Découvrez le livret participatif

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Les danseuses
Arc-en-ciel
Une œuvre collective
à la mémoire
d’Adama Kouyaté
Place Jacques Brel
Quartier des Poètes
Pierrefitte-sur-Seine
Les danseuses
Arc-en-ciel
Une œuvre de
Armand Julien Waisfisch et
Yao Metsoko
À la mémoire d’Adama Kouyaté
Avec la participation des habitants du quartier
Place Jacques Brel
Quartier des Poètes
Pierrefitte-sur-Seine
A
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vec les danseuses de l’Arc-en-ciel, c’est un gigantesque
trait d’union entre deux époques qui se dresse sur la place
Jacques Brel.
rappelant le travail artistique novateur effectué par Adama Kouyaté voici
20 ans, ces grandes danseuses reprennent les codes et les techniques de
la mosaïque.
Comme la fresque originelle, d’Adama Kouyaté, elles ont pu prendre leur
envol grâce à la collaboration entre des artistes, Armand Julien Waisfisch et
Yao Metsoko, et les habitants.
en couleurs, élégantes, ces trois grâces auront permis aux Pierrefittois,
petits et grands, de partager des moments d’expression artistique riches
de convivialité.
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Nul doute qu’ils garderont longtemps en mémoire l’engagement du bailleur
oSiCA et de l’ANrU pour permettre à leur belle aventure de voir le jour.
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Cultivant le vivre-ensemble, le partage des savoirs et le mélange des cultures,
ce beau projet aura su toucher les partenaires publics de la rénovation
urbaine, et la ville en particulier.
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il faudrait que d’autres artistes puissent s’impliquer à leur tour dans
les projets de rénovation à venir car, l’art doit avoir droit de cité dans
les quartiers populaires.
ensemble, artistes, pouvoirs publics, citoyens, associations, bailleurs, c’est en
unissant nos efforts, notre idéal et notre imagination que nous parviendrons
à transformer la ville!
Les nobles danseuses de la place Jacques Brel nous ont montré une voie. Ne
les laissons pas seules sur le chemin des cultures et de la sociabilité partagées.
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Michel Fourcade
Maire de Pierrefitte-sur-Seine
Vice-président de Plaine commune, Conseiller métropolitain
Conseiller départemental de la Seine-Saint-Denis
© Photo dr
LE MOT DU MAIRE
LE MOT DU BAILLEUR
AU TEMPS D’ADAMA
CitÉ roSe…
… CitÉ SeNSiBLe
AdAMA KoUYAtÉ
APPorter dU BeAU
L’Art dANS LA CitÉ
LA deStrUCtioN
AU TEMPS DU RÊVE
LA rÉHABiLitAtioN
HABiLLer L’eSPACe
L’HÉritAGe d’AdAMA
AU TEMPS DES SCULPTEURS
LeS dAMeS de Fer
LeS dAMeS BLANCHeS
L’AteLier d’ArtiSte, eSPACe de SoCiABiLitÉ
AU TEMPS DES COULEURS
Le CHoiX deS CoULeUrS
… LeS GeSteS dU tAiLLeUr
troiS dANSeUSeS HAUteS eN CoULeUr
LA PÉdAGoGie JoYeUSe
LA trANSMiSSioN
PAroLeS d’eNFANtS
AU TEMPS DE LA DANSE
dANSe AU MiLieU de LA PLACe
23 et 24 NoveMBre 2015
CorPS ÉMoUvANtS
LeS CoULeUrS dU vivre eNSeMBLe
CULtiver L'oUvertUre d'eSPrit
et Si oN FAiSAit…
LE MOT DU MAIRE
©dr
SOMMAIRE
2
3
L
“
D’ADAMA
Jacques Brel
“
LE MOT DU BAILLEUR
AU TEMPS
C’était au temps où
Bruxelles dansait…
Je tiens à saluer la mobilisation et le remarquable travail des artistes
Armand Julien Waisfisch, Yao Metsoko, mais également l’implication des
locataires d’oSiCA et des habitants du quartier des Poètes.
Ce projet porté avec enthousiasme par les équipes d’oSiCA et notamment
par les précédents directeurs généraux, Stéphane Keita et Jean-Alain
Steinfeld aux côtés de la ville de Pierrefitte-sur-Seine a permis de créer des
liens forts entre tous les acteurs du quartier.
© Hervé thouroude
orsque les équipes d’oSiCA m’ont présenté ce projet de renaissance
de la fresque en mosaïque de la résidence Jacques Brel à Pierrefittesur-Seine, réalisée il y a près de 20 ans par l’artiste Adama Kouyaté
et les habitants, j’ai été touché par l’énergie déployée pour la préservation
de cette œuvre.
Cette idée originale fait renaître trois personnages de la fresque en 3d,
symbole de la renaissance d’un quartier profondément transformé par le
programme de rénovation urbaine toujours en cours et qui concourt à
améliorer la qualité de vie des habitants. en effet, nous avons procédé à la
démolition de 15 logements ; 30 logements ont été reconstruits dans le cadre
de la reconstitution de l’offre et 174 auront été réhabilités et résidentialisés.
Ce projet réalisé dans le respect de l’œuvre initiale a créé du lien social et a
révélé de nombreux talents. il célèbre la mémoire d’Adama Kouyaté et son
investissement auprès des habitants du quartier. Nous entendons poursuivre
aujourd’hui notre propre investissement auprès des habitants et pour
longtemps.
Denis Burckel
Président du directoire d’OSICA
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oSiCA, entreprise Sociale pour l’Habitat, filiale du groupe SNi, pôle immobilier d’intérêt général
de la Caisse des dépôts, est l’un des bailleurs franciliens majeurs; avec un patrimoine de 54 791
logements sociaux, situés dans 170 communes d’Île-de-France et de l’oise. depuis 2004, oSiCA
est un maître d’ouvrage particulièrement engagé dans le renouvellement urbain des quartiers.
Avec l’ANrU 1 (Agence Nationale pour la rénovation Urbaine), elle a investi 957 millions d’euros.
Aujourd’hui, signataire de 34 contrats de ville, oSiCA poursuit son engagement dans le NPNrU
(Nouveau Programme National de renouvellement Urbain) pour la construction de villes et de
quartiers durables et solidaires.
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CITÉ ROSE…
… CITÉ SENSIBLE
U
i
ls s’appelaient robert desnos, Georges Brassens, Boris vian,
Jacques Brel: quatre poètes pour quatre îlots à l’architecture
novatrice, entourés de verdure. Au début des années 1980,
les premiers habitants emménagent à Brassens, Brel et vian.
L’ensemble desnos n’est pas encore sorti de terre, les immeubles sont neufs, l’environnement paisible... Pas pour
longtemps! Quelques années plus tard, le quartier des Poètes –
«tout le monde l’appelle la cité rose» précise un ancien du quartier – n’a de rose que les façades de l’ensemble Brassens. des
malfaçons apparaissent. La violence s’installe. dealers et autres
délinquants tirent parti de ce quartier enclavé, à la limite de
Sarcelles, de son dédale de terrasses, de ses culs-de-sac, de ses
vraies et de ses fausses sorties. La plupart des commerces baissent le rideau, les services et les pouvoirs publics sont quasi
absents, les médecins refusent de venir la nuit… C’est dans ce
contexte, en 1992, que la municipalité de Pierrefitte-sur-Seine
et la caisse d’allocations familiales créent le centre social et culturel Georges Brassens. Hibat tabib est chargé de monter le
projet
Réfugié politique iranien et avocat de formation,
Hibat Tabib est arrivé en 1984 en Seine-Saint-Denis où
il s’est rapidement engagé dans la vie associative.
Surpris par la violence gratuite, admise comme une
fatalité, qui règne au quartier des Poètes,
il insiste dès le début sur la nécessité de monter
« un centre qui marche sur deux pieds: social et
culturel».
«Malgré les facteurs
économiques, c’est faux
de penser que chômage
égale délinquance ou
violence, c’est plus
complexe que cela.»
Hibat Tabib
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ne équipe composée d’artistes et de travailleurs
sociaux se met en place. très vite, Hibat tabib
implique les habitants: « on avait une salle, mais on
n’avait pas le budget et pour la rendre accueillante, on avait
deux solutions : soit faire des dossiers et attendre, soit
impliquer les habitants. ils ont peint bénévolement les murs,
les sols… il y avait de la convivialité, de la solidarité. »
« On est parmi les tous
premiers à avoir
emménagé ici, à Brel.
C’était neuf, c’était
beau… Mais c’était
juste un bocal ! En dix
ans, tout s’est
dégradé… »
Claire Deval
SORTIR DE L’ORDINAIRE
Si la culture est un facteur social qui aide les gens à se
rassembler, tout n’est pas si simple. Yao Metsoko se souvient
du premier événement monté par le centre Georges Brassens.
« Au début, ce n’était pas évident. Les spectacles étaient rares,
les gens n’avaient pas l’habitude. Pour notre premier spectacle,
la représentation de La voie humaine de Cocteau, Armand est
allé chercher les spectateurs chez eux. ils descendaient en
peignoir et en pantoufles, pour lui faire plaisir ! » L’événement
n’en est pas moins l’occasion de sortir de l’ordinaire, de se
rencontrer, de voir autre chose
TROIS ARTISTES
POUR UNE CITÉ ARC-EN-CIEL
Armand Julien Waisfisch
Yao Metsoko
Adama Kouyaté
Quatorze artistes
travaillent au centre social
et culturel Georges
Brassens. Parmi eux:
Armand Julien Waisfisch,
Yao Metsoko et Adama
Kouyaté. Ils ignorent que
dans vingt ans, trois
danseuses aux émaux
colorés les réuniront dans
une même sensibilité
artistique.
ARMAND JULIEN
WAISFISCH est peintre.
recruté comme responsable
du secteur « art et culture »
en 1993, il entend
encourager le travail autour
de la sensibilité « qui permet
de combattre la violence
qu’on a tous en nous.»
YAO METSOKO, sculpteur,
rejoint l’équipe en 1995 en
tant que responsable
«enfance ». il a participé
avec Armand à une
exposition au centre
Brassens, deux ans plus tôt,
et s’étonne des clans :
«Africains d’Afrique subsaharienne, Maghrébins,
Français… chacun avait son
clan. »
ADAMA KOUYATÉ est
acteur de cinéma et de
télévision, mannequin,
peintre, mosaïste… il quitte
Belleville en 1997 pour la
Cité des poètes. «Le bailleur
était d’accord pour qu’il
puisse s’installer, précise
Hibat tabib. il pouvait avoir
un appartement, un atelier
pour son travail artistique et
des propositions d’atelier au
centre Georges Brassens. »
7
L’
arrivée d’Adama Kouyaté à la cité rose, où ceux qui
réussissent se dépêchent de partir, est une curiosité.
Les petits écarquillent les yeux : « un acteur de cinéma
qui s’installe ici, ce n’est pas courant ! » Adama Kouyaté est
également issu, par tradition familiale, des grands griots
mandingues. Avec sa barbe blanche, il estime qu’il est temps de
partager et de transmettre son savoir. il veut être un exemple
positif, ouvre sa porte à tous, et son appartement devient très
vite un «centre social bis».
ENTRE ENRACINEMENT ET CAPACITÉ À VIVRE PARTOUT
Yao Metsouko ne cache pas son admiration : « il était capable
de faire le lien entre l’extérieur et l’intérieur, de respecter le
riche et le pauvre, de faire la synthèse entre l’enracinement et
la capacité à vivre partout. » Armand Waisfisch évoque la forme
même de l’îlot Jacques Brel où Adama Kouyaté avait son
logement : « un cercle dans lequel il retrouvait son identité
africaine ». il se souvient de ses interventions au centre culturel
Georges Brassens, des enfants qui allaient chez lui pour s’initier
aux techniques de la mosaïque, de son aura : « il a réellement
contribué à l’évolution de la vie culturelle du quartier, et aussi
de la ville, dont il a inspiré certains choix culturels. »
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Ouhiba Tendja a travaillé
entre 1998 et 2007 à la
maison des parents, une
structure attenante au
centre social Georges
Brassens.
« C’était un quartier
difficile, avec des
problématiques de
chômage et de pauvreté…
Et Adama était un
véritable relais avec le
centre social et la maison
des parents. Il ouvrait sa
porte, comme un « centre
social bis » pour les
ateliers, pour parler avec
les enfants, avec les
habitants… C’était la
particularité de son
investissement dans le
quartier. Adama était le
papy par excellence. Il
avait une autorité
naturelle et même les
ados, qui n’allaient pas
chez lui faire de la
mosaïque, le
respectaient. La
communauté subsaharienne l’identifiait
comme un personnage
qui pouvait comprendre
leurs codes, mais les
autres habitants,
Français, Maghrébins…
avaient aussi beaucoup
de respect pour lui,
même si les codes étaient
différents. Il inspirait à
tous un respect total. »
Ouhiba Tendja
APPORTER
DU BEAU
L’
un des murs de l’immeuble Jacques Brel offre une
grande surface sans fenêtres. Le regard d’Armand
Julien Waisfish s’attarde sur cette toile géante qui
permettrait d’ apporter du beau à la cité. il y verrait bien une
création d’Adama Kouyaté…
Un projet fou commence à se
mettre en place : celui d’une
fresque en mosaïque de 20 m2.
Le dessin serait l’œuvre personnelle d’Adama, mais la réalisation se ferait en collaboration
avec les habitants, et notamment avec les enfants
QUAND DIEU
ÉTAIT FEMME
« Je travaille sur des
lignes douces, des
volumes, la lumière,
l’ombre, le clairobscur, le mouvement..
Je travaille
actuellement avec le
texte de l’ouvrage de
Martin Stone Quand
Dieu était femme. Oui,
des pays avaient porté,
à la divinité suprême,
la femme. À l’aube des
religions, Dieu était
femme, créatrice de
vie, “Reine du ciel”,
adorée par plusieurs
peuples depuis le début
de la période
néolithique. Le thème
de la divinité-femme
occupe l’espace de mes
toiles dans une
composition marquée
avec beaucoup de
liberté. Chaque époque
a son art et cet art doit
être libre. »
Adama Kouyaté
© Photo dr
ADAMA
KOUYATÉ
9
L’
idée d’une fresque de 20 m2, créée par un artiste
professionnel avec la collaboration des habitants, et
notamment des enfants, a de quoi séduire. Qui plus
est, la réputation d’Adama Kouyaté n’est plus à faire. Le bailleur
oSiCA y voit le moyen d’introduire l’art dans la cité, de manière
visible, tout en créant du lien social. Un accord est signé. Les
enfants, eux, sont perplexes ! ils ont pris l’habitude de participer
à des activités classiques comme la danse, la cuisine, les
sorties… mais ils n’ont jamais imaginé qu’ils pourraient
contribuer à quelque chose d’aussi monumental. Les plus
grands commencent à enlever la peinture du mur. Les petits
investissent le domicile d’Adama où ils apprennent à couper, à
coller, à dessiner…
En 1997, après plusieurs mois de travail, les petits collent avec
fierté leurs «morceaux» au bas du mur, les grands sont
autorisés à monter sur l’échafaudage. Peu à peu, l’œuvre prend
forme. des personnages, principalement des femmes, lèvent les
bras dans une sorte d’ode à la vie. Les habitants sont
agréablement surpris par ce monument qui habille l’espace
public et auquel ils ont contribué. «Même ceux qui ne
connaissaient pas la mosaïque étaient touchés» se rappelle
Hassan. Certains évoquent «des fleurs», d’autres «un jardin»,
«quelque chose qui amène de l’espoir quand les gens sortent de
chez eux.»
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OUHIBA TENDJA
La vie n’est pas un concept, mais un chemin qui laisse
apercevoir des portes à ouvrir et, derrière ces portes,
d’autres visages, d’autres manières de vivre, d’autres
regards… Regards sur l’art.
“
Armand Julien Waisfisch
“
L’ART
DANS LA CITÉ
« J’ai participé à
l’atelier mosaïque avec
Adama Kouyaté, chez
lui, dans les écoles, sur
le mur du quartier et
dans les autres ateliers
de mosaïque. J’ai
beaucoup aimé ces
ateliers. On passait
beaucoup de temps
chez lui, sa porte était
toujours ouverte, de
jour comme de nuit.
On apprenait à couper
et à dessiner pour
reproduire les dessins
en mosaïque. Tout le
quartier le connaissait,
c’était notre papy du
quartier.»
Hassan,
11 ans en 1997
11
L’
art ne peut pas tout! Au quartier des Poètes, l’amélioration du quotidien passe par une réhabilitation
lourde, avec d’importants travaux de désenclavement
et des démolitions. Les îlots robert desnos et Georges Brassens
vont être rasés. À Jacques Brel, seule la portion d’immeuble qui
enclave l’îlot va disparaître, mais c’est justement là que se
trouve la fresque en mosaïque. Le 20 juin 2012, les cisailles
géantes de deux pelles à grand bras, l’une jaune, l’autre orange,
s’en emparent et l’éventrent, morceau après morceau. Juchées
sur une antenne, deux pies noires et blanches observent les
opérations. des études ont été faites pour sauver la mosaïque
inspirée du «temps où Bruxelles dansait», mais le budget
(100 000 € pour couper et reconstituer le mur de sept tonnes)
est rédhibitoire. L’œuvre d’Adama Kouyaté et des habitants disparaît dans des montagnes de gravats. C’est le prix de la
réhabilitation
«Les gens qui prenaient un
logement ici n’avaient vraiment
pas le choix. Le bâtiment
Jacques Brel était dans un état
déplorable, avec de l’humidité,
de la moisissure, des châssis de
fenêtres qui tombaient.
Certains ne prenaient plus la
peine de descendre pour jeter
leurs poubelles, ils les jetaient
par la fenêtre… alors on mettait les poubelles en
bas des fenêtres…»
Carole Druesnes, directrice de l'agence de La Plaine
Saint-Denis d'OSICA depuis 2006, responsable de
la gestion de 4 300 logements dans le 93.
« Par rapport à Desnos,
“la cathédrale” avec
son hall immense
recouvert de quatre
étages, le bâtiment
Jacques Brel était un
peu plus préservé de la
violence, mais il était
très enclavé avec son
porche. Le projet de
démolition et
d’ouverture nécessitait
de démolir le mur sur
lequel se trouvait la
fresque. On se disait
que ce serait idiot de ne
pas la récupérer et de
ne pas la remettre sur
une façade… Mais on
n’avait pas encore
chiffré l’opération. »
DU RÊVE
“
Jacques Brel
“
LA
DESTRUCTION
AU TEMPS
Rêver
un impossible rêve…
Edward Watteeuw, retraité,
après plus de 20 ans chez
OSICA, responsable « projet
quartier » avant la
destruction.
«Adama aimait son
travail, et quand Armand
est venu me voir pour
me dire qu’ils allaient
détruire la fresque, j’ai
été choquée… On la
voyait tous les jours, ça
nous plaisait… »
Rokia, épouse
d’Adama Kouyaté
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LA
RÉHABILITATION
A
vant… Maintenant… rien n’est plus pareil. Certes,
la réhabilitation de l’immeuble Jacques Brel est
moins brutale que les destructions des ensembles
robert desnos et Georges Brassens, mais la portion de
bâtiment sur laquelle reposait la fresque est devenue une route.
Si la disparition de l’œuvre a provoqué une sorte de gêne, les
habitants sont fatalistes. ils sont avant tout conscients de la
nécessité de réhabiliter le quartier, de le désenclaver, de mieux
l’organiser. Certains vivent ici depuis de nombreuses années. ils
sont attachés à leur appartement, à leur voisinage et ils
espèrent que les travaux amélioreront non seulement leur
logement et leur cadre de vie, mais aussi la vie sociale
«Avant ce n’était pas propre. On n’avait aucune
envie d’inviter du monde. Maintenant, c’est
différent.»
Zouzou
Pour marquer les limites
entre l’espace privé et
l’espace public, et
permettre aux habitants
de se réapproprier les
abords de leur logement,
des grilles sont mises en
place. À Jacques Brel,
hasard ou non, leurs
formes évoquent des
fragments de mosaïque.
« On parle du vivre
ensemble et on met des
grilles ! Il y a deux
aspects : d’un côté, c’est
bien, c’est habillé ; d’un
autre côté, on se sent
enfermés. »
Hanane
L
a grande mosaïque avait tenu des années, preuve d’un
travail techniquement abouti, mais elle faisait surtout
partie du paysage et de la mémoire du quartier. Le peintre Armand Julien Waisfisch regrette sa disparition. rares sont
les artistes qui défendent les œuvres d’autres artistes, mais de
l’avis de tous, il en fait partie. Avec l’aide du bailleur, il étudie
trois options : faire une nouvelle fresque, imprimer une photographie en grand format ou créer une sculpture recouverte de
mosaïques en retrouvant l’esprit de l’œuvre disparue. Les deux
premières idées sont rapidement balayées : la nouvelle configuration n’offre pas de mur aveugle pour réaliser une fresque,
ni même pour mettre en valeur une photographie en grand format (qui de toute façon ne résisterait pas au temps). L’idée
n’est pas, non plus, de faire une « copie » de l’œuvre disparue,
mais de rendre hommage à la mémoire d’Adama Kouyaté et à
celle du quartier
« Un soir, j’ai rêvé que
les danseuses se
détachaient de la
fresque comme si elles
dansaient et le
lendemain, c’était
clair, c’était des
sculptures. C’est
comme ça que le projet
s’est élaboré et que j’ai
pensé au sculpteur Yao
Metsoko. C’était
important qu’il soit
Africain pour cette
transmission. »
Armand Julien Waisfisch
« Les grilles sont jolies.
On reçoit les gens
qu’on veut, on n’est pas
en prison ! »
Zouzou
© Photo dr
«Avant, il y avait des arbres. Maintenant, ça fait
vide et ça se remplit en même temps.»
Raphaël
LA
RÉSIDENTIALISATION
HABILLER
L’ESPACE
14
15
DES SCULPTEURS
L’HÉRITAGE
D’ADAMA
L’
idée d’une sculpture collective, qui habillera l’espace,
a séduit le bailleur. Comme du temps d’Adama
Kouyaté, la conception sera l’œuvre d’artistes professionnels et la réalisation se fera en collaboration avec les
habitants. Une nouvelle aventure artistique et humaine se prépare, mais travailler sur le projet de sculpture demande des
compétences de sculpteur. Yao Metsoko, dont c’est le métier,
est naturellement pressenti. il connait bien le quartier. il était
également proche d’Adama, comme ami et comme artiste.
«Yao représente aussi l’aura africaine, précise Armand Julien
Waisfisch. il était important de protéger l’art africain, qui représente une bonne partie de la population du quartier. »
«Quand Armand m’a appris
ce projet de sculptures, j’étais
très contente. Je faisais
confiance aux artistes. Je
n’étais pas anxieuse. Ensuite,
j’ai vu Armand avec les
enfants et dans ce qu’ils
faisaient, j’ai reconnu l’œuvre
de mon mari, sa vision
artistique et sociale.»
Rokia
“
Jacques Brel
“
AU TEMPS
L'aventure
c'est le trésor
Que l'on découvre
à chaque matin…
LES LIENS SACRÉS. 2015
techniques mixtes
54 x 45 x 58
« Avant d’être
sculpteur, j’étais
peintre. Sur mes
tableaux, j’aimais
rendre les formes
vivantes, mais une toile
c’est en deux
dimensions et pour
moi, ce n’était pas
suffisant. L’objet est
plus vivant quand il est
en trois dimensions. »
Yao Metsoko, sculpteur
SYMPHONIE DU TEMPS
DANS LA MAISON DE
L’HOMME
2015
ACRYLIQUE
Armand Julien
Waisfisch,
artiste plasticien
16
17
LES DAMES
DE FER
C
© Photo dr
omment passer d’une œuvre murale, en deux
dimensions, à une sculpture en trois dimensions ? La
première étape consiste à étudier la composition de la
fresque. Les photos permettent d’observer trois formes
majeures: trois femmes très stylisées qui lèvent les bras vers le
ciel, comme si elles dansaient. Pour Yao Metsoko, ce n’est pas
une, mais trois statues qu’il faut créer: «Les trois personnages
dominants de la fresque». il faut aussi les réaliser dans le même
esprit et pour cela, le sculpteur doit identifier le dessin: «il ne
s’agit pas de faire une copie, mais d’en retrouver le sens et
l’aura, d’en restituer l’esprit tout en prenant de la distance. »
A
près avoir réalisé les esquisses, Yao Metsoko s’attelle
à l’armature. Armand Julien Waisfisch a insisté pour
que les statues soient hautes et l’opération nécessite
un grand local. Le bailleur et la ville de Pierrefitte-sur-Seine
autorisent le sculpteur à travailler dans une salle polyvalente,
la salle Châtenay, derrière le centre social. La pièce est ouverte,
les gens peuvent venir voir, mais cette partie du travail ne peut
être réalisée avec les habitants pour des questions de sécurité.
en effet, la réalisation de l’armature nécessite d’utiliser du
grillage. Le matériau est très coupant, des tiges métalliques
ressortent. Après six mois de travail et quelques blessures, trois
mannequins métalliques ont pris forme. ils seront les squelettes
des trois sculptures. Plus rien ne coupe, plus rien ne s’oppose à
ce que le travail collectif commence
18
«Je suis rentrée dans la salle et, posés là,
il y avait ces “trucs” en métal de deux ou
trois mètres. Je me suis demandé ce que
c’était. C’était du grillage, c’était très
grand… Je ne savais pas que c’était le
début du projet… C’est comme le début
d’une grossesse. Au début, on ne voit rien
et puis vient la naissance. On n’imaginait
pas ce que ça allait donner! »
Hanane
19
LES DAMES
BLANCHES
d
e l’eau, des bassines, des gants, du plâtre… Mais aussi
du thé, des gâteaux… de septembre 2013 à mai 2014,
de bons moments réunissent adultes et enfants : des
gens qui aiment l’art, ou qui aimaient Adama, et aussi de nouveaux habitants. en moyenne, six personnes travaillent sur une
sculpture de deux mètres à
deux mètres cinquante. Munis
de masques pour se protéger
de la poussière, les participants
se confrontent à la technique :
le plâtre doit en effet contenir
des produits hydrofuges pour
éviter qu’il gonfle à l’extérieur.
il doit aussi être armé avec de
la filasse. Peu à peu, le projet
prend forme
« On habite à Pierrefitte, du
côté de la gare, et on a
appris par le journal de la
ville que des bénévoles
étaient recherchés pour un
atelier artistique. Ça nous
tentait d’agir pour la ville et
en même temps de côtoyer
des artistes et d’apprendre
d’eux. On a très vite mis à
la main à la pâte. À la
sortie, on était tout blanc
mais on avait passé un bon
moment. Et puis, le maire
est aussi passé. On se
sentait honoré. »
Stéphanie et Christophe
20
« Le travail du plâtre,
c’est du toucher. Il
faut prendre de la
filasse, des petites
bottes de filasse que
l’on plonge dans la
bassine de plâtre pour
bien les imbiber.
Ensuite, on entoure le
grillage de deux ou
trois couches de ce
plâtre armé. Il faut
travailler vite, car le
plâtre, ça sèche tout
de suite. »
Yao Metsoko
« Stéphanie faisait des pastillas,
Hanane faisait des pâtisseries,
et après le travail, on passait une
demi-heure à nettoyer, parce que
c’était le chantier, on était tout
blanc. »
Christophe
« On rigolait pendant toutes les
séances. On venait, même
quand il n’y avait rien à faire,
parce que le plâtre séchait,
juste pour boire un verre et ça,
c’était génial. On travaille à
Paris, on est stressés et de
venir juste pour se voir, sans
objectif, c’était génial ! »
Stéphanie
« Je pense que les artistes avaient
l’habitude de travailler avec les
jeunes. Donc on était à l’aise.
On était les artistes d’un
événement. »
Hanane
«Je savais que Yao Metsoko était le professeur
de ma fille, mais je ne le connaissais pas. Ma
fille a participé à cet atelier et c’est comme ça,
en l’accompagnant, que j’ai fait connaissance
avec lui. Ma fille aimait beaucoup ces ateliers,
ça l’amusait.
Elle y retrouvait des enfants du quartier
qu’elle connaissait. Elle est aussi devenue
copine avec des filles qui sont dans son collège
et qui participaient aux sculptures.
Maintenant, elle aimerait bien continuer
la sculpture.»
Nour et sa fille Inès
21
L
DES COULEURS
“
L’ATELIER D’ARTISTE
ESPACE DE SOCIABILITÉ
AU TEMPS “
J'aimais les fées et les princesses
Qu'on me disait n'exister pas…
Jacques Brel - J’aimais
es trois dames blanches attendent désormais d’être
vêtues. Leur habit de mosaïque sera constitué d’un nombre incalculable de morceaux répartis en différentes
couleurs. Pour ne pas être obligé de tout ranger à la fin de chaque séance, et aussi pour
que chacun puisse s’organiser et travailler à sa
cadence, un local permanent est nécessaire.
L’atelier déménage pour un nouveau lieu,
cette fois à l’intérieur même de la résidence
Jacques Brel. Le local, vide, tout blanc, sans
rien sur les murs, ne tarde pas à se remplir
d’un joyeux désordre coloré, dans la plus pure
tradition des ateliers d’artistes du XiXe siècle
où intimes, élèves et curieux se rejoignaient
pour discuter, échanger, apprendre ou tout
simplement passer un bon moment. À cette
époque d’effervescence, où la curiosité et la soif d’apprendre
étaient incroyablement développées, le mythe de « l’artiste solitaire » n’existait pas et les ateliers artistiques permettaient de
créer de nouveaux liens et de consolider le « vivre ensemble ».
L’héritage d’Adama Kouyaté, c’est aussi d’avoir su réinterpréter
ce rôle social de l’artiste
« Je n’ai jamais connu Adama, mais ses
mosaïques, c’était un travail social, amical.
Les jeunes étaient des artistes avec lui.
C’étaient nos enfants et c’était un travail de
quartier. Armand n’a pas seulement gardé la
mémoire d’Adama, il a aussi gardé le principe.»
Hanane
« On n’a pas fait
que de la mosaïque
parce qu’Armand a
amené un piano. »
Stéphanie
22
23
TROIS DANSEUSES
HAUTES EN COULEURS
LE CHOIX
DES COULEURS…
F
P
idèle jusqu’au bout à l’esprit d’Adama Kouyaté, Armand
Julien Waisfisch étudie les six morceaux de mur qu’il a
récupérés et précieusement conservés : « on a essayé
de compter le nombre de couleurs, combien de rouges, combien
de jaunes… ». Le peintre pousse le souci du détail jusqu’à rechercher l’usine d’où venaient les mosaïques utilisées par
Adama: la Société Albertini à Montigny-les-Cormeilles, spécialisée
depuis 1925 dans la fabrication artisanale de pate de verre
eu à peu, d’octobre 2014 à mai 2015, des centaines de
petites pièces colorées s’assemblent, comme dans un
puzzle… Chaque sculpture nécessite cent cinquante
kilos de carreaux. Comme pour l’atelier plâtre, les participants
travaillent à six par sculpture. Les patrons leur servent de base:
«C’était une interprétation que l’on pouvait réinterpréter,
précise Armand Julien Waisfisch, une liberté avec des règles ».
Armand a également dessiné des lignes sur le plâtre: «Les
enfants sont guidés, mais il repèrent vite le sens de la couleur
et la progression de la mosaïque.»
… LES GESTES
DU TAILLEUR
L
a mosaïque ne peut pas se faire sans dessin. Avant de
créer sa grande fresque, Adama en avait dessiné les
tracés sur de grands calques, mais ces derniers n’existent
plus. Pour en percer le mystère, Armand Julien Waisfisch étudie
à son tour les photos prises avant la démolition. d’une famille
de stylistes et de tailleurs, il retrouve les gestes de son père et
réalise des patrons sur lesquels il trace des lignes… Les
sculptures sont grandes, mais il veut que le dessin amplifie
encore plus la sensation de hauteur. il lui faut aussi inventer
des dos, qui n’existaient pas sur la fresque, et qui doivent être
en continuité avec les devants
LA MATIÈRE REFLÈTE LES FORMES.
Les lignes sont importantes pour donner
un mouvement à la sculpture. Ainsi, les
mosaïstes partent des mains, car ce sont
elles qui vont donner l’élan. Les carreaux
ne sont pas découpés n’importe comment. Par exemple, pour les doigts, il faut
quatre morceaux par articulation. Les
cheveux exigent des morceaux très fins. il
faut tenir compte de l’harmonie de chacune des danseuses, et aussi des trois
sculptures réunies. il faut résoudre des
problèmes techniques, sélectionner les
bons matériaux : par exemple, de la colle
à carrelage et des joints pour les piscines,
capables de résister aux intempéries
« Le vert, ça pouvait
être la nature, l’herbe,
les feuilles…
Le jaune, ça pouvait
être les jonquilles.
Le rouge, ça pouvait
être le feu.
Le bleu, ça pouvait être
le froid, l’ère glaciaire.
Le noir, ça pouvait être
la tristesse, la peur.
Le blanc, ça pouvait
être la lumière,
quelque chose qui nous
éclaire, la joie… »
Manouchka
« Il n’y a pas de
hasard. S’il y a du
jaune au milieu du
bleu, c’est un apport
de lumière. »
Stéphanie
24
« Il fallait respecter les
lignes directrices, les
règles d’harmonie des
couleurs, mais on
reconnaît ce qu’on a
fait. Quand on regarde
la mosaïque, on voit
différents styles. Par
exemple, on voit que
là, c’est plus fin, plus
féminin. Quand on fait
quelque chose, on le
fait par rapport à soi et
c’est important de
pouvoir s’exprimer. On
commence d’une
certaine manière, et
ensuite on fait
autrement.
L’important, c’est de
respecter le
mouvement.
La difficulté c’est de
trouver toute
l’harmonie. On
pourrait penser qu’une
seule personne a
réalisé la mosaïque
alors qu’en réalité, il y
a eu une quinzaine de
participants. »
Stéphanie
25
LA PÉDAGOGIE
JOYEUSE
« On a commencé
par restaurer la
petite fresque en
mosaïque, à
l’extérieur. Comme
ça, on a appris à
faire les découpes. »
Christophe
«J’ai passé un bon
moment avec mes
copines dans le
partage et nous avons
beaucoup chanté.»
Inès
26
« Au début, je ne
comprenais rien. On
mettait des gros gants
et des lunettes. On a
commencé par des
canards et on se
demandait si on
arriverait à travailler
sur les grandes
sculptures. »
Manouchka
« On a commencé à
faire des canards, mais
on a eu vite envie de
faire les grandes
sculptures et on a
proposé aux autres de
s’inscrire.
Au début, j’avais peur
d’Armand et d’Hassan
parce qu’ils étaient
grands et moi petite de
taille. »
Charlène
v
ingt ans après avoir participé à la création de la
fresque et aux ateliers d’Adama Kouyaté, Hassan
incarne mieux que quiconque la transmission.
toujours à Pierrefitte et toujours aussi passionné par la
mosaïque, il participe à tous les ateliers. il se fait même
l’assistant d’Armand Julien Waisfisch qui reconnaît son talent
et n’hésite pas à lui confier les clés en cas d’absence
« Hassan maîtrise !
Il nous guidait, il nous
conseillait, il se
moquait… Hassan
m’aidait à faire ce que
je voulais. »
Christophe
« Qu’un vieil homme
âgé ait pu faire une
grande fresque comme
ça… ça m’a vraiment
étonné ! C’est bien de
reproduire. »
Raphaël
« La vie est une chaîne dont l’objectif est la
transmission. Avec cette sculpture, la transmission
est celle d’une culture sensible, une culture qui
a du sens et qui donne de l’émotion. »
Armand Julien Waisfisch
© Photo dr
d
es adultes et surtout des enfants, entre 11 à 13 ans,
participent à l’atelier mosaïque. Considérant que les
enfants sont des êtres humains avant d’être des enfants
et qu’ils ont besoin d’être pris en considération, Armand Julien
Waisfisch défend l’idée d’une pédagogie joyeuse : « il y avait
une ambiance, une joie
de vivre... Les enfants
s’exprimaient, chantaient,
riaient, se libéraient…
Mais ils savaient aussi
qu’ils étaient là pour travailler. »
LA
TRANSMISSION
« Quand je passais
dans le quartier et que
je regardais la
mosaïque, en hauteur,
j’étais très heureux.
Quand j’ai appris
qu’elle allait être
détruite, ça m’a fait
très mal au cœur et
ensuite, de ne plus la
voir, ça m’a fait plus
mal encore. Alors,
quand j’ai appris
qu’Armand se battait
pour cette œuvre, ça
m’a fait énormément
plaisir. Il a réussi à la
sauver avec cette
sculpture en mosaïque
et je suis heureux
d’avoir participé à ce
projet. Franchement,
j’ai fait de très belles
rencontres, sympas,
avec Stéphanie,
Charlène, Manouchka,
Inès, Christophe,
Hanane, Yao, etc.
C’est un plaisir pour
moi d’avoir fait ça
pour l’honneur
d’Adama Kouyaté et
pour sa mémoire,
j’espère que cet atelier
continuera avec le
quartier. »
Hassan
27
« La mosaïque, au début, ce
n’était pas important pour moi,
mais au fil du temps, j’ai vu
que c’était important pour les
autres. Puis, j’ai vu toutes ces
belles couleurs. C’est tellement
beau la mosaïque. C’est devenu
très important pour moi et je
travaille avec des gens super,
comme Armand et Hassan.
Grâce à eux, la mosaïque aura
une place dans mon cœur et
Jacques Brel sera plus beau. »
Charlène
DE LA DANSE
« Au début, je ne
connaissais pas, mais
Manouchka m’a appris
à couper, à fabriquer la
colle et à coller. »
Sita
« Je voulais venir, mais
je ne savais pas
comment faire et
Charlène m’a fait
visiter. J’ai vu
l’esquisse, la bosse
m’évoquait un chignon.
Ensuite, face au plâtre,
je me suis demandé
comment on allait
faire. »
Zeinabou
« Le premier jour où je suis venue à la mosaïque, j’étais stressée, mais au fil du temps
on s’y fait. Ça nous fait rire, on danse, on
chante, mais on travaille. J’ai rencontré des
gens super comme Armand, Hassan, Yao,
Daho, Anna, Christophe, Stéphanie, etc.
Ensemble, on a travaillé sur des danseuses.
Des fois on peut rêver qu’elles dansent de
temps en temps. La première danseuse représente l’Asie.
La deuxième l’Afrique. La troisième le temps et la
nature. Pour moi, ces danseuses représentent toute
la vie avec leurs couleurs. Les danseuses dansent le jour
et la nuit. Elles dansent sans s’arrêter et on a l’impression qu’elles ne sont jamais fatiguées, mais les danseuses
ne mangent pas, il n’y a que nous qui mangeons.»
Manouchka
28
Jacques Brel - Sur la place
“
PAROLES
D’ENFANTS
AU TEMPS “
Sur la place chauffée au soleil
Une fille s'est mise à danser
« Un jour, je passais, la
porte était ouverte. J’ai
dit bonjour à Armand,
je le connaissais que de
vue. Après, je suis
revenu. Il y avait
Manouchka et
Charlène. Je me suis
prêté au jeu et j’ai
commencé. Je ne
savais pas que le plus
dur, c’était la colle. »
Raphaël
« Manouchka et
Charlène m’ont dit que
c’était bien et m’ont
proposé de venir.
Parfois, je rentrais et je
regardais ce qui avait
été fait et je trouvais ça
bien, mais je n’en ai
pas fait. Ce qui
m’amuse ici, c’est
qu’on est tous amis.
Pourtant, moi,
j’arrivais, j’étais
l’inconnue… »
Victoire
29
DANSE
AU MILIEU DE LA PLACE
L
23 ET 24 NOVEMBRE 2015
e groupe de statues a été conçu pour être visible de tous
les côtés. il est le symbole de la transition entre deux
périodes : avant et après la réhabilitation. il est aussi un
objet de fierté collective. Par ailleurs, dans le quartier, il n’y a
aucune autre sculpture. Pour toutes ces raisons, un
emplacement central est nécessaire, au cœur de la résidence
Jacques Brel, visible de l’intérieur et de l’extérieur, d’en bas par
les passants et d’en haut, depuis les fenêtres
« Le moins qu'on
puisse demander à une
sculpture, c'est qu'elle
ne bouge pas ! » disait
le célébrissime Dali.
Tous ceux qui ont vu la
taille des Danseuses se
posent la question :
«Est-ce que ça va
tenir? Est-ce que ça va
être bien fixé ? » Pour
maintenir cette
sculpture
monumentale, un socle
carré de 50 cm de
hauteur et de
2,20 m x 2,20 m de
surface est réalisé en
juin 2015.
30
31
CORPS
ÉMOUVANTS
L
es trois statues dansent désormais sous le ciel de la place
Jacques Brel. Chacun est libre d’interpréter les couleurs.
Armand Julien Waisfisch y retrouve l’une des grandes
leçons de vie d’Adama, qui était de prouver que l’on pouvait
être à la fois d’europe et d’Afrique. Les statues lui inspirent une
europe à dominante jaune et rouge, une Afrique à dominante
marron et violet, avec un peu d’orange. La troisième danseuse
à dominante verte et bleue, entre ciel et terre, pourrait symboliser le temps. toutes les interprétations sont possibles. de plus,
les statues n’ont jamais le même aspect, car la lumière n’est
jamais la même. Leur aspect varie selon les jours, les heures, les
saisons, le temps…
« Les statues me font
penser à l’amour et à la
danse. Surtout la rouge.
J’y vois du sentiment,
de l’amour… »
Victoire
« Elles évoquent
l’Afrique, l’Asie… Celle
avec du rouge et du
jaune évoque l’Asie.
La bleue et verte
évoque la nature, le
beau temps. »
Manouchka
« Elles sont très belles.
C’est un spectacle
depuis ma fenêtre… et
je les surveille. »
Mimi,
gardienne à OSICA
« Plusieurs personnes
ont existé dans le
processus et en même
temps, on a obtenu une
unité. “Cest
formidable !”»
Stéphanie
« Waouw ! C’est grand !
Vu de loin, ça fait beau.
C’est incroyable comme
ça tape à l’œil.
Je les ai vues le jour et je
suis aussi venu les voir,
la première nuit. Même
la nuit, ça brille ! »
Hassan
« Franchement, c’est
terrible ! Je les avais
vues quand elles étaient
en cours de réalisation,
et je ne pensais pas que
ça allait faire aussi
beau que ça ! Pour avoir
vu d’autres sculptures,
celles-là sont très très
belles. C’est
impressionnant ! »
Mila
« Je suis surprise, parce
que je pensais qu’ils
allaient mettre les trois
côte à côte. Là, on dirait
que ça fait un petit
rond, que ça tourne...
C’est gai, c’est agréable,
c’est coloré.»
Hanane
« Des choses comme ça, ça
forge aussi le respect des
jeunes ! »
Fabrice Kamnay
« C’est génial ! Avec Adama,
l’art ce n’était pas un
amusement, et là, on a
ressuscité sa mémoire. Il est
là ! Ça m’enchante, je suis
honorée, au moins on a fait
quelque chose. On n’était pas
spectateurs, mais acteurs.
Maintenant, on attend
l’inauguration. Il faut que ça
se sache, il faudrait que ça
fasse du bruit. Je vais chanter
des chansons de Jacques Brel
«Quand on n’a que
l’amour», «Ne me quitte
pas… » Il faut aussi une
plaque pour dire ce que
c’est… Je vais réfléchir à ce
qu’il faut marquer sur la
plaque.»
Zouzou
«Je suis rentrée tard le mardi soir et si j’ai vu que les
sculptures étaient posées, je les ai surtout vues le
mercredi matin. Ils ont bien travaillé et j’étais
contente. En même temps, j’étais touchée parce que j’ai
retrouvé le travail de mon mari. Toute la journée, j’ai
pensé à lui, au jour où il est décédé, au jour de son
hommage… il y avait beaucoup de poésie ce jour-là…
tout m’est revenu. Mais je suis vraiment contente de
voir ces sculptures tous les jours en sortant de chez
moi. C’est important pour sa mémoire. On voit l’image
d’Adama. Il est toujours là ! »
Rokia
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33
LES COULEURS
CULTIVER
DU VIVRE ENSEMBLE
«Quand ça a été
détruit, on n’avait plus
rien, ça manquait. Ici,
plusieurs personnes
créent. Ça vient comme
ça… Moi, je fais des
sculptures, de la
peinture et des
bouteilles décorées
depuis 16 ans. Les
couleurs, ça porte
bonheur, et puis ça fait
plaisir de voir les
enfants s’y mettre :
c’est la nouvelle
génération. »
Manuela Lopez,
passionnée par les
métiers d’art
Pour récompenser les
enfants qui ont participé à
l’atelier, le bailleur oSiCA
a offert aux enfants une
journée à Giverny, où ils
ont visité la maison et les
jardins du peintre
impressionniste Jean
Monet. ils ont découvert
ses tableaux et la beauté des bassins de nénuphars qui ont inspiré
une série d'environ 250 peintures à l'huile: les Nymphéas. Armand
Julien Waisfisch, qui accompagnait les enfants avec le bailleur et
quelques adultes dont Carole et isabelle d’oSiCA, parle de cette
journée, et du projet en général, avec émotion : « Quand on vit
quelque chose, on le vit, et avec le recul, on se dit que c’était
extraordinaire.»
VOIR ÉMERGER DE NOUVEAUX TALENTS
« Je suis comédienne
et sportive. Je cours
encore… 10 km tous les
jours ! Et de ce que je
vois, chez nous, c’est
vraiment à part. On
s’entraide. »
Zouzou, comédienne
34
«
on mène nos vies artistiques, avec nos œuvres
personnelles, et partager des actions avec des
habitants, c’est notre part de citoyenneté et de transmission du
savoir, de la sensibilité, de l'esthétique... tout en lui redonnant
du sens». Armand Julien Waisfisch aime ce double rôle de
l’artiste qu’il ressent comme une forme de partage joyeux et
d’ouverture, car l’objectif d’un projet c’est aussi d’ouvrir des
portes sur d’autres projets
« Chaque immeuble a ses spécificités, pour Jacques Brel, il y avait
notamment ces fresques (la grande et deux petites dont une est
toujours présente) réalisées par un artiste du quartier : Adama
Kouyaté, et à laquelle les habitants étaient attachés. Grâce à la
concertation avec les habitants, oSiCA a pris conscience qu'il fallait
sauvegarder la mémoire de cet artiste. Je pense aussi que sans la
présence d'Armand Julien Waisfisch, rien n'aurait été possible: il a
eu l'idée de faire revivre la mosaïque sous forme de statues, il a su
monopoliser un autre artiste plasticien, Yao Metsoko, pour réaliser
leurs structures, et il a su animer des ateliers pour la pose des
mosaïques. il a fait un travail remarquable et il arrive à
communiquer sa passion à des personnes parfois éloignées de la
culture artistique. J’espère que d'autres réalisations pourront
continuer à voir le jour sur le quartier, et voir émerger de nouveaux
talents... »
Le Collectif actif pierrefittois
(CAP) est une association
qui vise à développer la
citoyenneté.
«Je mène à bien des
actions citoyennes pour
revaloriser le quartier
des Poètes, faire cesser
la stigmatisation. Par
exemple, “La cité
rose” est un surnom
qui doit être banni au
profit du vrai nom : le
quartier des Poètes. Je
suis optimiste, car les
enfants me réclament
des réunions. Ils ont
rencontré d’autres
personnes, ils ont
rencontré d’autres
formes d’art. Ils sont
fiers, aussi, de montrer
aux parents ce qu’ils
ont appris. La culture,
c’est une autre
ouverture d’esprit et
quand des enfants
s’intéressent à la
culture, qui peut aussi
être un métier de
demain, pas seulement
un loisir, ça ouvre des
portes. »
Léone Pavilla,
présidente de CAP
Carole Druesnes,
directrice de l'agence de La Plaine Saint-Denis d'OSICA
© Photo dr
d
e l’avis de tous, il règne un état d’esprit particulier à
Jacques Brel. ici, la diversité s’assemble à travers la
création. des gens de tous horizons se sont rencontrés, des liens ont commencé à se tisser et ce travail doit se
poursuivre
«Ça c’était refermé,
mais les gens sont en
train de se rouvrir. Ils
ont pris conscience que
c’est ennuyeux, qu’il faut
agir. C’est un vrai
travail. Au début, on le
fait en tant que citoyen,
bénévolement, pour le
vivre ensemble, mais ça
met aussi en valeur nos
connaissances et ça peut
aboutir à un métier. Moi,
je suis passionnée de
«Je connaissais Adama,
cuisine « haut de
j’étais de sa famille et je
gamme » et depuis un an
chantais quand il y avait
et demi, j’en fais mon
des fêtes au quartier. Je
métier, je suis traiteur
suis émue parce qu’Adama
autoentrepreneur.
est parti, mais en réalité,
Partager la culture de
il est toujours là. On ne
l’autre, la cuisine, les
peut pas l’oublier.
traditions, c’est le
Maintenant, il faudrait que
respect.»
l’ambiance reprenne, que
la fête reprenne… »
Hanane Zeguir,
traiteur entrepreneur
Hadja Kouyaté, chanteuse
L'OUVERTURE D'ESPRIT
CAP
VERS LA CULTURE
35
ET SI
ON FAISAIT…
DAVANTAGE
CONNAISSANCE ?
« La porte d’Adama était
toujours ouverte, matin
et soir, et avec les
ateliers, cette idée
d’ouvrir la porte est
revenue. La convivialité
revient. Il faut travailler
là-dessus. »
Nour el Houda
« On travaille à Paris et
pour nous, Pierrefitte,
c’était un peu la citédortoir. Maintenant, ça
l’est moins, parce qu’en
participant à ce projet,
on a rencontré des gens
et l’aventure est devenue
autant artistique
qu’humaine.»
Stéphanie
« J’habite ici depuis un
an et je trouve qu’il y a
une solidarité, comme
dans une petite famille.
Ça flashe tout de suite
par rapport à l’endroit
où j’habitais avant.»
Marie-Josée Kapet
36
UNE PROMENADE
DE SCULPTURES
SUR LE TRAJET DU
TRAMWAY ?
« Ça nous a mis dans le
bain, maintenant, on
aime bien la mosaïque.
On se dit aussi que si on
a su faire ça, on
pourrait faire autre
chose. On aimerait bien
d’autres projets pour la
ville avec de la
mosaïque, par exemple,
sur le trajet du
tramway, pour que tout
le monde, les usagers,
les automobilistes…
puissent en profiter. Ce
serait une promenade
de sculptures. »
Christophe
D’AUTRES
CRÉATIONS ?
« Vivre ensemble, créer
ensemble, c’est une
vraie richesse et cette
sculpture peut nous
aider à réfléchir sur
d’autres créations. »
Armand Julien Waisfisch
LA FÊTE ?
« Quand la mosaïque a
été terminée, on a
continué de venir pour
chanter, pour danser et
pour jouer du piano. »
Charlène
« Ça donne des idées, ça
peut-être le démarrage
de quelque chose. Il faut
que l’ambiance
reprenne, que la fête
revienne. »
Hanane
LA MÊME CHOSE
AILLEURS ?
« Il faut prendre cette
action et se dire qu’on
est capables de faire la
même chose ailleurs. »
Léone Pavilla
«L'expérience de
Jacques Brel a une
valeur d'exemple. Elle
n'est pas forcement
reproductible mais elle
doit être une source
d'inspiration pour
développer l'art au sein
des quartiers et
notamment auprès des
plus jeunes.»
Carole Druesnes,
directice de l'agence de
La Plaine Saint-Denis
d'OSICA
“
Ce projet n'aurait pas vu le jour sans la présence d'Armand Julien Waisfisch
à Jacques Brel, mais il nous interpelle aujourd'hui sur la place de l'art dans les
quartiers : comment, nous pouvoirs publics, pouvons créer les conditions
nécessaires à l'émergence de projets artistiques collectifs ? Comment faire pour
que ce projet, qui est né de circonstances particulières et de la rencontre
d'initiatives individuelles, soit le point de départ d'autres projets ?
Laure Tesson
Adjointe au chef de projet rénovation urbaine Pierrefitte-sur-Seine
Unité territoriale rénovation urbaine
Plaine Commune
”
REMERCIEMENTS
À celles et à ceux qui ont participé au projet des sculptures et qui lui ont permis de donner
toute sa lumière
La municipalité de Pierrefitte-sur-Seine.
L’ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine)
OSICA et tout particulièrement Isabelle Cosyns, chargée de mission politiques urbaines, Carole Druesnes ;
directrice de l'agence de la Plaine Saint-Denis ; Yamina Zemri, Gandega Galadio et Dominique Maréchal
pour leur investissement en proximité tout au long de ce projet ; Pascale Dioux, directrice des affaires
juridiques ; Clémence Dubois et Laura Alcantara, chargées de communication ; Catia Tomas Pereira pour
son amical soutien
Toute l'équipe de GTM Bâtiment
L'établissement public territorial Plaine commune et tout particulièrement Laure Tesson
L’association CAP (Collectif action Pierrefittois) ; Léone Pavilla (présidente) et Baraka
Le Centre social et culturel Maroc-Châtenay
Youba Camara (conseiller municipal à Pierrefitte-sur-Seine) et son frère Bilali
Soreil Keita, ami d’Adama Kouyaté pour son engagement dans les quartiers
Jéremie Waisfisch et Nicole Neageler pour leur aide
Rosi Andrade, danseuse, pour son spectacle inspiré des sculptures
Tous les habitants du quartier
À ceux qui, par leur action et leur engagement à l’époque d’Adama Kouyaté, sont à la genèse des
sculptures
René Strubel, artiste et poète, grand ami d’Adama Kouyaté
Sankaré et Séne Boubacar du conseil de famille
Denise Syla, proche d’Adama
Véronique Lefrant, directrice de l'école Eugène Varlin 1 de Pierrefitte
Le personnel du centre social et culturel Georges Brassens, Peter Kossi Kpodzro (responsable jeunesse),
Anna Liberman (responsable de la maison des parents), Anne Marie Couffrant (responsable du fonds
d’initiative local), France Fikri (responsable familles) et Patricia Pierre (responsable enfance)
Directeur de la publication : Armand Julien Waisfisch (président de Cré’actions)
Rédaction : Anne-Marie Maisonneuve
Conception graphique : Fawzi Brachemi
Crédits photo : Armand Julien Waisfisch, Anne-Marie Maisonneuve, Fbg, Hervé Thouroude
Impression : Atelier Graphique
Achevé d’imprimer en mars 2016
Les danseuses
Arc-en-ciel
Une œuvre collective
à la mémoire
d’Adama Kouyaté
Place Jacques Brel
Quartier des Poètes
Pierrefitte-sur-Seine