Le numérique au service de l`agriculture
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Le numérique au service de l`agriculture
LE NUMERIQUE AU SERVICE DE L'AGRICULTURE VENDREDI 24 JANVIER 2014 : 14H30 Yann PRIMO Chambre d’agriculture du Finistère Brest Emmanuelle BRIANT Elevage porcin Jean-Jacques DENIEL Producteur de lait Plabennec Yves LE ROUX Maraîcher Milizac Salon AZIMUT Les 23, 24 et 25 Janvier 2014 Parc des Expositions de Penfeld 1 Yann PRIMO : Bonjour. On va commencer la table ronde sur le numérique au service de l’agriculture. Cette intervention vous est proposée par la Chambre d’agriculture. Je me présente, je m’appelle Yann PRIMO et je travaille pour la Chambre d’agriculture du Finistère, je suis basé à Brest et donc je travaille en tant qu’animateur de groupes. Ça veut dire que je suis au service des groupes des développements qui réfléchissent sur des questions autour de l’agriculture et ensemble on identifie des pistes pour la réalisation des projets. Je viens vous parler du numérique au service de l’agriculture et avant de présenter les trois personnes qui vont témoigner, je vous donne une petite introduction par rapport à ça. Donc nous savons que l’agriculture d’aujourd’hui n’est pas l’agriculture d’hier et ne sera pas l’agriculture de demain. L’agriculture c’est une histoire en perpétuelle évolution. Vous qui êtes là aujourd’hui dans le cadre de l’orientation professionnelle, c’est vous qui allez participer à l’avenir de votre société et donc ceux qui sont engagés dans l’agriculture doivent se poser des questions par rapport à l’avenir. On constate que l’agriculture est en mutation parce que nous sommes confrontés à des enjeux d’avenir, des enjeux importants. Le premier c’est la démographie qui est caractérisée donc par une croissance et d’autre part, nous sommes confrontés à une diminution des ressources naturelles. Néanmoins, les enjeux sont là et ils sont de plus en plus importants. La plus évidente c’est nourrir les hommes mais l’autre c’est aussi produire des matières premières. Parce qu’on saura qu’avec plus de personnes sur terre on ne peut pas perpétuellement épuiser les ressources, donc il faut qu’on trouve des solutions et également il faut qu’on veille sur la production des ressources énergétiques. Et là quand on regarde l’avenir sous cet angle-là, nous constatons que l’agriculture est au cœur de tous ces sujets et qu’elle restera donc un secteur indispensable. Dans cette évolution, les choses évoluent, l’agriculture est en mutation dans une perspective qui est assez claire, c’est qu’on doit produire autant, voire plus, même mieux et avec moins. Mieux parce que nous avons des exigences de tous genres et moins parce que les ressources sont en diminution. Cette mutation elle est décrite à l’heure actuelle par le concept agriculture écologiquement intensive ou bien agriculture écologiquement performante. Pour le sujet, le numérique et bien on va voir à travers des témoignages que le numérique intervient au niveau du technique et le technique c’est la base de l’agriculture de l’élevage. Dans l’approche développement durable, on va voir que sur le volet économique, bien le numérique peut nous aider dans l’analyse de nos performances. Au niveau de l’environnement ou l’entrée écologique, on sait que l’on doit maîtriser nos interventions et donc ça c’est fait par l’observation des indicateurs. Et au niveau social, on sait que le numérique peut nous aider dans un allègement du travail. On va se présenter peut-être. Ici à côté de moi, on a Yves LE ROUX, Manu BRIANT et JeanJacques DENIEL. Et je vais demander à Manu d’abord, est-ce que vous pouvez vous présenter ? Nous dire quelle est ton activité, peut-être dévoiler ton parcours professionnel et de formation et ensuite nous indiquer un peu quelles sont les applications du numérique dans votre métier ? 2 Emmanuelle BRIANT : Bonjour, Emmanuelle BRIANT. Je travaille dans une ferme, avec 6 autres associés, laitière et porcine. Au niveau du porc, je m’occupe de la conduite d’élevage qui va donc des inséminations jusqu’à la mise bas et l’engraissement des cochons. Au niveau du parcours d’études, donc j’ai fait un Bac S Agricole, après j’ai fait un BTS production animale et ensuite un CS en spécialisation porcine. Donc j’ai fait à peu près 8 ans de salariat derrière, je me suis installée il y a un mois. Au niveau des applications numériques, donc on s’en sert pour enregistrer les données. Tous les enregistrements de mise bas, le nombre de porcelets, les échographies aussi et pour gérer l’alimentation ou la ventilation. Yann PRIMO : D’accord, merci. Jean-Jacques, veux-tu te présenter ? Jean Jacques DENIEL : Bonjour à tous. Jean-Jacques DENIEL, je suis producteur de lait sur la commune de Plabennec. Ça fait 20 ans maintenant que je suis producteur de lait, donc la formation pour moi ça remonte à un peu plus longtemps quand même. J’ai fait à l’époque un Bac suivi d’un BTS agricole. Agriculteur depuis 20 ans et j’ai une cinquantaine de vaches laitières avec la particularité, c’est que les vaches laitières sont traites par un système de robots depuis maintenant 6 ans d’où l’utilisation forcément des nouvelles technologies par ce biais-là. Yann PRIMO : Merci. Yves ? Yves LE ROUX : Oui bonjour. Moi, c’est Yves LE ROUX, je travaille dans le maraîchage sous serres en tomates sur la commune de Milizac sur 7,7 hectares et on emploie 35 personnes pour le moment. Mon parcours, j’ai fait un Bac STAE, ensuite j’ai fait un BTS production horticole à Saint-Brieuc. Et nous dans le numérique aussi, on ne travaille qu’avec le numérique, l’informatique c’est indispensable pour nous. Tout ce qui est gestion de la plante, gestion de l’arrosage, du climat, les alarmes, tout passe par ça. On ne peut pas s’en passer. Dès qu’il y a un défaut, ça sonne dès que ça ne marche pas. Yann PRIMO : Bon merci. Vous avez vu, on a invité deux représentants de la production en élevage donc lait et porc et alors Yves vient nous parler de la production végétale sous serres. Il faut savoir que dans la production de légumes de plein champ, l’informatique est présent aussi, mais on pense qu’avec l’ensemble des témoignages qu’on va pouvoir présenter, les différentes applications en légumes de plein champ seront signalées. Maintenant on va rentrer dans le vif du sujet. Le numérique, l’informatique au service de l’agriculture et on va commencer par la base. La base c’est le travail du sol, la préparation du 3 sol pour l’implantation des cultures. Je vais demander à Jean-Jacques de nous dévoiler comment la fertilisation raisonnée des sols est possible avec l’aide du numérique. Jean Jacques DENIEL : Déjà peut-être la première chose que je voudrais signaler c’est que tout à l’heure Yann parlait des concepts d’agriculture écologiquement intensive ou autre et la base de ces concepts, c’est quand même de produire autant sinon plus avec moins. Mais pour produire avec moins donc produire mieux quelque part, à la base il faut quand même mesurer ce que l’on fait, quoi. Et ces outils de plans de fumure et de cahiers de fertilisation permettent quand même de mesurer ce qui a été mis et de le noter et de l’historier année après année de manière à garder l’histoire un peu de ce qui a été fait et de la manière dont ça a été fait, quoi. Ces deux choses qui sont là pour… c’est un outil d’aide à la décision au quotidien pour dans tout ce qui est plan de fumure, dans le mot plan, il y a prévision. La prévision de la fertilisation des cultures sur la campagne de culture à venir qui se fait une fois l’an et après le cahier de fertilisation qui lui va permettre d’enregistrer au fur et à mesure de l’évolution des cultures le travail réalisé au quotidien. Et justement là, l’informatique a quand même l’énorme avantage de la mémoire, de garder la mémoire des écrits comme on dit, pour pouvoir répondre aux exigences règlementaires auxquelles sont soumis les agriculteurs aujourd’hui. C'est-à-dire de tenir un peu une comptabilité de ce qui est épandu dans les champs. Yann PRIMO : D’accord. Et ici, on parle de plans de fumure, donc c’est prévisionnel et cahiers des fertilisations. Est-ce que tu peux juste nous dire quelle est la différence entre les deux ? Jean Jacques DENIEL : Le plan de fumure c’est une fois l’an, c’est de la prévision et le cahier des fertilisations, lui c’est le réaliser ensuite. C’est ce qui a été fait, c’est les enregistrements au quotidien. Yann PRIMO : D’accord. Je ne sais pas comment on va procéder, si vous avez des questions par rapport aux sujets qu’on vient de dévoiler. Peut-être vous levez la main tout de suite et on peut prendre la question, sinon on évolue petit à petit, on vous montre les différentes applications et à la fin on peut revenir éventuellement sur quelques questions qui vous interpellent. Jean Jacques DENIEL : Peut-être rajouter quelque chose concernant les nouvelles technologies aussi en matière de culture et de fertilisation, c’est l’arrivée quand même de systèmes de géolocalisation. Je m’explique, en utilisant les GPS ou le matériel, ça permet quelque part directement sur le matériel d’enregistrer ce qui a été fait à l’endroit précis. Et de pouvoir remettre ça après une fois rentré à l’exploitation sur des cartes de manière vraiment là à avoir une localisation extrêmement précise. Et ça permet aussi d’éviter les doublons à certains endroits et quelque part une économie aussi pour l’agriculteur. 4 Yann PRIMO : Tout à fait. Emmanuelle, on va parler un peu plus de la production porcine et donc le point qu’on aimerait bien aborder avec vous, c’est la conception des bâtiments dans lesquels les animaux sont abrités et comment à l’aide du numérique nous pouvons créer les conditions optimales pour la croissance de ces animaux. Emmanuelle BRIANT : Au niveau porcin en fait, chez nous on vient de construire un nouveau bâtiment. Là-dessus, on a mis des régules qui contrôlent la ventilation et donc la température par là même. On met des consignes par exemple à 21°, si jamais ça va au-dessus on aura des trappes qui vont s’ouvrir en fait pour aérer un peu plus la pièce pour que les truies soient dans de meilleures conditions, dans les conditions optimums. Si jamais les températures vont beaucoup trop haut, du coup on a un système de vérins qui ouvre les fenêtres et les portes afin de ventiler encore un peu plus la salle. En même temps on reçoit un coup de téléphone pour nous dire qu’il y a un problème et qu’il faut aller autour. Yann PRIMO : Très bien. En parlant, nous affichons quelques images et est-ce que vous pouvez nous commenter les images ? Emmanuelle BRIANT : Sur la photo de gauche, on voit l’oreille d’une truie. A ce niveau-là on accroche un badge ou une puce, cela permet en fait aux truies d’être détectées au niveau du système d’alimentation. On n’a plus besoin d’aller leur donner à manger, c’est le DAC qui fait par lui-même. Donc le DAC c’est un distributeur automatique. Donc la truie au niveau de l’ordinateur, on va lui mettre sa ration et après elle va toute seule et elle est détectée et elle a sa ration pour la journée. Yann PRIMO : Plusieurs personnes ont entendu parler des mises aux normes 2013 du bien-être animal. L’image qu’on voit en deuxième est-ce que ça donne une explication ? Emmanuelle BRIANT : Oui, oui tout à fait. C'est ce qui a été mis en place notamment chez nous. Les truies doivent être en liberté, ne doivent plus être bloquées en gestation, donc chez nous on a mis des salles de 31 places à peu près, les truies évoluent là, elles font le train-train quotidien. En gros dormir à peu près, dormir et manger. Mais on n’a plus besoin d’aller autour. Yann PRIMO : D’accord et donc ce système numérique a permis de suivre l’alimentation de chaque animal ? Emmanuelle BRIANT : 5 Avec ce système d’alimentation en liberté, l’alimentation est faite par animal alors qu’avant c’était à la vanne, on pouvait avoir 5 truies sur une même vanne, on ne pouvait pas contrôler exactement ce qu’elles mangeaient. Yann PRIMO : D’accord. Là on retrouve un peu le même principe de la bonne dose au bon moment. On a vu en fertilisation, en alimentation des animaux on peut appliquer les mêmes principes. Emmanuelle BRIANT : Oui, oui, tout à fait. C’est beaucoup plus facile justement de leur donner à manger la dose qui leur faut. Yann PRIMO : Merci. Yves ? Yves LE ROUX : Oui. Yann PRIMO : Je propose que… Vous allez nous expliquer un peu en tant que producteur de tomates sous serres, comment l’informatique vous aide, le numérique vous aide dans la maîtrise du climat. Yves LE ROUX : Alors comme dans une serre, une serre c’est fermée. Donc on arrive à maîtriser le climat. Il faut savoir qu’une plante pour qu’elle pousse il faut maintenir à peu près 20° dans la journée, c’est comme nous on se sent bien. Donc pour ça il faut chauffer, donc on va chauffer à l’aide d’une chaudière et d’une cogénération aussi et donc il y a des capteurs dans la serre qui nous permettent de savoir la température réalisée et nous derrière on met des consignes dedans si on veut plus ou moins chauffer en fonction de la force et de la vitesse de la plante. Tout ça c’est nous qui le déterminons, qui mettons dans un logiciel les différents températures. C’est comme en porcherie comme tout à l’heure on l’entendait, c’est que si la température, on demande 20°, si la température arrive à 21 bien on ouvre les carreaux aussi de la serre pour éviter que l’hygrométrie monte dedans. Yann PRIMO : Vous avez parlé de cogénération, vous pouvez expliquer un peu ? Yves LE ROUX : Alors la cogénération c’est un gros moteur qui consomme du gaz qui produit de la chaleur, cette chaleur est utilisée dans nos serres pour chauffer, qui produit de l’électricité qui est revendue à EDF et qui aussi produit du CO2 et du CO2 qui est indispensable pour nos plantes et qu’on utilise aussi dans la serre et qui est utilisé 5 mois de l’année. 6 Yann PRIMO : Si je comprends bien le numérique et la cogénération sont deux moyens pour optimiser les ressources d’énergie. Yves LE ROUX : Oui parce qu’en même temps comme une cogénération ça produit de la chaleur, donc on l’utilise et ça produit de l’électricité en même temps. C’est une génératrice qui est mise au bout du moteur et c’est un moteur qui dure… enfin on a un contrat de 12 ans, donc après qui peut être renouvelé ou pas en fonction du moteur, comment il est au bout de 12 ans. Yann PRIMO : Merci. On va vous montrer maintenant une autre application du numérique. Vous êtes tous utilisateurs d’internet, vous consultez régulièrement des petits clips sur YouTube et nous aussi nous utilisons YouTube pour faire véhiculer de l’information et on va vous montrer un petit exemple d’un petit film que nous avons réalisé et dans lequel Jean-Jacques montre à ses confrères comment il utilise pour le pilotage de son robot son smartphone. Bon pour des problèmes techniques nous ne pouvons pas vous faire écouter le son, mais Jean-Jacques voit en direct ce qui se passe et il va nous expliquer comment ça fonctionne. Jean Jacques DENIEL : Je vais essayer de faire ça en direct. Comment dire ? Donc l’idée c’est, mon robot qui trait les vaches, il est forcément commandé par un ordinateur et l’idée c’est d’en prendre le contrôle à distance via une application qui s’appelle TeamViewer qui est disponible gratuitement pour tout le monde et qui permet de prendre à distance le contrôle du PC. Bon ici on voit la machine qui trait les vaches. Yann PRIMO : C’est seulement toi qui peux prendre le… ? Jean Jacques DENIEL : Donc là c’est les commandes de la machine, c’est un ordinateur. Yann PRIMO : C’est un tableau tactile qui est directement lié, qui est monté sur l’ordinateur ? Jean Jacques DENIEL : Oui, c’est un tableau de commande tout simplement. Yann PRIMO : Et qu’est-ce que vous pouvez commander ? 7 Jean Jacques DENIEL : Bien l’ouverture des portes, fermeture des portes, libération de l’animal et puis le contrôle de sa production et de plusieurs autres critères techniques liés à la machine, de l’alimentation et j’ai envie de dire « j’en passe et des meilleurs ». Yann PRIMO : D’accord et donc est-ce que c’est uniquement vous qui pouvez accéder à ça ? Jean Jacques DENIEL : Non enfin moi je peux y accéder via un mot de passe bien sûr, mais imaginons qu’il y ait un problème technique sur la machine, je peux donner la main à un technicien à distance pour que lui intervienne sur ma propre machine et résolve le problème le cas échéant. Yann PRIMO : D’accord. Maintenant on va voir juste en image comment vous pouvez prendre le contrôle avec votre smartphone, donc déjà le lien direct entre le robot et votre ordinateur permet de piloter le robot à partir de votre bureau et si vous êtes absent, vous pouvez avec votre smartphone à distance prendre le contrôle de… Jean Jacques DENIEL : Oui, il suffit d’avoir une connexion internet, peu importe l’outil qui est utilisé que ce soit un autre PC, une tablette, un smartphone, il suffit d’avoir une connexion internet et du coup on retrouve sur l’écran qu’on utilise à ce moment-là, l’écran d’origine, on va dire. Yann PRIMO : D’accord. On a vu l’exemple du robot de traite, mais il paraît qu’en production laitière il y a d’avantage de manipulations qui sont robotisées. Vous pouvez donner quelques exemples ? Jean Jacques DENIEL : La traite en production laitière, la traite c’est le principal travail mais c’est forcément làdessus qu’à l’origine tout ce qui est robotisation, automatisation a été développé mais il y a d’autres critères qui sont automatisés quand même de plus en plus notamment tout ce qui est alimentation avec des systèmes d’alimentation automatiques de distribution de fourrage et on a également des système de raclage, de nettoyage aussi qui sont automatisés. Yann PRIMO : Et ce sont des exceptions ou ce sont des tendances ? Jean Jacques DENIEL : Je pense que c’est une tendance lourde on va dire parce que le travail quand même, la gestion du travail au quotidien pour nous et de sa pénibilité, autant en termes de volume qu’en termes 8 de pénibilité, c’est quand même une priorité pour beaucoup d’exploitants. Donc voilà l’agriculture devient un métier résolument moderne et donc je pense que l’automatisation et la modernisation et la robotisation de beaucoup de tâches, j’avais envie de dire « des tâches primaires » c’est des choses qui sont amenées à se développer je pense de manière assez rapide. Yann PRIMO : D’accord. Jean Jacques DENIEL : Il y a une dame qui a une question. Yann PRIMO : Ah oui. Question du public : Concernant justement, bonjour déjà, concernant l’automatisation effectivement ça vous permet de diminuer la pénibilité comme vous le disiez et puis faciliter le travail et les tâches du quotidien, mais justement cette automatisation quand elle tombe en panne tous ces robots, ces choses-là, comment vous gérez ces « moments de crise » et est-ce que vous êtes dépannés rapidement ce qui on le sait bien n’est pas toujours le cas. Quand on voit rien que la réparation d’une machine agricole ça peut traîner parfois assez longtemps, donc là ce sont quand même des animaux, enfin il faut que les vaches soient traites tous les jours, comment vous gérez cela en fait ? Jean Jacques DENIEL : La question est très bonne parce qu’effectivement quand on parle de robot pour la traite des vaches, c’est du 24 heures sur 24. Pour donner un chiffre grosso modo, donc chez moi il doit traire vraiment en 16 et 17 heures sur les 24 heures. Après il y a un peu de temps libre, il y a un petit peu de temps de lavage mais ça laisse quand même une marge de manœuvre qui est faible. Donc voilà après ça arrive que ça tombe en panne, donc nous on est prévenu par téléphone, il y a un gestionnaire d’alarme et derrière ça j’ai deux choses, la première c’est que nous on doit se former pour intervenir sur notre propre machine, la connaître, intervenir dessus et être capable de traiter, j’ai envie de dire un premier niveau de problèmes nous même que ce soit le jour ou la nuit. Bon voilà ça fait partie, on a parlé de formation tout à l’heure, de mon cursus. Après une fois qu’on est dans le métier, il y a la formation continue quand même au fil des années, c’est « vachement » important de se tenir informé sur les évolutions et sur notre métier pour pouvoir faire face nous-même et la deuxième chose c’est l’intervention de techniciens. On est quand même entourés de personnes qui sont là pour former et qui sont des spécialistes de ces machines et qui sont capables d’intervenir rapidement. Quand je dis rapidement, quand on nous vend ça souvent, on va nous dire que dans les 2 heures c’est dépanné. C’est souvent à la gravité, mais je pense que 2 heures c’est un ordre d’idée. Donc ça 9 veut dire derrière aussi qu’il y a quand même dans les métiers qui gravitent autour de nous, ce sont des nouveaux métiers aussi, des nouvelles responsabilités liées à ces métiers-là avec un réel savoir-faire qu’il faut acquérir derrière, quoi. Parce qu’il faut que ces gens-là qui en général sont des techniciens en robotique, en électronique ou tout autre, soient capables aussi de comprendre la contrainte qui est la nôtre qui elle est liée au vivant et au monde animal, pour ce qui me concerne. J’ai répondu à la question ? Yann PRIMO : Après la production laitière, on va revenir sur la production porcine et là tout à l’heure nous avons parlé de l’organisation des bâtiments avec la gestion des ambiances, température, lumière, air et l’alimentation adaptée aux besoins des animaux. Est-ce que vous pouvez maintenant nous expliquer un peu comment vous relayez la technique, les performances techniques et l’analyse des résultats économiques ? Emmanuelle BRIANT : Pour enregistrer les données, j’ai un programme sur un ordinateur qui me permet d’enregistrer le nombre de porcelets par mise bas, le nombre de sevrés, le nombre de mortnés, quelles truies étaient pleines. Suite à ça avec un technicien on fait le point régulièrement, donc par trimestre, pour voir si on est en amélioration, si on a des soucis sur d’autres points et donc on essaie de pallier en fonction de ces résultats-là que j’ai enregistrés avant dans l’ordinateur, on essaie de pallier à ces manques-là par la suite. Yann PRIMO : D’accord. A nouveau on a mis quelques images en soutien. Est-ce que vous pouvez commenter un peu ce qu’on voit ? Emmanuelle BRIANT : Sur celle de gauche, on me voit en train de faire les échographies. Un mois après l’insémination, je contrôle les truies pour voir lesquelles sont pleines, lesquelles sont vides. Celles qui sont pleines du coup iront en gestation dans une autre salle et je les mettrai du coup après sur l’ordinateur pour que l’alimentation suive son cours. Yann PRIMO : Très bien. Des questions ? Sinon on va à nouveau donner la parole à Yves. Et donc là on a vu dans l’ensemble des productions la branche technique avec le suivi des indicateurs, une analyse technico-économique pour veiller sur la viabilité de l’activité et maintenant la mise en marché. Est-ce que là pour la mise en marché, il y a aussi des applications informatiques ? Yves LE ROUX : Comment dire ? Oui, pour pouvoir vendre nos tomates on doit remplir un cahier des charges qui s’appelle GlobalGap. Par rapport à nos clients, tout ce qui est clients allemands, anglais qui sont assez exigeants, donc on nous demande de remplir un cahier qui va en fin de compte 10 du producteur jusqu’au consommateur. C'est-à-dire que nous on produit des tomates sur notre exploitation. Il y a certains produits comme de la grappe qui sont conditionnés chez nous et d’autres produits comme la tomate cerise et la cœur de pigeon sont plus conditionnés à la coopérative. Après tout ce qui est conditionné chez nous est envoyé aussi à la coopérative qui est contrôlé et qui est agréé avec un numéro derrière qui nous permet de déterminer à qui appartient ce lot. Après derrière comme ça on a une traçabilité du produit. Tout ce qui est petits fruits en cerises et cœurs de pigeon c’est mis en barquette ou après ça dépend de chaque grossiste. C'est mis en barquette, il y aura un numéro avec le code du producteur et après derrière on peut suivre ça jusqu’à la distribution. Moi je m’appelle LE ROUX, si jamais vous voyez des tomates cerises ou des cœurs de pigeons L060 vous saurez que ça vient de chez moi. Autrement ça nous permet de déterminer un peu en fin de compte toute la maîtrise de la filière en fin de compte du début jusqu’à la fin. Yann PRIMO : D’accord et donc cette traçabilité elle peut se décliner aussi au niveau de l’exploitation ellemême ? Est-ce qu’on peut voir les différentes étapes de production, les temps qui sont liés à tout cela ? Yves LE ROUX : Au niveau du conditionnement tu dis ? Yann PRIMO : Oui, dans la serre même ? Yves LE ROUX : Nous dans la serre, c'est-à-dire que comme on emploie 35 personnes en ce moment et on va monter à 70 salariés sur le mois de juin, donc on emploie beaucoup de personnes, donc en fin de compte chaque personne qui arrive a un numéro, un badge, il pointe en fin de compte. Toute la journée il pointe chaque travail qu’il va réaliser. On sait que si une personne a récolté le rang numéro 5 en grappe, bien on saura que c’est telle personne qui la cueillie. Et après on sait une fois qu’elle a cueilli que son chariot est arrivé en station de pesage, donc on le pèse et on peut rectifier le tir si jamais les produits ne sont pas conformes et si jamais le poids n’est pas dedans. Et après derrière comme ça, ça nous permet de voir aussi l’évolution en temps de travaux sur nos variétés et de voir si on est bon, si on est cohérent ou pas. Ça permet de voir une évolution après derrière sur les années à venir. Yann PRIMO : Si j’ai bien compris cette traçabilité permet d’une part, de garantir la qualité de la production jusqu’à la consommation et d’autre part, en cas de problème de comprendre où se situe le problème et par la suite analyser comment on peut l’éviter. Yves LE ROUX : 11 Oui on aime bien satisfaire nos clients. C'est-à-dire qu’on ne veut pas les perdre sur les années à venir. Nous quand on produit la tomate, on produit la tomate de qualité, enfin on essaye toujours et derrière on essaye de faire chez nous une bonne traçabilité. C'est-à-dire que les fruits qui sont abîmés ou qui sont éclatés il faut qu’on les mette de côté et après derrière Saveol fait un deuxième agréage qui permet de vérifier le produit si on est vraiment conforme ou pas. Yann PRIMO : D’accord. Bon on a essayé de faire un petit tour des applications. Je voudrais savoir, est-ce que vous avez des questions ? Oui. Question du public : Tout d’abord, pour vous qui êtes producteur de tomates, ce n’est pas tout à fait dans le sujet, mais comment est vécu le fait justement que les salariés badgent après chaque tâche. Parce que ça peut être mal vécu pour eux, enfin comme un contrôle trop omniprésent ou pas. Et après une question plus globale. C’est vrai que maintenant tout le monde passe par le numérique, vous êtes sans doute plutôt des précurseurs que des suiveurs et comment c’est vécu par l’ensemble en fait du monde agricole, parce qu’au final il y en a beaucoup qui sont très, très réticents et au final on passe maintenant à une agriculture très productive et très intensive, ce qui est une obligation, mais comment c’est vécu en fait par les gens autour de vous et sachant qu’ici en Finistère, l’agriculture est encore très, si je peux me permettre, ancienne dans les manières de faire ? Yann PRIMO : 2 questions, la première question, on va demander à Yves de répondre et puis la deuxième, Jean-Jacques. Yves LE ROUX : Bien concernant le pointage des salariés, c'est-à-dire que quand on débute avec une personne donc on lui explique pourquoi on fait ça. C'est-à-dire qu’on lui explique que chaque rangée doit être pointée, ce n’est pas pour être derrière lui, pour être toujours derrière lui pour, pousser, pousser à la production, c’est surtout pour savoir sur l’évolution de son travail comment il réagit et pour savoir aussi quelle qualité de travail il y a. Et si jamais sur de la grappe on va passer admettons 15.000 heures/hectare sur la saison, bien on va perdre de l’argent. Donc ça nous permet un peu d’avoir une grandeur d’idée et que peut-être à ce moment-là il faudrait changer de variété. Et dans mon entreprise ça se passe très bien, tout le monde a agréé ce produit-là et nous ça nous permet aussi, bien comme là aujourd’hui il n’y avait que 2 personnes qui travaillaient sur les 35 parce que je n’avais pas besoin de plus et l’ordinateur m’a dit donc d’après le travail qui a été réalisé cette semaine, il me permet de déterminer le nombre de personne dont j’ai besoin le vendredi le matin ou l’après-midi. Yann PRIMO : 12 Juste en complément d’information, je pose aussi une question. Ces données-là elles restent uniquement à votre niveau ou est-ce que vous êtes dans des groupes d’échange pour voir par rapport à telle ou telle activité, chez moi ça se passe comme ça, chez un autre ça se passe comme ça et le fait qu’on peut avoir analysé en détail permet de trouver des marches de progrès ou identifier des progrès ? Yves LE ROUX : C'est vrai que sur Saveol on a un groupe d’échange, un groupe d’appui qui est assez important en fonction des variétés. Nous on envoie toutes nos données à Saveol, après Saveol les traite et nous le ramène en fonction de la variété qu’on a et par rapport au producteur après on peut voir l’évolution qu’on a en nombre d’heures sur chaque variété et à un moment donné ça peut nous poser une question de dire « mais comment ça se fait que cette personne arrive à bien travailler ? ». Après, on fait des réunions entre nous sur Saveol, on parle un peu de temps de travail et c’est vrai qu’il faut en parler, il faut communiquer entre nous et avec ces appuis-là ça nous permet aussi d’avancer. Il faut qu’on avance vers l’avenir. Yann PRIMO : Ça vous convient en réponse ? deuxième question, c’était par rapport à l’éventuelle réticence. Jean Jacques DENIEL : Sur l’autre partie de la question, je vais vous répondre. J’ai oublié de vous dire au début, moi je suis élu à la Chambre d’agriculture en plus d’être agriculteur, donc je voudrais répondre un peu à cette question-là. Quand vous dites que… Pour moi, le Finistère c’est un département qui est moderne et l’agriculture du Finistère elle est résolument moderne et peut-être plus que dans d’autres régions et le Finistère a toujours été et à mon avis, sera toujours et pour longtemps précurseur dans beaucoup de domaines. Et ça c’est une chose et la deuxième, comment le numérique est perçu par les agriculteurs en général ? Il y a quelque chose qui à mes yeux moi et je pense que mes collègues seront d’accord avec moi, c’est que derrière l’utilisation des nouvelles technologies, de cette modernité, il y a quand même quelque chose qui est très important, c’est l’aspect conditions de travail. Donc tout ce qui est condition de travail, que l’agriculteur dans son métier finalement puisse mettre de côté certaines contraintes qui sont liées à son métier, de pouvoir les atténuer avec l’aide de la technologie. Ça c’est une chose qui est très importante et la deuxième chose que je voudrais dire sur ce sujet-là, c’est que l’agriculture du Finistère, de la Bretagne et même de la France travaille de plus en plus avec des gens qui sont salariés et par ce biais-là il y a quand même toute la notion de temps de travail, de règlementation du travail qu’il faut respecter, qu’on est en devoir de respecter comme tous les autres. Et là-dessus je pense que pour illustrer mes propos, bon moi j’utilise un robot pour traire les vaches, j’ai un salarié chez moi, voilà il fait des horaires que je qualifierais de normaux, c'est-à-dire qu’il commence à 8 heures 30 le matin et il finit à 17 heures. Dans une exploitation qui trait les vaches avec une salle de traite de manière on va dire plus traditionnelle, on est obligé de faire des horaires de coupure comme ça se fait dans le 13 milieu hospitalier et ce n’est pas ce qu’il y a de plus confortable pour les salariés. Donc je pense que ça, c’est très important et quand on veut parler d’avenir, dans les 10 ans qui viennent, la moitié des chefs d’exploitation du département seront à remplacer, ça c’est lié à la pyramide des âges, et ils ne seront pas tous remplacés par d’autres chefs d’exploitation. Certains seront remplacés par des jeunes agriculteurs qui s’installent comme Emmanuelle, d’autres seront remplacés par des salariés, d’autres seront remplacés par de la mécanisation, par de l’automatisation, par des économies d’échelle aussi, par le fait qu’évidemment la modernité nous permet de travailler sur plus de volume par personne. Donc c’est un mélange de tout ça qui fait que finalement les agriculteurs vont s’adapter et finalement, je pense qu’on prend le train en marche comme tout le monde, je pense que ça se fait naturellement. Yann PRIMO : Des compléments d’information ? Yves LE ROUX : C'est vrai que comme disais Jean-Jacques, moi aussi je travaille avec TeamViewer. C’est vrai que le week-end, nous on n’a pas de traite à faire, par contre on prépare le travail pour le week-end. Donc là c’est mon frère qui est de service ce week-end, il aura une tablette à sa disposition, il travaille aussi avec TeamViewer, il se connecte à la serre pour savoir s’il y a des arrosages, des alarmes etc. Si chez lui, il arrive à dépanner donc avec la tablette TeamViewer, il arrive à réparer un arrosage qui déconne, sans problème et cela évite un déplacement et ça permet de rester aussi en famille après le week-end, c’est important aussi. Jean Jacques DENIEL : Si on veut attirer les gens vers nos métiers notamment des jeunes, je pense que travailler sur les conditions de travail et la modernité des métiers c’est quelque chose qui à mes yeux est indispensable et à la Chambre d’agriculture c’est un axe de travail qui est parmi les axes prioritaires. Là-dessus il n’y a pas d’ambiguïté. Yann PRIMO : D’autres questions ? Non ? Vous voulez peut-être apporter d’autres observations, non ? Jean Jacques DENIEL : Peut-être aussi pour compléter, on a parlé de beaucoup de choses qu’on utilise de manière spécifique que ce soit pour la gestion du climat dans les serres, la gestion des animaux dans les bâtiments ou de la traite chez moi, les agriculteurs utilisent aussi comme dans toutes les entreprises, des suites bureautiques, tableurs classiques, Excel et compagnie, c’est des tableaux de bord comme ça se fait dans une entreprise hors du monde agricole. C’est des choses qui sont… On est comme les autres, j’ai envie de dire. Yann PRIMO : s'il n’y a pas d’autres questions, il nous reste à vous remercier pour votre attention. 14