Grands théorèmes de l`analyse fonctionnelle
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Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle - MAT 321 ÉCOLE POLYTECHNIQUE – Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 1 / 28 Exemple d’espace de Banach Exemple : L’espace (`∞ (N; K), k k∞ ) est un espace de Banach. Dém : Soit (xm )m≥0 est une suite de Cauchy de (`∞ (N, ; K), k k∞ ). On note xm := (xnm )n∈N , où xnm ∈ K. Par définition, pour tout ε > 0, il existe m0 ≥ 0 tel que, pour tous m, m0 ≥ m0 , 0 sup |xnm − xnm | < ε. n≥0 Donc, pour chaque n ≥ 0, la suite (xnm )m≥0 est une suite de Cauchy dans (K, | |), qui est un espace métrique complet. Cette suite converge vers une limite que l’on note zn ∈ K. Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 2 / 28 Exemple d’espace de Banach On note z := (zn )n≥0 . Vérifions que z ∈ `∞ (N; K) et que lim xm = z. m→+∞ On sait que 0 sup |xnm − xnm | < ε. n≥0 pour m, m0 ≥ m0 . Donc |xnm − zn | ≤ ε, pour tout m ≥ m0 . Finalement, la suite z est bornée (prendre par exemple ε = 1) et la suite (xm )m≥0 converge vers z pour la norme k k∞ . Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 3 / 28 Exemple d’espace de Banach Exemple : L’espace C ([0, 1]; R) muni de la norme kf k∞ = supx∈[0,1] |f (x)| est complet. Dém : Soit (fm )m≥0 est une suite de Cauchy de (C ([0, 1]; R), k k∞ ). Par définition, pour tout ε > 0, il existe n0 ≥ 0 tel que, pour tous m, n ≥ n0 , sup |fn (x) − fm (x)| < ε. x∈[0,1] Donc, pour chaque x ∈ [0, 1], la suite (fn (x))n≥0 est une suite de Cauchy dans (R, | |), qui est un espace métrique complet. Cette suite converge vers une limite que l’on note f (x) ∈ R. Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 4 / 28 Exemple d’espace de Banach Vérifions que f ∈ C ([0, 1]; R) et que limm→+∞ kfn − f k∞ = 0. On sait que pour tout ε > 0, il existe n0 ∈ N tel que sup |fn (x) − fm (x)| < ε. x∈[0,1] pour m, n ≥ n0 . Donc, pour tout ε > 0, il existe n0 ∈ N tel que sup |fn (x) − f (x)| ≤ ε. x∈[0,1] pour tout n ≥ n0 . Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 5 / 28 Exemple d’espace de Banach La fonction fn0 est continue en tout point de [0, 1], donc il existe δ > 0 tel que |y − x| < δ ⇒ |fn0 (y ) − fn0 (x)| < ε. Écrivons |f (y ) − f (x)| ≤ |f (y ) − fn0 (y )| + |fn0 (y ) − fn0 (x)| + |fn0 (x) − f (x)|. Conclusion, pour tout ε > 0, il existe δ > 0 tel que |y − x| < δ ⇒ |f (y ) − f (x)| < 3 ε, ce qui montre que f est continue sur [0, 1]. Finalement, la suite (fn )n≥0 converge vers f dans (C ([0, 1]; R), k k∞ ). Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 6 / 28 Applications linéaires continues entre espaces vectoriels normés Proposition (Caractérisation des applications linéaires continues) Soient (E , k kE ) et (F , k kF ) deux espaces vectoriels normés et L : E → F une application linéaire. Alors, les propositions suivantes sont équivalentes : (i) L est continue sur E ; (ii) L est continue en 0 ; (iii) il existe une constante C > 0 telle que kL(x)kF ≤ C kxkE , pour tout x ∈ E . Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 7 / 28 Applications linéaires continues On note L(E , F ) l’espace vectoriel des applications linéaires de E dans F et L(E , F ) le sous-espace vectoriel des applications linéaires continues de E dans F . Si L ∈ L(E , F ), on peut définir kLkL(E ,F ) := kL(x)kF kL(x)kF = sup = sup kL(x)kF . x∈E −{0} kxkE kxk≤1 kxkE kxk=1 sup En particulier kL (x)kF ≤ kLkL(E ,F ) kxkE . On vérifie que l’on a là une norme sur L(E , F ). Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 8 / 28 Applications linéaires continues On vérifie aussi que si L ∈ L(E , F ) et si L̃ ∈ L(F , G ), où E , F et G sont des espaces vectoriels normés, alors L̃ ◦ L ∈ L(E , G ) et kL̃ ◦ LkL(E ,G ) ≤ kLkL(E ,F ) kL̃kL(F ,G ) . En particulier, si L ∈ L(E , E ), on a kLn kL(E ,E ) ≤ (kLkL(E ,E ) )n , pour tout n ∈ N. Remarque : Rapprocher cette définition de la définition des normes subordonnées sur l’espace des matrices. Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 9 / 28 Exemples Exemple : On munit C ([0, 1]; K) de la norme kf k∞ := sup |f (t)|. t∈[0,1] L’application linéaire I : C ([0, 1]; K) → C ([0, 1]; K) définie par Z x I (f )(x) := f (t) dt, 0 pour tout x ∈ [0, 1], est une application continue et, pour tout x ∈ [0, 1], on a Z x |I (f )|(x) ≤ |f |(t) dt ≤ kf k∞ . 0 Donc kI (f )k∞ ≤ kf k∞ ce qui montre que l’application I est continue. Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 10 / 28 Exemples Exemple : On munit C ([0, 1]; K) de la norme Z 1 kv k1 := |v (t)| dt. 0 L’application A : C ([0, 1]; K) → K, définie par A(v ) = v (0) n’est pas continue de (C ([0, 1]; K), k k1 ) dans (K, | |). Pour tout j ∈ N − {0}, on note vj (x) := (1 − jx)+ . On a kvj k1 = 1 2j et A(vj ) = 1. Ce qui montre que l’on ne peut pas avoir une inégalité de la forme |A(v )| ≤ C kv k1 , valable pour toute v ∈ C ([0, 1]; K). Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 11 / 28 Applications linéaires sur un espace de dimension finie Proposition Si E est un espace vectoriel normé de dimension finie et F est un espace vectoriel normé, alors L(E , F ), l’espace des applications linéaires de E dans F coı̈ncide avec L(E , F ) l’espace des applications linéaires continues de E dans F . Proposition Supposons que (F , k kF ) est un espace de Banach. Alors, l’espace L(E , F ) muni de la norme k kL(E ,F ) est également un espace de Banach. Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 12 / 28 Théorème de Riesz Théorème (Théorème de Riesz) Un espace vectoriel normé (E , k k) est de dimension finie si et seulement si Bf (0, 1), la boule unité fermée de E , est compacte. Lemme (Lemme de Riesz) Soit (E , k k) un espace vectoriel normé et F un sous-espace fermé de E . On suppose que F 6= E . Alors, pour tout ε ∈ ]0, 1[ , il existe x ∈ E tel que kxk = 1 et miny ∈F kx − y k ≥ 1 − ε. Lemme Dans un espace vectoriel normé, un sous-espace vectoriel de dimension finie est fermé. Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 13 / 28 Critères de densité dans C (X ; R) Soit (X , d) un espace métrique compact. On muni C (X ; K) de la distance associée à la norme de la convergence uniforme kf k∞ := sup |f (x)|. x∈X Définition Un sous-ensemble H ⊂ C (X ; K) est séparant si, pour tous x 6= y ∈ X , il existe f ∈ H telle que f (x) 6= f (y ). On dit que H ⊂ C (X ; K) est une sous-algèbre si H est stable pour les lois +, x et par la multiplication par un scalaire. Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 14 / 28 Critères de densité dans C (X ; R) Dans le résultat suivant, on suppose que K = R. Théorème (Stone-Weierstrass) On suppose que (X , d) est un espace métrique compact. Soit H une sous-algèbre de C (X ; R) qui contient les fonctions constantes et qui est séparante. Alors H est dense dans C (X ; R), pour topologie associée à la norme de la convergence uniforme. Exemple : L’ensemble des restrictions à [a, b] des fonctions polynômes à coefficients dans R, est dense dans C ([a, b]; R), muni de la norme de la convergence uniforme. Autrement dit : Toute fonction continue sur [a, b] est limite uniforme d’une suite de (fonctions) polynômes. Exemple : L’ensemble des polynômes trigonométriques à coefficients dans R, est dense dans C (S1 ; R), muni de la norme de la convergence uniforme. Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 15 / 28 Critères de densité dans C (X ; R) Exemple : Toute fonction continue (à valeurs dans R) sur [0, 1] × [0, 1] est limite uniforme sur [0, 1] × [0, 1] de sommes finies de fonctions de la forme (x, y ) 7→ f (x) g (y ), où f et g sont continues sur [0, 1]. Exemple : Le sous-espace de C ([0, 1]; R) des fonctions lipschitziennes sur [0, 1] i.e. l’ensemble des fonctions f ∈ C ([0, 1]; R) pour lesquelles, il existe une constant k > 0 telle que |f (x) − f (y )| ≤ k |x − y |, est dense dans C ([0, 1]; R), muni de la norme de la convergence uniforme. Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 16 / 28 Critères de densité dans C (X ; C) Exemple : La fonction x → 7 e −ix n’est pas limite uniforme de combinaisons linéaires (finies) de fonctions de la forme x → 7 e inx , où n ∈ N. Définition On dit que H ⊂ C (X ; C) est auto-conjugué si, ∀f ∈ H, f ∈ H. Théorème (Stone-Weierstrass) On suppose que X est compact. Soit H une sous-algèbre de C (X ; C) qui contient les fonctions constantes, est séparante et auto-conjuguée. Alors, H est dense dans C (X ; C). Exemple : Le C-espace vectoriel engendré par les x 7→ e inx , pour n ∈ Z, est dense dans l’espace des fonctions continues 2π périodiques, muni de la norme de la convergence uniforme. Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 17 / 28 Le Théorème de Baire Le Théorème de Baire est un des théorèmes importants de l’analyse fonctionnelle. Théorème (Théorème de Baire) Soit (X , d) un espace métrique \ complet et (Un )n≥0 une suite d’ouverts de X qui sont denses Un est dense dans X . dans X i.e. Un = X . Alors, n≥0 Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 18 / 28 Le Théorème de Baire On a X − Y = X − Y̊ et z }| ˚ { X −Y = X −Y. Donc, \ Un = X ⇔ X− n≥0 z }| z[ }| { ˚ ˚ \ { Un = ∅ ⇔ X − Un = ∅ ⇔ (X − Un ) = ∅. \ n≥0 n≥0 n≥0 Théorème (Théorème de Baire) Soit (X , d) un espace [ métrique complet et (Fn )n≥0 une suite de fermés de X d’intérieurs vides ˚ i.e. Fn = ∅. Alors, Fn est d’intérieur vide. n≥0 Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 19 / 28 Conséquences du Théorème de Baire Exemple : L’espace E := R[X] ne peut pas être muni d’une norme qui le rend complet. Exemple : Soit (Un )n≥0 une suite d’ouverts denses dans (R, | |). Alors \ U := Un , n≥0 n’est pas un ensemble dénombrable. Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 20 / 28 Applications du Théorème de Baire Dém : Supposons que U est dénombrable infini (le cas où U est fini se traite de manière identique). Il existe une application bijective φ de N dans U. On vérifie que Vn := Un − {φ(n)} est encore un ouvert dense de R. T Le Théorème de Baire nous assure que n≥0 Vn est dense dans R. Mais \ n≥0 Vn = \ Un − U = ∅, n≥0 ce qui constitue la contradiction recherchée. Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 21 / 28 Théorème de point fixe de Banach Soit T une application d’un espace métrique (X , d) dans un espace métrique (X 0 , d0 ). Definition On dit que T est contractante s’il existe k ∈ [0, 1[ tel que, pour tous x, y ∈ X , d0 (T (x), T (y )) ≤ k d(x, y ), (autrement dit si T est k-lipschitzienne de rapport k ∈ [0, 1[). Une application contractante est, par définition, lipschitzienn, donc continue ! Theorem (Théorème de point fixe de Banach) Soit (X , d) un espace métrique complet non-vide et T : X → X une application contractante. Alors, T possède un unique point fixe dans X (i.e. il existe un unique x ∈ X tel que T (x) = x). Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 22 / 28 Application du Théorème de point fixe de Banach Exemple : On veut résoudre l’équation différentielle dx = F (x(t), t) dt avec x(0) = x0 ∈ RN . On suppose par exemple (pour simplifier) que F ∈ C 1 (RN × R; RN ). On écrit x(t) = x0 + y (t) et on intègre Z t y (t) = F (x0 + y (s), s) ds 0 On recherche un point fixe pour l’application T définie de C ([0, τ ]; RN ) dans lui même par Z t T (y )(t) := F (x0 + y (s), s) ds, 0 pour tout t ∈ [0, τ ]. Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 23 / 28 Théorème d’Ascoli Exemple : On vérifie que la boule unité fermée de (C ([0, 1]; R), k k∞ ) n’est pas compacte en considérant la suite de fonctions (fn )n≥0 définie par fn (x) = x n . En effet, la seule limite possible est la fonction qui vaut 0 sur [0, 1[ et 1 quand x = 1, mais cette fonction n’est pas continue ! Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 24 / 28 Théorème d’Ascoli Definition Soit (X , d) un espace métrique compact et F ⊂ C (X ; K). On dit que la famille F est équicontinue sur X si, pour tout x ∈ X et pour tout ε > 0, il existe δ > 0 tel que ∀f ∈ F, ∀y ∈ X , (d(x, y ) < δ ⇒ |f (y ) − f (x)| < ε) . Exemple : Soit (X , d) un espace métrique compact. Fixons k > 0 et considérons F := {f ∈ C (X ; K) : |f (x) − f (y )| ≤ k d(x, y )} l’ensemble des fonctions k-Lipschitziennes définies sur X à valeurs dans K. Cette famille est équicontinue sur X . Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 25 / 28 Exemples Exemple : On considère X = [0, 1] muni de la distance usuelle et Z 1 1 0 2 F := f ∈ C ([0, 1]; R) : |f (t)| dt ≤ 1 . 0 Remarquons que, si f ∈ C 1 ([0, 1]; R) et si x < y , on peut écrire Z y f (y ) − f (x) = f 0 (t) dt. x En utilisant l’inégalité de Cauchy-Schwarz, on obtient l’inégalité Z y 1 2 1 1 0 2 |y − x| 2 ≤ |y − x| 2 , |f (y ) − f (x)| ≤ |f (t)| dt x pourvu que f ∈ F. Grace à cette inégalité, on vérifie immédiatement que la famille F est équicontinue sur [0, 1] (prendre δ = ε2 ). Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 26 / 28 Théorème d’Ascoli Exemple : On considère toujours l’espace C ([0, 1]; R), mais cette fois définissons F := {x 7→ sin(nx) : n ≥ 1}. On vérifie que la famille F n’est pas équicontinue sur [0, 1]. Theorem (Théorème d’Ascoli) On suppose que (X , d) est un espace métrique compact, que F ⊂ C (X ; K) est une famille équicontinue sur X et que pour tout x ∈ X , l’ensemble {f (x) : f ∈ F } est borné. Alors, de toute suite d’éléments de F on peut extraire une sous-suite qui converge dans (C (X ; K), k k∞ ). Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 27 / 28 Application Exemple : Soit (fn )n≥0 une suite de C ([0, 1]; K). On suppose qu’il existe une constante k > 0 telle que |fn (y ) − fn (x)| ≤ k |y − x|, pour tout n ≥ 0 et pour tous x, y ∈ [0, 1] et l’on suppose qu’il existe une constante C > 0 telle que ∀n ≥ 0, sup |fn (x)| ≤ C . x∈[0,1] Alors (Théorème d’Accoli), on peut extraire de la suite (fn )n≥0 une sous-suite qui converge dans (C ([0, 1]; K), k k∞ ), c’est-à-dire, une sous-suite qui converge uniformément sur [0, 1]. Grands théorèmes de l’analyse fonctionnelle Frank Pacard 28 / 28
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