1993-2013 : la Fédération de Russie, pesanteurs et mutations
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1993-2013 : la Fédération de Russie, pesanteurs et mutations
1993-2013 : la Fédération de Russie, pesanteurs et mutations Résumé de l’intervention d’Anne de Tinguy au lycée François 1er mardi 10 décembre 2013 Anne de Tinguy, spécialiste de la Russie, nous présente une conférence sur la Russie postsoviétique, après la promulgation de sa Constitution et la naissance officielle de la Russie fédérale en 1993, jusqu’à nos jours. Quels sont les changements qu’a subits la Russie après la chute de l’URSS ? Quelles mutations la société russe connaît-elle depuis vingt ans ? Après l’effondrement du régime soviétique en 1991 en à peine quelques mois, la Russie a été fortement bouleversée. Le régime, que Gorbatchev a tenté de moderniser, s’effondre sans effusion de sang, sur tous les plans : systèmes social, politique et économique sont réduits à néant. C’est une véritable perte de repères pour la population russe, et un passé pesant pour le présent. En prenant plusieurs exemples, nous pouvons mieux comprendre cette lourde perte de repères pour les Russes. En effet, sous le régime soviétique, la Russie était la deuxième puissance mondiale, en concurrence avec les Etats-Unis où on assistait à une perte de puissance. La perte de l’Empire marque les esprits : cet Empire vieux de quatre siècles, était très ancré dans les mentalités, il était de plus le plus grand Empire du monde, en partant de la Russie européenne, puis a ensuite évolué vers l’Asie de l’est et centrale, on assiste à une grande progression et à une continuité territoriale de l’Empire russe à travers le temps et les lieux. Avant la chute du régime, l’Empire est très ancré dans les mentalités, ainsi que le régime soviétique qui a eu un réel poids sur la société pendant 70 ans. L’expression « la fin de l’homme rouge, le début du désenchantement » atteste du poids du régime soviétique sur les mentalités. Un dernier exemple peut traduire la perte de repères des Russes à la chute du régime : la sécurité de l’emploi était garantie sous le régime soviétique, ainsi que l’accès pour tous aux soins médicaux, l’idée d’égalité. En 1991, le régime s’effondre, une nouvelle Russie va renaître des cendres de l’URSS, cependant ce passé si douloureux pèse lourd sur le présent. Quelles sont les évolutions du la Russie depuis la chute du régime soviétique ? 15 républiques constituaient l’URSS, très différentes sur le plan politique, social et au niveau international. En 2004, les trois Etats baltes sont rentrés dans l’Union Européenne. Les pays qui fondaient l’URSS avaient et ont une culture commune, mais les regroupements de pays sont impossibles, c’est le cas par exemple des « cinq –stan » : les conflits intérieurs dans et entre ces Etats ne permettent pas de construire un regroupement à l’exception bien sûr de la CEI née sur les ruines de l’URSS et en rien comparable à celle-ci n’était-ce la superficie bien sûr. Déterminons maintenant les principales caractéristiques de la Russie après 1991 : - La partie européenne de l’ancien Empire est la partie la plus peuplée et développée. La Russie est l’Etat le plus vaste du monde, à la fois européen et asiatique. C’est un Etat continent, successeur de l’URSS qui reconnaît les engagements internationaux (Lénine en 1917 n’avait pas reconnus ceux de la Russie tsariste de Nicolas II). La Russie veut rompre avec l’URSS : elle emprunte de l’argent aux différents pays pour financer l’industrialisation. Elle mène une politique de désidéologisation : le potentiel militaire de l’URSS était une menace pour le monde, Gorbatchev diminue donc l’armée et les forces nucléaires. - La Russie s’engage dans un processus de transition (elle passe d’un régime autoritaire à une démocratie dans tous les domaines : elle passe à une économie de marché sur le plan économique, elle rééquilibre la coopération et se réconcilie avec le monde sur le plan international). C’est donc une entreprise gigantesque, et de ce fait, lente : la démocratie ne s’exerce qu’au terme d’un fastidieux apprentissage. En prenant comme modèles et guides les pays occidentaux, la Russie se trouve sur la voie de la démocratisation, ce qui contribue à un nouvel ordre mondial et des valeurs communes. Le but de la Russie est de devenir « normale » et civilisée : une occidentalisation apaisée se met en place. En 1996, le G7 devient le G8 avec la Russie, elle ouvre ses frontières avec la disparition du rideau de fer, de plus en plus de Russes vont à l’étranger pour s’installer, faire des études ou partie en vacances, ce qui crée de nouveaux liens entre les sociétés qui apprennent peu à peu à se redécouvrir. Mais dès 1993, des désillusions se font sentir, aussi bien du côté russe qu’occidental. En effet, on assiste à des problèmes internes : la politique de privatisation donne des résultats très décevants, entre 1991 et 1998, une crise financière s’abat sur la Russie qui fait chuter le PIB de 54% ainsi que la production industrielle qui chute de 60%. Le recul est donc très fort, ce qui engendre une forte paupérisation. C’est ce que Joseph Stiglitz appellera « la grande désillusion ». Ces évolutions économiques ont eu de gros impacts sociaux : énormément de personnes âgées se résignent à mendier. Dans le domaine politique, la constitution de 1993 a été adoptée mais de violents affrontements entre le Président et le Parlement ont lieu, les tensions sont très fortes. De plus, la première guerre en Tchétchénie a lieu : la Russie utilise la violence, ce qui ne correspond évidemment pas à la démocratie, c’est un échec politique et militaire. Du côté occidental, il y a de fortes tensions : l’Occident n’a pas su aider la Russie dans sa politique de transition. On assiste aussi à des problèmes d’élargissement du territoire, mais l’Occident et l’Ukraine s’y opposent. Les années 1990 resteront chaotiques. Le président Eltsine a tout de même réussi à redresser l’économie de son pays : entre 1999 et 2008, on assiste à une croissance de 7% par an. La Russie est, de plus, le second producteur de pétrole et de gaz (Poutine prendra le pouvoir au moment où le prix des hydrocarbures augmente de 10% par an). Le redressement politique se fera grâce à la grande popularité de Poutine dans les années 2000 : il promet le rétablissement de l’autorité de l’Etat sur la société désordonnée. Il veut contrôler l’espace public, il monopolise l’Etat mais un pluralisme politique assez limité persiste, il y a des moins en moins de contre-pouvoir, la télévision est censurée, les partis d’opposition sont laminés (ils ne sont plus au Parlement). La démocratie est donc fortement diminuée. En 2012, Poutine se présente à nouveau aux élections présidentielles. Pour conclure, la Russie post-soviétique a connu des bouleversements et des mutations profondes et douloureuses, l’instauration d’une démocratie a été longue. Elle a dû faire face à des défis internes (besoin de modernisation économique et politique) et externes (problématiques internationales). Aujourd’hui, le pays veut devenir une puissance technologique, mais les moyens de modernisation ne se manifestent pas, et doit aussi faire face à une corruption importante. Poutine reste populaire en raison de l’absence d’opposition au Parlement. QUESTIONS DU PUBLIC : Comment la corruption se manifeste-t-elle ? Il y a des réseaux mafieux dans la vie politique et administrative. Les diplômes s’achètent, l’accès à la santé se paie. Ce problème date de l’URSS. Quels défis démographiques la Russie doit-elle relever aujourd’hui ? Il y a 160 millions d’habitants en Russie : la population diminue de plusieurs milliers chaque année, la courbe de la natalité est inversée ce qui engendre des forts problèmes sociaux. On parle de dépopulation : l’immigration est donc indispensable, surtout de main-d’œuvre provenant d’Asie Centrale. Comment la Russie se protège-t-elle face à ses voisins ? Les frontières étant immenses, elle ne peut pas toutes les protéger (frontières avec le Kazakhstan : 7000 kilomètres). Les pays occidentalisés influencent-ils la société russe ? La langue est d’abord un facteur national : après la chute du régime soviétique, le russe devient la langue officielle. La télévision est dominé par les séries américaines, l’anglais devient une langue courante ce qui provoque une rivalité russe/anglais. Il y a d’autres influences comme celle de la Chine, face à son économie toujours croissante. La Russie est donc influencée par les Etats-Unis, l’Europe et la Chine. Chloé Monnatte, TL1