Mémoire de la Dordogne - Archives départementales de la Dordogne
Transcription
Mémoire de la Dordogne - Archives départementales de la Dordogne
Mémoire de Id Dordogne
Revue semestrielle des services
du patrimoine départemental
- te>
-
Editeur:
Archives départementales de la Dordogne
N° 10/JUIN 1991
DIRECTEUR DE LA PUBLICATION
François BORDES
RÉDACTEUR EN CHEF
Bernard REVIRIEGO
COMITÉ DE LECTURE
François BORDES, Jean-Pierre CHADELLE,
Joëlle CHEVÉ, Michel COMBET, Charles
DARTIGUE PEYROU, Patrick ESCIAFERde
la RODE, Bernard FOURNIOUX, Dominique
GRANDCOIN, Claude LACOMBE, Bernard
REVIRIEGO.
RÉDACTION
Denis BORDAS, François BORDES, Alain
DAVID, Louis-François GIBERT, Louis
GRILLON, Serge MAURY, Pierre PAGEOT,
Bernard REVIRIEGO, Marie-Lise SARLAT,
Jean VIRCOULON.
TRAVAUX PHOTOGRAPHIQUES
Denis BORDAS et Laurent TONDUSSON,
(atelier photographique des Archives départementales) .
MAQUETTE, MISE EN PAGE
Thierry BOISVERT - ANPHOCOLOR.
PHOTOGRAVURE
ANPHOCOLOR.
IMPRESSION
Imprimerie FANLAC
ABONNEMENTS
Ls Archives départementales ont la mission de conserver les documents écrits, sonores, visuels qui constituent la mémoire du département.
Elles ont aussi le devoir de les rendre accessibles aux: usagers.
Elles parviennent d'autant mieux: à s'acquitter de cette tâche qu'elles
diffusent largement l'information relative à leurs activités; c'est justement
l'objectif atteint sans conteste par cette revue, distribuée dans toutes les
mairies du département mais également vendue dans les points "Presse" et
reçue par près de 500 abonnés.
Autant de bonnes raisons pour inciter l'Assemblée départementale à
valider une proposition du comité de rédaction : l'élargissement du sommaire à tous les sujets relatifs au patrimoine, qùil s'agisse de l'archéologie,
des monuments historiques ou de l'ethnologie. Ainsi, parallèlement à la
création d'un complément au magazine du Conseil général plus particulièrement consacré à la diffusion et la création artistique, ce journal
témoignera, désormais, de l'action de tous les services du Conseil général
liés au patrimoine. Il n'en continuera pas moins à rendre compte des initiatives des associations périgourdines dans ce même domaine ou des
études consacrées, ici ou ailleurs, à notre département.
Mémoire de la Dordogne remplira ainsi pleinement une doubre fonction: offrir sur un même support un éventail plus large d'informations à
tous ceux: qui se passionnent pour l'histoire et la préhistoire du Périgord,
affirmer davantage la part que prend le Conseil général à cette recherche
ainsi que son souci d'efficacité et de cohésion dans la restitution des travaux: des uns et des autres.
Deux numéros par an : 70 F
Prix à l'unité: 35 F
Bulletin d'abonnement à l'intérieur de la revue.
Diffusé par D.C.P. 9013
Bernard C4ZE4U
Président du Conseil général de la Dordogne
ISSN 1241-2228
Dépôt légal à parution
Le contenu des articles n'engage
que la responsabilité de leurs auteurs.
1
_ _ BIOGRAPHIE _ _ _ _ _ __
les femmes dans la Résistance
Mémoire de la
DOldogne, nO 8 p. 43.
1 -
2
Par un curieux hasard, et comme une
heureuse transition avec le numéro huit de
"Mémoire de la Dordogne", le Comité
National du Prix de la Résistance et de la
Déportation a proposé, comme thème de
réflexion aux élèves du secondaire, dans le
cadre de son Prix National annuel, "Les
femmes dans la Résistance".
Dans le dossier "Femmes en Périgord"1
cet aspect de la condition féminine avait été
évoqué par Michel Combet dans son article
sur "Le rôle social et culturel de la femme en
milieu rural (1914-1960)" : Cette évolution se
réalise par l'accès des femmes à la majoritépolitique et syndicale, conquise après une
participation active de celles-ci aux réseaux et
aux actions de la Résistance, ou bien encore
par Irène Voiry (p. 24), quand elle écrivait:
Ce droit à la citoyenneté reconnu aux femmes
(...) a été chèrement acquis par la participation
massive des femmes à la Résistance (... ).
Il est donc particulièrement intéressant
que, cette année, nos élèves de troisième,
seconde et terminale se soient penchés sur
cet épisode dramatique de notre histoire et
aient mis en lumière le rôle essentiel joué par
les femmes dans la Résistance. Malheureusement, ce rôle a souvent été occulté (ou
oublié) à cause des hauts faits d'armes de
leurs compagnons de combat, les hommes,
exposés en première ligne, et ceci tout particulièrement en Dordogne, terre de
Résistance s'il en fut.
Qui ne se souvient en effet du premier
parachutage venu de Londres, à Prigonrieux,
le 12 août 1943, de la spectaculaire évasion
du camp de Mauzac, de la rocambolesque
attaque du train de Neuvic et des "milliards
de la Résistance", plus tard de la libération de
Nontron, de Périgueux, de Bergerac, des
embuscades et de l'incessant harcèlement
subis par la division Das Reich, se hâtant
vers le front de Normandie, avec, pour
conséquence ultime et terrible, la destruction d'Oradour-sur-Glane, village martyr?
Qui ne se souvient en Dordogne, des
exécutions massives perpétrées par les nazis
de la division Brehmer, du S.D.2 de Michel
Hambrecht et de leurs auxiliaires français, la
milice de Denoix et la brigade NordMricaine de Villeplana, lors de la terrible
répression de l'année 1944 ? Qui ne se souvient de ces massacres, vingt-six otages à
Brantôme, quarante-six fusillés à Périgueux,
dont Charles Mangold et Marie Guyonnet,
dite "la Blonde", cinquante-sept à Mussidan
ou, encore, de la destruction totale, par le
canon et par les flammes, après pillage, de
Mouleydier, de Rouffignac, des Piles, de
Saint-Germain-du-Salembre ?
A une rare exception près, seuls des
hommes furent victimes de ces massacres.
Les femmes, engagées dans la Résistance, ne
payèrent-elles pas, cependant, un lourd tribut ? Guy Penaud, dans son Histoire de la
Résistance en Périgord 3, reprenant les chiffres
de Morquin et de Nanteuil de la Barrë :
Pendant toute la guerre, il y eut, en Dordogne
(..) 548 déportés (dont un nombre très important de femmes) (...) 689 personnes fosillées (32
femmes, 657 hommes) et 89 tués au combat.
Le Mémorial de la Résistance en Dordogne (..)
sous la terreur nazie 5 authentifie ces chiffres.
Des figures emblématiques nationales
2 - Il s'agit du service
Allemand de sécurité
jouant pour les opérarions militaires le même
rôle de répression que la
gestapo pour la répression des civils.
3 - Histoire de la
Résls-tance en Périgord
Périgueux, Fanlac, 1985.
4 - Historique des Unités
combattantes de la
Cinquante ans ont maintenant passé
depuis la libération de la France et l'armistice
du 8 mai 1945. Après toutes ces années, la
Résistance féminine, sur le plan national, ne
subsiste, dans les mémoires de nos contem-
Résistance. 1940-1944.
Dordogne, Vincennes,
Service historique de
l'armée de terre, 1974.
5 - A.N.A.C.R.,
Périgueux,
1985.
Copédit,
porains, qu'à travers le nom de quelques
femmes extraordinaires.
Marie-Madeleine Fourcade, fondatrice, dès septembre 1940, du réseau
''Alliance'' est de celles-là. Seule femme chef
de réseau, on lui rendit, à ses obsèques en
1989, les honneurs militaires.
Berthy Albrecht en est une autre. Elle
organise avec Henri Frenay, en février 1942,
le mouvemenr "Combat" après avoir créé à
Lyon le premier journal clandestin de la zone
sud, "Les Petites ailes de la France". En juin
1941, arrêtée, évadée, elle reprend la lutte
jusqu'à ce qu'une trahison la fasse précipiter
par la Gestapo à Fresnes, où elle meurt dans
des circonstances demeurées mystérieuses.
Lucie Aubrac est peut-être celle qui est
derneurée la plus présente dans les
mémoires. Un film vient de lui être consacré
illustrant la plus flamboyante de ses actions
clandestines: l'épisode de l'évasion de son
mari, Raymond Aubrac, qu'elle réussira à
arracher des griffes de Klaus Barbie à Lyon,
après la tragique arrestation de Caluire Qean
Moulin, lui, n'aura pas cette chance... ). Cet
épisode fameux avait déjà inspiré J.P.
Melville, le réalisateur de L'Armée de Ombres,
avec Lino Ventura et Simone Signoret. On
peut encore citer Germaine Tillion,
déportée-résistante, Geneviève De GaulleAntonioz, déportée-résistante, Danielle
Casanova, dirigeante des Jeunes Filles
Communistes, qui mourut du typhus, après
avoir soigné ses camarades àAuschwitz, ou la
chanteuse Mireille, qui vient de disparaître
et qui connut Malraux dans les maquis de
Corrèze, ou bien encore une autre chanteuse
plus proche de nous, Périgordins, puisque la
fin de sa vie se passa au château des
Milandes. Nous voulons parler de Joséphine
Baker qui reçut la Légion d'Honneur à la fin
de la guerre, pour l'ensemble de son action
résistante.
Quelques grandes figures féminines de la
Résistance en Périgord
Nous venons de citer Joséphine
Baker, fille adoptive en Périgord Noir.
N'existe-t'il-pas, en Dordogne, des femmes
tout aussi extraordinaires qui ont combattu
l'ennemi nazi sur notre sol même ? Nous
voudrions ici rendre hommage et remettre
en pleine lumière trois d'entre elles, même si
ce choix a quelque chose d'injuste et d'arbitraire pour d'autres femmes qui se sont
illustrées et ont, elles aussi, parfois connu
une fin tragique ...
En premier lieu, et parce que son nom
se perpétue, de génération en génération,
nous voudrions évoquer la mémoire de
Laure Gatet, qui a donné son nom au lycée
de Périgueux où elle avait été elle-même
élève de 1928 à 1931. Ingénieur chimiste,
elle entra dans la Résistance bordelaise dès
1940, dans le réseau "Notre-Dame-de
Castille". Arrêtée en 1942 par la police de
Vichy, puis livrée à la Gestapo, elle est
emprisonnée au Fort du Hâ, puis à la Santé,
enfin au camp de Romainville. Elle fait partie du convoi du 23 janvier 1943 pour le
camp de la mort d'Auschwitz-Birkenau, où
elle mourra en mars 1943. Elle avait 29 ans.
La deuxième grande figure que nous
voudrions évoquer est celle de Valentine
Bussière qui a donné son nom à la crèche
maternelle de Boulazac. Ecoutons le récit de
Martial Faucon sur son action dans la
Résistancé : C'est une belle et solide fille à
l'opulente chevelure brune. A la voir circuler
joyeusement en poussant vigoureusement sur les
pédales, on n'imagine pas qu'elle puisse être une
dangereuse «terroriste'~ chargée de porter des
directives, des informations importantes ou
même du matériel d'un bout à l'autre du
département, rompue aux mots de passe et à la
dissimulation, comme les vieux routiers de la
Résistance. Valentine est en effet un intrépide
agent de liaison de l'Etat-Major
Interrégional ET.P.F (Francs-Tireurs et
Partisans Français). Elle est arrêtée une première fois, tombant dans une souricière à
Périgueux. Conduite par la police nazie au
siège du S.D, elle est soumise à un interrogatoire brutal par Villeplana lui-même.
Comme ses papiers sont en règle et qu'elle
ne transporte, pour une fois, rien de répréhensible, elle est relâchée. Mais un mois et
demi plus tard, alors que la répression nazie
s'accentue, elle se trouve aux Piles, où plusieurs maquisards se reposent, lorsqu'une
colonne ennemie fait son apparition. Elle
donne l'alerte, leur permettant ainsi de
s'échapper. Ils parviendront à s'échapper.
Parmi eux se trouve Christian Lhonneur, qui
a fait un récit poignant de cette journée dans
6 - A.N.A.C.R., La
Résistance. Ln lutte contre
le tlflZisme et régime de
Vichy de 1939-40 à
1945 en Dordogne,
Périgueux, Copédit,
1995, p. 408-409.
3
7 - "Sud-Ouest" du 24
octobre 1990 sous le
titre "Un bouquet pour
Valentine".
8 - Cf ouvrage cité note
6, p. 646 et 647.
9 - Cette action d'éclat
est signalée dans Francs
Tireurs et Partisam français en Dordogne, p. 294
et 295.
10 - Cf ouvrage ciré
note 6, p. 388 et 389.
4
le journal "Sud-Ouest"7 : Je pense souvent à
cette jeune femme qui a donné sa vie, alors
qu'elle ne connaisait même pas mon nom (.,,) ;
puis dans l'ouvrage collectif publié par
l'AN.AC.R. Dordogne 8 : Valentine, qui
jusque-là nous avait suivis, a continué sa course
( ..) malgré mon appel Où voulait-elle aller?
Avertir quelqu'un d'autre sans doute ! ( ..).
Dans le crépitement des armes, j 'ai entendu des
cris déchirants. Valentine peut-être ? Puis le
bruit effrayant des maisons qui brûlaient ( ..).
Parmi les morts, ily avait Valentine que j'avais
du mal à reconnaître, ayant été jetée dans les
flammes; c'est affreux à voir un corps brûlé et
qui brûle encore ( ..). Ce jour là, pour moi, c'est
un ange que les Allemands venaient d'abattre.
Voilà comment mourut une héroïne de la
Résistance'~ Elle allait avoir 23 ans ...
Ginette Marois, "Dirka" (son nom dans
la clandestinité), est une autre de ces jeunes
femmes qui ont marqué les combats de la
Résistance féminine. "Dirka", sœur d'Yves
Marois, chef du détachement "Cyrano" -tous
deux étaient instituteurs- est agent de liaison.
Lors des combats de Port-Sainte-Foy, le 14
août 1944, au cours desquels les Allemands
sont bloqués vers le Fleix sur la rive Nord de
la Dordogne par le tir précis des forces de la
Résistance, Ditka ( ..) s'empare d'un bateau,
traverse la rivière. Escaladant la rive opposée, elle
circule parmi les Allemands avec une incroyable
audace ( ..). Un officier nazi hors de combat
tient encore sa serviette de documents. Elle s'en
empare, rejoint sa barque, retraverse la
Dordogne et vient rendre compte au P.C du
6ème bataillon, avec la sacoche à la main...
Ceux qui ont été les témoins de cet exploit gardent le souvenir d'une fêle jeune fille blonde,
avec un short haut relevé sur des jambes lacérées
par les ronces des berges 9• Yves Marois, alias
lieutenant Cyrano, évoque ainsi cet exploit de
sa sœur "Ditkà', apportant quelques
nuances lO : Charles me fait remarquer que ce
doit être ma sœur Ditka. A la jumelle elle est
identifiée ( ..). Ditka a traversé la rivière à la
nage et se trouve au milieu des Allemands ( ..).
Un sourd grondement de convoi venant de
Castillon nous arrive. Ditka l'entend, court vers
nous. Nous ouvrons le feu, la colonne de secours
réplique ( ..). Ditka, à travers des ronciers, nous
rejoint, ramenant la sacoche de l'officier
Allemand ( ..). Nous rejoignons les nôtres ( ..). Ils
font fête à Ditka qui est embrassée par tous.
Après sa mort, due à un banal accident
de la route au retour d'une nouvelle mission
réussie, le 18 octobre 1944, une citation à
l'ordre de la Brigade lui fut décernée par le
colonel Chêne, commandant les Forces
Françaises de l'Aunis, pour son exploit du
mois d'août précédent ll • Quand elle perdit la
vie, elle avait 23 ans.
Les femmes "sans-grade", indispensables
pour la Résistance.
Nous aurions mauvaise conscience et
commettrions une injustice, si, à côté de ces
trois héroïnes au destin tragique, nous n'évoquions pas d'un mot quelques autres figures
marquantes de la Résistance féminine en
Dordogne.
Marie-Louise (Astier) Blanchou,
épouse de Jean-Dolet Blanchou, grand résistant ET.P.E de La Coquille, arrêtée en même
temps que son mari le 24 septembre 1943.
Elle fut traînée par les cheveux devant ses
enfants en bas âge, blessée aux jambes, jetée
dans l'auto des miliciens. Les tortures endurées lui firent perdre la raison mais elle ne
donna jamais un seul nom de résistant et
mourut en 1950 prématurément.
Jeanne Mazeau, "Nanou" dans la
Résistance, arrêtée et déportée à BergenBelsen, où elle meurt en mai 45.
Fanny Wolf, 33 ans, réfugiée alsacienne, institutrice, arrêtée et morte à
Ravensbrück.
Renée Reyraud, épouse de Gaston
Reyraud, responsable ET.P.E, fusillé par les
nazis à Villeneuve-de-Lonchapt ; seule avec
ses deux garçons de huit et dix ans, elle fait
de son appartement de Bordeaux, à deux pas
de la Kommandantur, un lieu de rendezvous pour les Résistants et même une
imprimerie de tracts et de journaux.
Andrée Hivert, de Jumilhac-le-Grand,
agent de liaison ET.P.E, succombe aux tortures en 1944, à l'âge de dix-huit ans.
Mme Faure, "la boulangère de SaintPriest-Ies-Fougères" veuve avec trois enfants
qui continue àapporter une aide efficace àla
Résistance.
Mme Aubarbier, 71 ans, de Fanlac,
accusée avec son mari, 77 ans, d'avoir aidé le
maquis; elle est torturée, abattue et jetée
dans les flammes de sa maison.
Il - Cf ouvrage cité
note 5, p. 251.
12 - Ainsi que le souligne
Roger Ranoux (lieutenant colonel "Hercule"
chef déparremental des
EH (Forces Françaises
de l'Intérieur) dans sa
préf:1cc à ET.P.E en
Dordogne, p. 25,
l3 - Cf ouvragt: cité
nore 6, p. 643.
Jeanne Boissard, du réseau Castille,
chargée de mission de la "France
Combattante", morte en déportation en
1945 à Ravensbrück.
Mme Givord, Mme Suret-Canale,
Paulette Rousseau (22 ans) sous-lieutenant
EEI, qui meurt de ses blessures au combat,
Gaby Pierre-Bloch qui prépara l'évasion de
son mari du camp de Mauzac en compagnie
du "Frisé", Albert Rigoulet, Mme Dupuy,
de Périgueux, qui entra en contact avec
Hambrecht, le redoutable chef du S.D, en
août 1944, pour obtenir la libération de
Charles Mangold ("Vernois" dans la
Résistance) ... Nous ne pouvons citer toutes
celles, en Dordogne, qui risquèrent leur vie
ou même la donnèrent car pour elles,
comme pour leurs camarades masculins: Ce
combat avait une âme, un idéal hérité des plus
pures et des plus nobles traditions de notre
peuple épris d'indépendance, de liberté, de justice... Cet idéal était incarnépar des hommes et
des femmes lucides et courageux qui furent des
pionniers, souvent des victimes ... 12
Maurice Loupias, alias Bergeret, chef
de l'AS. Sud (Armée Secrète), à la suite de
R. Ranoux, fait un point définitif dans son
article: "Les Femmes" : La Résistance, quel
que fût le courage des hommes, n'eût pas été
possible sans les femmes. Leur rôle pour avoir
été moins "spectaculaire" que celui des combattants, n'en fut pas moins essentiel 13.
Je ne voudrais pas terminer cette évocation du rôle des femmes dans la Résistance
en Dordogne, sans évoquer la mémoire de
Marie Rigoulet, agent de liaison pendant la
guerre. A Saint-Jean-d'Eyraud, près de
Villamblard, grâce à la complicité de la postière, elle échappa de peu aux nazis venus
incendier le garage de son futur mari, alias
"Le Frisé".
Marie Rigoulet a toujours répondu à
mon appel, en dépit de son âge, pour venir
témoigner, inlassablement, devant mes
classes de troisième, de cette terrible période
de l'occupation allemande. Parmi ses compagnons masculins, bien plus glorieux
qu'elle par leurs actions d'éclat, Raymond
Boucharel, Louis Le Cam, Roger Ranoux, J.
Paul Seret-Mangold, Jacques Parouty, Roger
Hassan, Christian Plaçais, André Laborderie
et son tatouage d'Auschwitz et bien d'autres
encore que je ne peux citer. Cette femme de
l'ombre, humble et discrète, n'a jamais renvendiqué pour elle-même la moindre action
d'éclat. Elle a su, avec la douceur, le calme
mais aussi l'enthousiasme de l'institutrice
qu'elle a été, captiver mes jeunes élèves, qui
retrouvent à travers ses paroles simples et
justes, le quotidien de la vie de la Résistance.
Marie Rigoulet est, depuis très longtemps
une des chevilles ouvrières du Prix de la
Résistance, aux côtés de Jacques Parouty
d'abord, puis de J. P. Seret-Mangold et de
Christian Plaçais, tout comme elle a été, avec
Martial Faucon (AS., puis S.R.ET.P.E), celle
de l'ouvrage collectif sorti en 1996, La
Résistance
(AN.AeR.
Dordogne).
Ecoutons-la dans l'article qu'elle consacre
aux "Femmes dans la Résistance" : Les
femmes n'ontjamais été totalement absentes des
guerres qui, depuis la nuit des temps, secouent
périodiquement l'humanité. De tous temps,
elles ont eu à affronter celles que les hommes
menaient et à en subir les conséquences ( ..)
Mais jamais elles n'avaient été autant concernées que pendant la seconde guerre mondiale
39-45 ( ..). Je ne pourrai les citer toutes, car
elles sont nombreuses et de plus, fort discrètes et,
la guerre terminée, elles reprennent leur place
au foyer, au bureau, à l'usine... A la fin de son
article, elle reprend ce qui a été la légitimation et la reconnaissance de l'action menée
par les femmes dans la Résistance: Le 21
avril 1944, sur la proposition du général De
Gaulle, l'Assemblée Consultative d'Alger votait
une ordonnance qui donnait le droit de vote
aux femmes, ce qui leur avait été refusé depuis
150 ans par toutes les Assemblées élues de la
République 11.
Martial Faucon leur rend un bel hommage : Le rôle joué par les femmes dans ce
terrible et impitoyable combat est enfin mis en
évidence. Pas suffisamment peut-être, tellement
rien n'eût été possible sans leur complicité, sans
leur participation effective ( ..) En profitant du
fait qu'elles n ëtaient pas astreintes au travail
obligatoire, elles suscitaient moins la méfiance,
allant jusqu'à simuler de fausses grossesses
(Linette Chapdeville, par exemple)... Porteuses
de messages sur les routes, dans les trains ou
dans les autobus ( ..), charriant des papiers
"séditieux" et même des armes dans leurs
paniers à provisions... L'ennemi ne sy est
d'ailleurs pas trompé puisqu'il a finalement
"peuplé" Rtvensbrük ou Auschwitz {souvent
14 - Cf ouvrage cité
norc 6, p. 639-64l.
5
après d'atroces tortures) de milliers de
Françaises vouées à l'extermination. Ceci n'est
qu'une brève et incomplète évocation d'une
action menée sur tous les fonts, durant plusieurs années, par beaucoup d'actrices dont les
noms resteront très souvent dans l'ombre ou
connus seulement par un petit cercle familial
ou des connaissances locales. Ce sont les résistants sans médailles, ceux sans lesquels n'eut pu
émerger la phase ultime, celle du combat les
armes à la main et du triomphe de la liberté.
Ce sont toutes ces résistantes que les
élèves participant au Concours de la
Résistance et de la Déportation ont essayé de
sortir de l'ombre, avec l'aide des
Résistant(e)s de Dordogne qui se dévouent
sans compter pour que la mémoire vive.
"Je trahirai demain..."
Je trahirai demain, pas aujourd'hui.
Aujourd'hui, arrachez-moi les ongles,
Je ne trahirai pas.
vous ne savez pas le bout de mon courage.
Moije sais.
vous êtes cinq mazns dures avec des
bagues.
vous avez aux pieds des chaussures
avec des clous.
Je trahirai demain, pas aujourd'hui.
Demain.
Il me faut la nuit pour me résoudre,
Il ne me faut pas moins d'une nuit
Pour renier, pour abjurer, pour trahir.
Pour renier mes amis,
Pour abjurer le pain et le vin,
Pour trahir la vie,
Pour mourir.
Je trahirai demain, pas aujourd'hui.
La lime est sous le carreau,
La lime n'est pas pour le barreau,
La lime n'est pas pour le bourreau
La lime est pour mon poignet.
Aujourd'hui je n'ai rien à dire.
Je trahirai demain.
Marianne Cohn, dite Colin, DéportéeRésistante
Alain DAVID
- - FORUM - - - - - - - - ' 1
Peintre illustrateur cherche
personne ayant une bonne connaissance architecturale et sociale
relative aux pigeonniers implantés
sur le département pour articles à
" dans cette revue et, evenparrutre
tuellement, édition d'un livre.
1
6
Alain Pa/connet
"Capfour"
24220 l-'ézac
Tél: 05.53.29.57.48. (le soir).
LOI
1---------
du
1" juillet
ASSOCIATION
1901
Mémoire en marche
L'association Mémoire en Marche a été
créée le 1 juin 1996. Elle a pour but la promotion du patrimoine écrit, graphique,
photographique et sonore du département
de la Dordogne. En étroite relation avec les
Archives départementales, elle mène des
actions pédagogiques en direction des
milieux scolaires. Elle s'associe également à
l'ensemble des activités d'animation et de
développement culturel que les Archives
peuvent mettre en place.
Le succès rencontré par les expositions
sur l'écriture (en 1992) puis sur les sceaux
(en 1994) et la constatation des difficultés
financières éprouvées par les écoles du département à venir jusqu'à Périgueux ont incité
l'association à créer, prioritairement, des ateliers destinés à se déplacer dans les
établissements scolaires qui en font la
demande.
Le premier de ces ateliers, ''A chacun
son sceau", est en fonction. Il se propose
d'initier les élèves à la sigillographie, c'est-àdire à l'étude des sceaux, de replacer ces
objets dans le contexte de la civilisation du
Moyen Age et de sensibiliser les enfants à la
symbolique médiévale. Un diaporama et
une plaquette pédagogique permettent une
présentation historique et théorique du
sceau. Copies et matrices de sceaux concrétisent cette première approche. Dans un
second temps, les élèves réalisent eux-mêmes
un moulage en plâtre et choisissent un mode
d'attache. La fiche descriptive du sceau est
remise à l'élève qui repart ainsi avec un document scellé. L'atelier est animé par un
professeur de l'IUFM ou par un étudiant en
histoire, spécialistes du sujet.
Un deuxième atelier axé sur l'héraldique est en préparation et pourrait être
opérationnel à partir de janvier 1998.
D'autres ateliers sur l'écriture et sur l'imprimerie sont envisagés par la suite.
L'association a également entrepris une
collecte de témoignages oraux auprès de certaines aSSOCIatiOnS d'immigrés du
département sur la mémoire de leur communauté. Sont concernées les communautés
laotiennes, marocaines, portugaises et
turques.
Mémoire en Marche a enfin participé
au projet mené par les Archives départementales dans le cadre de Par les villages sur le
thème des cinq sens. Un module de découverte du sens tactile (intitulé "Parcours
noir") a permis aux visiteurs de prendre
conscience de l'importance du toucher
comme moyen de connaissance et des difficultés éprouvées par les non-voyants et les
mal-voyants. Ce module a été expérimenté
par les classes de Milhac- d'Auberoche, de
Villefranche-de-Longchat et de Marsac. Il a,
ensuite, fonctionné au mois de juin aux
Archives départementales de la Dordogne,
où il a suscité, en particulier grâce aux visites
"guidées" proposées par le G.I.H.P.
iii Un atelier.
7
(Groupement d'Insertion pour les Personnes
Handicapées), un vif intérêt auprès du
public.
L'association bénéficie du soutien
du Conseil général de la Dordogne et, s'agissant des ateliers sigillographiques et
héraldiques et de la mémoire de l'immigration, d'une subvention de la D.R.A.C.
Aquitaine.
Pour tout renseignement,
contacter l'association,'
Mémoire en Marche
9 rue Littré - 24000 Périgueux
TeL " 05 53 03 33 32 ou 33
III Exemple de fiche,
extraite de la plaquette pédagogique
relative aux sceaux.
8
_ _ _ _ _ _ _ _ MOULINS ET MEUNIERS _ _
Plaidoyer pour une histoire de l'industrie hydraulique
1 - Voir dans ce numéro
la bibliographie sur Je
sujet.
Si l'on a la curiosité d'examiner une
feuille prise au hasard de la fameuse carte de
Belleyme, première représentation cartographique précise de la province du Périgord, on
ne peut qu'être frappé par la multitude de
petits signes (~) qui jalonnent le cours du
moindre ruisseau de notre territoire. Ces symboles indiquent la présence de moulins, ou
plutôt de tous les établissement mus grâce à
l'énergie hydraulique. Qu'il s'agisse de moulins à blé, à huile, à papier ou à foulon, qu'il
s'agisse de tanneries ou de forges, l'ensemble
de l'équipement artisanal ou industriel lié à
l'eau se voit ici localisé. Comment s'imaginer
aujourd'hui, pour reprendre la formule du
moine Glaber, ce "blanc manteaù' de moulins qui faisaient la vie du Périgord au XVIIIe
siècle? Et comment ne pas s'étonner, sinon
s'agacer, de l'absence d'une étude globale sur
ce type d'équipement qui, jusqu'à l'âge de la
récente industrialisation, constituait un élément vital de notre région.
Car ces bâtiments, hormis quelques
monographies ne touchant que certaines
rones du Périgord! ou des analyses ne concernant qu'un type d'activité (les forges, par
exemple), n'ont pas encore trouvé leur historien. Pourtant l'intérêt d'une telle recherche
n'est pas mince, même si elle apparaît complexe. Une multitude d"'entrées" se révèle en
effet possible, de l'archéologie à l'histoire des
techniques, de la sociologie à l'ethnologie, de
l'économie à l'histoire du paysage. Mais toute
ces spécialités doivent un jour se rejoindre
pour raconter la grande histoire de l'Homme
dans sa lutte permanente pour le progrès,
pour la vie.
La Dordogne, anciennement Périgord,
a été un grand pays de forges et il n'en reste
que quelques murs ébranlés ou, au mieux, des
bâtiments fort transformés. La Dordogne a
également été un centre important de pro-
duction artisanale, puis industrielle, du papier
et il ne subsiste aujourd'hui que de rares
témoins des quelques soixante dix moulins à
papier que j'ai à ce jour identifiés pour le
XVIIe siècle. Les statistiques de l'époque révolutionnaire et de la première moitié du XIXe
siècle font état avec une très grande précision
de ces dizaines d'édifices, parfois modestes,
qui n'ont pas survécu à une évolution économique qui a provoqué leur disparition. Mais
comment comprendre et analyser la situation
présente d'un département sans pouvoir
comprendre et analyser cette longue histoire
qui couvre près de sept siècles?
Nombreux sont les mystères qui entourent encore cette histoire. Mais avant de
pouvoir les résoudre, il faudra passer par certaines étapes fastidieuses de la recherche pour
aboutir à une localisation, une identification
et une chronologie extrêmement précises.
L'état civil, qui mentionne souvent les métiers
des artisans, permettra d'établir de véritables
généalogies dévoilant de possibles stratégies
matrimoniales à l'intérieur même des corps de
métiers. Le dépouillement des minutes notariales, si fastidieux parfois, révèlera au travers
des contrats d'afferme, au hasard des testaments, des contrats de mariage ou des
contrats de vente de marchandises, l'importance économique de ces familles ou de ces
groupes humains pour qui l'eau représentait à
la fois une source de profit et un danger permanent.
Au bout de cette longue quête qui ne
peut être qu'une oeuvre collective à laquelle
chaque chercheur apportera sa contribution,
se trouvera la satisfaction de leur avoir rendu
hommage et d'avoir participé à la meilleure
compréhension d'un passé sans lequel le présent ne saurait être complètement assumé.
François BORDES
9
_ _ MOULINS ET MEUNIERS
Broyer, moudre, concasser: des énergies humaines aux énergies
naturelles maîtrisées
Depuis fort longtemps, les hommes
ont été confrontés aux nécessités d'écraser,
de mettre en poudre des matières premières
pour leurs besoins domestiques, artisanaux
ou alimentaires. Si les énergies mises en
oeuvre n'ont cessé de croître depuis la
Préhistoire, les techniques de base et les
matériaux des outils à broyer restent étonnarnment constants Jusqu a nos JOurs.
Dès le Paléolithique supérieur, en effet,
certaines pierres portant des traces d'usure et
de coloration évoquent des broyeurs ayant
pu servir à transformer des blocs d'oxyde de
fer ou de manganèse en poudre à peinture.
Pierre support posée et pierre active tenue en
main composent déjà l'outillage nécessaire à
ce type d'opération.
Plus tard, les objets attestés au
Néolithique, chez les agriculteurs-éleveurs,
puis durant la Protohistoire, chez les
hommes de l'âge des métaux, reprennent le
même principe. Les meules sont façonnées à
partir de pierres grenues et abrasives (grès,
granit...) et sont toujours composées de deux
éléments : la meule dormante qui est de
•
El Meule découverte
à Beynac.
Photo Denis Bordas
1\
•
forme généralement ovale et possède une
surface plane et la meule active, plus petite,
plus ronde, et façonnée dans une matière
première analogue. Elle est appelée "main de
meule" ou broyeur.
L'énergie nécessaire est produite directement par la main de l'homme par des
actions d'écrasement combinant percussion
et frottement.
A Beynac (Dordogne), des meules de
ce type ont été découvertes lors d'une fouille
de sauvetage. Elles sont en granit, façonnées
à partir de gros galets de rivière, vraisemblablement issus des dépôts de la Dordogne
proche. Elles ont été abandonnées à la suite
d'une cassure survenue en cours d'utilisation
ou lors de la réfection de leur surface par
bouchardage. Cette opération permet par
une action de percussion sur la surface active
de la meule dormante de rendre à cette dernière de l'accroche et du mordant en
supprimant le lustrage dû au travail. Ces
objets proviennent de niveaux archéologiques de la fin de l'âge du Bronze, environ
un millénaire av. J.-c.
Plus tard, durant l'âge du Fer, les
meules vont intégrer le mouvement rotatif;
pour cela, elles sont désormais rondes et
leurs deux parties sont de même dimension:
l'ensemble mesure de 30 à 50 cm de diamètre et d'épaisseur. La meule supérieure
peut être mobile autour d'un axe scellé dans
la meule inférieure, même si le manche fixé
sur la périphérie de la meule active ne permet qu'un mouvement rotatif partiel en aller
et retour. Le principe de rotation est donc
inventé vers le IVe siècle av. J.-c.
Serge .MAURY
10
_ _ _ _ _ _ _ _ MOULINS ET MEUNIERS
Les moulins de l'abbaye Notre-Dame de Chancelade
1 - DonûllùoJJ : propriété assortie de tous
ses droits.
2 - Acaptc : droit de
mutation payable :1
chaque changement de
seigneur ct, parfois
aussi, à chaque change-
ment de tenancier.
3 - Parsonier : celui qui
partage la possession
ou l'exploitation d'un
bien, d'un moulin par
c.xemplc.
4 - Cens : c' eST le plus
général des droit.s seigneuriaux. Redevance,
presque toujours en
argcnr, duc annuellement par le vassal au
seigneur sur les terres ou
les biens (moulin par
exemple) qu'il exploirc.
Les moulins en général
retourner le proverbe en disant: Abondance
de biens nuit. Car la richesse des vocables, au
L'étude de la meunerie au Moyen Age
se heurte à divers obstacles. Le premier
d'entre eux est lié à la difficulté de situer et
d'identifier de façon précise les moulins, ces
deux aspects étant d'ailleurs souvent liés. En
effet, leurs noms ont souvent changé au
cours des siècles, prenant tantôt celui d'un
lieu-dit, tantôt celui d'un propriétaire ou
d'un fermier. Certains d'entre eux ont été
rebâtis sur leur ancien emplacement ou à
côté de celui-ci. Ils ont alors pris le nom de
Moulin Neuf par opposition à Moulin
Vieux. Le même terme latin molendina a
désigné au Moyen Age autant les bâtiments
que les meules qu'ils abritaient; une confusion est donc possible. Parfois, la pluralité
des meules sous un même toit a permis d'appeler moulin blanc la meule réservée au
froment et moulin noir celle qui broyait les
autres gratns.
Lorsqu'il s'agit d'étudier l'histoire et
l'évolution de ces moulins, on rencontre en
premier lieu le seigneur, celui qui en possède
le dominium i et perçoit l'acapte2 à chaque
mutation de propriétaire ou de tenancier.
Fréquemment le moulin appattient à
plusieurs co-propriétaires ou parsoniers3 qui
perçoivent chacun une rente à proportion
des parts qu'ils détiennent, rente qui peut
être en nature, c'est-à-dire grain ou farine, ou
en argent. Le cens\ enfin, est la redevance
payée par le tenancier. Cens et rentes sont
versés à des échéances régulières bien précisées par les actes et selon des mesures ou des
monnaies bien déterminées elles aussi.
Le Glossaire de Ducange, si précieux
pour le médiéviste, contient plusieurs pages
de termes concernant le moulin, son travail
et ses devoirs. C'est à son propos qu'il faut
lieu d'aider à la clarification des problèmes,
les multiplie souvent. Les synonymes étant
nombreux, les confusions peuvent être d'autant plus fréquentes; chaque texte demande
donc une analyse prudente.
Enfin, s'agissat1t de rivières et de moulins, on ne doit pas omettre la délicate
question des divers droits qui leur sont liés :
de pêche, d'occupation des rives, de passage
d'embarcation, de péage, etc.
Les moulins de Chancelade
L'importance de la possession d'un
moulin à l'époque médiévale n'est plus à
démontrer, pas plus que les efforts faits par
les moines ou moniales de toute robe pour
les acquérir ou obtenir des droits sur eux,
que ce soit par donation ou par achat. Les
anciennes abbayes que renferme l'actuel
département de la Dordogne n'ont pas été
les dernières à entrer dans ce mouvement.
Certaines d'entre elles, comme Cadouin ou
Dalon, ont pu être étudiées sous cet aspect
grâce aux extraits de leur cartulaire5• D'autres
l'ont été à partir de documents isolés; c'est le
cas pour Boschaud et Peyrousë. D'autres,
enfin, mériteraient de l'être.
Les extraits du cartulaire de
Chancelade que nous avons pu étudier nous
ont livré, sur un siècle et demi environ, des
détails intéressants sur plus d'une douzaine
de moulins en relation avec l'abbaye7• Ces
actes sont malheureusement insuffisants pat'
leur nombre et par leur contenu. En outre,
leur recueil était clos vers 1250. Enfin, ils
contenaient fort peu de renseignements sur
les nombreux prieurés issus de Chancelade
durant cette période. Or, il est évident, nous
5 - Maubourguet
Oean), Le cartulaire de
l'abbaye de CtldouÎn,
thèse, f.1.culté de lettres
de Bordeaux, Cahors,
1926 ; Grillon (Louis),
Le domaine et la vie
économique de l'abbaye
de Oalon, thèse, unÎversité de BordeaLLx, 1965.
6 - Grillon (Louis),
L'utilisation de l'eau {[ms
trois monastères cisterciens de la Dordogne
dans le compte-rendu
du second colloque de
Cadouin, aoùt 1995.
7 - Lédirion du L.-anulaire est en préparation
par nos soins.
11
le verrons pour celui de Born, que ceux-ci
possédaient des moulins ou des droits sur
eux dans leur territoire propre.
Notre étude va comprendre deux parties : après avoir passé en revue les moulins
mentionnés dans le cartulaire, nous en verrons quelques autres sur lesquels celui-ci est
muet et que nous avons rencontrés au hasard
de trouvailles archivistiques8 •
- 1 - LES MOULINS CITÉS
DANS LE CARTULAIRE
1 - Les moulins de la Beauronne
A
8 - Nous devons
signaler que David
Bouchillon, auteur d'un
T. E. R. sur l'abbaye de
Chancelade a participé
à nos recherches.
L'abbaye NOh?-Dame de
Chancelade. Les chanoines réguliers. Les
prieurés. L'environnement Economique,
politique et religieux
(1100-1236),
Université de Bordeaux
III, octobre 1996.
9 - Si l'on sait que SaimVi ncen t-S u r-l' 1s le
abritait un prieuré-cure
de Chancelade et que
l'abbaye y possédait
aussi un moulin dom il
sera question plus loin,
il est permis de supposer
que ce meunier avait pu
y faire son apprentissage
avant de venir dans
celui de l'abbaye.
10 - Mesturage, mesture,
mêture : mélange de
grains froment, seigle,
orge.
12
tout seigneur tout honneur. Nous
commençons par le moulin de l'abbaye.
Indispensable à la vie de la communauté, il
fut construit en même temps que les bâtiments conventuels. Son emplacement n'a
jamais varié et il a fait l'objet d'une récente et
heureuse restauration. On ne doit pas s'étonner de ne pas le voir mentionné dans le
cartulaire pour une cession de rente ou un
abandon de droit. Il n'y figure même pas
comme repère topographique ou comme
lieu de rédaction d'un acte quelconque. Ce
silence persiste, à notre connaissance du
moins, sur plusieurs siècles. Nous devons
arriver au dernier tiers du XVIP siècle pour
trouver un document le concernant. Ce dernier est d'autant plus important qu'il donne
des détails précis sur son équipement à cette
époque. Il est probable que cet équipement
n'avait guère changé, mis à part les remplacements pour usure, depuis ses origines.
Le premier juillet 1664, le frère Marc
Clary, cellérier et futur abbé de Chancelade,
renouvela le contrat cl' afferme du moulin de
l'abbaye àJehan Queyrol meunier natifdu village de Faugieras paroisse de Saint Vincent 9. Il
s'agissait du moulin joignant ladite abbaye
( . .) constant en trois moulins l'un à moudre
froment et les autres deux a moudre mesturage 10 mais aussi ensemble les deux jardins
joigniant ledit moulin comme aussi deux loupins de prés ( . .) de mesme que ledit Queyrol
meunier les ajouis ci-devant. Le moulin comprenait trois moulins garnis chascun de deux
meules rouets serclés de fer et les arbres diceux
aussy serclés de fer ( . .) un petit coing de fer
( . .) une barre de fer et cinq piches ensemble et
de toutes autres choses necessaires a moudre
dont iceluy Queyrol s'est contanté lI. ( ..)
Lesdictes meules estant des espesseurs scavoir
celles a lantrée dudit moulin de lespesseur scavoir celle de dessoubz de six pouces et celle de
dessus de lespesseur de quatre pousses estant garniye ladite meule d'un grand sercle de fer et
celles du moulin blanc qui est au milieu de lespesseur chascune de six pouces et celles de l'autre
moulin noir de lespesseur scavoir celle du dessoubz de six pouces et lauttre de deux pouces. La
ferme était concédée pour trois ans contre
vingt-deux charges de blé mesture mesure de
l'abbaye, dont cinq charges et quatre boisseaux12 seraient portés de trois mois en trois
mois au grenier du monastère. Queyrol a
promis de ballier annuellement la somme de
seize livres. ( .. .) Le bois necessaire pour acomoder lesdicts moulins lui serait fourni par le
cellérier. Il devait gérer en bon père de famille
le bien à lui confié. Ce n'était pas tout.
Il aurait en outre à aller chercher les blés
de l'abbaye à la requête du cellérier, les
conduire au moulin, moudre la quantité
nécessaire à la consommation des religieux,
sans quil puisse prandre aulcun droit de moudure, apporter la farine au monastère.
Il Moulin de l'abbaye
de Chancelade, sur
la Beauronne.
Photo
Bernard Reviriego
Il - Le rouet est une
roue dentée. La piche
est un petit marteau à
deux têtes pointues servant à picher (piquer) la
meule à petits coups
pour lui redonner
l'aspérité perdue par
l'usure.
12 - Boisseau : mesure
de capacité, fraction du
setier.
Il Moulin de Beauronne,
sur la Beauronne (commune de Chancelade).
Photo
Bernard RevÎriego
13 - Visme : actuellemem vîme, nom de
l'osier dans certaines
régions.
14 - Etaient témoins
Jehan Delagarde, sergent royal, ct Jehan
Dejehan, dit Jandou,
tous dCLLx habitants de
Chancelade. AD. 24,
3 E 93, notaire
Debgardc.
15 - Témoins: HéUies
Marquet, des Grbes ct
Charles Ruisson, ch:
Chancelade::.
Quelques lignes étaient réservées au droit de
pêche et à certail1s autres : Sera tenu ledit
Queyrol de bailler {lU Reverend père Clary la
moyttié de languille et auttre poisson qui se
prandra dans la nfl,Sse d'un moulin sans que
ledit Queyrol puisse pretandre aux vismes 13 ou
auziers quy seront dans lesdicts jardins. On le
voit, le moulin abbatial était moulin banal.
Le meunier avait,' en outre, la tâche déplaisante de dénoncerIl ceux qui iraient moudre
ailleurs : Sera tenil le Reverand père Clary de
faire aller tous le/ habitans et juridictz de la
présente juridictiov de Chancelade moudre
audit moulin dei Chancelade en par ledit
Queyrollui indiqu,ant ceux qui se trouveroient
aller moudre en Jauttres moulim 14. Le 20
mars 1675, le noçaire Lagarde recevait dans
le moulin une obligation de Jehan Queyrol
et de Sicaire Lafaxe, son épouse, pour 1 500
livres à verser datlS le délai d'un an envers
frère Gaspat'd Laborie au nom du syndic
absent'5.
.
Un siècle pll.ls tat'd, le 21 février 1788,
Jean Balzac, habitant dans la paroisse de
Saint-Jean-de la Cité, sous-affermait pour un
an le moulin à Pierre Dubreuil, habitant
Paricaud, paroisse de Chancelade. Il fallut
constater l'etat actuel des six meules assortie de
douze cercles de fir ; il a été unanimement
convenu entr'eux que les deux du moulin le plus
près de la porte qui est du côté du pré ( . .) sont
ensemble de l'epaisseur de dix-huit pouces, que
celles du moulin du milieu sont les deux
ensemble epaisse vingt-deux pouces et qu'enfin
celles du moulin près de la porte d'entrée sont de
l'epaisseur toutes deux de seize pouces et demi ;
plus encore ont convenu entr'eux que le moulin
appelé grand moulin est sans boisure et que les
autres deux quoyque assortis de leur boisure dans
la rondeur ne sont couverts chasqu'un que deux
planches. Le sous-fermier aurait à rendre en
fin de bail deux barres de fer pesant ensemble
vingt-cinq livres. La ferme serait de douze
quintaux de foin et de cent vingt quatre boisseaux de méture et dix livres d' argent lG •
Les charges, on le voit, étaient un peu
moindres que par le passé, mais il s'agissait
d'une sous-ferme. Seules avait changé
l'épaisseur des meules, celles-ci ayant
conservé leur place dans le bâtiment qui les
abritait.
Le moulin Maurel 17 était situé dans la
paroisse de Beauronne de Chancelade. Il
apparaît de bonne heure dans le cartulaire.
La famille Essando y céda tous ses droits.
16 - Le document
mentionne un acre antérieur, reçu Lavergne,
dom la date est restée en
blanc. A.D. 24, 3 E
2729.
l ï - Cart. de
Chancelade, f' 20 r
24 r et V 25 r à
quoi s'ajoute un acte
non folioté inséré dans
notre édition du cartulaire ~l paraîrre::.
O
;
O
O
O
;
;
13
18 - Les Essando fàisaient
partie
des
chevaliers de la Cité où
ils occupaient une des
tours.
19 - Setier : mesure de
capacité variable suivant
les régions. rémine,
comme le boisseau, cn
étaient des fractions.
20 - Le nom de ce
moulin demeure une
énigme. Etait-ce celui
du propriétaire, du
tenancier ou bien celui
du lieu-dit? On trouve,
dans un acte du 15
décembre 1706, la référence à un mayncmenr
de Ponmoreau (A. D.
24, 2 E. 1838/7.82) ct,
dans un arpememem
du milieu du XV1II'
siècle, l'appellation Pont
Moreau (A.D. 24, 1 E
41).
21 - Cart. de
Chancelade, f" 7 y" et
27 Y".
22 - Fief : domaine
noble concédé par le seigneur à un vassal sous
condition d'hommage
et assujetti à certains services et redevances.
23 - Séterée : mesure de
la superficie de terre
ensemencée
par
un
setier de grains.
24 - La Roche de
Bassillac était l'un des
fons dom la création est
attribuée à l'évêque
Frotaire au X" siècle. On
l'appelle aujourd'hui la
Roche de Goudeau.
25 - Bailli : officier de
justice agissant au nom
du seigneur.
26
-
Cart.
de
Chancelade, f" 19 y" 20 r".
27 - Les mots mounar et
mo/endinaria évoquent
des droits seigneuriaux,
mais leur signification
reste à préciser dans
chaque cas.
14
La donation de Pierre Essando fut confirmée
par Hélie de la Roche, son parsonier sans
doute. Hélie Essando fit donation cl' une
pièce de terre. Est-ce le même Hélie qui,
devenu chevalier, confirmait le tout avant
1168 18 ? Une famille dite d'Angoulême, bien
possessionnée elle aussi dans la région, se
manifesta plus tard. Géraud, Guillaume,
leur soeur, Pétronille, et leur neveu,
Raymond, cédèrent, avant 1189, un cens de
deux: setiers 19 de froment lors de la réception
à Chancelade de leur frère, un autre
Guillaume. Plus tard encore, après 1205,
Géraud (sans doute le même que ci-dessus)
décida lui aussi de quitter le siècle et de se
faire religieux:. Son neveu, vraisemblablement à défaut d'autre héritier mâle,
confirma à nouveau toutes ces donations2o •
Un moulin non dénommé était de
même sis sur la Beauronne21 • Deux: frères,
Bernard et Arnaud de la Roche de Bassillac,
y avaient cédé un fief22 à Hélie Petit. Ce dernier céda à Chancelade sa part, c'est-à-dire le
moulin, le pré au-dessus du "Pré Rond",
l'eau pour la pêche en amont jusqu'au gué et
deux: séterées23 de terre. Leur parent, Pierre
de la Roche de Bassillac, confirma leur donation24 • Ce moulin ne fait peut-être qu'un
avec le moulin Maurel. En effet, les Petit
étaient baillis25 des la Roche.
De nos jours, la Beauronne fait tourner, outre le moulin du monastère, deux:
autres moulins qui relevaient de l'abbaye. Ils
ne sont pas expressement cités dans le cartulaire. Le premier, à mi distance du village des
Grèzes et de celui de Paricaud, a longuement
servi de pressoir à huile. Le second, implanté
dans le village de Beauronne, présente des
similitudes architecturales avec celui de l'abbaye. Il pourrait en être contemporain et
avoir été bâti par les chanoines, ce qui expliquerait le silence du cartulaire à son égard.
Le moulin du port appartenait, si l'on
en croit une note marginale de Leydet
reprise par Lespine (copistes du cartulaire), à
la paroisse de Marsac. Le cartulaire le mentionne dès avant 1143, par conséquent sous
le premier abbé, Géraud de Monlauu26 • Ce
sont les Saint-Astier, Geoffroi, Hélie,
Bernard, leur soeur, Almois, et son époux:,
Hélie de Villebois, qui cédèrent à l'abbaye
tout ce qu'ils y possédaient, à savoir, trois
parts du mounar du port, la molendinaria 27,
la dîme, ainsi que la pêche. Géraud Negrer
(le tenancier peut-être) abandonna lui aussi
ses droits contre le versement de trente sous
angoumOlsms.
La paroisse de Beauronne possédait
d'autres ruisseaux: qui, bien canalisés et endigués, auraient pu faire tourner une roue à
aube28 •
2 - Les moulins de la Dronne
Le moulin de Rochereuil est situé près
du pont d'Ambon, à la rencontre de quatre
communes : Bourdeilles, Lisle, Creyssac, et
Grand-Brassac, à laquelle il appartient. Près
d'une vingtaine d'actes le concernent dans le
cartulaire. Ce sont d'abord les Saint-Astier
qui firent des donations, entre 1129 et 1143.
Bernard et Geoffroi cédèrent le mounar et
leur frère, Hélie, donna son accord. Leur
soeur, Almois, avec son époux:, Hélie de
Villebois, et leurs deux: fils, Pierre et Géraud,
firent de même. Ils furent imités par les
Montanceix, par Raymond et son frère
Hélie, surnommé Vigoros, dès le 2 octobre
1150, puis par Arnaud de Montanceix en
1168. D'autres donateurs, les Volart, Pierre
Willelmi et son épouse, Peta (ou Pétronille ?),
Aymeri Jourdain, Seguin de Corsolas, Pierre
Aymeri de Campust étaient-ils des parsoniers
ou des févatiers 29 des précédents?
Quatre actes jettent un jour intéressant
sur les difficultés rencontrées par
Chancelade avec des seigneurs devenus
contestataires (nous en verrons d'autres cas)
et sur les us en matière de pêche fluviale.
Entre 1129 et 1143, sous le premier
abbatiat, Seguin Ponce de Creyssac avait
donné tout ce qu'il possèdait sur l'écluse, le
péage des bateaux: et la pêche dans toute
l'eau qui lui appartenait et cela de jour
comme de nuit. En retour, l'abbé lui avait
donné cinquante sous périgourdins. Après sa
mort, ses fils contestèrent cette donation; il
s'agissait, semble-t-il d'une vente déguisée.
Ils acceptèrent de la confirmer, mais l'abbé
dut leur verser encore soixante sous angoumoisins. Pourtant, avant 1166, le fils aîné,
un autre Seguin de Creyssac, contesta de
nouveau la donation de son père, arguant du
fait qu'il était trop jeune lors de celle-ci pour
pouvoir donner à bon escient son accord.
28 - Voir A. D. 24, 2 E
183817.82 où l'on
trouve un relevé très
détaillé de toutes les
[enances
de t'abbaye
dans la région, et notamment sur Beauronne où
sont mentionnés plusieurs ruisseaux.
29 - Févatier : titulaire
d'un fief.
iii Moulin de Rochereuil,
sur la Dronne (commune
de Grand-Brassac).
Lisle, Rocheyrel
,Pays
de Dronne, Péri90rd
Plus tard enfin, avant 1180, revenu à de
meilleurs sentiments, le même Seguin, en
compagnie de son épouse, Arsende, céda à
Chancelade le droit de pêche sur l'eau de la
Dronne, de jour comme de nuit et en toute
saison, mais seulement avec des engins soigneusement précisés30 •
A environ cinq kilomètres en aval du
précédent se trouve le moulin appelé jadis de
Malastira, actuellement de Janchou. Lon
connaît dans cette région une famille de
Malastire jusque dans la première moitié du
)(Ne sièclë. Les donateurs en sont essentiellement les Chabans à partir de 1189.
Géraud de Chabans et son épouse furent
d'accord avec leurs neveux, Pierre, Itier,
Bernard et Géraud, qui cédèrent tous leurs
droits. Un Géraud et son épouse accordèrent
cinq setiers de froment de rente ; plus tard,
vers 1217, Pierre-Bernard, chevalier de Lisle,
sa femme, Almois, et leurs trois fils,
Guillaume, Raymond et Gui, abandonnèrent de même cinq setiers de froment.
Aymeri de Lisle, fils d'Almois (d'une première union ?) se déclara d'accord.
30 - Cart. de
Chancelade, f- 6 VO, ï 4
r 76 V
77 r 78 r
11 ï v', 136.
O
O
,
O
-
O
,
,
31 - A. D. 24. 2 E
1384/56] ; eUT. de
Chancelade f· 6 ,,0, 1 19
ct 122.
Le moulin du pont de Parduz tirait ce
nom du fait qu'il était situé auprès d'un pont
conduisant à cette ancienne paroisse actuellement englobée dans la commune de
Tocane-Saint-Apre. Le moulin appartient à
celle de Montagrier.
Avant 1168, les Saint-Astier cédèrent à
Chancelade des droits sur ce moulin. hier de
Saint-Astier donna le mounar. Eble et son
frère, Raymond, firent de même. Ils confirmèrent cette donation entre les mains de
l'abbé suivant. Après 1168, Pierre de SaintAstier fit un échange avec son cousin, Hélie
de Villebois, fils d'Itier du même nom. Hélie
céda ses droits sur le moulin et reçut en
contrepartie la part de Pierre sur une terre
qu'ils possédaient en commun à Maroill
(Mareuil? Maroitte ?). Ce qui permit à Pierre
et à son épouse, Embergue, au nom de leurs
enfants, de céder ces nouveaux droits acquis
en se réservant toutefois un setier et demiémine32 de froment. Olivier de Saint-Astier,
devenu chevalier, abandonna à son tour ses
droits sous la même réserve. Plusieurs parsoniers se partageaient ce moulin. Arnaud de
Montanceix en céda les droits avant 1189.
Raoul de Chalagnac et ses quatre fils, Hélie
de la Brande, les frères Geoffroi, Raoul et hier
de Chalagnac offrirent à l'abbaye un setier et
demi-émine de froment ainsi que leur part
du droit de pêche.
Dès avant 1168, Pierre de Fayolle et ses
fils, Hélie et Pierre, cédèrent des terres jouxtant l'écluse et la rivière et reçurent de
l'abbaye douze pièces de monnaie. Avant
1189, les frères Hélie, Pierre et Bernard de
Fayolle se montrèrent généreux. Ils offi.-irent
deux setiers de froment à porter au moulin
Garte postale. Dessin de
Christian Lachenaud.
1993.
32 - Emînc : mesure de
capacité variant d'une
région à J'aurfC.
15
33 - Cart. de
Chancelade, r' 117 y',
124, 126, 132 r' cr y',
133, 135 y', 136.
34 - Les Fayolle ont
affermé le moulin à ma
grand-tante Couturier
épouse Rousseau qui le
quittèrent pour achecer
celui de Bourdeille, le
17 juiller 1909 (note de
Louis Grillon).
35 - Fevalge : droit à
acquitter pour un fief
16
afin que les religieux aient une honnête et
générale pitance, où figureraient du pain, de
l'huile, des œufs, des fromages ou des poissons33 •
Le moulin de Salles se trouve à un
kilomètre en aval du précédent, sur la commune de Tocane-Saint-Apre, et occupe une
place importante dans le cartulaire de
Chancelade34 •
Avant 1189, Géraud de la Brande, chevalier de Montagrier, et son frère, Pierre de
Born, cédèrent tout ce qu'ils y avaient.
Quelques années plus tard, entre 1222 et
1232, ltier de la Brande et son fils, Pierre,
donnèrent deux parts d'un droit de fevatge 35
et en investirent l'abbé avec un chapeau de
feutre noir. Cette famille de la Brande était
co-propriétaire avec les Saint-Astier.
En effet, ceux-ci possédaient de nombreux droits sur Salles puisque, en 1187,
Geoffroi avait cédé tout ce qu'il y avait ou
tout ce qu'on tenait de lui (ni om avia deO, à
savoir, ses trois parts, une terre proche et les
rives de la Dronne où les religieux pouvaient
appuyer leur barrage, mais sous la réserve de
neuf setiers de froment de rente. Son épouse,
Raemberga, confirma la donation. Par un
second acte, Geoffroi associa sa mère,
Pétronille, et son propre fils, ltier, à la cession
de tous ses droits sur le moulin et ses appartenances. A la même époque, les tenanciers
abandonnèrent eux-aussi leurs droits :
Adémar de Poichaut, puis ses parsoniers,
Pierre de Poichaut et Albugua de la
Bochardia, vraisemblablement son épouse,
Géraud et Hélie Bochart, eux-mêmes fils
d'Etienne, et Alais Bocharda. Avant 1205,
deux Saint-Astier firent d'autres donations.
A l'occasion de la profession religieuse de
leur fils, ltier, ou de sa prise d'habit à
Chancelade, Pierre de Saint-Astier et son
épouse, Embergue, cédèrent une pièce de
terre près du moulin. Hélie de Saint-Astier,
sa sœur, Longabruna, son épouse,
Esclarmonde de Montanceix et leur fils,
Bernard, firent de même. A cette cession
participèrent Arnaud de Montanceix, beaufrère de Hélie, et Bernard de Montanceix.
Une place toute particulière est à réserver à un généreux donateur. A plusieurs
reprises on rencontre comme témoin des
actes ci-dessus un chanoine de Saint-Astier,
Pierre Arveu, prêtre, qui donna de l'argent
pour l'édification du moulin de Salles. Il fit
de même pour l'installation de l'autel dédié
à saint Thomas Becket dans l'abbatiale de
Chancelade, donc vers 1178. Pierre Arveu se
présenta certain jour devant le chapitre de
Chancelade. Il demanda que les tenanciers
présents et futurs du moulin soient obligés
de fournir l'huile d'une lampe qui brûlerait à
perpétuité, de jour comme de nuit, devant
l'autel bâti de ses deniers. Ne peut-on en
conclure que, comme tant d'autres moulins,
Salles possédait un pressoir à huile de noix ?
De ces actes, on peut conclure que, au moins
entre 1178 et 1187, les religieux firent réédifier ou agrandir le moulin de Salles. Ils en
conservèrent le dominium intégral, non sans
difficulté car un gendre de Geoffroi de SaintAstier, Géraud de Chassanol, chevalier de
Vernode, détruisit "la tête de l'écluse", créant
ainsi un grave dommage à l'abbaye. Labbé se
tourna vers l'archevêque de Bordeaux qui
manda le fautif en sa cour. Armés des documents qu'ils mirent entre les mains du
procureur archiépiscopal, Pierre Vigier, les
religieux obtinrent gain de cause. Géraud de
Chassanol dut leur laisser les droits d'éclusage et réparer le dommage par lui cause6 •
Chancelade conserva longtemps sa
directe37 sur Salles puisque, le 9 février 1474,
l'abbé Guillaume Adhémar investit les frères
Cosselans du moulin et d'autres biens que
ceux-ci avaient acquis des frères Martial et
Vincent Mainha. Les nouveaux fermiers
promirent d'acquitter tous les droits et
devoirs et de faire tout ce qui se faisait habituellement38 •
3 - Les moulins de la Donzelle
Le moulin d'Anglars se trouvait sur la
Donzelle, affluent de la Dronne, dans la
paroisse de Lisle39 • Il a disparu. Toutefois, un
acte de 1460 le situe entre deux autres moulins aujourd'hui désaffectés, celui de
Puymorin et celui de la Peyzie4°. Le cadastre
napoléonien montre son bief, difficile à
retrouver actuellement. Ce moulin existait
avant 1167, date à laquelle Géraud
d'Escatha céda à l'abbaye tout ce qu'il avait
dans le mounar. Arnaud de Montanceix fit
de même, vers la même époque, abandonnant ses droits sur le moulin et ses terres.
36 - Catt. de
Chancelade, f' 94 r' 97 r', 99 r', 170.
37 - Directe: droit d'un
seigneur sur le fonds qui
relève directement de
lui.
38 - A. D. 24, 3 H 7. Le
moulin y est dit sur la
paroisse de Montagrier.
Les deux Cosselans se
prénommaient Pierre.
Lun d'eux était clerc.
En ce qui concerne les
moulins du Pom de
Parduz et de Salles, voir
aussi l'ouvrage de Pierre
Pommarède, Tocane-
Saint-Apre.
39 - A. de Gourgues,
Dictionnaire topographique du département
de la Dordogne, parle
d'un village et d'un
moulin sans mieux
situer celui-ci.
40 - Acte de 1460. A.
D. 24, J. 1590. Pour ce
moulin et le suivant
nous
avons
tenu
compte des recherches
de David Bouchillon
sur le terrain.
Il Moulin de Saint-Vincentsur-l'Isle.
Photo Denis Bordas.
41
-
Cart.
Chancelade,
de
89 vo,
90 v". 91 rO, 136.
Sa donation fut confirmée par ses deux
frères, Raymond et Hugues. En 1186,
Bernard Fabri, de Lisle, avec l'accord de son
épouse Alaiz, se démit des siens41 • Il est possible qu'un différend ait surgi au cours des
ans entre les Saint-Astiel~ seigneurs de Lisle
et l'abbaye de Chancelade. Ceux-là promirent de rendre aux religieux le chemin
conduisant au moulin et de ne rien exiger
sur celui-ci ; ils ajoutèrent même un pré
confrontant l'Isle. Cet acte intervint en 1211
dans un document solennel établissant une
sorte de pariage entre les parties en ce qui
regardait le bourg de Lisle. Chancelade fit un
échange en 1219 avec l'abbaye de Brantôme.
Celle-ci lui céda trois émines de mesture et
une de froment sur la molina de l'Isle contre
les mêmes quantités à prélever sur Anglars.
En 1231, deux frères, Bernard et Etienne de
Lisle, y cédèrent à leur tour un cens de
quatre deniers. En août 1358, Gui de SaintAstier et son fils, Itier, firent un échange de
biens avec l'abbaye. Le moulin y est mentionné. Les Saint-Astier cédaient à
perpétuité, en raison de cette permutation,
six émines de grain de rente sur le moulin
d'Anglars appartenant à Chancelade ainsi
que la directe sur le même moulin. Plus tard,
les Saint-Astier demandèrent une consultation sur cet échange à un juriste qui déclara
que l'échange avait manqué de plusieurs dispositions légales. Nous ignorons la suite et la
conclusion du procès42 •
42 - i\. D. 24. 2 E
1834/56.ï. Sur la liasse
Lcspine
a
écrit
Fmgment d'une procédure entre Guy dit
Guillot de Stzi1Jl-Asriel;
dOJ/ze!, et l'abbé d,'
Challcelade, contenant
lëuoncé de plffsicm)' actes
C01Jcerumlt kt maison de
SilÎnt-Astier depuis l'alJ
1320jllsquen 1358.
Le moulin Martin était implanté sur la
commune de Lisle. Labbaye en possédait un
autre dans le manse43 Champaina et près du
pont appelé Pastorel. Ces deux toponymes
n'ayant pu être identifiés, on pourrait supposer que ce moulin aurait porté le nom de son
propriétaire, un nommé Martin. D'ailleurs,
un lieu-dit la Martinie existe près de la
Donzelle. Avant 1168, deux frères, Géraud et
Itier Willelmi, cédèrent tout ce qu'ils avaient
sur ce moulin. Une clause de ce document,
en langue occitane, mentionne li vila de
Champaina. S'agit-il des vilains44 de ce manse,
ou Vila est-il un patronyme? Le même texte
parle d'un droit d' oublie45 • Vers la même date,
Etienne Delpoi abandonna aussi ses droits46 •
43 - Manse : unité
d'exploitation qui comprend, en général, un
bâtiment d'exploitation,
des dépendances et des
terres cultivables. La
superficie correspond à
cc que pellt exploiter
une famille avec un instrument aratoire Ct un
;}nelagc.
44 - Vilain: terme désignam des paysans ou
des roturiers libres (distincts des ser[~).
4") -
Oublie : amende
due par le vassal qui
a\'ait négligé cl' acquitter
son devoir annuel au
jour indiqué.
46
-
Cart. de
f~ ï9 V
81,".
Chancdade,
80
l'0.
O
-
17
4 - Les moulins de l'Isle
Le moulin de Saint-Vincent se trouvait dans la paroisse du même nom
(aujourd'hui commune de Saint-Vincentsur-l'Isle) où l'abbé de Chancelade nommait
un de ses chanoines comme prieur-curé. II
fait l'objet d'une seule mention, peut-être de
deux, dans le cartulaire. Avant 1143, sous le
premier abbatiat, trois personnages, Gui
Geoffroi, Pierre Aimeric et Aimeri Aisart,
cédèrent tout ce qu'ils y possédaient47 •
A une époque difficile à préciser, mais
sans doute à la fin du XVIIe siècle, l'abbaye y
percevait encore un droit d'acapte de cinq
sols. Il y était désigné sous le nom de moulin des Soucis48 •
47
Cart.
de
Chancelade, 1" 138 r" ;
un autre acte, f> 145 vo,
où l'on retrouve les
mêmes personnages,
camenait peut-être une
autre donation au sujet
de ce moulin.
48 - A D. 24, 3 H 4.
Voir aussi un acte nota-
rié du 13 avril 1693
dans lequel il est
affermé. AD. 24, 3 E
96, notaire Delagarde.
Un autre moulin, dit
des Soucis, existait près
d'une
perte
de
l'Auvézère, à Cubjac.
Cette perte alimentait
elle-même un moulin
dans la commune de
Saint-Vincent-sur-l'Isle,
avant de se jeter dans
l'Isle. La région reoferme de nombreux
gours ou résurgences
alimentés par ce courant
souterrain.
49 - Acte notarié du 14
février 1709 : Moulin de
Crosviel autrement de
Salegourde. AD. 24, 3 E
1628.
18
Le moulin de Crosviel, actuellement
moulin de Saltgourdé9 est implanté sur la
commune de Périgueux et fait l'objet de
trois actes intéressants.
Onze chanoines de Saint-Etienne-dela-Cité réunis dans leur salle capitulaire
donnèrent la moitié du mounar et la moitié
de la terre qui le jouxtait vers Marsac, sous la
réserve de quatre setiers de froment de rente,
mesure de Saint-Etienne, à verser en septembre, à la fête de Notre-Dame. Lacte fut
confirmé dans le choeur de la cathédrale
entre les mains de l'abbé Géraud II de
Monlauu et sous l'épiscopat de Pierre
Mimet, ce qui le situe entre 1169 et 1182.
Le second acte est clairement daté de
1182. Douze chanoines de la collégiale
Saint-Front cédèrent à leur tour la moitié du
moulin et de la terre qui en dépendait vers
Poillenac, sous le devoir de deux setiers de
froment de rente exigible à la fête de la
Nativité de Saint-Jean-Baptiste.
Le troisième document soulève un
problème. Dans les notes de Lespine, on
trouve les lignes suivantes : Vers 1172 acte
par lequel il est porté que Guillaume de
Bourdeille donna à l'abbaye de Chancelade en
se faisant religieux dans ladite abbaye tous les
droits qu'il avait sur le moulin de Crosviel.
Mais le texte latin de l'acte, s'il nous apporte
confirmation de la profession de Guillaume
pour finir pieusement sa vie, parle, certes,
d'un don fait par lui mais sans en préciser la
nature. Il est toutefois à relever que, parmi
les témoins des deux actes capitulaires sus-
dits, figurent des Bourdeille, dont un
Guillaume50 •
Les aliénations successives du temporel
des ecclésiastiques furent préjudiciables à
l'abbaye, bien que l'abbé ait vendu en premier lieu ce qui l'intéressait le moins 51 •
Laveu s'en trouve au début d'un relevé: C'est
ce que l'abbé de Chancelade met en vante pour
l'alienation du domayne de son abbaye qui
{soit} moins dommageabfe52.
Les revenus que l'abbaye tirait du
moulin de Crosviel furent sensiblement
diminués. Lors de la cinquième aliénation,
Marguerite de la Rebuterie, dame de
Sallegourde, acquit, pour 77 écus 2/3 et les
frais de procédure, plusieurs terres et le droit
d'augaiI 53• Il estoit dehu audit sieur abbé sur
le moulin de Cros Vieil de rente annuelle foncière et directe, la quantité de quatre boyceaulx
bled froment, quinze solz d'argent et la tierce
partie du poisson qui se prend à l'eaugail du
moulin lorsqu'on tire le tramail, sciz ledit
moulin en la paroisse Saint Martin les
Périgueux. Suivent les confionts. S'agissant
d'un moulin de Périgueux, on nous excusera de les donner en détail: il confronte aux
pretz de Cafaret et de Chapoulete par le
devant, et au fleuve de l'Isle par un cousté et
aux tenences du sieur de Sallegourde, et l'eaugail dudit moulin comprend depuis
l'abeuradour de Beaupuy jusques à la font du
Sauze, qui est joignant le grand chemin par
lequel on va du pont de la Cité à Razac, ( . .)
aux terres et pretz de monsieur de Périgueux à
cause de sa mestairie de Chamiers le tout par
un cousté dudit fleuve sur main senestre, et par
l'aultre cousté tenant au grand chemin par
lequel on va de Périgueux au pont de la
Beauronne sur main dextre. Le document
ajoute : Les dites rentes et eaugail rapportent
que bien peu de proffict à ladite abbaye pour
n'estre payée annuellement que a grandz fraiz
et par procés. La nouvelle propriétaire et ses
successeurs auraient à payer un sol d'acapte
à chaque mutation d' abbé'4.
Ce n'est pas tout car Lespine a tiré d'un
Extrait ( .. ) des aliénations du temporel du
diocèse de Périgueux: Le 20 novembre 1597
(..) 4 boisseaux de froment sur le moulin de
Crosviel sans doute vendu à Jean Bertin,
bourgeois et marchand de la ville de
Périgueux. Il faut noter que ce dernier, lors
de la première aliénation, avait déjà acquis, le
50 - Cart. de
Chancelade, f' 395397. Ces actes sont
intéressants à un autre
titre car ils contiennent
des listes de chanoines
de l'époque. Dans le
premier on trouve un
parent de l'abbé, à
savoir
Etienne de
Monlauu, le second
donne en outre la fonction
exercée
par
quelques chanoines.
51 - Becquart (Noël),
"Les aliénations du remporel ecclésiastique au
diocèse de Périgueux de
1563 à 1585", dans
Annales du Midi, t. 86,
n" 118 (1974), p. 325 333.
52 - A D. 24, 3 l-I 3.
53 - Bellussièrc (E de),
"Aliénation des rentes
ecclésiastiques
en
Périgord, en 1584",
dans Bulletin de la
sHAP, 1898, p. 251255, où route la
procédure est relatée en
détail du 1" mai 1584
au 7 novembre 1587.
Augail et droit d'augail :
bief cl' un moulin ; il
était peçu sur lui un
droit daugaiL
54 - Même description
en A D. 24, B 3557.
27 novembre 1564, et pour cent livres, des
biens de Chancelade55 •
55 - Fonds Périgord,
25, fb21.
L
56 - Commune de
Montrem.
57 ~ Aitius, AiciffS latins
donnent diverses formes
en langage vulgaire ;
certains à résonnance
germanique
comme
Aeso, Aizo ; les plus COll~
rams SOnt Ai1.., Airl:.
R'1ppdons que les noms
étaient alors formés du
prénom ct du prénom
du père.
58 - Honneur: étendue
de la juridiction d'une
seigneurie.
59 - Frère lai: frère e.xer~
çanr les tâches promnes;
religieux non prêtre.
60 - Grange: domaine
agricole composé de
bâtiments et de terres,
la plupart du temps
exploité par des rcli~
gieux.
61 - Lacte est dit disparu. Nous en donnons
le résumé d'après le
Fonds Périgord, t. 33, f'
378, où Lcspine a tiré le
sien sur l'original, sile
de MOl1ttluccLv, /lUX
ilrchives de Cb/meelmlt',
en 1790. Il fit de même
pour d'autres que nOlis
verrons plus loin.
Le nom du moulin de la Roche de
Montanceix56 ne saurait nous étonner : il
évoque parfaitement sa situation au pied
d'une falaise au sommet de laquelle un fort
veillait sur la vallée de l'Isle. Par qui fùt
construit ce moulin? On l'ignore. Quoi qu'il
en soit, en 1202, Umberga, veuve d'un certain Aiz, et deux de ses enfants, Hélie Aiz et
PierreAiz, donnèrent, la veille de l'Ascension
ce qu'ils y possédaient5ï • C'est peut-être ce
même Hélie Aiz qui avait pris l'habit à
Chancelade afin de pouvoir y être enterré,
léguant à cet effet aux religieux un setier de
grains. Le jour de son inhumation, sa veuve
et leurs enfants confirmèrent la donation.
D'autres Aiz firent de même. Aeso, fils
d'Itier Aiz, donna ce qu'il avait sous réserve
de cinq setiers de froment dont deux à
verser dans l'honneur58 de Montanceix.
Parallèlement, Arnaud de Montanceix vendit une terre "à la tête de l'écluse". Bertrand
de Montanceix fut d'accord. Lun, au moins,
de ces deux actes fut signé dans la chapelle
épiscopale Saint-Jean, à la Cité. Lévêque,
Raymond de Castelnau [1198-1210],
confirma lui-même la cession des droits sur
le moulin qu'abandonna Raoul, frère
d'Arnaud. Enfin, un Fortanier, sans doute
membre de leur famille, archidiacre et prévôt
de Castelnau, céda son fevatge sur le moulin,
par un acte passé en la collégiale Saint-Front.
Il semble qu'à la suite de toutes ces donations Chancelade eut le plein dominium sur
ce moulin. Il faut relever qu'un frère lai59 de
Chancelade, Pierre FiloI, s'en occupait. Y
était-il le seul religieux? C'est l'unique mention de ce genre que l'on relève dans le
cartulaire, mise à part celle d'un frère lai
chargé d'une grangéO de l'abbaye.
Le 31 mars 1238, Eblon de SaintAstier, seigneur de Montanceix, transigea
avec Chancelade sur un procès au sujet du
moulin. Labbé et les religieux quittèrent à
perpétuité le dominium du moulin aux seigneurs de Montanceix. Cet acte fut passé en
présence de Pierre de Saint-Astier, évêque de
Périgueux, d'Archambaud II, comte de
Périgord, et de Boson, seigneur de
Grignols61 • En 1244, Blaise de Saint-Astier,
seigneur de Montanceix, passa un accord
avec le comte de Périgord et les habitants du
Puy-Saint-Front pour raison du port de la
rivière de 11sle et péage de toute marchandise.
Même si le texte complet a disparu, on peut
supposer que le passage des bateaux par
l'écluse y était évoquë2• En 1287, Raymond
de Saint-Astier, donzeI, fils d'Eblon, et son
épouse, Esclarmonde, cédent un prè sur la
paroisse de Montrem.
Arnaud
Pierre
de
Grignols,
donzel 63 , céda encore, en 1262, quelques
rentes sur le moulin64.
A la fin du )0.fc siècle, il était abs, c'està-dire abandonné, pour ne pas dire ruiné. Le
seigneur était alors Archambaud de
Bourdeille, damoiseau, seigneur aussi de
Crognac. Deux frères, habitants de
Montrem, Antoine et Pierre Jay, eurent l'intention de remettre le moulin en état de
marche. A qui revenait alors la directe? Ils se
tournèrent cl' abord vers Chancelade dont le
syndic leur signa un bail emphytéotique
auquel Archambaud fit Opposltlon.
S'ensuivit un procès qui fut porté devant le
présidial de Périgueux avant d'aller, en appel,
devant le parlement de Bordeaux où il était
en instance en 1493. La situation aurait pu
s'éterniser, comme tant d'autres, si les deux
parties n'avaient décidé de s'en tenir à un
arbitrage. Le 25 juillet de cette année-là,
dans la maison de Jacques de Pratis
(Desprès), chanoine et archidiacre de la
Double, se trouvèrent maître Jean de
Leymarie, procureur du seigneur en vertu
d'une procuration établie par Mathieu de
Parietibus (Desmurs), notaire présent à
l'acte, et de Antoine Jay, dit Mouline, agissant aussi au nom de son frère absent65 • Jean
de Leymarie exposa les faits. Chacune des
parties affirmait posséder la directe du moulin. Or le syndic de l'abbaye avait seul affermé
celui-ci avec ses eaugails, écluses, rivages,
eysines 66, cours d'eau et toutes appartenances.
Il fut décidé que le seigneur de Montanceix
laisserait le moulin à la fondalité de l'abbaye.
Il le laisserait aux Jay en acense perpétuelle
pour la moitié des fi-uits, tant des grains de
toute nature que des poissons pris dans les
eaugails et les écluses, dont ils devraient
rendre compte exact à leurs seigneurs. Les Jay
construiraient à leurs frais un moulin moulant dans les deux années à courir. Il
comprendrait plusieurs meules, l'une à fro-
62 ~ Roux (chanoine
Jean), IU/lentllire du tré~
sor rie lil maison riu
Consulat de Périgueux,
Périgueux,
S.H.A.P.,
1934, p. 165, n" 597.
63 - Donze! : synonyme
de damoiseau ou
d'écuyer.
64 - Fonds Périgord, t.
33, F' 379 r" cr v" ; voir
note n° 41.
65 - Lacte se trouve aux
A. D. 24, 12 J 92. On
aura noté le surnom
rén:lateur de Antoine
Jay. Nous retrouverons
la famille Jay pour
d'autres moulins.
66 - Epine: pem dési~
gncr un bâtimenr à
usage de grange, des
dépendances ou,
encore, des terrains disponibles à construire.
19
ment et l'autre à seigle, et, éventuellement,
d'autres meules à huile et à foulon
à drap, dans la mesure où ces dernières ne
porteraient pas tort aux précédentes. Les Jay
verseraient chaque année à Chancelade, au
nom d'Archambaud de Bourdeille, quatre
charges de froment, dont une de leur propre
grain. Ils acquitteraient en outre le tiers
de vingt sols exonérant ainsi leur seigneur de
tout devoir envers l'abbaye jusqu'à ce que soit
précisée l'assignation des charges prévues,
tant en nature qu'en argent. Le procureur se
démit alors du moulin, n'y retenant que la
moitié des fruits mentionnée dans l'acte, et
en investit Antoine Jay pour lui et son frère
absent. Archambaud de Bourdeille fut d'accord. Toutefois, le 29 juillet, il reçut dans son
château de Montanceix deux chanceladais,
frère Hélie Ladoys et frère Pierre de Brolio
(Dubreuil) syndic. Il tenait à reprendre
devant eux quelques clauses et à en ajouter
d'autres. Les Jay installeraient les pêcheries à
leurs frais. Ils verseraient vingt sols tournois
pour les meules à huile et à drap. Ils moudraient les grains comestibles pour sa propre
table ; de même pour son huile, et cela sans
contrepartie aucune. Ils useraient des
mesures de Montanceix et jouiraient des
eysines anciennes nécessaires à l'installation du
moulin.
Un nouveau différend surgit au XVIIe
siècle entre les Bourdeille et l'abbaye. C'est
alors que Chancelade fit vidimd7 une copie
de l'acte, le 30 juillet 1602. Quant aux
Bourdeille, ils furent en mesure de produire
l'acte passé le 31 mars 1238 avec Eblon de
Saint-Astier. La fin de ce procès reste inconnue.
67 - Vidimer : délivrer
une attestation par
laquelle on certifie
qu'un acte est conforme
à l'original.
68 - Cart. de Chancelade, f" 136. Voir
Poupard (Laurenr), Les
moulins à eau de fa Basse
ValUe de nsle entre
Périgueux et Bém:vent,
maîtrise d'histoire de
l'art, Université de
Bordeaux III, 19851986.
69
Cart.
de
Chancelade, f' 43 r' ; en
occitan.
20
Le moulin de Longua se trouvait sur la
paroisse de Saint-Médard-de-Mussidan. Il
n'est connu que par la cession de ses droits
qu'en fit Arnaud de Montanceix, avant
1189. Ses frères, Hugues et Raymond, donnèrent leur accord68 •
Il en va de même pour le moulin de
Saint-Martial, sis sur la paroisse de SaintMartial-d'Artenset. En 1228, Archambaud,
comte de Périgord, céda le moulin que Pierre
Vigier tenait à fief de lui, deux sous de cens
et tour le bois nécessaire au moulin que les
religieux pouvaient prendre dans ses bois69.
- 11- LES MOULINS NON CITÉS
DANS LE CARTUlAIRE
1 - Les moulins du Toulon
Chancelade possédait des biens dans le
quartier du Toulon (actuellement commune
de Périgueux). Avant 1205, Pierre de Sarnac,
chevalier de la Cité où il occupait une des
tours, donna à l'abbaye un hôpital élevé par
ses soins sur un fond propre ainsi que toutes
ses appartenances. Cette donation était faite
pour le salut de son âme, celle de son épouse,
vraisemblablement inhumée dans la chapelle
de l'établissement, et celle de ses parents.
Vers la même époque, en tout cas avant
1217, Audoin de Senelac céda tout ce qu'il
avait afar a l'espital deI Tolon. Entre 1232 et
1236, Hélie d'Angoulême abandonna à son
tour sa terre de Beaupuy (Belpoi) au-dessus
de l'hôpital. Sa femme Marguerite et leurs
trois fils, Raoul, R. (sans doute autre Raoul),
et Hélie, confirmèrent cette donation cependant que Hélie de Sarnac qui devait un cens
de cinq sols à cette famille s'engageait à le
verser dorénavant à Chancelade70 •
De cet hôpital on ne connaît guère que
son existence. Il est fait parfois mention
d'une maladrerie ayant aussi existé dans ce
quartier. Mais l'on sait par ailleurs que les
hôpitaux accueillirent parfois des contagieux
en cas d'épidémie71 •
Quoiqu'il en soit Chancelade eut jadis
au Toulon un de ses prieurés dédié à saint
Antoine ermite. Cette dédicace est à souligner, saint Antoine étant, en effet, invoqué
pour la préservation des épidémies. Le feu
Saint-Antoine était une maladie qui avait fait
des ravages vers le XIe siècle. C'était peut-être
simplement un érysipèle gangréneux que
l'on pouvait alors confondre avec une lèpre.
Un ordre hospitalier de Saint-Antoine avait
été fondé mais on ne peut assurer que l'hôpital confié à Chancelade ait appartenu à cet
ordre72.
Il est donc permis d'avancer que, pour
porter un tel nom, unique dans les noms des
prieurés chanceladais, le prieuré SaintAntoine du Toulon pourrait avoir été créé
sur les bâtiments de cet hôpital (ou à partir
de ceux-ci) devenus vacants par suite de la
récession des maladies endémiques.
70 - Cart. de Chancelade, f' 8 r', 14 r', 46 r'.
71 - Higounet-Nadal
(Arlette), Périgueux aux
XlV et .xv siècles,
Bordeaux, Fédération
historique du SudOuest, 1978, p. 83 et p.
89 - 90. Répétons après
elle que l'histoire
ancienne de ce quartier
est mal connue.
72 - Marion (M.),
Dictionnaire des Institutions de la France aux
XYlf et XVIlf siècles,
Paris, 1989, article
Hôpitaux.
Nous ajouterons que le titre de "prieur
de Saint-Antoine", devenu purement honorifique par la suite, fut porté successivement
par des chanceladais jusqu'à la révolution, le
dernier titulaire étant Joseph Prunis, bien
connu par ailleurs.
73 - Poupard, déjà cité.
74 - A. D. 24, 3 H 6.
Grasset éL1Ït sans doute
le nom d'un fermier
précédent.
75 - Il s'agit de SaintVincem-sur-l'Islc où se
trouvait le moulin dom
il a déjà été question 0dessus.
Lorigine du moulin d'Estournel ou
de Grasset est inconnue. Le cartulaire mentionne bien un B[ernard] Estornell parmi les
témoins d'un acte passé vers 1187-1188,
mais le rapport entre eux n'est pas certain.
Que sait-on de ce moulin? 'Texistence
d'un complexe de trois ou quatre moulins
sur le ruisseau du Toulon, issu de l'abîme,
rend parfois l'identification malaisée surtout
lorsqu'ils ne sont nommés que moulins du
Toulon73 ".
Heureusement, un acte du 30
novembre 158374 nous donne une situation
précise. Le moulin d'Estournel autrement de
Grasset sur le ruysseau du Toulon ( .. ) et
conftontant entre le fleuve de Lisle d'une part
et avec les moulins du sieur de Bourdeille qui
est sitz sur led ruysseau ( . .) et avec les prés de
maistre PierreJay greffier pour le Roy. Le moulin était alors acensé à David, maître
papetier, par l'abbé Arnaud de Solminihac.
Lacte d'arbitrage d'un procès nous permet de connaître une partie de l'histoire
antérieure du moulin. Le 2 juillet 1618,
Alain de Solminihac avait fait assigner le
tenancier en paiement de vingt-neuf années
d'arrérage d'une rente de douze boisseaux de
froment et autant de mesture. Mais, le
9 novembre suivant, voulant aller aux universités poury parfaire ses estudes, il nomma de
concert avec frère Gabriel de Dignac, prieur
de Saint-Mamet, le frère François de
Ribeyreys en qualité de procureur aux
affaires de l'abbaye pendant et durant l'absence dudit sieur abbé seulement. Jadis, le
moulin mouvait en partie de la fondalité de
Chancelade, l'autre partie mouvant de celle
de noble Bernard Dupuy, sieur de
Trigonant. Le 12 avril 1491, l'abbé avait
acquis cette autre part en échange de huit
ftoment boisseaux mezure de Perigueux, douze
sols tournois, geline une, et demy-livre de cire de
rente foncière et directe due sur certains maynements especiffiés audit contrat et situés au lieu
de Saint Vincent?5. En 1618, le tenancier du
moulin était Géraud de Pelletengeas, maître
pintier. Assigné, comme nous l'avons dit, en
1618, il se tourna vers messire Pierre de Jay,
écuyer, sieur de Saint-Germain-du-Salembre
et héritier de son iieul, autre Pierre de Jay,
greffier en la sénéchaussée, qui avait acensé
autrefois le moulin et quelques près attenants à Raymond David, auteur du sieur de
Pelletengeas, pour soixante livres tournois et
dix rames de papier, plus vingt-cinq écus
d'entrage avec promesse de le tenir quitte de
toute redevance à l'abbaye. Lacte avait été
reçu, le 19 avril 1559, par Saint-Angel,
notaire royal76 • Alors, Pierre de Jay se tourna
à son tour vers messire Jean de Méredieu
advocat en Parlement et sièges royaux de
Périgueux. Celui-ci put prouver que, par
contrat du 23 octobre 1590, feu son père,
Pierre de Méredieu, bourgeois et marchand
de Périgueux, avait acheté la rente susdite
pour soixante livres argent et dix rames de
papier à Adrian de Cloqueinan, écuyer, sieur
de la Ferrière, en sa qualité de procureur de
Loys de Belair, baron de Cozes. Noble
Bernard de Jay, écuyer, sieur de Beaufort et
frère du comparant, était témoin de ce
contrat et avait alors promis, lui aussi', qu'il
n'y aurait pas de redevance à verser à
Chancelade. Mais d'antiens livres de ladite
abbaye puis cent ans en ça prouvaient, quant
à eux, que la rente avait été versée à l'abbaye
par des ascendants du comparant jusqu'au
7 septembre 1567. A cette date, l'abbé
Antoine de Montardit avait vendu devant
Picon, notaire royal, une rente de vingtquatre boisseaux de grains à Pierre de Jay,
sieur de Beaufort, moyennant la somme de six
centz livres soubz la caution de Jehan de
Montardit, sieur de Lascoutz. Pierre de Jay
exhibait encore une sentence arbitrale du 30
mars 1598 entre l'abbé Arnaud de
Solminihac et Bernard de Jay son père qui
flXait à quarante-cinq sols seulement la rente
foncière et directe sur un moulin et les près
attenants. D'ailleurs Pierre de Jay lui-même
avait déjà racheté trois sols sur cette rente. Il
alléguait que cet accord avait eu lieu au
moment des aliénations du temporel ecdésiastique7ï • Le procureur de Chancelade
rétorquait que la sentence arbitrale invoquée
concernait en fait seullement quelques prés
estanz en environ et non un moulin.
D'ailleurs ce n'était qu'un simple advis d'advocats foict sans aulcun compromis et
76 - Est-il besoin de
souligner que cet acre de
1559 paraît en contradiction avec celui de
1583 mentionné ci-dessus.
77 - Sur les aliénations,
voir références déjà
citées en notes. [Dans
l'Extrait des aliénations ... fuite en l'année
1563,
au
Fonds
Périgord, l. 25. on
trouve
en effet
Chancelade, en 159830
mars, 48 sols de rente
foncière et directe sur le
rnoulin d'Estourneau,
autrement de Grasset
situé sur le ruisse/lU
du Toulon (racheté),
cOJifivlltant avec le fleuve
de I1sle, et au moulin du
seigneur de Ladouze, sis
sur ledit ruisseau, le pout
entre deux appelé du
Toulo11.
21
78 -A. D. 24, 3 E 127!.
Dans ce minutier se
trouvent d'autres actes
passés par F. de
Ribeyrcys, notamment
en septembre et en
octobre 1619.
22
conséquemment non obligatoire mesme au préjudice d'une abbaye de laquelle les abbés ne
sont que comme oeconomes et administrateurs.
De plus, à cette sentence arbitrale était attaché un acte d'acense du 15 avril 1466, reçu
par Joanin Forquin, notaire, qui mentionnait un moulin appelé deI Toulon propre a
esmoudre les cousteaux et tous autres feremens
soubz la rente annuelle de vingt sols et cinq sols
d'achapte. Cette acense avait été passée par
Raymond Lacoste, prêtre, au nom et
comme procureur-syndic de Chancelade
avec Aymeri Jourde, serrurier, et Pierre
Thomasson coustelier. Le frère François de
Ribeyreys eut beau jeu de trouver dans cet
acte la preuve qu'il s'agissait d'un autre moulin que celui d'Estournel. Celui-ci n'était-il
pas à l'origine un moulin à bled ( .. ) apresent
converty en moulin àpapier alors que l'acense
de 1466 visait un moulin mailleret propre à
esmoudre cousteaux et autres feremens ?
Le procès durait depuis trois ans et
menaçait de s'éterniser. Aussi les parties en
présence prevoyant le doubteux evenement
dicelluy décidèrent de s'en remettre à la décision de quatre avocats au parlement de
Bordeaux, Pierre de Jehan, Nicolas et Hélie
Alexandre, Bertrand Boudon, promettant
de se soumettre à leur verdict. Les arbitres
décidèrent que Pierre Jay, sieur de SaintGermain-du-Salembre, verserait à l'abbaye
une charge de froment, mesure de
Chancelade, portable au grenier de l'abbaye
et ce dans trois ans prochains, en la fête de
Saint-Michel. Le fermier d'Estournel serait
déchargé de la rente due ainsi que des arrérages. Le sieur de Montréal, héritier de Jehan
de Montardit, sieur de Lascoutz, serait de
même déchargé de la caution promise en
1567. Les parties ayant accepté l'arbitrage,
l'acte fut reçu, le 25 octobre 1619, par le
notaire Magoe8 •
On pourrait croire cette affaire définitivement terminée. Et pourtant, on ne sait
pourquoi, Chancelade continua à revendiquer la fondalité du moulin d'Estournel. En
effet, le 15 décembre 1706, le frère Jean
Lachenaud, syndic de l'abbaye, constitua
son procureur maître Pierre Garreau, procureur ès sièges royaux de Périgueux, y
habitant paroisse de Saint-Front. Tous deux
firent signifier par Jean Reveilhas, sergent
royal habitant Chancelade, paroisse de
Beauronne, à Françoise de Montozon, héritière de Pierre Chancel sieur de la Borie de
Barbadaud, habitante de Périgueux, d'avoir
à comparaître devant le sénéchal afin de
reconnaître la seigneurie foncière et directe
de l'abbaye sur un certain nombre de biens.
On voit parmi ceux-ci que l'abbé est seigneur
foncier et direct du moulin d'Estournaux situé
sur le ruisseau du Thoulon paroisse Saint
Martin de Périgueux confrontant du costé de
l 'orian au moulin de M le chevallier de
Cablan et avec le moulin de Cucupey du costé
du couchant et avec la rivière de L'isle du costé
du midy sur lequel est deu froment xij boisseaux, mesture xij boisseaux, acapte 1 livre de
cire le tout portable à l'abbaye de Chancellade.
Plus est deub, audit sieur scindic de renthe fonciere et directe sur deux preds contigus audit
moulin argent xxiij sols accapte demy livre de
cire et un sol dargenf9•
Il ne saurait être question à des siècles
de distance de définir les droits de chacun. Il
nous suffit de savoir que Chancelade a bien
possédé jadis, dans le quartier du Toulon, le
moulin appelé d'Estournel qui, de moulin à
farine, devint ensuite moulin à papier. Mais
l'abbaye possédait encore un second moulin,
mailleret celui-ci, bien distinct du précédent
comme le prouve l'acense de 1466.
Nous nous sommes attardés sur l'histoire du moulin d'Estournel pour trois
raisons. La première est de montrer que nous
sommes loin de connaître toutes les possessions anciennes de Chancelade ; minutes
notariales et fonds de procédure nous réservent encore des trouvailles. Ensuite nous
constatons que toutes les archives de l'abbaye n'avaient point disparu lors du
brwement de 1575 puisqu'il était possible
en 1619 d'invoquer des documents remontant à plus d'un siècle, au moins. Enfin ce
procès est un bon exemple des efforts
déployés par les abbés du XY' siècle pour
conserver leurs biens et ceux, parfois vains,
de Alain de Solminihac et des abbés suivants
pour les recouvrer 0.
L'abbaye de Chancelade était seigneur
foncier et direct du Moulin Neuf, ou moulin de Cuquepeyl, proche du moulin
d'Estournel, tout au moins en 1709, date à
laquelle le syndic entame une procédure de
main-mise sur le moulin pour défaut de
79 - A. D. 24, 2 E
1838/7. Acte fort intéressant, premièrement
parce qu'il nous fait
connaître d'anciennes
propriétés de l'abbaye,
mais aussi parce qu'il
précise tOUS leurs
confroors et leurs
charges.
80 - Il est à souhaiter
que les différents moulins du Toulon soient
clairement distingués.
Pour celui qui appartint
au seigneur de Ladouze,
voir son évolution dans
le Bulletin de la
5.HA.P., 1916, p. 283.
Voir aussi Poupard, déjà
cité.
81 - Acte notarié du 14
fCvricr 1709 concernant
la main-mise du moulin
de Cuquepey autrement
le MOIi/in Nellf par le
syndic de l'abbaye. A.
D. 24, 3 E 1628.
PAS
DU
II/OULiN l\I E UF
~/
III Moulin Neuf (commune
de Périgueux). D'après un
relevé de 1696.
AD. 24, 1 Fi Dordogne
79.
\
J
paiement des rentes foncières et des droits
seigneuriaux. Ce moulin s'est aussi appelé
moulin d'Aiguepas, moulin de Barbadaud,
MoulineauS2 .
2 - Les moulins du prieuré chanceladais
deBom
82 - Voir Poupard, déjà
cité.
83 - Sur Pierre
Pasmureau [1725 1798J
voir
Boucr
(Robert), Le clergé dit
Périgord au temps de la
Révolution Franfaise,
Piégut-Pluviers,
Dclraconcepr. 1994, r.
2, n" 1454.
En l'année 1765, le P. Pierre
Pastoureau, prieur de Sainte-Catherine-deBorn et curé de son annexe Blis, était en
procès avec son abbé83• Le même fait s'était
produit dans le passé. On est toutefois en
droit de s'étonner qu'il se soit reproduit après
la réforme de Chancelade. Il semble que l'on
s'y soit peu à peu éloigné de l'esprit dont
Alain de Solminihac avait été, au siècle précédent, à la fois l'instigateur et le modèle.
Pierre Pastoureau avait rempli à Chancelade
les fonctions de syndic. C'est dire qu'il était
rompu aux affaires et qu'il avait eu le temps
de se familiariser avec les documents, encore
nombreux, conservés dans le chartrier. On
peut imaginer que, avant de prendre possession de son prieuré, il avait eu le temps de
fourbir ses armes84 • Il s'appuyait, en premier
lieu, sur un document du 19 mars 1336
pour réclamer à son abbé une part des revenus de plusieurs moulins voisins de son
prieuré. Cet acte qui avait uni la moitié des
revenus de Born à la menseS5 communautaire, mentionnait il est vrai, des molendina.
Mais ce mot se trouvait dans une énumération de biens divers comme il s'en trouve en
tout acte notarié soucieux de n'omettre
aucun article qui puisse donner lieu à
contestation ultérieure. Or aucun nom de
moulin particulier n'y paraissait. Desquels
pouvait-il donc s'agirB6 ?
Pierre Pastoureau rédigea (ou fit rédiger) un mémoire invoquant encore plusieurs
folios du terrier des assences autrement de
Joujay couvert de baume verte conservé à l'abbayeS? D'après ce recueil, Arnaud
Raymond, abbé de Chancelade de 1327 à
1359, avait acensé en 1349 de concert avec
Eymeri de Bescle, alors prieur de Born, les
revenus des moulins de Redro et deI
Chambier ou Caubier. De même, quelques
années plus tard, ils acensèrent à nouveau
tous les droits et revenus à eux appartenant tant
en bled quargent et dixmes es moulins de Redro
et deI Chambier sis en la justice d'Auberoche.
On trouvait en outre au septantième feuillet
de Joujay une reconnaissance du Moulin
Neuf ou de la Borde. Le 3 août 1461, l'abbé
Guillaume Adhémar (1459-1478) avait
acensé les moulins de Redro et de Gouteblave
sans que le prieur du moment, Antoine
d'Escure, y ait fait une quelconque opposition. Il est vrai qu'il aurait passé auparavant
une transaction avec son abbé, transaction
aux termes de laquelle il se serait contenté de
quelques rentes assignées sur d'autres biens
en échange de celles perçues sur sa part des
moulins. Au 101 ème folio du terrier de Joujay
se trouvait la première mention d'un acense
du moulin de Redrol passé par l'abbé seul,
sous le devoir de quatre charges de froment,
la moitié des poissons et vingt sols d'acapte.
Le tenancier était tenu de foire bâtir ledit
moulin dans cinq ans. C'est la preuve que
celui-ci avait subi des dommages auparavant. Lauteur du mémoire concluait qu'il
était présumable que l'abbé avait, avant
84 - Grillon (Louis), Le
prieuré
cballceladais
Sa i}j te- Ca tberi lIe-deBorn ; travail à paraître.
P. Pastoureau avait succédé à R. OrE'lUte
décédé cn
1?62.
85 - Mense communautaire : partie des
revenus d'une abbaye
dt:'"Volue à la communauré, par oppositÎon à
la mense abbatiale.
86 - Deux copies papier
de cet acte de 1336 se
trouvent aux A D. 24,
1 Mi 558 ; le résumé se
trouvera dans le travail
mentionné dans la note
précédenœ.
87 - Cc mémoire se
trouve aLL'i: A D. 24, 1
l'vIi 558. Le terrier de
Joujay,
actuellemcnr
disparu, est aussi mentionné par Antoine
Teyssandier dans son
Mémoire inslructif sur
l'élitt de l'tlbba)'e de
Chancelade et ftz succession de ses {lbbés. AD.
24, 2J 935.
23
1461, obligé le prieur de Born à lui céder ses
droits sur les moulins dépendant de son
prieuré contre ce que Pierre Pastoureau qualifiait de modique pension.
Devrait-on revenir à l'état antérieur ?
Le mémoire rédigé pour l'abbé, en contrepartie du précédent, apportait des
renseignements plus récents que ceux du
)(\/e siècle sur les moulins concernés88 • Mais
les droits sur ceux-ci méritaient d'être bien
assis juridiquement. Le vicaire de Blis
demande en qualité de prieur de Born la moitié des grains des moulins qu'il suppose être
possédés par l'abbé de Chancelade parce que
dans l'acte d'union de 1336 il est dit qu'il aura
medietatem emolumentorum molendinorum. On répond à cet article que l'abbaye de
Chancellade ne jouit d'aucun moulin qui luy
Lauteur du mémoire faisait ensuite
remarquer que l'abbaye aurait autant d'intérêt que le prieur à connaître les moulins en
question! C'est donc qu'il n'avait plus la fondalité directe et foncière sur chacun d'entre
eux. Pierre Pastoureau précisait, certes, qu'il
s'agissait des moulins de Redrol,
Goutteblave, deI Chaubier et de Moulin
Neuf mais présomption n'était pas preuve.
Et l'abbé, de son côté, pouvait apporter les
preuves qu'ils avaient appartenu longtemps à
la mense abbatiale mais que certains avaient
disparu ou lui avaient échappé.
Le "Moulin pointu"90 : Anciennement
il y avait sur le ruisseau de Born une mouline
ou moulin qu'on appelait le Moulin pointu qui
est tombé par vétusté ou que les eaux ont
Il Moulin de Redrol. sur
l'Auvézère (commune du
Change).
Photo Denis Borclas.
88 ~ Cc mémoire se
trouve avec celui du
prieur et un brouillon
de consultation juridique aux A. D. 24, 1
Mi 558.
89 - Nous 1'avons
souligné dans notre
introducdon; on peut
cn fournir de multiples
exemples.
24
vienne de la cure de Blis et prieuré de Born et
qu'ainsi la demande du vicaire perpétuel de
Blis n'estpas fondée. ( ..) On observe ici que par
le mot molendina on entendpas la pluspart du
tems plusieurs moulins dont les batiments sont
séparés, mais plusieurs meules qui sont dans le
même batiment 89.
entraîné, ce moulin a passé il y a longtemps
dans la maison de Lardimalie, il peut bien se
faire que primordialement il appartenait au
prieuré et à l'abbaye par la même voye qu'on a
perdu tant d'autres choses.
De ce "Moulin pointu" il ne reste ni
trace ni souvenir quelconque dans la com-
90 - Commune de Bliset-Born.
iii Moulin de Goutteblave,
sur le Chaubier (commune
du Change).
Photo Thieny Tillet.
mune de Blis-et-Born. On aura d'ailleurs
relevé que Pierre Pastoureau ne le mentionnait pas dans son mémoire91 •
Le moulin du Chaubier92, appelé aussi
"del Chambier" et "Caubier" par P.
Pastoureau. Nous pensons qu'il pourrait
s'agir d'un des moulins (existant ou disparu)
installé sur le Chaubier, ruisseau issu du gour
du même nom.
Le moulin de Redro1 : En 1217,
Robert de Seneleus et son fière donnèrent à
Chancelade un setier de rente qu'ils avaient sur
le moulin de Redroux en reconnoissance de ce
que l'abbaye avait reçu un de leurs fières
comme religieux. Par le même acte ils cédèrent
les terres joignant le moulin. Furent témoins le
prieur de Born, Raymond de Chamlazac, et
Jean de Lajac. Ainsi parle l'un des mémoires
(Mémoire pour le prieurJ. A la vérité, les
93
91 - Pour la disparition
de
cc
moulin,
voir
Thierry 11l1et : Etudes
Historiques sur Blis-et-
Born, l. At/ilS
mique, 1995.
tOpOll)'-
92 - Commune d'Eyliac.
93 - Commune du
Change. En A. D. 24, 2
E 1823/151 se trouve
unc demande d'arrérages
signifiée
au
fermier, Roux, par le
frère P. L'lmy, le premier
juin 1632.
extraits du cartulaire rassemblés par nos
soins ignorent cet acte. Mais, en revanche, ils
mentionnent plusieurs membres de cette
famille de Seneleus, généreuse donatrice
entre 1153 et 1189. Quant à Robert de
Seneleus, nous allons le retrouver94 • En effet
le mémoire précise encore qu'un Robert chevalier, qui doit être le nôtre puisque le
cartulaire lui attribue aussi cette qualité, avait
cédé en 1225, en compagnie de son épouse,
une partie des ténements de la Richardie et
de Belesmas qui leur appartenaient. Les
autres parts furent données, en 1233, par
Foucaud Desteners d'Auberoche et, vers le
même temps, par deux frères, Bernard et
Raymond de Sanilhac95 •
Chancelade avait la seigneurie du moulin de Redrol puisque, nous l'avons vu,
l'abbé l'avait acensé, le 3 août 1461, sous le
devoir de grains portables au grenier de
Chancelade, acense renouvelée d'ailleurs
avant 1480. Et, le 2 mai 1513, une reconnaissance était passée en faveur de l'abbé.
Entre temps la rente avait perdu de son
importance puisque un acensement passé
après le départ d'un sieur Moulinaud (nom
prédestiné s'il ne s'agit d'une erreur de transcription) la ramenait à deux charges de
froment9G • Une liste d'acaptes, datée de
1690, précise que le moulin de Redroux doit
une acapte de vingt sols.
94
-
Nous
Il' avons
aucune raison de douter
de la vérité de
CCt
acte.
Si le témoin Jean de
Lajae est par ailleurs
inconnu,
plusieurs
Chamlaz.K fiJfcnt rdigitux chanccladais. On
peur voir deux Senelem
dans l'entourage comtal
vers 1153. Avant 1189
Etienne de Senclcus fut
vigier du
Puy-Sai nt-
Front.
95 - Une panic de ce
premier acte se rrouve
en effet dans le cart. de
Chancelade.
r
153.
Bélcsmas se trouve sur le
cadastre de Blis-etBorn en D 1 entre la
Richardie et le Gué de
Rigoulès ; voir Thierry
Tillet, ouvrage cité. Les
autres actes som inconnus mais les Sanilhac
sont bien représemés
dans le canulaire. Il
pourrait y avoir une
mauvaise lecture dans le
mémoire; lire Foucaud
des Senas d'Auberoche ?
96 - Voir aussi un acte
d'afferme notarié de ce
moulin. le 13 avril
169.3. A. D. 24. 3 E 96,
notaire Delagarde.
25
Le moulin de Goutteblave97 • Il est
situé près d'une résurgence. La construction
actuelle date du XVIIIe siècle. Un acensement de ce moulin avait été passé le 14 avril
d'une année non spécifiée par le mémoire,
mais sûrement ancienne puisque celui-ci
mentionnait à la suite des actes de reconnaissance de 1492 et du 10 mars 1516.
D'ailleurs, preuve supplémentaire aux yeux
du rédacteur, le 27 décembre 1499, le fermier du moulin, un nommé Cornut, qui
mariait sa fille à Guillaume Beaumont,
cédait à celui-ci la ferme du moulin à charge
de continuer à payer la redevance habituelle
à Chancelade. Une dernière reconnaissance
était datée du 19 juillet 1706. Enfin, la liste
des acaptes mentionnait : Plus sur la tenance
de Gouteblave dans Born acapte 1 L. de cire.
97 - Goutreblave, lieudit à cheval sur
Blis-eu-Born et Le
Change. Voir cadastre
Blis-er-Born en D 1.
98 - Il doit s'agir du
moulin situé non loin
de Blanzac et du château de Laborde, dans la
commune du Change.
26
En 1225, Gérard Aimeri d'Auberoche
avait donné le Moulin Neuf, ou de la
Borde,98 avec quelque sesterées de terre attenante en s'y réservant toutefois un setier de
froment de rente. Les extraits du cartulaire
que nous connaissons sont muets sur ce personnage et sur sa donation. On ne peut donc
en préciser les dates. Il nous faut attendre le
27 avril 1461 pour trouver un acte d'acense
pour trois charges de froment portables au
grenier de l'abbaye. Chancelade avait donc la
seigneurie du moulin. Suivaient d'autres
reconnaissances datées du 10 mars 1517 et
du 4 août 1593. Chancelade céda cette
rente, le 20 octobre 1662, à un certain
Archambaud dont le patronyme n'est pas
indiqué, sous la réserve d'une croix d'argent
d'acapte à chaque mutation d'abbé ou de
rentier. Entre temps le prieuré de Born était
tombé aux mains d'un commendataire, un
sieur de la Sale, membre de la famille de
Blanzac. Aussi, le 9 décembre 1631, un acte
de partage fut-il signé devant Delagarde,
notaire royal. Chancelade et le sieur de la
Sale, vicaire perpétuel de Blis et prieur commendataire de Born, jouiraient chacun de la
moitié des rentes jusqu'à égalité parfaite.
Pour atteindre celle-ci l'abbaye céda à l'autre
partie ses rentes sur le ténement de la
Poussardie.
Vint le moment où les chanceladais
récupérèrent à la fois leur prieuré de Born et
la paroisse annexe de Blis qu'ils devaient
conserver jusqu'à la Révolution. Le 8 avril
1693, ils firent prononcer une sentence à
l'encontre d'un la Sale qui refusait de payer
le cens prévu par l'acte de 1461. Un nouvel
acte d'acense, daté du 27 avril 1761, nous
montre que la rente de froment sur ce moulin restait inchangée, soit trois charges de
froment portables au grenier de l'abbaye. Il
nous démontre surtout que l'abbaye avait
recouvré cette rente entièrement, aux dépens
des prieurs.
D'autres moulins sur l'Auvézère
Le moulin de la Sudrie ou de
Chardou99 relevait de l'abbaye, tout au
moins en 1460. Le 2 décembre de cette
année, le moulin de Chardou fait l'objet
d'une reconnaissance en faveur de l'abbé de
Chancelade. En 1555 et 1560, Pierre Sudrie
vendit à Gabrielle de Beaupuy, dame de
Cubjac, certaines parts sur le moulin de
Sudrie, ou de Chardou, mouvant de l'abbé de
Chancelade. Le 19 novembre 1662, l'abbé
cèda sa rente, par échange avec Jeanne
Darlot, également dame de CubjaclO o•
Le moulin du pont de Cubjac. Le
3 avril 1516, l'abbé de Chancelade et
François de Belcier officialisent une transaction : l'abbé cède son droit de redevance ou
aumône venant du vicomte de Limoges sur
le moulin du pont de Cubjac, moyennant
certains revenus sur le mas de la Valade,
paroisse de Tocane, que lui donne Belcier.
Cet accord est confirmé, le 15 avril 1517, à
l'occasion d'une enquête sur les dépenses
(1050 livres) liées à la réédification du moulin en ruine de CubjaclO l •
Le rédacteur du mémoire en faveur de
l'abbé concluait, en 1765, que les accenses
reconnoissances et possessions de tant de siècles
par l'abbaye ( . .) suffisent assés pour établir
que les droits de ladite abbaye sur lesdits moulins sont de toute évidence et ne peuventformer
le moindre doute. Les droits de l'abbaye sûrement, ceux du prieur lui étant niés. Lors de
sa déclaration de biens, à la révolution, Pierre
Pastoureau ne put y faire figurer les rentes
des moulins dont il avait en vain réclamé
une pare02•
99 - Commune de
Cubjac. Le lieu-dit la
Sudric existe toujours.
100 - A. D. 24, 2 E
912/1.
lOI - A. D. 24, 2 E
912/1.
102 - Voir note n° 88.
Conclusion
Après avoir parcouru, à partir de trop
rares documents, l'histoire de quelques
moulins de Chancelade, il nous paraît possible de proposer une grille utile à qui
voudrait entreprendre l'érude de moulins
ayant appartenu à ses anciens prieurés et qui
sont encore mal connus pour ne pas dire
Ignorés.
Quand l'abbaye fut fondée, le dominium de la plupart des moulins mentionnés
dans le cartulaire était déjà entre les mains de
seigneurs laïcs ou ecclésiastiques, ainsi que
toutes sortes de droits afférents. Seul le moulin de Salles, mis à part celui de l'abbaye (et,
sans doute, celui de Beauronne), fut une
création, ou une re-création, des religieux.
Encore durent-ils acquérir la terre sur
laquelle le bâtir, les rives où relier leur barrage
et leur écluse nécessaire, sans compter le
droit d'usage de l'eau sur un parcours délimité.
Il est vrai que quelques familles seulement se partageaient la possession des
moulins concernés. Par le jeu des héritages,
dotations et partages, ceux-ci avaient vu, au
cours des ans, se multiplier les ayant-droit.
L'exemple le plus frappant n'est-il pas celui
de Arnaud de Montanceix qui abandonna à
l'abbaye les droits qu'il avait sur cinq moulins tournant sur l'Isle ou sur la Donzelle ?
En outre, tous ces seigneurs, n'exploitant pas
eux-mêmes leurs moulins, les avaient donné
à fief et à ferme, faisant ainsi d'autres ayantdroit.
Dès la fondation de l'abbaye, les
Chanceladais, comme les cisterciens leurs
contemporains, furent conscients de l'enjeu
économique représenté par la meunerie. Ils
n'eurent de cesse d'en recevoir, de s'en faire
céder ou d'acquérir des parts de droits divers
et de rentes. Le mouvement fut initié par les
premiers abbés et on le voit perdurer, grâce
au cartulaire, jusque vers la moitié du XIIIe
siècle.
On voit aussi que quelques seigneurs se
repentirent de leur générosité ou que leurs
héritiers les contestèrent. Ce qui donna lieu
à des procès portés devant l'autorité épiscopale et, en appel, devant l'archiépiscopale.
Le document de 1336 concernant le
partage en deux des biens du prieuré de
Born entre celui-ci et Chancelade montre
que l'abbaye s'appauvrit en un siècle au
point de ne plus pouvoir satisfaire à ses obligations, notamment à l'accueil traditionnel
des pauvres affluant de la ville proche. Plus
tard, le prieur de Born dut même échanger
la perception des rentes en nature, du moins
celles provenant des moulins, contre une
pension fixe. Nous soulignons cet exemple
qui ne fut certainement pas isolé. L'abbaye
put ainsi percevoir seule les revenus de ses
moulins. Mais les guerres qui affligèrent la
région ne furent guère favorables à ces établissements.
Après la guerre de Cent Ans, on
constate les efforts des abbés réguliers successifs pour conserver ou recouvrer leur bien.
Ne les voit-on pas faire rebâtir des moulins
abandonnés ? La gestion des abbés commendataires fut moins heureuse. Le dernier
d'entre eux surtout eut à subir les pertes de
revenus dues à l'aliénation du temporel
ecclésiastique. L'un des soucis matériels du
réformateur de Chancelade, Alain de
Solminihac, fut d'inventorier, grâce aux
archives subsistantes, les biens ayant jadis
appartenu à l'abbaye afin de les recouvrer.
Son essai est parfaitement illustré par son
long procès au sujet du moulin d'Estournel.
En débutant, notre intention n'était
point de poursuivre aussi loin dans le temps
notre recherche ; nous y avons été amenés.
Elle l'est encore moins de la continuer jusqu'aux ventes révolutionnaires des biens de
première origine. Il est sûr, en tout cas, que
la Révolution tourna la page d'une histoire
qui n'avait fait que pâlir des origines à la fin
du XVIII< siècle.
Louis GRILLON
Bernard REVIRIEGO
27
_ _ MOULINS ET MEUNIERS _ _ _ _ _ _ __
Au fil de l'eau... Des moulins sur le Dropt
"Eaux vives':
tel était le thème de
l'opération "Par les villages 95" menée par
l'A.D.D.C. Les Archives départementales de
la Dordogne avaient confié à Denis Bordas,
photographe aux Archives, une mission de
collecte photographique portant sur six
moulins à eau installés sur le Dropt, dans le
canton d'Eymet : Moulin Neuf (commune
de Saint-Aubin-de-Cadelech), Serres et
Siganens (commune de Razac-d'Eymet),
Peyrelevade, Bretou et Eymet (commune
d'Eymet).
Ce travail fit l'objet d'une exposition à
Eymet puis aux Archives départementales de
la Dordogne.
Il Moulin de Bretou (commune d'Eymet). 1995.
Photo Denis Bordas.
28
"Dresser un état des lieux photographiques des bâtisses, réhabilitées ou pas, telle
était ma mission. Mon désir était de rendre sensible au regard digues, canaux et pierres. De
ballades en découvertes, j'ai rencontré, au delà
des traces des activités passées, des lumières délicates, des reflets où l'on se plongeait avec envie.
J'ai voulu rendre compte d'un travail au delà
du travail transmettre une atmosphère particulière, une histoire cachée, des visions croisées.
L'âme semble nonchalante, mais elle est regardante."
Denis BORDAS
MOULINS ET MEUNIERS
III Moulin de Siganens
(commune
de
Razac-
d'Eymet). 1995.
Photo Denis Bordas.
III Moulin d'Eymet (commune de d'Eymet). 1995.
Photo Denis Bordas.
29
_ _ MOULINS ET MEUNIERS
La disparition du métier de meunier autour de Sainte-Foy
1 - Vircoulon Oean),
"L'hiver 1829 à SainteFoy", dans Revue
Historique et Archéologique du LiboumaÎs et de
kt Vaille de kt Donkg"e,
T LVIII, 1990, p. 131.
2 - En 1786, mention
de Louis Barde et de
Jean Barde jeune, meuniers au Renier, dans le
registre de la taille
(Archives municipales
de Sainte-Foy, CC 82).
Louis Barde fait son testament au Grand
Reynierle 21 mai 1788
(A.D. 33, 3 E 21 Ill).
3 - Parcelle nO 52 bis
(Archives communales
d'Eynesse, en Gironde).
4 - Le moulin est édifié
dans la parcelle n" 540
(Archives communales
d'Eynesse).
5 - En 1839, deux charpentiers de moulins,
Pierre Boisseau ct son
beau-frère, Jean Videau,
habitent au lieu des
Réniers, COmmune
d'Eynesse (documentation de M. Jacques
Matignon), Ont-ils édifié cette moulinasse ?
Notons qu'en 1877,
M. Jean Pinlou, charpentier de moulins,
habire à Eynesse (A.D.
33,3 E 46 065).
30
L'hiver de 1829 marque la fin des
moulins à nef La Dordogne gèle d'une rive
à l'autre. La débâcle est terrible: d'énormes
blocs de glace coulent la plupart des moulins
à nef. L'administration profite de cet événement pour interdire leur reconstruction.
Avec leur disparition et, surtout, celle des
chaînes qui les arriment aux rives et des palissades qui précipitent le courant sur leur roue
à aube, la navigation sur la Dordogne va
enfin se faire sans entraves.
La disparition des moulins a deux
conséquences. D'une part, les "moulinasses"
sur ruisseau (moulins à eau) et les moulins à
vent connaissent un regain d'activité.
D'autre part, les personnes travaillant sur les
moulins à nef doivent retrouver du travail.
Les meuniers et propriétaires de moulins se rétablissent rapidement. A Eynesse, les
Barde exploitent le moulin des Reyniers et,
parfois, celui de Beausaut depuis plusieurs
générations2• En 1836, Jacques et Louis
Barde possèdent toujours un moulin à
bateau sur la Dordogne : ils sont imposés
pour divers biens qu'ils possèdent à "Beau
Saut" et au bourg, et entre autres un moulin
flottant au Petit Régnier dont la mutation
est faite en 18433• Mais, en 1852, ils disposent d'un moulin à eau installé sur un bief de
la Gravousé. Pierre Faure, descendant des
meuniers Barde, et actuel propriétaire de ce
moulin, pense que ses assises sont fort
anciennes. C'est une hypothèse qu'il faudra
vérifier. En attendant une étude de l'architecture de cette bâtisse, on dispose
d'informations certaines : cette moulinasse
ne figure pas sur le plan cadastral de 1836.
Elle a donc été édifiée, en partie ou en totalité, entre 1836 et 18525•
L'exemple des moulins à nef de la
Beauze (sur la Dordogne, devant PortSainte-Foy) et de la Nougarède (sur la
Dordogne, devant Le Fleix) montre comment l'administration gère et contrôle leur
destruction. En 1834, elle pousse les pro-
priétaires à accepter une indemnité de l'Etat
en contrepartie de la destruction des moulins6• En 1835, les sieurs Audebert, Marot
frères et autres, propriétaires du moulin de la
Beauze reçoivent ainsi une indemnité de
2500 francs? Les sieurs Audebert frères,
Bonneau et Borie, propriétaires, tentent de
conserver celui de la Nougarède en le déplaçant. Ils prétendent l'enlever de la passe
utilisée par les gabarriers. Le préfet détermine donc un emplacement sur l'efficacité
duquel le maire de Pineuilh émet des
doutes8 • En fin de compte, les propriétaires
du moulin de la Nougarède acceptent l'indemnité qui leur est proposée pour faire
démolir leur usine flottante. La somme est
élevée: 22 500 francs 9•
Lorsque les Barde abandonnent leur
moulin à nef pour installer une moulinasse
sur la Gravouse, c'est en propriétaires qu'ils
réagissent. Leur démarche illustre-t-elle celle
des autres propriétaires de moulins à nef?
Nous l'ignorons encore, et quelques
réponses sont peut-être enfouies dans la
documentation que nous avons accumulée
(plus de deux mille références d'actes concernant moulins et meuniers du pays foyen). Il
faut aussi vérifier que tel propriétaire de
moulin à nef, dépossédé de son outil de travail par la débâcle de l'hiver 1830, ou par les
prescriptions administratives, a pu abandonner ce type d'activités et investir l'indemnité
qu'il a perçue dans d'autres formes de production.
La disparition des moulins à nef
reporte momentanément une part d'activité
sur les moulinasses et les moulins à vent. Il
est certain que ces deux types de moulins
connaissent une embellie à partir des années
1830. Mais il est difficile de mesurer ce phénomène: nous ne disposons d'aucun livre de
compte tenu par des meuniers, à quelque
époque que ce soit. D'autres moyens d'approche existent, sans que nous puissions
établir leur valeur. Ainsi, on pourrait tenter
6 - Arréré du préfèt de la
Gironde du 4 mars
(Archives municipales
de Pineuilh).
7 - Lettre du sous-préfet
de Libourne au maire
de Pineuilh, du 17
janvier 1835 (Archives
municipales de
Pineuilh).
8 - Le maire de Pineuilh
rédige alors le brouillon
d'une lettre qu'il destine
au
sous-préfet
de
Libourne: Une difficulté
plus invincible est celle-ci,
c est que dans l'état actuel
de la rivière et vu l'élévation des eaux le tiers du
canal occupé par elles
n'ofFe pas du côté de kt
rive gauche la moitié de
fa profondeur nécessaire
pour l'y foire fomer
l'usine. Je suis certain de
ce que j'avance puisque
j ay flit sonder la rivière
sous mes yeux. La place de
cette partie de la rivière
fi 'était pas géométrique
mais seulement figuratif.
on ne fixe pas sur kt distance de la ,ive droite au
poÎnt ou doit être le moulin... Orje défie que cUms
les eaux hautes, mqyennes, et basses, l'usÎne
dûement mouÎllée puisse
fourner et foire foline
(Archives municipales
de Pineuilh).
9 - Lettre du sous-préfet
de Libourne au Maire
de Pineuilh, du 18 avril
1837 (Archives municipales de Pineuilh).
10 - AD. 24, 3 E 16
53?, 3 E 16 53? et 3 E
16538.
Il - AD. 24, 3 E 16
538.
12 - AD. 24, 3 E 16
54?
13 - Pîerre Delbos aîné,
ancien meunier, habite
à la Ferrière, commune
de Gageac-cr-Rouillac
(A.D. 24, 3 E 16 545).
14 - AD. 24, 3 E 16
548.
15 - AD. 24, 3 E 16
548 Ct 16550.
16 - AD. 24, 3 E 16
544.
1? - A.D. 24, 3 E 16
545.
18 - AD. 24, 3 E 16
566, 16 558 et 16 577.
de mettre en évidence une augmentation des
impôts payés par le meunier, et en particulier
de la patente : la patente d'Audebert, au
pont de la Beauze, augmente en 1840, et
Audebert est fort mécontent, On constate
surtout que des meuniers se reconvertissent :
avec la fin des moulins à nef, un certain
nombre de postes de travail ont disparu.
Tel meunier propriétaire de son moulin à nef reconstruit ailleurs son instrument
de travail. Tel autre préfère abandonner la
profession et se reconvertit. C'est le cas de
Jean Monteil père. En 1845, il apparaît
comme ancien meunier et aujourd'hui propriétaire et demeure au lieu du Grand Cros,
commune de Gardonne lO • L'année suivante,
il apparaît de nouveau comme meunier. Il a
trouvé du travail au moulin de Gueyneau,
dans la commune de La Force ll . En 1854, il
travaille dans le moulin de Laysse, à
Lamonzie-Saint-Martin! 2.
A partir des années 1850, Pierre
Delbos aîné suit une voie analogue!3. Il
appartient à une famille de meuniers installée depuis plusieurs générations dans le
village de la Ferrière, à Gageac-et-Rouillac.
L'un de ses frères est agriculteur à la Ferrière.
En 1850, Pierre Delbos avait acheté à Jeanne
Guiraud, veuve de Jean Mérens, meunier,
un moulin à eau et ses dépendances situé à la
Ferrière!4. Il vend quelques biens pour régler
ce qu'il doit à Jeanne Guiraud, achète des
terres et devient propriétaire 15 • Par la suite, le
25 juillet 1852, il loue et afferme pour 15
années à courir le 24 juin prochain à Jean
Goubier ainé, meunier demeurant au moulin
de Brajaud, commune de Gageac Rouillac, un
moulin à eau à deux meules tournantes, situé
au lieu de la Ferrière, une maison attenante et
divers fonds!6. Enfin, dans le courant de l'année 1853, il abandonne définivement son
métier de meunier pour se consacrer à l'agriculture!?
Voyons maintenant le cas de Jean
Goubier. Il semble qu'il ne s'agisse pas du
meunier qui vient d'affermer le moulin de la
Ferrière en 1852, mais de l'un de ses proches
parents. Goubier appartient en effet à une
famille de meuniers dont la plupart des
membres exercent leur activité dans les
années 1850.
En 1860 ou 1861, Jean Goubier abandonne la meunerie pour devenir agriculteur.
Alors âgé de 64 ans, il avait tenu sa dernière
place dans le moulin de Laboye, situé dans la
commune de Puyguilhem!8. Comme Pierre
Delbos, il continue, comme ses aïeux, de
résider à la Reille, "près les Vachers", commune de Thénac. Il y possède deux parcelles
de terres de près de cinq hectares. Il y meurt
en 1873!9.
Avec Jean Monteil, Pierre Delbos et
Jean Goubier, se confirme l'aptitude des
meuniers à se reconvertir immédiatement
dans l'agriculture quand le travail de meunerie vient à manquer. Il est probable que les
reconversions de Jean Monteil et Pierre
Delbos, de 1845 à 1856, sont liées à la disparition des moulins à nef.
Cette crise de l'emploi ne tarde pas à
être aggravée par l'apparition de la vapeur.
Cette énergie nouvelle commence à concurrencer celle qu'apportaient traditionnellement l'eau et le vent. En 1859, un sieur
Martin reçoit l'autorisation de faire usage,
dans son établissement de Pineuilh, d'un
appareil à vapeur destiné au mouvement de
deux paires de meules avec criblage et bluterie,
et composé de,' 1 - une machine à vapeur de 14
cv. construite par M }t1aldant et compagnie à
Bordeaux,' elle sera à cylindre horizontalfixe à
détente fixe et sans condensation; 2 - une chaudière à vapeur de forme cylindrique en tôle de
capacité 4 635 litres, construite par MM
Maldant et compagnie, composée d'un générateur, de deux bouilleurs, ledit appareil éprouvé
et timbré sous la pression de 5 athmosphères-°.
Nous ignorons la durée de cette entreprise.
Elle marque toutefois l'apparition de la
minoterie moderne en pays foyen. C'est
donc à la fin des années 1850 qu'il faut placer l'arrivée des minoteries modernes qui, en
une trentaine d'années, vont supplanter
totalement les moulins traditionnels.
On relève fréquemment la qualification d'individus qualifiés d'ancien meuniers.
Certains ont, peut-être avec l'âge, abandonné une fonction pénible pour en exercer
une qui l'est à peine moins: agriculteur. Ces
cas sont peu nombreux après la disparition
des moulins à nef. Ils iront en se multipliant
quand la concurrence des minoteries à
vapeur produira son plein effet. Beaucoup
de reconversions surviennent dans les années
1870. Elles se poursuivent jusqu'à la fin du
siècle alors que, dans le même temps, les
meuniers cessent de former leurs fils à leur
métier. Le meunier qui se reconvertit est
souvent le dernier d'une longue lignée.
Quelques-uns deviennent agriculteurs,
d'autres, boulangers. Dans la chaîne qui va
de la production du blé à sa transformation
en pain, leur nouveau métier se situe en aval
ou en amont de la meunerie. En 1874,
19
Archives munici-
pales de Thénac ct A.D.
24, 3 E !6 558. Je
remercie M. Chapelet,
maire de Thénac, ct
mon ami M. ChristÎan
Dcdicu, secrétaire de
mairie pour leur obligeance.
20 - Archives munici-
pales de Pineuilh.
31
21 - A.D. 24, 3 E 16
578.
22 - AD. 24, 3 E 16
578.
23 - AD. 24, 3 E 16
585.
24 - AD. 24, 3 E 16
587.
25 - A.D. 24, 3 E 16
586.
26 - AD. 24, 3 E 16
587.
27 - AD. 24, 3 E 16
534.
28 - AD. 24, 3 E 16
545.
29 - A.D. 24, 3 E 16
549,16550 Ct 16 574.
30 - AD. 24, 3 E 16
539.
32
Léonard Baron, ancien meunier, et la dame
Marie Guichard sont actuellement tous les
deux cultivateurs et demeurent au lieu de
Labastide commune de Monestier 1• Cette
même année, Pierre Geneste, ancien meunier, et son épouse, la dame Marguerite
Loncle, sont propriétaires cultivateurs et
demeurent au lieu des Ganfards, commune
de Saussignac22 • En 1876, Etienne Parrot,
ancien meunier, et actuellement propriétaire
cultivateur ayant demeuré au moulin des
Combes, commune de Thénac, demeure au
lieu du Marène, commune de Saint-Méardde-Gurçon23 •
En 1877, le sieur Pierre Faugère père,
ancien meunier, et la dame Marie Gougeon
son épouse, sont propriétaires cultivateurs et
résident au lieu de Cappe, commune de
Monestier4• Cette même année, le sieur
Vital Jolivat frIs, ancien meunier, aujourd'hui
propriétaire cultivateur ayant demeuré au lieu
des Bournizeaux, commune de Loubés-Bernac,
demeure au lieu des Prioleaux, commune de
Thénac5• Pierre Maury, ancien meunier, est
devenu charretier. Il habite au chef-lieu de la
commune de Gardonne, et fait actuellement
le courrier de Gardonne à Sigoulèf6.
D'autres meuniers deviennent boulangers. Comme pour l'agriculture, ces
reconversions sont rares dans les années
1840 et se multiplient à partir de 1850.
François Baron appartient à une famille de
meuniers qui ont exploité des moulins à
Ligueux et à Thénac au XVIIIe siècle. En
1843, deux de ses frères sont meuniers, un
autre est cultivateur ; sa sœur, Jeanne, est
sans profession et son autre sœur, Catherine,
a épousé un meunier, Pierre Counord. Tous
sont restés dans la région où ont vécu leurs
ancêtres : Gageac-et-Rouillac, Saussignac,
Gardonne. A cette époque, François Baron
vient d'abandonner son métier de meunier
pour devenir cultivateur. Il réside aux
Plaguettes, dans la commune de
Saussignac? En 1853, nous retrouvons
François Baron boulanger, au chef-lieu de la
commune de Cunèges28 • Il continue à pratiquer un peu d'agriculture, puisqu'il achète
quelques parcelles29 •
Pierre Fourtou, ou Fourton, appartient
aussi à une famille de meuniers citée dans un
acte de 184730 : son père, Etienne, est meunier, ainsi que son frère, Jacques ; sa sœur
aînée, Catherine, a épousé un cultivateur,
Jean Freyssinet; la seconde, Marie, a épousé
un meunier, Thomas Rivière-Beaunac ; sa
troisième sœur, Jeanne, a épousé un tisse-
rand, Jean Audouin ; les trois dernières,
Catherine, Marie, et Catherine plus jeune,
demeurent avec leur père au moulin de
Larchère, dans la commune de Pomport31 •
Pierre Fourtou meurt en 1855 dans son
moulin de Larchère. Il laisse deux enfants
mineurs, Pierre et Jean32 • Ces deux enfants se
détournent de la meunerie. Pierre va s'installer au Fleix comme marchand de blé. En
1863, il prend à moitié une métairie située à
Saussignac et une autre située à Saint-Avitdu-Moiron, qu'il donne à travailler à titre de
colon partiaire 33. En 1868, Pierre Fourtou
est défrnivement installé comme boulanger à
SaussignaCJ4• Son frère Jean va suivre la
même voie. En 1880, il habite toujours avec
sa mère au moulin de Larchère. Il est alors
ouvrier boulanger35•
Dans les années 1890, il ne reste plus
guère de meuniers exploitants. Le moulin
sert encore de logement. L'exiguité de ses
pièces va présenter d'autant plus d'inconvénients qu'il n'est plus un outil de travail. Les
anciens meuniers portent leurs efforts sur
leur nouvelle profession. L'agriculteur s'installe dans une ferme et le boulanger vit dans
la maison qui abrite son fournil. Les moulins
sont abandonnés et on cesse de les entretenir
quand on ne les démolit pas. En 1900, le
moulin des Crux, situé sur un bief du
Seignal, à Ligueux, est désigné comme actuellement démoli. Dans les années 1920, M. A.
Rebeyrolle a vu ses ruines et le tracé du bief
dans le pré. Aujourd'hui, ces traces ont entièrement disparu36 •
Quelques moulins sur ruisseau ont
subsisté jusqu'à nos jours. Avec eux, a perduré la pratique de la meunerie. Les gens ont
continué d'y porter des grains afrn de faire
concasser le maïs destiné aux volailles.
Pendant l'occupation allemande, ces moulins ont fait farine malgré les interdictions et
la surveillance de l'administration pétainiste.
Le moulin de Maître Pierre, à Eynesse, et
celui du Moustelat, à Pessac, ont conservé
leur mécanisme intact. Ce sont de vénérables rescapés d'un type de moulinasse dont
l'origine remonte à la frn du XVc siècle. Pour
un chercheur et pour un touriste, ce sont des
témoins historiques de grande valeur.
31 - AD. 24, 3 E 16
539.
32 - AD. 24, 3 E 16
548.
33 - AD. 24, 3 E 16
560. Cette métairie est
située à Saussignac. Son
exploitation se fora à titre
de colon partiaire.
34 - AD. 24, 3 E 16
571 et 16 577. Il est
toujours boulanger à
Saussignac en 1885
(AD. 24, 3 E 18 401).
35 - AD. 24, 3 E 13
320.
36 - Acte de vente du
26 décembre 1900 : tm
ancien moulin à eau
deNtellentent démoli (. ..)
figuré au plan cadastral
de ladite commune de
Ligueux sous les entiers
numéros 340,341,343,
346, 348 bis, 342, et
345 (Documentation
de M. A RebeytoIle, de
Ligueux - canton de
Jean VIRCOULON
Sainte-Foy-la-Grande,
en Gironde).
_ _ _ _ _ _ _ _ MOULINS ET MEUNIERS _ _
Quelques dessins de moulins-bateaux
Mentionnés dès le Xe siècle avant
J.-c. sur le Tibre, décrits par Vitruve dans ses
Dix livres d'architecture, les moulins flottants
furent vraisemblablement mis au point de
façon définitive par le général romain
Bélisaire, lors du siège de Rome par les
Ostrogots en 537-538. Si les sources se multiplient à leur sujet à partir des Xe_XIe siècles,
il faut attendre l'année 1493 pour voir l'une
des premières représentations graphiques
d'un moulin-bateau, sur le Danube bavarois, à Ratisbonne. C'est d'ailleurs sur
l'ensemble du bassin de ce fleuve que le
"mo ul'Ill-bateau" ou "ul"
mo III a nef" verra
son plus grand essor aux XVII" et XVIII'
siècles 1•
En France, dès le Moyen Age, près de
soixante-dix de ces moulins flottants encom-
braient déjà les berges et les ponts de Paris.
Nombreux sur la Garonne, le Tarn et le Lot
(on en compte soixante à Toulouse au XI'
siècle avant qu'ils ne soient remplacés par des
moulins fixes dès le siècle suivant), on ne saisit leur présence en Périgord qu'au milieu du
XVI' siècle2• On en dénombre alors pas
moins de 56 entre Siorac-en-Périgord et
Branne, près de Libourne.
Leur type est particulier : alors que les
moulins-bateaux parisiens se présentent sous
la forme de monocoques à deux roues latérales3 [fig. 1], ceux de la Dordogne sont des
"catamarans" ressemblant aux moulins de la
Loire. La roue à aubes est en effet positionnée entre une coque supportant à la fois
l'habitation et, surtout, l'ensemble des mécanismes, et une autre plus petite faisant office
III Rgure1
2 - Le documenr essen-
tid est le procès-verbal
de la rivière Dordogne
dressé
par
Gabriel
d'Amours, conseiller du
Rni, en 1554: A.D, 24,
J
li ï, Il fera l'objer
d'une communication
au colloque des Sociétés
sJ.vames du Midi de la
France à Castelnaudary
1 - Sur l'histoire de ces
moulins flonants, voir:
Peyroncl (A.), "Les
le 26 juin 199ï par E
Bordes ct Y. L1boric.
moulins-bateaux. Des
bateliers immobiles sur
les fleuves d'Europe",
dans Le c!Jasse-marù,
3 - Voir en particulier les
dessins de L'EllC)'c!Opérlje de Diderot et
n° 11, avril 1984,
d'Alembert.
33
de flotteur4 [fig. 2]. Ce type de construction
se retrouve sur une vue perspective d'Agen
en 16485, dans laquelle trois de ces moulins
à nef sont dessinés au premier plan,
III Figure 2
Il faut attendre la seconde moitié du
XVIIIe siècle pour voir la première représentation graphique de tels équipements pour
notre région. Le terrier du Fleix, conservé
aux Archives municipales de Bergerac,
superbe et rare document, nous en fournit
un dessin naïf mais néanmoins intéressant :
on distingue nettement la structure des deux
coques portant la roue médiane, ainsi que les
deux chaînes stabilisant le moulin-bateau
dont l'une est fixée sur la berge [fig. 3].
III Figure 4
III Figure 3
4 - Sur les spécificités
périgordines, voir
Mouillac (L.), "Contri-
bution à l'étude des
moulins sur bateaux de
la rivière Dordogne",
dans Bergerac et le
Bergeracois, Actes du
XLII' Congrès d'Etudes
régionales de la Fédération historique du
Sud-Ouest, Bordeaux,
1992, p. 261-270.
5 - Gravure reproduite
dans l'article de
J.
Cubelier de Beynac,
"Les moulins à nef de la
moyenne Garonne au
XVIII' cr au XIX'
siècle", dans Revue de
l'Agenais, 107 (1980), p.
45-59.
34
Un carnet de croquis du début du XIXe
siècle de la région de Sainte-Foy-Ia-Grandé,
nous montre avec plus de précision le moulin en lui-même, les systèmes de jonction des
deux coques, de même
que la palissade de pieux
dirigeant le courant depuis
la rive jusqu'au bâtiment.
Ici, les deux chaînes d'ancrage sont fixées dans l'eau
[fig. 4].
A l'époque de la disparition des moulins à nef,
l'administration des Ponts
et Chaussées dresse les
plans et les profils des derniers
établissements
existants afin de réglementer leur usage et leur
situation. Cela nous fournit quelques documents
supplémentaires
dont
deux dessins du moulin
du Barrail, alors dépendant de la commune de
Saint-Aulaye-de-Breuilh7,
en face d'Eynesse. Le premier date de 18208 [fig. 5]
part. J.
Vircoulon, que nous
6 - Coll.
remercions ici de sa col-
laboration
érudite.
toujours
7 - Aujourd'hui commune
de
SaimAntoine-de-Breuilh.
8 - A.D. 24, 3 S 26.
cipales de la fin de ce type d'équipement. Le
rapport qui accompagne ce plan précise que
le mécanisme extérieur consistait simplement
dans une roue de 4,00 m de diamètre et d'autant de largeur, portant à sa circonférence 24
palettes qui plongent dans l'eau de 0,30 m et en
reçoivent le choc par une grande surface. Un
rang de gros piquets clayonnés formait un
entonnoir afin d'amener le plus d'eau possible vers la roue, surtout en période d'étiage.
Le second dessin, de 18379 [fig. 6], représente le profil en travers du moulin et de la
digue de pieux alors existante.
Il FigureS
et concerne une éventuelle reconstruction
du moulin au lendemain de la terrible
débâcle glacière de l'hiver 1819-1820 qui,
avec celle de 1830, fut l'une des causes prin-
Des 56 moulins à nef de 1554, il n'en
reste plus sur la carte de Belleyme, au XVIIIe
siècle, que 20, localisés entre Prigonrieux et
Branne. A la suite des difficultés climatiques
du premier tiers du XIXe siècle, et en raison
des problèmes qu'ils occasionnaient à la
navigation, aucun ne survécut au-delà des
années 1850, disparaissant ainsi de notre
documentation et de la mémoire collective
des gens de la rivière.
François BORDES
Il Figure 6
9 - A.D, 24, 3 S 430 n"
34.
35
_ _ MOULINS ET MEUNIERS _ _ _ _ _ _ __
Quelques moulins micro-industriels du Sarladais
A côté des moulins qui produisent
des farines ou de l'huile, certains ont pour
vocation de fabriquer du fer, du papier ou de
transformer du textile. Il s'agit seulement ici
de donner quelques exemples sarladais de
cette industrie primitive.
1 - Les moulines à fer!
Les moulines du Céou
Le souvenir de deux petites moulines est
attaché à l'entrée du Céou en Périgord. Se
prononçant sur la succession de Pierre de
Durfort, baron de Salviac en Quercy, le 23
juin 1545, le parlement de Toulouse attribue
à la veuve de son ftls Guy, comme mère de ses
enfants, le molinal de la moline de Pouncarral
1 - Le terme "mouline",
qui subsiste encore dans
de nombreux toponymes, s'applique au
moulin à fer. Le terme
"malinal" désigne l'emplacement actuel ou
passé d'un ou de plusieurs moulins.
2 - A.D. 24, 2 E
1802/116-2. Pathus ou
pactus : encombrement
au sol du bâtiment ;
défuge ou défuire : canal
d'écoulement après le
moulin ; peyssière :
pêcherie.
3 - Ibidem, pièce 9.
36
assise sur la rivière de Seu avec tous les pathus,
défoges, peyssières, et appendances dudit molinal 2• La mouline se présente donc comme un
moulin bladier placé en dérivation du ruisseau et comprenant même le piège à poisson.
Un peu plus bas sur le cours du Céou,
un inventaire de la seigneurie de La Fontade
(en mai 1585) signale au village de Jardel-bas,
sur la rivière de Seu, un moulin à bled à deux
meules courantes que le sieur de Léobard a fait
bastir tout de neufet garnir de meules, plus une
mouline à fer qui est tombée en ruines 3. Le
souvenir de ces deux petites forges est
conservé dans le fonds Calvimont-SaintMartial des archives de la Dordogne car cette
famille avait hérité de parents, au XVIIIe
siècle, les seigneuries de Costeraste, Coupiac
et La Fontade, démembrées de la baronnie
de Salviac. Ces moulines devaient être en
activité au siècle précédent, comme celle qui
leur succède sur le cours du Céou.
Nous arrivons en effet au bourg périgourdin de Gaumier, fief, aux XVe et XVIe
siècles, de la famille de Rampoux.
L'agglomération de Gaumier se compose
encore de nos jours de deux parties: le bourg
autour de l'église, et, un peu en aval, un
groupe de maisons qui porte le nom de "la
mouline". Cette mouline, déjà mentionnée
en 1493, devait présenter de l'importance
pour les seigneurs de Gaumier: Le 21 février
1506 (n.s.), Jean de Rampoux, seigneur de
Pechimbert et Gaumier y reçoit des reconnaissances4•
Quelques actes entre janvier 1506
(n.s.) et février 1514 (n.s.), nous renseignent
plus précisément sur le statut et le fonctionnement de cette mouline.
Nous voyons paraître le nom
d'Antoine de Mestrebernard alias Coaraza
ou Coarassa, originaire de Coarraze, localité
de l'actuel département des PyrénéesAtlantiques 5, comme détenteur de la
mouline de Gaumier, en janvier 15066• En
avril 1511, Antoine de Mestrebernard est
alors décédé, Jean de Rampoux acense la
mouline à prudent homme Vital Auricoste,
ferrier de la mouline, le 16 de ce mois pour
la période allant jusqu'à la Madeleine à
venir et ensuite pour trois ans, moyennant
146 quintaux de fer par an (le quintal faisait
un poids de cent livres). Un acte de février
1514 confirme la mort d'Antoine de
Mestrebernard, car sa veuve, Béatrix
Labertrandia reconnaît, au nom de ses trois
garçons et de sa fille, à Jean de Rampoux,
des biens situés sur la paroisse de
Gaumiers7•
L'acte d'avril 1511 donne quelques
détails sur l'équipement de la mouline. Elle
est pourvue de molis, incude, tenalhas, manchas (meules qu'il faut sans doute traduire
4 - A.D. du Lot Registre
de Guillaume Cassanhcs,
notaire à Salviac, fol. 33,
aimablement communi-
qué par Jean Lanigdllt.
5 - Arrondissement de
Pau, canton de Nay.
6 - Il doit déjà être installé depuis un certain
temps puisque, à cette
époque, il vend une
rcrre.
7 - Ibidem, fol. 183,
253 vO.
iii Extrait de la carte de
Belleyme sur lequel figu·
rent les petites moulines
du Céou. Dans l'ordre :
moulines de Pontcarral,
de Jardel·bas, de
Gaumier, du moulin-grand.
XVIII' siècle.
8 - lbidem,fol. 184 yo.
9 - Notamment : E.
Peyronnet, Les flnciennes
forges du Périgord,
Bordeaux, 1958.
par rouets, enclume, tenailles, pinces) et
autres choses nécessaires pour fabriquer le
fer. Une transaction du même mois entre
Jean de Rampoux et Jean de Fenelo, recteur
de Saint-Michel-La-Feuille, porte, notamment, la revendication du recteur sur un
foyer (foc) de la mouline avec son outillage
qui, outre les précédents éléments, comprend des maillets ou marteaux (malhis) et
un soufflet (bolz). Il aurait existé un contrat
d'afftayrement (d'association) entre le père
du recteur et celui de Jean de Rampoux pour
l'exploitation de la mouline. Par cette transaction, le recteur cède ses droits sur la
mouline et sur d'autres biens à Jean de
Rampoux moyennant 320 livres tournoises8 •
Bien que cette mouline de Gaumier ne
soit pas mentionnée dans les ouvrages consacrés aux anciennes forges du Périgord9, il
semble qu'elle ait été encore en activité vers
le milieu du XIX" siècle. J'ai en mémoire une
lettre du maire de Bouzic, de cette époque,
se plaignant au sous-préfet de Sarlat du
trouble des eaux provoqué par le lavage des
minerais à Gaumier, les rendant impropres à
leur consommation par le bétail.
Un peu en aval de Gaumier, le cours
du Céou longe la paroisse de Saint-Martial
avant de pénétrer sur le territoire de Bouzic.
Un moulin, actuellement dénommé "le
Moulin grand", est attesté dès 1300. Au
cours des siècles, ce moulin a appartenu
principalement aux seigneurs de SaintMartial. A la fin du xV' et au début du XVI<
siècle, c'est la famille de Gontaud-SaintGeniès qui tient la seigneurie de
Saint-Martial. Pendant un certain temps, il a
existé une mouline à proximité du "Moulin
grand". Un acte de 1515 reçu par Jean de
Custojoul, notaire, fait état de la reconnaissance à Gui de Gontaud par Antoine
Richard, forgeron de Daglan, de la moitié
par indivis de la mouline, alors appelée de
Saint-Clar, sous la rente de 25 quintaux de
fer bon et marchand, payables moitié à la
Noêl et moitié à la Saint-Jean. Mais, en septembre 1527, un accord entre Jean de
Gontaud, fils de Gui, et Antoine Richard
précise: Attendu qu on ne peutpas forger dtlns
la forge, Richard construira icelle en un moulin
bladier JO. Les propriétaires actuels du
"Moulin grand" trouvent encore dans leur
potager de nombreuses scories ferreuses.
La mémoire ne s'est pas conservée
d'autres moulines sur le cours du Céou, et
pour celles que nous venons d'évoquer, le
chant des marteaux s'est tu depuis longtemps.
10 - A.D. 24, 2 E
1802/6-1 et 6 (inven·
raire de titres).
37
La mouline de Grolejac
L
Il - AD. 24, IV E
49/2 : par exemple, fol.
45.
12 - Ibidem : par
exemple, fol. 47 et 47
v".
13 - Lartigaur Ocan),
Les origines des du Pouget
de Nadaillac, Université
de Botdc.,ux III, 1985.
14 - Du même, "Les
débuts de la papeterie
de Groléjac", BSHAP,
1974, p. 291 à 294.
15 - AD 24, 3 E
15466.
38
15 novembre 1501 11 , une enquête
sur les limites des juridictions de Domme et
de Grolejac recueille des témoignages d'anciens faisant état de repères fixés une
cinquantaine d'années auparavant et maintenant noyés au fond de l'étang de Grolejac.
Cet étang qui figure à la fin du XVIIIe siècle
sur la carte de Belleyme avait été aménagé
pour le fonctionnement d'une mouline. On
peut donc dater la création de la mouline de
la deuxième moitié du 'XV, siècle.
Une enquête de 1513 12 porte sur le
tènement des Farguettes, situé sur les contreforts du plateau de Born, à la limite de
Domme et de Nabirat, dont l'utilité (la
jouissance et l'usage) était revendiquée par
les habitants du village de Liaubou-Haut,
paroisse de Nabirat. Comme signes de ce
droit d'usage, les témoins font état de la
conversion de bois en charbon en édifiant
des "ruchaudes" sive "carbonnières" (meules
pour la fabrication du charbon de bois) et de
la vente de ce charbon par les habitants de
Liaubou aux ferriers de la mouline de
Grolejac.
Vers cette époque, sont co-seigneurs de
Grolejac la famille de Salignac et Etienne du
Pouget auquel la co-seigneurie a été apportée
par son épouse Alpays de Lagrange. La mouline de Grolejac figure dans un
dénombrement de 1504, effectué par cette
dernière, après la mort de son mari 13 • Vers la
fin du siècle, les deux familles se partagent
toujours la seigneurie. Le 20 juin 1570,
Anne de Messigniac, pour son fIls Armand
de Salignac et Clémence du Pouget, pour
elle et pour son mari, Béraud de Chaunac de
Lanzac, arrentent la mouline pour en faire
un moulin à papierl4 • Il y a encore un papetier à Grolejac en 1664, Pierre Dupontl5 •
Vingt-cinq ans plus tard, la mouline à
fer reprend du service. Le 6 juin 1690,
Barthelemy de Gontaud-Saint-Geniès de
Lanzac, arrière-petit-fils de Béraud de
Chaunac, afferme à Antoine de Bars de la
Gazaille et à Raymond de Boucher de la
Tour du Roc la forge et les fourneaux à fer et
le cours de l'eau pour les faire travailler, avec la
maison et jardin proche de ladite forge et mouline, avec les appentis ou halles pour le plassage
(pour stockage) de la mine (minerai) et du
charbon, et ce, pour 6 années complètes
moyennant 650 livres annuelles. Il est précisé que les preneurs paieront 30 sous par
brasse de bois prise du sieur de Lanzac,
3 livres par quintal de fer laissé sur place, 24
livres par semaine pour exploiter le minerai
appartenant au seigneur de Grolejac. Si les
preneurs font édifier un nouveau fourneau,
ils ne pourront, à la fin de leur ferme,
emporter ni arbre ni roue. Les preneurs ne
font cette afferme que pour employer leur
ouvrage pour les canons ou autres pour le service du roi. Cependant, si les preneurs
fournissent des meules et rouets, le seigneur
de Lanzac devra les rembourser après estimation. En 1695, Raymond de Boucher et
Jean de Valette qui avait dû prendre la place
d'Antoine de Bars, portent plainte pour un
vol de bois et de charbon destinés à la forge
de Grolejac, où ils ont ordre de faire des boulets de canon pour le roi 16.
La mouline passe en d'autres mains au
début du XVIIIe siècle. Sous Barthelemy
d'Estresse, seigneur de Grolejac, successeur
de Barthelemy de Gontaud-Saint-Geniès,
on trouve, installés à Grolejac pour exploiter
la mouline, Me Jean Delbos, notaire de
Domme et Bertrand Soulié de Lalande.
Assistant un de ses neveux qui se marie en
février 1711, Me Jean Delbos est qualifié de
notaire royal et juge du Repaire et est dit
habiter Grolejad 7 • Il est associé pour l'exploitation de la mouline avec Bertrand
Soulié de Lalande qui vient de Lortal, sur le
ruisseau de Manaurie. Sa famille exploite des
forges dans la vallée de ce ruisseau.
Les maîtres de forge n'ont pas toujours
le nez dans leurs fours comme en témoigne
le billet suivant : Je permets aux sieurs Delbos
et Lalande, mes fermiers de la forge de Grolejac
de mettre sur mon étang un gabarot pour leur
utilité et faire nettoyer les cours des eaux dans
les ruisseaux, pour le service de la forge. Plus, de
chasser sur ledit étang, aux canards, pendant le
temps de leur ferme et de tenir la main à ce
qu aucune autre personne ny aille chasser ni
tirer aux canards, (. .) à Souillac le 18
décembre 1715, signé Grolejac 8 •
Lorsque Bertrand Soulié épouse, en
1724, Toinette Delbos, fille de Me Jean, les
associés se partagent 105 000 livres de profie 9• L'année suivante, à Domme, une affaire
oppose Me Jean Delbos à son vieil ennemi
16 - AD. 24, 3 E
(Lagrange
15495
notaire à Sarlat) ; B
1453. A la même
époque,
Raymond
Boucher de la Tour du
Roc et Antoine de Bars
afferment à des maîtres
de forges celle de
Ponrroudié
(Sainr-
Ibidem 3 E
15497,
Lagrange
Avit):
notaire, 17 mars 1696,
contrat de trois ans de
1693.
17 - AD. 24, B 3422,
fol. 85 va, insinué 12
juillet 1713.
18 - Archives privées.
En 1715, le seigneur de
Grolejac est toujours
Barthelemy d'Estresse;
Cf. La Chapelle (Pierre
de), "Les mutations de
la
seigneurie
de
Grolejac",
BSHAP,
1961, p. 148 à 152.
19 - Cette indication
figure au rcstament de
Me Jean Delbos du 4
février
1743, reçu
Chassaing.
III Extrait de la carte de
Belleyme. Mouline de
Grolejac et moulin à papier
de Carsac. On remarque la
taille considérable de
l'étang alimentant la mouline. A proximité, le village
de Liaubou-haut dont les
habitants foumissaient les
terriers en charbon de
bois. Le moulin à papier de
Carsac est encore indiqué
comme Upapeterie" à la fin
du XVIII' siècle.
39
Pierre Delol, marchand boucher, qui l'aurait
assassiné (agressé), sur un grand chemin.
Ayant obtenu contre Delol un décret de
prise de corps et ce dernier s'étant échappé,
Jean Delbos, avec l'aide de son fils et de son
gendre Bertrand Soulié, organise un véritable siège de la maison Delol (actuelle
maison Mazet, à l'angle sud-ouest de la place
de la halle). Pour cela, Soulié avait fait venir
plusieurs forgerons de Grolejac. L'un deux
s'appelle Jean, de grande taille, les cheveux
20 - Nous avons conté
cette affaire dans "Une
réussite sociale au
siècle, Les
Domme 1670-1807",
XVlII'
Delbos de Bonnely -
Bulletin de la Société des
Amis de Sarlat, nO 24
(1986), p. 7.
21 -AD. 24, II C700,
fol. 20 vo , acte reçu
Sabouraud, notaire à
Domme.
courts et noirs, un visage plein et rond, de l'âge
de 27 à 28 ans, portant un habit fort obscur.
Le siège dure du 15 au 17 novembre 172Yo.
Beau-père et gendre laissent l'exploitation de la mouline de Grolejac, au plus tard
en 1730. Cette année-là, François Dessec du
Breuil qui avait acheté en 1720 la seigneurie
de Grolejac, afferme, le 21 juin 1730, la
mouline à François Traversier, maître de
forges des Arques en Quercy, pour 800 livres
et 5 quintaux de fer par an21 .
Le rapport du subdélégué de Sarlat,
dans les années 1770, mentionne la forge de
la mouline, mais indique qu'elle ne travaille
pas. Elle est encore mentionnée dans une
enquête préfectorale, en 1811, elle ne travaille toujours pas22 .
Correspondant à des besoins locaux au
XV siècle, l'étendue de l'étang de la mouline
témoigne des ambitions de ses créateurs. A la
fin du XVIe siècle, que ce soit inadaptation
aux conditions économiques, crise du bois
ou autre, la mouline est remplacée par un
moulin à papier. Les guerres de Louis XIV
qui consomment des canons et des boulets
redonnent vie à la forge qui semble rester
rentable dans le premier quart du XVIII<
siècle. Puis, c'est de nouveau la chute. Dans
un certain nombre de cheminées du
Périgord méridional et du Quercy, subsistent quelques taques de cheminées aux
armes des Boucher de la Tour du Roc, datées
de la fin du XVII" siècle23• Les taques sont des
sous-produits de la fabrication des canons et
de leurs boulets.
22 -Peyronner (E.), op.
cir., p. 80 er 223.
Moulines dans la région des Eyzies
23 - J'en connais deux
dans la commune de
Bouzic, une à Daglan,
une à Proissans, arrondissement de Sarlat, une
à Vayrac, près de
Gourdon, dans le Lot.
La famille de Mestrebernard est à
l'origine de la fondation ou de la restauration
de nombreuses moulines en Périgord et en
Quercy. Selon Jean Lartigaut, ce solit des
40
colons, principalement installés à Lherm,
village proche de Catus en Quercy. Dans les
années 1482-1485, on trouve à Lherm
Dominique, Pierre et Vital de
Mestrebernard24 . Dans les minutes du
notaire Pechaut (de Podio Alto), trois
Mestrebernard (Vital, Pierre et Jean), sont
chargés de transformer un moulin bladier de
quatre meules en mouline à fer, par Jean de
Beynac, seigneur de la Roque-aux-Péagers et
de Tayac. L'acte est daté du 10 août 1473,
donc antérieur à ceux que nous venons de
citerS. Les Mestrebernard sont dits habiter la
paroisse de Notre-Dame de Lherm. Le moulin à transformer se situe sur la Beune, en
face de la maison de Beyssac, en amont de
Vielmolis et en aval d'un moulin de Beune. Il
est précisé que les preneurs pourront utiliser
les bois du seigneur pour les constructions
ou le charbon et qu'ils pourront creuser des
fosses ou des mines pour le minerai, selon la
coutume du pays de Cahors. Le cens ou
rente est de 30 quintaux de fer torsat (tordu),
payable à la Noêl.
D'autres moulines se trouvent sur la
Beune, en aval, dans la paroisse de Tayac. Un
acte du 3 septembre 1488 porte la cession
par Jean Martin, ferrier des Eyzies, alors village de cette paroisse, à Jean Bescat, des
droits qu'il possède sur la moitié de la mouline deI Ronnelet, sur le ruisseau de Beune26 .
L'outillage comporte soufflets, tenailles,
roues, arbres, billots, ringards, tourillons ... Il
s'agit là de l'ancêtre de la forge des Eyzies,
notamment étudiée par Jean Cubelier de
Beynac7. En juin 1553, Antoine del Bruelh
vend à Léonard Tutard, forgeron habitant la
forge des Aysias une chenevière au territoire
del Ronnelet. En juillet 1593, sire Jean
Labourderie, habitant du bourg de Meyrals,
est qualifié de maître de la forge des Ayzies.
Il figure à diverses reprises dans les minutes
de Me del Montet, au moins jusqu'en 1602.
Des confronts, en 1621, donnent en clair à
la forge des Eyzies le nom de "forge del
Ronnelet"28.
24 - On signale des
Mestrebernard à SaintCirq-Madelon (Lor), en
1489 cr 1495. Anroine
est cité à Gaumier en
1506; d'autres membres
de la famille sont à la
mouline de Besse en
Périgord, en 1507.
Lartigaut Oean) , Les
campagnes du Quercy
après kt. guerre de Cent
Am,
Toulouse, 1978, p.
89, 414, 424. Cf. aussi
Auricoste (Françoise), La
bastide de Villeji'dnchedu-Périgord,
Bayac,
p.
1992, 89.
25- AD. 24, 3 E 1980
(série 1472-1474).
26 -Ibidem, 3 E 1981,
Guillaume La Borie
notaire, cahier IX.
27 - Cubelier de
Beynac, "La forge des
Eyzies", XXXIX'
congrès de la Fédération
historique du SudOuest à Sarlat en 1986,
2 - Moulins à papier
Nous donnerons deux exemples de
petits moulins à papier, l'un sur le Céou,
Périgueux, 1987.
28-AD. 24, 3 E 1990,
de Onis, notaire à
Saint-Cyprien, fol.
259; 3 E 1987 cr 1988,
passim (Del Monter).
dans la paroisse de Daglan, l'autre sut l'Enéa,
dans celle de Carsac.
Nous avons évoqué, ici même2'\ le
moulin à papier de La Cassagne, construit
en 1613 et démoli avant la fin du XVIIIe
siècle. Le papier se fabriquait à partir de chiffons qui devenaient une marchandise rare au
point qu'en 1673, François de Monzie, lieutenant particulier, faisait défense à des
marchands de transporter des chiffons hors
du ressort de la sénéchaussée de Sarlat.
et des prés et terres, conftontant, à l'orient, le
petit canal qui vient de lëtang dudit moulin .JI.
Le tout fait une rente annuelle de 200 livres,
6 rames de papier, 6 douzaines de cartons,
une paire de chapons, un quarton d'avoine,
payables par les héritiers de Me Moïze Boyer,
notaire royal. Al' époque, ces moulins étaient
donc affermés.
Divers fermiers succèdent à Me Boyer.
En 1676, Pierre Bugat, originaire du Fraysse
(Saint-Cybranet), est papetier au Cuzoul.
Il Moulin du Cuzoul (commune de Daglan).
Photo Louis-François
Gibert.
Le moulin à papier du Cuzoul
29 - Gibcrt (LouisFrançois), "Le moulin à
papier de Ll Cassagne",
lvlémoire de fa Dordogne.
n° 3, p. 20 à 22.
30 - AD. 24. Il 3386.
fol. 182 ,,0, J. Tarde
notaire, insinué le 15
f~vrier
1614.
Le dernier jour du mois de novembre
1613, à Daglan, était traité le mariage de
Guillaume Bardy, maître papetier, habitant
la papeterie du Cuzoul, avec Jeanne Martel
du bourg de Daglan30 • Cet acte atteste le
fonctionnement de ce moulin à papier,
jumelé avec un moulin bladier, au début du
XVIIe siècle. Le Cuzoul, en aval du bourg de
Daglan sur le Céou, faisait partie de la seigneurie du Peyruzel, acquise, par François de
Mirandol, en 1595, de Marc de Cugnac de
Giverzac. Dans un dénombrement au roi du
8 juillet 1672, Samuel de Mirandol, descendant de François, déclare : Je possède, dans la
juridiction du Peyruzel un moulin banier
(bana/J à bled, ensemble un autre moulin, à
papier, situés sur le ruisseau du Seu (Céou), ( ..)
En 1707, Jean Doblanc, maître papetier
demeurant au Cuzoul afferme maison,
moulin à bled et à papier à Jean Bois, marchand des Escloux (La-Chapelle-Péchaud).
Quatre ans après, il met en demeure Bois
d'effectuer les réparations qu'il avait promis
de faire, notamment à la papeterie, car les
bâtiments se vont tomber et risquent de tuer le
remontrant en se démolissant 32.
En février 1723, Joseph de Mirandol,
seigneur de Pechaud et du Peyruzel, habitant
au bourg de Daglan, afferme moulin à bled
et moulin à papier à Jean Garrissou, garçon
papetier de Daglan, pour 230 livres par an.
Jean Tavernaud, maître papetier, est fermier
du Cuzoul en 1727 et sous-afferme à des
meuniers33 • Dans les actes postérieurs, il ne
semble plus être question de moulin à
papIer.
- A.D. de
Gironde, C 4184.
31
la
32 - A.D. 24, 3 E
lO 148 (Agar, notaire à
Daglan) ; 3 E 10235
(Mondy, notaire à
Saint-L1urcnr).
33 - Ibidem, II C 696,
fol. 78
II C 660, fol.
,,0 ;
16 \,0,
41
Le moulin à papier de la Ginèbre
Ls minutes de Rey, notaire à Sarlat,
comportent un certain nombre d'actes relatifs à la famille Cledat et à leur moulin à
papier situé à la Ginèbre, paroisse de Carsac
(actuellement commune de Carsac-Aillac)34.
Le 20 avril 1627, Pierre Cledat, maître
papetier, habite la papeterie de la Ginèbre et
réalise un échange avec Me Jean Austier, procureur aux sièges de Sarlat. Pierre Cledat
teste le 12 avril 1629. Il a deux garçons d'un
premier mariage, trois garçons et trois filles
en deuxièmes noces avec sa très chère femme
Guilhonne Lauzannes. Il doit survivre car, le
22 décembre 1633, il vend à Jean Selves,
bourgeois et marchand de Sarlat, 40 charges
de papier qu 'il lui promet pour dans un an. Le
papier doit être bon et marchand eu égard au
travail qui se doit faire en ladite papeterie.
Selves paiera la charge 38 livres: 10 livres en
argent et 28 livres en marchandises vendues
par Selves. Ils sont en compte, car Cledat doit
1 400 livres à Selves depuis février 1631.
Pierre Cledat teste de nouveau en 1638.
Sa première femme se nommait
Toinette de Chaumels. Il est à remarquer
qu'en 1577 on trouve des Chaumels à la
pa,?eterie de Grolejac et un Jean Cledat,
papetier, originaire de Saint-Paul-Lizonnë.
Il ressort d'autres actes que Pierre Cledat a
marié son fils Jean avec Jeanne Parre, d'une
famille de papetiers de la région de Siorac, et
sa fille Marie avec Pierre Delpong papetier
de la paroisse de Marquay. Les moulins à
papier comme les moulins à bled se prêtent à
une endogamie professionnelle.
La papeterie existait encore au XVIIIe
siècle, car elle figure sur la carte de Belleyme.
3 - Moulins à textiles
34 -Ibidem, 3E 15452
à 3E 15462, passim.
35 - Informations figurant dans l'article de
Jean Lardgaut cité en
note 14. Saint-PaulLizonne, arr. de Ribérac,
canto de Verteillac.
36 - Gibert
(LouisFrançois), "Les dix
moulins de Daglan aux
XVII' et XVIII' siècles",
Bulletin de la Société des
Amis de Sarh" n"
(1984), p. 65 à 69.
42
19
Sous l'Ancien Régime, dans nos
régions, les moulins à textiles n'existent
qu'en annexe d'autres moulins, moulins bladiers en général. Aménagés en foulons, en
mailleries (de malhar: fouler les draps) ou en
teintureries, on les nomme aussi,
parfois,"moulins battants". Si nous prenons
l'exemple des dix moulins de Daglan3G , on
trouve des installations de foulons aux moulins de la Borie, du Peyrier et de Concazal,
sur le Céou, de Picamy sur la Lousse, soit
quatre moulins sur huit opérationnels.
Quelques documents se rapportent à
ces activités :
- Le 14 juin 1676, Guillaume Benoy,
maître teinturier de Blois, prend comme
apprenti teinturier Jean Roudel, fils d'autre
Jean, de Daglan. Benoy lui apprendra son
métier pendant deux ans. Il le nourrira et
l'entretiendra d'habits, souliers et chapeaux.
Le père paiera 90 livres.
- En décembre 1745, Jean Chaut,
meunier de Picamy est qualifié de maître
temtuner.
- En janvier 1753, dans un échange,
Etienne Lavergne et Isabeau Cabanel,
conjoints, délaissent à Jean Chaut, de
Picamy, les droits qu'ils ont sur le moulin et
foulon de la Borie.
- Le 13 mars 1770, les demoiselles
Bouquet qui sont propriétaires du moulin
du Peyrier vendent à Marc Confoulens, teinturier de la Borie, l'emplacement nécessaire
pour bâtir, couvrir et servir un foulon, à
savoir 24 pieds de roi au carré (64 m2) du
côté de l'étang du moulin et 26 pieds en descendant du côté de la défuge du foulon. Le
prix est fixé à 199 livres et 18 sols.
- Le 8 mars 1772, Jeanne de la Palisse
et son fils François Lacombe, propriétaires
du moulin de Concazal, afferment pour sept
ans à Joseph Bouquet, teinturier, un foulon
à Concazal, moyennant 45 livres.
Le 18 février 1779, Marc
Confoulens, clerc de la Borie, vend à Me
Pierre Revaugier, avocat de Daglan, un foulon et son pactus à la Borie, moyennant 288
livres, à savoir 200 livres pour les fonds et 88
livres pour les battants, roues et autres bois37.
Au siècle suivant, certaines de ces
activités se continuèrent et furent complétées, dans la deuxième moitié du siècle, par
des carderies qui subsistèrent jusqu'à une
époque récente.
Louis-François GIBERT
37 - A.D. 24, 3 E
10148, II C 746, 750,
723,728.
_ _ _ _ _ _ _ _ MOULINS ET MEUNIERS _ _
Moulins et moteurs hydrauliques. Bibliographie
1) Généralités
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Fédération Française des amis des moulins,
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Fédération Française des amis des moulins,
1984.
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24, B 1104].
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Paris, Ch. Beranger, 1903-1905.
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24, C 2072].
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[Reprod. du tome 16 de l'Encyclopédie pratique des constructeurs : les moulins à vent,
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[AD. 24, B 1056].
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l'Agenais, 1994 (121), n° 1-2, p. 259-275.
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44
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à papier en Dordogne, s.l.n.d. [AD. 24, A
1555].
François BORDES
Marie-Lise SARIAT (Conservation du
patrimoine départemental)
1----------
A L'ECOLE
Aperçu sur l'histoire du développement urbain en Dordogne
"Ls villes en France de la fin de la
guerre de Cent Ans à l'essor des villes nouvelles", tel a été pour la présente année
scolaire le sujet du concours de l'Historien
de Demain que la Direction des Archives de
France organise annuellement. En rapport
avec cette épreuve, le Service Educatif des
Archives départementales de la Dordogne et
le personnel de ces mêmes archives ont présenté, du 10 février au 28 mars, une
exposition relative à la naissance et à la croissance des villes du Périgord. Périgueux,
Bergerac, Sarlat et les bastides furent les cités
choisies pour illustrer ce thème.
Au temps de la période romaine, le
Périgord ne connaît qu'une seule et véritable
ville, Vésunna, capitale des Pétrocores, la
ville de Périgueux actuelle (voir quatrième de
couverture). Avec les invasions barbares et la
fin de la paix romaine, la ville se replie à l'intérieur de ses murailles dont la construction
avait débuté dès la fin du III' siècle et qui
ceinturaient un modeste espace de quelques
hectares.
Plus d'un demi-millénaire plus tard,
châteaux-forts et établissements religieux abbayes ou prieurés- attirent une partie de la
population. Ainsi naissent des agglomérations qui se développent au Bas Moyen Age,
de la fin du Xl' siècle au milieu du XIVe
siècle, en profitant de l'expansion démographique et de la croissance agricole. Cette
période du Moyen Age connaît une véritable
"floraison de la vie urbaine".
Par leur population que l'on peut estimer de 4 à 6.000 habitants, par leurs
activités et par leur organisation municipale,
trois villes se détachent alors nettement :
Sarlat, Bergerac et Périgueux. Parallèlement
à ces cités principales s'affirment alors de
nombreux bourgs aux caractères urbains
plus ou moins marqués: Nontron, Thiviers,
Excideuil, Mussidan, Montpon, Ribérac,
Terrasson, Mareuil, Montignac, Le Bugue,
Brantôme.
Plus tardivement que certaines autres
provinces du Sud-Ouest, le Périgord voit
également, durant la seconde moitié du
XIII' siècle, l'édification de villes nouvelles,
de bastides, dont Monpazier est l'exemple le
plus célèbre. A la fin du Moyen Age, la trame
du réseau urbain périgourdin tel qu'il se présente aujourd'hui était donc pratiquement
mise en place.
Passées les épreuves de la guerre Cent
Ans, les trois villes dominantes enregistrent
au début du XVIe siècle une nouvelle
période de prospérité avant de connaître une
longue somnolence qui ne devait prendre fin
qu'au XIXe siècle. A la fin de l'Ancien
Régime, dans un département peuplé de
plus de 400.000 personnes, les citadins
constituent à peine 5 % de l'ensemble de la
population. Ils se répartissent entre
Périgueux, Bergerac, Sarlat qui comptent
chacune entre 4.500 et 6.000 habitants, et
quelques petites villes et gros bourgs habités
par 1.000 à 3.000 individus.
La lenteur des transformations économiques permet de comprendre que, à
l'exception de Périgueux et de quelques rares
centres, la croissance urbaine demeure bien
modeste dans le Périgord de la première
moitié du XIX' siècle. Entre 1806 et 1851,
Sarlat n'enregistre qu'une progression démographique de 13 %, Bergerac de 20 % ; par
contre, Périgueux réalise un doublement de
sa population et devient avec ses 12.000
habitants l'agglomération la plus importante
du département, devançant Bergerac qui
venait en tête à la veille de la Révolution.
45
ANNEE
POPULATION
ANNEE
POPULATION
1790-1793
1801
1806
1821
1826
1831
1836
1841
1846
1851
1856
5700
1886
1891
1901
1906
29611
1861
1866
1872
1876
1883
6442
8035
9096
9269
1911
1921
1926
1931
1936
1946
1954
9637
11 576
12 187
12180
12488
14773
19140
1962
1968
1975
1982
1990
20401
21 864
24169
25969
31 434
31 976
31 361
33548
33 144
33389
33988
37615
40865
40785
41 134
40091
37670
35392
32848
SOURCES:
1790-1793: SERIE L (COLL. AD DORDOGNE)
1801 : SERIE M (COLL. A.D DORDOGNE)
1806-1876: CALENDRIERS DE LA DORDOGNE (COLL.
DORDOGNE)
46
1883-1936: SERIE M (COLL. AD DORDOGNE)
1946-1990: RECENSEMENTS I.N.S.E.E.
AD
Dans la seconde moitié du XIX' siècle,
ces deux cités majeures bénéficient d'une
progression bien marquée - 147 % pour
Périgueux entre 1851 et 1911, 55 % pour
Bergerac - et se détachent ainsi nettement de
Sarlat qui ne gagne que 9 %. Pendant ces
mêmes décennies, des villes-bourgs perdent
des agriculteurs et voient ainsi diminuer
leurs effectifs : Nontron, Excideuil, Le
Bugue, de 5 à 15 %, Montignac, de 25 %.
A la veille de la première guerre mondiale,
Périgueux compte deux fois plus d'habitants
que Bergerac, 33.000 contre 16.000. Le
chef-lieu du département a bénéficié d'un
important affiux de population lié à sa croissance économique et à l'implantation des
ateliers ferroviaires de la Compagnie de
Paris-Orléans. Plus modestement, Bergerac
apparaît comme un petit centre régional qui
organise la collecte des produits agricoles de
sa région, tout particulièrement le vin.
Derrière, seulement six localités regroupent
plus de 2.000 habitants : Sarlat, Terrasson,
Nontron, Mussidan, Thiviers, Montignac.
De la fin de la première guerre mondiale aux lendemains de la seconde, les deux
villes majeures continuent à progresser, mais
de manière sensiblement différente.
Périgueux grandit moins vite que Bergerac
qui bénéficie de l'affermissement de sa fonction tertiaire, mais aussi du coup de fouet
procuré par la Poudrerie nationale fondée au
début du premier conflit mondial et qui
emploie 750 personnes en 1954. Durant le
troisième quart du XXe siècle, alors que la
population départementale perd plusieurs
milliers d'habitants, l'expansion économique entraîne une croissance de la plupart
des villes, grandes ou petites. Le rythme
annuel de développement est alors de 0,8 %
pour Périgueux, de 0,9 % pour Bergerac, de
1,5 % pour Sarlat, de 2 % pour Terrasson.
Si, pour Périgueux et Bergerac, cette progression n'est que la poursuite d'une
tendance qui a débuté au XIX' siècle, elle
constitue par contre une véritable transformation pour les petites villes.
Cette poussée démographique
engendre une extension des espaces
construits, mais, bien évidemment, l'étendue de ceux-ci varie fortement d'une cité à
l'autre. Alors que les petites villes ne recouvrent fréquemment qu'une centaine
d'hectares, Sarlat et Terrasson s'étendent
alors sur 200 à 250 hectares, Bergerac sur
plus d'un millier et Périgueux sur plus de
deux mille.
Alain DAVID et Pierre PAGEOT,
professeurs du service éducatif
Il Monpazier.
Photo aérienne Roger
Henrard.
AD. 24,
6 Fi Monpazier 13.
47
s <> ...1
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- r-
c:L •
. . .1
~
ÉDITORIAL
Bernard Cazeau
Président du Conseil général
de la Dordogne
I:j
-
,
BIOGRAPHIE
LOI
ASSOCIATION
du
1" ;uillet
Les femmes dans la résistance
p. 2
Alain David
1901
L...-_ _- - '
Mémoire en marche
p.l
DOSSIER MOULINS ET MEUNIERS
PLAIDOYER POUR UNE HISTOIRE
DE L'INDUSTRIE HYDRAULIQUE
François Bordes
p. 9
BROYER, MOUDRE, CONCASSER:
DES ÉNERGIES HUMAINES AUX ÉNERGIES
NATURELLES MAÎTRISÉES
Serge Mattty
p. 10
LES MOULINS DE L'ABBAYE NOTRE-DAME
DE CHANCELADE
Louis Grillon - BernardReviriego
p. 11
AU FIL DE L'EAU••• DES MOULINS SUR
LE DROPT
Denis Borchs
48
p.30
Jean Vircoulon
QUELQUES DESSINS DE MOULlNSBATEAUX
p. 33
François Bordes
QUELQUES MOULINS MICROINDUSTRIELS DU SARLADAIS
Louis-François Gibe/t
François Bordes - Marie-Lise Sarlat
[ij]
• .
_ .~
p.6
p. 36
MOULINS ET MOTEURS HYDRAULIQUES BIBLIOGRAPHIE
p.28
~FORUM
lUJ
LA DISPARITION DU MÉTIER DE MEUNIER
AUTOUR DE SAINTE-FOY
•
p.43
A L'ECOLE
Aperçu sur l'histoire du développement urbain en Dordogne
Alain David
Pierre Pageot
p. 45
CONSERVATOIRE DU PATRIMOINE
DÉPARI'EMENTAL
ARCHIVES DÉPAIITEMENTALES
9, rue Littré 24000 PERIGUEUX
Espace culturel François Mitterrand
2, place Hoche
24000 PERIGUEUX
Tél. 05 53 03 33 33
Un service du Conseil Général
gratuit et ouvert à tous
Tél. 05 53 06 40 28
SERVICE DE I:ARCHÉOLOGIE
DÉPARI'EMENTALE
Espace culturel François Mitterrand
2, place Hoche
24000 PERIGUEUX
Tél. 05 53 06 40 20
PhoU) Dani~' Pillo
Renseignements utiles
La salle de lecnue est ouverte du lundi au vendredi,
de9hà 17h
*
Les inscriptions s'effectuent du lundi au vendredi
de9hà 12hetde 14hà 16h
*
Eglise
de la Cité
Fermeture annuelle: 1'" quinzaine de juillet
Départementales
En quatrième de couverture:
Camp de César et [Our de Vésone
Extrait des Mémoires ct plans sur les antiquités de Périgueux envoyés à !'Académie
par Jourdain de L1.fayardie, membre correspondant de ['Académie. 1759 - 1760.
Bib. municipale de Bordtnllx, malll/.Jcrit 828 (CV!)