SDV 33 FEV 2014 - Institut Pasteur de Lille

Transcription

SDV 33 FEV 2014 - Institut Pasteur de Lille
V
Signesde
N° 34
Mai
2014
journal santé édité par
l’institut pasteur de lille
ie
Notre dossier :
Allergies, la flambée
ça bouge dans l’assiette
Dis moi ce que tu manges ?
Kid campus
Cellules souches,
la fontaine de jouvence
Fondation reconnue d’utilité publique
SOMMAIRE
L’actu au
microscope
3
Prise de poids : une
question de salive ?
8
Allergies, la flambée
• Les mécanismes
de l’allergie
En bref
4
Dossier
Recherche :
Un laboratoire d’analyse des protéines
dédié aux parasites
• Allergies croisées : d’étonnants
rapprochements
• A l’Institut Pasteur de Lille, l’asthme
au microscope
4
Santé :
• Cannabis : attention danger, même à dose
modérée
• Les allergènes les plus courants
5
Activité physique :
• Le LOSC s’engage aux côtés de l’Institut
Pasteur de lille
Itinéraire d’un chercheur
• Manger-bouger plus
5
5
Lecture :
• Faut-il arrêter de manger de la viande ?
Conférence :
• 17 juin : machine à rire
Ça bouge dans
l’assiette
6
16 Sylviane Pied, curieuse, passionnée
et humaniste
Kid campus
La science expliquée
aux enfants
18 Cellules souches, la
fontaine de jouvence ?
Dis moi ce que tu
manges ?
Edité par l’Institut Pasteur de Lille - DIrEctEur DE LA PubLIcAtIon : Eric Diers
rEsPonsAbLE DE LA PoLItIquE réDActIonnELLE : Marie-José Hermant
réDActrIcE : Emmanuelle Deleplace
concEPtIon grAPHIquE : carole Leclercq
créDIt PHotos : ©Kletr-Fotolia.com p1, ©ajkkafe, rod Ferris, Andre-Fotolia.com p.2, ©geronimo-Fotolia.com p.3, Luis carlos Jiménez-Fotolia.com p.4,
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©Inserm Y. Laâbi p.19
coMMIssIon PArItAIrE : en cours - Issn : 1288-2690 - PérIoDIcIté : trimestriel sur abonnement
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Signes de vie
n° 34 - Mai 2014
L’actu au microscope
Prise de poids :
une question de salive ?
Docteur, je ne mange pas plus que les autres et pourtant tout me profite. Ces patients à qui l’on a
répondu pendant des années qu’ils se trompaient, qu’ils mangeaient trop ou ne se bougeaient pas
assez, puisque la prise de poids n’était qu’une question de balance énergétique, n’avaient peutêtre pas tort. Une équipe internationale coordonnée par le professeur Philippe Froguel du
laboratoire Génomique et maladies métaboliques (CNRS /Université Lille 2/Institut Pasteur de Lille)
vient de trouver une explication à cette « capacité à profiter de tout » dans notre salive. Moins on a
de copies du gène de l’amylase salivaire, un gène qui sert à digérer les sucres complexes (amidons),
plus on risque d’être obèse.
E
n effet, les chercheurs ont
démontré que les personnes
qui ont le plus petit nombre
de copies d’amylase salivaire (et
ainsi peu d'enzyme amylase dans
leur sang) ont un risque multiplié
par 10 de devenir obèses. Chaque
copie de ce gène en moins augmente de 20% le risque d'obésité.
Ces travaux, publiés le 30 mars 2014
dans Nature Genetics, démontrent
pour la première fois le lien génétique entre la digestion des glucides complexes et l'obésité.
« Si au niveau d'une population entière c'est l'environnement délétère
qui favorise l'obésité, au niveau individuel les facteurs génétiques expliquent 70% du risque des personnes
prédisposées à l'obésité. On a découvert 70 gènes impliqués dans l’obésité
commune mais l’impact de chacun
reste faible. Le gène que nous avons
mis à jour ici est le plus important jamais trouvé puisqu’il explique près de
10% du risque génétique » explique
Philippe Froguel.
3
Signes de vie
n° 34 - Mai 2014
Pour parvenir à ce résultat les chercheurs ont analysé le génome et les
gènes du tissu adipeux de fratries
comprenant des individus obèses
et de poids normal. « On n‘avait
aucune idée préconçue, précise le
Pr Froguel, mais on a mis en évidence
des différences notoires dans une
région du chromosome 1 : l'amylase
salivaire. Au lieu d'avoir seulement
deux copies de ce gène (un du père,
un de la mère) le nombre de copies
varie de une à vingt copies et moins
on a de copies, plus on est gros. »
Par ailleurs, la quantité de copies
d’amylase salivaire a un effet direct
sur la flore intestinale. On observe
une corrélation directe entre un
faible taux d’amylase salivaire et le
développement de certaines bactéries que l’on retrouve en quantité
importante dans l’intestin d’enfants
obèses ou d’adultes atteints de
stéato-hépatite non alcoolique
(NASH).
Si cette découverte, facilement
transposable dans un simple test
salivaire, ouvre de nouvelles pistes
pour les chercheurs, elle n’apporte
pas de solution immédiate dans
le traitement de l’obésité. Faut-il
adapter les doses de sucre lent
dans le bol alimentaire en fonction
du taux d’amylase salivaire ? Il est
encore trop tôt pour le dire. Mais
ces travaux lèvent le voile sur un
processus de prise de poids dans
lequel le rôle de la salive et celui de
la flore intestinale sont clairement
mis à jour. n
Les travaux ont été réalisés en grande partie
à l’Institut Pasteur de Lille par l'équipe francobritannique coordonnée par le professeur
Philippe Froguel du laboratoire Génomique
et maladies métaboliques (CNRS/Université
Lille 2/Institut Pasteur de Lille) et Imperial
College London, en collaboration avec des
chercheurs anglais, suédois, qataris et de Singapour. Côté français sont aussi impliqués des
laboratoires rattachés à : l’Inserm, l’Université
Paris-Sud, l’Université Paris Diderot, l’Université de Lorraine ainsi que le CHRU de Lille et
l’AP-HP.
En bref
Recherche
Un laboratoire d’analyse des
protéines dédié aux parasites
Une nouvelle plateforme technologique consacrée à l’analyse
des protéines des parasites a
été inaugurée jeudi 17 avril à
l’Institut Pasteur de Lille. Grâce
à cet équipement de pointe,
unique en France, les meilleurs
spécialistes de l’étude des
maladies parasitaires, associés
dans le laboratoire d’excellence
ParaFrap, pourront mieux analyser, comprendre les relations
complexes entre les protéines
des parasites et celles des
malades qu’ils infectent.
Si elles touchent moins les pays
du nord que les pays du sud, les
infections parasitaires (paludisme,
toxoplasmose, maladie du sommeil...) demeurent une des principales causes de mortalité et de
morbidité dans le monde. Il est donc
urgent d’agir. C’est la raison pour
laquelle les principales équipes françaises en parasitologie ont décidé
de se regrouper dans l’alliance
française contre les maladies parasitaires ParaFrap, un consortium
qui a obtenu une reconnaissance
laboratoire d’excellence (LabEx) en
octobre 2012.
L’analyse protéomique permet
d’identifier les protéines, de les
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Signes de vie
n° 34 - Mai 2014
caractériser et de rechercher les
modifications et de les quantifier.
Ce domaine de compétence fait
appel à des équipements sophistiqués et une importante expertise. La
technique n’est pas nouvelle. Ce qui
est nouveau et unique en France,
c’est le fait c’est de dédier une plateforme à l’analyse des protéomes des
parasites, des protéomes encore mal
cernés à ce jour. Cet équipement
va permettre la production de nouvelles connaissances sur la nature et
la localisation précise des différentes
modifications des protéines parasitaires, connaissances fondamentales
manquantes à l’heure actuelle pour
permettre la conception de nouveaux vaccins et traitements contre
ces parasitoses. n
ParaFrap, une
force de frappe
contre les parasites
19 équipes françaises, dont
deux situées à l’Institut Pasteur
de Lille, participent à ce
laboratoire d’excellence (labEx)
qui réunit le meilleur de la
recherche parasitaire en France
sur le paludisme, la maladie du
sommeil, la toxoplasmose, les
leishmanioses, la theileriose et
les amibiases. Un LabEx qui
présente l’avantage de travailler en partenariat étroit avec
les pays où toutes ces maladies
sont endémiques permettant
notamment aux doctorants de
ces pays de venir achever leur
formation dans les équipes de
ParaFrap.
Santé
Cannabis :
attention
danger, même à
dose modérée
On connaissait déjà les méfaits d’une
consommation intensive de cannabis sur l’attention, l’apprentissage et
la mémoire mais on ignorait jusqu’à
présent les effets d’une consommation occasionnelle, jugée même par
certains moins nocive que le tabac
ou l’alcool. Afin d’en savoir plus, des
chercheurs américains ont comparé 20
volontaires âgés de 18 à 25
ans fumant de façon
« festive » (une à
deux fois par
semaine) de
la marijuana
à 20 autres
n’en consommant jamais.
Puis, grâce à
des techniques
d’imagerie, ils ont
observé l’impact d’une
consommation occasionnelle
sur le volume, la forme et la densité
de la matière grise et ont démontré
qu’une consommation même modérée, peut donc provoquer des
changements dans l’anatomie du
cerveau. En fait, les scientifiques ont
constaté que le degré d’anomalies
cérébrales était directement lié au
nombre de joints fumés. n
Le saviez-vous ?
Vous souhaitez réduire ou stopper votre consommation de cannabis, vous pouvez consulter un
médecin tabacologue spécialisé
à l’Institut Pasteur de Lille.
contact : tel 03 20 87 79 90
Activité physique
Le LOSC s’engage aux côtés de
l’Institut Pasteur de Lille
Ce n’est plus à démontrer, l’activité physique
procure un bien-être physique et moral
pourtant, pour certaines personnes, « se
bouger » relève du défi insurmontable. Des
problèmes de santé, du surpoids, une vie familiale et professionnelle compliquée… et la
sédentarité s’installe. Mais il est toujours temps
de s’y remettre. Pour redonner à ces personnes
l’envie de bouger, l’Institut Pasteur de Lille a
conçu un programme de retour à l’activité physique : des consultations avec un
éducateur médico-sportif suivies si besoin d’un programme adapté en petits
groupes. Tous les deux ans, les participants au programme « Envie de bouger »
sont invités à une journée bilan pour faire le point sur le niveau de forme et glaner
de nouveaux conseils. Le Losc soutient cette initiative dans le cadre de ses
« Grandes Causes ». Ainsi pour que cette journée voie le jour, le club a offert à
l’Institut un chèque de 10 000 € et ouvert les portes de son centre d’entrainement,
le domaine de Luchin, où les joueurs sont venus prêter main forte aux éducateurs
médico-sportifs pour la plus grande joie des participants fans de foot. n
Conférences
Machine à rire
Mardi 17 juin, ne ratez pas
« Machine à rire », dernière conférence 5 à 7 de la saison 2013-2014.
Une conférence animée par le Docteur Henri Rubinstein, spécialiste
des explorations neurologiques.
Les explorations récentes concernant
les "hormones du cerveau" permettent de comprendre comment le rire
influe sur la santé, comment l'humeur
et le moral influent sur l'évolution des
maladies. Le Dr Rubinstein expliquera
ce qui se passe exactement dans notre
corps quand nous rions et évoquera
l'utilisation thérapeutique du rire.
Bonne humeur garantie !
Mardi 17 juin à 17h à l’Institut Pasteur de Lille,
conférence gratuite mais réservation indispensable sur le site internet www.pasteurlille.fr/5a7 ou par téléphone au 03 20 87 77 91
Lectures
Faut-il arrêter de manger de la viande ?
Depuis une quinzaine d’années, les Français mangent de moins en moins de viande. Quelles
sont les raisons de ce changement d’habitudes ?
Les végétariens affirment qu’un régime sans viande est non seulement plus respectueux de la nature,
mais aussi meilleur pour la santé. Les défenseurs de la viande, pour leur part, mettent en avant les qualités d’un aliment savoureux et sûr, ancré dans notre culture. Ce livre invite le lecteur à la table des
contradicteurs, afin de faire le tour d’une question qui dépasse largement le cadre de nos assiettes. René
Laporte, ingénieur agronome et ancien responsable d’organisations professionnelles du secteur viande,
se confronte à Elodie Vieille Blanchard, mathématicienne et docteure en sciences sociales mais surtout
présidente de l’Association végétarienne de France. Dans le rôle de Mr Loyal, Eric Birlouez, sociologue
de l’alimentation et conférencier bien connu des participants aux Entretiens de Nutrition de l’Institut
Pasteur de Lille.
”Faut-il arrêter de manger de la viande ?” - Eric birlouez, rené Laporte, Elodie Vieille blanchard, Editions Le Muscadier, février
Fier d’être nordiste
Le dernier ouvrage d’Annie Degroote, n’est pas un roman, c’est un hommage à sa région à travers
100 bonnes raisons qui la rendent fière d’être Nordiste. De Jean Bart à Jean-Claude Casadessus, de
l’héritage des mines aux cerfs-volants berkois, du carillon au genièvre… l’auteur présente 100 raisons
d’être fier d’être Nordiste. Et parmi ces bonnes raisons, il y a les premiers jalons de la microbiologie
posés par Louis Pasteur à la faculté des sciences et Albert Calmette à l’Institut Pasteur de Lille. Avec
une émotion non feinte Annie Degroote avait accepté de participer à « La passion d’épauler », le livre
événement de l’Institut Pasteur de Lille (voir en dernière de couverture), elle poursuit ce sincère
hommage dans ce nouvel ouvrage plein d’humour et d’histoires aussi passionnantes qu’édifiantes.
”Fier d’être nordiste”- Annie Degroote, éditions ouest France, 192 pages, 14€ n
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Signes de vie
n° 34 - Mai 2014
Ça bouge
dans l’assiette
Dis-moi
ce que tu
manges ?
En début d’année 2014, près de 18 000 personnes ont répondu par courrier ou sur le site
internet de l’Institut Pasteur de Lille à la
Grande enquête sur le régime alimentaire et l’hygiène de vie. Cette enquête n’est pas représentative de la population française mais elle est le reflet des habitudes des répondants à ce questionnaire, sans doute bien concernés par leur alimentation. Retour sur ces réponses avec les conseils
Les fruits et les légumes
plébiscités
99% des personnes qui ont répondu à la Grande enquête mangent des légumes cuits ou crus au
moins une fois par jour et 64% au
moins 2 fois/jour
De même 99% d’entre eux
consomment des fruits (ou pur jus
de fruits) au moins 1 fois par jour,
et 64% au moins 2 fois par jour.
En revanche 39% des répondants
consomment des céréales complètes et/ou des flocons d’avoine
parfois (24%) ou souvent (15%).
Le pain complet est un peu mieux
loti avec 54% de personnes qui
en mangent parfois (28%) ou souvent (26%).
Enfin 85% des participants à l’enquête consomment des légumes
secs au moins une fois par semaine,
ce qui est mieux que la moyenne
nationale (1 fois/mois).
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Signes de vie
n° 34 - Mai 2014
Les conseils du service nutrition
Il faut manger 5 fruits et légumes par jour
mais une pomme n’est pas une fraise alors
comment se repérer ? En fait il faut manger
400 g de végétaux, sachant que :
• 1 portion de crudités = 100g
• 1 portion de légumes en garniture = 200g
• 1 potage de légumes = 150g
• 1 fruit moyen = 150g
Les végétaux apportent des minéraux,
vitamines et autres pigments colorés contribuant non seulement au bien-être mais
à la protection de notre corps contre la
survenue de cancers et de maladies cardiovasculaires.
Fruits et légumes apportent des fibres
qui facilitent le transit intestinal, ont un
effet protecteur contre les maladies cardiovasculaires, les cancers du côlon et du rectum
et procurent une sensation de satiété évitant
ainsi de manger plus que de nécessaire.
La consommation de céréales complètes et
de légumes secs augmente considérablement l’apport en fibres.
Carte d’identité
• Age moyen des répondants :
71 ans.
• 95 % des participants ont plus
de 58 ans.
• 59 % de femmes pour 41 %
d’hommes.
• Indice moyen de masse
corporelle (IMc) = poids (kg) /
(taille (m) x taille (m) : 25,07
• Pour mémoire : la corpulence
normale est comprise entre
18,5 et 25.
• En dessous de 18,5 on parle
de maigreur et au-dessus de
25 de surpoids.
• En France en moyenne 3,5 %
de la population est trop
maigre, 49,2 % de corpulence
normale et 47,3 % en
surpoids dont 15 % en obésité.
Protéines animales,
jetez-vous à l’eau
De bons résultats dans l’ensemble
puisque 97% des répondants mangent du poisson au moins une fois
par semaine et 49% au moins 2 fois.
Quant à la consommation de viande
ou de charcuterie, elle n’est pas
excessive non plus. Elle ne dépasse
pas une fois par jour pour 87% des
personnes interrogées et 47% en
consomment moins de 6 fois par
semaine.
Le fromage est consommé quotidiennement : une fois par jour pour
53% des personnes interrogées et
deux fois par jour pour 31%, ce qui
est tout à fait raisonnable, si les
quantités le sont aussi.
Les conseils du service nutrition
« C’est un résultat excellent, commente le
docteur Jean-Michel Lecerf. Le poisson est
en général 10 à 15 fois moins gras que la
viande. Il n’est pas tout à fait exact de dire
que le plus gras des poissons est plus
maigre que la plus maigre des viandes car
les poissons gras contiennent entre 10 et
15% de matières grasses. Mais ce sont des
graisses différentes de la viande, ce sont
des graisses proches des graisses végétales
contenant des acides gras omégas 3. Les
omégas 3 ont un rôle protecteur très
important vis-à-vis du système cardiovasculaire, c’est pourquoi il est intéressant
d’en consommer deux fois par semaine. ”
Il n’est pas nécessaire de manger de la viande
deux fois par jour, ni même tous les jours.
D’autres aliments apportent les protéines :
7
• le fromage. Il apporte les mêmes protéines
et les mêmes graisses que la viande, il est
donc superflu de consommer les deux au
même repas. On peut donc envisager de
consommer du fromage à la place de la
viande et dans ce cas on peut en consommer 50 à 60g au lieu de la moitié,
• les abats sont tombés en disgrâce depuis la
vache folle, ce sont pourtant des aliments
contenant des protéines de très bonne
qualité, ils sont riches en fer, plutôt moins
gras que la viande mais un peu plus riches
en cholestérol. Ils mériteraient un retour
dans nos assiettes,
• la charcuterie est malheureusement souvent grasse, on a donc coutume de la limiter à une consommation par semaine.
Toutefois, certaines charcuteries sont
moins grasses que d’autres : l’andouillette,
l’andouille de Vire par exemple et le boudin
noir est la meilleure source en fer de
l’alimentation.
Pas trop gras, trop sucré
La consommation de fritures, viennoiseries, beignets, quiches, pâtisseries, crèmes glacées reste modeste
puisque 65% des personnes interrogées en consomment 1 fois par
semaine ou moins et seuls 2% en
consomment 7 fois par semaine ou
plus !
Une pomme n’est pas
une fraise alors
comment se repérer ?
En fait il faut manger
400 g de végétaux,
sachant que :
1 portion de crudités = 100g
1 portion de légumes en
garniture = 200g
1 potage de légumes = 150g
1 fruit moyen = 150g
Les conseils du service nutrition
Pour garder le plaisir de manger, il ne faut
pas négliger les aliments plaisir mais en
manger une à deux fois par semaine est une
bonne moyenne.
• le poisson, bien sûr,
Bouger tous azimut
• les œufs. Ils contiennent des protéines d’excellente qualité à un prix défiant toute
concurrence. De plus on est de plus en plus
convaincu que le cholestérol alimentaire
intervient relativement peu dans le cholestérol sanguin, on peut donc aisément en
manger 2 à 3 fois par semaine,
49% des répondants pratiquent régulièrement une activité sportive
au moins une fois par semaine. 76%
d’entre eux consacrent, par ailleurs,
plus de 15 minutes par jour à la
marche et 65% au moins 2 heures
par semaine à des travaux légers
(bricolage, jardinage, ménage).
Signes de vie
n° 34 - Mai 2014
5 fruits
et légumes
par jour,
c’est quoi ?
Les conseils du service nutrition
Il est recommandé de pratiquer ½ h à une
heure d’activité physique d’intensité modérée par jour. Ce n’est pas forcément du sport,
cela peut être de la marche rapide, du vélo,
du jardinage ou du ménage.
Cette enquête révèle, chez les répondants à ce questionnaire, une prise
en compte très encourageante des
messages de nutrition et d’hygiène de
vie pour la prévention. n
Dossier
Allergies,
la flambée
8
Signes de vie
n° 34 - Mai 2014
Pour soutenir la
recherche médicale
faites un don
à l’Institut Pasteur
de Lille
www.pasteur-lille.fr
Tous allergiques ? Non les médecins n’ont pas encore
reconnu l’aversion à votre collègue de travail ou votre bellemère comme une véritable pathologie mais les allergies
avérées, celles qui grattent, qui font tousser, pleurer, gênent
la respiration… sont en constante augmentation. A travers
le monde, le nombre d’allergiques a doublé en 20 ans et
les allergies, toutes catégories confondues, touchent
aujourd’hui 20 à 30% de la population dans les pays
industrialisés. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS)
classe les allergies au 4e rang des maladies chroniques
dans le monde, derrière les cancers, les pathologies
cardiovasculaires et le Sida. Plus inquiétant encore,
l'organisation estime que, d'ici à 2050, une personne sur
deux sera allergique. Lutter contre les causes, agir sur les
conséquences pour enrayer cette véritable épidémie, les
enjeux sont de taille pour les chercheurs.
«
O
n est loin d’avoir encore
tout découvert des mécanismes des allergies »
explique Anne Tsicopoulos, directrice de recherche Inserm à l’Institut
Pasteur de Lille et pneumologue/
allergologue à la clinique des maladies respiratoires au CHRU de Lille.
Cela fait plus de 20 ans qu’Anne et
son équipe, étudient les mécanismes en jeu dans l’asthme et les
allergies respiratoires. « Les connaissances avancent et certaines découvertes nous ont fait faire de grand pas.
Par exemple, la généralisation des
corticoïdes inhalés a révolutionné le
traitement des asthmes allergiques
d’intensité modérée. Mais il reste
encore de gros problèmes de traitement pour les asthmes sévères » note
le médecin.
L'allergie est une réponse excessive
de notre système immunitaire au
contact d’une substance étrangère
identifiée à tort comme dangereuse.
C'est une maladie multifactorielle où
la génétique et l’environnement
9
Signes de vie
n° 34 - Mai 2014
sont intimement liés. Mais comment
expliquer la véritable flambée
d’allergies en tous genres ?
« Longtemps on a cru que l’augmentation exponentielle des allergies
était liée à des facteurs purement
environnementaux (pollution, alimentation, mode de vie…) tout simplement parce qu’il faut plusieurs
générations pour voir apparaître des
mutations génétiques. Aujourd’hui
on parle plutôt d’épigénétique c’est-
à-dire de la façon dont l’environnement et l’aventure de vie de chaque
individu peut modifier non pas la
séquence des gènes mais leur expression » poursuit Anne Tsicopoulos.
Le stress, la pollution et l’environnement, l’alimentation, les changements de température, d’hygrométrie, le tabac, la vie fœtale et
le vécu de chacun seraient ainsi
capables d’activer ou d’inhiber
certains gènes.
Les mécanismes de l’allergie
notre système immunitaire reconnait et élimine des corps étrangers comme les parasites,
les bactéries ou encore les virus. quand ceux-ci pénètrent l’organisme, le système immunitaire
produit des molécules spécialisées en particulier anticorps et lymphocytes t, chargées de
reconnaître l’intrus, puis de le détruire. L’allergie est un dérèglement du système immunitaire
qui réunit deux conditions : une prédisposition génétique et une exposition à la substance
allergène.
Les maladies allergiques peuvent être dues aux anticorps et/ou aux lymphocytes t. L’eczéma
et l’asthme chronique sont dus aux lymphocytes t qui infiltrent la peau et les bronches.
La plupart des autres allergies sont liées à la synthèse anormale d’un anticorps spécialisé
dans le lutte contre les parasites, appelé immunoglobuline de type E (IgE). Les IgE circulent
librement dans le sérum sanguin et sont présentes en grande quantité dans la peau, les
poumons et le tube digestif, ce qui explique la localisation des symptômes allergiques.
Dossier (suite)
La pollution
Cet effet a bien été démontré avec
la pollution au diesel. Ainsi les particules diesel inhalées exacerbent
l’interleukine 4 qui stimule les
mécanismes de défense de l’organisme, en l’occurrence les lymphocytes T et rend notre système immunitaire plus réactif aux pollens.
Dans son avis du 19 mars 2014
consacré à l’impact sanitaire des
pollens, l’Agence nationale de sécurité sanitaire alimentation, environnement, travail (Anses) estime que
le réchauffement climatique et la
concentration de C02 rendent les
pollens plus allergisants. Les polluants atmosphériques pourraient
affaiblir la réactivité des bronches
et dans le même temps accentuer
l’irritation des muqueuses nasales
ou oculaires. De plus, les polluants
agiraient également sur les pollens
eux-mêmes en cassant la paroi du
grain, permettant ainsi à des particules plus petites de pénétrer dans
le système respiratoire bien plus
profondément que les grains
de pollen. Enfin, même si ce dernier
point est encore en discussion,
les polluants chimiques pourraient
modifier le contenu protéique
du pollen et donc son pouvoir allergisant.
Et les allergologues pointent également du doigt la pollution intérieure : pollution extérieure qui
s’infiltre et se concentre dans des
logements pas ou mal ventilés,
tabac, monoxyde de carbone,
concentration d’acariens et microbes et autres moisissures, sans
oublier les poils de nos amis à
quatre pattes, voire la toxicité de
certains produits d’entretien…
un cocktail détonnant pour les
systèmes respiratoires
fragiles.
Et l’hygiène
Sur le banc des accusés, aux côtés
de la pollution on trouve également l’excès … d’hygiène. Vivre
dans un univers aseptisé, inciterait
l’organisme à réagir plus violemment aux allergènes. L’exposition
aux allergènes à petites doses dès
l’enfance, doperait le système
immunitaire en préparant le corps
à ne pas considérer ces substances
comme dangereuses. Depuis 20
ans, de nombreuses études se sont
succédées confirmant cette hypothèse hygiéniste
Un anglais, David Strachan, remarque d’abord que le nombre de cas
de rhinites allergiques est moins
important dans les familles nombreuses. Trois ans après la chute
du mur de Berlin, des chercheurs
ont constaté, qu’à patrimoine génétique identique, les enfants nés en
RDA étaient moins allergiques
que ceux nés en RFA. Explication :
à l’Est, les enfants fréquentaient
quasi systématiquement la crèche
dès le plus jeune âge.
A travers le monde, une vingtaine
d’études ont montré les effets
bénéfiques d’une enfance à la
ferme. La plus large étude sur le
10
Signes de vie
n° 34 - Mai 2014
sujet, l'étude GABRIEL(2012) a
étudié près de 80 000 enfants vivant
dans des villages en Suisse, en Allemagne et en Autriche distinguant
les enfants résidant dans des fermes,
ceux en contact régulier avec ces
fermes, et ceux vivant dans le
voisinage. Résultat : la prévalence
de l'asthme et du rhume des foins
était ainsi respectivement de 6,4%
et 14,1% pour les enfants de
fermiers, contre 18,2% et 22,2%,
pour les enfants du voisinage.
« Deux facteurs protecteurs ont
été identifiés : un environnement
contenant plus de microbes et la
consommation de lait cru non stérilisé » précise le docteur Tsicopoulos.
Déjà coupable de nous faire manger trop salé et trop sucré, l’industrie agroalimentaire est-elle aussi
responsable du développement de
nos allergies alimentaires ? L’allergologue Christine Castelain n’en est
pas persuadée. « C’est plus l’utilisation d’ingrédients auxquels notre
corps n’a pas été génétiquement préparé qui est en cause que les procédés
industriels ». Elle a ainsi fait une
étude comparée sur les allergies
Allergies croisées :
d’étonnants rapprochements
Un allergique au bouleau
devient tout à coup allergique
à l’ingestion de pommes ou
de noisettes, un allergique
aux acariens peut ne plus
être capable de manger
d’escargots, un allergique
au latex ne plus supporter
les bananes ou les kiwis…
c’est ce qu’on appelle les
allergies croisées.
G
énéralement l'exposition aux
pollens précède celle causée
par l'ingestion de l'aliment.
Elle se présente par des démangeaisons des lèvres et de la langue,
un œdème labial et une sensation
de picotement. Si l'ingestion se
poursuit, des manifestations plus
graves peuvent survenir jusqu’au
choc anaphylactique...
S’ils étaient complétement ignorés
il y a une vingtaine d’années, la plupart de ces étranges rapprochements sont désormais bien connus
(voir tableau ci-contre) et n’ont rien
de mystérieux. « La pomme et le
bouleau ou le latex et le kiwi ont des
antigènes communs ce qui
explique les manifestations cliniques
croisées » précise Le Dr Tsicopoulos.
Comment déterminer l'ensemble
de ces allergies croisées ? Des tests
peuvent être pratiqués chez l'allergologue mais le traitement visera
toujours l'allergène initial.
Bonne nouvelle toutefois, certains
des allergènes des fruits et légumes
ne résistent pas à la chaleur : ils peuvent donc être consommés cuits
sans risques.
11
Signes de vie
n° 34 - Mai 2014
Allergie croisée allergène aéroporté-aliment
Allergène aéroporté
Aliment provoquant l’allergie croisée
Acariens
Crevette, crabe, homard, langouste, escargot
Pollen d’ambroise
Abricot, cerise, pêche, poire, pomme, fraise,
coing, kiwi, noisette
Tomate, pomme de terre, céleri, carotte,
fenouil
Céleri, carotte, persil, fenouil
Moutarde, coriandre, poivre, curry, piment
Graine de tournesol
Melon, pastèque, banane
Concombre
Pollen de pariétaire
Pistache
Pollen de pin
Pignon de pin
Pollen de graminées
Tomate
Cacahuète
Phanère de chat
Porc
Plumes d’oiseaux
Oeuf
Pollen de bouleau
Pollen d’armoise
Allergie croisée allergène aliment-aliment
Aliment allergisant
Aliments provoquant l’allergie croisée
Oeuf
Volaille
Lait de vache
Viande de boeuf, lait de chèvre
Arachide
Soja, pois, lentilles
Sésame, moutarde
Noisette, kiwi
Poisson
Autres poissons
Soja
Arachide
Noix
Pois, lupin
Autres allergies croisées
Allergène allergisant Aliments provoquant l’allergie croisée
Plumes
Fruits de la passion, kiwi, banane, avocat,
sarrasin, châtaigne
Dossier (suite)
croisées (voir définition p. 11) au
latex et fruits exotiques entre le
Nord de la France et la Guadeloupe.
Suite à l’allergie au latex bon nombre de métropolitains avaient du
mal à avaler des bananes, des kiwis
et autres fruits de la passion alors
qu’aucun Guadeloupéen n’a présenté les mêmes symptômes. Et si
l’allergie à la cacahuète a augmenté
si fortement en Europe, c’est parce
que c’est un produit qui est devenu
de consommation courante en
moins d’une génération, beaucoup
trop rapide pour que nos gènes
aient le temps de se modifier.
Stop aux évictions
injustifiées
Faut-il pour autant se méfier de
tous les ingrédients exotiques,
abandonner le lait, le gluten…
« Sûrement pas sans avis médical
avec un diagnostic d’allergie clairement posé » précise le docteur
Castelain.
e
Lors des 12 entretiens de nutrition
de l’Institut Pasteur de Lille, en
novembre dernier, elle mettait en
garde les futures mamans et les
professionnels de santé qui les
accompagnent contre le risque des
« régimes sans » (sans lait, sans gluten…) sans raison médicalement
justifiée. « Le fait de mettre la mère
durant sa grossesse et son allaitement sous un régime alimentaire
d’éviction ne limitera pas les risques
d’allergie de l’enfant. Au contraire,
une étude a prouvé que l’éviction du
lait de vache chez la mère allaitante
favorise l’allergie chez l’enfant car les
mères qui ne boivent plus de lait ont
un plus faible taux d’immunoglobulines A et les enfants un risque accru
d’allergie… au lait de vache. »
12
Signes de vie
n° 34 - Mai 2014
De même chez l’enfant une éviction
injustifiée risque d’entraîner une
rupture de la tolérance. « Ainsi une
étude a comparé la tolérance aux
arachides en Israël, où l’introduction
est précoce et en Grande-Bretagne où
elle n’est généralement réalisée qu’à
partir de l’âge de 4 ans. Résultat :
les petits Anglais sont dix fois plus
allergiques aux arachides que les
petits Israéliens. En fait, on sait maintenant qu’il existe une fenêtre de
tolérance, idéale pour introduire
de nouveaux aliments à potentiel
allergénique qui va de 3 à 4 mois à
7 à 8 mois. » Une idée qui va à l’encontre de la pratique de nombreux
pédiatres qui conseillent d’attendre
au moins six mois pour l’introduction de nouveaux aliments surtout
dans les familles allergiques.
Pour les allergies avérées, il y a une
dizaine d’années, le Dr Castelain
prônait, comme tous ses confrères,
l’éviction totale. Elle a été parmi les
premiers en France à mettre au
point des protocoles de tolérance,
c’est à dire de réintroduction progressive. Il s’agit, par exemple, de
proposer à l’enfant allergique à la
cacahuète de manger des doses
croissantes d’arachide sous forme
de biscuit soufflé à l’arachide, en
fonction de leur seuil de réactivité.
Et quand ça fonctionne, la plupart
du temps, l’enfant ne devient pas
« accro aux biscuits apéro » mais ne
met plus sa santé en danger quand
il entre en contact avec l’aliment
incriminé. « Les allergologues qui
mettent en place ces protocoles ont
de bons résultats mais avant de développer cette pratique et notamment
en ville nous avons besoin de valider
ces résultats par des études scientifiques. »
Alors certes l’allergie progresse
mais les connaissances scienti-
fiques aussi. Aux traditionnels tests
cutanés s’ajoutent aujourd’hui des
dosages biologiques et des tests de
provocation en milieu médical qui
permettent de mieux cerner le
degré d’allergie : de la simple sensibilité, qui se combat facilement par
une adaptation progressive à l’allergène, aux allergies sévères. Grace
aux progrès des traitements, la
plupart des asthmatiques arrivent à
vivre une vie tout à fait normale.
Pour les pathologies respiratoires,
les techniques de désensibilisation
se sont améliorées et si les protocoles de tolérance tiennent leurs
promesses ils pourraient changer la
vie de beaucoup de personnes
souffrant d’allergies alimentaires.
S’ils ne se font guère d’illusion sur la
progression de la maladie, les scientifiques comprennent de mieux en
mieux les mécanismes complexes
en jeu et s’orientent vers la mise en
place d’une véritable médecine
personnalisée qui permettra à
chacun de vivre « en bonne intelligence » avec ses allergènes. n
A l’institut Pasteur de Lille,
l’asthme au microscope
L'
asthme est une affection
pulmonaire chronique caractérisée par une inflammation, une sécrétion accrue de
mucus, et une contraction des muscles entraînant un rétrécissement
des voies respiratoires qui entrave
la circulation de l'air dans les poumons et rend la respiration difficile. Comme toutes les allergies,
l’asthme est en constante augmentation et atteint actuellement en
France environ 9% des enfants et
6% des adultes. Il est responsable
d'environ 1.000 décès par an dans
notre pays, principalement chez les
plus de 45 ans, selon l'Institut de
veille sanitaire (InVS).
Tous les asthmes ne sont pas allergiques. Si l’asthme a une origine
allergique chez 80% des enfants,
l’allergie n’est plus à l’origine que
de 60% des asthmes des adultes.
« L’asthme non allergique apparait
généralement plus tard mais en la
13
Signes de vie
n° 34 - Mai 2014
matière il n’y a jamais de certitudes,
j’ai vu une personne de 72 ans déclencher un asthme allergique, commente
le Dr Tsicopoulos. Ensuite les causes
favorisantes d’un asthme non allergique peuvent être multiples : des
infections virales ou bactériennes,
l’obésité, l'exposition à une substance
chimique ou biologique sur le lieu de
travail. » Près de 10% des asthmes
ont une origine professionnelle. La
profession la plus touchée est celle
des boulangers avec une allergie au
blé ou au seigle.
Mieux soigner
l’asthme sévère
Quelle qu’en soit l’origine, l’asthme
sévère, celui qui réveille la nuit et
limite fortement l’activité physique
malgré un traitement bien conduit,
(10% des asthmes) n’a toujours pas
de solution thérapeutique réelle-
Dr Anne Tsicopoulos
ment efficace. C’est la raison pour
laquelle l’équipe d’Anne Tscicopoulos
essaie de mieux comprendre les
mécanismes en jeu à l’intérieur des
cellules inflammatoires des tissus
et les cellules lymphocytaires (les
globules blancs impliqués dans
l’immunité). Les chercheurs analysent comment ces cellules et leurs
médiateurs orchestrent la réaction
inflammatoire et le remodelage des
tissus afin de trouver de nouvelles
cibles thérapeutiques.
« Ces asthmes sévères peuvent être
exacerbés par des facteurs allergiques et infectieux. Mais plus on
avance, plus on se rend compte
que les asthmes sont multifactoriels,
tant du point de vue des facteurs
déclenchants ou exacerbant que des
mécanismes physiopathologiques
impliqués. On ne trouvera pas le
médicament miracle pour tous. On se
dirige vraiment vers une médecine
personnalisée qui adaptera le traitement à chaque cas particulier. Nous
travaillons également sur les mécanismes de l’asthme induit par
l’obésité car si l’on sait depuis longtemps que cette dernière aggrave
les problèmes respiratoires, elle peut
aussi être à l’origine du déclenchement de la maladie ». n
Dossier (suite)
Les allergènes
les plus courants
1
Les acariens
Numéro un des allergènes, les acariens sont responsables de la
majorité des asthmes et rhinites
allergiques. Ces insectes microscopiques de la famille des arachnides,
se plaisent dans les milieux chauds
et humides comme la literie, les
tapis, les fauteuils ou encore les
peluches. On en retrouve des
millions à la maison toute l'année,
mais leur reproduction est accélérée au printemps et à l’automne.
Un gramme de poussière peut
contenir 2 000 à 10 000 de ces
petites bêtes. Si l’éviction totale est
impossible, on peut réduire la présence des acariens en :
• aérant régulièrement son habitation,
2
Les pollens
Ils provoquent éternuements,
démangeaisons nasales, conjonctivites, c’est le fameux rhume des
foins qui peut être à l’origine de
complications comme l'asthme,
la sinusite inflammatoire, ou la
bronchite. D’après l’Anses, l'allergie
concernerait jusqu'à 34 % des
adultes, 18% des adolescents, 20%
des 9-11 ans et 7% des enfants de
6-7 ans, avec des variations importantes d’une région à l’autre, tant
en quantité qu’en type de pollens
allergènes. Dans le Sud-est, ce sont
les pollens de cyprès qui l’emportent tandis que le bouleau mène
la danse dans le Nord et l’Est et
l'ambroisie s’affiche dans la vallée
du Rhône. Traditionnellement, on
compte trois saisons des pollens.
Les troubles débutent dès janvier
avec l'apparition des pollens de
cyprès puis jusqu’au printemps
avec les autres arbres : en févriermars pour les aulnes, les frênes
et les bouleaux jusqu’en avril-mai
pour les chênes et les platanes
en avril-mai. Viennent ensuite les
pollens des graminées puis ceux
des herbacées mais ces dates
varient d’une année à l’autre en
fonction de la météo.
• supprimant moquettes, tapis et
tentures,
Pour limiter l’exposition il est
important de :
• passant l'aspirateur et lavant les
sols régulièrement,
• suivre les bulletins diffusés par
le Réseau national de surveillance
aérobiologique (RNSA, www.pollens.fr),
• équipant sa literie de housses de
protection contre les acariens.
14
Signes de vie
n° 34 - Mai 2014
• faire des sorties au grand air ou
aérer votre habitation en début
de journée quand la quantité de
pollens dans l’air est plus faible,
• se laver, y compris les cheveux,
et changer de vêtement fréquemment et évitez de faire sécher son
linge dans le jardin en pleine
saison pollinique.
3
Les aliments
Tous les pays industrialisés connaissent une forte croissance des allergies alimentaires et leur fréquence
croit aussi dans les pays en développement. En France, leur fréquence
est estimée à 7 à 8% pour les
enfants de moins de 2 ans et à 2%
chez l’adulte. Chez les enfants, les
allergies les plus courantes concernent le lait, l’œuf, le poisson, l’arachide, les fruits à coque. A l’exception de l’arachide et des fruits à
coque, il s’agit souvent de sensibilités qui s’estompent avec l’âge. Par
exemple dans 90% des cas, l’allergie
au lait de vache disparait avant l’âge
de 3 ans. Quant aux allergies qui se
déclenchent à l’âge adulte ce sont
plus souvent des allergies croisées
(voir p 11) et souvent plus sévères.
4
Les animaux
Les chats (2/3 des cas) et les chiens,
sont, après les pollens et les acariens, les plus grands responsables
d'allergies respiratoires. Les chevaux et les bovins tiennent une
bonne place dans le palmarès mais
s’invitent moins fréquemment dans
notre salon. Les allergologues s’inquiètent du développement des
nouveaux animaux de compagnie
(les NAC) qui comme la gerbille,
le chinchilla ou encore les reptiles
sont potentiellement allergisants.
La meilleure des préventions reste
encore l'éviction.
5
Les médicaments
Tous les médicaments peuvent
provoquer toute la panoplie des
réactions allergiques : urticaire, rhinite, asthme, œdème de Quincke et
parfois même choc anaphylactique.
Les antibiotiques, et en priorité la
pénicilline et les sulfamides, sont les
principales substances concernées.
Mais les anti-inflammatoires, les produits anesthésiques, les vaccins, les
produits iodés de contraste utilisés
pour certains examens radiologiques sont aussi susceptibles de
déclencher une réaction allergique,
alors même qu'ils ont été antérieurement bien supportés. « Même si de
nombreuses réactions revêtent les
symptômes d’une allergie, les mécanismes en jeux sont souvent différents » précise Anne Tsicopoulos.
6
les moisissures
Les moisissures, en particulier l’aspergillus, sont des champignons
microscopiques qui se développent
dans des endroits humides, obscurs
et mal aérés. Facilement inhalés,
les spores peuvent provoquer des
épisodes de rhinites, des conjonctivites et de l'asthme. Fruit de la
conjonction d’un meilleur chauffage, du développement des douches et bains et du manque d’aération des logements, les allergies
aux moisissures se sont considérablement développées ces 30 dernières années et concerneraient
ainsi 5 à 10% de la population.
Pour lutter contre les moisissures
il est important :
• d’aérer et nettoyer les cuisines,
salles de bains, caves et greniers,
• de maintenir un taux d'hygrométrie de 50% dans le logement
en installant si besoin un déshumidificateur dans la maison et des
filtres à air,
• de désinfecter à l'eau de javel les
surfaces contaminées,
• de changer régulièrement les
filtres des climatiseurs et des systèmes de chauffage par air pulsé.
7
Les venins
Les venins des hyménoptères
(guêpes, abeilles, frelons, fourmis)
suscitent parfois des allergies
sévères. On dénombre trois à cinq
cas mortels chaque année. Bonne
nouvelle toutefois, c’est une des
allergies qui répond le mieux aux
techniques de désensibilisation
(efficace dans plus de 95% des cas).
8
Le latex
Le latex est issu de la sève d'un
hévéa. L’allergie au latex concerne
de 1 à 5 % de la population. Sa
prévalence augmente chez les personnes particulièrement exposées
comme le personnel de santé qui
compterait 5 à 22 % d'allergiques.
Les symptômes apparaissent quelques minutes après un contact :
conjonctivite, rhinite, asthme (1ère
cause d’asthme professionnel en
milieu médical), urticaire... Dans
un tiers des cas, les personnes allergiques au latex souffrent d'allergies
alimentaires croisées avec de nombreux fruits et légumes.
Et le soleil ?
Avec des symptômes proches de
l’urticaire, la lucite estivale n’est pas,
à proprement parler, une allergie,
il s’agit plutôt d’une réaction
toxique locale qui touche surtout
les femmes entre 15 à 40 ans lors
des premières expositions solaires
de l’année. La meilleure protection
reste encore l’éviction. n
15
Signes de vie
n° 34 - Mai 2014
Itinéraire
d’un chercheur
Sylviane Pied,
Pour soutenir la
recherche médicale
faites un don à
l’Institut Pasteur
de Lille
www.pasteur-lille.fr
curieuse, passionnée
et humaniste
Ce qui guide Sylviane, c’est la connaissance avec un
grand C. Cette passionnée d’art, de peinture et de
musique a choisi la science, comme une évidence. Mieux
comprendre le monde pour le rendre meilleur a toujours
guidé ses choix. Des choix qui l’ont poussée à s’orienter
vers l’étude des mécanismes d’infection dans le paludisme, à se lancer dans l’aventure pasteurienne et à
partager sa vie de chercheuse entre la France et l’Inde.
A
17 ans, bac en poche,
Sylviane quitte la Guyane
avec la ferme intention
d’aller étudier sur le continent pour
revenir participer au développement agricole de sa terre. Elle
est la seule candidate à passer, à
Cayenne, le concours d’entrée de
l’école nationale d’agronomie mais
perdu dans les méandres administratifs son dossier arrive après la
forclusion du concours en métropole. Qu’à cela ne tienne, Sylviane
retentera le concours l’année prochaine et s’inscrit en médecine.
« J’ai été élevée en grande partie par
une grand-mère institutrice, militante
de l’éducation populaire et engagée
pour le développement de la Guyane
et la libération de la femme » avoue
Sylviane qui ne renie pas ses origines quand elle parle du machisme qui sévit encore fréquemment
16
Signes de vie
n° 34 - Mai 2014
dans le milieu de la recherche.
« Même s’il y avait des médecins dans
la famille, notamment un oncle anesthésiste dont j’étais assez proche, je
n’ai jamais eu envie de pratiquer la
médecine clinique. J’ai toujours su
que je ferais de la recherche. »
Si elle a abandonné l’idée de travailler en Guyane, l’agronomie,
-puisqu’elle n’a jamais repassé le
concours-; la médecine en 4e année
pour se spécialiser en biologie,
sciences humaines et génétique,
Sylviane a gardé le cap de la
recherche, engagée dans une problématique de développement.
Un modèle de
recherche fascinant
« J’ai choisi le paludisme parce que
c’était une maladie en résurgence au
Brésil, au Surinam et en Guyane et
puis j’ai plongé avec délice dans le
monde des parasites qui est un
modèle de recherche fascinant. »
«Le parasite cherche à vivre en symbiose avec son hôte. Il a une grande
faculté d’adaptation, il est capable de
déjouer les mécanismes de défense
des hôtes qu’ils soient vertébrés
ou invertébrés. Quand le parasite
tue son hôte c’est un accident de
l’évolution; c’est parce qu’il n’est pas
encore bien adapté, comme le plasmodium falsiparum, responsable des
formes de paludisme les plus meurtrières. Mon objectif c’est vraiment
de mieux comprendre quelles sont
les interactions entre deux systèmes
complexes : le parasite et le système
immunitaire de l’être humain
infecté. »
« Dans tout mon parcours, j’ai eu la
chance inouïe de rencontrer des gens
d’une grande humanité et d’une
grande culture, à commencer par ma
prof de sciences au lycée, Mme Arel,
qui m’a transmis le virus de la curiosité scientifique. Quand j’ai voulu
faire une thèse sur l’immunologie du
paludisme je suis allée voir le spécialiste de l’époque, Luis Pereira Da Silva
à l’Institut Pasteur à Paris, d’autant
qu’il avait monté une antenne à
Cayenne où j’espérais pouvoir faire
mes armes. Il n’a pas pu m’accueillir
mais m’a orientée vers le Pr Marc
Gentilini à la Salpêtrière. Ce dernier
m’a présenté Dominique Mazier avec
cette formule, bien représentative
du machisme ambiant : « allez voir
Dominique, c’est un utérus avec un
cerveau ».
« Dominique Mazier montait son
équipe, elle a été mon premier mentor, elle m’a accordé une grande
liberté et m’a fait entièrement
confiance. J’ai participé à l’émergence de cette équipe qui est
devenue une référence dans l’immunologie du paludisme. » Le mentor
suivant, avec lequel elle travaillera
23 ans, s’appelle Pierre-André
Cazenave à l’Institut Pasteur à Paris.
Sylviane fait partie de ces chercheurs pour qui la transmission et
l’empathie font partie des qualités
essentielles du métier. « J’ai eu des
maîtres exceptionnels en parasitolo-
gie et immunologie » reconnait la
chercheuse qui est aussi enseignante en France et à l’étranger.
Sylviane donne régulièrement des
cours d’immunologie à Lille et Paris
et a organisé de nombreux cours
17
Signes de vie
n° 34 - Mai 2014
internationaux dans le réseau des
Instituts Pasteur au Vietnam, en
Thaïlande et en Inde qui est devenue sa deuxième, (troisième ?)
patrie.
« J’ai rencontré l’Inde il y a plus de
25 ans maintenant. J’ai commencé
par y faire des séjours de travail
pendant ma thèse puis grâce à un
prix de la société française d’immunologie et à une bourse de la
fondation pour la recherche médicale, je suis partie à Dehli pour faire
mon stage post-doctoral. A cette
époque il y avait un conseiller culturel
et scientifique extraordinaire à
l’ambassade de France. Grace à lui,
je suis entrée de plain-pied dans
la culture indienne », au point de
devenir une intime du célèbre
peintre Akbar Padamsee. Peinture,
musi-que, histoire et sciences évidemment, la curiosité de Sylviane
est insatiable.
De retour en France, elle rejoint la
Pitié Salpêtrière, puis le CNRS et
l’Institut Pasteur avec Pierre-André
Cazenave avant d’arriver, en 2008,
à l’Institut Pasteur de Lille avec
son comparse Jacques Roland, fière
de contribuer à la renaissance
de l’immuno-parasitologie dans cet
institut monté par un certain Albert
Calmette, découvreur du BCG mais
qui avait consacré sa thèse de
doctorat… au paludisme.
Si elle revendique une recherche
fondamentale, Sylviane, n’oublie
pas « le terrain » et la souffrance des
malades qu’elle retrouve régulièrement au Gabon avec sa collègue
et amie Maryvonne Kombila ou en
Inde, pays avec lequel elle a monté,
en 2012, un laboratoire « sans
murs » pour lutter contre les affections parasitaires rassemblant
en France deux laboratoires de
recherche fondamentale et en Inde
quatre instituts de recherche fondamentale et deux centres de
recherche clinique. n
Histoire d’un ménage
à trois : parasite
moustique, homme
Le paludisme, aussi appelé malaria, est
une des maladies parasitaires les plus
répandues dans le monde. Près de la
moitié de la population mondiale vit
dans les régions à risque, en particulier
en Afrique et dans le sud-est asiatique.
selon l’organisation mondiale de la
santé (oms), 250 millions de personnes
sont infectées chaque année et environ
un million d'entre elles en meurent.
L’infection est causée par un parasite du
genre Plasmodium transmis lors de la
piqûre de certaines espèces de
moustiques. En moins de 30 secondes le
parasite gagne le foie. c’est
dans le foie humain
que le parasite
va entamer sa
première
phase de
maturation.
cette phase
peut durer
de sept jours à
plusieurs mois
selon l’espèce de
parasite. Puis le parasite repart
dans le sang pour infecter les globules
rouges au sein desquelles il entamera
un autre cycle de développement et se
multipliera. c’est lors de cette phase de
re-largage dans le sang que les effets se
font sentir entrainant de fortes fièvres,
une anémie et, lors de formes
neurologiques, la mort en l’absence de
traitement rapide. Lorsqu’un nouveau
moustique aspire le sang ainsi parasité,
il va permettre au parasite Plasmodium
d’entamer sa troisième phase de
développement et pond ses œufs. A
l’éclosion des œufs, les agents infectants
migrent jusqu’aux glandes salivaires
et le cycle de l’infection peut
recommencer. La sévérité de la maladie
dépend de facteurs complexes qui
régissent l’interaction des trois
partenaires.
Kid campus
Cellules souches,
la fontaine de jouvence ?
Tapez cellules sur un moteur de recherche, c’est
le mot souches qui est le premier associé. Ces
cellules qu’on dit immortelles fascinent et
suscitent de gros espoirs dans le domaine de la
médecine dite régénératrice. En attendant que
les chercheurs aient trouvé le moyen de nous
maintenir dans un état d’éternelle jeunesse, la
découverte de ces cellules a déjà permis de
grands progrès tant en recherche fondamentale
qu’en applications médicales.
Des cellules aux super
pouvoirs
On a peut-être l’âge de ses artères,
comme dit l’adage populaire, mais
on est bien plus vieux que ses
cellules. Une cellule de foie ou de
poumon vit de 400 à 500 jours, un
globule rouge 120 jours, une cellule
de peau a une durée de vie de
4 semaines et une cellule de la
rétine ne dépasse pas la dizaine de
jours tandis que les cellules tapissant la surface de l'intestin ne «tiennent» que 5 jours.
Mais la nature étant bien faite, il
existe des cellules magiques qui ont
la capacité de se diviser à l’infini
pour reproduire les cellules disparues : ce sont les cellules souches.
Elles ont un double pouvoir : renouvellement à l’infini (c’est pour cela
que l’on parle d’immortalité) et
capacité, pour certaines, les cellules
18
Signes de vie
n° 34 - Mai 2014
Ces cellules âgées, reprogrammées in vitro
en cellules souches pluripotentes ont retrouvé
leur jeunesse
embryonnaires appelées immatures ou pluripotentes à produire
les cellules de n’importe quel
organe.
Les cellules souches embryonnaires
sont issues d’un embryon au stade
de blastocyste (cinquième ou
sixième jour de développement
chez l’homme). Elles peuvent former tous les tissus de l’organisme,
Ces cellules sont ensuite mises en
culture pour obtenir des « lignées ».
Les cellules souches adultes sont
présentes dans les organes et les
tissus tout au long de la vie. Elles
sont soit multipotentes, c’est-à-dire
qu’elles peuvent donner naissance
à plusieurs types de cellules d’un
même tissu, soit unipotentes. Elles
n’ont alors la possibilité de ne donner naissance qu’à un seul et même
type de cellule. Selon la localisation
des organes, elles sont plus ou
moins faciles à obtenir.
Des découvertes
récentes
C’est à la fin du XIXe siècle que des
scientifiques allemands ont supposé l’existence de cellules souches
à partir de l’analyse du développement des embryons et de la microscopie de la moelle osseuse, mais
il faudra attendre les années 50
pour que des chercheurs canadiens
comprennent le fonctionnement
des cellules souches dans le développement du sperme et le remplacement des cellules de l’intestin.
Et c’est en 1956, aux Etats-Unis, que
les cellules souches quittent pour
la première fois le laboratoire de
recherche pour servir à l’hôpital
dans les premières greffes de de
mœlle osseuse.
En 1981, le Britannique Martin
Evans prouve que ces cellulessouches embryonnaires, c’est-à-dire
le saviez-vous ?
les premières cellules qui apparaissent après la rencontre du spermatozoïde et de l’ovule, sont
pluripotentes. Cinq ans plus tard,
un Italien et un Britannique, Mario
Capecchi et Oliver Smithies font
naître des souris dont ils avaient
« désactivé » certains gènes avant la
naissance en manipulant les cellules souches.
En 2007, des chercheurs japonais
réussissent à transformer des
cellules de peau adulte en cellules
pluripotentes. Ces cellules souches
pluripotentes induites (CSPi) peuvent produire n'importe quelle
cellule de l’organisme. Toutefois,
la méthode de production des
CSPi n’est encore pas pour l’instant
adaptée au traitement des êtres
humains.
Cellules souches embryonnaires
humaines
Des cellules souches
pour comprendre
les maladies
Si la manipulation de cellules
souches embryonnaires avait déjà
donné aux chercheurs l’occasion de
mieux observer le fonctionnement
des cellules in vitro, ces cellules reprogrammées permettent d’aller
19
Signes de vie
n° 34 - Mai 2014
plus loin, en analysant le fonctionnement de cellules malades qu’il
serait très difficile de prélever chez
un patient. Ainsi à l’Institut Pasteur
de Lille on est en train de fabriquer
des cellules souches induites à partir du sang de patients atteints de
diabète de type 2 afin de développer des cellules pancréatiques pour
mieux comprendre pourquoi ces
derniers produisent mal l’insuline,
rendant le patient diabétique et à
terme de tester directement sur la
cellule de nouveaux médicaments.
Un autre intérêt de l’étude des cellules souches réside dans leur implication dans la génèse de la plupart
des cancers, et surtout dans leur
résistance aux traitements et les
rechutes.
Soigner avec
des cellules souches
Utilisées pour soigner certains
cancers et certaines maladies du
sang, des cellules souches du sang,
les cellules hématopoïétiques, sont
prélevées dans la mœlle osseuse
de donneurs compatibles et volontaires ou dans du sang de cordon
ombilical. Le sang de cordon
(ou sang placentaire) est le sang
qui reste dans le placenta et le
cordon ombilical après la naissance
de l’enfant. Dans certaines maternités, il est proposé aux mères
de donner ce sang de cordon à
des banques spécialisées. Il existe
actuellement en France 11 banques
de sang placentaire et 54 maternités collectrices.
Actuellement on n’utilise des
cellules souches sanguines que
pour soigner des maladies du sang.
Demain, si on arrive à affiner la
technique de mise au point des
cellules souches pluripotentes
Deux prix Nobel pour les
cellules pluripotentes
Le prix nobel de médecine 2007 a été
attribué aux « découvreurs des cellules
souches embryonnaires » Mario capecchi
et oliver smithies et Martin Evans. Ils ont
été les premiers à identifier les cellules
souches embryonnaires en 1981 et ont
mis au point une méthode pour les
modifier génétiquement.
En 2012, le prix nobel de médecine
récompense un chercheur anglais, sir
John gurdon, et un chercheur japonais,
shinya Yamanaka, qui ont démontré la
possibilité de reprogrammer des cellules
matures en cellules souches c’est
notamment S. Yamanaka qui avait mis au
point, juste six ans plus tôt, la technique
des cellules souches pluripotentes
induites, en trans-formant une cellule
adulte spécialisée, en l’occurrence une
cellule de peau, en cellule pluripotente.
induites et à les rendre utilisables
en soins, alors il sera possible de
fabriquer des cellules souches de
beaucoup d’autres organes. Des
cellules capables de remplacer les
cellules perdues ou endommagées
en limitant les problèmes de rejets,
puisque ces cellules reprogrammées seront reconnues, à juste titre,
comme des cellules du propre
corps du patient. Mais on n’en est
pas encore là car la production des
CIPS implique une modification génétique, ce qui peut introduire des
mutations dans l’ADN et provoquer
la formation de tumeurs. n
En savoir plus :
La Commission européenne propose un
portail d’information sur les cellules
souches : www.eurostemcell.org/fr
INSTITUT PASTEUR DE LILLE
90
CALMETTE, UNE VIE AU SERVICE DES HOMMES
• photos d’épaule
• récits de
générosité
• témoignages
Bénéfices reversés
au profit de la recherche
menée à l’Institut
Pasteur de Lille
La passion
d pauler
un livre événement
pour l’année Calmette
Retrouvez toute la vie d’Albert Calmette, mais aussi les
témoignages de 90 acteurs du monde sportif, culturel,
économique et scientifique régional qui ont accepté de
mettre en avant leur épaule, lieu d’injection des vaccins, sous le
regard sensible du photographe Sam Bellet.
Plus que leurs épaules, comme autant de clins d’œil à l’histoire
de la vaccination, de Calmette, du BCG et de notre fondation,
ces 90 personnalités y dévoilent ce qui les rapproche des valeurs
et de l’engagement du personnage hors du commun qu’était Albert
Calmette.
“La passion d’épauler”
Marie-José Hermant, Philippe Scherpereel,
Sam Bellet
Editions Du Quesne - 152 pages - 30 €
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