exercices de style - Lard dans la ville

Transcription

exercices de style - Lard dans la ville
Récit
Un jour vers midi du côté du parc de la reine,
sur la plate-forme arrière d'un bus de la STIB à
peu près complet de la ligne S (aujourd'hui 84),
j'aperçus un personnage au cou fort long qui
portait un feutre mou entouré d'un galon tressé
au lieu de ruban. (Un chevalier de la tour ?) Cet
individu interpella tout à coup son voisin en
prétendant que celui-ci faisait exprès de lui marcher sur les pieds chaque fois qu'il montait ou
descendait des voyageurs. Il abandonna
d'ailleurs rapidement la discussion pour se jeter
sur une place devenue libre. Deux heures plus
tard, je le revis devant la gare, place Crombez,
en grande conversation avec un ami qui lui conseillait de diminuer l'échancrure de son pardessus en en faisant remonter le bouton supérieur
par quelque tailleur compétent.
Wallonie picarde
A mitan du jour, près du peont des trous,
su’l’plate-forme d’un bus, j’ravisse tout à keop un
albran qui porteot s’bibi su’s’tiête. Tout d’ein
traque m’n’heomme i appelle s’vijin, i k’minche à
li faire du lari paceque grind dépindeu d’andoule, li aveot écrasé ses pieds et qu’il li f ’seot
l’keop à chque feos qu’y aveot des gins qui montaient dans l’bus. Là-d’sus y a laissé caire l’affaire
et y est parti s’mucher ailleurs dins l’bus. Pu tard
j’ai cor’or’vu c’t’agozil qui f ’seot des m’noules
avé ein d’ses comarates qui lui f ’seot comprind’
qu’i éteot mal abistoqué… si fait !
People
Un jour que J. Legge, muet comme une tombe,
faisait une visite des chers disparus, P.-O. Delannoy observe, assis à la gauche (sic !) de Mgr
H., que M. Bonnet masquait mal sa contrariété
et gueulait sur G. Desablens qui l’envoya valser.
Monsieur Stockman apprit que la pomme de
discorde résidait dans le fait qu’il avait prétendu
qu’elle avait écrasé le pied de Ph. Deman. Celuici apporta un... démenti : ce n’était pas le cas, il
n’était quand même pas fou, Deman !
J.-P. Winberg a vite recadré l’affaire à chaud. Il
paraît qu’elle aurait voulu viser Y. De Greef, assis
à la droite(re-sic !!!) de Ch. Massy à hauteur du
quartier Cathédrale C’est le chauffeur P. Desmedt qui a dû les mettre à l’unisson en mode
majeur en leur accordant que dans le bus tous
étaient amis de tournée. Il était Tout beau !
A faire avaler des couleurs
Un jour, je me trouvai sur la plate-forme d'un
autobus conduit par un blanc. Il y avait là un
jeune homme tout rouge d’avoir couru après ce
bus. Tout d'un coup, vert de rage, il proteste
contre un monsieur. Il lui reproche notamment,
d'une voix qui disait tout sauf des mots bleus, de
le bousculer chaque fois qu'il descend des gens.
Ceci dit, il se précipite vers une place près d’un
jaune homme, pour s'y asseoir. Deux heures plus
tard, je le rencontre devant une gare noire de
monde. Il est avec un ami qui lui conseille de
faire ajouter un bouton à son pardessus rouge
comme une petite fille dans un film gris de la
tristesse et des horreurs des hommes.
Botanique
Après avoir fait le poireau sous le gingkobiloba
du parc de l’hôtel de ville merveilleusement
épanoui, je me greffai sur une voiture orange en
route vers les jardins de Choiseul. Là, j’observai
un grand échalas, bonne poire, qui après avoir
ouvert le sésame était monté à bord. Cette
grande tige, mais beau brin d’homme s’accroche
au bus, tel tarzan à une liane… quand soudain,
ce cornichon se met à enguirlander un homme
qui sur le coup eut l’impression de tourner un
navet. Qu’il ail se faire voir ! Soi-disant qu’il lui
aurait tatané ses plates-bandes . Manifestement,
ce n’était pas ses oignons. Mais, des noix dirait
Mc Auliffe ! fuyant une récolte de châtaignes et
de marrons, il alla se planter en un terrain vierge,
véritable friche urbaine. Plus tard je le revis devant le musée de la tapisserie. Il venait d’être allé
voir une exposition de C. Léger sur le mariage
textile-végétal des banlieusards. Du coup, il envisagea, en haut de sa corolle, une couture de
pois. Chiche ?
Baudelai - rien
Si vous le rencontrez, bizarrement paré,
Se faufilant, au coin d'une rue égarée,
Et la tête et l'oeil bas comme un pigeon blessé,
Traînant dans les ruisseaux un talon déchaussé,
Messieurs, ne crachez pas de jurons ni d'ordure
Au visage fâché de cet éphèbe impur
Dont le pied aplati a souffert le martyr
Les orteils écrasés sous la douceur du cuir
Pour avoir des souliers il a vendu son âme.
Mais le bon Dieu rirait si, près de cet infâme,
Je faisais le Tartuffe comme le fit son auteur
Moi qui vis sa pensée et compris sa douleur.
Vice beaucoup plus grave, il portait chapeau mou.
Et cordon et ruban ; cela sous son long cou
Ce qui n'empêcha pas, un ami, presque un frère
De vouloir boutonner le poitrail du pubère.
Bushien
Un jour, à bord d’un modèle 102 E3 de la Greyhoundline, du côté du boulevard Eisenhower,
en direction de l’avenue des Etats-Unis, un
chauffeur conduisait grâce à un GPS Garmin. A
hauteur d’un fast-food, j'aperçus un personnage, un coca-cola à la main qui portait un jeans
délavé, le chef surmonté d’un stetson usagé. Cet
individu qui mâchouillait un chewing-gum revenait du fitness. Il menaça tout à coup son voisin body-buildé d’un petit remington en prétendant que celui-ci faisait exprès de lui salir ses
nike chaque fois qu'il montait ou descendait des
voyageurs alors qu’il regardait sa nouvelle XBox de chez Microso. Il abandonna d'ailleurs
rapidement la discussion car le second, un golden boy free lance, semblait frileux à cause des
cours du Nasdaq et du dow Jones. Il se jeta, dès
lors, sur une place devenue libre. Deux heures
plus tard, je le revis devant le Kennedy, buvant
un southern comfort, une marlboro en bouche
en grande conversation avec un ami qui lui conseillait de diminuer l'échancrure de son trenchcoat en en faisant remonter le bouton supérieur
par quelque tailleur compétent.
Rimbaldien
Je sais des autobus
Le long des gazons verts
Convoyant la colère
De porteurs de gibus :
Un gandin au long cou
Au chapeau orné d’un
Galon inopportun
S’asseyant tout à coup.
Sur les pavés dorés
De la gare Saint-Lazare
Il reçut, ô Hasard !
Les conseils éclairés
D’un ami, doux baiser,
Qui, dans ce soir de juin,
Lui montrait de la main
Son paletot troué.
Cornélien
Dans l’S de dix-neuf heures à l’orée du grand bois,
L’habitacle bondé, cahotant, de guingois,
Point de civilités, point de doux bavardages,
Mais une presse immense, confinant au naufrage.
Un ostrogoth coiffé d’un casque mal seyant
Quoiqu’orné d’un galon tressé ou d’un ruban
S’en prend à son voisin, abuse son esprit,
L’accusant d’écraser ses pieds endoloris.
Sans aucun coup férir, est-ce un bien ?, est-ce un mal ?
Il occupe à présent un strapontin bancal.
Plus tard dans la journée, de manière fortuite,
Je croise le sauvage dissertant sur ses fripes.
Staracadémicien
Un jour dans l'bus alors que j'traçais ma life,
un keum avec des fringues de ouf (Putain, j'le
kiffais à donf ) s'est frité avec un autre qui
l'avait pas pisté. L'aut'chelou s'est pris l'chou
parce que le premier lui niquait grave les
pieds. Le gars, total à l'Ouest, y calculait rien
du tout. MDR. Comme ça fartait pas du tout,
le premier, il a mouvé sur une autre place.
Deux plombes plus tard, je revois l'autre
lascar maquillé comme un passeport libanais
(qu'on aurait dit la meuf à Sarko LOL) qui
tapait la discut avec un keum pété d'thunes.
Le mec il l'a tayard que ces fringues elles
étaient des trucs de vieux! Trop cool!