Baux commerciaux en cours : quels impacts du Grenelle 2 ?
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Baux commerciaux en cours : quels impacts du Grenelle 2 ?
O c to b re 2011 Les Rencontres Corporate Solutions Edito Entre démarche verte volontaire et pressions du Grenelle Baux commerciaux en cours : quels impacts du Grenelle 2 ? Les entreprises se tournent de plus en plus vers des espaces certifiés verts. L’offre d’immeubles correspondant à ces exigences est désormais sur le marché. Dans ce numéro, notre client Gras Savoye témoigne et revient sur les critères qui ont influencé le choix d’un immeuble vert pour leur nouveau siège. Le Grenelle est un vaste sujet que les lois Grenelle 1 et 2 ainsi que les décrets d’application à venir rendent aujourd’hui très concret. Si les propriétaires de l’immobilier d’entreprise y sont déjà sensibilisés, les locataires sont également en droit de se poser la question de ce qui les attend dans les années à venir. Dans le même temps, bailleurs et locataires vont être mis sous pression afin d’atteindre les objectifs ambitieux de performance énergétique des bâtiments exigée par le Grenelle d’ici 2020. Ainsi, au cours même de cette décennie s’engagera un mouvement de régénération du parc immobilier d’une ampleur jamais connue. Ce mouvement va certainement dépasser les seuls aspects relatifs aux exigences « vertes ». Il amènera les acteurs à s’interroger sur la notion d’immobilier durable qui intègre aussi les dimensions sociétale et économique. Le cadre légal Les immeubles et baux existants sont soumis à deux réglementations indépendantes : les lois Grenelle 1 et 2 et la Réglementation Thermique Existant. Les décrets d’application visant l’annexe environnementale prévue par le Grenelle 2 sont attendus pour la fin 2011. Cette annexe s’appliquera aux baux portant sur les bureaux ou commerces de plus de 2 000 m², au 1er janvier 2012 pour les baux conclus ou renouvelés et au 12 juillet 2013 pour les baux en cours. Elle a pour objectif de favoriser l’information du locataire sur la consommation énergétique des locaux et pourra prévoir des obligations ou objectifs à l’égard du L’offre Régénération Durable® développée par nos équipes Corporate Solutions répond à ces enjeux. Joël de Lafond Lors de notre deuxième édition des Rencontres Corporate Solutions, nous nous sommes penchés sur les nouvelles réglementations qui seront issues des lois Grenelle 1 et 2 et l’impact qu’elles pourraient avoir pour les locataires sur leurs baux en cours. Nous avons pour cela choisi de laisser la parole au Cabinet d’avocats Baker & McKenzie (BMK), représenté par Hervé Jégou, Local Partner, qui a exposé le cadre réglementaire des lois Grenelle 1 et 2 et sa problématique d’application au regard des baux en cours. Cet échange avec les spécialistes de l’immobilier durable du département Corporate Solutions de Jones Lang LaSalle (JLLCS), a donné lieu à une série de questions que toute entreprise est en droit de se poser : retrouvez Directeur du département Corporate Solutions Les Rencontres Corporate Solutions CHIFFRE-CLÉ DERNIÈRE MINUTE Sommaire Baux commerciaux en cours : quels impacts du Grenelle 2 ? page 1 Gras Savoye : « Un immeuble HQE® Exploitation sinon rien ! » page 4 La face cachée d’une certification HQE® : la performance énergétique page 9 -25% Interview Thématique Régénération Durable® Propriétaires : comment rendre votre immobilier « durable » ? Consultez notre blog RéSolutions : www.joneslanglasalleblog.com/ReSolutions l’essentiel des réponses en 10 points. page 11 Conférence Plan Bâtiment Grenelle du 11 octobre 2011 Objectif provisoire de réduction de la consommation énergétique pour la rénovation du parc tertiaire d’ici 2020 preneur en vue de sa réduction. Aucune sanction n’est aujourd’hui prévue en l’absence d’une telle annexe. Parallèlement, la Réglementation Thermique Existant définit des normes et règles techniques s’appliquant lors de travaux sur les postes énergétiques des bâtiments existants. Hervé Jégou Local Partner - Baker & McKenzie Les immeubles et baux existants sont soumis à deux réglementations indépendantes : • les lois Grenelle 1 et 2 • la Réglementation Thermique Existant. Problématique de l’application de ces règles dans les baux en cours BMK. Le Grenelle 1 fixe un objectif de réduction de la consommation énergétique de 38 % pour tous les bâtiments existants d’ici le 1er janvier 2020. Cependant, ni la Réglementation Thermique Existant ni les lois Grenelle 1 et 2 ne prévoient qui, du bailleur ou du preneur, assume le coût des éventuels travaux nécessaires pour atteindre cet objectif. Les clauses des baux en cours s’appliquent donc aux travaux portant sur des postes énergétiques. De manière générale, la jurisprudence relative aux modalités de réalisation et de prise en charge des travaux est en faveur du preneur. JLLCS. En pratique, pour atteindre ces objectifs, on cumule l’optimisation de la performance énergétique d’exploitation et les travaux d’amélioration de l’immeuble et de ces équipements. Des études montrent que la mise en place de processus et de manœuvres visant à optimiser l’exploitation de l’immeuble par la régulation du système de CVC (Chauffage/Ventilation/Climatisation), ou, par exemple, l’élimination des conflits chaud/froid et la régulation des points de consigne via la Gestion Technique du Bâtiment (GTB) permettent d’atteindre en moyenne entre 5 à 10%, voire plus, de gains d’énergie en kWh. Mais pour atteindre les exigences du Grenelle, c’est à dire pour combler ce « gap » de 33% à 18%, il sera nécessaire d’effectuer des travaux dans l’immeuble. 10 questions essentielles et leurs réponses Si le bail prévoit que les mises en conformité sont à la charge du preneur, le coût des travaux liés aux lois Grenelle 1 et 2 engagés par le bailleur peutil lui être répercuté ? 2 R é S o l u t i o n s • o c t o b r e 2 0 11 BMK. L’objectif de réduction de la consommation énergétique de 38 % ne s’appliquant pas encore, et sous réserve des décrets d’application à paraître, la réponse est aujourd’hui négative. Si le bail prévoit que la vétusté est à la charge du preneur et que le remplacement des groupes froids et des ventilo-convecteurs s’impose également en raison de leur vétusté, le bailleur peut-il porter le coût de ces travaux à la charge du preneur ? BMK. Si la vétusté est expressément à la charge du preneur, il y aura effectivement refacturation au preneur. Toutefois, la durée d’occupation des locaux et d’utilisation des équipements devra être prise en compte pour déterminer la part que doit supporter le preneur. Dans quelle mesure le preneur peutil obtenir résiliation de son bail ou prétendre à indemnisation lorsque les travaux engagés par le bailleur entraînent un trouble ou une perte d’exploitation ? BMK. L’article L 125-9 du Code de l’Environnement prévoit que le preneur laisse accès au bailleur pour la réalisation des travaux d’amélioration de la performance énergétique. Ceci pourrait être invoqué par un bailleur afin de lui permettre de réaliser les travaux nécessaires. En l’état, une indemnisation pourrait être effectivement mise à la charge du bailleur pour compenser les nuisances que créent ces travaux pour le preneur. Le montant des indemnités aurait vocation à varier selon le type d’immeuble et d’activité. A l’extrême, le bail pourrait être résilié si le trouble rend impossible l’exploitation des locaux. Le Grenelle concerne-t-il les baux civils des immeubles tertiaires ? BMK. Les lois du Grenelle s’appliquent quel que soit le bâti et indépendamment du type de bail, civil ou commercial. Concernant les locaux commerciaux, la perturbation de l’activité s’apprécie-t-elle en termes de baisse du chiffre d’affaires ? L’argumentaire reposerait-il sur la jouissance paisible ? BMK. Sauf disposition contraire dans le bail, et si la durée des travaux est inférieure à quarante jours, le preneur subit la perte sans dédommagement. Dans le cas « L’objectif de réduction ne s’atteint pas exclusivement par la réalisation de travaux : entrent en jeu la structure de l’immeuble, son exploitation mais aussi le comportement des utilisateurs. Il convient donc de répartir la charge sur ces trois aspects. » Les Rencontres Corporate Solutions du 27 septembre 2011 contraire, un recours est possible et la perte s’analyse selon la localisation des travaux et leur impact sur l’activité commerciale. Dans tous les cas, il conviendra d’analyser finement les clauses des baux. Les décisions rendues pour des baux en cours à l’occasion de la règlementation prise en 1996 relative à la recherche de la présence d’amiante et aux travaux rendus nécessaires pourraient être riches d’enseignements. Quelle obligation s’impose au preneur si le matériel de climatisation reste fonctionnel mais n’est plus en conformité avec les recommandations du Grenelle ? La vétusté s’observe-t-elle en non-conformité ou par l’obsolescence de l’équipement ? BMK. La vétusté est caractérisée par l’état d’usure de l’équipement et non par l’absence de conformité. S’il est impossible de remplacer un élément particulier, c’est l’ensemble de l’équipement qui doit être changé. donc de répartir la charge sur ces trois aspects. Dans l’hypothèse où les travaux n’entrent pas dans le cadre de l’article 606 du Code civil, leur coût est-il porté à la charge du bailleur au titre de son obligation de respecter la loi ? BMK. Selon les dispositions générales du Code civil applicables aux baux, le bailleur a obligation de délivrer au preneur les locaux et lui permettre de les utiliser à l’usage défini au bail. De là découle la nécessité pour le bailleur d’effectuer notamment les travaux de mise aux normes. S’il est dérogé à cette clause dans le bail de manière expresse, les travaux peuvent être imputés au preneur. La situation pourrait néanmoins évoluer selon le contenu des décrets d’application si ces derniers devaient en disposer autrement. JLLCS. Dans une perspective moins conflictuelle, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie ont choisi la voie du Memorandum Comment est fixé le point zéro à partir of Understanding entre les parties, qui duquel est calculée la réduction de 38 % s’ajoute à un bail commercial pour s’orienter de la consommation énergétique ? vers le développement durable. Beaucoup JLLCS. L’année de départ n’est de grandes entreprises ont affiché un engapas définie par le législateur. Les gement public de réduction de leurs consomvaleurs des années 2007 et 2008 mations d’énergie et des ressources natuconstituent un point de discussion. relles, régulièrement évalué. Sur ce modèle, on peut espérer que les négociations se Comment s’évalue la réduction de passent avec moins de conflits entre prela consommation pour un immeuble neurs et bailleurs pour parvenir à un but commun. donné ? JLLCS. Dans le cadre des décrets à paraître, on pourrait s’orienter vers BMK. La réponse du juriste doit reposer la prise en compte des travaux effectués aussi et avant tout sur l’expertise des techdepuis trois ou quatre ans ou encore niciens, seuls capables d’évaluer les travaux l’atteinte des classes supérieures à venir et permettre au juriste de rédiger les du diagnostic de performance énergétique clauses des baux de manière satisfaisante. (DPE) ou même une obligation de travaux pour les classes les moins JLLCS. Pour conclure, une relecture attenperformantes dans l’échelle du DPE. tive des clauses de son bail prendra tout son sens lors de la parution des décrets, et tout Dans le cas d’un immeuble vétuste particulièrement lors du renouvellement de que l’on souhaite climatiser, comment ces contrats. sera-t-il possible d’atteindre la réduction de 38 % ? JLLCS. L’objectif de réduction ne s’atteint pas exclusivement par la réalisation de travaux : entrent en jeu la structure de l’immeuble, son exploitation mais aussi le comportement des utilisateurs. Il convient R é S o l u t i o n s • o c t o b r e 2 0 11 3 interview Gras Savoye : « Un immeuble HQE® Exploitation sinon rien ! » Sylvie Lagrange, Directrice Achats et Services Généraux Groupe Sophie Laplanche, Responsable juridique Le courtier d’assurance Gras Savoye a signé la prise à bail de Quai 33, son nouveau siège social de Puteaux dans un immeuble certifié HQE® Exploitation. Sylvie Lagrange, Directrice Achats et Services Généraux Groupe et Sophie Laplanche, Responsable juridique, reviennent sur les impacts de la démarche « développement durable » de la récente décision immobilière de Gras Savoye. En quelques chiffres • 1er courtier d’assurance en France depuis 1992 • 563 millions d’euros de CA brut consolidé en 2010 • 3.700 collaborateurs dans 40 pays 4 R é S o l u t i o n s • o c t o b r e 2 0 11 Sylvie Lagrange Directrice Achats et Services Généraux Groupe Sophie Laplanche Responsable juridique Le siège de Gras Savoye est historiquement situé à Neuilly. Pourquoi avez-vous décidé de le quitter et pour quel autre projet immobilier ? Sylvie Lagrange (Sy.L) : Après 35 ans dans le même immeuble, nous arrivions en fin de bail. Les surfaces étaient devenues insuffisantes et nécessitaient, par ailleurs, une remise en état importante et coûteuse en milieu occupé. Nous avions le besoin et la volonté de rassembler l’ensemble des entités de Gras Savoye sur un même lieu qui offre tous les éléments de confort moderne, en termes de conditions de travail. Sophie Laplanche (So.L) : Nous avons préféré quitter le siège historique. La période propice aux preneurs était l’occasion pour Gras Savoye d’aller de l’avant, comme le traduit l’intitulé du projet immobilier : « En avant Seine ! ». « Nous sommes liés à travers un projet. Le souci du bailleur de valoriser son bien et le nôtre, de faire des économies de charges, nous placent dans une nouvelle relation gagnant-gagnant. » Quel était le cahier des charges fourni par la direction de Gras Savoye ? (Sy.L) : Nous cherchions 18 000 m² dans un immeuble unique à taille humaine, auquel le Groupe pourrait s’identifier, et ce, à proximité de Neuilly. Le but était de limiter les impacts sur les temps de transport des collaborateurs, et de trouver un immeuble à iso-coût. Nous souhaitions entrer dans une démarche immobilière de développement durable et signer un bail de longue durée nous assurait que l’immeuble pouvait correspondre au minimum aux dispositions des décrets du Grenelle 2, dont le contenu n’est pas encore connu. Nous avons donc d’emblée écarté l’hypothèse d’un immeuble de seconde main qui ne correspondrait pas a minima à la norme HQE® Exploitation et nécessiterait de lourds travaux à échéance de 2020. Comment avez-vous organisé le processus de prise à bail et les diligences associées ? (So.L) : Au vu du marché et de la zone restreinte de notre recherche, le cahier des charges était très contraignant. La Direction de Gras Savoye a donc souhaité se faire accompagner par Jones Lang LaSalle (JLL), avec lequel elle a signé un contrat exclusif : l’expérience et la confiance étaient déterminantes pour l’accompagnement et la compréhension de nos attentes. Sur 18 sites visités, les 4 sites shorts listés correspondaient au cahier des charges. (Sy.L) : La principale difficulté dans la recherche d’un immeuble HQE®, est de cerner ce qu’il y a derrière ce sigle. L’accompagnement par JLL nous a permis de comprendre qu’au-delà d’une question de développement durable et de confort, le choix d’un immeuble HQE® impacte également l’organisation quotidienne de l’entreprise et de ses choix en matière d’aménagements. (So.L) : La connaissance que JLL et ses experts ont des discussions juridiques autour des décrets du Grenelle nous a permis d’anticiper et d’introduire dans le bail les éléments correspondant potentiellement aux nouvelles normes. Cet accompagnement nous a également permis d’aller vite, d’être réactifs sur un marché étroit. Cette réactivité rassure les bailleurs, elle les challenge et, en gagnant leur confiance, permet d’aller vers des mesures d’accompagnement satisfaisantes. (Sy.L) : La Direction de Gras Savoye s’est montrée très impliquée et réactive, ce qui était nécessaire pour ne pas laisser passer le bâtiment qui nous convenait. Finalement, le processus a démarré en juin 2010, nous avons signé la prise à bail au premier semestre 2011 et nous emménagerons dans Quai 33 à la fin du premier semestre 2012. Quelles ont été les clauses dont la bonne négociation constituait pour vous la priorité des discussions avec le bailleur ? (Sy.L) : Nous avons choisi Quai 33, notamment, pour sa conformité à certaines normes. Il était hors de question pour nous de subir dans les années à venir les pénalités (de coût et de fonctionnement) liées à des travaux lourds de mise aux normes. (So.L) : Nous avons rapidement trouvé avec Eurosic un accord qui est engagement réciproque. Gras Savoye est tenu de maintenir les exigences de la certification HQE® de l’immeuble par l’exploitation qu’il en fait. En contrepartie, Gras Savoye bénéficiera des économies d’énergie générées par d’éventuels investissements futurs. Le souci du bailleur de valoriser son bien et le nôtre de faire des économies de charges, nous placent dans une relation gagnant-gagnant. Comment s’est inscrit le choix de cet immeuble dans la politique de développement durable de Gras Savoye ? (Sy.L) : Le fait que Quai 33 soit un immeuble HQE® a été un élément décisif pour sa prise à bail. Le choix de la R é S o l u t i o n s • o c t o b r e 2 0 11 5 Tour HQE Exploitation signée Valode & Pistre. Sa façade vitrée à triple peau respirante rend l’immeuble particulièrement performant énergétiquement. ® Gras Savoye signe un bail de 12 ans auprès de la foncière Eurosic pour 18 000 m2 sur les 22 400 m2 de bureaux de l’immeuble. Début du projet « En avant Seine ! » : Juin 2010 Signature du bail : 1er semestre 2011 Emménagement prévu : Fin de 1er semestre 2012 certification HQE® est une sécurité et non une simple posture. Le déménagement sur un nouveau site représente donc l’occasion d’ouvrir une nouvelle page de l’histoire de Gras Savoye en matière de développement durable, et pas seulement sur le plan immobilier. Nous serons davantage en phase avec la démarche personnelle des salariés pour participer à une diminution de la consommation énergétique, et avec les demandes de nos clients dans le cadre de réponses aux appels d’offres. Pouvons-nous revenir sur la manière dont vous vous êtes assurées que le bail négocié était ‘vert’ ? (So.L) : Nous avons réclamé que le bailleur garantisse les performances de l’immeuble certifié HQE® Exploitation. Nous avons obtenu le détail des tests des 14 6 R é S o l u t i o n s • o c t o b r e 2 0 11 cibles listées par la certification, qui a été renouvelée juste après la signature du bail. Nous avons aussi constaté les efforts d’Eurosic pour limiter les charges de l’immeuble non-occupé. Sur le sujet, nous vivons un vrai partenariat avec le bailleur. (Sy.L) : Je pense que le mot « partenariat » est bien choisi dans cette situation car le bailleur tient à maintenir sa certification et les locataires sont incités et motivés à jouer le jeu, comme par exemple, la rédaction commune, entre propriétaire et locataires, du règlement intérieur de l’immeuble. C’est une autre façon d’être locataire et de s’approprier l’immeuble, d’autant que nous avons la chance de pouvoir traiter directement ces questions avec le bailleur (Eurosic) plutôt qu’avec une société de gestion intermédiaire. Au moment de la signature du bail, les décrets du Grenelle 2 restaient une inconnue. Comment vous êtes-vous prémunies contre d’éventuelles mauvaises surprises ? (So.L) : Le bailleur ne connaît pas plus que nous le contenu des décrets futurs et de la fameuse annexe environnementale. Il nous faudra absolument être accompagnés par des professionnels qui pourront synthétiser les informations. Nous nous sommes mis d’accord sur une annexe de base et nous nous reverrons pour écrire l’annexe définitive une fois les décrets sortis. Elle constituera un avenant au bail. Néanmoins, nous avons choisi cet immeuble en espérant qu’il soit le plus près possible des objectifs indiqués dans les décrets à venir ! « Se faire accompagner par un conseil pour une telle prise à bail est incontournable étant donné le besoin rapide de multi-compétences pointues au moment t. » les objectifs vers lesquels il souhaite que nous tendions. Nous attendons son cahier des charges pour le valider et l’intégrer à nos cahiers des charges techniques. Pour tout ce qui concerne les aménagements, câblage et cloisonnement, nous allons nous attacher à être le plus près possible des exigences imposées par la certification HQE® Exploitation du bâtiment. Nous nous engageons à trier et valoriser les déchets, y compris ceux de notre chantier. Nous utiliserons des produits dont nous pourrons prouver la traçabilité et nous limiterons les matériaux potentiellement polluants. (Sy.L) : Le report de la rédaction de l’annexe montre la relation de confiance entre bailleur et locataire. De même que nous nous engageons dans une charte concernant le chantier d’aménagement. Nous avons la volonté de faire ensemble. (So.L) : D’un point de vue sociétal, nous avons choisi de favoriser, à côté des bureaux partagés, les espaces support (le nombre de salles de réunion sera multiplié par deux), les espaces de convivialité et les fameuses « bubbles » qui permettent de s’isoler ou de se réunir de façon informelle. L’immeuble (accès, postes de travail) est évidemment adapté à l’accueil des personnes à mobilité réduite. Justement, comment le futur projet d’aménagement va-t-il lui aussi intégrer les enjeux du développement durable ? (Sy.L) : Nous sommes dans la continuité de la démarche. Le bailleur nous spécifie En quoi l’exploitation de Quai 33 impactera-t-elle les équipes des services généraux ? (Sy.L) : Emménager avec d’autres locataires dans un IGH (immeuble de grande R é S o l u t i o n s • o c t o b r e 2 0 11 7 « La principale difficulté dans la recherche d’un immeuble HQE®, est de cerner ce qu’il y a derrière ce sigle. » 8 R é S o l u t i o n s • o c t o b r e 2 0 11 hauteur) certifié HQE® Exploitation représente beaucoup de changements : de nouvelles réglementations, une collaboration avec le bailleur, une communication avec les autres locataires. Des process nouveaux de fonctionnement sont à mettre en place. Le bailleur donnera le « la » et nous guidera afin que nous puissions avancer et répondre aux différentes normes. Mais ce changement va nécessiter, à tous, d’intégrer les aspects HQE® Exploitation et IGH. Quels conseils formuleriez-vous à des sociétés attentives aux enjeux du développement durable et qui ont des projets de prise à bail ? (Sy.L) : Il serait préférable de s’orienter vers un immeuble neuf RT 2010 ou 2012, certifié HQE® ou BREEAM (son équivalent anglais) car les immeubles les plus anciens seront certainement les premiers concernés par la mise aux normes. S’il s’agit d’une seconde main, il serait préférable de s’orienter vers un bâtiment significativement restructuré et rénové et a minima certifié HQE ® Rénovation ou Exploitation. C’est un gage de sérieux des bailleurs qui sont challengés en permanence pour maintenir le niveau de leur bien aux exigences des labels et donc contraints à des investissements. Pour des baux longs de 12-15 ans, c’est une sécurité. Sinon, il est nécessaire de négocier une prise en charge partielle, voire totale, par le bailleur des coûts de mise en norme. (So.L) : J’ajouterais que se faire accompagner est incontournable car nos fonctions sont généralistes. Il est nécessaire de savoir s’ entourer au moment t de professionnels avec une multi-expertise pointue, capables de tenir compte du souhait de la Direction générale, des contraintes sociales, des nouvelles réglementations et des points de négociation souhaités… Jones Lang LaSalle et le cabinet d’avocats Hogan Lovells nous ont accompagnés avec efficacité et nous ont transmis un certain nombre de savoirs tant sur la thématique du développement durable que sur la négociation elle-même de ce bail vert. Thematique La face cachée d’une certification HQE® : la performance énergétique Franz Jenowein, Conseil & Assistance à Maîtrise d’Ouvrage Immobilier Durable, Directeur Franz Jenowein Conseil & Assistance à Maîtrise d’Ouvrage - Immobilier Durable, Directeur « 35% des surfaces de bureaux prises à bail en 2010 en Ile-de-France sont certifiées HQE®. » La tendance est au « vert ». Y compris pour les entreprises qui élisent de plus en plus domicile dans des immeubles « certifiés HQE® », avec la meilleure « performance énergétique » qui soit. Comment s’assurer que leur choix sera « durable » ? Finalement, que se cache-t-il exactement derrière toutes ces dénominations ? La demande pour le HQE® atteint de nouveaux sommets La prise à bail d’immeubles certifiés HQE (avec son nom officiel de NF - Bâtiments Tertiaires associée à la démarche HQE®) par des grandes entreprises devient le nouveau standard. Ainsi, la majorité des bureaux certifiés HQE en Ile-de-France a été prise à bail par des entreprises du SBF120 et internationales. Cette démarche les aide à mettre en œuvre leurs engagements de responsabilité sociétale et environnementale (RSE) envers leurs employés, clients et aussi analystes financiers qui gardent systématiquement un œil sur les politiques de RSE affichées et la manière dont elles sont appliquées. Les statistiques HQE soulignent l’engouement des entreprises pour les immeubles « verts » : sur les cinq dernières années, les prises à bail de bureaux certifiés en Ile-de-France, en volume de m², sont passées de 5% en 2006 à 35% en 2010. Pendant que les bureaux existants certifiés ont atteint 4% du parc existant, la part des immeubles « green » représente plus de 80% des projets livrés (constructions et restructurations). Et les promoteurs continuent dans cette tendance avec deux tiers des immeubles de bureaux livrés en 2012 qui vont être certifiés. La performance énergétique du HQE® varie selon l’année de référence La performance énergétique, depuis l’instauration des réglementations thermiques dans le code de la construction pour le neuf et ses exigences croissantes, devient le nouveau centre des préoccupations. Le Grenelle Environnement et l’obligation de travaux pour l’amélioration de la performance énergétique (l’article 3 du Grenelle 2) rajoutent à cette priorité la réduction de la consommation énergétique portant aussi sur les bâtiments existants. Mais attention, une certification HQE pour un programme ou projet obtenue il y a quelques années ne veut pas automatiquement dire que sa performance énergétique est toujours à la hauteur des exigences d’aujourd’hui. Selon le système HQE, la performance énergétique est formulée dans la cible 4 « Gestion de l’énergie » du référentiel. Pour obtenir la certification, cette cible doit atteindre le niveau « performant ». En même temps, et afin de suivre l’évolution des exigences énergétiques pour l’immobilier en général, cette cible évolue en fonction de la définition de la Réglementation Thermique (RT). La RT et les exigences concernant les consommations énergétiques sont régulièrement renforcées depuis 2000 (RT 2000). R é S o l u t i o n s • o c t o b r e 2 0 11 9 Le verdissement de l’immobilier : HQE* Cible 4 et performance énergétique vs RT bâtiments neufs Source: Analyse Jones Lang LaSalle * HQE - Cible 4 au niveau Performant (= niveau minimum requis) Prenons par exemple un bâtiment de bureaux conçu et certifié au début 2007. La cible 4 exigeait alors une performance énergétique 10% en-dessous de la RT 2005. Mais un bâtiment conçu en été 2011 doit respecter un niveau énergétique 50% en-dessous de la RT 2005. Cet exemple illustre bien qu’il faut toujours prendre en compte le millésime du référentiel de la certification HQE d’un bâtiment donné. Pour le seul HQE Construction, ont été définis quatre différents niveaux d’exigence concernant la performance énergétique, de plus en plus renforcés. A la prochaine entrée en vigueur de la nouvelle RT, la RT 2012, ces exigences pour obtenir la certification HQE vont encore être relevées. Les labels HPE facilitent la lisibilité de la performance énergétique des bâtiments Afin d’améliorer la lisibilité de la performance énergétique d’un immeuble, le label Haute Performance Energétique (HPE) a été défini en mai 2007, introduisant cinq niveaux de performance, de HPE, en passant par THPE (Très Haute Performance Energétique) puis à BBC (Bâtiment Basse Consommation). Chaque niveau dépasse l’exigence de la RT 2005 d’un certain pourcentage. « Une certification HQE® pour un programme ou projet obtenue il y a quelques années ne veut pas automatiquement dire que sa performance énergétique est toujours à la hauteur des exigences d’aujourd’hui. » 10 R é S o l u t i o n s • o c t o b r e 2 0 11 Le label HPE est généralement utilisé pour accompagner une certification HQE avec une garantie de performance énergétique plus élevée que celle exigée à minima dans la cible 4 du référentiel HQE. Ce dispositif est mis en œuvre, dans la plupart des cas, pour démontrer le respect d’un niveau THPE ou BBC, là où le HQE ne demande qu’un niveau inférieur. Par exemple, un bâtiment certifié HQE à la fin 2008 n’exigeait pour la cible 4, à minima, qu’un niveau de RT 2005 moins 20%. Le même bâtiment pouvait être conçu avec une exigence de réduire la consommation énergétique de moins 50% en-dessous de la RT 2005. Le maître d’ouvrage pouvait à la suite de cet exploit prétendre à un label BBC 2005. Ainsi ce niveau de label atteste d’une qualité énergétique supérieure au standard HQE. Une telle démarche témoigne de l’effort du constructeur de s’inscrire dans les exigences de la RT future et des objectifs du Grenelle Environnement pour 2012. Un immeuble labellisé sera moins vite obsolète au niveau énergétique qu’un immeuble neuf, construit selon les niveaux d’exigence minimaux. Ainsi, dans toute la France, deux tiers des labels ont été obtenus pour un niveau THPE et un tiers pour le niveau BBC. Ce dernier est devenu en février dernier la nouvelle exigence du référentiel HQE et incarnera, de toute façon, le nouveau niveau exigé pour les constructions neuves à partir du 28 octobre 2011. Un immeuble certifié « vert », est-ce suffisant ? La certification HQE et les labels HPE restent des attestations focalisées sur les enjeux environnementaux et le confort de ses occupants. Il ne faut pas oublier que le référentiel HQE ne fait qu’étendre le cahier des charges pour le projet de construction déjà existant. Il rajoute la dimension « verte » à un projet et peut introduire une visibilité renforcée de sa dimension énergétique à l’aide d’un label HPE. Cependant, il faut garder à l’esprit qu’audelà de son impact sur l’environnement naturel, ce sont l’attractivité du quartier, les qualités architecturales de la construction et de l’aménagement de l’espace, et les fonctionnalités techniques qui font la valeur globale d’un bâtiment. Ainsi, le vrai enjeu de tout bâtiment est d’équilibrer les exigences « vertes », y compris les performances énergétiques et sociales avec la dimension du marché dans lequel il se trouve (niveau de loyer, activité économique du secteur géographique, etc.). Régénération Durable ® Propriétaires : comment rendre votre immobilier « durable » ? Julien Casanova Conseil & Assistance à Maîtrise d’Ouvrage - Directeur Adjoint Julien Casanova, Conseil & Assistance à Maîtrise d’Ouvrage, Directeur Adjoint Franz Jenowein, Conseil & Assistance à Maîtrise d’Ouvrage Immobilier Durable, Directeur Toute entreprise propriétaire de ses locaux, doit désormais s’inscrire dans une démarche de développement durable. Dans le contexte actuel du Grenelle Environnement, que cela signifie-t-il concrètement pour ces entreprises ? Finalement, qu’est-ce qu’un immeuble « durable » ? Franz Jenowein Conseil & Assistance à Maîtrise d’Ouvrage - Immobilier Durable, Directeur Quel est l’objectif de l’obligation de travaux sur l’existant instauré par le Grenelle ? Le Grenelle se concentre sur l’amélioration de la performance énergétique des immeubles tertiaires existants. Nous attendons la publication du décret pour le premier trimestre 2012 qui fixera les objectifs et modalités d’amélioration de la performance énergétique à l’horizon 2020. Suite aux propositions du groupe de travail sur la rénovation énergétique du parc tertiaire du 11 octobre 2011, nous pouvons envisager une diminution de la consommation énergétique d’environ 25%. Un objectif provisoire à revoir en 2015. Qu’impliquera un tel niveau d’exigence ? Cela impliquera, dans la grande majorité des cas, des travaux sur les éléments de production, de distribution et d’émission du système de chauffage, ventilation et climatisation (CVC). Le système d’éclairage et les équipements de bureautique/ informatique représentent une moindre partie dans la consommation globale et seront donc peu visés. Dans certains cas, l’enveloppe du bâtiment devra être touchée (isolation, fenêtre, vitrage, ponts thermiques). Quel rôle joue le calendrier des travaux ? Des travaux d’envergure sur le système de CVC impliquent automatiquement d’intervenir sur d’autres lots, tel que les faux plafonds, le câblage, etc. S’agissant souvent de travaux en site occupé, il conviendra de cibler une période de faible occupation de l’actif. Le propriétaire d’un immeuble à plusieurs occupants devra analyser l’échéancier de ses baux pour définir la fenêtre de tir qui minimise les nuisances pour ses locataires. Le propriétaire-occupant devra identifier cette période très en amont des travaux et l’alignera idéalement avec d’autres projets prévus dans l’immeuble. Est-ce qu’une meilleure performance énergétique rend un actif durable ? Une bonne performance énergétique améliore les caractéristiques environnementales d’un immeuble. Mais celui-ci ne sera véritablement durable dans le temps que s’il intègre deux autres dimensions : la performance sociale et la performance de marché. Se limiter aux exigences environnementales en fera un immeuble « vert », mais pas nécessairement durable dans son positionnement global. Cette obligation de travaux est-elle l’occasion d’une revue stratégique des actifs ? Comme évoqué plus haut, pour devenir R é S o l u t i o n s • o c t o b r e 2 0 11 11 La réflexion globale pour rendre votre immobilier Durable véritablement durable, un actif doit intégrer, d’une façon équilibrée, les dimensions énergétique, sociale et de marché. Afin de faciliter une approche globale, systématique et intégrée, Jones Lang LaSalle propose aux propriétaires son offre de service Régénération Durable®. Cette analyse globale permet d’accompagner nos clients dans la définition et la mise en œuvre des actions d’amélioration de leurs actifs sur les trois niveaux : • Performance énergétique par l’optimisation des systèmes d’exploitation, la rénovation de l’enveloppe et des installations techniques, • Performance de marché en améliorant, par exemple, l’efficacité, la flexibilité et la fonctionnalité architecturale des espaces de travail. Régénération Durable® permet aux entreprises propriétaires de disposer de différents scénarios chiffrés combinant des propositions d’actions sur les trois axes de l’immobilier durable. Nous les accompagnons ensuite dans la mise en œuvre du scénario retenu. Pour en savoir plus sur notre offre Régénération Durable®, rendez vous sur le site www.joneslanglasalle.fr • Performance sociale avec, par exemple, l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite, corporate solutions | Nos métiers Conseil Stratégique Proposer à nos clients des réponses innovantes pour réduire les coûts, gérer les risques immobiliers, créer de la valeur, optimiser l’efficacité et la performance de leurs actifs d’exploitation, quelles que soient les classes d’actifs concernées Conseil & Assistance à Maîtrise d’Ouvrage Assister nos clients dans leur projet d’aménagement, de construction, rénovation, redéveloppement de site ou régénération d’actif Transaction Management Conseiller, accompagner et représenter les intérêts de nos clients lors de toutes leurs opérations transactionnelles Aménagement d’Espace & Maîtrise d’Œuvre Créer les nouveaux espaces de travail de nos clients, de l’analyse des besoins à la réalisation des travaux et au transfert des équipes RéSolutions est une publication de Corporate Solutions, un département de Jones Lang LaSalle. 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