Une ambassade saoudienne à Tel- Aviv : la cause

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Une ambassade saoudienne à Tel- Aviv : la cause
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Une ambassade saoudienne à Tel- Aviv : la cause
palestinienne en question
Date : 4 juin 2016
Chems eddine Chitour , enseignant ENP - Alger ♦
«Les problèmes du monde ne peuvent pas être résolus par les sceptiques ou les cyniques dont
l'horizon est limité par les réalités évidentes. Nous avons besoin d'hommes capables d'imaginer
ce qui n'a jamais existé (...) Le changement est la loi de la vie. Et ceux qui ne regardent que
dans le passé ou le présent sont certains de rater le futur (...)» John Fitzgerald Kennedy.
Un scoop: on annonce la construction d'une ambassade saoudienne en Israël. Si cela devait
s'avérer vrai, cela bouleverserait la vision que nous avons - peut être à tort- de la défense de la
cause palestinienne car on dit toujours que cette dernière est à la base du contentieux
centenaire entre Israël et les pays arabes. En fait, il n'en est rien, les Arabes qui sont comme
l'écrit si bien Lawrence d'Arabie, un «peuple des beaux départs» sont gérés à l'émotion et sont
capables de tous les revirements. Il est vrai que la cause palestinienne avait cristallisé les
espoirs arabes en la croyance en la justice des peuples. On se souvient que trois pays Algérie, Syrie Libye- avaient fait partie de la coalition du Front du refus - contre la normalisation
par l'Egypte de ses relations, après Camp David, avec Israël.
On sait aussi que la Jordanie avait procédé à une normalisation « en douce » de ses relations
avec Israêl. On rapporte même que le roi Hussein de Jordanie aurait averti Golda Meir de ce
que faisait Assad. Dans la nuit du 25 septembre 1973, le roi Hussein prit secrètement l'avion
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pour prévenir le Premier ministre israélien Golda Meir à Tel Aviv de l'imminence d'une attaque
syrienne. C’est dire si la confiance régnait . Pourtant il y eut des hommes d’État dont la position
concernant la juste cause palestinienne ne souffrait d’aucun atermoiement A la même époque
de la fin des années 1970, on prête au roi Fayçal le souhait plusieurs fois réitéré d'aller prier
dans une Jérusalem libérée. C’est dans ce cadre qu’on prête à Boumedienne ce dialogue avec
Kissinger : « Demander plus que les Palestiniens, c’est de la démagogie, demander moins
c’est de la trahison »
Le revirement des roitelets du Golfe : « Réalpolitik » ou reddition en rase
compagne ?
On sait que par la suite, pour garder leurs trônes et sans doute indifférents à la cause des
Palestiniens, ils pensent que tout est achetable. Tous les roitelets du Golfe à la suite du Qatar
aidés par la diplomatie du chéquier ont développé d'une façon clandestine des relations d'abord
commerciales et graduellement politiques et militaires sans aller à la dernière étape qui est celle
de la reconnaissance mutuelle.
Nous ne sommes donc pas étonnés outre mesure, que le grand saut ait été fait. D'ailleurs, on
prête aussi à un prince saoudien, d'aller prier à Jérusalem. Dans cette contribution du 20 juillet
2015 parue dans une revue israélienne, nous lisons: «Des rumeurs historiques? Le roi saoudien
Salman appelle à un dialogue direct avec les Israéliens. Est-ce que le Moyen-Orient va
connaître un autre moment historique avec la visite du prince saoudien Talal bin Walid en
Israël? C'est bien ce qui pourrait être le mouvement le plus significatif vers la paix entre les
Arabes et les Israéliens depuis le voyage emblématique de Sadat en Israël! Ou est-ce
simplement une rumeur? Le Jerusalem Post a publié l'histoire de la visite du prince Talal. Le
prince a exhorté ses frères et soeurs arabes à changer de politique vis-à vis d'Israël pour un
monde plus pacifique, plus prospère et plus homogène au Moyen-Orient. Cet appel a été suivi
par une déclaration: selon les médias saoudiens, le prince a l'intention de se lancer dans un
pèlerinage de sept jours en Terre sainte et de prier dans la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem ».
La destruction de Ghaza financée par l'Arabie saoudite
L'attaque israélienne contre Ghaza, est une option préparée de longue date. La décision de
l'activer a été prise en réponse aux nominations de l'administration Obama. Les changements
stratégiques à Washington sont défavorables aux visées expansionnistes de Tel-Aviv. Israël a
donc cherché à forcer la main de la nouvelle présidence états-unienne en la plaçant devant le
fait accompli. Mais pour organiser son opération militaire, Israël a dû s'appuyer sur de nouveaux
partenaires militaires, l'Arabie saoudite et l'Égype, qui constituent désormais un paradoxal axe
sioniste musulman. «Riyadh finance les opérations», affirme Thierry Meyssan.
« C'est là le point nouveau au Proche-Orient. Pour la première fois, une guerre israélienne n'est
pas financée par les États-Unis, mais par l'Arabie saoudite. Riyadh paye pour écraser le
principal mouvement politique sunnite qu'il ne contrôle pas, le Hamas. La dynastie des Séoud
sait qu'elle doit anéantir toute alternative sunnite au Proche-Orient pour se maintenir au pouvoir.
(...) Dans chacune des guerres qu'Israël a conduites en violation du droit international, une
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avant-scène diplomatique a été organisée pour lui permettre de gagner du temps(...) Cette fois,
c'est le président français, Nicolas Sarkozy, qui produit le divertissement. Il a annoncé qu'il
consacrerait deux jours de son précieux temps pour régler un problème où les autres ont
échoué depuis 60 ans (...)».
L’analyse sans concession de René Naba
René Naba, fin observateur des convulsions du Moyen-Orient, écrit dans une contribution
remarquable: «Le Roi Salmane projette de se tourner vers Moscou, à la mi-mars, (...) sur fond
d'une rupture avec l'Iran, d'un enlisement tragique au Yémen, de déconvenues politiques et
militaires en Syrie. (...) Le roi Salmane va tenter, sinon d'infléchir la politique russe au MoyenOrient, à tout le moins de solliciter l'aide du Kremlin pour une «sortie honorable» à sa politique
calamiteuse tant au Yémen qu'en Syrie, alors que des informations persistantes dans la presse
occidentale et arabe font état d'une possible «révolution de palais» en Arabie saoudite. (...) En
vue de prévenir une détérioration plus grave de l'image du Royaume saoudien dans le monde,
particulièrement aux États-Unis, le clan wahhabite a décidé de lancer un lobby prosaoudien sur
le modèle de son exemple israélien Aipac, avec pour nom Saprac (comité des relations saoudoaméricaines). (...) Sous la houlette de l'Arabie saoudite, les pays arabes ont pratiqué une
normalisation rampante avec Israël concomitante de l'annexion rampante de la Palestine; une
normalisation rampante du côté arabe proportionnelle à la montée en puissance du mouvement
du boycottage d'Israël sur le plan mondial. L'Iran a servi de prétexte à la normalisation de facto
entre Israël et les pétro-monarchies du Golfe.»
Pour René Naba la collusion avec Israêl n'est pas récente: «Salmane a eu des contacts avec
les sionistes dès la décennie 1980. Il a été le précurseur en ce domaine au sein de la famille
royale saoudienne. (...) «Salmane n'agissait pas tant en sa qualité de représentant du clan
Saoud, mais agissait pour son propre compte (...) En contrepartie, Salmane s'était engagé que
son groupe de presse s'emploie à favoriser une normalisation culturelle, intellectuelle et
pédagogique entre l'Arabie saoudite et Israël. (...) Moujtahed met l'accent sur la rencontre,
début avril 2015, entre Dore Gold, ancien ambassadeur israélien à l'ONU, et le général
saoudien Anwar Eshké, à Washington, en compagnie du publiciste saoudien Daham Al Anzi,
«lequel a émis le souhait de l'installation d'une ambassade israélienne à Riyadh, terme ultime
de la normalisation entre les deux pays.» (...) Les pétromonarchies du Golfe, pour la survie de
leur trône, ont ainsi donc fait le choix d'Israël contre l'Iran depuis belle lurette. L'alliance militaire
de l'Arabie saoudite et du Qatar avec la Turquie, le meilleur allié d'Israël dans la zone, répond à
cette préoccupation en ce qu'il constitue un contrepoids au désenchantement des États-Unis à
l'égard de la psychorigidité dogmatique du Grand et du Petit wahhabite (Arabie saoudite et
Qatar), les principaux bailleurs de fonds du salafisme djihadiste. (...) Par ailleurs, le royaume a
attribué à une société israélienne la responsabilité de la sécurité du pèlerinage à La Mecque et
de l'aéroport de Dubaï (...) Pour ne pas être en reste, Abou Dhabi a confié la protection de ses
champs pétrolifères à une firme israélienne (...) La firme israélienne AGT a édifié un barrage
électronique dans la région frontalière entre les Émirats arabes unis et le Sultanat d'Oman afin
de prévenir les infiltrations hostiles (...) La dynastie wahhabite n'a jamais tiré un coup de feu
contre Israël, au point que le meilleur allié arabe des États-Unis apparaît, comme le principal
bénéficiaire des coups de boutoir israélien contre le noyau dur du Monde arabe, et Israël,
comme le meilleur allié objectif de la monarchie saoudienne. (...)»
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Pacte militaire israélo-saoudien pour le contrôle de la Mer Rouge
La coopération israélo-saoudienne se porte bien . On comprend dans ces conditions que le sort
de ces deux pays est lié ainsi . Un protocole d’accord sur la coopération militaire conjointe entre
Israël et l’Arabie Saoudite dans la mer Rouge a été conclu en 2014, a rapporté Vétérans
Today. Sur la base de documents secrets israéliens les deux parties se sont entendues sur la
gestion conjointe de Bab el-Mandeb, le golfe d’Aden et le canal de Suez. Selon cette source,
un certain nombre d’officiers saoudiens se sont rendus en Israël pour participer à des cours de
formation militaire dans la base de polonium du Port de Haïfa en 2015. Bien qu'Israël et l'Arabie
Saoudite ne possèdent pas de relations diplomatiques officielles, rapporte le Jerusalem Post,
les deux pays ont des liens économiques tiers qui voient les produits israéliens, les produits
agricoles et technologiques arriver, par l'intermédiaire de l'Autorité palestinienne, de la
Jordanie ou de Chypre (…) L'Arabie saoudite n'est pas un ennemi d'Israël. Tel est le discours
que l'on peut désormais entendre de Jérusalem à Tel-Aviv.
Le changement d’alliance : les projets secrets d’Israël et de l’Arabie saoudite
On sait que les décisions d'Obama sont mal vécues en Israël et en Arabie saoudite, notamment
depuis que les États-Unis , retrouvant leur indépendance énergétique, ont décidé de réévaluer
leur stratégie au Moyen-Orient. Ces deux pays se sont encore plus rapprochés. Pour Thierry
Meyssan : «La réponse de Tel-Aviv et de Riyadh aux négociations entre les États-Unis et l'Iran
se situe dans le prolongement du financement de la guerre contre Ghaza en 2008 par l'Arabie
saoudite: l'alliance d'un État colonial et d'une monarchie obscurantiste. Alors que le ProcheOrient s'apprête à vivre un changement pour dix ans de ses ». Thierry Meyssan dévoile ici le
contenu des négociations secrètes entre Tel-Aviv et Riyadh : «d'aucuns, au Moyen-Orient, ont
conscience que les accords secrets qui devraient être signés le 30 juin prochain (2015), en
marge de l'accord multilatéral sur le nucléaire, par Washington et Téhéran vont probablement
fixer les règles du jeu pour les dix années à venir. Ces accords interviennent alors que les ÉtatsUnis sont devenus le premier producteur mondial de pétrole (...) Selon nos informations, depuis
17 mois, Tel-Aviv mène des négociations secrètes avec l'Arabie saoudite. Des délégations à
très haut niveau se sont rencontrées cinq fois en Inde, en Italie et en Tchéquie. La coopération
entre Tel-Aviv et Riyadh s'inscrit dans le plan états-unien de création d'une «Force arabe
commune», sous les auspices de la Ligue arabe, mais sous commandement israélien. Celle-ci
est déjà effective au Yémen où des soldats israéliens pilotent des bombardiers saoudiens dans
le cadre d'une Coalition arabe dont le quartier général a été installé par les Israéliens au
Somaliland, un État non-reconnu situé de l'autre côté du détroit de Bab el-Mandeb.»
«Israël et l'Arabie saoudite sont tombés d'accord sur plusieurs objectifs : Au plan politique:
«Démocratiser'' les États du Golfe, c'est-à-dire associer les peuples à la gestion de leurs pays
tout en affirmant l'intangibilité de la monarchie et du mode de vie wahhabite. Changer le
système politique en Iran. Créer un Kurdistan indépendant de manière à affaiblir l'Iran, la
Turquie. Exploiter le champ pétrolier de Rub'al-Khali. S'assurer que l'Iran renoncera à exporter
sa révolution (...) La reconnaissance internationale d'un État palestinien, conformément aux
accords d'Oslo et à l'initiative de paix arabe, ne sera qu'une affaire de mois après la signature
des accords États-Unis-Iran. (...) Le Hamas, qui incarnait depuis 2008 la Résistance, s'est
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soudainement discrédité en officialisant son appartenance aux Frères musulmans. (...) La
reconnaissance de l'État palestinien mettra fin au droit au retour des Palestiniens chassés de
leurs terres, mais leur ouvrira un nouveau statut. (...) D'ores et déjà, plusieurs candidats se
pressent pour succéder à Mahmoud Abbas Parmi ceux-ci Mohammed Dahlan, l'ancien chef de
la sécurité qui aurait organisé l'empoisonnement de Yasser Arafat et avait été contraint de
quitter le pays en 2007. (...) Un candidat plus sérieux pourrait être Marouane Barghouti, qui
purge actuellement cinq peines de prison à perpétuité en Israël (... Le peuple palestinien qui se
verra privé du droit inaliénable au retour pour lequel trois générations se sont battues.»
L’ouverture d’une ambassade saoudienne à Tel Aviv
Quel crédit accorder à l'information: «Le Royaume d'Arabie saoudite a débuté la construction
d'une gigantesque ambassade en Israël, probablement la plus importante à Tel-Aviv. (...)
Actuellement, les deux pays mènent ensemble une guerre au Yémen "arabe" de Défense
commune reproduit le concept du Pacte de Baghdad qui était identiquement militairement
commandé par un État qui n'en était pas membre. Ils projettent ensemble plusieurs opérations
d'exploitation pétrolière au Yémen et dans la Corne de l'Afrique.»
I24news, chaîne de télévision israélienne, affirme : « Une série de petites mais significatives
interactions significatives ont lieu entre Israël et l'Arabie Saoudite au cours des derniers mois.
L’Arabie Saoudite ouvrira une ambassade en Israël si le Premier ministre Benjamin Netanyahu
accepte l'initiative de paix arabe.»
Le Jerusalem Post rapporte, en citant une interview d'Anwar Eshki, major général saoudien à
la retraite, à Al Jazeera : «Vous pouvez demander à M. Netanyahu. S'il annonce qu'il accepte
l'initiative et donne tous les droits aux Palestiniens, l’Arabie Saoudite va commencer à
construire une ambassade à Tel-Aviv. » Le général Eshki a également noté que les Saoudiens
ne sont pas désireux que «Israël reste isolé dans la région ». Réfutant l’accusation du
présentateur Al Jazeera que l' Arabie saoudite apporte la souffrance aux palestiniens, le
général Eshki déclare : « Je dis aux Iraniens à ce sujet : vous soutenez les Palestiniens par
les armes, mais nous les soutenons avec de l' argent. Lorsque nous soutenons les Palestiniens
avec de l'argent, nous voulons qu'ils vivent bien, et vous leur donnez les armes pour se
détruire » » .
L'Initiative de paix arabe présentée par le prince Abdullah bin Abdul-Aziz de 2002 devait, si
Israël l'avait acceptée, mettre fin définitivement à la tension actuelle, car il n'y a jamais eu de
guerre. C'est toujours Israël qui la provoque avec l'aide, comme nous l'avons vu, pour celle de
2008, de l'Arabie Saoudite. La paix contre les territoires, Israël n'en veut pas. Israel veut la paix,
au besoin, armée et les territoires avec en prime et la colonisation scientifique, économique,
technologique des pays arabes. Les grands perdants sont les Palestiniens abandonnés de tous
à qui on offrira un banthoustan dans le Sinaï comme l'avait proposé aussi l'Egypte.
L’initiative française ce vendredi 3 juin est vouée à l’échec, le président Hollande ayant toujours
deux fers au feu pense réussir en l’absence des Palestiniens qui ne sont pas représentés.
Quand au canular des deux État vivants cote à cote, on pourrait en rire , si ce n’était pas
tragique car pas un mot sur les colonisations. Aux Palestiniens, il ne reste qu’à compter sur eux
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même avant tout, et surtout pas sur les pays du golfe et plus généralement sur les pays arabes.
Les pays occidentaux, tétanisés par leur dette éternelle, ne feront rien et cette initiative fera,
comme les précédentes et comme le dit Jacques Chirac dans un autre contexte ; « pschitt » .
Obama est sur le départ, Ban pense à sa retraite.
Illustration : une ambassade saoudienne à Tel- Aviv : la cause palestinienne en question.
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