tourisme urbain - intervention Marseille

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tourisme urbain - intervention Marseille
SEMAINE ECONOMIQUE DE LA MEDITERRANEE
Marseille – 6 novembre 2015
Jacques AUGUSTIN
Ancien directeur du tourisme
INTRODUCTION
Le tourisme urbain est un phénomène économique majeur.
En 2014 les villes françaises ont généré la plus forte consommation touristique en France avec
23,6 milliards d’Euros. Elles représentaient 30,3% des séjours effectués par les Français et 40%
par les étrangers.
Les City Break, ces escapades urbaines de week-end qui touchaient un marché de niches dans
les années 1980, sont aujourd’hui l’un des produits les plus florissants du tourisme.
En France, les six premières villes réceptrices de touristes urbains sont Paris (12,3% des séjours),
puis Nice, Bordeaux, Toulouse, Lyon, Marseille avec entre 2 et 3 % des séjours chacune.
C’est un phénomène mondial d’ampleur
Visiteurs internationaux 2010 (Chiffres OMT)
Population
Athènes
Barcelone
Hong Kong
Lisbonne
Vienne
3M
1, 6 M
7M
500 000
1,7 M
Visiteurs
internationaux
3,2 M
3,2 M
36 M
1,9 M
9M
1 - LE TOURISME URBAIN EST UN PHENOMENE ECONOMIQUE A MULTIFACETTES
Une clientèle de typologie multiple : la visite à la famille et aux amis, clientèle affaires, la
clientèle qui vient à la journée, clientèle internationale de court séjour, city-breaks pour les
nationaux etc…
Des réalités urbaines différenciées au regard du tourisme
On peut distinguer :
• Les grandes villes touristiques : villes d’art à riche patrimoine - véritables villes-musées
(Venise, Séville) ; les métropoles d’affaires / capitales politiques et administratives comme
Vienne, Rome ou Madrid.
Ce sont les destinations « city-break » qui se suffisent à elle-même
• Les villes moyennes, étapes touristiques majeures en raison d’un quartier historique de
premier ordre ;
• Les petites villes qui cumulent un patrimoine de la cité et l’attrait d’un positionnement
central au cœur d’un territoire attractif ;
Ces deux dernières catégories ne peuvent être que des villes-étapes, et encore si l’offre
d’hébergement existe. Seul le complément territorial peut motiver un séjour.
•
Les villes spécialisées : les centre de pèlerinage, les villes de jeux ou de parcs d’attraction,
les villes balnéaires ou thermales, les pôles commerciaux – magasins de marques qui
rayonnent peu sur leur hinterland et n’en dépendent pas significativement.
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2. UN TOURISME URBAIN MARQUE PAR DES CARACTERISTIQUES ECLECTIQUES
Le tourisme urbain capitalise sur trois champs de découverte qui se complètent : la ville
patrimoniale et culturelle ; la ville intrinsèque (commerces, espaces publics – plazza mayor -,
restaurants, espaces verts), qui sont les lieux qui permettent de vivre la ville, et la ville centre
d’un territoire, fenêtre vers d’autres pratiques ou expériences.
C’est sur ces trois dimensions que doit se construire des axes d’une différenciation attractive de la
destination urbaine. Elle est obligatoirement portée par les NTIC.
On peut rappeler quelques fondamentaux indispensables à la pratique touristique urbaine :
- une accessibilité et une mobilité aisée : entrées de villes, accueil à l’aéroport, parkings, plans
simplifiés, billets de transports urbains adaptés etc…
- un espace public attractif : la première activité des touristes en ville, c’est la promenade fonctionnalité et commodité des espaces, esthétique et découverte, partage et rencontre
- des atouts patrimoniaux et culturels valorisés
- une offre d’hébergement actualisée valorisant la différenciation (hôtels de charme, boutiques
hôtels, auberges de jeunesse nouvelle génération…)
- une offre structurée en divertissement, animation, événementiel (fête des lumières à Lyon) importance du commerce support de l’animation : villes vivantes et non villes musées.
- une ville portée par ses habitants : greeters et ambassadeurs (Dunkerque).
3 - TOURISME URBAIN ET COMPLEMENTARITE TERRITORIALE
3.1 - Une réalité désormais identifiée
L’apport d’un hinterland n’est pas décisif pour les grandes destinations urbaines
caractérisées par les city-break : si le territoire est riche, on est plutôt dans le cas de
destinations juxtaposées : Florence /Toscane ; Marseille / Provence. Mais c’est un élément
complémentaire de l’attractivité : Paris et les excursions vers les châteaux de la Loire –
Delhi et le Taj Mahal
La connexion avec le territoire est déterminante, voire incontournable pour les destinations
urbaines non majeures. Leur vitalité touristique en est largement dépendante sur le plan de
la fréquentation des hébergements et des commerces mais aussi de leurs atouts
touristiques intrinsèques : musées, patrimoine, festivals… : Sarlat et la Dordogne, Caen et
les plages du débarquement, Rodez ou Millau et les Causses etc…
En miroir, pour les territoires, une récente étude de la DATAR montre que les touristes
en milieu rural sont d’abord des urbains issus des catégories socioprofessionnelles
supérieures et qu’ils n’entendent pas s’enterrer sur leur lieu d’hébergement : ils sont
notamment en quête fréquente d’activités : marchés, expositions, patrimoine culturel et
historique - toutes choses qui se trouvent majoritairement dans les villes.
3.2 - Plusieurs types de groupements sont apparus porteur de la préoccupation de
l’intégration territoriale du tourisme. Certains sont déjà anciens mais l’ensemble manque
d’exhaustivité. On peut citer :
• Les Villes et les Pays d'Art et d'Histoire.
Créé en 1985, ce label compte 184 membres : territoires, communes ou regroupements de
communes. Il s’agit d’engager les habitants dans une démarche active de connaissance, de
conservation, de médiation et de soutien et à la qualité architecturale et du cadre de vie.
•
L’association « Petites Cités de Caractère de France »
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Créée en 2009, elle regroupe différents réseaux territoriaux avec pour objectif de redynamiser
économiquement ces anciennes cités, en se basant sur leurs fonctions de centralité passées ou
présentes et en développant un tourisme culturel et patrimonial toute l’année en s’appuyant sur les
échelons territoriaux.
Exemple : l’Association des Petites Cités de Caractère de Bretagne qui rassemble 22 communes
atypiques, à la fois rurales par leur population limitée et leur mission de pole cantonal, et urbaines
par leur histoire et leur patrimoine. : La Roche-Bernard, Rochefort-en-Terre, Roscoff, Tréguier etc.
• L’association « Les Plus Beaux Villages de France » (153 adhérents)
Créée en 1982, elle a ancré sa stratégie autour du triptyque : préserver et valoriser la qualité
du patrimoine, accroître la notoriété, favoriser le développement économique en proposant
des séjours sur mesure, favorisant un tourisme plus "durable » que le tourisme de passage
• L'association « Réseau des Grands Sites de France »
Un Grand Site est un territoire remarquable pour ses qualités paysagères, naturelles et culturelles,
Un label officiel français a été créé par l’État en 2003 .14 membres du Réseau des Grands Sites
de France l'ont reçu à ce jour.
Les actions sont menées avec deux ambitions :
o préserver "l'esprit des lieux" propre à chaque site
o contribuer au développement économique et social du territoire en construisant un équilibre
entre visiteurs et habitants, tradition touristique et vie quotidienne de ceux qui y vivent et
qui les font vivre.
Le lien qui existe entre les grands sites et le tourisme urbain des villes voisines constitue un atout
fort : Gavarnie (Tarbes), Baie de Somme (Amiens), Camargue gardoise (Nimes), Dunes de
Flandre (Dunkerque), Estuaire de la Charente (Rochefort), Mont Ventoux (Avignon), Puy de Dôme
et Puy Mary (Clermont Ferrand), Montagne Sainte-Victoire (Aix).
• L’association nationale des sites remarquables du goût :
Le concept est de partir d’un produit emblématique du terroir et d’en faire le moteur qui valorise un
patrimoine sur le plan environnement et architectural. L’objectif est de faire connaître au touriste
les liens entre le produit, le patrimoine culturel, les paysages et les hommes.
o Entre Belfort et Mulhouse, autour d’Altkirch : la carpe frite.
o Les fruits Confits d’Apt : première ville au monde pour la fabrication des fruits confits.
La Confrérie du Fruit Confit d’Apt, et l’Office intercommunal des pays d’Apt et Pont Julien :
mettre en synergie le fruit confit, le patrimoine naturel et humain, et l’accueil sur ce territoire du
cœur du Luberon :
o Beaumes-de-Venise
o Épernay
o Les marais salants de Guérande
o La sardine de Saint-Gilles-Croix-de-Vie
o Le chasselas de Moissac
• Les offices de tourisme des villes ou des départements capitalisent aussi sur les
complémentarités villes / territoires :
Escapades en Narbonnaise de l’OT Narbonne
Consortium des offices de tourisme du secteur d’Angers
Arrière-pays héraultais de l’OT de Montpellier
A l’étranger, la prise en compte de cette problématique se développe :
Visit Britain, organisme britannique de promotion a lancé en janvier 2015 la
campagne Countryside is GREAT pour positionner les régions de la Grande-Bretagne parmi les
lieux incontournables à découvrir. Il s’agit d’augmenter le nombre de visiteurs à l’extérieur de ses
grands centres urbains. Countryside is GREAT met en valeur la culture moderne, la haute cuisine,
l’hébergement de classe mondiale et les magnifiques paysages britanniques.
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Visit Philadelphia aux Etats-Unis encourage les visiteurs de Philadelphie à découvrir
15 petites municipalités situées dans 5 comtés en périphérie de la ville.
Pour faire partie de la campagne, les municipalités devaient répondre aux critères suivants :
o être accessibles et se trouver à moins d’une heure en voiture ou en train de Philadelphie ;
o être dotées d’une rue principale animée et de commerces dynamiques;
o offrir des services de restauration et d’hébergement, ainsi qu’une grande variété d’activités
culturelles et de plein air ;
o jouir d’un passé historique ;
o posséder une équipe de marketing qui fait déjà la promotion de la municipalité.
CONCLUSION
Les paramètres d’une réflexion sur l’attractivité des villes et de leur arrière – pays :
1 - un constat : l’interactivité touristique villes - arrière-pays reste peu structurée bien qu’elle
soit cruciale pour le développement touristique des villes petites et moyennes
La gestion du tourisme urbain est en soi une problématique complexe qui peut
absorber la totalité des volontés de développement : voir les travaux de la Conférence
Nationale Permanente du Tourisme Urbain (CNPTU)
Une juxtaposition d’initiatives issues des acteurs locaux du tourisme plutôt qu’une
coordination. La construction d’une interactivité reste tributaire des capacités de
coopération des organismes publics locaux, voire des contraintes administratives
Des démarches portées par des organismes très restreints et qui restent donc
d‘une densité modeste : sites internet semi-obsolètes dans leur forme
2 – Quelles modalités pour le développement d’une attractivité conjuguée des villes et de
leur territoire ?
Donner à la ville un tissu d’équipements qui la pose en acteur incontournable de
l’animation touristique de son territoire : hébergements, services, accessibilité
Concrétiser l’hinterland par des actes structurants : portail internet et NTIC,
image/marque et logo, guides fédérateurs, tarifications unifiées (pass), coopérations
étroites des offices de tourisme, des sites et des fédérations des acteurs privés,
animations multi-sites (festival du Périgord Noir)
Irriguer l’hinterland : existence et fiabilité des transports intersites
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