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NOTE IMPORTANTE : cette version est une traduction de la version originale anglaise. CENTRE DE RÈGLEMENT DES DIFFÉRENDS SPORTIFS DU CANADA (CRDSC) SPORT DISPUTE RESOLUTION CENTRE OF CANADA (SDRCC) NO de dossier : SDRCC 15-0268 RICHARD GAO (Demandeur) et TAEKWONDO CANADA (Intimé) et LEO DUCHARME ANAS SGHIR (Parties affectées) devant James C. Oakley, c. r. Arbitre Comparutions : Paul Greene pour le demandeur William Hilder pour l’intimé 2 Contexte 1. Le demandeur, Richard Gao, a déposé une demande d’arbitrage auprès du Centre de règlement des différends sportifs du Canada (CRDSC) le 7 juillet 2015. La demande a été déposée par son père, Michael Gao. La demande était reliée aux Championnats nationaux canadiens 2015 et épreuves de sélection pour les 8e Championnats panaméricains de Kyorugi, qui ont eu lieu à Montréal le 26 juin 2015. 2. Le différend concerne le résultat du match 76 entre Richard Gao et la partie affectée Anas Sghir. Il était soutenu dans la demande que Richard Gao aurait remporté le match si les points avaient été attribués correctement. Le demandeur sollicite un match final avec la partie affectée Leo Ducharme. L’une des questions à examiner dans la sentence arbitrale concerne l’effet que l’annulation du résultat du match 76, le cas échéant, aurait sur l’issue du tournoi. Il s’agissait d’un tournoi à double élimination et le gagnant du match 76 n’a pas ensuite disputé directement le match final. Lors de l’audience, le demandeur a indiqué qu’un match avec M. Ducharme, un match avec M. Sghir ou un mini tournoi seraient des mesures de réparation acceptables. 3. Dans la demande, il est allégué que les officiels du match se sont conduits de façon inappropriée et que le président des arbitres ou Taekwondo Canada aurait dû annuler le résultat du match 76. La demande soulève des allégations de déni du droit à une procédure équitable et de partialité des officiels du match contesté. 3 4. Dans sa réponse, l’intimé, Taekwondo Canada (« TC »), demande que soit rejetée la demande pour le motif que le CRDSC n’a pas compétence pour se saisir de l’affaire ou, à titre subsidiaire, que la demande soit rejetée sur le fond. 5. Un avis de procédure a été envoyé aux parties affectées. Les parties affectées n’ont pas déposé de documents auprès du CRDSC ni participé à l’audience d’arbitrage. 6. Les parties ont demandé à l’arbitre de rendre une décision aussi rapidement que possible, de préférence avant le 1er août 2015, parce que les résultats des Championnats nationaux sont utilisés pour sélectionner le représentant aux Championnats panaméricains juniors. Dans le cas où l’arbitre ordonnerait la tenue d’un autre match ou d’un mini tournoi, la compétition devrait être terminée à la mi-août. 7. L’intimé a contesté la compétence du CRDSC pour examiner la demande. Le 14 juillet 2015, le CRDSC a désigné Richard W. Pound, c.r., Ad.E. à titre d’arbitre juridictionnel. Une audience sur la compétence a eu lieu le 17 juillet 2015. Par décision datée du 18 juillet 2015, l’arbitre juridictionnel a déclaré que le CRDSC a compétence pour examiner le différend sportif survenu à l’occasion des Championnats canadiens 2015 et épreuves de sélection pour les Championnats panaméricains juniors. Je reviendrai sur la décision de l’arbitre juridictionnel plus loin dans cette décision. 8. J’ai rendu une décision le 31 juillet 2015, dans laquelle j’ai rejeté la demande. Voici les motifs de cette décision. 4 Les faits 9. L’audience d’arbitrage a eu lieu les 28 et 29 juillet 2015. Les faits sont tirés des documents soumis par les parties et des témoignages présentés lors de l’audience. Les témoins appelés par le demandeur étaient Eric Wah, Bill Yee, Martin Desjardins, John Kim, Richard Gao, Michael Gao et maître In Kyung Kim. Les témoins appelés par l’intimé étaient Jamie Dos Santos et Barbara Marion. 10. Le différend concerne le résultat du match 76 du tournoi junior masculin dans la catégorie des 51-55 kg. Jamie Dos Santos, directrice de la haute performance de TC, a expliqué le format du tournoi à double élimination. Les concurrents sont éliminés après deux défaites. Lors du tirage principal, Richard Gao a remporté son premier match. Le match 76 était son deuxième match. Anas Sghir a remporté le match 76 avec un score de 17 à 14. Richard Gao a donc été relégué à un groupe inférieur et il a remporté les deux matchs suivants. M. Gao a ensuite affronté à nouveau Anas Sghir dans le match 177. M. Sghir a remporté le match 177 avec un score de 4 à 3. M. Gao a été éliminé du tournoi après sa deuxième défaite au match 177. Après le match 177, Anas Sghir a remporté deux matchs contre Leo Ducharme et gagné le tournoi. Si Richard Gao avait remporté le match 76, il aurait ensuite affronté Leo Ducharme dans le match 107 et sa position au tirage aurait dépendu du résultat du match 107. De même, si Richard Gao avait remporté le match 76, Anas Sghir aurait été relégué au groupe inférieur et aurait dû remporter ses deux prochains matchs pour pouvoir affronter ensuite soit Richard Gao soit Leo Ducharme. Autrement dit, on ne sait pas ce qui serait arrivé lors du tournoi si M. Gao avait remporté le match 76. Si M. Gao avait remporté le match 76, son match suivant n’aurait pas été le match final. Il aurait eu à remporter au 5 moins deux autres matchs pour gagner le tournoi. Mme Dos Santos a expliqué que si le résultat du match 76 était annulé, il faudrait recommencer le tournoi. 11. Le différend porte sur les trois points marqués par Anas Sghir dans les 10 dernières secondes du match 76 et sur le fait que les officiels n’ont pas demandé de reprise vidéo instantanée (« RVI »). L’arbitre du différend a pris en considération les règlements applicables. La compétition était soumise aux Règlements de la Fédération mondiale de taekwondo (World Taekwondo Federation ou « WTF »), en vigueur depuis le 1er janvier 2015. Des points sont attribués quand des techniques permises sont pratiquées dans la zone de pointage autorisée du tronc et de la tête (article 12). Des points sont également attribués pour des pénalités imposées à l’adversaire pour des actions prohibées (article 14). Le Kyong-go est une pénalité qui peut être déclarée par l’arbitre pour diverses actions prohibées. Deux pénalités Kyong-go comptent comme un point. Les pénalités pour faute grave, appelées Gam-jeom, comptent pour un point chacune. Les trois points attribués pour un coup valide porté à la tête sont déterminés par un système électronique, appelé PSS (Protector and Scoring Systems). Des capteurs électroniques placés dans les casques et chaussures des combattants déterminent automatiquement quand le pied touche une zone permise de la tête. 12. En l’espèce, le casque de Richard Gao s’est détaché et est tombé au sol, il a touché le pied d’Anas Sghir et trois points ont été attribués par le système de pointage électronique pour un coup à la tête. L’arbitre n’a pas demandé de RVI. Si l’on avait procédé à une RVI, il est probable que le score aurait été rectifié et que trois points auraient été déduits du score de M. Sghir. 6 13. Il y avait trois officiels pour chaque match au tournoi, l’arbitre de centre et deux juges d’angles. Lorsqu’il y a un examen par RVI, la séquence vidéo est examinée par un Jury de révision. Pour le match 76, l’arbitre de centre était John Kim de la Colombie-Britannique et les juges étaient Bill Yee de l’Ontario et Martin Desjardins du Québec. Richard Gao est de l’Ontario et Anas Sghir du Québec. Pour les Championnats nationaux, Eric Wah était le président des arbitres et Barbara Marion la vice-présidente des arbitres. 14. En vertu de l’article 21 des Règlements de la WTF, une requête de RVI peut être soumise par les entraîneurs ou les juges d’angle pour les raisons permises. L’arbitre décide de demander ou non un recours à la RVI qui est effectuée par le jury de révision. Chaque entraîneur a le droit de soumettre une demande de RVI par match. L’entraîneur donne un carton à l’arbitre. Si la RVI donne raison à l’entraîneur, la demande n’est pas retenue contre l’entraîneur et le carton lui est rendu. Les Règlements décrivent les décisions qui peuvent faire l’objet d’une RVI. Dans les dix dernières secondes du match, le juge d’angle peut demander une RVI afin de faire examiner une séquence et corriger le pointage. En l’espèce, le juge d’angle, Bill Yee, a soumis une demande de recours à la RVI dans les dix dernières secondes à l’arbitre, John Kim. Après concertation avec les deux juges, Bill Yee et Martin Desjardins, l’arbitre John Kim n’a pas demandé la RVI et le match s’est poursuivi. 15. L’arbitre du différend a entendu le témoignage de chacun des trois officiels et a également visionné une vidéo du match prise par l’épouse de Michael Gao. Dans le match 76, M. Gao était en bleu et M. Sghir en rouge. Bill Yee a dit lors de son témoignage que son angle de vision du match était similaire à ce que l’on voit dans la vidéo. M. Yee a dit qu’il a vu trois 7 points s’afficher au tableau pour M. Sghir (rouge) pour un coup porté à la tête de M. Gao (bleu), mais il n’a pas vu de coup à la tête. Il a vu le casque bleu de M. Gao au sol et il a conclu que les trois points n’avaient pas été remportés correctement par M. Sghir. M. Yee a levé la main et s’est approché de l’arbitre, John Kim. Il a ajouté qu’il a expliqué à M. Kim que des points avaient été affichés, que le casque était au sol et qu’il y avait eu une erreur dans le pointage. Il a dit que le juge Martin Desjardins lui a demandé pour quelle raison il demandait un recours à la RVI. Il a dit qu’à ce moment-là, la question de M. Desjardins l’a étonné, parce qu’il pensait que tout le monde avait vu le casque au sol. M. Yee a dit que sa première idée avait été de demander une RVI pour réexaminer un Kyong-go. Il s’est rendu compte ensuite que c’était une erreur de demander une RVI pour un Kyong-go parce que ce n’est pas une raison valable. À ce moment-là, il croyait que l’arbitre avait fait une erreur en imposant un Kyong-go à M. Gao pour avoir poussé l’adversaire ou être tombé, et il avait demandé à l’arbitre pourquoi il n’avait pas donné de Kyong-go à M. Sghir pour avoir saisi l’adversaire. L’arbitre lui a dit qu’un Kyong-go imposé pour avoir poussé ne pouvait pas faire l’objet d’un examen par RVI. M. Yee a dit que ni l’arbitre, ni M. Kim ou l’autre juge, M. Desjardins, ne lui ont dit s’ils avaient vu tomber le casque bleu au sol. M. Yee a dit qu’il n’a pas bien présenté sa demande de RVI et qu’il y a eu un problème de communication entre les trois officiels. Il a expliqué que la RVI était une procédure nouvelle, utilisée depuis quelques années. M. Yee a dit qu’il savait qu’il n’est pas possible de déposer un protêt après le match d’après les règlements de compétition. 16. Martin Desjardins a dit qu’il est arbitre depuis 2004 et qu’il arbitre des matchs au niveau international depuis 2007. Il a dit que lors du match 76, il était le juge qui était assis dans 8 l’angle opposé de celui de Bill Yee. Il avait vu ce qui s’était produit lors du match d’un angle différent par rapport à M. Yee. M. Desjardins a dit que dans les 10 dernières secondes du match, il a vu tomber le casque bleu et il a vu que l’arbitre donnait un Kyong-go au combattant bleu. M. Yee a levé le bras. M. Desjardins savait que le juge d’angle peut demander une RVI pour examiner une séquence et corriger des points pour une question technique. Lorsque les trois officiels se sont réunis, M. Yee a demandé à l’arbitre pourquoi il avait donné un Kyong-go au combattant bleu et M. Kim a dit que c’était parce qu’il avait poussé. M. Desjardins a dit que M. Yee a demandé une RVI pour annuler le Kyong-go. M. Desjardins et M. Kim ont dit à M. Yee qu’il n’est pas possible de demander une RVI pour annuler un Kyong-go imposé pour avoir poussé son adversaire. M. Desjardins a dit que l’arbitre n’avait pas compris qu’il aurait dû demander une RVI parce que le casque bleu était tombé et avait touché le pied du combattant rouge. M. Desjardins a dit qu’après le match, il a regardé la vidéo et il a vu que le casque avait touché le pied et que trois points avaient été attribués. Il a dit que si une RVI avait été demandée et que la séquence vidéo avait été examinée, les trois points auraient probablement été retirés. 17. John Kim était l’arbitre du match 76. Il a dit qu’au cours des 10 dernières secondes du match, il a donné un Kyong-go au combattant bleu parce qu’il avait poussé. Il a vu tomber le casque bleu, mais il n’a pas vu que le casque avait touché le pied du combattant rouge. Le juge d’angle Bill Yee a levé la main et demandé une RVI. M. Kim a demandé à M. Yee pour quelle raison il demandait une RVI et il a répondu que c’était pour invalider les trois points et parce que le Kyong-go avait été donné au mauvais combattant. M. Kim a entendu M. Desjardins dire à M. Yee qu’il n’était pas possible de demander une RVI pour invalider un Kyong-go. M. Kim a dit qu’il était nécessaire de connaître la raison de la demande de 9 RVI, afin de pouvoir indiquer au jury de révision ce qu’il devait examiner dans la vidéo. M. Kim savait qu’un Kyong-go pour avoir poussé son adversaire n’est pas susceptible d’être examiné par RVI d’après les Règlements. Il a dit qu’à ce moment-là, il pensait que les trois points venaient peut-être d’un coup porté à la tête qu’il n’avait pas vu. Il n’a pas pensé à ce moment-là que les trois points venaient du fait que le casque bleu était tombé et avait touché le pied du combattant rouge. Après le match, il a visionné la vidéo avec Eric Wah. M. Wah lui a dit que lorsque des points sont marqués et que personne ne sait d’où les points proviennent, l’arbitre peut demander une RVI pour des raisons techniques. Après avoir vu la vidéo, M. Kim a estimé qu’il aurait pris une décision différente à propos des pénalités Kyong-go. Il a dit que s’il y avait eu une RVI à ce moment-là, les trois points auraient possiblement été invalidés. Il a dit que l’on ne sait pas qui aurait gagné le match si les trois points avaient été invalidés. Il a dit que le comportement des combattants durant les dernières secondes du match dépendait du score à ce moment-là. M. Kim a dit que les officiels ont fait des erreurs mais qu’ils n’ont pas agi de mauvaise foi. 18. Richard Gao a expliqué que vers la fin du match 76, le score était de 13 à 12 pour le rouge, son adversaire, M. Sghir. M. Gao a dit qu’il s’est approché du combattant rouge et a marqué un point, ce qui a porté le score à 13 à 13. À ce moment-là, il a senti le bras du combattant rouge autour de sa tête, son casque s’est détaché et il est tombé. L’arbitre lui a donné un Kyong-go. Lorsque son casque est tombé, le combattant rouge lui a donné un coup de pied et il a reçu trois points. Il a vu que l’arbitre et les juges se consultaient. M. Gao pensait que lorsqu’il se produit une erreur technique, l’arbitre devait la voir et retirer les trois points. Il a dit qu’après avoir perdu le match, il était perplexe et contrarié. Son père, Michael Gao, s’est plaint, mais il n’a pas pris part aux discussions. Richard Gao a dit que c’était sa 10 dernière année d’admissibilité aux compétitions juniors. Il estimait qu’en perdant le match, il avait vu s’envoler ses chances d’être sélectionné pour participer aux Championnats panaméricains juniors. 19. Michael Gao a dit qu’il pensait avoir déposé un protêt en temps opportun après le match, à Eric Wah. Il lui a montré la vidéo du match tournée par son épouse. Il a observé Eric Wah et John Kim pendant qu’ils regardaient la reprise vidéo et il a entendu leur conversation. Michael Gao a dit que M. Wah lui a dit qu’il y avait eu une erreur et qu’il ferait des vérifications. M. Wah lui a également dit que dès que les officiels ont quitté l’aire de compétition, le match est terminé et il n’est plus possible de modifier le score. M. Wah lui a dit qu’auparavant, il y avait un processus d’appel, mais que dans ce cas, il n’y en avait pas. Michael Gao a dit qu’il a également communiqué avec Rebecca Khoury, chef de la direction de Taekwondo Canada, et qu’ils ont discuté de la situation. Il a envoyé un courriel à Mme Khoury, à sa demande. Mme Khoury a répondu par un courriel daté du 2 juillet 2015, refusant sa demande de modifier l’issue du match. Michael Gao a estimé que la décision était partiale et que les arbitres n’étaient pas équitables. 20. Maître In Kyung Kim, l’entraîneur de Richard Gao, a expliqué qu’il était assis dans le siège des entraîneurs lors du match 76. Il a 35 années d’expérience en arts martiaux et une ceinture noire 7e dan en taekwondo. Il a dit de Richard Gao que c’était un bon athlète et compétiteur, classé parmi les deux meilleurs pour les Championnats panaméricains. Il a dit que lors du match 76 il avait perdu son carton après une contestation et n’avait plus la possibilité de soulever de contestation dans les dix dernières secondes du match. Il a vu le casque de M. Gao tomber par terre et toucher le pied de M. Sghir, et les trois points 11 s’afficher pour M. Sghir. Maître Kim a dit que les trois points attribués avaient été une erreur, et qu’il fallait la corriger. Il a dit qu’à titre d’entraîneur, il ne pouvait pas se plaindre, car il risquait un carton ou une suspension. Il a dit que selon la règle 21 (8), une fois que l’arbitre a quitté l’aire de compétition, il n’est plus possible de demander de révision. Il a dit que Taekwondo Canada n’a pas mis en œuvre les Règlements de la WTF correctement pour rectifier une erreur du système électronique. Il a dit qu’après avoir perdu le match 76, Richard Gao a continué à se battre et remporté ses deux matchs suivants. Mais il était fatigué physiquement et mentalement, et il a ensuite perdu un deuxième match contre M. Sghir. 21. Eric Wah a expliqué qu’il est arbitre depuis 2003. Il a été arbitre lors de Championnats internationaux, de Jeux mondiaux universitaires et de l’Open de Colombie. Il a dit que les règlements exigent une RVI si le juge d’angle en fait la demande à l’arbitre pour un motif permis. Lors du match 76, le juge Bill Yee a demandé une RVI pour annuler un Kyong-go, mais ce n’était pas un motif permis pour recourir à une RVI. Il a dit que lorsque le casque est tombé, il y a eu un problème technique et qu’un juge pouvait demander une révision. M. Wah a examiné le pointage du match 76. Il a constaté qu’après l’imposition d’un Kyong-go au combattant bleu pour avoir poussé son adversaire, le score était de 14 à 13 pour le combattant rouge. Le combattant rouge a ensuite obtenu trois points pour un coup à la tête, ce qui a porté le score à 17 à 13. Après la concertation des officiels et la décision de l’arbitre de ne pas demander la RVI, le match a continué et le combattant rouge a reçu un point de pénalité pour être sorti de l’aire de combat. Le score final était de 17 à 14 pour le combattant rouge. M. Wah a fait remarquer que si l’on avait enlevé les trois points au combattant rouge, le score aurait été de 14 à 14 à la fin du troisième round. En cas d’égalité, 12 il doit y avoir un round du point en or pour décider de l’issue du match. Il ne pouvait pas dire qui aurait remporté le match. Il a dit que lorsqu’il a examiné la vidéo avec l’arbitre après le match, il lui a demandé pourquoi il n’avait pas vu les points marqués lorsque le casque était tombé sur le pied. 22. M. Wah a dit que selon l’article 21 (11), lorsqu’une RVI est disponible à la compétition, il n’y a pas de procédure de contestation après le combat. Dans les tournois où la RVI n’est pas disponible, l’entraîneur peut déposer un protêt dans les dix minutes de la fin du combat et il est tranché par le Comité de supervision de la compétition (CSC). Selon les règlements qui étaient en vigueur avant le système de RVI, il y avait un formulaire de protêt à la disposition de l’entraîneur sur le côté de l’aire de compétition. Mais depuis la mise en place du système RVI, ces formulaires de protêt ne sont plus disponibles. Lorsqu’il lui a été demandé pourquoi Taekwondo Canada faisait cette interprétation de l’article 21 (11), M. Wah a dit qu’il s’appuyait sur son expérience à titre d’arbitre international. Il a ajouté que la plupart des tournois internationaux utilisent la RVI, mais que certains pays n’en ont pas les moyens. Il a dit que d’habitude, lors des tournois de la WTF, il n’y a pas à la fois un système RVI et un CSC. Une fois que l’arbitre a quitté l’aire du combat, il n’y a pas d’appel. M. Wah a accepté la responsabilité des erreurs commises lors de la compétition. Il a dit qu’à titre de président des arbitres, il avait la responsabilité de s’assurer que les arbitres ont reçu une bonne formation pour l’utilisation du système de pointage électronique. Il ne pensait pas qu’il avait eu partialité contre M. Gao. 23. Barbara Marion était la vice-présidente du Comité des arbitres du tournoi. Elle est arbitre depuis 1995 et a été arbitre internationale lors de Championnats du monde, de Jeux 13 olympiques de la Jeunesse et de tournois de qualification pour les Jeux olympiques. Son interprétation de la règle 21 (11) de la WTF était la même que celle de M. Wah. Elle a dit qu’il n’y a pas de procédure d’appel lorsque le tournoi a un système RVI. Elle a dit que si le tournoi n’avait pas eu de RVI, il y aurait eu un Comité de supervision de la compétition. Elle n’a pas lu le document de formation utilisé par USA Taekwondo et soumis par le demandeur, qui fait référence à un système de RVI et à un Comité de supervision de la compétition lors d’un tournoi. Elle a dit que si les trois points avaient été retirés par un juré RVI lors du match 76, le match se serait poursuivi pendant les secondes restantes du troisième round. Il n’y aurait peut-être pas eu de pénalité après la RVI. Mme Marion a dit que lors des récents Jeux panaméricains, régis par les Règlements de la WTF, il y avait un système RVI et un Comité de supervision de la compétition. 24. Eric Wah a témoigné au sujet de l’allégation voulant que la désignation de Martin Desjardins, du Québec, comme juge d’angle alors que le concurrent Anas Sghir était également du Québec avait créé un conflit d’intérêts. Le Code de conduite des arbitres de TC prévoit au paragraphe 8 que les arbitres doivent indiquer tout conflit d'intérêts lorsqu’ils sont de la même province ou sont affiliés à la même école ou au même instructeur que l’un des concurrents. M. Wah a expliqué que la majorité des concurrents et officiels du tournoi étaient soit de l’Ontario soit du Québec. Il a dit que l’on fait tout ce que l’on peut pour éviter qu’un officiel soit de la même province qu’un des concurrents. Toutefois, il n’y avait pas suffisamment d’officiels pour avoir trois officiels d’autres provinces à chaque match entre des concurrents de l’Ontario ou du Québec. M. Wah a dit que dans une telle situation, lorsqu’il y a un concurrent de l’Ontario et un concurrent du Québec, la pratique consiste à avoir un juge d’angle de chacune des provinces pour équilibrer toute perception de 14 favoritisme. M. Wah a dit que selon la règle 20 (4) des Règlements de compétition de la WTF, les juges ne doivent pas être de même nationalité que les combattants, sauf lorsque le nombre de juges est insuffisant. Il a dit que la Politique en matière de compétitions nationales de Taekwondo Canada est fondée sur les Règlements de la WTF. M. Wah a dit que l’exception à l’affiliation nationale dans les Règlements de la WTF s’applique également à l’affiliation provinciale. M. Wah a dit que la pratique concernant les juges de l’Ontario et du Québec a été communiquée aux entraîneurs aux Championnats nationaux lors d’une réunion technique avant le début de la compétition. Il a dit qu’il n’y avait pas suffisamment d’officiels d’autres provinces pour officier tous les matchs disputés par des concurrents de l’Ontario ou du Québec. 25. Martin Desjardins a dit qu’il n’est pas affilié à l’école de M. Sghir ni à l’entraîneur de M. Sghir, maître Chung Lee. M. Desjardins a dit qu’il a sa propre école de taekwondo. Il connaissait maître Chung Lee par le biais de Taekwondo Québec. Il a dit qu’il n’a jamais été élève de maître Chung Lee ni membre de son école. M. Desjardins a dit que maître Chung Lee était le maître de son propre maître et qu’il avait été invité à assister à la certification de ceinture noire de M. Desjardins. M. Desjardins a dit que son propre maître, et non pas maître Chung Lee, avait décidé de lui décerner les niveaux de ceinture noire. 26. Le demandeur a soutenu au début que le juré RVI était Tony Achkouti, un résident du Québec affilié à l’école de M. Sghir. Mais d’après les témoignages présentés à l’audience par Eric Wah et d’autres, Tony Achkouti était un assistant technique et il avait fourni une aide pour la technologie informatique, mais il n’avait pas été juré RVI. Une décision RVI 15 avait été rendue auparavant lors du match 76 par Paulo Polano de Colombie-Britannique. Au moment pertinent du match, Paulo Polano avait quitté l’aire de compétition. Si l’arbitre avait demandé un examen RVI, l’examen n’aurait pas été effectué par Tony Achkouti et un autre juré d’un autre match aurait été appelé. 27. Les Règlements de compétition et interprétation de la Fédération mondiale de taekwondo vigueur depuis le 1er janvier 2015 prévoient, notamment : [Traduction] Article 13 Pointage et publication 1. L’attribution des points valides est faite principalement par le système de pointage électronique installé dans les protections électroniques. Les points attribués pour des coups de poing et les points additionnels attribués pour les coups de pied retournés doivent être validés par les juges, à l'aide des périphériques de pointage manuel. Si le PSS (Système de protection et de pointage) n’est pas utilisé, tous les points sont attribués par les juges à l’aide des périphériques de pointage manuel. ... Article 14 Actions prohibées et pénalités 1. Toutes les pénalités pour actions prohibées sont déclarées par l’arbitre. 2. Les pénalités se divisent en « Kyong-go » (avertissements) et en « Gam-jeon » (déductions de points). 3. Deux « Kyong-go » entraînent l’ajout d’un (1) point additionnel à l’adversaire. Le dernier « Kyong-go » impair ne sera pas pris en compte dans le total final. …. Quand l’entraîneur ou le combattant commet une faute excessive et ne suit pas les recommandations de l’arbitre, ce dernier peut déclencher une procédure de sanction en levant un carton jaune. Le Comité de supervision de la compétition évalue le comportement de l’entraîneur ou du combattant et décide d’une sanction appropriée si nécessaire. ... 5.3 16 Article 20 Officiels techniques 4.4 Désignation des arbitres 4.4.1 La désignation des arbitres et des juges se fait après que l’horaire des combats a été fixé. 4.4.2 Les arbitres et les juges de même nationalité que les combattants ne peuvent être assignés à ce combat. Toutefois, une exception peut être faite lorsque le nombre d’arbitres est insuffisant. Article 21 Reprise vidéo instantanée 1. En cas de contestation d’un jugement d’arbitrage au cours d’un combat l’entraîneur de l’équipe peut demander à l’arbitre de centre un examen immédiat d’une séquence vidéo. L’entraîneur ne peut demander de reprise vidéo pour des pénalités contre l’adversaire que pour les actions de tomber ou de traverser la ligne limite de l’aire de combat. 2. Lorsqu’un entraîneur fait appel, l’arbitre du centre se rapproche de lui et demande la raison de sa requête. Le recours à la reprise vidéo est limité aux erreurs commises par l’arbitre de centre dans l’application des Règlements de compétition, le marquage des points par les juges et l’attribution de pénalités. Aucun appel à la vidéo n'est recevable pour des points enregistrés pour des attaques de pied ou de poing sur le plastron, à l'exception des points techniques au corps dans le cas d'utilisation du plastron électronique. Le champ d’application pour la reprise vidéo instantanée est limité à une seule action qui a eu lieu dans les cinq (5) secondes avant la demande de l’entraîneur. Une fois que l’entraîneur lève le carton bleu ou rouge pour le recours à la vidéo, il est considéré que l’entraîneur a utilisé son quota, sauf si une concertation des juges lui donne raison. 3. L’arbitre demande au Jury de révision d’examiner la séquence vidéo. Un Jury de révision, qui ne doit pas être de la même nationalité que les combattants, doit examiner la séquence vidéo. 4. Après l’examen de la séquence vidéo, le Jury de révision doit informer l’arbitre de centre de la décision finale dans un délai d’une (1) minute après avoir reçu la demande. 5. Chaque entraîneur doit avoir une (1) occasion de faire une demande par combat. Si la demande est acceptée et que le pointage est modifié, l’entraîneur conserve son droit d’appel pour le combat en cours. 17 6. Au cours d’un championnat, un entraîneur peut utiliser le recours vidéo autant de fois qu’il le souhaite pour chaque combattant. Toutefois, si un certain nombre de ses recours sont rejetés pour un combattant, il perdra son droit à tout autre recours. Selon l’importance et le niveau des championnats, le délégué technique peut décider du nombre de quotas entre un (1) et trois (3) pour l’ensemble du championnat. 7. La décision du Jury de révision est finale; aucun appel supplémentaire pendant le combat ou protêt après le combat, ne sera accepté. 8. Dans le cas d’erreurs évidentes de la part des juges officiels dans l'identification du combattant ou d’erreurs dans le système de pointage, un des juges peut demander une révision et une modification de la décision à tout moment pendant le combat. Une fois que les arbitres officiels ont quitté l’aire de compétition, personne ne peut plus demander de révision ou faire modifier une décision. 9. Dans le cas d'une réclamation acceptée, le Comité de supervision de la compétition peut examiner le combat à la fin de la journée et prendre des mesures disciplinaires contre les arbitres concernés, si nécessaire. 10. Dans les 10 dernières secondes du 3e round et à tout moment durant le round du point en or, l'un des juges peut demander le recours à la vidéo et la correction du score quand un entraîneur n’a plus de quota. 11. Dans un tournoi où le système de reprise vidéo instantanée n’est pas disponible, la procédure de contestation suivante est suivie : 11.1 S’il y a une opposition à une décision de l'arbitre, un délégué officiel de l’équipe doit présenter une demande de réévaluation de la décision (formulaire de protêt) et s’acquitter de frais de réclamation, non remboursables, de 200 US $, au Comité d’arbitrage (Comité de supervision de la compétition) dans un délai de 10 minutes après la fin du combat en question. 11.2 La délibération pour la réévaluation est effectuée par le Comité, à l'exclusion des membres ayant la même nationalité que celle du combattant concerné, et la décision doit être majoritaire. 11.3 Les membres du Comité d’arbitrage (Comité de supervision de la compétition) peuvent convoquer les officiels en cause pour confirmer les événements. 11.4 La décision prise par le Comité d’arbitrage (Comité de supervision de la compétition) est finale et sans appel. 18 ... 28. Le Code de conduite des arbitres de Taekwondo Canada prévoit notamment : Taekwondo Canada (TKD Canada) est engagé à offrir un environnement au sein duquel tous les individus sont traités avec respect. De plus, TKD Canada supporte l’égalité des chances et interdit toute pratique discriminatoire. Les officiels de TKD Canada sont attendus de se conduire en tout temps de manière consistante avec les valeurs de TKD Canada, tant aux événements locaux qu’internationaux. Toute action enfreignant ce Code de conduite peut être sujet [sic] de sanctions conformément aux politiques de TKD Canada concernant la discipline. ... 7. Arbitrer les combats de Taekwondo de manière entièrement impartiale, avec une équité, honnêteté et intégrité absolues, en prenant toute décision basée uniquement sur les preuves présentées dans le véritable esprit du sport et en assurant que les Règlements de compétition de Taekwondo Canada soient appliqués correctement et que tous les compétiteurs respectent les Règlements de compétition de Taekwondo Canada; 8. Indiquer tout conflit d’intérêt dans tout combat, tel qu’être de la même province, ou affilié avec le même club ou instructeur qu’un ou les deux compétiteurs (ceci inclut les individus enrôlés dans les Forces canadiennes où ils sont appointés à une dite province) et demander d’être remplacé dans tout combat tel [sic] où il existe un conflit d’intérêt ou un conflit d’intérêt perçu; Les arguments du demandeur 29. Le demandeur a fait valoir qu’il n’avait pas eu droit à une procédure équitable. Les Règlements de la WTF en place pour corriger l’erreur commise par l’arbitre lors du match 76 n’ont pas été suivis. Il fallait avoir recours à une reprise vidéo instantanée pour corriger l’attribution erronée des trois points à Anas Sghir, l’adversaire du demandeur dans le match 76. Le système de pointage électronique a attribué à tort trois points pour un coup à 19 la tête, lorsque le casque de M. Gao est tombé par terre et a touché le pied de M. Sghir. Une RVI aurait permis d’annuler les trois points. Les officiels de TC l’ont confirmé lors de leur témoignage. Eric Wah, le président des arbitres, a dit qu’une RVI aurait probablement entraîné l’annulation des trois points, ce qui aurait donné lieu à un score égal de 14 à 14, et exigé la tenue d’un round du point en or pour désigner le vainqueur du match. L’arbitre devait connaître les règlements. L’assistant technique aurait pu demander une reprise vidéo. Les officiels ont commis une erreur évidente. Taekwondo Canada a commis une erreur en ne désignant pas un Comité de supervision de la compétition pour le tournoi et en n’autorisant pas la procédure de contestation demandée par le père de Richard Gao, Michael Gao. L’article 21 (11) des Règlements de la WTF exige qu’il y ait un Comité de supervision de la compétition dans les tournois où la RVI est disponible, pour examiner les contestations de décisions qui n’ont pas été examinées par RVI. Les diapositives d’une présentation d’un séminaire pour arbitres de taekwondo aux États-Unis donnent une interprétation différente de l’article 21. Selon Barbara Marion, aux Jeux panaméricains il avait à la fois un système de RVI et un Comité de supervision de la compétition. Le fait de ne pas avoir prévu une procédure de contestation est un déni de procédure équitable. L’arbitre n’a pas suivi les règlements et les résultats devraient être annulés (CPC v. IPC, CAS 2000/A/305). 30. Le demandeur a fait valoir que les « règles de terrain » ne s’appliquent pas en l’espèce. Le demandeur n’a pas allégué qu’il y avait eu intention malveillante de la part des officiels, mais qu’il y avait toutefois eu conflit d’intérêts du fait que le juge, M. Desjardins, venait de la même province que son adversaire, M. Sghir. Il n’y avait aucune preuve documentaire en ce qui concerne la trousse d’information générale du tournoi ou la séance d’information 20 technique des entraîneurs où la question des arbitres venant de la même province que les combattants aurait été abordée. Il n’y avait aucun processus de révision équitable disponible. Les mesures que M. Wah a prises après le match ne peuvent pas être considérées comme un processus de révision équitable de la contestation de M. Gao. En outre, le juge, M. Desjardins, du fait de son affiliation avec l’entraîneur de M. Sghir, maître Chung Lee, était en situation de conflit d’intérêts. Maître Lee avait assisté à la cérémonie de certification de ceinture noire de M. Desjardins à titre de maître du maître de M. Desjardins. Ces faits établissent qu’il a eu partialité (Asian Handball Federation et al. v. International Handball Federation, CAS 2008/O/1483). Ce cas se distingue de celui de Stewart c. Wrestling Canada Lutte, SDRCC 14-0239, pour plusieurs motifs, notamment parce qu’il n’y avait pas de procédure de contestation à utiliser. 31. Le demandeur a argué que le fait que les résultats du match 76 n’avaient pas éliminé M. Gao du tournoi n’était pas pertinent. Étant donné les erreurs commises lors du match 76, le reste du tournoi n’était pas valide. Dans la demande qu’il a soumise au CRDSC, le demandeur avait demandé que l’arbitre ordonne un nouveau match contre M. Ducharme. Toutefois, le demandeur accepterait également une ordonnance imposant un nouveau match à trois, avec M. Ducharme et M. Sghir, ou un mini tournoi. 32. Le demandeur a réclamé les dépens en vertu du paragraphe 6.22 du Code canadien de règlement des différends. Le demandeur a réclamé les dépens, quelle que soit l’issue de la demande sur le fond. Dans tous les cas, M. Gao était irréprochable. Le demandeur a également demandé le remboursement des droits de dépôt versés au CRDSC. 21 Les arguments de l’intimé 33. L’intimé a fait valoir qu’une erreur humaine avait été commise lors de la compétition et que bien que l’erreur ait été regrettable, elle relevait de la doctrine des « règles de terrain ». Lors du match 76, il y avait eu une confusion à propos de la raison de la demande de reprise vidéo instantanée. L’arbitre Kim avait dû demander au juge Yee la raison de la RVI, afin que le juré RVI puisse être informé de ce qu’il devait vérifier dans la vidéo dans le cas où la demande de RVI serait recevable. Le juge a demandé la RVI pour examiner la pénalité de Kyong-go. L’arbitre avait donné une pénalité au combattant bleu parce qu’il avait poussé, au moment même où le casque bleu était tombé au sol et avait touché le pied du combattant rouge, et trois points s’étaient affichés au tableau de pointage. Ni l’arbitre ni l’autre juge, M. Desjardins, n’avait vu que le casque avait touché le pied. L’entraîneur de M. Gao ne pouvait pas demander de RVI parce qu’il avait utilisé son carton de RVI plus tôt durant le match. Dans les dix dernières secondes du troisième round, un juge peut demander une RVI. Les Règlements de la WTF ont été appliqués. Le juge de coin Bill Yee n’a pas donné de raison valide pour demander une RVI. Le juge Yee a commis une erreur en demandant une RVI parce qu’il s’objectait au Kyong-go. L’arbitre a décidé de ne pas faire la demande, ce qui a affecté trois points du match. Le score final du match était de 17 à 14. L’adversaire du demandeur avait marqué 14 points lors du match, plus les trois points en litige. La perte du match 76 n’a pas coûté la médaille d’or à M. Gao. Il a continué à combattre et il a remporté deux autres matchs. C’est la deuxième défaite de M. Gao contre M. Sghir lors du match 177 qui l’a éliminé du tournoi. Lors du match 177, l’arbitre était Eric Wah et les juges d’angle n’étaient pas de l’Ontario ni du Québec. Aucune des exceptions à la doctrine des « règles de terrain » ne s’applique. Le demandeur n’a pas 22 prouvé de mauvaise foi, de partialité ou d’intention malveillante. Le demandeur a droit à une décision honnête, mais pas à la décision correcte, de la part des officiels du match, selon la doctrine des « règles de terrain ». 34. L’intimé a fait valoir que Taekwondo Canada n’était pas obligé d’avoir un Comité de supervision de la compétition d’après l’article 21 (11) des Règlements de la WTF dans un tournoi avec RVI. Taekwondo Canada n’a pas établi de CSC depuis la mise en place de la RVI. L’arbitre du différend ne devrait pas intervenir dans l’interprétation des Règlements de TC, car il y a lieu de présumer que l’organisme de sport connaît ses propres règlements. M. Wah est un arbitre qui a de nombreuses années d’expérience sur la scène internationale. Il a dit que l’interprétation de TC des Règlements de la WTF est conforme à l’interprétation appliquée lors des tournois internationaux. Après le match 76, le président des arbitres, Eric Wah, a rencontré Michael Gao, le père de Richard Gao et il a réexaminé le match. M. Wah a discuté de la question avec la vice-présidente des arbitres, Barbara Marion. M. Wah a indiqué clairement à M. Gao que les règlements ne permettaient pas d’annuler le résultat du match. Les documents du séminaire de USA Taekwondo ne lient pas Taekwondo Canada en ce qui concerne son interprétation des Règlements de la WTF. Le demandeur ne s’est pas acquitté du fardeau de la preuve. L’intimé s’est réservé le droit de demander les dépens ou de répondre à une demande d’adjudication des dépens. Décision 35. Le différend concerne la décision prise par l’arbitre lors du match 76 des Championnats nationaux canadiens de taekwondo 2015 et épreuves de sélection pour les 8e Championnats 23 panaméricains, le 26 juin 2015. Lors de ce match, l’arbitre n’a pas demandé de reprise vidéo instantanée (RVI) lorsque le juge d’angle en a fait la demande et le demandeur a perdu le match. Le demandeur veut faire annuler le résultat du match. Le demandeur soulève également la question du droit à une procédure équitable et du défaut de Taekwondo Canada (TC) d’avoir constitué un Comité de supervision de la compétition pour examiner la contestation de M. Gao, conformément à l’article 21 des Règlements de compétition de la Fédération internationale de taekwondo (World Taekwondo Federation ou « WTF »). L’intimé fait valoir que la doctrine des « règles de terrain » s’applique et qu’il n’y a pas eu déni du droit à une procédure équitable. 36. J’ai pris en considération les événements survenus dans les dix dernières secondes du match 76 pour déterminer si la doctrine des « règles de terrain » s’applique ou s’il s’agit d’un cas d’exception à la doctrine des « règles de terrain ». J’ai entendu les témoignages des trois officiels du match, l’arbitre et les deux juges d’angle. J’ai également entendu les témoignages du demandeur Richard Gao, de son père Michael Gao, du président des arbitres, Eric Wah, de la vice-présidente des arbitres, Barbara Marion, et de l’entraîneur du demandeur, maître In Kyung Lee. J’ai également vu une vidéo du match prise par l’épouse de Michael Gao. Je fais remarquer qu’ils ont témoigné avec du recul et, pour la plupart, après avoir pu examiner la vidéo du match. M. Wah et plusieurs autres témoins ont reconnu que si la RVI avait été demandée par l’arbitre, il est probable que les trois points attribués à Anas Sghir par le système de pointage électronique auraient été retirés. Si les trois points avaient été retirés à ce moment-là du match, on ne peut pas dire quel aurait été le résultat du match. La déduction des trois points aurait semble-t-il donné un score égal de 14 à 14. Toutefois, dans les dernières secondes du match, après le refus de la demande de RVI, une 24 pénalité de 1 point a été imposée à M. Sghir pour être sorti de l’aire de combat. On ne peut pas savoir si M. Sghir aurait commis l’action qui lui a valu la pénalité de 1 point, s’il n’avait pas eu une avance de quatre points sur M. Gao à ce moment-là du match. Avec le recul et après avoir pu voir la vidéo, les témoins ont reconnu également que les trois points avaient été attribués à tort à M. Sghir pour un coup à la tête, alors qu’en fait le système de pointage électronique avait attribué les trois points lorsque le casque de M. Gao était tombé au sol et avait touché le pied de M. Sghir. Vu ainsi, un observateur pourrait se demander pourquoi les officiels n’ont pas corrigé l’erreur. Il était donc important d’entendre les témoignages des officiels afin de déterminer s’il s’agissait d’une erreur honnête ou d’une erreur influencée par de la partialité ou un motif répréhensible. 37. Les Règlements de la WTF autorisent le recours à la RVI dans des conditions précises. Dans les dix dernières secondes du match, le juge peut réclamer à l’arbitre de demander une RVI pour réévaluer le pointage, mais pas pour réévaluer un Kyong-go ou un autre type de pénalité imposée par l’arbitre. Dans les dernières secondes du match 76, plusieurs événements se sont succédés rapidement. M. Gao s’est approché de son adversaire, M. Sghir, et il a marqué un seul point. M. Sghir a mis son bras sur M. Gao et M. Gao l’a repoussé. Le casque de M. Gao s’est détaché et M. Gao est tombé au sol. En tombant, le casque a touché le pied de M. Sghir. L’arbitre a donné un Kyong-go à M. Gao parce qu’il avait poussé. Le juge d’angle Bill Yee est le seul officiel qui a vu le casque tomber et toucher le pied et qui a soupçonné qu’il y avait un lien entre le casque qui était tombé et l’attribution erronée de trois points. Lorsque le juge Yee a demandé une RVI, l’arbitre Kim et le juge Desjardins lui ont demandé pour quelle raison. Il était approprié de lui demander la raison, afin que le juré RVI puisse être informé de ce qu’il devait vérifier sur la vidéo. 25 Par erreur, M. Yee a demandé une RVI pour corriger le Kyong-go. Or, d’après les Règlements, ce n’est pas une raison valide pour demander une RVI. M. Yee n’a pas expliqué qu’il demandait une RVI pour corriger les trois points attribués lorsque le casque a touché le pied en tombant. Il y a eu un problème de communication entre les officiels à propos de la raison de la demande de RVI. À ce moment-là, l’arbitre a refusé de demander la RVI, parce qu’il n’avait pas vu que le casque de M. Gao avait touché le pied de M. Sghir et que le juge ne lui avait pas donné de raison valide pour demander une RVI. Par conséquent, l’arbitre a manqué l’appel et n’a pas demandé de RVI. Il est maintenant demandé à l’arbitre du différend d’annuler la décision de l’arbitre de terrain et de conclure que si une RVI avait été demandée, les trois points auraient été retirés à M. Sghir et le résultat du match aurait été différent. Le demandeur affirme que soit M. Gao aurait remporté le match, soit il y aurait eu égalité et il y aurait eu un autre round. 38. La doctrine des « règles de terrain » est une politique selon laquelle les arbitres de différends doivent faire preuve de retenue à l’égard des décisions prises par des officiels, que ces décisions leur semblent être correctes ou non. Dans la décision relative à la compétence qu’il a rendue dans le présent dossier, l’arbitre Richard W. Pound, c.r., Ad.E., a fait les commentaires suivants à propos de la doctrine des « règles de terrain » : Disons brièvement que ce que l’on appelle la doctrine des règles de terrain reflète une tendance à la retenue des arbitres qui, dans de nombreux cas, sont réticents à annuler des décisions d’officiels de match fondées sur le jugement et prises lors de compétitions, surtout lorsqu’elles sont prises sur le terrain. De façon générale, la raison sous-jacente de cette retenue est triple : premièrement, il y a lieu de présumer que les officiels responsables possèdent le jugement et l’expérience nécessaires pour prendre de telles décisions, qui souvent nécessitent une expertise spécialisée et doivent être prises presque instantanément, en temps réel, à mesure que la compétition 26 se déroule; deuxièmement, les arbitres n’étaient pas présents au moment où les décisions ont été prises sur le terrain; et troisièmement, il ne faudrait pas laisser la porte grande ouverte à d’interminables appels dès lors que les parties n’aiment pas les décisions prises. Les arbitres sont donc prudents, généralement, lorsqu’il est question de substituer leur jugement à celui des officiels responsables. Cette retenue, toutefois, est une politique. Ce n’est pas une loi. Il est donc possible, dans certains cas appropriés, que les arbitres de différends annulent des décisions prises sur le terrain. 39. La doctrine des « règles de terrain » a été appliquée par des arbitres dans le cadre d’autres différends soumis au CRDSC. La doctrine des « règles de terrain » a été examinée dans Garcia et Ncube c. Association canadienne de lutte amateur, SDRCC 08-0072 (« Garcia et Ncube »). L’arbitre James E. Doyle y décrit les « circonstances très restreintes » dans lesquelles un arbitre pourrait, exceptionnellement, réexaminer des décisions prises « sur le terrain » par des officiels de match. L’arbitre a fait les commentaires suivants : Tant M. Garcia que M. Ncube ont invoqué un article du professeur Ken Foster intitulé « Lex Sportiva and Lex Ludica: The Court of Arbitration for Sports Jurisprudence » (Entertainment and Sports Law Journal, Vol. 3 no. 2 - janvier 2006). Au paragraphe 11, le professeur Foster résume le principe général en vertu duquel la réponse à la question no 1 a été « oui » (par consentement des parties) mais qui met également en relief le fardeau qui incombe à Ncube à l’égard de la question no 2 (circonstances très restreintes) : [Traduction] « Le [T]ribunal arbitral du sport (TAS) a toujours maintenu que l’autonomie des officiels, qui prennent les décisions durant le combat, est incontestable sauf dans des circonstances très restreintes. » L’article renvoie à la décision rendue dans l’affaire Mendy v AIBA (CAS OG Atlanta 1996/006) dans laquelle un boxeur, disqualifié pour avoir donné un coup au-dessous de la ceinture, a fait valoir qu’il s’agissait d’un coup qui était visiblement au-dessus de la ceinture. Le professeur Foster fait remarquer (au paragraphe 12) : [Traduction] « … que la formation du TAS a refusé de réexaminer la décision (de l’organe responsable qui avait rejeté l’appel) en faisant valoir 27 que les règles purement techniques du sport relevaient de ‘la responsabilité de la fédération concernée’... La formation a affirmé que cela était nécessaire parce qu’elle (la formation arbitrale) était ‘moins bien placée pour décider que l’arbitre sur le ring ou les juges du ring‘. Elle a invoqué un précédent suisse qui excluait les règles du jeu du contrôle judiciaire parce que ‘le match ne doit pas constamment être interrompu par des appels à un juge’. » Le professeur Foster résume la décision Mendy de la manière suivante : [Traduction] « Cette décision confirme que le [T]ribunal arbitral du sport considère que les décisions des officiels de match sont définitives. Les arbitres font des erreurs, mais cela fait partie du jeu et les joueurs doivent en accepter le risque. La formation, néanmoins, a fait remarquer qu’il y avait certaines limites. Elle a dit que ‘même une décision d’ordre technique peut être réexaminée, s’il y a eu une erreur de droit, une décision arbitraire ou une intention malveillante; ou lorsque des décisions sont prises en violation de... règles sociales ou principes généraux de droit’ ». 40. Dans l’affaire Garcia et Ncube, l’arbitre a refusé d’annuler une décision d’un officiel de match. L’officiel du match avait simplement pris la mauvaise décision et il n’y avait pas de raison de faire exception à la doctrine des « règles de terrain ». 41. La doctrine des « règles de terrain » a été étendue à des erreurs admises commises par des officiels de match. Le cas Yang Tae Young & KOC v. FIG, CAS Ad Hoc Div. (O.G. Athens 2004) 2004/A/704 a été examiné dans l’article de Richard McLaren, The CAS Ad Hoc Division at the Athens Olympic Games, 15 Marq. Sports L. Rev. 175 (2004), à la page 201 de la manière suivante : [Traduction] Le seul cas tranché au moment de rédiger cet article était celui du gymnaste coréen. Les circonstances ont été décrites précédemment. La formation a conclu qu’en vertu des règles de gymnastique établies, les Coréens auraient dû contester la valeur de départ de la routine sur les barres parallèles durant le déroulement de la compétition. Ils ne l’avaient pas fait et avaient plutôt contesté les résultats après la compétition et après la 28 remise des médailles, la médaille d’or ayant été remportée par Paul Hamm des États-Unis. La formation du TAS a fait remarquer qu’on ne lui avait pas demandé de remettre en question la décision d’un officiel, mais d’examiner les conséquences d’une erreur admise par un officiel. À cet égard, ce cas était différent de bon nombre des décisions précédentes prises sur le terrain. La formation a écrit : Une erreur constatée avec le recul, qu’elle ait été admise ou non, n’est pas une raison qui justifie l’annulation des résultats d’une compétition. . . Toutefois, mis à part le fait, sur lequel nous reviendrons ci-après, que personne ne peut dire avec certitude comment la compétition en question aurait tourné, si l’officiel avait pris une décision différente, pour modifier le résultat un tribunal devrait, même sur cette base, s’immiscer dans une décision prise sur le terrain. . . . d’une manière ou d’une autre, la solution pour corriger l’erreur se trouve dans les règles propres au sport; cela n’autorise pas l’ingérence d’un tribunal judiciaire ou arbitral par la suite. Si cela représente une extension de la doctrine des « règles de terrain », nous la tolérons avec équanimité. En résumé, sans preuve de fraude ou d’irrégularité, en modifiant les résultats après coup, nous nous engagerions sur une pente glissante et dangereuse. La formation a également fait remarquer qu’il n’était pas juste de déclarer que Yang aurait remporté la médaille d’or si la valeur de départ avait été corrigée. Il restait encore une épreuve à disputer sur un autre appareil et ces résultats auraient pu être différents si les résultats aux barres parallèles avaient été différents. Ce n’est pas une simple question mathématique. Il y a la dynamique de la compétition, l’ordre dans lequel les gymnastes se présentent au prochain appareil et les autres facteurs personnels intangibles qui influent sur l’issue de la compétition à l’appareil suivant. La médaille d’or de l’Américain Paul Hamm a donc été préservée. 42. J’ai examiné si la décision prise par les officiels du match 76 entre dans les exceptions à la doctrine des « règles de terrain ». Il n’y a pas eu d’allégations d’intention malveillante ou de mauvaise foi de la part des officiels, telles qu’une intention d’attribuer le match à M. Sghir. En l’occurrence, les officiels de match n’ont pas pris de nombreuses décisions partiales, ce qui distingue les faits de l’espèce de ceux de l’affaire Asian Handball Federation et al. v. International Handball Federation CAS 2008/0/1483. J’ai pris en considération les allégations de conflit d’intérêts et de partialité portées contre M. Desjardins, le juge d’angle. M. Desjardins était de la province du Québec, comme 29 M. Sghir. Je fais remarquer que l’autre juge d’angle, Bill Yee était de la province de l’Ontario, comme M. Gao. Le Code de conduite des arbitres de Taekwondo Canada précise que tous les matchs doivent être arbitrés de manière totalement impartiale et que les arbitres doivent déclarer tout conflit d’intérêts, « tel qu’être de la même province, ou affilié avec le même club ou instructeur qu’un ou les [sic] deux compétiteurs ». Le président des arbitres, M. Wah, a déclaré qu’en vertu des Règlements de la WTF portant sur la nationalité des arbitres, un arbitre peut être de la même nationalité qu’un combattant lorsque le nombre d’arbitres est insuffisant pour tous les matchs. Cela est confirmé par l’article 20 (4.4.2) des Règlements de la WTF. En l’espèce, M. Wah a expliqué que beaucoup d’officiels étaient de l’Ontario et du Québec, et que beaucoup de combattants étaient également de l’Ontario et du Québec. Dans cette situation, il n’y avait pas suffisamment d’officiels pour fournir des arbitres et juges d’angle venant d’autres provinces pour tous les matchs entre des combattants de l’Ontario et du Québec. M. Wah a dit qu’à la réunion technique des entraîneurs, avant le début du tournoi, il avait expliqué que pour certains matchs entre des combattants de l’Ontario et du Québec, un juge serait de l’Ontario et l’autre du Québec. Dans ces circonstances, le président des arbitres a ainsi fait une exception qui était conforme à ce qui est prévu dans les Règlements de la WTF, lorsqu’il y a un nombre insuffisant d’officiels d’autres provinces. Ce n’était donc pas une infraction au Code de conduite des arbitres de ne pas révéler son affiliation provinciale et demander à être excusé du match. L’utilisation de M. Desjardins comme juge d’angle, alors qu’il avait la même affiliation provinciale que M. Sghir, était autorisée par les Règlements de la WTF. L’affiliation provinciale de M. Desjardins ne permet pas d’établir qu’il y a eu partialité et qu’une exception à la doctrine des « règles de terrain » serait ainsi justifiée. Il serait possible d’établir qu’il y a eu partialité du fait d’un conflit d’intérêts si M. Desjardins avait 30 été affilié au même entraîneur ou à la même école que M. Sghir. Or, M. Desjardins a sa propre école. Il n’est pas affilié à l’école de M. Sghir ni à l’entraîneur de M. Sghir, maître Chung Lee. Si maître Chung Lee a bien assisté à la cérémonie de certification de ceinture noire de M. Desjardins, il n’est pas le maître de M. Desjardins et n’a pas décidé de décerner le niveau de ceinture noire à M. Desjardins. M. Desjardins n’était pas affilié à l’école ni à l’entraîneur de M. Sghir. Il n’a pas été établi qu’il y avait eu partialité de la part de M. Desjardins ni de la part d’aucun autre officiel de match. 43. Le demandeur a également soulevé des allégations de partialité et de conflit d’intérêts à l’endroit de Tony Achkouti. Le demandeur a soutenu que M. Achkouti avait été le juré RVI. Or, lorsqu’un jugement avait été rendu plus tôt durant le match, le juré RVI était Paulo Polano. M. Achkouti était présent au match à titre d’assistant technique et non pas de juré RVI. De toute manière, M. Achkouti n’a pas pris de décision qui a eu un effet sur l’issue du match 76. Son affiliation à une province ou à une école n’est donc pas en cause. 44. Le demandeur fait également valoir que les officiels ont commis une erreur évidente et il invoque l’affaire CPC v. IPC, CAS 2000/A/305 (« CPC »). J’estime que le cas CPC se distingue du cas de l’espèce. Dans CPC, la « doctrine des règles de terrain » n’a pas été appliquée. L’arbitre avait ordonné la reprise de la course en raison d’une collision. Or d’après les règlements, l’arbitre n’avait pas le pouvoir d’ordonner une reprise de la course dans les circonstances et la formation d’arbitrage a annulé l’ordre de l’arbitre. En l’espèce, il n’est pas question d’une décision qui aurait été prise par un officiel alors que les règlements ne lui donnaient pas ce pouvoir. 31 45. J’ai pris en considération la preuve et les observations, et je conclus qu’il n’y a aucune preuve de partialité, de mauvaise foi ou d’autre exception à la doctrine des « règles de terrain ». L’arbitre a commis une erreur dans les dernières secondes du match en ne demandant pas de recourir à la RVI. L’erreur était regrettable. L’issue du match aurait pu être différente si une RVI avait été demandée et si le score avait été corrigé. 46. J’ai également pris en considération les allégations de déni de procédure équitable. Le demandeur argue qu’en vertu de l’article 21 (11) des Règlements de la WTF, Taekwondo Canada était tenu de désigner un Comité de supervision de la compétition (« CSC ») et de prévoir un processus pour déposer un protêt lorsque l’arbitre refuse une demande de RVI. À cet égard, les parties ne s’entendent pas sur l’interprétation de l’article 21 (11). Selon l’interprétation de Taekwondo Canada, l’article 21 (11) indique que la procédure de contestation ne s’applique que lorsque les tournois n’ont pas de système RVI. Le demandeur fait valoir que selon l’interprétation correcte de l’article 21 (11) un tournoi avec un système RVI doit également prévoir une procédure de contestation devant le CSC, et que la procédure de contestation doit être disponible pour toutes les décisions qui n’ont pas fait l’objet d’un examen par RVI. 47. En l’espèce, on me demande de me pencher sur l’interprétation des Règlements de la WTF de Taekwondo Canada. À cet égard, j’ai examiné si l’interprétation est raisonnable. Il n’appartient pas à l’arbitre du différend de substituer son interprétation des règlements à celle de TC. Je conclus que l’interprétation de TC est raisonnable. Il est raisonnable de comprendre que l’article 21 (11) s’applique à un tournoi où le système RVI n’est pas disponible et non pas à une décision qui n’a pas été examinée par RVI dans un tournoi où 32 le système RVI est disponible. Il est raisonnable de comprendre que le règlement s’applique à un tournoi et non pas à une décision. En l’espèce, le tournoi avait un système RVI qui était disponible. Cette interprétation n’a pas pour effet de rendre redondant l’article 21 (11), car il peut y avoir des circonstances où un tournoi n’a pas de système de RVI. Le système RVI a été mis en place il y a cinq ans environ et il n’y en a pas dans tous les tournois. D’après les témoignages d’Eric Wah et Barbara Marion, deux arbitres qui ont une expérience sur la scène internationale, certains pays n’ont pas mis en place de système RVI. Avant la RVI, il existait une procédure de contestation. Cependant, lorsque TC a mis en place le système RVI, la procédure de contestation a été abandonnée. L’interprétation de TC de l’article 21 (11) est raisonnable compte tenu de son contexte dans les Règlements et du libellé d’autres articles de ce règlement. L’article 21 (7) prévoit qu’aucun protêt ne sera accepté après le combat. L’article 21 (8) précise qu’une fois que les arbitres officiels ont quitté l’aire de compétition, personne ne peut demander une révision ou une modification de la décision. Le fait que l’interprétation de TC de ce règlement est raisonnable ne veut pas dire qu’il ne peut pas y avoir d’autres interprétations du règlement. L’article 21 (11) n’interdit pas expressément, lors d’un tournoi, d’avoir un système de RVI et de désigner un CSC. Toutefois, le fait qu’un autre tournoi s’est doté d’un système RVI et a désigné un CSC ne veut pas dire qu’il est déraisonnable de ne pas permettre de contestation dans un tournoi où il y a un système RVI. D’ailleurs, plusieurs autres fonctions du CSC sont prévues dans les Règlements, outre la réévaluation d’une décision dans le cadre d’une procédure de contestation. En conséquence, je conclus qu’il n’y a pas eu déni du droit à une procédure équitable en vertu des Règlements de la WTF. 33 48. En résumé, la décision des officiels du match contestée relève de la doctrine des « règles de terrain ». Le demandeur n’a pas établi le déni du droit à une procédure équitable ni une exception à la doctrine des « règles de terrain », notamment parce qu’il y aurait eu partialité ou mauvaise foi. L’interprétation de Taekwondo Canada, selon laquelle les Règlements de la WTF n’exigent pas d’avoir une procédure de contestation devant un Comité de supervision de la compétition dans un tournoi où un système de reprise vidéo instantanée était disponible, est raisonnable. 49. La demande est rejetée pour les motifs exposés. 50. La demande d’adjudication des dépens en sa faveur et de remboursement des droits de dépôt, présentée par le demandeur est refusée. Si l’intimé souhaite demander les dépens, le calendrier de dépôt des observations par écrit à ce sujet est le suivant : le 18 août 2015 pour l’intimé, le 20 août 2015 pour la réplique du demandeur, et le 21 août 2015 pour la réponse. Dans les circonstances de l’espèce, l’arbitre devra être convaincu qu’il y a des raisons de condamner l’athlète aux dépens. Le 11 août 2015 _______________________________ James C. Oakley, c.r. Arbitre