Décrocher au bon moment et de la bonne façon

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Décrocher au bon moment et de la bonne façon
QUALITÉ
Quand et comment décrocher le faisceau
trayeur? Voilà deux questions qui suscitent
souvent la controverse. La popularité des
La traite passée en revue
décrocheurs automatiques nous a convaincus
Décrocher au bon moment et
de la bonne façon
que la méthode la plus simple est souvent
la meilleure.
PA R P I E R R E L É V E S Q U E *
QUAND DOIT-ON DÉCROCHER?
Il serait facile de répondre à cette question si le pis de la vache n’avait qu’un seul
quartier ou, comme avec certains robots de
traite, si chaque gobelet était décroché individuellement. Comme les pis de vos vaches
ont quatre quartiers différents et que vous
voulez décrocher les quatre gobelets en
même temps, le compromis est plus difficile à trouver.
En décrochant trop tôt, du lait reste
dans quelques quartiers. S’il en reste trop,
la production du quartier peut diminuer. On
En égouttant les quartiers immédiatement après le décrochage on peut
vérifier si on décroche au bon moment.
Il faut décrocher le faisceau trayeur avant
que les quatre quartiers soient vidés.
26
Mai 2004 Le producteur de lait québécois
a longtemps dit que laisser du lait dans le
pis cause la mammite. Cela ne semble pas
le cas. Peut-être qu’en vidant le pis complètement il y a moins de risques qu’une mammite subclinique ne devienne clinique, mais
laisser un peu de lait dans un quartier ne
cause pas d’infection. En vidant les quatre
quartiers complètement, il y a surtraite dans
les quartiers qui se vident en premier.
Pendant cette surtraite, il y a plus de risque
de glissement de manchon trayeur, ce qui
augmente le risque d’infection. Cette surtraite
provoque également des dommages aux
trayons : trayons rouges après la traite ou
bouts de trayons crevassés. Un quartier avec
un trayon endommagé est plus susceptible
de s’infecter.
Quand doit-on décrocher? La réponse
des scientifiques est : « quand il reste moins
de 100 ml de lait par quartier ». Si je répondais cela à un nouvel employé, je ne l’aiderais pas beaucoup. Cette indication peut
cependant vous permettre d’évaluer la procédure chez vous. Tout de suite après le
décrochage, vous pouvez égoutter les quatre
quartiers dans une tasse à mesurer. S’il reste
généralement moins de 100 ml par vache,
vous auriez peut-être avantage à décrocher
plus tôt. Si plus de 20 % des quartiers de
vos vaches dépassent 100 ml, il est possible que vous laissiez trop de lait dans le
pis. Vous devriez encourager vos vaches à
donner leur lait de façon plus égale. Revoyez
les récents articles qui parlent de la stimulation, de l’importance de poser au bon
moment et de bien ajuster le faisceau trayeur
après la pose.
En pratique, quand vient le temps de
décrocher, il est impossible de savoir combien de lait est resté dans les quartiers. Les
décrocheurs automatiques mesurent le débit
de lait et se déclenchent lorsque ce débit
baisse sous un certain seuil. Avec le décrochage manuel, il faudrait faire la même
chose : lorsque le débit de lait diminue de
façon importante, on décroche les quatre
gobelets en même temps.
Ces dernières années, des études ont
démontré qu’il est souhaitable de décrocher
plus tôt qu’on le faisait. Les premiers décrocheurs automatiques étaient souvent réglés
pour décrocher le faisceau trayeur lorsque
jours. Le lait d’égouttage de plusieurs vaches
devrait être mesuré avant, pendant et après
ces changements. Vos décrocheurs automatiques doivent tous fonctionner de la
même façon; les avez-vous fait vérifier
récemment?
Si le décrochage automatique peut se
faire plus tôt, c’est aussi vrai pour le décrochage manuel. La mesure du débit de lait
est moins précise mais, en regardant bien
dans la griffe à lait, un bon trayeur peut
détecter la fin de traite de façon assez uniforme. En vérifiant la quantité de lait qui reste
dans les quartiers immédiatement après la
traite, on pourrait savoir s’il est possible de
décrocher plus tôt. On le répète, les changements doivent se faire graduellement, en
prenant le temps de vérifier le lait qui reste
dans les quartiers après la traite. Il faut tester
immédiatement après le décrochage de
l’unité. Cinq minutes plus tard, le pis a déjà
produit jusqu’à une tasse de lait.
Il faut fermer
le robinet avant
de décrocher le
faisceau.
le débit de lait baissait en dessous de
200 g/min. S’ils sont réglés ainsi, il y a de
la surtraite dans certains quartiers pour aller
chercher une quantité de lait négligeable. On
a donc commencé à les régler pour décrocher plus tôt. On s’est rendu compte que la
traite devenait plus plaisante pour les vaches,
que celles-ci donnaient leur lait plus vite et
que l’état des trayons s’améliorait sans que
la production de lait diminue pour autant.
Il est aujourd’hui normal de régler les
décrocheurs automatiques à 400 g/min. De
plus en plus, lorsque la régularité, la stimulation, le moment de pose et l’ajustement
du faisceau permettent une traite rapide, on
peut régler l’équipement afin de décrocher
lorsque le débit atteint 600 et parfois même
800 g/min. On encourage ainsi la vache à
donner son lait plus vite; en éliminant la surtraite, on peut alors augmenter le vide de
traite pour traire encore plus rapidement
sans risque pour la vache.
Ces réglages doivent se faire prudemment. Il faut d’abord s’assurer que la
méthode de traite est excellente. N’hésitez
pas à faire évaluer votre méthode de traite
par un conseiller comme l’agent VSMT du
PATLQ. Si la méthode est excellente, on
peut augmenter le débit de décrochage graduellement, de 50g/min à tous les cinq
COMMENT DOIT-ON
DÉCROCHER?
Les décrocheurs automatiques nous
ont aussi enseigné comment décrocher. Dès
On doit attendre quelques
secondes et tirer légèrement
vers le bas pour retirer
les quatre gobelets
simultanément.
que le débit de lait baisse en
dessous d’un certain seuil, on coupe
le vide, on attend deux ou trois secondes
et on tire légèrement vers le bas sur la griffe
pour enlever les quatre gobelets en même
temps. En fermant le robinet sur la griffe, le
vide n’est pas coupé instantanément. Il faut
quelques secondes pour laisser entrer l’air
par le petit orifice d’admission d’air afin que
la pression atmosphérique s’établisse dans
la griffe. Tirer sur la griffe sans couper le vide
Un décrocheur automatique peut faire le
travail mieux qu’un humain, à la
condition qu’il soit bien réglé.
ou en même temps qu’on le coupe est
stressant pour la vache et peut causer des
remontées de lait vers un trayon.
Évitez de retirer les gobelets un par un;
l’entrée d’air par un gobelet facilite l’entrée
des bactéries dans le trayon. Le résultat sera
semblable si vous placez un doigt dans un
gobelet afin d’y faire entrer de l’air pour que
la griffe se décroche plus rapidement.
Lors de la traite en étable, certains producteurs ont tendance, après avoir décroché
un faisceau trayeur, d’y faire entrer de l’air
afin de vider complètement la griffe. Ceci
augmente le risque de provoquer des bouchons de lait dans le lactoduc, une cause
de fluctuation du vide qui nuit à la traite des
autres vaches.
MANUEL OU
AUTOMATIQUE?
Tant en salle de traite
qu’en étable, les décrocheurs automatiques, s’ils
sont bien réglés, font souvent un meilleur travail que
les humains. Leur rentabilité
dépend du nombre d’unités
de traite que vous utilisez. Ils
seront difficiles à rentabiliser
si deux trayeurs utilisent
cinq unités pour traire
35 vaches. S’ils permettent à un seul trayeur de
faire le même travail,
l’investissement peut
devenir intéressant, même
dans un petit troupeau.
Si les vaches collaborent
bien, le décrochage, manuel ou
automatique, se fera simplement. C’est votre
travail de voir à ce que vos vaches fassent
bien le leur. ❂
* Pierre Lévesque, ingénieur agricole, professeur,
ITA de La Pocatière
Le producteur de lait québécois Mai 2004
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