envahissent notre vie, s’arrêter sur
certaines d’entre elles et en faire des œuvres d’art permet de marquer le temps et
de redécouvrir l’imaginaire fabuleux que
la photo a amené dans les échanges humains. Il est intéressant d’écouter les spectateurs décrire ou commenter des photos
“dé-légendées”. Je pense à cette photo
prise avec un mobile dans le métro de Londres lorsque la foule part errante dans les
couloirs du tunnel londonien. La plupart
des spectateurs a vu dans cette image une
vision religieuse d’une foule qui converge
DEMEUREDUCHAOS.ORG
54
ph. Marc del Piano
55
DEMEUREDUCHAOS.ORG
56
ph. Marc del Piano
57
DEMEUREDUCHAOS.ORG
58
ph. Marc del Piano
59
DEMEUREDUCHAOS.ORG
60
61
Chaos [kao] n.m (gr.khaos).
© Le petit Larousse illustré
1. philos. Confusion générale des éléments de la matière, avant la création L’Opus Magnum
du monde. - Fig. Désordre épouvanta- Se référant à l’œuvre divine de la création
ble, confusion générale.
et au plan du salut qui lui est inhérent, on
2. geomorph. Amas de blocs qui se consti- appelle le processus alchimique le “Grand
tue dans certains types de roches (grès, Œuvre”. L’opus part d’une mystérieuse
matière première, nommée materia prima
granite) sous l’action de l’érosion.
3. math. Théorie du chaos : Théorie étu- où les parties contraires, encore isolées,
diant les phénomènes dans lesquels in- s’opposent violemment, mais qu’on intétervient le hasard, mais qui présentent grera petit à petit et qu’on mènera à l’état
des régularités pouvant être décrites de parfaite harmonie sous la forme de la
“pierre philosophale” ou lapis philosophomathématiquement.
rum : “tout d’abord, nous unissons, puis
4. phys. Etat physique dans lequel on ne nous putréfions, nous dissolvons ensuite
perçoit aucun ordre.
ce qui a été putréfié, nous purifions ce qui
Chaos déterministe : état désordonné d’un a été dissolu, nous réunissons ce qui a été
système dynamique résultant de l’action purifié et nous le coagulons. Et c’est ainsi
que l’homme et la femme sont un.”
de forces où le hasard n’intervient pas.
(Büchlein vom Stein der Weisen, 1778)
chaos[key-os]–noun
1. a state of utter confusion or disorder;
a total lack of organization or order any
confused, disorderly mass.
2. The disordered state of unformed matter and infinite space supposed in some
cosmogonic views to have existed before the ordered universe.
Opus magnum
In reference to the divine work of creation
and the plan of salvation within it, the alchemistic process was called the “Great
Work”. In it, a mysterious chaotic source
material called materia prima, containing
incompatible opposites and in violent
conflict, it is gradually guided towards a
redeemed state of perfect harmony, the
healing “Philosophers Stone” or lapis philosophorum: First we bring together, then
we putrefy, we break down what has been
putrified, we purify the divided, we unite
the purified and harden it. In this way One
is made from man and woman.
“Il faut beaucoup de chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse !”
Friedrich Nietzsche
4. (physics) a dynamical system that is
extremely sensitive to its initial conditions
(Buchlein vom stein der Weisen, 1778)
5. (Greek mythology) the most ancient of Alchemy and Mysticism copyright Taschen
gods; the personification of the infinity “One needs a lot of chaos within to give
of space preceding creation of the uni- birth to a dancing star” Friedrich Nietzsche
verse
6. (mathematics) A dynamical system that
has a sensitive dependence on its initial
conditions.
7. (obsolete) a chasm or abyss
62
63
ph. Marc del Piano
DEMEUREDUCHAOS.ORG
3. The behavior of systems that follow deterministic laws but appear random and
unpredictable. Chaotic systems very
are sensitive to initial conditions; small
changes in those conditions can lead to
quite different outcomes.
Alchimie & Mystique - Le Musée hermétique - Copyright
©Taschen
DEMEUREDUCHAOS.ORG
64
ph. Marc del Piano
65
DEMEUREDUCHAOS.ORG
ENTRÉE LIBRE RÉSERVÉE À UN PUBLIC ADULTE ET AVERTI. POUR CHAQUE
PERFORMANCE, NOUS SOMMES LIMITÉS À UN NOMBRE RESTREINT DE
PARTICIPANTS. L’ABSORPTION DE LA PILULE DDC AINSI QUE SON ÉCHOGRAPHIE
CONSTITUENT VOTRE LAISSER PASSER OBLIGATOIRE POUR DISPARAÎTRE DANS
LE MONDE DE LA BORDERLINE BIENNIAL. LA BORDERLINE BIENNIAL
SE REFUSE À UN PROGRAMME, LES SEULS MOTS SERAIENT :
APPARITION, ANNONCIATION, AVÈNEMENT, COMMENCEMENT, CRÉATION,
ÉCLOSION, ÉMERGENCE, ÉPIPHANIE, ÉRUPTION, ESPRIT, ÉVOCATION,
EXPLOSION, FANTÔME, FORME, HALLUCINATION, IRRUPTION, MAGIE,
MANIFESTATION, PMD, SPECTRE, THÉOPHANIE, VENUE, VISION…
66
67
DEMEUREDUCHAOS.ORG
68
ph. Marc del Piano
69
DEMEUREDUCHAOS.ORG
70
video Alexandre Cardinali
71
73
ph. Ingrid J.
ph. Marc del Piano
DEMEUREDUCHAOS.ORG
72
DEMEUREDUCHAOS.ORG
74
ph. Marc del Piano
75
DEMEUREDUCHAOS.ORG
76
ph. Marc del Piano
77
La Demeure est une bombe, lenteur de son
explosion qui se propage dans tous les interstices de la réalité.
La Demeure est l’estomac du rêve ; les formes
disparaissent, elles se mettent à hurler, à être
digérées par le chaos.
Il n’y a pas de sculpture, de beauté, l’harmonie froide des anciens mondes. Il n’y a plus de
corps ni d’architecture. Il n’y a plus de monde
ni de lois. L’invention du monde, l’invention
des lois.
La Demeure retient la réalité entre les mâchoires de sa folie.
Regardez les visages tuméfiés de Ben Laden,
Gandhi, Castro et Jésus. Tout. Absolument
tout est à réinventé. A étreindre. A aimer.
Notre mémoire est morte. Nous avons oublié
les anciennes matrices, splendides femmes
qui ont enfanté ce monde en devenir.
La vie n’est rien d’autre que vitesse ou fixation
depuis la pierre jusqu’à la bombe, aux cellules,
aux corps modifiés qui hantent nos interminables nuits. Cicatrices et lambeaux de peaux
accrochés sur tous les murs de la Demeure.
The Abode is a bomb, slow detonation propagating in all interstices of reality.
The Abode is the stomach of the dream; shapes disappear within, screaming and distorting, digested by chaos.
The Abode captures the reality in the jaws of
its insanity.
Take a look at the tumid faces of ben Laden,
Gandhi, Castro and Jesus. Everything. Absolutely everything is here to be reinvented,
be extinguished, be loved. Our memory
is dead. Forgotten our primary matrices,
splendid women who gave birth to the
world becoming.
Life is nothing but movement and stillness,
from stone to bomb ages, from cells to this
modified body that haunt our endless nights.
Scars and shreds draping the walls of the
Abode of Chaos.
78
79
David Defendi
ph. Ingrid J.
DEMEUREDUCHAOS.ORG
ph. Marc del Piano
No more sculpture, no more beauty, features of the cold harmony of ancient worlds.
No more bodies nor architecture. No more
world nor laws. Birth of a new world and
new laws.
DEMEUREDUCHAOS.ORG
80
ph. Marc del Piano
81
par Ron Hathey
Dans le solo “Ecstatic”, j’explore des éclats dissociés, masqués par
une perruque blonde.
D’abord, il y a une révélation : ce qui a été caché, ce sont des blessures ouvertes (comme dans la blessure de Philoctete qui ne cicatrise pas; ou encore comme celle de Chiron le centaure guérisseur
blessé).
Puis l’action : la plaque de verre (dont la fonction tient à la fois du
miroir et de la fenêtre) est “peinte” du sang qui coule de mes blessures ouvertes sur le front.
Enfin, la mise en scène de la pulsion de mort dans laquelle j’utilise
deux plaques de verre d’abord comme des lames de guillotine,
puis comme le couvercle d’un cercueil de verre.
DEMEUREDUCHAOS.ORG
La fin de la scène est la continuation du thème qui consiste à présenter mon corps comme un cadavre vivant.
The death drive manifests itself,
though in radically different
guises, in both versions of jouissance. To the extent that jouissance, as fantasmatic escape
from the alienation intrinsic to
meaning, lodges itself in a given
object on which identity comes
to depend, it produces identity
as mortification, reenacting the
very constraint of meaning it
was intended to help us escape.
But to the extent that it tears
the fabric of Symbolic reality as
ph. Alexis Morel
82
ph. Marc del Piano
we know it, unraveling the solidity of every object, including
the object as which the subject
necessarily takes itself, jouissance evokes the death drive
that always insists as the void
in and of the subject, beyond
its fantasy of self-realization,
beyond the pleasure principle.”
— Lee Edelman, No Future:
Queer Theory and the Death
Drive.In this solo performance,
“Ecstatic,” I explore Dissociative sparkle, concealed by a
blonde wig. There is a reveal,
what has been concealed are
open wounds (as in Philoctetes wound that won’t heal; or
Chiron, the wounded healer).
Then action: the glass (which
ph. Alexis Morel
83
L’exploration du thème a commencé dans le final de ma performance théâtrale Martyrs
& Saints (1991), dans laquelle je m’exposais en Saint-Sébastien martyr; l’exploration s’est
poursuivie durant la trilogie de cette performance. Dans le contexte spécifique de l’époque,
le thème s’est développée à partir de 1996 en collaboration avec Lawrence Steger. Dans “Incorruptible Flesh [In Progress]” (La chair imputrescible. Travail en cours), il a préparé mon
corps vivant pour figurer le remplacement d’un cadavre par de la chair vivante. Cela s’est
poursuivi dix ans plus tard à Glasgow et New-York, avec “Incorruptible Flesh [Dissociative
Sparkle]” (La chair imputrescible. Eclats dissociés), deux longues performances interactives
où ma chair intégralement huilée reposait immobile et où le public avait la possibilité de
toucher mon corps torturé.
Alors que “Incorruptible Flesh [In Progress]” est apparu comme une réponse à notre maladie, notre statut commun de séropositif (Steger est mort du sida depuis), et “Incorruptible
Flesh [Dissociative Sparkle]” comme un clin d’œil méditatif au syndrome du stress posttraumatic, “Ecstatic” est une action post-sida, jouant avec les cycles de la transcendance et
du nihilisme.
Pour cette performance, ma peau est teintée d’une nuance très artificielle et le préambule
(avec la perruque blonde) dégage à la fois de la chaleur et exprime une santé superficielle.
Le brossage compulsif est une référence au travail de Marina Abramovic’s “Art Must Be
Beautiful/Artist Must Be Beautiful” (1975). Ne pas révéler l’origine du saignement prend
son sens par la volonté de dégager l’action du piercing (et de l’empathie qui en résulte sur
la douleur ressentie) pour aller directement aux gouttes de sang provenant d’inexplicables
blessures non refermées.
Finalement, advient la réparation, avec les sons improvisés (sous les plaques de verre) qui
évoquent à la fois la glossolalie religieuse et le râle du mourant. La pose soutenue avec les
lourdes plaques de verre en équilibre sur la tête rappelle l’image du cadavre vivant exposé.
This started in the finale of my theatrical
performance Martyrs & Saints (1991), in
which I displayed myself as the martyr St.
Sebastian; this continued through that
trilogy of theatrical performances. More
specific to this context, it was developed
in the collaboration from 1996 with the late
Lawrence Steger, “Incorruptible Flesh [In
Progress],” wherein he prepared my living
body as a stand-in for a dead body with
living flesh. This continued 10 years later
in Glasgow and New York City, with an interactive durational performance wherein
the audience was allowed to touch my
tortured and well-oiled flesh, “Incorruptible
Flesh [Dissociative Sparkle].”
While Incorruptible Flesh [In Progress] was
developed as a response to our illness, our
shared HIV status (from which Steger died),
and [Disassociative Sparkle] as a meditative
nod to post traumatic stress syndrome,
“Ecstatic” is a post-AIDS action, playing with
cycles of transcendence and nihilism. For
this performance my skin is bronzed with
a very artificial tone, and the pre-set with
honey-blonde wig, exude both warmth and
superficial health; the repetitive brushing is
also reminiscent of Marina Abramovic’s “Art
Must Be Beautiful/Artist Must Be Beautiful (1975). Not revealing the source of the
bleeding is meant to remove the action of
piercing (and the empathy of feeling the
pain), and go straight to the unexplained
open wounds and bloodletting. Finally, the
spare, improvised vocals (from under the
glass) evoke both glossalalia and the death
rattle. The sustained pose with heavy glass
balanced on the head returns to the image
of the displayed living corpse.
84
85
ph. Marc del Piano
DEMEUREDUCHAOS.ORG
functions as both mirror and window) is
“painted” in blood from these head wounds,
and then a death drive action, in which I
used to two sheets of glass like blades from
a guillotine, ending up like a glass coffin-lid.
For my body, this ending is the continuation
of a theme, of presenting my body as a living corpse.
Le souffle au corps
Philippe Liotard, sociologue
3 novembre 2007
J’en suis resté le souffle coupé.
Ron Athey s’est produit à La Demeure du
Chaos dans le cadre de la Borderline Biennal, concluant une série de performances
mettant le corps au centre. De l’événement
restent des images : avant la chair sanguinolente et imputrescible de Ron Athey,
l’apparition de Marie, blanche sur un cheval
blanc au milieu de la nuit, avait inauguré le
voyage. Deux images, deux corps nus dans
une même nuit. Un corps blanc, évanescent, passant comme dans un rêve. Un corps
rougi, saignant, évoquant un cauchemar.
DEMEUREDUCHAOS.ORG
Les images qui restent de ces corps ne sont
que des images. Elles peuvent être fortes,
belles, émouvantes, angoissantes, agaçantes. Comme toutes les images, une fois diffusées, elles ont leur propre vie. Bien après
le spectacle, les corps affichés des performances passées produisent des réactions.
Parmi elles, figurent des marques d’incompréhension ou des jugements spontanés.
Car la circulation des images suit le flux
des médias et engendre la fluctuation des
significations.
Le visage ensanglanté découvert par sa
perruque blonde et le corps tatoué de Ron
Athey sont sortis du bunker où il a joué sa
pièce. Le visage, le sang, le corps s’affichent
sur les écrans des moniteurs, s’impriment
dans la presse, ouverts à toutes les interprétations. A ces images, il manque pourtant quelque chose. Pas un commentaire,
pas une explication – bien que la lecture
du projet esthétique de Ron Athey puisse
éclairer son œuvre – mais l’épaisseur de la
chair, le souffle de son corps habité, bref, la
présence au monde. Les vidéos elles-mêmes en restent à la superficialité de l’acte.
La présence corporelle de l’artiste dont le
corps est mis en souffrance diffuse au corps Breathless
des spectateurs physiquement présents
une émotion sur laquelle ils ont peu de
prise, une émotion proprement incarnée.
L’image aussi est productrice d’émotions,
mais aucune image ne peut traduire
l’échange entre le corps de Ron et celui des
I was left breathless.
spectateurs, et le partage émotionnel qui
a uni entre eux les spectateurs rassemblés Ron Athey participated in the Borderline can translate the emotion that unites the
Biennal at the Abode of Chaos, concluding performer and its public, for this emotional
dans l’intimité du Bunker.
C’était une performance de la Borderline
Biennal. Borderline qui signifie en langage
psychiatrique “au bords de la folie” ou quelque chose d’approchant. Pourtant il y a une
différence majeure entre la mise en scène
d’une personnalité borderline en proie à
une souffrance qu’elle exhibe et la performance de Ron Athey : la distance au rôle.
Si son corps paraît malmené durant la performance, il n’est pas maltraité, si la scène
montre un corps souffrant, Ron Athey joue
la souffrance, même si son interprétation
trouve son origine dans des souffrances
réelles qu’il a endurées.
a series of performances focusing on the
body. From this event remains images:,
the apparition of a white Mary on a white
horse, just before Ron Athey’s bloody incorruptible flesh, inaugurated this journey.
Two images, two naked bodies in one same
night. One, white dreamlike and evanesent,
the other red and sanguinolent evoking a
nightmare.
These images can be strong, beautiful,
moving, distressing or provoking. Like all
images, once broacasted, they take on
diffferent meanings. Long after the performance these displayed images linger
and trigger reactions, such as signs of
incomprehension and spontaneous judgment. Following the flow of the media, the
circulation of the images elicit fluctuations
of opinions.
Là, sur scène, l’artiste est à distance de son
propre corps qu’il implique pourtant totalement. Il ne risque pas de se détruire. Dans
la distance artistique, même s’il va très loin,
même s’il paraît être aux limites… il sait où
The bloody face unconceiled by his blond
il est.
A l’issue de sa courte performance, Ron
est assis, essouflé. Il esquisse un sourire.
Son regard se pose sur les gens autour ; il
a donné, il s’est donné, le public a reçu. Les
spectateurs ne parviennent pas à le quitter.
Un léger mouvement est perçu, comme si
le public voulait désormais l’envelopper,
comme si quitter l’espace au centre duquel
trône Ron était un déchirement. Une jeune
femme demande avec douceur aux gens de
sortir. Elle sait que l’artiste Athey a laissé la
place à Ron, que le spectacle est terminé,
qu’il a besoin de souffler.
wig and the tattooed body of Ron Athey
leave the bunker where he performed. The
body, the face and the blood are revealed
on computer screens, printed in news papers and open to all interpretations but
images often remain superficial, wether
still or in motion. To these images, something is missing. Not a comment or explanation- even though some kind of knowledge
on Ron Athey’s esthetic project is helpful
in order to further understand the artist’s
work -but rather the depth of the flesh,
the breath of the body, its presence to the
world. It is this physical presence, both the
artist’s and the spectator’s, that allows the
transfer of emotions conveyed by a body
put to test through suffering. No image
ph. Lukas Zpira
86
87
bond becomes incarnate and palpable in
the intimacy of the bunker.
It all took place at the Borderline Biennal. In
its psychiatric definition, borderline means
“on the verge of insanity”. But there is a
fundmental diference between the representation of a borderline personnality tormented by anguish which is exhibited and
Ron Athey’s performance: the distance
between him and his character. During the
performance the body might seem abused
but it is not harmed. The scene might show
a suffering body but Ron Athey plays a part
even though inspired by real and painful
personal experiences.
There on stage, the artist is distant, his
body far away yet completely involved. The
artistic distance allows him to go further,
to push the bounderies and remain whole
and secure, for he knows where he stands.
The performance has come to an end, Ron
is sitting and breathless, a smile appears
on his face. His eyes wander about, looking
at the people surrounding him; he gave
himself, the public received. The spectators are barely able to leave him. A gentle
movement is perceived, gathering closer,
the public seems to want to envelop him.
Leaving the space where Ron is throning
is almost painful. A young woman speeks
softly, asking the spectators to leave
She knows the artist Athey gave way to
Ron, the performance is over, he needs to
breath.
DEMEUREDUCHAOS.ORG
“C’est naturellement que nous
avons trouvé notre place dans
la Demeure car nous sommes
part du chaos. A croire qu’elle fut
construite pour nous”
Il n’y a aucune déviation, là que
la contre-nature est impossible.
Que l’on n’échappe pas à la culture. Que la contre-culture est
un leurre.
Ne reste que l’élan. Tenter de résister au dressage.
Notre théâtre est un théâtre pour
les corps. Un rite sans gnose et
sans idéologie. Nos gestes sont
ceux de barbares sans dieux. Nos
rites semblables à ceux de l’anorexique. Compulsifs et impertinents. Obsessionnels.
Sombres car c’est là que se terre
la lumière comme une renarde
affamée. La lueur de la grâce.
Une grâce furtive. Ephémère
comme notre art.
De ce contraste doit naître une
photographie prévue pour hanter vos esprits. Une image qui
aura le goût du familier, le goût
du sacrilège, de l’inavouable, de
l’inavoué. Si cette photographie
ne parvient pas à naître, alors
c’est que vous avez détourné le
regard ou que nous n’avons pas
parlé.
Nous allons nous/vous déshabiller.
Seule chose que nous sachions
faire. Nous mettre à nu.
Montrer l’imperfection de nos
formes. Notre froid. Le drame
intime de notre quotidien. Nos
chairs ne sont pas abusées par
autre chose qu’elles-mêmes et
une relation implacable à la matière. Le béton, le métal, les polymères, la terre, l’eau et le feu.
Ailleurs, il y a l’accointance avec
la bouffe, cette bouffe éternelle.
Une accointance avec le sexe et
l’humus, avec la carne. La carcasse inerte d’un cochon mort.
Ici, tout dégorge en trop plein
avec la beauté de l’enfer, la sen-
sualité fictive du vinyle.
Point d’incision, ni de lame, ni de
scalpel, seul le drame de l’impossibilité d’être.
La vanité de toute existence,
comme la vanité de toute tentative d’évasion.
Ne reste que la possibilité d’un
simulacre. D’un rite encore.
Ici les héros sont vous, toi, moi.
Il, Elle.
Ici les héros sont l’inavoué jeté
en pâture.
Nos cicatrices sont faites de
souvenirs, de désirs perdus, de
défaites.
Nos instants jetés à la gueule
des lions. Nos instants battus en
retraite.
Nos instants acculés à être suspendus à la surface muséale du
quotidien.
Nos instants comme autant de
faits divers.
Et toujours il est question de
nous, toi, moi. Il, Elle.
Nous avons choisi les containers,
comme on choisit un habitat
d’un soir et faire de nos corps des
marchandises à consommer.
Violez nous car nous sommes
offrandes. Bouffez nous car la
viande est bonne, nos pleurs,
nos chocs sont bons, notre sueur,
nos tremblements. Tout est là
pour vous réchauffer. A nos côtés vous êtes frères, sœurs, amis,
amantes.
Bouffez nous car nous ne valons
guère mieux et aucun autre
choix ne nous est promis.
Je crois qu’il est important de
revenir à ce point de départ :
nos gestes, nos actes, nos élans
comme autant de pantomimes
impies. Une incantation qui
réclame l’impossible, car nous
voulons l’impossible et nous le
voulons maintenant.
Les sexes brûlants du manque
de quelque chose d’essentiel.
Nous sommes boulimiques, ma-
niaques, capricieux, désespérés.
Et toujours cette putain de tristesse.
Et toujours ce bordel, ce brouhaha et ces lumières qui empêchent de voir ta bouche.
Happez nous du regard.
Quoi de plus dramatique que
la perte du sommeil. Regardez
autour de vous, pouvons-nous
dormir vraiment ?
Notre déesse est celle des chevaux et des loups, celle de la folie
et de la croisée des chemins.
Possédés par les spectres nos
corps sont pris par la danse de
Saint Guy.
Ce dont nous parlons c’est de
nos divorces, de nos rancoeurs,
de notre impudeur, de nos désirs, de nos manques, de notre
inconstance, de nos blessures,
de notre enfance, du temps qui
passe et de nos barbaques qui
pourrissent à la face de l’abîme.
Une nuit sans firmament.
Notre poésie. Brutale. Car la poésie est toujours brutale. Comme
le serait une amante jalouse.
There’s
no
escape
ODM / Materia Prima
“We easily made this place ours,
in the heart of the Abode because we are part of the chaos.
As if it was been built especially
for us.”
Going against nature is impossible, we cant avoid culture.
Counter- culture is an illusion. To
take the leap, to resist dressage
is all that’s left.
Our representations are representations for bodies. An agnostic ritual, free of ideologies. Our
gestures are barbaric and godless. Our rites resemble ones of
an anorexic, compulsive, absurd
and obsessive.
Dark and somber because it is
where light hides like a hungry
vixen. The glow of grace, a furtive glow that is, as ephemeral
as our art. From this contrast
should emerge a photograph,
there to haunt your memory.
An almost familiar image, tainted with sacrilege and secrecy.
If this image doesn’t appear
before you it is because you’ve
either turned your back or
we’ve not spoken.
We’ll undress you, undress ourselves. It’s the only thing we can
do. Be exposed, naked. To show
the imperfections of our forms.
Our coldness.
The intimate drama of our daily
lives.The implacable relation to
concrete, steel, polymers, earth,
fire, water and flesh, is what
abuses flesh.
Then comes the grub. The eternal food. The acquaintance with
humus sex and carne.
The inert carcass of a dead pig.
Here it all overflows with the
beauty of hell, the fictive sensuality of vinyl.
No incisions, blades or scalpels,
only the impossibility to be.The
vanity of existence, like the vanity of attempting to escape.
Only the possibility of a simulation is left. Or maybe a ritual.
Here the heroes are you and me.
He and she.
The heroes are the unavowed.
Our scars are made of memories, lost desires and failures.
Our instants are like morcels of
food tossed into the mouths of
lions.Our instants are retired.
Our instants condemned to
hang to the banal surface of the
ph. Lukas Zpira
88
89
mundane.Our instants becoming miscelleneous news. It’s all
about us, you, me. He, she.
We chose the containers as we
would’ve chosen a refuge, our
bodies turned into merchandise
to be consumed.
Rape us for we’re offerings. Devour us for our meat is good,
our tears, sweat and tremors
are all good. It’s all there to feed
you.Brothers, sisters, friends
and lovers.Hurry up and eat us
for its all we’re worth, we’ve not
been given any other choices.So
let’s go back to the beginning:
our every move and actions are
impious mimes.
An incantation claiming the
impossible, for we want the impossible right here, right now.
The sex organs burning of needs
and desires. We are bulimic, maniac, capricious and desperate.
A bloody mess and always this
damn sadness.All these bright
lights make it impossible to see
your mouth. Go ahead and take
it all in with your eyes.
What’s more dramatic than the
loss of sleep? Look around and
tell me can we really rest?Our
godess is the godess of insanity,
of horses and wolves, showing
paths of possibilites.
Our bodies posessed by spectres, shaken by St-Vitu’s dance.
What we’re talking about here
is our divorces, our rancor, our
immodesty, our desires, needs
and inconstancies, our wounds
and childhood, of time elapsed
and our carcasses slowly rotting away, dragged down into
the abiss. A skyless night. Our
poetry. Brutal. For poetry is
always brutal. Like a jealeous
lover.
DEMEUREDUCHAOS.ORG
90
ph. Marc del Piano
91
DEMEUREDUCHAOS.ORG
92
ph. Marc del Piano
93
ph. Sydney Ehrmann
Chaos may have been born in an empty sky above the wall of lametantions,
Or perhaps on top of a wall in China, in Berlin or elsewhere,
It lives in a mirador
Whithin the cold walls of a prison
In deathrow’s corridor.
Chaos is a man lost when godless
Promethe’s calvary;
Surely chaos lives hidden deep in the heart of man…
Able to change his child into a slave
Or a warrior,
His wife into a whore
Or a human shield;
It is the blood that sceals the stones of the cathedrals
The blood that was shed from the peaks of pyramids.
Chaos is a stray bullet in Sarajevo
That ends up in someone’s head in Africa,
Some guy forgotten in Guantanamo
A kid screwed for cash.
Chaos is a government stealing our bodies;
It is the uncertainties of powers.
Chaos is neither good nor bad
For the world is not binary,
It is neither a beginning, nor an end…
Chaos is a black hole
That can only be observed by the non-accomplice,
Therefore designating us as terrorists,
It is a quantum void whose hackers are virtual particles,
It is materia prima,
The field of possibilities.
Chaos is born is the interstices of a world under control;
It is order that creates chaos.
Lukas Zpira. Amsterdam
94
95
ph. Marc del Piano
DEMEUREDUCHAOS.ORG
Le chaos est peut-être né dans un ciel trop vide au-dessus du mur des lamentations,
A moins que ce ne soit sur une muraille en Chine ou ailleurs ;
Il vit en haut d’un mirador
Dans les murs froids d’une prison
Dans un couloir de la mort.
Le chaos c’est l’homme qui ne peut se passer d’un Dieu pour le guider,
C’est le foie de Promethée
Nul doute que le chaos vit tapit dans le coeur des hommes…
Capable de changer leurs enfants en esclaves
Ou en guerriers,
Leurs femmes en putains
Ou en boucliers ;
Il est le sang qui scelle les pierres des cathédrales
Celui qui coula du haut des pyramides.
Le chaos, c’est une balle perdue à Sarajevo
Que l’on retrouve dans une tête en Afrique,
Un mec oublié à Guantanamo
Une mome qu’on baise pour du fric.
Le chaos c’est l’état qui s’approprie nos corps,
C est l’incertitude des pouvoirs,
Ce n’est ni le mal ni le bien
Car le monde n’est pas binaire,
Il n’est ni un début, ni même une fin…
…C’est un trou noir
Que l’on ne peut observer que si l’on n’est pas complice,
Ce qui par essence fait de nous des terroristes ;
Le chaos est un vide quantique dont les pirates sont les particules virtuelles,
C’est la Materia Prima
Le champ des possibles.
Le chaos naît dans les interstices d’un monde sous contrôle…
…C’est l’ordre qui crée le chaos.
DEMEUREDUCHAOS.ORG
96
ph. Lukas Zpira
97
DEMEUREDUCHAOS.ORG
98
ph. Lukas Zpira
99
DEMEUREDUCHAOS.ORG
100
ph. Lukas Zpira
101
DEMEUREDUCHAOS.ORG
102
ph. Marc del Piano
ph. Lukas Zpira
103
DEMEUREDUCHAOS.ORG
104
ph. Lukas Zpira
105
DEMEUREDUCHAOS.ORG
106
ph. Lukas Zpira
107
DEMEUREDUCHAOS.ORG
108
ph. Lukas Zpira
109
DEMEUREDUCHAOS.ORG
110
ph. Marc del Piano
111
DEMEUREDUCHAOS.ORG
112
ph. Marc del Piano
113
DEMEUREDUCHAOS.ORG
114
ph. Marc del Piano
115
DEMEUREDUCHAOS.ORG
116
ph. Marc del Piano
117
DEMEUREDUCHAOS.ORG
118
ph. Marc del Piano
119
DEMEUREDUCHAOS.ORG
120
ph. Marc del Piano
121
Le Temple de
St-Romain-de-Couzon
1630-1685
In 1630, the Archbishop of Lyon, having acquired the village of Oullins, banned the reformed cult. Another location was then seeked
in order to build a temple. The location of St-Romain-de-Couzon
was designated to this effect without taking into consideration
the complaints of the people concerned with the difficulty of access and its far distance from Lyon. This locality was chosen for
its nearby parish that did not depend on a clergy. The temple was
built near the “impasse de la Croix” (dead-end of the cross). Up
until the last century, its gate was still visible. The first service
was celebrated on august 12th 1630. St-Romain-de-Couzon is now
called St-Romain-au-Mont-d’Or.
Selon un état dressé par les pasteurs en 1651, la communauté protestante aurait compté 160 foyers soit 870 personnes, essentiellement marchands et riches artisans, des notables donc, bien qu’il y
ait aussi des petites gens. Elle comprenait, outre les Lyonnais, des
Suisses et des Allemands.
According to a statement of the clergymen dating from 1651, the
protestant community included 160 homes hosting 870 inhabitants, essentially made up of merchants, rich craftsmen and notables but also simple villagers, some Lyonnais, Swiss and Germans.
Parmi les personnalités intellectuelles de l’époque, on peut citer
le médecin Jacob Spon, issu d’une famille originaire d’Ulm mais
établie à Lyon au milieu du XVIe siècle, auteur d’une controverse
théologique par correspondance avec le Père La Chaise. Il émigra
en raison de la Révocation de l’Édit de Nantes pour aller mourir à
Vevey en Suisse.
Doctor Jacob Spon, a major intellectual player of that time, originating from Ulm but established in Lyon since the middle of the
XVI century, was the author of a theological controversy in correspondence with Le Pere la Chaise. At the time of the Edict of
Nantes dismissal, he emigrated and died in Vevey, Switzerland.
On February 3rd 1659, the Archbishop Camille of Neuville founded
the Propagation of Faith (Propagation de la Foi) for the “instrucLe 3 février 1659, l’archevêque Camille de Neuville fonda l’œuvre de tion of all person of sex born into the protestant religion wanting
la Propagation de la Foi “pour l’instruction de personnes du sexe to embrace catholicism”. This was confirmed in 1677 under the
qui, nées dans la religion protestante, veulent embrasser la catholi- title of “Compagnie de la Propagation de la Foi”. Between 1659
que”. Cette création fut confirmée par lettres patentes en 1677 sous and 1682 it obtained 380 conversions in Lyon. This was to be
l’appellation de “Compagnie de la Propagation de la Foi”. Celle-ci reinforced by the establishing of a system of funds for converts,
obtint à Lyon 380 conversions entre 1659 et 1682. Son action fut that actually gave poor results. Endly the restrictions applied to
confortée par la mise en œuvre d’une caisse de conversion dont les numerous professions triggered many to convert and emigrate to
résultats furent des plus médiocres. Mais, ce fut surtout les restric- Switzerland or other country of “refuge”.
tions apportées à l’exercice d’un nombre de plus en plus grand de
professions qui gênèrent les protestants et commencèrent à partir
de 1680 à provoquer des conversions ou une émigration vers la
Suisse et les autres pays du “Refuge”.
122
Finally in 1685, eager to come to an end with protestantism, Louvois instructed in his letters to the bishop to urge them to “convert by deliberation” and threat them of using troops if necessary,
except the Swiss and Germans that “should not feel concerned”.
123
ph. Marc del Piano
DEMEUREDUCHAOS.ORG
The Temple of St-Romain-de-Couzon 1630-1685
En 1630, l’archevêque de Lyon, ayant fait l’acquisition d’Oullins, y
fit interdire le culte réformé. Il fallut donc rechercher un autre lieu
pour y construire un temple. L’emplacement de Saint-Romainde-Couzon fut désigné à cet effet sans tenir compte des plaintes
des intéressés relatives à l’éloignement par rapport à Lyon et aux
difficultés d’accès. Cette localité fut choisie parce qu’elle était la
paroisse la plus proche de Lyon qui ne dépendît pas d’un seigneur
ecclésiastique. Ce temple fut bâti près de l’impasse de la Croix et
son portail était encore visible au siècle dernier. Le premier office y
fut célébré le 12 août 1630. Saint-Romain-de-Couzon s’appelle, de
nos jours, Saint-Romain-au-Mont-d’Or.
Implementation in cities such as Paris, made it possible for the
city of Lyon to avoid persecutions by the government and Louvois was then able to thank the bishop. “It is with great joy that
the king learned with the letter you so kindly wrote on the 13th of
this month, the deliberation of the principal religionnaires of the
city of Lyon, respectfully yours…”
Consequently, the Edict of Fontainebleau dating from october
10th 1685 revoked by the Edict of Nantes, The Temple of St-Romain was demolished and the protestant cult forbidden.
© Histoire des Protestants à Lyon des origines à nos jours. Roland Gennerat
Editions Au Jet d’Ancre.
En conséquence de l’édit de Fontainebleau du 10 octobre 1685,
portant révocation de l’Édit de Nantes, le temple de Saint-Romainde-Couzon fut démoli et le culte protestant interdit.
© Histoire des Protestants à Lyon des origines à nos jours de Roland Gennerat.
Editions Au Jet d’Ancre.
124
125
ph. Marc del Piano
DEMEUREDUCHAOS.ORG
Enfin, en 1685, pressé d’en finir avec le protestantisme, Louvois
écrivit à l’archevêque de pousser “la plus grande partie des religionnaires de la ville de Lyon à se convertir par délibération” et
de les menacer de se “servir de troupes pour les y contraindre” si
nécessaire, mais “ceux qui sont suisses ou allemands” n’étaient pas
concernés. Ce qui fut fait, comme à Paris, de sorte que Lyon put
éviter des dragonnades que le gouvernement ne souhaitait pas
mettre en œuvre et Louvois put remercier ainsi l’archevêque : “Le
roi a appris avec plaisir, par l’addition que vous avez mise à la lettre
que vous avez pris la peine de m’écrire le 13 de ce mois, la délibération qu’ont prise les principaux religionnaires de la ville de Lyon,
que S. M. attribue à vos soins, et m’a commandé de vous assurer
qu’elle vous en sait beaucoup de gré. Je prends toute la part que je
dois à votre satisfaction et suis toujours avec respect…”
DEMEUREDUCHAOS.ORG
126
ph. Marc del Piano - video Eric Soudan
127
DEMEUREDUCHAOS.ORG
128
129
ph. Marc del Piano
PUBLILLICITE
DEMEUREDUCHAOS.ORG
130
ph. Marc del Piano
131
le | the
par thierry Ehrmann
Si La Demeure du Chaos possède
deux dimensions, une spirituelle
(l’Esprit de la Salamandre) et
une matérielle, artistique (La
Demeure du Chaos), elle a également deux avenirs. Le premier
est un avenir spirituel. Certains
ont évoqué la création d’une
nouvelle religion… Difficile après
la mort du Dieu nietzschéen.
Alors Idole, Icône, oui, comme
peut l’être l’œuvre d’art. Mais
il est vrai que, bien souvent par
contre, La Demeure du Chaos
a su anticiper les événements,
prédire, voir (rappelant le
Voyant rimbaldien) et prévoir.
If the Abode of Chaos has two
dimensions, one being spiritual
(the Spirit of the Salamander)
and the other material and artistic (the Abode of Chaos) and
therefore two futures. The first
is therefore a spiritual future.
Some have evoked the creation
of a new religion…Quite a difficult task after the death of the
nietzschean God. Idol, Icone,
yes, just as a work of art can
be. But on the other hand, it is
true that the Abode of Chaos
was often able to anticipate
some events, to foretell, see
and foresee. A sort of Pythie or
Sybille of Cumes, a mythologi-
cal character able to make us,
poor mortals, see our destiny.
It is also interesting to briefly
review metoposcopy. This art
of prediction by examining the
facial wrinkles, takes on a new
dimension within the Abode
of Chaos. Indeed, by rereading
contemporary history through
the portraits adorning the
walls, we give the observer the
possibility to read the future of
the world, and his own by the
way. On a more eschatological
level (couldn’t we also consider a anagogic analysis of the
Abode?) the question of death
and destruction of the Abode of
sion au sein de La Demeure du
Chaos. En effet, par la relecture
de l’histoire contemporaine au
travers des portraits qui ornent les murs, nous donnons au
regardeur la possibilité de lire
l’avenir du monde, et le sien par
la même occasion.
Pour revenir à une dimension
plus eschatologique (et ne
peut-on pas même envisager
une lecture anagogique de la
132
133
ph. Marc del Piano
DEMEUREDUCHAOS.ORG
de la Demeure du | of the Abode of
Elle est devenue une sorte de
Pythie ou de Sybille de Cumes,
un personnage mythologique
capable de montrer à nous
autres, pauvres mortels, notre
destinée. Intéressant aussi de
se pencher rapidement sur la
métoposcopie. Cet art de la
prédiction dans les traits du visage prend une nouvelle dimen-
DEMEUREDUCHAOS.ORG
Si l’on connaît le pouvoir prophétique de la Demeure, son
futur se dessinera sous l’emploi
de médias toujours plus en
accord avec leur époque. L’art
évolue avec son temps et a su
créer de nouveaux langages, de
nouvelles codifications. Ainsi,
La Demeure du Chaos, qui se
démarque par son aspect protéiforme et l’utilisation maîtrisée de “mixed media”, se tourne
plus que jamais vers l’expérimentation. On ferait nôtres ces
mots de Gene Youngblood “tout
art est expérimental sinon
ce n’est pas de l’art”. La vidéo
devient alors le prolongement
naturel d’une réflexion globale
sur notre monde et semble être
un outil des plus appropriés. La
dématérialisation de l’art rend
l’ascension vers le divin Ether
imminente. L’image filmée,
propagée à grande échelle via
les réseaux infinis du cerveau
contemporain qu’est devenu
l’Internet, sera réalité virtuelle.
En effet, l’Internet métaphore
du Divin si ce n’est le Divin
lui même ouvre pléthore de
portes à l’expression plastique
si bien que le “cyber art” n’en
est qu’à ses balbutiements. La
Demeure du Chaos deviendra
numérique ou ne deviendra
pas. Elle abolira ainsi les distances géographiques, dépassera la censure, deviendra
zone d’autonomie temporaire,
utopie pirate chère à Hakim
Bey, interactive et instantanée,
omnipotente et incontrôlable.
Ses sombres entrailles seront
toujours béantes, ouvertes à
qui voudra l’approcher, et recevront encore les artistes les
plus avant-gardistes, performers ou personnages mutants.
La Demeure du Chaos est en
perpétuelle expansion et sème
ses germes par-delà le monde.
Les bunkers s’établissent çà
et là en multiples de quartiers
généraux, nouveaux points de
ralliement, d’Est en Ouest. La
diffusion est lancée. La théorie
“artistique” du chaos, autodestructrice ou non, voit peu à peu
son Manifeste devenir réalité.
Quoi qu’il en soit, son extension
sera rhizomatique, complexe
et diffuse, soluble et dissolue,
se propageant comme un rétrovirus (contaminant diront
ses détracteurs) dans notre
environnement social et artistique. Enfin, se nourrissant du
Chaos (de l’actualité, du monde,
revenu à son état de nature
hobbesien d’“état de guerre
permanent”…), source intarissable de création, elle défiera
l’Infini.
Chaos, putting aside its juridical
acceptance, reminds us of the
delicate issue of immortality in
art. Will it be able to go through
centuries, to finally become a
protester monument?
We are aware of the prophetic
powers of the Abode, its future
will draw itself through the
medias that are always attuned with their current era. Art
evolves with its time and has
created new languages and
new codes. More than ever, the
Abode of Chaos, demarcating
itself for its protean aspect and
its mastered utilisation of mix
media, turns to experimentation. We will make ours these
words from Gene Youngblood
“all art is experimental, if it isn’t
it’s not art”. Video has become
a natural extension of a global
thought process on our world
and is a most appropriate tool.
The dematerialization of art
imminently brings us closer to
the divine Ether. A filmed image,
spread on a large scale through
the contemporay brain which
the internet has become, will
be our virtual reality.
and spreads its germs all over
the world. From east to west,
Bunkers are landing here and
there in a multitude of head
quarters and rallying points.
The broadcasting has now been
launched. The artistic theory of
chaos, autodestructive or not,
is slowly seeing its manifesto
becoming reality.
In either way, its extension
will be rhizomatic, complex
and diffuse, soluble and dissolute, spreading like a retrovirus
(contaminating its detractors)
in our social and artistic environment. Finally, feeding upon
chaos (of current events, of the
world gone back to its Hobbesian “state of permanent war”)
this inexhaustible source of
creation, will defy infinity.
Internet is actually a metaphor of the Divine not to say
the Divine itself, and opens a
plethora of doors for artistic
expression. Cyber art is slowly
emerging.The Abode of Chaos
will become digital, or won’t
become at all. It will therefore
annihilate all geographical distances, surpass censorship, and
become a temporary autonomous zone, a piratic utopia very
dear to Hakim Bey, interactive
and instanteneous, omnipotent
and uncontrollable. Its dark
entrails will remain gaping
for whoever wishing to enter,
always welcoming avant-garde
artists, performers, mutants
and creatures. The Abode of
Chaos is in constant expansion
134
135
ph. Marc del Piano
Demeure ?), la question de la
mort, de la destruction de La
Demeure du Chaos, si elle quitte un instant son acceptation
juridique, renvoie au délicat
problème de l’immortalité en
art. Sera-t-elle alors capable
de traverser les siècles pour
devenir un monument contestataire ?
DEMEUREDUCHAOS.ORG
136
ph. Marc del Piano
137
DEMEUREDUCHAOS.ORG
138
ph. Marc del Piano
139
DEMEUREDUCHAOS.ORG
140
ph. Marc del Piano
141
From an academic point of view the genesis of an artistic creation,
the maturing of the actual concept, recalls the ambitious stakes of
conceptual art, where the idea takes precedence over the action,
allowing art to become art.
According to Leonardo da Vinci, art is “cosa mentale” and any artist who favour disegno follows the notion of conceptual art.
What is conceptual in the project of the Abode of Chaos is
the tabling of the artworks in1999, even before their
creations, the works already existed. The first postulate was to transform a bourgeois mansion
into works of spirit.
Ce qui est conceptuel dans ce projet c’est le dépôt dès
1999 des œuvres. Avant même leur réalisation, les œuvres
existaient. Le postulat de départ étant de transformer un domaine
bourgeois en œuvres de l’esprit.
Pour Sol Le Witt par exemple, tout le cheminement intellectuel du projet a plus de valeur que l’objet présenté. Cependant, dans le processus des
œuvres, les différentes interventions quotidiennes permettent davantage de
matérialiser le concept.
DEMEUREDUCHAOS.ORG
Formellement, on peut penser à Gordon Matta Clark et à ses “Cuttings”, découpe
de formes et de volumes dans des bâtiments abandonnés. La volonté de libérer
les espaces d’habitation de leurs contraintes sociales et utilitaires semble également être un autre point commun avec cet artiste avantgardiste. On peut penser également au Japonais Tadashi Kawamata, pour lequel le couple déconstruction-reconstruction est infini
(Destroyed Church), ou encore à la redéfinition de l’habitat abordée
longuement par Dan Graham.
L’art conceptuel n’est qu’une influence, et n’est pas visible au regard
du travail. L’ensemble du projet se situerait plus, dès lors, dans l’idée
d’une “Gesamtkunstwerk”, où de la fusion organique des styles et des gestes artistiques doit renaître une expression dramatique. L’œuvre conceptuelle est bien cette manifestation d’une utopie marquée par le rêve de totalité. Il s’agit clairement
d’une œuvre mentale en constante expansion, un dispositif complexe.
For Sol LeWitt, the entire intellectual
development of the project has a much
greater value than the presented object.
Meanwhile, the daily interventions allow us
to further materialize the concept.
Let’s also mention the artist Gordon Matta
Clark, best known for his “Building Cuts”, a series of
works in abandoned buildings where he variously removed sections of floors, ceilings and walls. The desire to
free these living spaces from their social and utilitarian
constraints seem to be a common point of interest with
this avant-garde artist. Tadashi Kawamata’s “destroyed Church” where the deconstructionreconstruction duo is infinite is also a good
example. Or again Dan Graham’s redefinition of
habitat.
Conceptual art is an influence and is not visually observable. The project, in its globality could be described as a “Gesamtkunstwerk” or synthesis of the arts. Organic fusion of
styles and artistic gestures would give birth to dramatic expression. A conceptual piece is the
manifestation of utopia.
La déconstruction du bâtiment est rendue possible ici par l’ex-position de peintures et autres installations. Ce processus concret incarnant la matérialisation des œuvres, consistant à l’accumulation d’interventions, de signes, donne vie au projet tout en en développant
la partie la plus visible, la plus essentielle. La peinture elle-même se voit déplacée, elle n’a plus de cadre ni de limite. Chacune d’elles
It is clearly a cerebral work of art in constant expansion, a complex device. The deconstruction of the building is made possible by the ex-position of paintings and other installations. It is this concrete process, an incarnation of the materialization of
the works that consists in accumulating interventions, that gives life to the project, and help the development of the most essential and visual aspect of the experience. The paintings are themselves shifted and transformed, they are left frameless and without
bounderies. Each of them bringing different subjects but all relying on the same principle of diversion, a common practice of the 20th
Century, enabling reinterpretation of history without hierarchical organization. Quoting is another form of diversion that allows the
integration of the corpus of history. The reference to postmoderrnism is indispensable to comprehend the entirety of the works. “It is
bad thing to imitate what is bad and not wanting to imitate what is good.” (Democrite)
142
143
ph. Marc del Piano
D’un point de vue
formel, la genèse de la
démarche artistique, la maturation du concept lui-même,
rappellent les enjeux ambitieux de l’art
conceptuel où l’idée prime sur l’acte, ou
comment permettre à l’art d’être art. Puisque l’art est “cosa mentale” selon Léonard de
Vinci, tout artiste qui privilégie le disegno participe de l’art conceptuel.
amène un enjeu différent, mais toutes reposent sur le même principe de détournement, pratique courante
au XXe siècle permettant la relecture du passé sans hiérarchisation de valeur. La citation, une des formes du
détournement, est la possibilité nouvelle d’intégrer le corpus de l’histoire au sein d’une même démarche. La
référence au postmodernisme est ainsi assez indispensable à la compréhension de l’ensemble des œuvres.
“C’est une mauvaise chose que d’imiter ce qui est mauvais, et de ne pas même désirer imiter ce qui est bon.”
(Démocrite)
Mais, l’aspect provocateur ne réside pas en soi dans les peintures, mais plutôt dans la transformation même
du lieu. Cette partie des œuvres conceptuelles est, comme on l’a vue, très riche, et l’évocation de la violence
au travers de la thématique du chaos est infinie. L’horreur réside-t-elle dans les scènes contemplées ou dans
le regard du spectateur ?
Les œuvres sont un condensé de l’art du XXe siècle, elles évoquent de nombreux courants (land art, déconstructivisme…) et reposent de manière évidente les questions inhérentes de l’art (représentation, interprétation, définition du beau…). Mais elles se veulent également être le miroir du monde, pour en devenir une
utopie organique.
Beaucoup d’artistes semblent être évoqués tout au long de ce travail. Notamment ceux qui ont abordé le
thème de l’horreur, ou ceux dont la provocation a permis la reconnaissance. Pour ne citer que les contemporains Jake et Dinos Chapman, Maurizio Cattelan, Kendell Geers, Dr Von Hagen… Même si, à nos yeux, rien au
sein des œuvres n’est une représentation concrète de l’horreur.
La question principale de ces œuvres est la confrontation permanente à autrui. Et c’est bien là son aspect
novateur, son caractère tendancieux : jusqu’où peut-on forcer les gens à regarder ? Aucune autre œuvre n’a
ce statut. C’est son existence physique qui la rend puissante, et est bien loin du “consensualisme” des commandes publiques.
Cette confrontation permanente et imposée provoque de manière attendue et plus ou moins voulue des
réactions. Mais c’est également le signe que les œuvres fonctionnent bien au-delà d’elles-mêmes. Le genre
de réaction extrême de ces derniers jours ressemble fortement au syndrome de Stendhal, qui par lui-même
statue l’œuvre en tant que telle. Ce trouble est appelé spécifiquement le “syndrome du voyageur”. Il s’agit
d’un état d’extase lié au choc émotionnel provoqué par une œuvre d’art.
DEMEUREDUCHAOS.ORG
“Brutalement, le sujet est en proie à un vertige, avec perte du sens de l’orientation, il ressent de violentes douleurs dans la poitrine et une accélération du cœur. Il croit perdre ses esprits, traversant tour à tour
un état d’exaltation, un sentiment de toute puissance, parfois un état de panique accompagné d’une intense peur de mourir. Le plus souvent, les personnes retrouvent leurs esprits en quittant le lieu à l’origine
de ce choc. Selon les villes ou les œuvres d’art en cause, différentes manifestations sont possibles. Le Syndrome de Stendhal est le premier syndrome du voyageur a avoir été reconnu. Il doit son nom au célèbre écrivain, Stendhal, qui le premier, en 1817, dans ses carnets de voyage, a fait la description de ce que
lui-même a ressenti en sortant de l’église Santa-Croce à Florence. Aujourd’hui encore, chaque année, les
urgences des hôpitaux de Rome et de Florence reçoivent des touristes en proie à ce même tourment.”
(Source : http://www.e-sante.be/)
La “Demeure du Chaos” s’impose et s’expose et met en œuvre la vérité d’un monde, elle en est son lieu spécifique, son reflet, son incarnat. Mais elle existe par la présence d’autrui ; “C’est le regardeur qui fait le tableau”
énonçait Duchamp. A la citation de Buren : “Ceux qui vomissent mon œuvre sont les petits-enfants de ceux
qui crachaient sur Renoir”, nous ajoutons “Ceux qui vocifèrent sur nos œuvres, sont les enfants de ceux qui
vomissaient sur Buren”.
144
The provoking facet does not lie in the paintings but rather in the transformation of the
space. This aspect of the conceptual work is in fact quite rich and the violence evoked
through the thematics of chaos is infinite. But does the horror reside within the work itself
or in the eyes of the observer?
The works are a compendium of art in the 20th Century and evoke various movements
such as land art and deconstructivism to name a few. They interrogate in an obvious manner art’s inherent questions on representation, interpretation and the definition of beauty,
but they are also the mirror of the world, to finally become an organic utopia.
Many artists have been called upon, particularly those adressing the theme of horror, (although nothing within these works does represent horror as a final aim) or those whose
provocation has brought them recognition, such as Jake and Dinos Chapman, Maurizio Cattelan, Kendell Geers and Dr Von Hagen to name some of our contemporaries.
The specificity of these artworks is the permanent exposure and confrontation to the outside world, giving them their innovating and tendencious feature. How far can go in forcing
people to watch? No other work has this status. It is its physical existence that makes it
powerful and distinguishes it from the consensualism of a public commission.
This permanent forced confrontation triggers expected reactions but at the same time is a
sign that the works are carrying out their purpose. Lately the observed extreme reactions
resembles the symptoms found in Stendhal’s syndrom confirming their status as truly artistic for this disorder is characterized by a state of rapture linked to and emotional shock
provoked by art.
“Brutally, the victim is subject to extreme vertigo with disorientation, sharp pain in the
chest and rapid heartbeat, feeling of loosing one’s mind, going from a state of ecstacy to
a state of utter powerfulness or sheer panick and fear of death. In most cases the symptoms disappear when the person leaves the place where he/she felt the shock coming on.
Different manifestations are possible according to the exposure to places or artworks. The
syndrome is named after the famous French author Stendhal, who described his experience with the phenomenon during his 1817 visit to the Santa Croce church in Florence, Italy.
Every year, emergency rooms of hospitals in Florence and Rome still receive many tourists
who experience these symptoms.” (source: http://www.e-sante.be/)
The Abode of Chaos imposes and exposes itself, implements the truth of the world, it is its
reflection, its incarnation. Its existence is only made possible through a permanent audience.
“It is the observer who makes the art” stated Duchamp and to quote Buren “Those who spat
on my work are the grand children of those who spat on Renoir”, and we add to this “Those
who vociferate at the sight of our work are the children of those who spat on Buren”.
145
DEMEUREDUCHAOS.ORG
146
ph. Marc del Piano
147
obscurum per obscurius
par Hauviette Bethemont - 1983/1999 thierry Ehrmann
On disperse bien les cendres, comme si ce n’était qu’une fois la mort
annoncée que l’on pouvait envisager la multiplication de son corps et
son absorption par le monde.
We scatter ashes, as if it is only
once death has been declared that
we can envisage the body multiplied and its absorption by the
world.
Le seul double que l’on accepte généralement est celui que nous renvoie le miroir. Et encore, imaginez
qu’un éclat vienne à le reproduire
et le vertige vous prend. Une seule
enveloppe pour une seule définition
de l’individu. Dépassez cette frontière symbolique et vous pourriez
voir poindre en plein vol les abords
effrayants de la pensée et de tous
ses possibles…
The only double that is generally
accepted is the one we see in the
mirror. Yet, imagine that a flash
suddenly brings it to life and the
thought is unnerving. One wrapping
defines one individual -step past
this symbolic frontier and you can
envisage the floodgates opening to
a terrifying expansion of the boundaries of thought and all the realms
of possibility…
148
ph. Marc del Piano
DEMEUREDUCHAOS.ORG
Internet est justement un espace
à part où, devenu enfin virtuel, le
corps sans danger peut se diviser,
se diluer et inventer l’ubiquité. Ne
resterait alors que la substance,
l’auteur, à savoir celui qui produit
l’impulsion première. E.T. a plongé
dans l’univers virtuel comme dans
une expérience en résonance avec
celle qu’il menait depuis 1983. Une
expérience de non-existence juridique qui l’obligeait à se définir sans
fin sur la frontière du réel.
The Internet is precisely such a
space apart, where, having finally
become virtual, the body can, without risk, divide, dilute itself and
imagine itself ubiquitous. Nothing
then remains but the substance,
the originator, the individual who
produced the first impulse. E.T.
plunged into a virtual world as if
into an experience which echoed
his own from 1983 -an experience of
legal non existence that forced him
to endlessly redefine himself on the
Le régime des grands incapables edges of reality.
majeurs sous tutelle, posé comme The legal guardianship of mentally
un postulat de vie, renvoyait en incapacitated adults, laid down
effet à un effacement du registre as a postulate of life, effectively
social, une absence au monde qui equates to erasure from the social
électrisait l’essentiel c’est à dire la record, to a removal from the world
chair et l’âme. En laissant aux ma- which electrifies the essence of
gistrats le soin de prendre en charge the individual, in other words, the
la codification de sa présence, celle body and soul. Leaving judges to
de l’individu en prise avec le droit et take on the responsibility of ensde l’autre et par un effet de miroir hrining his existence in law, that
la part obscure qui bien entendu of an individual under legal control
ne pouvait que leur échapper, E.T. and his other self, its mirror image,
marquait, sur ce double chemin au his deepest inner part, who, of
va et vient incessant, la frontière course, they could never control,
d’un espace qui sous le poids de la E.T. marked out, on this dual track
coercition trouvait sa liberté.
on which he traveled incessantly
Car il s’agit bien d’une recherche, back and forth, the boundaries of
d’une quête, que E.T. mène sur les a space where, under the weight
149
bords du social et du religieux, mélangeant
les chemins de tous les mystères. Les voies
obscures se vivent avec lui dans la chair, il
accompagne de tout son corps sa quête
secrète, éprouvant les dangers à la surface
de ses émotions et ramenant à la surface du
juridique l’infiniment sacré.
DEMEUREDUCHAOS.ORG
La liberté de conduire en toute connaissance
de cause sa vie. Traversant un champ de mines ou encore un saut d’obstacle, il s’engage
au prix d’une énorme discipline sur un chemin où le droit se dilue par trop de présence.
rêve d’en terminer avec les utopies et signe gie de survie. Géographiquement, il s’évade
et il ne s’agit pas là de sa personne physique
la mort des avant-gardes.
Trouver quelques raisons d’espérer relève mais bien de son double moralement resdès lors de l’impossible combat. E.T. décide ponsable tel que le décrivent les lois, d’unialors de prendre la clef des champs. Cepen- vers juridiques en univers juridiques.
dant, en choisissant de devenir un cobaye
juridique, animal de laboratoire bon à être
disséqué, il ne se soustrait en aucune façon
au droit. Au contraire, il se met en permanence sous le regard de celui-ci. La liberté
qu’il se donne, ne reste que celle de mesurer
l’infime fraction où elle peut encore opérer
en son sein. Accompagné d’un œil de Caïn
qui en permanence scruterait dans les ténèbres de la tombe, il avance donc en renvoyant une image dont la force se fera dans
la faute, donc dans l’humanité.
C’est un parcours initiatique qui éprouve le
corps dans la mesure où, le combat et l’état
de résistance devenus permanents, chaque
geste finit par entraîner inévitablement
(comme un handicap) sa prolongation dans
la sphère du juridique. C’est dans cet espace C’est sous surveillance qu’il questionne le
hors cadre, que E.T. va acter son expérience. système, produisant sans cesse des actes qui
Les films, comme les référés jouent alors le se heurtent de plein fouet au dispositif légal.
rôle de témoins et, à la limite de l’impression Il peut alors nous raconter cette histoire abdu corps dans le réel, ils doublent par un ef- surde qui à chaque faille renvoie à la fragilité
fet boomerang l’unicité du regard. Dans la du questionnement initial.
fissure, émerge alors le point de non-retour Cette image tutélaire ne peut que s’inscrire
du “je”. “Je”, qui au-delà de l’aspect psychia- dans la tragédie. S’imaginer comme terrain
trique éprouve l’irréductible de “l’être”.
d’expérience implique en effet une part
E.T. accompagne son voyage d’images sym- énorme d’honnêteté et c’est tout en violenboliques, d’un côté le grand livre de la loi, de ce que s’écrira donc ce chapitre initiatique.
l’autre le Grand Livre qu’est la Bible. Entre, Si on ne frôlait ici les limites du droit, de la
sans dieu ni maître, mais toujours à la re- bienséance, il ne resterait peut-être qu’un
cherche du sens, il promène sa chair, sa pen- vide épouvantable. Or, E.T. vit sa dissolution
sée, son rapport à la société. Chaque fois, il dans l’espace social avec l’énergie et la conss’éprouve, le terme se pétrit de souffrance, cience d’un porteur de croix.
dans l’abandon.
Seule la souffrance est selon lui capable de
Quitter l’enveloppe, se dissoudre devient sublimer ses actes, elle court donc de droite
une manière comme une autre de retrouver à gauche, du pied de son lit à l’entrée de son
l’essence. C’est dans la multiplicité des ima- domaine. C’est elle qui insuffle une forme du
ges, l’accumulation sur la durée d’actes, qu’il sacré à son voyage, qui donne un prix à sa
déconstruit et se construit. Car sa démarche Rédemption. La dispersion qui trouve son
relève de l’utopie. En questionnant en effet sens au creux du juridique est celle du parla position de l’individu face à la loi, face à tage du corps. La dimension de ce parcours
l’information, face aux groupes économi- est forcément chrétienne. La souffrance, le
ques, politiques, sociaux ou religieux, il dé- péché, la morale, tous les ingrédients d’une
voile des possibles et des réseaux capables grand-messe se trouvent éparpillés le long
de lui donner une liberté véritable à imagi- d’un chemin qui se réfère sans fin aux stations de la Croix entre damnation et extase.
ner le monde.
En 1980, E.T. devient majeur. L’âge, dit-on
heureux, où les gens le plus souvent se
précipitent dans le bel ordre du social. Difficile pourtant à cette époque-là d’essayer
en toute innocence les chemins de traverses.
Cette fin de siècle soigne sa propre fin, elle
Tous les jours, E.T. se met en situation non
seulement de rendre des comptes mais
aussi de prouver que vivre peut se conjuguer
hors des normes codifiées et à l’intérieur du
champ spirituel. Sous l’œil omniprésent de la
justice, il s’égare et se disperse en une straté-
150
Il fonctionne dès ce moment-là profondément comme une construction Internet; en
réseau l’idée du “je” ne se définissant plus
que dans le miroir du processus. Or, de pays
en pays la loi change et se modèle selon des
schémas établis à force d’histoire, de culture
et de politique. Traverser le monde en choisissant des définitions aussi diverses ne pouvait que l’amener à se définir sur des critères
plus essentiels.
Comme il le souligne du reste, Internet reste
pour lui une métaphore du divin, une agora
des éthers. Plus le cadre qu’il s’impose est
rigide, plus les règles y sont rigoureuses et
plus il peut espérer s’en échapper. Ce qui
s’échappe vraiment de cette non-vie, c’est
son âme.
Pour le corps, il reste encore à le porter aux
limites de ce qui le discerne. Mais il procède
somme toute de la même manière qu’avec
son corps légal, il frôle la dissolution complète pour ne devenir qu’un rite de passage.
Il aurait pu jouer intimité solitaire et secret
d’alcôve, mais il préfère encore une mise à
nu plus radicale et participe à des réseaux
qui donnent à leur clandestinité des goûts
de “terra incognita”.
Echange, partage des corps et des sexes, il se
situe d’emblée sur des chemins d’initiés.
Ce sont les codes régis en ce domaine qui
donnent sens à l’acte. Et dans la fluidité
perdue, il retrouve la notion de dilution qui
construit sa vie. Son corps légal autopsié,
évacué, son corps sexué perdu dans la multiplication, ne restait que l’ombre de Dieu
pour répondre à quelques questions de fond
et dévoiler la vérité.
Là encore, il systématise sa recherche et se
tourne vers chaque groupe religieux, ethnique ou social, il entre et pénètre partout, du
bord du fleuve à l’autre rive, il passe de la lumière à l’obscurité. Le tissu spirituel et social
qu’il visite est aussi bien de l’ordre de celui
qui se dérobe que de celui qui se vit dans les
processions en plein jour. A chacun, il pose
un problème fondamental : comment une
personne jugée irresponsable peut-elle par-
of coercion, he found freedom. For this was
-and is- a search, a quest, that E.T. conducts
on the line between the social and the religious, weaving together the paths of all
mysteries. He lived with dark ways residing
in his flesh, he threw his whole physical
being into his secret quest, experiencing
dangers at the surface of his emotions and
bringing the infinitely sacred to the surface
of the legal.
Freedom to lead his life with full knowledge
of how things really are -crossing a minefield or an obstacle course, he embarked,
with enormous self-discipline, on a path
where the law was weakened by being too
present.
This was a journey of initiation which put
the body to the test, in as much as the
battle and resistance became constant,
each action in the end leading inevitably
(like a disability) to its continuation into
the legal sphere. It was in this undefined
area that E.T. was to enact his experience.
So films, like referees, play the role of witnesses, and at the limit of the impression
made by the body in reality, their single
viewpoint is duplicated as it is bounced
back to them. From the fissure emerges
the point of non-return for the “I”. “I”, which
beyond its psychiatric manifestation, experiences the irreducibility of the “being”.
E.T. accompanies his journey with symbolic
images -on one hand the great book of the
law, on the other the Great Book which is
the Bible. Between them, with neither god
nor master, but always seeking meaning
and direction, walk his flesh, his thoughts
and his relationship with society. Each time,
he is tested, the end molded by suffering,
in self-abnegation. Leaving the outer body,
dissolving, becomes just another way of
rediscovering his essence. It is in the multiplicity of images, their accumulation over
the time that actions last, that he deconstructs and reconstructs himself.
For his approach is utopian. By in effect
questioning the position of the individual
facing the legal system, the news and
economic, political, social and religious
groupings, he reveals what is possible and
the networks that can give him genuine
freedom to imagine the world.
In 1980 E.T. became an adult -the age they
call carefree, when people usually rush to
take their place in the social order. It is difficult though, in this day and age, to take side
roads in all innocence. The end of this century looks after itself, it dreams of finishing
with utopias and marks the death of the
avant-garde.
Finding reasons to hope then becomes an
impossible battle. So E.T. decided to go his
own way. However, in choosing to become
a legal guinea pig, a laboratory animal to
be dissected, he did not in any way allow
the law to restrict him. On the contrary, he
put himself under its constant gaze. The
freedom he gave himself was still only that
of the freedom to weigh up the tiny part
where it could continue to function within
himself. As Cain under a staring eye constantly on watch from the shadows of the
tomb, he thus moved forward, reflecting an
image whose strength was to lie in transgression and thus in humanity.
refers endlessly to the Stations of the Cross
between damnation and eternal bliss.
Every day E.T. put himself in a position
where he was not only accountable for his
actions but also proved that life can be lived outside codified norms and within the
spiritual domain. Under the omnipresent
eye of the judicial system, he wandered
and fragmented himself as a strategy for
survival. Geographically he escaped, not
his physical self but his morally responsible
double as laws define it, legal worlds within
legal worlds.
From this moment on, fundamentally like an
Internet structure; in a network in which
the notion of “I” now defined itself only in
the mirror of the process. Yet, from one
country to another the law is changing and
is being modelled on patterns established
as the result of history, culture and politics.
Travelling the world selecting such diverse
definitions could only result in his defining
himself on the most essential criteria.
It was while under supervision that he
questioned the system, constantly doing
things that clashed directly with the machinery of the legal system; so that he can
now relate this absurd story in which each
setback underlined the flimsiness of the
original case.
Moreover, as he stresses, the Internet
continues for him to be a metaphor of the
divine, an agora of ethers. The more rigid
the framework he imposed on himself, the
stricter the rules, the more he could hope
to escape. What in truth would escape from
this non-life, was his soul.
This picture of life under legal guardianship
can only belong to tragedy. Indeed, to think
of yourself as experimental terrain implies
a huge degree of honesty, so it is to be expected that this initiatory chapter will be
written with savagery. If we were verging
here on the limits of the law and propriety,
perhaps all that would be left would be
an appalling vacuum. Yet E.T. survives his
eradication from the social arena with the
energy and awareness of a man who has a
cross to bear. He believes that only suffering is capable of sublimating his actions, so
it rushes hither and thither, from the foot
of his bed to the entrance of his domain. It
is suffering which breathes a form of the sacred into his journey, which puts a price on
his Redemption. The dispersion which finds
its meaning in the emptiness of the law is
that of the body divided. The dimension of
this course is necessarily Christian. Suffering, sin, morality, all the ingredients of a
high mass are scattered along a road which
He has yet to take his body to the limits of
that which perceives it. Ultimately, however, the process will be the same as with his
legal body, verging on complete dissolution
in order to become nothing more than a
rite of passage. He could have confined
himself to playing solitary private games
and to intimate talk, yet he preferred more
radical exposure of himself and contributed
to networks which by their clandestine nature have a “terra incognita” flavor.
151
Talking to others, changing body and sex,
he at once placed himself as someone privy
to the ways of the initiated.
There are codes governing this area which
give meaning to the act. In the lost flow he
rediscovered the notion of dilution which
gives structure to his life. His legal body
autopsied, disposed of, his sexual body lost
in multiple facsimiles, there remains only
the shadow of God to answer some fundamental questions and reveal the truth. Here
ticiper à la communion des esprits ?
Justement si esprit et corps purs il y
a, ce serait bien les siens, traversés
de toute part par le grand vide juridique. Un trou noir où s’engouffreraient, amalgamés, tout le Mal et le
Bien et dont la souffrance sécrétée
induirait sa réalité. “Je pense donc
je suis”, “je souffre donc j’existe”
distille-t-il.
too, he makes his search systematic
and turns to each religious, ethnic
and social group, he enters and penetrates everywhere, from one side
of the river to the other, he passed
from light to darkness. The spiritual
and social fabric he inspects is as ordered in what is revealed as what is
seen paraded in the full light of day.
He puts a fundamental problem to
each of us: how can a person deemed incapable of running their own
affairs take part in the communion
of mind and spirit? Of course, if pure
mind and body there be, it would be
his, permeated in every direction
by the great void of the law -a black
hole in which the amalgamation of
all Good and Evil is said to be engulfed whose secreted suffering is
said to result in its reality. “I think
therefore I am”, “I suffer therefore I
exist” he says succinctly.
Le chaos, c’est bien connu, est le début de toute chose et, aux limites du
désordre, E.T. est persuadé de pointer les stigmates de l’esprit. La crucifixion est donc symboliquement
une icône qui lui convient. Le corps
de pardon sacrifié, offert à travers la
douleur, résonne sur un parcours qui
ne se justifie que dans l’effacement.
E.T. travaille toujours sur l’idée du
plein et du vide, il comble, accumule,
multiplie les images. Dispersé, il ne
peut que laisser la place à cet indéfiChaos, it is well known, was the
nissable chose qu’est l’âme.
beginning of everything, and at the
limits of disorder, E.T. is convinced
he should focus on the stigmata
of the mind and spirit. Thus the
crucifixion is a symbolic icon that
suits him. The embodiment of forgiveness sacrificed, offered through
pain, resonates along a road only
justified in the extinction of self.
E.T. continues to work on the idea
of the solid and the void, he fills in,
piles up, and increases the number
of images. Fragmented, he can do
no more than leave a place for that In 1999, as the century ended, he
En 1999 en cette fin de siècle, il peut indefinable thing -the soul.
was able to leave his guardianship
quitter sa tutelle et son non-statut
and non-status behind him and
With the Internet, he has, in short,
pour en revenir au contrat social au
return to the social contract at the
found an appropriate way of funcmoment même où celui-ci se délite.
very moment it was disintegrating.
tioning which echoes his life. Here
Internet redéfinit l’individu et le geography is blown away, the legal The Internet redefines the indivirôle de l’auteur dans la masse des system is at a loss, being everywhe- dual and the role of the author in
informations en perpétuel mouve- re is the norm and the network of- a mass of constantly shifting informent. E.T. est spécialiste des droits fers a new structure for the social mation. E.T. is an expert on author’s
d’auteurs, ce n’est pas pour rien. arena. This is said to be a new uto- rights, and for good reason. In a
Dans un univers virtuel, c’est encore pia which will at last make it pos- virtual world, it is still the “I” who
le “je” qui résiste le mieux.
sible to believe that the world can fights best.
still, if not change, at least dream.
He is one of its initiates and, in this
ad augusta per angusta
ad augusta per angusta
game, he understands more quickly
than others the full significance of
this new arena.
152
153
ph. Marc del Piano
DEMEUREDUCHAOS.ORG
Avec Internet, il trouve en somme le
juste fonctionnement en écho à sa
vie. Le lieu géographique y explose,
le juridique s’y perd, l’ubiquité est de
mise et le réseau propose une nouvelle organisation de l’espace social.
Une nouvelle utopie qui permettrait
enfin de croire que le monde peut
encore si ce n’est changer au moins
se rêver. Il fait partie des initiés et, à
ce jeu-là, il comprend plus vite que
d’autres toute l’importance de ce
nouvel espace.
DEMEUREDUCHAOS.ORG
154
ph. Marc del Piano
ph. Lukas Zpira
155
DEMEUREDUCHAOS.ORG
156
ph. Marc del Piano
157
DEMEUREDUCHAOS.ORG
158
ph. Marc del Piano
159
DEMEUREDUCHAOS.ORG
160
ph. Marc del Piano
161
DEMEUREDUCHAOS.ORG
162
ph. Marc del Piano
163
DEMEUREDUCHAOS.ORG
164
ph. Marc del Piano
165
Le chaos
Ou
L’ordre de marche des possibles
Légions qui s’avancent en rangs éparses
dans l’encoignure du vivant
Pour le rendre encore plus vivant.
Car se qui pulse en nous lorsque, hébétés,
nous nous retrouvons comme des toupies
folles dans l’enceinte du vivant, c’est le désir.
Le désir qui se cogne, phalène,
dans la demeure de l’ordre.
Le désir comme un oiseau de proie
qui se blesse cent fois à une fenêtre
et finit par la briser.
Le désir et son rituel d’amour et de sang
réclament les nerfs de la réalité.
C’est aussi si l’on regarde bien
Des femmes aux mains pleines d’ordures
Fuyant les degrés de la connaissance
Parce qu’il faut bien du désordre
dans ces mains-là
Pour répondre au monde.
Le Chaos
Le Chaos
Un mot qui chante la pratique
du désastre dans la gorge du condamné.
Il dit :
Négocions nos âmes…
Nous verrons après pour la révolution.
166
167
video Marc del Piano
DEMEUREDUCHAOS.ORG
Tarik Noui
DEMEUREDUCHAOS.ORG
168
169
DEMEUREDUCHAOS.ORG
170
ph. Marc del Piano
171
DEMEUREDUCHAOS.ORG
172
ph. Lukas Zpira
173
DEMEUREDUCHAOS.ORG
174
ph. Lukas Zpira
175
DEMEUREDUCHAOS.ORG
ph. Lukas Zpira
ph. Eric Soudan
176
177
����������������
����������������
���
������������������������
������������������������
����������������
����������
���������������������������
����������
����������������
���
����������������
����������
ph. Ingrid J.
DEMEUREDUCHAOS.ORG
����������������
178
179
DEMEUREDUCHAOS.ORG
180
ph. Marc del Piano
181
Le troisième ouvrage de Fulcanelli, qui fut soustrait suivant le désir
de son auteur, à toute éventuelle publication, s’intitulait “Finis Gloriae Mundi” (La Fin de la Gloire du Monde). Eugène Canseliet son
disciple n’hésita pas d’ailleurs à l’évoquer de la manière suivante :
“Dans la passive résignation des peuples asservis par le scientisme,
je comprends mieux, après bientôt un demi-siècle, la ferme décision prise par Fulcanelli, que son troisième livre ne fût pas publié”.
The third work of Fulcanelli, which was withdrawn, according to
the wish of its author, from every possible publication, was entitled “Finis Gloriae Mundi”. Eugene Canseliet did not hesitate to
evoke in the following way: “In the passive resignation of a nation
enslaved by scientism, i understand better, after almost half a
century, the firm decision taken by Fulcanelli, that its third book
shall not be published.”
(in La Tourbe des Philosophes, n°4)
(in La Tourbe des Philosophes, n°4)
Il faut dire que Finis Gloriae Mundi désigne aussi le titre d’un saisissant tableau de Valdès Léal conservé à la chapelle de l’hôpital
de la Sainte-Charité-de-Séville en Espagne. Lors de son séjour en
Andalousie, Eugène Canseliet fut saisi par l’expression de ce macabre joyau.
It should be mentioned that Finis Gloriae Mundi indicates also the
title of an astonishing painting conserved at the Santa-Caridad
Hospital (Saint Charity), in Seville Spain. This panel of two meters
high was carried out by the artist Juàn de Valdès Léal, in 1672, to
the ordering of Miguel de Manara, or Don Juàn. During his stay
in Andalusia, Eugene Canseliet was aroused by the expression of
this macabre jewel.
Cette scène intitulée Finis Gloriae Mundi, ainsi que l’indique le
phylactère attaché au premier cercueil si inquiétant puisqu’il semble bien que l’Eglise soit ici à jamais déchue au seul profit de l’éveil
initiatique symbolisé par le chevalier simulant la mort.
Souvenons-nous que “le juge viendra juger son peuple” et que le
mot qui termine le premier des trois tomes de L’Esprit de la Salamandre est : FINIS. Même si ce mot est au premier abord dur à
accepter pour le lecteur, la révélation n’en constitue pas moins la
fin d’une étape, de par le fait même qu’avec elle, il y a apport d’une
chose nouvelle jusqu’alors maintenue cachée ou inintelligible.
Ne les craignez donc point; car il n’y a rien de caché qui ne doive
être découvert, ni de secret qui ne doive être connu.
Matthieu 10:26-27 (LSg)
This scene is entitled Finis Gloriae Mundi, as shown by the phylactery attached to the first tomb. It seems that the Church is here
forever decaying to the sole advantage of the initiatory awakening symbolized by the death-simulating knight.
Lets not forget that “the judge will judge its people” and that the
ending word of the last one of three volumes of The Spirit of the
Salamander is: FINIS
Even though this word might be difficult to accept for the reader,
its revelation constitutes the end of a step and that this last one
always brings a new beginning up to now hidden or unintelligible.
Therefore do not fear them, for there is nothing concealed that
will not be revealed, or hidden that will not be known.”
182
ph. Marc del Piano
DEMEUREDUCHAOS.ORG
Matthew 10:26
183
DEMEUREDUCHAOS.ORG
184
ph. Marc del Piano
185
ph. Lukas Zpira
ph. Lukas Zpira
ph. Lukas Zpira
ph. Marc del Piano
ph. Lukas Zpira
ph. Lukas Zpira
ph. Lukas Zpira
ph. Lukas Zpira
DEMEUREDUCHAOS.ORG
186
187
Remerciements :
Les 72 000 signataires de France et du monde entier qui ont apporté leur signature pour sauver les 2 700 œuvres
de La Demeure du Chaos de la destruction demandée par la Mairie de Saint-Romain au Mont d’Or et son Conseil Municipal
Tous les artistes qui ont amené leur contribution à La Demeure du Chaos depuis 1999
Ben, qui avant tout le monde avait compris la dualité de La Demeure du Chaos
Maître Pierre Buisson, avocat au Barreau de Lyon
Les principales traductions ont été réalisées par Satomi Zpira
La Direction Générale du Musée l’Organe par Nadège Ehrmann
La gestion des droits sur tous pays et les traductions historiques par Josette Mey
Christian Philip, Député du Rhône (4e), Membre de la commission des affaires étrangères,
qui avec courage, a apporté avant tous, son soutien à La Demeure du Chaos
Paul Bocuse, notre “précurseur” pour les façades de son célèbre restaurant,
pour son soutien sans faille
La régie générale son et lumière par Marquis assisté en régie son de Xav Deprat et Padawan jc
Laurent Surrier
Thierry Loir, régisseur et gardien du Temple
Chantal et Luc Pommier, guides et accueil des visiteurs, fidèles veilleurs de La Demeure du Chaos
ph. Lukas Zpira
ph. Lukas Zpira
Fabrice Garde, régie électronique
Hauviette Bethemont par ses écrits
La complicité fraternelle de Didier Manuel et de la Companie Materia Prima
La complicité duale de la maison de l’Eden, de Marc et Isabelle Allardon
XeddyX et Kat
Laurent Coureau et sa narration d’un futur qui est déjà notre présent
Philippe Liotard, sociologue et écrivain
Alexandre Cardinali, réalisateur
Etienne Perrone, réalisateur
Christophe Bonin, Directeur du Palais Idéal du Facteur Cheval
Josette Rasle, Commissaire de l’exposition “Avec le Facteur Cheval”
Pierrot, le facteur au grand cœur
Sydney et Kurt Ehrmann
Pierrick, plasticien pluridisciplinaire, fondateur de “Trublyon”
Ingrid J
Pierre Dumont, Maire de Saint-Romain,
principal protagoniste et détracteur de La Demeure du Chaos
qui a su nous insuffler la force de résister.
Eric Soudan et LM
Philippe Brunet-Leconte pour son appel à signer la pétition
Denis, l’homme aux mains d’acier
ph. Marc del Piano
A l’ensemble des salariés du Groupe Serveur et de Artprice au sein de La Demeure du Chaos
ph. Marc del Piano
DEMEUREDUCHAOS.ORG
Audrey Savoye, Christine Largy, Muriel Dunand,
Chloé Jugan, Léa Piskiewicz, Alexis Morel,
Elsa, Sandrine del Piano
188
Aux Saromagnots fidèles de La Demeure du Chaos malgré les forces conservatrices
A l’Eglise Réformée et sa tolérance et son concours à la recherche de la vérité pour la découverte du Temple protestant de Saint-Romain de Couzon
Aux voisins mitoyens de La Demeure du Chaos
Stéphanie et Jean Tristan et leur lieu magique “La Taverne de Dada“
… et à tous les soutiens connus et inconnus du monde entier…
189
(The)
Légendes
DEMEUREDUCHAOS.ORG
Page 40 “Marcel Duchamp“peinture de Thomas Foucher
selon une forme élaborée par thierry Ehrmann dans le
cadre de sa conception de la DDC, photos Marc del Piano.
Pages 68, 69 Photo et dessins de Marc del Piano selon une
forme élaborée et des textes de thierry Ehrmann dans le
cadre de sa conception de la Borderline Biennial avec la
Page 41 ”Fulcanelli” à travers “Chevreul et Dujols “peinture performance originale de la pilule entre thierry Ehrmann et
Deuxième de couverture Interieur du “Bunker de La
Demeure du Chaos” de Mathieu Briand et thierry Ehrmann, de Thomas Foucher selon une forme élaborée par thierry Pierrick, Alexis, Audrey et Thomas.
photo Marc del Piano d’après une régie lumière de thierry Ehrmann dans le cadre de sa conception de la DDC, photos Pages 70, 71 Extraits du long métrage (72mn) du réaMarc del Piano.
Ehrmann.
lisateur Alexandre Cardinali sur un scénario de thierry
Ehrmann (borderline Biennial) en ligne sur http://blog.
Page 42 “Off Shore” sculpture thierry Ehrmann, photo
Troisième de couverture Red swiming pool”, installation
Ehrmann.org/videos/.
et sculpture monumentale de thierry Ehrmann, Photo de Marc del Piano
Marc del Piano.
Page 43, 44 “KICHIGAI” Seuls les fous survivront: nouvelle Pages 72, 73 ”Insomnia “par la compagnie Materia Prima :
Emmanuel Pestre “Overshall”, Mathieu Hibon, Philippe
Quatrième de couverture “Vanitas vanitatum omnia vani- originale de Laurent Coureau, traduction de Viviane
Martin, Didier Manuel “ODM” Virginie Gabriel, Laetitia
tas” performance de thierry Ehrmann, video performance Vandelli
Viratelle “L’allumette”, Yannick Gerard “Illwyt”, Diane
de Ron Athey, photos de Lukas Zpira
Page 45 Laurent Coureau Auteur, fondateur de la Spirale. Vaicle, Emilie Katona, Christophe Ragonnet, Nathalie
Page 1 Image numérique de la Demeure du chaos de Marc org, photos de Lukas Zpira en arrière plan “Hommage à
Simon, William Nurdin “Xulfni” Marie Tournier Cardinal
Citizen Bizot mort à 126 ans” peinture de Thomas Foucher “Almanémo”, Alexandre Qquentin, Joël et Isabelle
del Piano d’après la vue d’un Drone par Airtechphoto.fr
“Container
Borderlinebiennal.org/iso668~xyy’”
selon
une
Reinachter avec Gardian (Cheval) Philippe Fontez “Phil
Page 2 Dessin de Marc del Piano selon l’ouvrage “2052”
forme élaborée par thierry Ehrmann dans le cadre de sa
Von”, Niko Georgiades “Def”, Takederu Kudo danse Buto,
dont thierry Ehrmann est l’auteur
conception de la DDC.
Lux Fere avec Mathieu Hibon (l’intégrale des performances
Page 3 “Nutrisco Et Extinguo” 1999 extrait du postulat de
sont dans le long métrage (voir plus haut) photos Marc del
1999/L’Esprit de la Salamandre dont thierry Ehrmann est Page 46, 47 “Red swiming pool”, installation et sculpture Piano.
monumentale de thierry Ehrmann, détail de “Container
l’auteur.
Borderlinebiennal.org/iso668~xww” avec dans l’ordre
Pages 74, 75 Takederu Kudo danse Buto, performance dans
Page 4, 5 “Ground Zero” installation et sculpture monupeinture de Goin, Cart1, Thomas Foucher et Goin selon une le Bunker de la DDC Lukas et Satomi Zpira avec Suka Off:
mentale de thierry Ehrmann 2001, photo Marc del Piano
forme élaborée par thierry Ehrmann dans le cadre de sa
Piotr Wergzynski et Sylvia Lajbig. Photos Marc del Piano.
conception de la DDC, avec peinture de Goin, photo Marc
Page 6- 9 détail façades Est de La Demeure du Chaos de
Pages 76, 77 Takederu Kudo danse Buto, Histoires diffudel
Piano.
thierry Ehrmann, photo Marc del Piano
ses/fragments avec Virginie Gabriel, Homme nu au prise
Page
48-51
L’Histoire
du
monde
dé-legendée
texte
de
avec
un cochon mort avec Christophe Ragonnet, Photos
Page 10- 15 texte de Hauviette Bethemont, photomonthierry Ehrmann en fond dans l’ordre “Lord of Word”,
Marc del Piano, Von Magnet : Philippe Fontez “Phil Von”,
tage de Marc del Piano, archives musée l’Organe, thierry
“Sunnit’s Martyr” “Polonium 210” “Public Enemy
Flore Magnet, Niko Georgiades “Def”.
Ehrmann et sci VHI.et vue plongeante sur “Overground”
1936/1979/2008”, peintures de Thomas Foucher selon des
installation et sculpture monumentale de thierry
Page 78, 79 Takederu Kudo danse Buto,“Body Without
formes
élaborée
par
thierry
Ehrmann
dans
le
cadre
de
sa
Ehrmann.
Wings instant 2, Ame (flamenco)”, “Ruah” Naissance,
conception de la DDC, photo Marc del Piano.
“Random” Companie Materia Prima, photos Marc del
Page16, 17 “Big brother is watching you” installation de
Page 52 “Mao Zedong” et” Deng Xiaoping peintures
Piano, photo infra rouge dans le bunker de la DDC Ingrid J.
thierry Ehrmann, photo Marc del Piano.
de Yining Zhao selon des formes élaborées par thierry
Page18-21 “Red Code” peinture de Yining Zhao selon une Ehrmann dans le cadre de sa conception de la DDC, photo Page 80, 81 Takederu Kudo danse Buto, Photos Marc del
Piano.
forme élaborée par thierry Ehrmann dans le cadre de sa
Marc del Piano.
conception de la DDC, photo Marc del Piano.
Page 53 L’Histoire du monde dé-legendée texte de thierry Page 82-87 Ron Athey performance dans le bunker de la
Page22, 23 “Hommage au Facteur Cheval” peinture de
Ehrmann en fond dans l’ordre les plasticiens Yining Zhao, DDC “Actiomextasie” texte de Ron Athey, texte de Philippe
Liotard sociologue, rédacteur à la revue Quasimodo.
Thomas Foucher selon une forme élaborée par thierry
Thomas Foucher, thierry Ehrmann, Cart1 Pierrick.
Photos Marc del Piano et Lukas Zpira.
Ehrmann dans le cadre de sa conception de la DDC, photos
Page 54, 55 “Gemayel and son”” Tayyip Erdogan ou
Marc del Piano.
Pages 88, 89 Portrait de Didier Manuel “ODM” fondateur
la Sublime Porte”” 11/09/1973 hommage à Salvador
de la compagnie Materia Prima photo de Lukas Zpira avec
Page 24 Photomontage de Marc del Piano
Allende”” Verges ou le Salaud lumineux” peintures de
un texte orignal de Didier Manuel“ODM”.
Page 25 projections pirates aux nuits sonores avec “Cart1” Thomas Foucher selon des formes élaborées par thierry
Ehrmann dans le cadre de sa conception de la DDC, photo Pages 90, 91 “Entre le Tigre et l’Euphrate”, installation et
et “vision sonore “sur des vidéos originales de Marc del
Marc del Piano.
sculpture de thierry Ehrmann, photo Marc del Piano
Piano et thierry Ehrmann, blog.Ehrmann.org
Page 56-59 Dans l’ordre” Jean Baudrillard ou l’Esprit du
Pages 92, 93 “Container Borderlinebiennal.org/iso668~x”
Page 26, 27 Photomontage de Marc del Piano, extrait
installation et sculpture thierry Ehrmann “Vanitas
d’un Recueil de 351 lettres lrar de thierry Ehrmann à Pierre terrorisme”, “Rostropovitch devant le mur de Berlin”,
“Mahatma
Ghandi
dans
le
Chaos
de
Calcutta
“,
“Aung
San
Company LTD” peinture de Thomas Foucher selon une
Dumont (bientôt publiées).
Suu kyi”, “Mehdy Kavousi” “Haiti Chaos” peintures de
forme élaborée par thierry Ehrmann dans le cadre de sa
Page 28- 33 Alchemy: Abode of Chaos ServerGroup
Thomas Foucher selon des formes élaborées par thierry
conception de la DDC, photo Marc del Piano, Container
and Artprice textes de thierry Ehrmann Kurt Schwitters
Ehrmann dans le cadre de sa conception de la DDC, photo Borderlinebiennal.org/iso668~yx” à la 9e Biennale d’Art
peinture de Thomas Foucher selon une forme élaborée par Marc del Piano.
contemporain de Lyon.
thierry Ehrmann dans le cadre de sa conception de la DDC
Pages
60,
61
“Fractales”
Image
numérique
de
Marc
del
Pages 94, 95 Textes de Lukas Zpira, Amsterdam 2007,
© groupe Serveur, photo de Marc del Piano
Piano.
image de fond Suka Off: Piotr Wergzynski et Sylvia Lajbig.
Pages 34-39 Photos de Lukas Zpira des bureaux de
Photos Marc del Piano.
Pages 62, 63 “Where is my mind “peinture/pochoir de
Server Group et d’Artprice selon une forme élaborée par
thierry Ehrmann dans le cadre de sa conception de la DDC Goin, peintures de Yining Zhao selon des formes élaborées Page 96 Portrait de Satomi Zpira par Lukas Zpira.
par thierry Ehrmann dans le cadre de sa conception de la
© groupe Serveur
Page 97 Portrait de thierry Ehrmann par Lukas Zpira.
DDC, photo Marc del Piano.
Page 98 Photo de Lukas Zpira, “néon Blackout” de Nicolas
Pages 64, 65 “Bunker de La Demeure du Chaos” de
Delprat
mathieu Briand et thierry Ehrmann, photo Marc del Piano,
avec la face droite: “Governing by Networks” peinture de Page 99 Photo de Lukas Zpira, “Hubris de LDATB”, installation land art de thierry Ehrmann
Goin, conception de thierry Ehrmann, remerciements à :
Bureau d’études de l’Université Tangente, photos Marc
Page 100 Portrait de Laurent Surrier par Lukas Zpira
del Piano.
Pages 101 Portrait de Lord Zilah du clan Hidden Shadows
Page 66, 67 Dessin de Marc del Piano selon une forme éla- N.Y. par Lukas Zpira.
borée et des textes de thierry Ehrmann dans le cadre de sa
conception de la Borderline Biennial avec la performance Pages 102 “Marathon Man” installation thierry Ehrmann,
photo Marc del Piano.
originale de la pilule.
Première de couverture Vue d’ “Overground” installation
et sculpture monumentale de thierry Ehrmann, photo
Marc del Piano.
190
Page136, 137 Suite III “le Future de La Demeure du Chaos” Pages 173 “Nous régnerons pour mille ans…”, autopor“Underground” installation et sculpture monumentale de trait de Lukas Zpira et thierry Ehrmann.
Pages 104 Photo de Lukas Zpira “2052” Marc del Piano et thierry Ehrmann, photo Marc del Piano.
Pages 174 “Le pacte du sang.”, performance et autoporthierry Ehrmann, pochoir de Goin,
Page138, 139 Suite IV “le Future de La Demeure du Chaos, traits de Lukas Zpira et thierry Ehrmann.
Pages 105 Photo de Lukas Zpira avec une photo d’une per- “Bunker de La Demeure du Chaos” de Mathieu Briand et
Pages 175 Ron Athey sur le Gisant entouré de thierry
thierry Ehrmann, photo Marc del Piano.
Ehrmann et Philippe Liotard, photo de Lukas Zpira
formance de Greg Semu, sculpture crucifixion de Robert
Page 140, 141 Suite V “le Future de La Demeure du Chaos, Pages 176 thierry Ehrmann lors du procès en appel de La
Combas et installation de thierry Ehrmann
ContainerBorderlinebiennal.org/iso668~XyX”
installation
Pages 106 Photo de Lukas Zpira et installation de thierry
Demeure du Chaos au Tribunal de Lyon, Les 24 colonnes,
et sculpture thierry Ehrmann, photo Marc del Piano.
Ehrmann
juin 2006, photo d’Eric Soudan.
Pages 103 Portrait de Marquis Plasticien Body piercer par
Lukas Zpira
Pages 107 Photo de Lukas Zpira de “ChristIII” installation
de thierry Ehrmann
Pages 142, 143 “Cosa mentale” Texte de LDATB, installation et sculpture thierry Ehrmann, photo Marc del Piano.
Pages 108 Photo de Lukas Zpira de “Ground Zero” installa- Pages 144, 145 “Cosa mentale” Texte de LDATB
tion et sculpture monumentale de thierry Ehrmann 2001 “ Pages 148-153 “Obscurum per obscurius” texte de
Pages 109 Photo de Lukas Zpira de “Highway to Bosnia”” Hauviette Bethemont avec thierry Ehrmann1983/2007,
installation et sculpture monumentale de thierry Ehrmann traduction de Josette Mey, en page 153 “Head Quarter”
installation et sculpture thierry Ehrmann, le centre névralPages 110, 111 Vue nord de La Demeure du Chaos coté rue gique de La Demeure du Chaos, photo Marc del Piano.
de la République photo Marc del Piano
Pages 154 “Temple Organique” installation thierry
Pages 112, 113 “Les Porteurs de Cendre”, installation et
Ehrmann, photo de Marc del Piano.
sculpture monumentale de thierry Ehrmann & Marc del
Pages 155 “couloir Eros et Thanatos” installation thierry
Piano, photo Marc del Piano.
Ehrmann, photo de Lukas Zpira.
Pages114 Vue Nord et face Ouest (façade de l’Orient) de La
Demeure du Chaos coté rue de la République photo Marc Pages 156, 157 Entrée principale de La Demeure du Chaos
avec “Pi” peinture de Cart1 selon une forme élaborée par
del Piano.
thierry Ehrmann dans le cadre de sa conception de la DDC,
Pages 115 Vue Nord et façade Est et Nord de la
photo Marc del Piano, “12 résistants” peinture de LDATB
“Salamandra “de La Demeure du Chaos, coté rue de la
selon une forme élaborée par thierry Ehrmann dans le
République photo Marc del Piano.
cadre de sa conception de la DDC, photo Marc del Piano.
Pages 116, 117 ”Oiseau de feu”, installation et sculpture
Pages 158, 159 “Nos arbres qui sont aux cieux” installation
monumentale de thierry Ehrmann, photo Marc del Piano. et sculpture végétale de thierry Ehrmann, photo Marc del
Pages 118, 119 Vue Est de La Demeure du Chaos des princi- Piano.
pales installations et sculptures monumentales de thierry Pages 160, 161 Container Borderlinebiennal.org/
Ehrmann, photo Marc del Piano.
iso668~zxx” installation et sculpture thierry Ehrmann
Pages 120, 121 Vue aérienne d’ Overground” installation et “Vanitas Company LTD, photo Marc del Piano.
sculpture monumentale de thierry Ehrmann, photo Marc Pages 162, 163 “Mur de l’Est ““La mer d’Aral, work in
del Piano.
progress” au fond “Overground” vue de nuit, ensemble
d’installation sculpture et forme de thierry Ehrmann,
Pages 122-125 Temple protestant de Saint Romain de
Couzon (1630/1685),(Re)découverte de thierry Ehrmann, photo Marc del Piano
photo Marc del Piano.
Pages 164 Container Borderlinebiennal.org/iso668~xyy”
Pages126, 127 La vidéo d’Envoyé Spécial (sur DailyMotion) installation et sculpture thierry Ehrmann “peinture de
©2006 France 2 - Envoyé Spécial - 23 /02/2006 - Portrait Goin “Iso 668~Napoli(UK)” selon une forme élaborée par
thierry Ehrmann dans le cadre de sa conception de la DDC,
de thierry Ehrmann à La Demeure du Chaos avec : Loic
Tanant, Bernard Montpert, Eric Soudan et Claudine Seguin. photo Marc del Piano.
Agence de Presse Noon et LM production. Photo Marc del Pages 165 Container Borderlinebiennal.org/iso668~xx’y”
Piano.
installation et sculpture thierry Ehrmann “peinture de
Pages 128, 129 Célèbre panneau publicitaire déclassé par Yining Zhao “Iso 668~ weapon of mass destruction
arrêté pour devenir un “work in progress” selon une forme (WMD) “selon une forme élaborée par thierry Ehrmann
élaborée et des textes de thierry Ehrmann dans le cadre de dans le cadre de sa conception de la DDC, photo Marc del
sa conception de La Demeure du Chaos avec la complicité Piano.
de Paul Bocuse. Photos Marc del, Piano, archives du musée Pages 166, 167 Versus 0.1 Final Lukas et Satomi Zpira /
l’Organe, photo thierry Ehrmann.
XeddyX / Tarik / David / Marquis, vidéo HD de Marc del
Piano dans le cadre du scénario original de la Borderline
Pages 130 Mathieu Briand “Ubïq: a Mental Odyssey-The
Mental Ship in Kaos-2007”. Courtesy the artist and Galerie Biennial de thierry Ehrmann.
Maisonneuve. Dessin de Marc et effets spéciaux de Marc
Pages 168, 169 Vue de la façade principale à travers
del Piano selon une forme de mathieu Briand et le regard “Ground Zero” photos Marc del Piano.
post mortem de Stanley Kubrick.
Pages 170 Vue de la façade avec en premier plan “Red
Page 131 “portrait Stanley Kubrick” par Thomas Foucher
swiming pool” installation de thierry Ehrmann, photos
selon une forme élaborée par thierry Ehrmann dans le
Marc del Piano.
cadre de sa conception de la DDC, photo Marc del Piano.
Pages 171 Vue de la façade avec en premier plan
Page 132, 133 “le Future de La Demeure du Chaos “selon
ContainerBorderlinebiennal.org/iso668~yxx’y” installades textes 1999/2007 élaborés par thierry Ehrmann dans le tion et sculpture thierry Ehrmann “peinture de Cart1 “Iso
cadre de sa conception de la DDC, photo Marc del Piano.
668~ Guantanamo “selon une forme élaborée par thierry
Ehrmann dans le cadre de sa conception de la DDC, photos
Page 134, 135 “le Future de La Demeure du Chaos II”
selon des textes 1999/2007 élaborés par thierry Ehrmann Marc del Piano.
dans le cadre de sa conception de la DDC, Container
Pages 172 Autoportrait Lukas Zpira.
Borderlinebiennal.org/iso668~XXX” installation et sculpture thierry Ehrmann, photo Marc del Piano.
191
Pages 177 “Deo Gracias” portrait de thierry Ehrmann par
Lukas Zpira.
Pages 178 Portrait de Marc del Piano en I.R.par Ingrid J.
Pages 179 Œuvres de Marc del Piano.
Pages 180 “Finis Gloria Mundi” d’après Juan de Valdes Leal,
peinture de LDATB selon une forme élaborée par thierry
Ehrmann dans le cadre de sa conception de la DDC, photo
Marc del Piano.
Pages 181 “la Cour des Papes” huit peintures de LDATB selon une forme élaborée par thierry Ehrmann dans le cadre
de sa conception de la DDC, photo Marc del Piano.
Pages 182, 183 “Finis Gloria Mundi” texte original de
thierry Ehrmann (1985 G.N.L.F./2007) dans le cadre de sa
conception de la DDC, photo Marc del Piano.
Pages 184, 185 Eclairage de la partie intime de
“Overground” installation et sculpture monumentale de
thierry Ehrmann, photo Marc del Piano.
Pages 186 Portraits de Kurt Ehrmann, Josette Mey, Nadège
Ehrmann, Sydney Ehrmann par Lukas Zpira
Page 187 Portraits de Alexandre Cardinali, Chantal et Luc
Pommier, Thierry Loir, Fabrice Garde par Lukas Zpira
Page 188 Portraits de Cart1 par Lukas Zpira, Yining Zhao
par Marc del Piano, Thomas Foucher par Lukas Zpira et
Goin par Marc del Piano.
Pages 192 Mosaïque de vues, provenance archives Musée
l’Organe, thierry Ehrmann, photos Marc del Piano, portrait
de Monseigneur Barbarin par Eric Soudan, la Taverne de
Dada, Ben Imperator, Eric Soudan pour Envoyé Spécial,
Anny Brunelle, Tarik, Denis et l’acier, thierry Ehrmann après
l’accident, LV by Goin.
ph. Marc del Piano, Eric Soudan, Hauviette Bethemont, Sydney Ehrmann, video Alexandre Cardinali
1993-2007 © Tous droits réservés pour tous les pays incluant la Russie et la Chine. - 1993-2006 © All rights reserved for all countries including Russia and China.
Mille fois la première question de mes
visiteurs abasourdis par la Demeure du
Chaos est “Pourquoi ?”.
La réponse me replonge en 1999
quand, après avoir dévoré le veau d’or
dans le grand festin paganiste du siècle dernier, je cherchais à nouveau ce
monde gnostique.
Ma seule rédemption passait de nouveau par cette terrible épreuve, renaître par ma damnation première, la
démence que l’on reçoit comme une
onction suprême à la naissance pour se
transcender dans l’art. Cette fureur maniaque, ma sulfureuse maîtresse, sera de
nouveau ma complice avec ses troubles
de l’humeur. Elle donnera la vie à ma
plume pour écrire une longue, une très
longue histoire qui naît de la nuit des
temps, s’abreuve du chaos alchimique,
prima materia de ce XXIe siècle tragique et somptueux pour s’incarner dans
ma chair et mes œuvres et retrouver le
monde des demeures philosophales.
Il fallait accomplir ce Grand Œuvre,
quel qu’en soit le prix, le hurlement des
gueux, la vindicte des hommes en noir,
l’anathème des moralistes. Mais tous
oubliaient que depuis la naissance du
droit, il n’y a ni crime ni délit lorsque le
prévenu est en état de démence ou contraint par une force majeure.
Cette démence de l’acte artistique, cette
force majeure qu’est la folie créatrice permet à l’homme depuis des millénaires de
bâtir des temples, des catacombes, des
charniers, des lieux de génuflexion, des
calvaires, des labyrinthes, des Golgotha,
des oratoires, des chemins de croix, des
sanctuaires, des prieurés, des cathédrales de lumière.
Tous ces mots, fidèle lecteur, désignent
la Demeure du Chaos dont la dualité
est l’Esprit de la Salamandre, le souffle
alchimique de la Demeure.
Alors, à ta véritable question, “pourquoi
cette noirceur ?”, je te réponds simplement : quand tu verras la noirceur, réjouis-toi car c’est le début de l’Œuvre...
thierry Ehrmann
©
-
EDITION
“Why?” is the first question I have
been asked a thousand times by the visitors, stunned by the Abode of Chaos.
The answer brings me back to the year
1999, as i found myself looking once
again for this gnostic world, after the
golden calf was devoured during the
great pagan feast of the last century.
Experience one more time this terrible
ordeal and transcend through art
to finally reach redemption. Rebirth
through the very first damnation, this
insanity we received at birth like a supreme unction.
A maniacal fury, my sulphurous mistress and her mood disorders, will
once again be my accomplice. She will
bring my quill to life, for me to write
a very long story, that emerges from
the dawn of time, quenches its thirst
in the Alchemical Chaos, materia prima
of this tragic and sumptuous XXI Century, and incarnates itself in my flesh
and creations and recover the world
of the Dwellings of the Philosophers.
The Great Work had to be accomplished, no matter what the price, no
matter how loud the beggars’s howl,
the vindication of the men in black or
the moralists’s anathema. But many
forgot that since the beginnings of
law, there is no crime nor offence
when the accused is in a state of insanity or constrained by an act of God.
This dementia of artistic creation, the
power of its creative madness have
since milleniums made it possible for
mankind to build temples, catacombs,
mass graves, places of genuflexion,
calvaries, labyrinths, Golgotha, oratories, via crucis sanctuaries, priories
and cathedrals of light. Each of these
words, dear faithful Reader, describes
the Abode of Chaos and its dual aspect:the Spirit of the Salamander, the
alchimic breath of the Abode. To your
actual question, “why this darkness?”
would therefore simply answer:
“when you see the darkness, rejoice
for the Opus starts now...”