Etude clinique de préparation manuelle du pied de la salsera
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Etude clinique de préparation manuelle du pied de la salsera
Etude clinique de préparation manuelle du pied de la salsera Mémoire en masso-kinésithérapie juin 2011 Annabelle CREMASCHI Institut de formation en Masso-kinésithérapie de Rennes Selon le code de la propriété intellectuelle, toute reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur est illégale. Résumé : La salsa est une danse qui se pratique en couple lors de laquelle la femme porte des chaussures à talons hauts. Pendant la danse, les pieds sont en appui presque exclusivement digitigrade et les salseras se plaignent fréquemment de douleurs plantaires pendant et après avoir dansé. L’étude qui suit propose la mise en place d’un protocole de préparation manuelle des pieds, à base de massage et d’étirements, réalisé avant le chaussage. L’évaluation montre que préparer le pied avant de chausser les talons permet de diminuer sensiblement la sensation de douleur présente après la danse. La discussion qui suit tente entre autre d’apporter une explication à l’origine et au type de ces douleurs. Mots clés : Pied (foot) Douleur (pain) Danse (dance) Salsa (salsa) Massage (massage) Etirements (stretching) Sommaire I. Introduction .................................................................. - 1 - II. Méthode :...................................................................... - 8 III. Résultats...................................................................... - 15 IV. Analyse des résultats ................................................... - 18 V. Discussion.................................................................... - 20 A. Critique du travail......................................................... - 20 B. Réflexion ...................................................................... - 21 1. Quelle est l’origine des douleurs podales ? ........................... - 21 - 2. Pourquoi la localisation sous la tête du 1er métatarsien ? ....... - 22 3. Protocole proposé ................................................................. - 24 - VI. Bibliographie ............................................................... - 26 - I. Introduction La voûte plantaire est un ensemble architectural associant tous les éléments ostéo-articulaires, ligamentaires et musculaires du pied. Grâce à ses changements de courbure et à son élasticité, la voûte peut s’adapter à toutes les inégalités de terrain et transmettre au sol le poids du corps dans les meilleures conditions mécaniques. Elle joue le rôle d’amortisseur. Les troubles qui modifient ses courbures affectent gravement l’appui au sol. On peut la considérer comme une voûte soutenue par trois arches. Ses trois points d’appui sont compris dans la zone de contact du pied avec le sol : ils correspondent à la tête du 1er métatarsien (A), à la tête du 5ème métatarsien (B), et aux tubérosités postérieures du calcaneus (C). L’arche antérieure (entre A et B) est la plus courte et la plus basse. L’arche latérale (entre B et C) est de hauteur et de longueur intermédiaire. Enfin l’arche médiale (entre A et C) est la plus longue et la plus haute ; c’est la plus importante des trois, tant sur le plan statique que dynamique. L’arche médiale est constituée par le 1er métatarsien, le cunéiforme médial, le scaphoïde, le talus et le calcaneus. Elle ne conserve sa concavité que grâce aux ligaments et aux muscles. Les nombreux ligaments plantaires permettent de résister aux efforts violents de courte durée, tandis que certains muscles s’opposent aux contraintes prolongées. Ce sont le tibial postérieur, le long fibulaire, le long fléchisseur de l’hallux et l’adducteur de l’hallux. L’arche latérale comprend le 5ème métatarsien, le cuboïde et le calcaneus. Elle prend contact avec le sol par l’intermédiaire de parties molles. Elle est beaucoup plus rigide que l’arche précédente ce qui lui permet de transmettre l’impulsion du triceps. Cette rigidité est due à la structure du grand ligament calcaneo-cuboïdien plantaire. Les tendeurs actifs de cette arche sont le court fibulaire, le long fibulaire et l’abducteur du 5ème orteil. L’arche antérieure comprend les 5 têtes métatarsiennes et les sésamoïdes. Sa concavité est peu accentuée et repose sur le sol par l’intermédiaire de parties molles. Elle est sous-tendue par le ligament intermétatarsien et par un seul muscle : le faisceau transverse de l’abducteur de l’hallux. La courbure transversale de la voûte est maintenue par trois muscles : l’abducteur de l’hallux, le long fibulaire et les expansions plantaires du tibial postérieur. Dans ce complexe, le rôle de l’aponévrose plantaire est important. Le rôle essentiel de cette structure a été indiqué dès 1954 par Hicks. Depuis son attache sur le calcaneus, elle s’étend en avant pour couvrir toutes les articulations du tarse et du métatarse et s’attache à la face plantaire des premières phalanges. Les mouvements des deux premières rangées sont faibles à cause de la configuration des os et des tensions ligamentaires. La stabilité créée assure une bonne plateforme à la station debout. -1-|Page Cependant les articulations sont nombreuses et le mouvement combiné est important. Le mécanisme pour raidir le pied lors des activités fait appel à des muscles tels que le triceps sural, les fibulaires, le tibial antérieur et le tibial postérieur, chacun d’entre eux s’insérant sur les os du tarse. Quand ils se contractent, le pied devient plus rigide et agit comme un ressort raide. Le mécanisme par lequel toutes les articulations du tarse sont passivement verrouillées est l’action de l’aponévrose plantaire. Pour bien comprendre les contraintes auxquelles est soumise l’aponévrose plantaire, il faut cesser de concevoir le triceps sural comme s’insérant sur le calcaneus et concevoir le calcaneus comme un sésamoïde chargé d’amplifier la force et servant de came vers l’insertion distale à la base des orteils (Viel, 2000). En effet, sur le plan fonctionnel, il faut considérer que le triceps sural s’insère sur la première phalange de l’hallux (De Doncker, 1979). Les fibres du tendon d’Achille se continuent en effet dans l’aponévrose plantaire superficielle. Lors de la montée sur la pointe du pied, le triceps sural, en se réfléchissant sur la tubérosité calcanéenne vient soutenir l’angle tibio-pédieux ouvert en avant. Si on considère ainsi le calcaneus somme un sésamoïde, on comprend pourquoi l’arche médial de pied se creuse quand on se met en appui digitigrade : l’extension passive de l’articulation métatarso-phalangienne associée à la traction triceps creuse cette arche. En effet, lorsque le talon se soulève, la traction appliquée au calcaneus par le tendon d’Achille est transmise aux têtes métatarsiennes par l’aponévrose plantaire qui se termine à la base des orteils. Selon Dufour et Stefanyshyn, avant l’insertion distale les tendons contournent les têtes métatarsiennes fortement convexes permettant ainsi d’obtenir une multiplication mécanique de la force disponible. L’aponévrose plantaire superficielle est une nappe de collagène présentant une très faible extensibilité, 1.8% de sa longueur de repos (Wright, 1964). Une extension des orteils met en tension l’aponévrose plantaire. C’est le cas lorsqu’on se met en appui digitigrade. Le poids du corps est transmis de l’articulation tibio-tarsienne vers les trois points d’appui de la voûte. En position debout statique, c’est le talon qui supporte le maximum de contraintes, environ la moitié du poids du corps. Sous la charge, chaque arche s’écrase et s’allonge La force verticale exercée en station érigée comprime les structures situées au niveau de la surface d’appui, ce qui se traduit par une pression. Cette pression est potentiellement nuisible pour les tissus car en plus de ses effets mécaniques, elle bloque la vascularisation. Les chiffres de pression révélés par plusieurs études sont relativement concordants : il existe un seuil de normalité qui ne devrait pas excéder 10 Kg/ cm². Il faut garder à l’esprit que la pression n’est pas la charge mais la résultante du mode de transfert de cette charge. En position debout, d’importantes pressions s’exercent sur les coussinets du talon, de l’hallux et du petit orteil. Selon les études concernant un sujet d’une trentaine d’années effectuant une marche à plat, la pression totale exercée sur le talon est d’environ 863 kPa, contre 1136 kPa sur l’avant-pied (Brown,1996). Afin de répartir équitablement ces pressions sur une surface de contact plus large, le tissu conjonctif sous-cutané de la plante du pied (d’une épaisseur allant jusqu’à 2 cm) est construit comme une chambre de pression et se présente donc comme une adaptation fonctionnelle à ces exigences. -2-|Page Elle agit comme un amortisseur et participe à la stabilité mécanique de la plante du pied. Dans ce système d’amortissement, la position debout conduirait à des points d’appui où les forces seraient très élevées avec risque de lésions type nécrose. Les chambres de pression contiennent un tissu conjonctif riche en graisse entouré d’un solide tissu de fibres collagène. Ces cloisons conjonctives sont solidement ancrées entre l’aponévrose plantaire et la peau épaisse de la plante du pied. Elles sont irriguées par un réseau vasculaire étendu qui aide à la stabilisation des parois des chambres. Il existe deux types de coussinets graisseux : les coussinets graisseux d’amortissement situés sous les tendons et les articulations métatarso-phalangiennes et les coussinets graisseux de remplissage et de protection situés dans les espaces inter-céphaliques (Leemrijse, 2009). En pratique, la danseuse adopte différentes positions du pied au sol dont la demi-pointe. Dans cette position, la contraction du triceps sural associée à l’action du long fléchisseur de l’hallux et des muscles plantaires va projeter le talus en haut et en avant permettant ainsi l’extension de la cheville. On note alors une élévation et une antériorisation du centre de gravité. Comme l’ont montré Fine et Basmajian avec une population non sportive, l’activité des fibulaires et du triceps sural est importante lorsque le sujet est sur la pointe des pieds (demi-pointe en terminologie de danse). Basmajian explique cette activité importante des gastrocnémiens et du long fibulaire par le fait qu’ils retiennent le corps pendant le déplacement en avant lorsque la cheville est en extension et le talon haut. Les derniers degrés nécessaires à la demi-pointe sont d’avantage liés à la contraction du long fléchisseur de l’hallux qu’à celle du triceps sural. La stabilité antéro-postérieure de l’articulation talo-crurale est assurée indirectement grâce à la force des tendons et à leur traction sur les os du tarse antérieur. Les triceps suraux, tibiaux postérieurs et fibulaires assurent lors de leur contraction la solidité de l’ensemble. L’équilibre transversal est assuré par le tibial postérieur et le triceps sural, qui s’opposent tous deux à l’éversion du pied, ainsi que par le long fibulaire qui s’oppose au mouvement d’inversion. -3-|Page En demi-pointe, la cheville est en extension quasiment maximale. Le talus bute contre la marge tibiale postérieure. La poulie talaire offre son plus petit diamètre à la pince bi malléolaire, les ligaments collatéraux retiennent les mouvements de bascule mais il existe tout de même une situation d’instabilité ostéo-articulaire. L’articulation médio-tarsienne, classiquement orientée dans un plan vertical, se positionne dans un plan horizontal et travaille en compression. Située au sommet de la voûte, elle encaisse d’importantes contraintes antéro-postérieurs en cisaillement. L’articulation tarso-métatarsienne, qui se trouve habituellement dans un plan verticale, se retrouve quant à elle horizontalisée et devient une articulation portante, par conséquent elle travaille en compression. On note une verticalisation des métatarsiens qui s’écartent et reposent au sol par leur tête. Ce sont eux qui vont supporter la majorité du poids du corps. Les articulations métatarso-phalangiennes sont sollicitées en extension maximale. Les sésamoïdes représentent une zone d’appui élective ; ils vont intervenir dans la propulsion ainsi que dans l’amortissement des sauts et des relevés. Ils jouent un rôle de pivot lors des pirouettes sur demi-pointes. Ils vont être soumis à de fortes contraintes. Les orteils s’écartent de part et d’autre du 2ème orteil pour élargir la base de sustentation. Concernant les pressions exercées sur la plante du pied dans cette position de demi-pointe, une étude d’Eisenhardt a montré que la pression maximale s’exerçait au centre du pied et plus particulièrement sous la tête du 3ème métatarsien. L’augmentation de la charge sur l’avant-pied est de l’ordre de 57% pour une élévation de 5cm du talon et de 76% pour une élévation de 8cm. Le chaussage spécifique à chaque danse permet des appuis différents. Plusieurs types de chaussage sont possibles et fonction du type de danse pratiquée. Le chausson de danse est souple et permet de glisser sur à peu près tous les types de sol à partir d’une position plantigrade. Les sneakers de danse sont des baskets à semelle partagée. La semelle de l’avant-pied et la semelle du talon sont différenciées pour permettre au pied une meilleure flexibilité. Leur principal inconvénient est qu’elles ne glissent parfois pas assez. Enfin les latines ; ce sont les chaussures les plus répandues, elles sont à la salsera ce que les crampons sont aux footballeurs : une paire de chaussure spécialement conçue pour faciliter la pratique de cette discipline. Les latines ont l’avantage d’être esthétiques et confortables, conçues dans des cuirs d’excellente qualité. Très solides, elles peuvent facilement résister à deux ans de pratique régulière lorsqu’elles sont de bonne qualité. Leurs semelles en peau de buffle offre une bonne adhérence au sol et une bonne flexibilité tout en permettant les pivots. Les talons sont généralement fins mais légèrement évasés à leur extrémité afin de permettre une certaine stabilité. Leur hauteur moyenne est de 6.5 cm. La danse est un sport exigeant, tant au niveau physique que mental. Derrière toute la légèreté d’un danseur ou d’une danseuse se cache un corps musclé, entrainé à un haut niveau et dont les gestes sont parfaitement maîtrisés, cela au prix de longues heures d’entrainement et d’effort. Il existe des pathologies relativement spécifiques de ce sport, notamment au niveau des pieds, en raison de la forte sollicitation de certaines structures anatomiques, des exigences techniques et esthétiques. -4-|Page Les pathologies fréquemment rencontrées sont les entorses, fractures, lésions de fatigue, dégénérescence osseuse, syndromes tendineux, pathologies nerveuses et arrachements ostéo-ligamentaires. * les fractures de fatigue sont très courantes puisqu’on estime qu’elles concernent près d’un tiers des danseurs et danseuses. Il s’agit d’une pathologie d’adaptation de l’os à un effort intense et répété. De nombreux facteurs interviennent dans cette pathologie : la qualité des sols et la fatigue musculaire. Les entrainements fréquents et intensifs engendrent une fatigue musculaire et déséquilibrent ainsi tout le système de protection et de maintien des structures osseuses. Les fractures de fatigue au niveau du pied touchent surtout les métatarsiens. Le 2ème métatarsien, axe médian du pied, est le plus souvent atteint car c’est sur lui que les contraintes sont maximales lors de demi-pointes ou pointes. Ces fractures surviennent généralement lors de réception après un saut ou une pirouette. * l’hallux valgus est une déformation de l’avant-pied dans laquelle les phalanges sont déviées vers l’extérieur tandis que le 1er métatarsien part vers l’intérieur. Il s’agit de la seule maladie reconnue comme maladie professionnelle de la danse. Les causes de cette déformation peuvent être multiples mais on rencontre généralement la combinaison de divers facteurs : une prédisposition par une structure osseuse particulière du pied, une hyperlaxité ligamentaire qui tend à accentuer les déformations, le port prolongé de chaussures à extrémités étroites, un défaut de rotation externe de hanche qui amène à une compensation par le placement du pied. * l’arthrose : en danse classique, la cheville est souvent en hyper-extension, orteils en hyper-flexion pour atteindre la perfection de la « pointe de pied tendue ». Cette position contraint les articulations des phalanges. Cette position alterne avec les positions « sur pointes », positions pendant lesquelles les articulations sont comprimées. Il résulte de ces différentes contraintes une arthrose précoce des articulations phalangiennes et de celles du « cou de pied » ainsi qu’une réaction inflammatoire osseuse aboutissant à la production d’ostéophytes. Cette pathologie orthopédique peut entrainer secondairement des lésions au niveau des tendons et des nerfs qui passent à proximité des lésions osseuses. * les sésamoïdopathies entrainent chez le danseur une sensation de douleur lorsqu’il monte sur ses demi-pointes, surtout en partie médiale de l’avant-pied. Rappelons que c’est à ce niveau que le pied amortit tous les chocs, c’est de là que partent les impulsions lors des sauts et c’est également cette région qui permet les mouvements de pivot sur demi-pointe. Les lésions observées sur les radios montrent des fragmentations d’os intervenant lors de fractures de fatigue et un contour remanié et irrégulier lors de la dégénérescence des tissus osseux. Une pathologie d’insertion des tendons musculaires sur ces petits os est également possible. * la subluxation du talus engendre une gêne, une sensation douloureuse et de blocage lorsque le pied est en flexion. Une entorse ou une mauvaise réception lors d’un saut peuvent constituer des antécédents pathologiques qui évoluent vers une luxation de cheville. -5-|Page * le syndrome tibio-talien antérieur correspond à une douleur et à une limitation de la flexion de cheville. Ce syndrome peut êtres dû à une évolution d’une subluxation de la cheville ou à l’étirement répété de l’articulation talo-crurale lors des pointes et demi-pointes. Ces étirements provoquent des microtraumatismes et la formation de petites éminences osseuses douloureuses, les ostéophytes. * les ténosynovites peuvent également être observées. Il s’agit d’une inflammation des tendons de certains muscles du pied. Qu’en est-il chez la danseuse de salsa ? La salsa est une danse « à la mode » d’origine cubaine. Elle se danse sur 8 temps dont seulement 6 correspondent à des pas. En effet le 4ème et le 8ème temps correspondent à une pause, d’où un effet « rapide, rapide, lent » dans la danse. Les pas peuvent inclure des déplacements ou peuvent être faits sur place. Cette danse consiste donc à effectuer trois pas de suite et faire une pause après ceux-ci. Le temps de pause peut être comblé entre autre par un déhanchement surchargeant le pied en appui à ce temps. Il existe différentes façons de danser la salsa : les danseurs peuvent se diriger dans une direction, danser la salsa sur place ou bien encore tourner. Il faut garder à l’esprit qu’effectuer un pas implique le placement du pied au sol et le déplacement du poids du corps sur ce pied. Tous les changements d’appuis effectués passent le poids du corps tantôt sur les deux pieds, tantôt sur l’un ou l’autre des pieds. Du fait du port de chaussures à talons, les têtes métatarsiennes supportent en permanence une grande partie du poids du corps de la danseuse. La salsera porte une chaussure de type latine présentant un talon fin de 5.5 cm à 7.5 cm généralement. Elle comporte une bride au niveau du cou de pied permettant un bon maintien du pied dans la chaussure. La semelle est très souple au niveau de l’avant-pied afin d’épouser les mouvements du pied. Le port de chaussures à talons hauts amène la cheville en extension avec verticalisation et empilement des os du tarse. L’observation des salseras montre qu’elles ne posent presque pas leurs talons au sol. Il y a donc inversion des pourcentages d’appui. En effet, le rythme imposé par la salsa ne permet pas à la cheville de revenir en position initiale. Le pied de la danseuse pendant la danse reste globalement fixe, avec appui presque exclusif de l’avant-pied. Le jeu articulaire intervient essentiellement au niveau des genoux et du complexe lombo-pelvifémoral. L’observation de la chaussure de danse latine vient appuyer cette explication. En effet, elle montre une usure au niveau de la semelle avant mais les talons sont intacts. La danseuse peut ainsi passer de longues périodes en appui presque exclusivement sur les têtes métatarsiennes et les orteils. On comprend mieux la fréquence des métatarsalgies dans ce type de danse. Le maximum de pression se reporte sur l’avant-pied, entrainant une surcharge des têtes métatarsiennes. Les orteils perdent leur appui en essayant de compenser par une flexion des articulations interphalangiennes, ce qui s’accompagne d’une extension des articulations métatarso-phalangiennes, autrement dit une griffe des orteils. -6-|Page La semelle étant fine, elle n’apporte aucune protection réelle d’où l’apparition de diverses algies de l’avant-pied, de cors, durillons et maux unguéaux. Au plan postural, la ligne de charge est antériorisée et le tendon calcanéen se rétracte. De nombreux sportifs vont effectuer un échauffement, une préparation, afin de diminuer le risque de blessure. La danseuse va également s’échauffer, certes, mais sans préparer spécifiquement ses pieds. En effet, les échauffements sont souvent réalisés une fois chaussée. Le pied se trouve alors contraint de passer directement d’une position de confort à une position de demi-pointe sans préparation préalable, ce qui est susceptible d’engendrer des algies d’avant-pied. Ce travail pose la question de l’intérêt d’une préparation massokinésithérapique de ces pieds. L’hypothèse proposée est que la préparation manuelle des pieds de la danseuse avant de chausser ses talons hauts permet de diminuer les algies podales après avoir dansé. -7-|Page II. Méthode : Population : L’étude a été menée sur une population de 15 danseuses de salsa débutantes, entre 20 et 25 ans, assistant à des cours d’1H30 de salsa cubaine. Les critères d’inclusion étaient qu’elles portent pendant la danse des chaussures type latines à talons et qu’elles présentent habituellement des douleurs au niveau des pieds après avoir dansé. Concernant le chaussage, voici la répartition de la hauteur des talons dans la population choisie : 12 10 8 6 4 2 0 4.5 cm 5.5 cm 6.5 cm 7.5 cm Soit une moyenne de 6.27 cm. Ont été exclues les femmes présentant ou ayant eu des entorses, fractures des membres inférieurs ou chirurgies des membres inférieurs ainsi que celles présentant lors de l’étude des problèmes cutanés, unguéaux ou autres au niveau des pieds. Matériel : Cette étude a demandé la réalisation d’un questionnaire permettant d’évaluer le ressenti au niveau des pieds pour chaque danseuse. Afin d’évaluer la douleur, il comporte une échelle numérique. Peu de bibliographie ayant été trouvée sur la façon d’objectiver réellement de façon qualitative ces douleurs, la suite du questionnaire a été élaborée en fonction d’une expérience personnelle de la pratique de cette danse ainsi que de nombreux retours de danseuses se plaignant de ces mêmes douleurs. Les différents qualificatifs utilisés lors de ces entretiens ont permis de formuler les questions. -8-|Page Cette étude repose sur un protocole de préparation manuelle du pied élaboré à partir de recherches documentaires, de tests et de pratiques personnelles en tant que danseuse expérimentée. De nombreuses études ont été menées sur les bienfaits et les techniques de massage du pied. Comme l’évoque M. Dufour, le massage aurait comme effet une stimulation mécanique de l’activité des cellules de la peau et/ou une amélioration de leur trophicité, lié à un effet circulatoire local. Fawaz et Colin ont quant à eux montré une élévation de la pression en oxygène transcutanée après des manœuvres d’effleurage, de pressions glissées et de pétrissages superficiels lents et légers. Selon Harichaux et coll., les pressions glissées et les pressions statiques permettent d’augmenter la vitesse de circulation du retour veineux. Pour ces raisons, le protocole fait appel aux manœuvres d’effleurage, de pressions statiques et de pressions glissées et de frictions. A ces manœuvres s’ajoutent des étirements des muscles fléchisseurs afin de réaliser un éveil sensitif de ces muscles et de les préparer à la position demi-pointe. La crème utilisée pour effectuer la préparation manuelle des pieds est de type neutre. Voici le protocole employé lors de l’étude : Protocole de préparation manuelle du pied : 1- Effleurage de l’ensemble du pied des orteils jusqu’aux chevilles : 30 secondes 2- Pressions statiques * d’abord au niveau du calcaneus : 3 fois avec le talon de la main * puis au niveau des têtes métatarsiennes : 3 fois pour chacune avec le pouce * enfin au niveau de la pulpe des orteils : 3 fois pour chacune avec le pouce 3- Pressions glissées exercées avec le talon de la main en partant du talon vers les têtes métatarsiennes * d’abord en longeant le bord latéral du pied : répéter 3 fois * puis en longeant le bord médial du pied : répéter 3 fois * enfin effectuer 3 pressions glissées successives sous chaque orteil 4- Frictions sur le talon pendant 1 minute et sous la base des métatarsiens pendant 1 minute 5- Etirements de la plante du pied. Genou fléchi, amener en flexion dorsale de cheville et en extension des orteils. Maintenir 5 secondes et relâcher. Répéter 3 fois. Répéter l’ensemble des manœuvres sur l’autre pied -9-|Page La procédure expérimentale : Pour tous les sujets l’étude a été menée sur les deux pieds. Chaque danseuse a assisté à un premier cours de salsa de niveau débutant avec ses chaussures à talons pendant 1H30. Dès la fin du cours, elle à répondu à la première partie du questionnaire (partie 1 ci-après) afin d’évaluer la localisation, l’intensité et les caractéristiques des douleurs podales ressenties. La semaine suivante, la même danseuse est venue suivre un cours identique, d’une même durée, mais elle a préalablement subi une préparation manuelle des pieds selon de protocole précédemment exposé. Pour toutes les danseuses, la préparation des pieds a été effectuée par une même personne. A la suite de cette préparation manuelle du pied, la danseuse a suivi le cours et a complété avant de partir le seconde partie du questionnaire (partie 2 ci-après) qui reprend les mêmes items que lors de la première séance. Une fois tous les questionnaires complétés, les réponses aux différents items ont été reportées dans des tableaux avec le logiciel Microsoft Excel. Un premier tableau (Annexe 1) regroupe l’ensemble des parties 1 du questionnaire, c'est-à-dire les tests sans préparation du pied et un second tableau (Annexe 2) fait de même avec les parties 2, c'est-à-dire avec réalisation de la préparation manuelle des pieds. Une analyse statistique et la réalisation de courbes et graphiques ont ensuite permis de mieux exploiter les réponses. - 10 - | P a g e Nom et prénom : PARTIE 1 : après 1h30 de danse en talons sans préparation manuelle des pieds 1- Quelle est la hauteur des talons avec lesquels vous dansez ? 2- Avez-vous des douleurs au niveau des pieds après avoir dansé ? (entourez votre réponse) oui non 3- Dans quelle zone la douleur est-elle localisée ? (cochez le ou les numéros correspondants) 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 4- Si vous deviez évaluer cette douleur juste après avoir dansé sur une échelle allant de 0 à 10 (0 : pas de douleur et 10 douleur maximale imaginable), combien donneriez vous ? (placer une croix sur la gradation correspondante) 0 10 - 11 - | P a g e 5- Pieds nus, cette douleur est présente dans quelles positions ? (cochez votre réponse) En position debout avec les 2 pieds à plat : □ oui □ non En position debout pied à plat sur un seul pied : □ oui En position debout sur la pointe des deux pieds : □ oui En position debout sur la pointe d’un seul pied : □ oui Quand le pied n’est plus en appui : □ oui □ non □ non □ non □ non 6- Qualifiez le type de douleur : (cochez votre réponse) □ Brûlure □ Fourmillement □ Diffuse □ Localisée (comme une épine sous le pied) - 12 - | P a g e PARTIE 2 : après 1h30 de danse en talons avec préparation manuelle des pieds 2- Avez-vous des douleurs au niveau des pieds après avoir dansé ? (entourez votre réponse) oui non 3- Dans quelle zone la douleur est-elle localisée ? (cochez le ou les numéros correspondants) 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 4- Si vous deviez évaluer cette douleur juste après avoir dansé sur une échelle allant de 0 à 10 (0 : pas de douleur et 10 douleur maximale imaginable), combien donneriez vous ? (placer une croix sur la gradation correspondante) 0 10 - 13 - | P a g e 5- Pieds nus, cette douleur est présente dans quelles positions ? (cochez votre réponse) En position debout avec les 2 pieds à plat : □ oui □ non En position debout pied à plat sur un seul pied : □ oui En position debout sur la pointe des deux pieds : □ oui En position debout sur la pointe d’un seul pied : □ oui Quand le pied n’est plus en appui : □ oui □ non □ non □ non □ non 6- Qualifiez le type de douleur : (cochez votre réponse) □ Brûlure □ Fourmillement □ Diffuse □ Localisée (comme une épine sous le pied) - 14 - | P a g e III. Résultats Parmi les 15 danseuses ayant participé à l’étude et présentant des douleurs après un cours de salsa de 1H30 portant des chaussures latines à semelle souple, voici les résultats obtenus aux différentes questions : Question 3: localisation de la douleur ? 14 12 10 8 sans préparation 6 avec préparation 4 2 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Sans préparation, les douleurs sont présentes en zone 6, 7 et 8, ce qui correspond à l’ensemble de l’avant pied situé en regard des têtes métatarsiennes. Après préparation des pieds, les douleurs qui persistent sont uniquement localisées en zone 6, c'est-àdire sous la tête du 1er métatarsien. Question 4 : intensité de la douleur ? (cotée de 1 à 10) 6 5 4 3 sans préparation avec préparation 2 1 0 S1 S2 S3 S4 S5 S6 S7 S8 S9 S10 S11 S12 S13 S14 S15 - 15 - | P a g e Sans préparation manuelle des pieds, les danseuses évaluent leur douleur à 3/10 pour 8 d’entre elles, 4/10 pour 6 autres et enfin 5/10 pour une dernière. Lors de la seconde évaluation, après le massage du pied, les cotations s’étalent de 0/10 pour 7 des danseuses à 3/10 pour d’autres. Pour toutes on peut observer que la cotation a diminué d’au moins 2 points entre les deux évaluations. Question 5 : qualification de la douleur 10 9 8 7 6 sans préparation 5 avec préparation 4 3 2 1 0 brûlure fourmillement diffuse localisée * brûlure ou fourmillement ? Que ce soit avec ou sans préparation manuelle des pieds, les danseuses répondent préférentiellement brûlure. 10 sujets sur 15 ont une sensation de brûlure en temps normal contre 5 après mise en place du protocole. Concernant les sensations de fourmillement, elles concernent 5 des danseuses en temps normal et 3 après le test. *douleur diffuse ou ponctiforme ? Après un cours de salsa habituel, 9 danseuses sur 15 se plaignent de douleurs bien localisées sous l’avant-pied. Après préparation manuelle des pieds, seules 2 filles conservent des douleurs de ce type. Certaines salseras présentent des douleurs plutôt diffuses ; c’est le cas pour 6 d’entre elles en temps normal. Ce chiffre reste valable après réalisation du protocole. - 16 - | P a g e Question 6 : quand la douleur est-elle présente une fois déchaussée ? 16 14 12 10 8 sans préparation avec préparation 6 4 2 0 en décharge bipodal pied à unipodal pied à plat plat bipodal digitigrade unipodal digitigrade Sans préparation, on observe que pour au moins 14 des danseuses, la douleur est présente dès que le pied est en charge. Deux d’entre elles ont des douleurs également quand le pied n’est plus en appui. Avec préparation préalable des pieds, on relève que les douleurs persistantes sont présentes en majorité quand le sujet se met sur la pointe des pieds (c’est le cas pour 8 des sujets), et assez peu quand le pied est à plat (2 sujets). Une danseuse garde des douleurs quand le pied est en décharge. - 17 - | P a g e IV. Analyse des résultats L’analyse des résultats a été réalisée à partir des tableaux 1 et 2 en annexe. Après un cours de salsa d’une heure et demi, toutes les danseuses participant à l’étude, au nombre de quinze, présentaient des algies podales. L’évaluation par la question n°2 montre que suite à la préparation manuelle des pieds réalisée avant le cours, pour sept d’entre elles les douleurs ne sont pas apparues. Concernant la localisation de ces douleurs, évaluée par la question n°3, on retrouve lors de la première évaluation des algies présentes uniquement sur l’avant-pied, réparties en regard des têtes métatarsiennes, aussi bien en médial qu’en latéral. Après réalisation du protocole, on peut observer que les seules douleurs qui persistent sont situées en regard de la tête du 1er métatarsien. Les douleurs du reste de l’avant-pied ne sont plus signalées par les danseuses. Intéressons nous maintenant à l’évaluation de l’intensité de la douleur. La première partie du questionnaire révèle une cotation allant de 3/10 à 5/10 avec une moyenne de 3.53/10 (variance = 0 ,41 ; écarttype = 0,64 ; Indice de confiance 95% = 3,53 +/- 0,35 , p-value = 4.333e-12 ). Après préparation manuelle des pieds, la douleur ressentie par certaines danseuses a disparu. Pour les autres, elle est évaluée entre 1/10 et 3/10. La moyenne totale est de 0,73/10 (variance = 0,78 ; écart-type= 0,88 ; Indice de confiance à 95% = 0,73 +/- 0,49 ; p-value= 0,0062). Les variances faibles nous permettent de dire que les échantillons sont homogènes. Les écart-type faibles montrent que les données sont peu dispersées. Les indices de confiances sont petits ce qui veut dire que le résultat est interprétable. La p-value est dans les deux cas inférieure à 0,05 ce qui rend ces tests statistiquement significatifs, autrement dit, il y a très peu de chances que la différence de réponse observée entre les deux tests soit due au hasard. Si on regarde les danseuses une par une, on note que pour chacune d’entre elles la cotation de la douleur a diminué de 2 à 4 points avec une moyenne de 2.8 points de baisse entre les deux questionnaires. L’effet escompté du protocole mis en place semble donc être vérifié puisqu’entre deux cours de salsa suivis dans les mêmes conditions mais où la seule différence était la préparation manuelle des pieds, la douleur a diminué d’en moyenne 2.8/10 points. Les intervalles de confiance avant et après préparation des pieds ne se chevauchant pas, on peut considérer que les résultats sont bien différents. - 18 - | P a g e Figure 1: comparaison des cotations de la douleur entre les deux questionnaires Dans les deux situations, on note que la douleur est plutôt de type brûlure. En revanche, 60% des danseuses interrogées ont plutôt une sensation de douleur ponctiforme en temps normal, tandis qu’après réalisation du protocole la proportion de douleurs diffuses par rapport aux douleurs localisées a considérablement augmenté. En effet, 75% des douleurs qui persistent après la préparation manuelle des pieds sont de type diffuses. Le protocole aurait donc permis d’éliminer pour 7 personnes les douleurs ponctiformes. Lors de la première évaluation, après avoir dansé, les douleurs étaient présentes dans presque toutes les positions du pied et dans les différentes conditions de mise en charge. En revanche, peu de douleurs étaient exprimées une fois le pied mis en décharge. Après préparation des pieds, on relève que les douleurs persistantes sont présentes en majorité quand le sujet se remet en appui digitigrade, autrement dit en demi-pointe et ceci en unipodal comme en bipodal. Peu de douleurs sont signalées pied à plat. Suite à la préparation du pied, la douleur semble donc apparaitre pour une condition de mise en charge plus contraignante et donc pour une pression exercée plus importante. - 19 - | P a g e V. Discussion A. Critique du travail L’étude ci-dessus n’est certes qu’une ébauche d’étude scientifique, en effet, de nombreux biais rendent cette étude critiquable. Concernant la population choisie, les danseuses étaient jeunes, débutantes en salsa et portaient le même type de chaussures : des latines. Cependant le nombre de sujets est faible (quinze) et une population plus importante permettrait sans doute une analyse statistique plus significative. Le protocole de préparation manuelle des pieds durait une dizaine de minutes en comptant l’installation. Etant réalisé par une seule et même personne, une seule danseuse pouvait être préparée chaque soir. Par conséquent chaque danseuse a bien été évaluée sur deux cours identiques, donnés par un même professeur, mais certaines ne faisaient pas partie des mêmes cours, dans les mêmes salles. Il est possible que le cours soit quelque peu différent d’un professeur à l’autre ou que la différence de sol fasse quelque peu varier les résultats. Il n’a pas été pris en compte le port ou non de collants dans les chaussures d’une fois sur l’autre. Ceci pourrait expliquer également des variations quant aux sensations de brûlures dues aux frottements cutanés plus ou moins importants dans les chaussures. Concernant la réalisation du protocole, la préparation a été effectuée par la même personne, chronomètre en main et en respectant scrupuleusement le nombre de pressions indiquées afin d’être rigoureux et donc reproductible. Cette personne a gardé le silence au maximum concernant le but de cette étude et des différentes manœuvres constituant le protocole afin de ne pas influencer les réponses des salseras. Cependant, il est possible de critiquer la forme même de l’étude. En effet, l’évaluation a été effectuée sur une seule et même population de quinze filles. A été évaluée leur douleur sans puis avec massage et étirement de leurs pieds par une tierce personne. Il n’est pas évident de dire que seul les manœuvres utilisées sont responsables de la diminution de la douleur observée. En effet, il est important de considérer l’effet placebo. C'est-à-dire que pour une danseuse qui a habituellement mal aux pieds après avoir dansé, le fait qu’on lui prête un peu attention et qu’on touche un peu à ses pieds peut la faire se sentir mieux. Pour autant, rien ne nous dit que si on avait juste effleuré ses pieds ou appliqué du froid préalablement à l’entrainement, on n’aurait pas obtenu les mêmes résultats. Il aurait été plus juste pour être pertinent dans cette étude comparer la douleur entre deux populations, une à laquelle aurait été réalisée le protocole précédent et une à laquelle on aurait juste appliqué de la chaleur au niveau de la plante du pied par exemple. La comparaison des résultats aurait alors permis de dire quelle technique semblait être la plus efficace par rapport à ce type de douleurs. Dans l’étude précédente, on pourrait dire que n’importe quelle intervention extérieure serait susceptible d’aboutir aux mêmes résultats qu’avec le protocole proposé. - 20 - | P a g e Le questionnaire mis en place a été, comme dit précédemment, réalisé à partir de ressenti personnel de ces douleurs et d’interrogatoires de diverses salseras dont certaines pratiquent la salsa depuis de nombreuses années. Les questions concernant la qualification de la douleur auraient pu être d’avantage détaillées, seules deux réponses B. qui étaient régulièrement mentionnées au préalable ont été retenues. Réflexion 1. Quelle est l’origine des douleurs podales ? Origine neurologique Il peut exister des douleurs neurogènes qui proviennent directement d’une affection du système nerveux. Dans ce cas, la lésion peut être périphérique par compression d’un nerf. Parlons plus particulièrement de la névrite interdigitale. Des nerfs interdigitaux peuvent être comprimés et causes de douleurs. Le nerf digital plantaire inter-métatarsien est situé dans l’espace plantaire inférieur sous capito-métatarsien. Il siège sous le ligament transverse inter-métatarsien et est accompagné d’un muscle lombrical et d’un paquet vasculo-nerveux. Il se dirige en avant depuis la plante jusqu’au dos du pied ; Si les articulations métatarso-phalangiennes sont en hyper extension, comme c’est le cas en demi-pointe, les nerfs sont étirés et comprimés sur les ligaments. S’il y a une surcharge, la douleur est lancinante et localisée aux orteils incriminés. La douleur persiste après la mise en décharge et le sujet a tendance à enlever ses chaussures et à masser ses pieds. Origine mécanique La peau et la graisse sous cutanée constituent la sole plantaire. A ce niveau, le tissu sous-cutané forme des logettes dans lesquelles le tissu adipeux est logé sous pression. Ces logettes assurent une déformation élastique de la sole plantaire entre les points d’appui osseux et le sol. Plus la charge augmente et plus les logettes sont comprimées augmentant l’effet amortissant. La sole plantaire permet ainsi une absorption optimale des chocs. Chez un sujet dont le système nerveux est sain et dont le pied est soumis à des pressions excessives en un endroit précis a lieu une atrophie du tissu graisseux et une hyperplasie de la peau et du tissu sous-cutané pouvant aboutir à un durillon ou à une bourse compensatoire. Les éléments tels que la capsule et les gaines sont alors moins bien protégés. Ce qui provoque la douleur, c’est l’inflammation qui atteint les bourses séreuses. L’inflammation est algésiogène, son origine est périphérique, faisant suite à l’activation des cellules qui permettent la réparation des tissus endommagés. Dans ce cas, on décrit une douleur lourde, diffuse, avec hypersensibilité et hyperalgésie. L’effet amortissant de la sole plantaire s’additionne à celui qu’autorisent les déformations de la voûte. - 21 - | P a g e Eléments biomécaniques de l’arche antérieur La mobilité différente des articulations tarso-métatarsiennes influence la courbure transversale de l’avant-pied au point de permettre de disposer toutes les têtes métatarsiennes sur un même plan horizontal. De plus, le ligament transverse inter-métatarsien et le faisceau transverse de l’abducteur de l’hallux se laissent étirer pour permettre à toutes les têtes métatarsiennes de toucher le sol. Ainsi, lors du soulèvement du talon, Schwartz et De Doncker ont montré une répartition équivalente de la contrainte entre les différentes têtes métatarsiennes. Entre 2 phases statiques, ces deux éléments par leur élasticité et leur tonus rendent aux têtes leur disposition habituelle en arc de cercle. Le port de chaussures à talons hauts ou la station en demi-pointe impose une surcharge constante sur l’avant-pied. Il n’est pas rare de retrouver chez les femmes portant des chaussures à talons hauts un affaissement de la voûte antérieure du pied. Un trouble fonctionnel de l’arche antérieur peut également s’expliquer par le fait que beaucoup de chaussures, trop étroites au niveau des têtes métatarsiennes, entravent l’étalement physiologique de la voûte antérieure transversale au cours de la marche ou de la danse. Un étalement correct n’étant pas permis, l’appui n’est pas réparti équitablement entre toutes les têtes métatarsiennes. Il sera privilégié en regard du premier et du cinquième métatarsien. Origine vasculaire La stase veineuse est également à prendre en compte en tant que facteur aggravant de la douleur. 2. Pourquoi la localisation sous la tête du 1er métatarsien ? D’après Eric Viel, pieds nus, lors de la marche, le pied quitte le sol par une pression sur la pulpe de l’hallux. Or, avec des chaussures à talons hauts, la pression maximale est exercée au centre du pied, plus particulièrement concentrée sur le 3ème métatarsien d’après une étude de Eisenhart. Ceci n’est pas en accord avec les résultats trouvés montrant une douleur importante en regard de l’hallux. Une première explication résulterait dans le phénomène de pivots effectués par la danseuse de salsa cubaine. A ce propos, Eric Viel découpe le pied en trois ensembles qui d’un point de vue biomécanique jouent un rôle différent : une zone d’équilibre et de propulsion, une zone d’amortissement et une zone de pivotement. Ces trois zones sont distinctes anatomiquement, excepté en un point où toutes trois se rejoignent : la tête du 1er métatarsien. - 22 - | P a g e Les trois régions identifiables du pied selon Viel : - amortissement (croix) - équilibre et propulsion (tirets) - pivotement (points) La localisation de la douleur en regard de la base de l’hallux pourrait donc s’expliquer par le fait que c’est une zone très sollicitée, tant au niveau de l’équilibre que de la propulsion, de l’amortissement et des pivots. De plus, cette zone présente deux os sésamoïdes, un peu plus superficiels, ce qui augmente l’appui à cet endroit. Afin de tenter d’expliquer cette localisation privilégiée et persistante de la douleur chez la salsera en demi-pointe, une étude sur plateforme stabilométrique a été réalisée chez cinq jeunes femmes. Pieds nus, il leur a été demandé de prendre place sur la plateforme et tout en restant en appui bipodal, de se mettre sur la pointe des pieds, autrement dit d’adopter une position demi-pointe. L’empreinte alors enregistrée permet d’évaluer la répartition des appuis sous l’avant-pied dans cette position. Chez les cinq personnes, l’appui est réparti de façon quasi uniforme sous l’ensemble des têtes métatarsiennes. Ceci est en accord avec ce que la littérature nous a précédemment décrit. A partir de cette position a ensuite été observé ce qui se passait si la personne effectuait des pas sur place toujours en demi-pointe. L’intérêt est qu’en salsa, l’appui est certes digitigrade mais surtout alternatif et rapide d’un pied sur l’autre. La réflexion tourne autour du fait que la charge n’a peut-être pas le temps de se répartir sur la totalité de l’avant pied lors d’appuis alternatifs rapides. Il est possible que ce soit cette alternance qui soit en faveur d’un appui localisé en médial plutôt qu’en latéral. Les résultats ont montré que lorsque l’on se met sur la pointe des pieds en bipodal, quand on demande au sujet d’effectuer des appuis alternatifs d’un pied sur l’autre et ceci de plus en plus rapidement, la répartition des charges est modifiée. En effet, c’est la partie médiale de l’avant-pied et en particulier le premier métatarsien qui vient au contact du sol et supporte donc toutes les contraintes. L’enregistrement baropodométrique réalisé pendant cette phase d’appui alternatif révèle un appui de plus de 85% localisé sous la tête du premier métatarsien. - 23 - | P a g e Cette étude pourrait donc expliquer pourquoi les douleurs les plus tenaces au traitement proposé chez la danseuse de salsa cubaine sont localisées sous la tête du premier métatarsien : c’est la zone d’appui privilégié et presque exclusif qui intervient dans le cadre de la salsa où les appuis sont alternatifs et rapides en position de demi-pointes. Gardons à l’esprit que la semelle est très mince et très souple, n’offrant que peu de protection à l’avant-pied, ce qui ne va pas dans le sens de l’amélioration de ces douleurs. 3. Protocole proposé Rôle et efficacité du massage sur les afférences sensitives plantaires André-Deshays et Revel *1988+ ont montré l’importance de la sole plantaire dans la sensibilité aux mouvements du pied et de la cheville. Kavounoudias et al [1999a, 1999b, 2001] et Perry et al. [2000] ont, de leur côté, montré l’importance des afférences plantaires dans le contrôle de l’équilibre. Belhassen et Pelissier *1999+ ont établi que la partie antérieure de la sole plantaire a une capacité discriminative supérieure à la partie postérieure. L’hyperstimulation des afférences somato-sensorielles obtenue par le massage de la sole plantaire et la mobilisation des articulations de la cheville et du pied permet donc à court terme d’améliorer le contrôle postural. - 24 - | P a g e Rôle et efficacité de l’étirement sur la prévention des douleurs podales Magnusson décrit que l’étirement a un effet antalgique car au fur et à mesure qu’on étire le muscle, le sujet s’habitue à la douleur, d’où une augmentation de la tolérance à l’étirement par la suite. En position de demipointe, les muscles fléchisseurs intrinsèques du pied sont étirés. Le fait de les étirer lors de la préparation préalable au chaussage permettrait donc de diminuer les sensations de douleurs liées à leur étirement dans la chaussure lors de la danse. Garrett et Guissard, dans leurs études sur le stretching, relatent que ce dernier contribue à améliorer la coordination motrice, à réduire les tensions musculaires et à préparer les jonctions musculo-tendineuses à subir des tensions élevées. Un étirement global des muscles du pied parait donc avoir sa place dans la préparation manuelle du pied chez une danseuse portant des talons hauts. La position demi-pointe étant contraignante pour les muscles de la face plantaire du pied, il parait indispensable pour prévenir l’apparition de diverses algies, de les étirer afin d’ôter des tensions éventuellement déjà présentes et de préparer le muscle et ses jonctions myotendineuses aux contraintes qu’ils vont subir une fois le pied chaussé. Education thérapeutique ? A la vue des résultats obtenus suite à cette étude et à la demande de certaines danseuses, une éducation thérapeutique a été mise en place afin de leur permettre de prendre elles-mêmes en charge leurs pieds avant d’aller danser. - 25 - | P a g e VI. Bibliographie BASMAJIAN John. Muscles alive, 4ème edition, Baltimore, The Williams & Wikins Company, 1978 BEJJANI FJ., SAILLARD P. et DIEBOLD P. Biomécanique de l’avant-pied, Encyclopédie Médico-chirurgicale, éditions scientifiques et médicales Elsevier, Podologie, 27-010-A-40, 2000 , p.8 BENICHOU J. LIBOTTE M. Le livre du pied et de la marche, édition Odile Jacob, novembre 2002 BROWN M., RUDICEL S. et ESQUENAZI A. Measurement of dynamic pressure at the shoe-foot interface during normal walking with various foot orthoses using the FSCAN system. Foot ankle int, 1996, 17, p.152-156 CAILLIET R. Le pied , collection de rééducation fonctionnelle et de réadaptation. Paris : édition Masson,1983, p.131-135. CRONIER P. 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EVA (/10) 6 7 8 8 oui x 2 (≠2) 6.5 oui x 3 (≠2) 4.5 non 6.5 oui 6.5 non 6.5 oui x 1 (≠3) 6.5 oui x 1 (≠2) 6.5 non 0 (≠3) 4.5 non 0 (≠3) 6.5 non 0 (≠3) 6.5 oui x 6.5 oui x 6.5 non 6.5 oui 5.5 non type douleur bipodal pied à plat bipodal digitigrade unipodal pied à plat unipodal digitigrade décharge fourmillement x x x x x x x x x brûlure diffuse localisée x x x x x x x x x x x x 1 (≠3) x x 1 (≠3) x x x x 1 (≠2) x x x x 0 (≠4) x x 0 (≠3) x 1 (≠2) x 0 (≠3) x x x x x 0 (≠4) x tableau 2 : réponses au questionnaire après préparation manuelle des pieds -1-|Page