7-CALIBRER et CARACTÉRISER
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7-CALIBRER et CARACTÉRISER
LA GESTION DE LA COULEUR CALIBRER et CARACTÉRISER Toute la gestion des couleurs est centrée sur cette étape très importante : le calibrage des différents appareils qui constituent la chaîne graphique. C'est grâce au calibrage des différents périphériques et donc à la connaissance de leurs caractéristiques colorimétriques que l'on pourra traduire d'un appareil vers un autre la "bonne" couleur, la couleur LAB ! Grâce au calibrage on obtiendra des profils ICC pour chacun d'entre eux. Calibrer - caractériser : pourquoi ? Le processus de calibrage que l'on appelle aussi souvent calibration (mais qui est un terme anglais) se déroule en fait en deux parties : d'abord le calibrage proprement dit puis la caractérisation. Pendant la première, on s'assure que l'appareil de reproduction des couleurs fonctionne de manière optimale, en tout cas connue et régulière (on dit qu'on fixe l'appareil dans des conditions de fonctionnement donné) et dans la suivante on mesure ses caractéristiques - ses "déformations" je serais tenté de dire même si ce n'est pas tout à fait exact - que le logiciel qui commande l'outil de mesure lit pour créer un profil ICC propre à cet appareil dans ces conditions de fonctionnement. Si par exemple vous changez le contraste de votre moniteur, vous en changez le calibrage et il faut donc refaire la caractérisation pour créer un nouveau profil ICC. Deux écrans Iiyama 410 Pro et scanner HP 7400 Imprimante EPSON 1290 Calibrer ou étalonner c'est aligner sur une mesure étalon ( Le mètre étalon, la seconde d'une horloge atomique...). C'est pour un écran, par exemple, fixer une bonne fois pour toutes les conditions dans lesquelles va être réalisé le profil, c'est-à-dire la luminosité, le contraste, le gamma et la température de couleur. Dans un scanner personnel cela se fait automatiquement au démarrage de l'appareil. Pour une imprimante, c'est choisir les encres, le papier et la résolution d'impression. Caractériser c'est relever les caractéristiques d'un appareil, donc quelle couleur LAB il voit, affiche ou imprime quand on lui envoie un signal RVB ou CMJN donné. Pour un scanner, c'est faire en sorte que celui-ci "voit" bien la "bonne" couleur, comme s'il ne l'avait pas déformée - c'est bien évidemment une image! L'étalon, en colorimétrie, s'appelle une mire de couleur - IT8, HCT, par exemple pour calibrer un scanner, un rouge à 700 nm pour un écran etc. -. Le but du calibrage et de la caractérisation est donc de savoir exactement : • • Quelles sont les caractéristiques colorimétriques d'un appareil donné ou dire de manière imagée, même si ce n'est pas exactement ce qui se passe, comment les différents périphériques "déforment" les couleurs quelles couleurs ils "voient" pour un signal RVB donné afin de pouvoir les "corriger" ensuite grâce à un profil ICC en les alignant à l'étalon; ET quelles couleurs ils sont capables de reproduire l'espace colorimétrique encore appelé gamut- selon leurs caractéristiques techniques. En les comparant à une mire colorée dont on connaît les caractéristiques, c'est-à-dire la seule et unique couleur LAB de chaque patch coloré, la longueur d'onde exacte du RVB d'un écran. Le calibrage/caractérisation ne peut se faire malheureusement qu'avec des sondes et autres colorimètres donc avec des appareils de mesure précis. Je dis malheureusement pour des questions de coût même si les choses ont bien changé et continuent de changer. Au final et après correction pour tenir compte des défauts d'un appareil, il faudra, par exemple, projeter une quantité différente de CMJN pour qu'un œil standard voit un gris neutre sur un tirage jet d'encre ! Exemple concret ! Exemple de calibrage/ caractérisation avec un scanner Mire IT 8 servant pour calibrer un scanner, par exemple. Dans l'exemple ci-contre, on voit bien que la mire contient une grande palette de couleurs possibles, du noir au blanc en passant par le RVB/CMJN. Mais sur cette même mire scannée, les gris sont devenus verts. Certaines couleurs semblent avoir disparues et surtout elles sont différentes de l'original, déformées, quoi!. Scan Original On demande au scanner de "voir" des patchs colorés - dont certains sont gris neutres -, tout en connaissant les caractéristiques colorimétriques de chaque patch ( les coordonnées CIE XYZ ou LAB). Pourtant, quand on les visualise dans Photoshop sur un écran calibré, ils apparaissent dans cet exemple avec une dominante verte bien éloignée de l'original !!! Si l'on vérifie avec la palette info de Photoshop, par exemple, les composants RVB des gris, on pourra vérifier qu'ils ne sont pas égaux - par exemple 128, 128, 128 - mais ici 120, 138, 128 pour le gris moyen. Donc, ce scanner voit du vert là où il y a normalement du gris neutre à scanner ! Voilà pourquoi, entre parenthèses, un profil d'appareil n'est pas indépendant d'un périphérique et qu'il ne faut surtout pas le choisir comme espace de travail dans Photoshop. Une valeur RVB de 128, 128, 128 dans l'espace colorimétrique de ce scanner est légèrement gris vert. Le calibrage sert à savoir exactement comment un appareil voit les couleurs pour ensuite compenser les écarts grâce aux outils de la gestion de la couleur. On devrait d'ailleurs plutôt parler de caractérisation car il s'agit de relever les caractéristiques d'un appareil. La conclusion s'impose : IL FAUT CARACTÉRISER ! Comment faire ? Comment caractériser ? Ici, il est très important de préciser que les qualités de l'œil humain sont telles qu'il lui est possible de distinguer d'infimes nuances quand il s'agit de différence entre deux couleurs mises en comparaison. Un œil " normal " est capable de distinguer une Le calibrage, comment ? a et b sont les coordonnées d'une différence de 1/100 à 1/200 entre deux nuances de couleur. Mais, couleur quelconque dans le mode Lab. a* et b* sont les coordonnées malheureusement, comme pour l'oreille, très très peu de personnes réellement mesurées par la sonde ont une vue absolue. Pratiquement personne n'est capable, sans de calibrage. référence, de savoir à quelle couleur L*a*b* il a affaire en voyant La différence a - a* et b - b* est devant lui une seule couleur. Il est impossible pour un œil "moyen" calculée par les moteurs de conversion lors de la lecture du de savoir, sans comparaison, si tel rouge est un rouge de 700 nm de profils ICC de l'appareil, ici du longueur d'onde donc tel rouge dans le mode LAB. Il va donc falloir scanner. On dit que l'on a caractérisé l'appareil. s'aider d'un outil, un outil de mesure ou de caractérisation. Comme je le disais dans l'introduction, il ne nous venait pas plus à l'esprit de mettre notre doigt dans l'éprouvette pour sentir si nos produits de laboratoire étaient à la bonne température ! Note : LAB = L*a*b* Cet outil s'appelle un colorimètre ou un spectrophotomètre et il mesure les longueurs d'ondes de la lumière -. Il sert à mesurer les couleurs qu'un scanner x ou y peut numériser, qu'une imprimante est capable d'imprimer, qu'un écran est capable d'afficher... Les mires et autres étalons ont été créés dans ce but, accompagnés par le logiciel de commande et de création de profils ICC qui contient les caractéristiques de celles-ci. Important Pour réaliser une très bonne caractérisation rappel : on emploie aussi parfois le terme anglais calibration - il faut absolument un appareil de mesure piloté par un bon logiciel de création de profils. Les outils comme Adobe Gamma pour les moniteurs, vendus avec Photoshop, ne permettent malheureusement que d'approcher le résultat car ils sont basés sur l'œil humain... qui n'est donc pas une référence ! De plus il permet de ne faire qu'une correction globale sans tenir compte des déformations sur telle ou telle couleur plutôt que telle autre. Or les défauts ne sont jamais linéaires. Donc Adobe Gamma existe et c'est mieux que rien pour calibrer son écran. Il permet de régler le contraste, la luminosité - quoique ! - et approximativement la température de couleur de l'écran mais en aucun cas il permet de caractériser son écran et donc de savoir comment il affiche toutes les couleurs Lab. Pour les scanners ou les imprimantes, en revanche, il n'existe aucune solution gratuite, à vue. Que se passe-t-il concrètement pendant la caractérisation ? Comme exemple, je vais continuer avec le calibrage d'un scanner. Pour cela je pose sur sa vitre mon fameux étalon qui est en l'occurrence une mire de couleur appelée mire IT8 - figure ci-dessous - avec une multitude de patchs colorés - certains gris neutres - dont les couleurs sont connues précisément - c'est-à-dire que pour chacune d'entre elles le logiciel de calibrage, qui est aussi un logiciel de création de profils ICC ici, connaît les coordonnées CIE XYZ puisqu'elles ont déjà été mesurées par un spectrophotomètre. Le scanner scanne la mire et obtient une image de ce fichier. Mon outil de création de profils va maintenant lire les valeurs RVB de chaque patch réellement perçues et associer la couleur LAB de ce même patch. C'est cette information qui est contenue dans un fichier spécial : un profil ICC. Dorénavant, à toute image qui viendra de mon scanner, j'attribuerai ce profil ICC qui traduira chaque valeur RVB vue par mon scanner en SA couleur LAB. Mon image scannée donc déformée sera transformée en une image qu'aurait dû voir "normalement" mon scanner. Les coordonnées RVB de chaque patch coloré ne changeront pas mais leur affichage sera correct. Les coordonnées RVB de mon patch gris neutre seront toujours 120, 138, 128 au lieu de 128, 128, 128 mais il ne sera plus affiché comme un gris vert mais comme un gris neutre après l'attribution du bon profil ICC. Quand Photoshop doit afficher ce patch coloré, il constate que l'info RVB est 120, 138, 128 - donc verdâtre - mais si j'attribue le profil ICC du scanner à cette image pour tenir compte de ses caractéristiques, la carte graphique affichera un gris neutre en tenant compte elle-même des caractéristiques d'affichage de l'écran ! Pour retrouver des valeurs RVB neutres pour ce gris neutre il faudra convertir l'image dans un espace colorimétrique neutre indépendant d'un périphérique - comme Adobe 1998 ou sRGB. Là, à un ou deux points près, les valeurs R, V, B des gris neutres seront équivalentes. Voici une illustration - ci-dessous - de ce qui arrive trop souvent, au grand désespoir des photographes ! Scan brut Original Heureusement, une fois caractérisé, l'appareil est à même de fonctionner comme s'il était capable "naturellement" de reproduire fidèlement les couleurs. Cela dit, puisqu'il s'agit d'une mesure, la qualité du profil ICC généré est directement liée à la qualité de l'appareil de caractérisation et au logiciel qui le pilote. Ce n'est qu'avec son expérience qu'un spécialiste de la gestion des couleurs peut dire que tel ou tel système fonctionne très bien puisqu'il est capable de donner des résultats très cohérents sur des chaînes graphiques différentes. En tout état de cause, même si ces appareils ne sont pas parfaits, ils feront nettement mieux qu'un œil, fut-il expert. Conclusion provisoire ! Aujourd'hui, entre les outils de la gestion des couleurs de Photoshop CS2/3 et les kits de calibrage du marché, il est possible d'obtenir un résultat pour le moins étonnant pour réaliser un travail de qualité tout en sachant ce que l'on fait et éventuellement ce que l'on perd sans avoir recours à la chance. Quand, par exemple, l'écran est calibré, on sait par où chercher si on a un problème d'impression, chez soi ou sur une imprimante de labo, même si l'on ne possède pas le profil ICC du couple imprimante/papier. Quand on voit les économies que l'on peut faire en papier, encres et surtout en temps, je continue de penser que ces kits de calibrage ne sont pas chers au regard des services qu'ils rendent. L'intérêt étant de partager avec les autres des fichiers aux couleurs identiques chez Pierre, Paul et Jean-François (!) et dans tous les cas dignes de son appareil photo numérique !