Etude n°9
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Etude n°9
OUVERTURES.ORG N° 9 • SEPTEMBRE 2005 • DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : ALAIN BERNARD • RÉDACTEUR EN CHEF : JEAN SAAVEDRA C FA D U É T U D E S L E S La fabuleuse conjonction du management, des technologies et de l’apprentissage Une interview de Hervé HAMON Directeur du Département de l’Education Permanente de Paris Dauphine D ans le cadre des évolutions dauphinoises de l’université née en 68 dans les anciens bâtiments de l’OTAN pour devenir une Université de technologie en sciences des organisations et de la décision, Hervé Hamon jette, dans l’entretien qu’il nous a accordé, un vif éclairage sur le développement rapide de l’apprentissage dans cette institution, pour ne pas dire son explosion si ses locaux et ses ressources humaines l’y autorisaient. Hervé Hamon retrace l’histoire de l’apprentissage à Dauphine en faisant apparaître ce qui est parfois oublié : Dauphine enseigne les mathématiques et l’informatique, simultanément au management et à la gestion. C’est dire à quel degré d’actualité ces disciplines situent cette université. Comme pour la formation continue, la progression des chiffres de l’apprentissage est notable. Mais le plus significatif est sans doute la création de formations directement en apprentissage et notamment ce Master de Management international de projets et NTIC, conçu en partenariat avec Georgia State University, Atlanta. Et si la révolution pédagogique de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur ne faisait que commencer ? Pouvez-vous nous présenter le Département d’Education Permanente de l’Université Paris-Dauphine que vous dirigez et auquel est rattaché l’apprentissage ? – Le Département d’Education Permanente (DEP) est d’abord le lieu où sont mis en œuvre les trois quarts de la formation continue de notre université. Il s’est beaucoup développé ces dernières années, en particulier sur le registre des formations « haut de gamme » (cf. : Executive MBA, qui est organisé les vendredi, samedi et dimanche une fois par mois sur deux ans). Le DEP organise aussi des formations délivrées en apprentissage dans le champ de la gestion, soit, à la rentrée 2005-2006, la maîtrise des Sciences de Gestion – MSG (ou L3 et M1 en gestion, dans la nouvelle organisation des diplômes) et plusieurs spécialités de Master 2. Enfin, le Département d’Education Permanente a de nombreuses activités internationales, tant d’ingénierie de formation que de formation, en formation initiale comme en formation continue, activités qui sont le plus souvent développées avec des partenaires français ou étrangers (la Fondation Renault, l’IAE de l’université Paris I, l’université du Québec à Montréal etc…). Pouvez-vous retracer les grandes lignes de l’intégration de l’apprentissage par Dauphine ? – Université dédiée aux sciences des organisations et de la décision, très décentralisée dans son fonctionnement interne, Dauphine a pour particularité d’accueillir un nombre raisonnable d’étudiants, environ 8 000, et de leur offrir un choix conséquent parmi de nombreuses orientations. On doit noter en particulier l’existence d’un pôle important de mathématiques appliquées et d’informatique. 1 – L’apprentissage en informatique et mathématiques Lorsqu’ a été créé le format des IUP pour favoriser la professionnalisation des étudiants, nous avons ouvert un IUP MIAGE (Méthode d’Informatique Appliquée à la Gestion) et un IUP de Génie Mathématique et Informatique qui décidèrent rapidement de se tourner vers l’apprentissage. Très vite, ces deux IUP ont proposé leurs cursus en formation initiale classique, en formation continue et en apprentissage. Chaque IUP fonctionne maintenant avec une quarantaine d’apprentis, répartis sur les deux années Bac + 3 et Bac + 4. En 2004-2005, nous n’avons pas organisé de recrutement au niveau Bac + 3 car nous passons au système LMD à la rentrée 2005-2006. A l’avenir l’apprentissage, dans ces IUP, sera positionné au niveau Bac + 4, Bac + 5, c’est-à-dire au niveau du Master. Pour ces filières d’apprentissage, nous nous sommes rapprochés du CFA « AFIA », bien connu dans le champ de l’informatique, qui a été créé en 1992 par 7 grandes entreprises françaises. Dès 1998 pour l’IUP Génie Mathématique et Informatique et en 1999 pour la MIAGE, nous avons signé une convention avec l’AFIA : le CFA s’occupe des aspects techniques de l’apprentissage, tandis que nous avons la responsabilité de la pédagogie. 2 - L’apprentissage en gestion et management A la fin des années 1990, le Recteur de l’Académie de Paris, Madame Gendrot-Massaloux, a souhaité que les établissements publics d’enseignement supérieur parisiens se regroupent en vue de la création d’un CFA qui allait devenir FORMASUP. C’est un CFA important dont la constitution a pris du temps du fait du nombre des participants, mais aussi du fait que les universitaires et les représentants des branches professionnelles devaient apprendre à mieux se connaître. Dans le cadre de FORMASUP, il appartient à l’université, non seulement d’assurer la pédagogie, mais de nouer des relations avec des entreprises, trouver les contrats d’apprentissage, assurer la rentrée de la taxe… OUVERTURES.ORG N°9 • SEPTEMBRE 2005 • 2 LES ÉTUDES DU CFA Un département dédié à l’innovation pédagogique Quelles formations proposez-vous en apprentissage dans le cadre de FORMASUP ? Vous allez dépasser les 200 étudiants en apprentissage ? Ce développement annoncé ne vous incite-t-il pas à avoir votre propre CFA ? OUVERTURES.ORG – Dès 2001, nous avons proposé notre MSG (Maîtrise des Sciences de Gestion). Au niveau Bac + 3, nous avons ouvert la possibilité d’un recrutement extérieur à Dauphine, de façon limitée car les étudiants en provenance d’IUT ou d’autres universités ont souvent du mal à entrer dans notre modèle. Au niveau Bac + 4, il n’y a pas de recrutement externe, mais seulement un recrutement interne complémentaire (pour les étudiants qui, n’ayant pas fait leur première année de MSG à Dauphine dans le cadre de l’apprentissage, souhaitent poursuivre sur ce mode). Toujours en 2001, nous avons également ouvert en apprentissage un DESS qui était alors une création, qui s’intitule aujourd’hui Master des Systèmes d’Information de l’entreprise étendue : Audit et Conseil. L’audit des systèmes d’information est une discipline encore nouvelle sur laquelle il y a une énorme demande professionnelle. Nous avons pris une avance réelle dans ce domaine. Comme il s’agit d’un métier qui s’apprend de façon significative par l’expérience professionnelle, nous avons créé d’emblée l’actuel Master en formation continue et en apprentissage ; avec des rythmes qui s’efforcent de tenir compte des exigences de la profession, et avec une vingtaine d’apprentis chaque année. En 2004, nous avons ouvert le DESS de Gestion des Ressources Humaines en apprentissage. Nous avons démarré modérément avec une dizaine d’apprentis. Enfin, à la rentrée 2005-2006, nous ouvrons en apprentissage un Master Communication Marketing intégrée et un Master Management international de projets et NTIC, ce dernier conçu en partenariat avec Georgia State University, Atlanta. Ces deux masters sont des créations nouvelles, décidées à l’occasion du passage à LMD. Les cours y sont assurés en langue anglaise. – Oui, largement, sur l’ensemble de l’établissement. Ce n’est pas beaucoup par rapport aux 8 000 étudiants de Dauphine. Mais cela compte si l’on considère uniquement les niveaux bac+3 à bac+5. Dès le départ de l’expérience, nous voulions que l’apprentissage représente environ 5 % de nos effectifs et nous atteindrons prochainement cet objectif. Il est à noter que, dans notre dernier plan quadriennal (2005-2008), est acté pour la première fois que l’apprentissage est un axe de notre politique. Il faut dire que le Ministère l’Education Nationale a changé d’attitude vis-à-vis de ce mode de formation. Même si cela reste l’affaire de la Région, le Ministère est beaucoup plus attentif et demandeur de dialogue autour de l’apprentissage. Enfin le passage à LMD va sûrement produire des effets et créer, au niveau Master (bac+5), des possibilités jusqu’alors peu exploitées. – C’est une question qui reste ouverte et qu’il faudra aborder dans les années à venir. Nous avons démarré en saisissant des opportunités qui nous ont conduits au fonctionnement actuel et à l’articulation avec les deux CFA AFIA et FORMASUP. Il est clair que nous avons désormais acquis l’expérience et atteint la taille critique qui nous permettraient d’envisager un CFA Dauphine, mais la situation actuelle n’est pas sans avantages, tant en interne que dans nos relations avec l’extérieur. De toutes façons, la question ne pourra être soulevée que lorsque Dauphine aura réorganisé ses structures pédagogiques et administratives. En effet, le passage à LMD nous contraint à un profond réaménagement de ces structures. Le processus est actuellement en cours ; il devrait déboucher sur une nouvelle organisation, opérationnelle pour la rentrée 2006-2007. N°9 • SEPTEMBRE 2005 • 3 LES ÉTUDES DU CFA L’apprentissage, un axe officiel de la politique de Dauphine Comment, du fait de votre histoire récente, vous situez-vous parmi les universités parisiennes et leur intégration de l’apprentissage ? – Nous n’avons pas d’originalités particulières par rapport aux autres universités parisiennes. Mais je tiens à souligner ce qu’ont été nos choix : 1 – développer l’apprentissage dans des formations clés et déjà très reconnues sur le marché de la formation. C’est pourquoi, nous avons commencé par la maîtrise des Sciences de Gestion. 2 - organiser la pédagogie de façon à ce que les apprentis bénéficient des mêmes équipes pédagogiques, de la même qualité et des mêmes contraintes académiques que les étudiants de formation initiale. Il convient en effet de veiller à ce que les apprentis ne soient pas considérés comme des étudiants « à part », même s’ils ont droit à une organisation et des rythmes de travail spécifiques. Il convient aussi de faire en sorte que le corps professoral de l’université, considéré dans son ensemble, s’approprie progressivement les modalités pédagogiques de l’apprentissage. 3 – « Jouer le jeu » de l’apprentissage, ce qui suppose à la fois des groupes spécifiques et une vraie alternance. Les groupes spécifiques ne sont pas une difficulté pour Dauphine, qui pratique depuis sa création une pédagogie en petits groupes. Quant à l’alternance, qui ne consiste pas à coupler un stage long avec la formation académique, il convient évidemment qu’elle tienne compte le plus possible des spécificités qui peuvent être liées à l’exercice de certaines professions. Comment avez-vous organisé le tutorat ? Vos Professeurs tuteurs sont-ils rémunérés ? OUVERTURES.ORG – Oui, bien sûr. Là encore, nous respectons l’esprit et la lettre des textes. De façon générale, l’apprentissage coûte cher mais il est correctement financé, il n’y a donc rien à redire. Les professeurs tuteurs sont rémunérés en fonction des grilles budgétaires transmises par la région au CFA. Quant à l’organisation du tutorat, notre politique a évolué. Nous avons commencé avec un grand nombre de tuteurs, puis nous sommes convenus de nous recentrer sur un nombre limité, auquel nous confions le suivi d’un plus grand nombre d’apprentis. Nous sollicitons également d’autres enseignants proches de Dauphine, mais qui exercent dans d’autres établissements qui fonctionnent aussi. Je pense par exemple à cet inspecteur de l’Education Nationale qui intervient dans certains de nos DESS de formation initiale et qui tutore plusieurs des apprentis inscrits en MSG. N°9 • SEPTEMBRE 2005 • 4 LES ÉTUDES DU CFA L’apprentissage n'est pas le couplage d’un stage et d’une formation académique Que pouvez-vous dire des relations que vous entretenez avec les entreprises ? – D’une manière générale, Dauphine est une université qui, ayant toujours eu le souci de la professionnalisation, donc des études et de la recherche appliquées, entretient des relations nombreuses et suivies avec les entreprises, ne serait-ce que par l’intermédiaire de ses 600 intervenants professionnels. En formation continue, la démarche de relation avec les entreprises va de soi. Elle a cependant connu une nette accélération depuis quelques années, quand nous avons adopté une stratégie consistant à : 1 – ouvrir largement nos diplômes nationaux de niveau bac+5 aux publics de formation continue en proposant à ceux-ci des modalités organisationnelles et pédagogiques adaptées à leurs contraintes, 2 – nous positionner particulièrement dans le champ (très concurrentiel) des cadres supérieurs et dirigeants. Ainsi notre activité de formation continue a-t-elle pu être multiplié par 2,5 au cours des cinq dernières années, de telle sorte que le socle d’entreprises qui nous font confiance n’a désormais pas à rougir de celui de nos grands concurrents nationaux. L’apprentissage a également permis de développer la palette des entreprises que nous connaissons et qui nous connaissent. L’expérience acquise dans ce cadre est cependant encore trop récente pour avoir été suffisamment capitalisée et exploitée : c’est une des tâches à réaliser pour les deux années à venir. Vous répondez à la demande ? – Premier élément de réponse : en cette rentrée 2005-2006, pour les seules formations au management et à la gestion, nous passons de 100 à 175 apprentis. Cela dit, la raréfaction des locaux et des ressources humaines disponibles constituent une limite un développement encore plus rapide. L’université travaille en ce moment sur les actions qui pourraient permettre de desserrer ces contraintes. ■ OUVERTURES.ORG N°9 • SEPTEMBRE 2005 • 5 LES ÉTUDES DU CFA Vers une démarche d'observation et de capitalisation des acquis de l’expérience