épargne salariale
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CAHIER SPÉCIAL ÉPARGNE SALARIALE Le cap des 100 milliards d’euros est franchi Table ronde/Epargne salariale Table ronde/Epargne salariale La retraite est l’avenir de l’épargne salariale Où va l’épargne salariale ? Elle se prépare à des lendemains qui chantent. C’est en tout cas ce qu’espèrent les participants à notre table ronde, qui la voient se répandre plus largement dans les PME et les ETI. Ils estiment aussi que la retraite, au travers du Perco, est l’avenir de l’épargne salariale, car les besoins sont importants et les dispositifs attractifs. Quelques obstacles entravent néanmoins le chemin, mais la loi Macron pourrait en lever quelques-uns. En tout cas, l’épargne salariale est prête à jouer dans la cour des grands. Jérôme Dedeyan, président d’eres «Aujourd’hui, seulement 17 % des salariés des entreprises de moins de 50 salariés disposent d’un mécanisme d’épargne salariale.» Jérôme Dedeyan est président d’eres, société indépendante de conseil et de gestion d’actifs en épargne salariale, retraite et actionnariat salarié, qui sert tous types d’entreprises en direct et via 1 400 partenaires conseillers en gestion de patrimoine et experts comptables. il co-anime le blog www.partageduprofit.com et intervient régulièrement sur BFMBusiness. il est expert en association à la performance et actionnariat salarié de l’association progrès du Management (apM) qui regroupe plus de 6 500 dirigeants. il est diplômé de l’esCp europe et de l’institut d’etudes politiques de paris. qu’une plus grande participation aux résultats des entreprises soit redistribuée aux salariés. De gauche à droite : Mathieu Berrivin, responsable marketing épargne salariale et retraite d’amundi – Jérôme Dedeyan, président d’eres – Hubert Clerbois, président de eps partenaires – Patrick Lamy, directeur des relations extérieures et membre du comité exécutif de BNp paribas e&re – Cécile Besse Advani, directeur de la stratégie chez BNp paribas e&re – Guy Bonnet, DGa CM-CiC epargne salariale Avec 111 milliards d’euros d’encours, l’épargne salariale a-t-elle atteint son firmament ? Jusqu’où peut-elle monter ? Guy Bonnet, DGA CM-CIC Epargne Salariale : 111 milliards d’euros, c’est très encourageant, après plusieurs années de stagnation. Incontestablement, l’épargne salariale n’a pas atteint son firmament, mais la progression risque de ne pas être simple, car il y a plusieurs obstacles à lever. Premièrement, il faut élargir l’épargne salariale aux plus petites entreprises afin de la démocratiser, comme veut le faire la loi Macron. Cela permettrait d’en faire profiter beaucoup plus de salariés. Ensuite, il faut développer le Perco. C’est un domaine extrêmement VIII Cahier spéCial important, qui peut progressivement permettre à l’épargne salariale de prendre encore plus son envol. Un autre enjeu, qui ne trouvera certainement pas de réponse dans les débats parlementaires actuels, porte sur la révision de la formule de calcul de la participation. Cette formule n’a jamais été modifiée et continue à faire référence à des taux d’imposition et à une rentabilité des fonds propres qui ne correspondent plus à la réalité. Une révision de ce calcul pourrait permettre à des entreprises éligibles de verser de la participation alors qu’elles ne le font pas aujourd’hui, et à des entreprises qui en versent déjà de pouvoir attribuer des montants supérieurs. C’est un sujet qu’il nous faut porter à nouveau sur la table pour Mathieu Berrivin, responsable marketing épargne salariale et retraite d’Amundi : 111 milliards, c’est une excellente base de lancement pour l’épargne retraite. On observe en effet aujourd’hui que l’épargne salariale, à cinq ans, est complètement entrée dans le quotidien du salarié en répondant explicitement à des projets de vie tels que l’achat de résidence principale ou le mariage. A noter à ce sujet que l’achat de résidence principale constitue aujourd’hui le premier cas de déblocage, ce qui prouve bien tout le sens de cette épargne. En revanche, l’épargne retraite n’en est qu’à ses prémices. Le véritable enjeu est donc pour nous et les entreprises de faire prendre conscience aux salariés que les PEE et Perco sont aussi, et peut-être même surtout, l’outil idéal pour la retraite. A partir d’une telle prise de conscience, les montants évoqués n’auront plus rien à voir avec ceux que nous connaissons actuellement. Patrick Lamy, directeur des relations extérieures et membre du comité exécutif de BNP Paribas E&RE : 111 milliards, c’est un cap important, car il rend l’épargne salariale plus visible. Je suis persuadé que le Perco va être une des sources de développement dans l’avenir, et que nous irons de plus en plus vers des solutions de retraite et d’épargne à long terme. La préparation de la retraite et la nécessité d’avoir un capital disponible pour affronter la dégradation des taux de remplacement (rapport entre le dernier salaire et le montant de la pension) vont y inciter. Progressivement, le Perco va donc rattraper les plans d’épargne à cinq ans avec une conséquence notable : alors que le PEE se vide en même temps qu’il se remplit, du fait des retraits réguliers, l’épargne est appelée à s’accumuler pour la retraite et, donc, à atteindre des niveaux importants. L’allongement de la durée de vie de l’épargne salariale à travers le Perco va ainsi entraîner une véritable accumulation, qui sera d’abord profitable aux salariés, car ce sont les premiers bénéficiaires de ce dispositif. L’épargne ainsi constituée pourra leur servir pour acquérir leur résidence principale (c’est la première forme d’épargne retraite) et/ou un capital susceptible d’être transformé en complément de revenu à vie, sous forme de rente. Le fait que le forfait social puisse être abaissé à 16 % pour les Perco, dans le cadre de la loi Macron, et que la contribution de 8,20 % sur l’abondement au-dessus de 2 300 euros soit supprimée, devrait aussi conduire les entreprises à favoriser le Perco, en fléchant notamment l’abondement vers ce dispositif. Cela pourrait inciter plus fortement les salariés à y aller. C’est leur intérêt. Cécile Advani, directeur de la stratégie chez BNP Paribas E&RE : L’épargne salariale a plus progressé ces cinq dernières années que le marché de la gestion d’actifs en France. C’est remarquable et c’est bien la preuve d’un réel dynamisme, mais il ne faut pas s’en contenter puisqu’il s’agit de dispositifs très populaires. Pour atteindre le firmament, nous avions espéré une insertion plus résolue de ces dispositifs dans les entreprises de moins de 50 salariés et il faudra aussi s’interroger, dans l’avenir, sur l’opportunité de mettre en place l’épargne salariale dans la fonction publique. Il y a de vrais besoins et de vraies attentes. C’est une piste de réflexion à ne pas négliger. L’épargne salariale solidaire, en donnant du sens à l’épargne est aussi un facteur positif très important qui contribue non seulement au développement de l’épargne salariale, mais aussi au renforcement du lien social entre l’entreprise et les salariés. Jérôme Dedeyan, président d’Eres : Plus de 100 milliards, c’est une goutte d’eau dans le paysage de l’épargne française. Même si cela couvre 12 millions de personnes, ce n’est rien par rapport aux 1 500 milliards d’euros qui fructifient dans l’assurance-vie. Et Cahier spéCial IX Table ronde/Epargne salariale Table ronde/Epargne salariale Hubert Clerbois, président de eps partenaires «Le montant moyen d’épargne retraite détenu par salarié est inférieur à 10 000 euros, soit un complément de revenu lors de la retraite de 400 euros par an.» après un début de carrière dans le conseil en organisation, hubert Clerbois devient secrétaire général d’un groupe de protection sociale paritaire, chargé notamment des ressources humaines, des finances et de la Dsi. il a ensuite présidé une société de gestion de portefeuille dédiée exclusivement à une clientèle institutionnelle. en 2002, il crée eps partenaires, conseil indépendant en épargne d’entreprise et protection sociale. Dans ces domaines, il intervient dans de nombreuses missions : audit et transformation, appels d’offres, suivi de la gestion financière, assistance à la négociation. il intervient également fréquemment en formation, tant auprès de directions de grandes entreprises que de représentants des irp. pourtant, cela devrait être plus important. Deux moteurs me rendent optimiste sur la croissance du marché. Tout d’abord, nous allons assister à l’équipement des TPE et des PME dans les dix ans qui viennent. Aujourd’hui, seulement 17 % des salariés des entreprises de moins de 50 salariés disposent d’un mécanisme d’épargne salariale. C’est mieux que les 3 % qui étaient enregistrés en 2000, mais c’est encore bien peu par rapport à l’équipement des entreprises de plus de 50 salariés, dont 80 % ont mis en place au moins un dispositif. Second moteur : l’épargne retraite. La part de l’épargne salariale affectée à la retraite, plus la part de la retraite collective, au travers notamment de contrats Article 83, représente 134 milliards d’euros. C’est une matière qui a convergé, fiscalement et socialement, et on doit la considérer comme un seul ensemble. Cette matière progresse au rythme de 9 % par an sur les dix dernières années. Si l’on prolonge ce taux de croissance, la part collective affectée à la retraite pourrait représenter 500 milliards d’euros dans dix ans, sur les 1 500 milliards d’épargne retraite que les Français auront accumulée. Le marché de la retraite collective va ainsi croître plus vite dans les prochaines années, et prendre une part plus significative dans l’ensemble de l’épargne retraite. Elle représente, en France, 34 % du PIB, contre 77 % dans les pays de l’OCDE. Ce retard va être rattrapé, en grande partie, grâce aux dispositifs collectifs, et notamment grâce au Perco. ous réserve qu’il n’y ait pas de choc réglementaire, la part de l’épargne salariale devrait atteindre la moitié de ces 500 milliards d’euros. L’épargne salariale pourrait donc voir ses encours plus que doubler dans les prochaines années. Hubert Clerbois, président de EPS Partenaires : Il ne faut pas non plus s’emballer : le montant moyen d’épargne retraite détenu par salarié est inférieur à 10 000 euros, soit un complément de revenu lors de la retraite de 400 euros par an. Il y a donc encore de gros efforts à faire, car les sommes à mobiliser sont bien plus importantes. X Cahier spéCial Quels sont les obstacles à une généralisation des dispositifs ? Hubert Clerbois : Les grandes entreprises sont déjà largement dotées ; il n’y a pas grand-chose de plus à faire sur ce créneau. C’est sur les PME que l’effort doit porter maintenant. C’est cependant moins facile, car il faut aller vers l’entreprise pour la convaincre, et il faut trouver des moyens de mieux rémunérer ceux qui font les démarches commerciales. C’est une équation assez complexe à résoudre. Il faut aussi que le patron ait envie, même si la loi Fabius a fait beaucoup pour les séduire. Aujourd’hui, ce n’est pas évident pour un patron de PME, dont les marges sont tendues, d’ouvrir la caisse. Même si les dispositifs sont basés sur les résultats et les performances, il faut une envie de s’y engager. Je pense qu’il faut d’abord réussir à les convaincre que la mise en œuvre des dispositifs est simple – la loi Macron vise cet objectif –, alors que bon nombre d’entre eux estiment que c’est un sujet complexe. On peut aussi regretter l’instabilité du traitement fiscal et social des sommes versées par l’employeur, qui a aussi refroidi les ardeurs, car beaucoup craignent de nouveaux durcissements. Je ne suis pas persuadé que la loi Macron suffira à vaincre ces réticences. Pour que de tels dispositifs se généralisent, il faut aussi aider les salariés à se les approprier. Dans les entreprises, il y a beaucoup d’informations données lors de la mise en place mais, après quelque temps, l’engouement retombe. S’il n’y a pas une politique d’abondement pour inciter le salarié à investir, ce n’est pas facile de lui faire franchir le pas. C’est un problème dans les petites entreprises, mais aussi dans celles de taille intermédiaire. Il faut simplifier et mobiliser pour faire perdurer les versements, pour l’épargne et la retraite. Guy Bonnet : Il existe trois grandes catégories d’obstacles : réglementaires, culturels et économiques. Sur le plan réglementaire, il y a eu des changements incessants qui ont posé des problèmes et qui, surtout, n’ont pas donné de cohérence. On a voulu, avec l’épargne salariale, favoriser l’épargne, puis avantager la retraite, mais en même temps donner du pouvoir d’achat avec des déblocages anticipés, pour l’achat d’une voiture ou pour consommer. Les pouvoirs publics ont cherché à répondre à plusieurs problèmes, sans se rendre compte que ce n’était pas son rôle fondamental. Cela lui a nui. Les obstacles culturels viennent des dirigeants d’entreprise. Ils ont des priorités, et n’ont pas forcément le temps de réfléchir à la place que peut occuper l’épargne salariale dans leur politique de rémunération. Ils vont finalement choisir des solutions plus simples, plus rapides, par exemple en versant des primes. Il n’y a donc pas de réflexion globale. L’épargne salariale, ce n’est pas tout ou rien : elle a sa place dans un dispositif beaucoup plus large. Elle est aux confins du pacte de compétitivité et du pacte de responsabilité, car elle représente à la fois des solutions pour améliorer le dialogue social et pour se rencontrer afin de discuter de la vie de l’entreprise, de ses marchés, de sa compétitivité, de la concurrence, etc. La PME a un «médecin référent», c’est l’expert-comptable : nous constatons qu’ils sont assez frileux pour recommander aux entreprises de s’engager dans l’épargne salariale. Ils ne sont pas encore de véritables alliés au développement de ces solutions, y compris parce qu’ils sont eux-mêmes plongés dans des interrogations sur l’environnement fiscal et social. Ils ne veulent donc pas recommander des solutions qui pourraient être remises en cause. Les expertscomptables méritent encore d’être convaincus et persuadés des bienfaits de ces dispositifs. Le problème économique, enfin. Nous sommes en période de crise, avec des tensions. Les marchés sont tendus, la concurrence s’est accrue, l’épargne salariale n’est pas la priorité. Toutes les PME n’ont pas les moyens de le faire, ou n’ont pas considéré que cela devait faire partie des priorités, comme un atout de compétitivité. Jérôme Dedeyan : Les grandes entreprises ont les moyens humains et logistiques pour mettre en place ces systèmes et les faire vivre. Dans les TPE et les PME, qui sont toutes uniques, l’épargne salariale permet de s’adapter à la situation de chacun. Mais il faut trouver quelqu’un qui soit en contact avec les chefs d’entreprise et qui puisse les aider à avancer en paramétrant un régime adapté à leur situation. Paradoxalement, le premier obstacle à la diffusion de l’épargne salariale dans les TPE et les PME, c’est le souci de la simplifier à l’extrême, au risque d’en faire un outil qui ne pourra pas s’adapter à chacune. Le rôle de prescription de l’expert-comptable est fondamental pour aider le chef d’entreprise à mettre en place un dispositif adapté à sa situation et à ses objectifs. La loi Macron est-elle susceptible de donner un coup de fouet à ce marché ? Patrick Lamy : La loi Macron prévoit des avancées, des points intéressants, mais je ne pense pas qu’on puisse en attendre un coup de fouet. Parmi les points susceptibles de faire progresser ce marché, il y a l’abaissement du forfait social à 8 % pour les PME qui mettent en place un premier accord. Cela pourrait être incitatif, mais les hausses passées du forfait social laisseront des traces. Les chefs d’entreprise ne perdront pas de vue que, si on leur offre un taux attractif aujourd’hui, celui-ci reviendra par la suite à 20 %, voire au-delà en cas de nouvelle hausse. Cela va tempérer l’ardeur d’entreprises qui auraient été enclines à créer ce type de dispositif. Un autre point va dans le bon sens : il s’agit de l’intéressement, dont le traitement de l’option par défaut sera harmonisé avec celui de la participation. Ainsi, le salarié qui ne répondra pas à l’avis d’option verra son épargne investie dans le plan d’épargne de l’entreprise. Cela permettra à des salariés d’avoir un peu d’épargne, parfois mal- Cécile Besse Advani, directeur de la stratégie chez BNp paribas e&re «L’épargne salariale a plus progressé ces cinq dernières années que le marché de la gestion d’actifs en France.» Cécile Besse advani est titulaire d’un Dess d’économie du commerce international de paris panthéon-sorbonne, d’une maîtrise de droit des affaires et d’une licence de chinois. elle a rejoint BNp paribas en 1994 et a occupé divers postes dans le domaine du financement des grands contrats à l’international avant de devenir responsable de la Turquie du Caucase et de l’asie centrale. auparavant, elle avait travaillé douze ans en asie (Chine et inde). De 2011 à 2013, Cécile Besse advani était en charge du développement des partenariats dans le monde émergent (amérique latine notamment) et en europe au sein de BNp paribas investment partners. Depuis 2013, elle occupe le poste de directeur de la stratégie chez BNp paribas epargne & retraite entreprises. Cahier spéCial XI Table ronde/Epargne salariale Table ronde/Epargne salariale gré eux, qu’ils pourront utiliser pour la retraite ou pour des moments difficiles. En ce qui concerne le Perco, le forfait social qui reviendrait à 16 % pour la gestion pilotée par défaut et l’investissement dans le fonds par défaut, avec une fraction investie à hauteur de 7 % en actions de PME et d’ETI, représente aussi une avancée positive. Cette disposition devrait contribuer à renforcer les fonds propres d’entreprises qui aujourd’hui sont innovantes et créatrices d’emplois. Le projet de loi entraîne aussi quelques regrets. Des pistes qui avaient été évoquées par le président de la République et le rapporteur thématique, le député Christophe Castaner, n’ont pas été suivies, le contexte n’y étant pas favorable. C’est le cas à propos de l’extension de la participation à plus de salariés, en abaissant le seuil de mise en œuvre obligatoire. Jérôme Dedeyan : De quelle loi Macron parlons-nous ? Il n’y avait rien, ou quasiment rien, sur l’épargne salariale dans le projet déposé le 10 décembre au Conseil des ministres. Cela a été intégré en commission. Si les points proposés sont maintenus, ce sera une forme d’appel d’air. Je ne pense pas à la petite dizaine de mesures cosmétiques, de simplification ou d’harmonisation, mais à la baisse du forfait social pour les PME. Espérons donc que le texte sera musclé par les députés. Il est inconcevable que cet allégement de forfait social pour les PME qui s’équipent ne concerne que les flux de partage du profit (participation et intéressement), et pas la contribution de l’employeur dans les dispositifs, sous forme d’abondement. Si on aide les entreprises à mettre en place ces dispositifs, mais qu’on ne leur permet pas d’aider leurs salariés à y investir, on ratera l’impact macroéconomique de la diffusion de l’épargne salariale qu’on cherche à obtenir. Deuxièmement, il n’y a pas dans le projet un dispositif qui permettrait de systématiser la création d’enveloppes d’épargne salariale pour accueillir les fruits du partage du profit. La loi est bancale. Si on veut que l’épargne salariale se développe sur les flux et sur les stocks, ce qui finance l’investissement productif créateur de richesse et d’emplois, il faut qu’il y ait un PEE chaque fois qu’il y a de l’intéressement, et que l’entreprise propose un dispositif de retraite, donc un compartiment long. C’est ce qui manque, à mon sens, au dispositif Macron pour qu’il soit complet. Il faut aller au bout de la logique. Ces signaux positifs ne serviront toutefois à rien si on ne met pas fin à l’instabilité fiscale et sociale qui frappe l’épargne salariale depuis plusieurs années. Le fait de prévoir un forfait à 8 % pendant six ans, avant de repasser à 20 %, est contre-productif. Quel chef d’entreprise peut se lancer sur la mise en place de nouveaux modes de rémunération en se disant que son enveloppe devra être redéfinie dans six ans ? Il faut revenir à la réalité. Un dirigeant n’a pas envie de passer sa vie dans les lois de finances et les mesures gouvernementales. Hubert Clerbois : Je regrette que la loi ne prévoie pas un allégement du forfait social pour l’épargne retraite. On rappelle sans cesse qu’il n’y a pas assez d’épargne retraite, mais il faut donner des incitations aux salariés pour qu’ils aillent dans le Perco, notamment aux plus jeunes. Lorsqu’on leur dit que leur épargne est bloquée jusqu’à la retraite, ils partent en courant s’ils n’y trouvent pas un avantage immédiat. Un cercle vertueux aurait pu être enclenché en réduisant plus fortement le forfait dans ce cas, de manière à ce que l’entreprise puisse encourager les investissements pour la retraite. Même si son poids s’est légèrement réduit par rapport à l’ensemble de l’épargne salariale, l’actionnariat salarié se taille toujours la part du lion. Comment expliquer cette place importante, voire cette prédominance ? Guy Bonnet : Je note que les pouvoirs publics visent la simplification, mais qu’ils s’apprêtent à créer trois taux de forfait social sur l’épargne salariale. C’est assez paradoxal… Jérôme Dedeyan : Il s’agit d’une prédominance européenne. Selon une étude que nous avons réalisée sur 2 200 entreprises européennes cotées de plus de 200 millions de capitalisation boursière, la France occupe le premier rang pour l’actionnariat salarié. On trouve en France un tiers des salariés actionnaires de l’Union européenne, qui détiennent un quart du capital de ces grandes entreprises européennes. C’est considérable ! Enfin, 48 % des salariés sont actionnaires de leur entreprise en France, soit bien plus que dans tous les autres pays. Il y a aussi de plus en plus d’opérations qui se réalisent dans les entreprises non cotées. Il s’agit parfois d’opérations effectuées dans le cadre d’un LBO ou d’un «spin-off» (scission d’entreprise). Mais il s’agit aussi souvent d’une volonté du chef d’entreprise d’associer ses salariés, considérés comme des partenaires, afin de retenir leur capital intellectuel. La raison essentielle pour laquelle la France est leader ? Nous avons l’extraordinaire instrument collectif qu’est la détention d’actions de l’entreprise à l’intérieur du plan d’épargne entreprise. Mathieu Berrivin : La loi ne suffira pas à donner un coup de fouet au développement de l’épargne salariale. Elle comporte certes des signaux positifs puisque la diffusion auprès des TPE et PME sera facilitée par la baisse du forfait social, et que participation et intéressement subiront dorénavant un traitement équivalent (les salariés, qui ne comprennent pas toujours la différence de traitement entre les deux – c’est un point complexe à appréhender – verront leur choix facilité). L’insertion de fonds «PEA-PME» au sein des offres de gestion pilotée donne plus de sens à l’épargne de long terme car elle a vocation à réconcilier le monde de la finance avec celui de l’économie réelle au travers du financement des PME. Hubert Clerbois : Le poids de l’actionnariat salarié s’explique aussi par la taille des entreprises qui l’ont adopté, et qui figurent pour la plupart parmi les plus grandes, celles du CAC 40. Les variations du poids de l’actionnariat salarié s’expliquent d’ailleurs, bien souvent, par les mouvements du cours de l’action. Quand Total, dont les salariés détiennent 4 milliards d’euros du capital, voit son cours baisser ou monter, cela a un impact direct sur les montants gérés au titre de l’actionnariat salarié. La loi Macron prévoit un dispositif intéressant sur les attributions d’actions gratuites et les allégements fiscaux. Il faudrait qu’il puisse être étendu facilement aux entreprises non cotées afin de garantir la liquidité pour les salariés, par exemple par la Caisse des dépôts. XII Cahier spéCial Patrick Lamy, directeur des relations extérieures et membre du comité exécutif de BNp paribas e&re «Je suis persuadé que le Perco va être une des sources de développement dans l’avenir.» il est spécialiste de l’épargne salariale et de la retraite depuis trentequatre ans. il a exercé le métier épargne salariale dans différents établissements et est arrivé chez BNp paribas en 1997. après y avoir exercé plusieurs fonctions, il assure aujourd’hui les relations de place avec les parlementaires, les administrations et les autorités de tutelle, les organisations professionnelles (MeDeF, aFep, CGpMe, aFG …) et syndicales. il supervise également les offres isr (Cies) et les partenariats solidaires. il est également président de la commission TCC de l’aFG (association française de gestion) et membre du comité stratégique de FONDaCT. il est enfin l’auteur de plusieurs ouvrages sur la participation, l’épargne salariale et la retraite. Ce serait une mesure susceptible de faire progresser l’actionnariat salarié dans les PME. Car même si cela se développe dans ces entreprises, le marché reste embryonnaire. Mathieu Berrivin : Effectivement, la France est très largement leader dans ce domaine. Opportunément, en 2014, nous avons enregistré, dans notre société, un record historique : 26 opérations ont été menées en France et à l’international – les grandes entreprises diffusant ce modèle dans leurs filiales à l’étranger –, avec 2,2 milliards d’encours collectés. Cela se fait le plus souvent via le véhicule du Fcpe, qui, outre l’économie de coûts, a le mérite d’être un lieu de dialogue social, avec une logique de transparence financière. C’est un cran de sûreté supplémentaire pour l’épargnant. Les taux d’adhésion sont d’ailleurs systématiquement en hausse grâce à ce mécanisme. Plus structurellement, je pense que la culture de l’actionnariat salarié en France est très liée aux grandes opérations de privatisation, dans les années 1990. A l’époque, une part de capital était systématiquement réservée aux salariés. Cela a amorcé la pompe très positivement. Par la suite, nous sommes passés par des périodes de hausse et de baisse de la valeur des titres, ce qui conduit employeurs et salariés à voir l’actionnariat à la fois comme un risque et comme une opportunité. D’un point de vue pédagogique, c’est important : il y a ainsi une vraie appropriation des dangers et des bienfaits. Enfin, si l’actionnariat salarié s’est fortement développé dans les grandes entreprises, il commence à se répandre dans les plus petites structures, par le jeu des spin-off, mais aussi du fait de dirigeants très volontaristes. Guy Bonnet : Il y a une réalité historique qui explique le poids de l’actionnariat salarié et un prisme très marqué sur les grandes entreprises. Néanmoins, je pense que cela a des vertus. Ce que je retrouve dans l’épargne salariale, et encore plus avec l’actionnariat salarié, c’est une démarche pédagogique des entreprises vis-à-vis de leurs salariés sur l’environnement concurrentiel de leur entreprise, sur la formation de la valeur ajoutée et sa compétitivité. Derrière l’actionnariat, on peut échanger avec les salariés et leurs représentants, au travers des informations transmises à l’occasion des conseils de surveillance. Sur le non-coté, on en trouve dans des spin-off, pour finir un tour de table ou faire participer les salariés. Quand on passe d’un grand groupe à une PME, l’actionnariat peut permettre d’accompagner ce mouvement. Le non-coté demeure complexe à gérer et nécessite une analyse fine du risque pris par les salariés et la société de gestion. Nous associons toujours notre réseau à cette analyse avant le montage d’un dossier de ce type. Patrick Lamy : Nous sommes réticents quant à la mise en place de fonds d’actionnariat non coté, à cause d’une réglementation très stricte, qui renvoie à la responsabilité du gestionnaire pour tout souci dans la vie du fonds, y compris lorsque l’entreprise est défaillante. Nous avons un risque opérationnel très fort difficilement compatible avec un niveau de commissionnement très faible. En matière d’actionnariat salarié, on observe que le traumatisme subi en 2007/2008 par les salariés s’estompe un peu. A l’époque, nous avons été frappés de découvrir que certains salariés ou retraités avaient mis toute leur épargne salariale dans les actions de leur entreprise, dont la valeur avait fortement baissé. L’actionnariat salarié est une très bonne chose, mais ce n’est pas un produit pour la retraite, sauf à ce que cet investissement constitue une part raisonnable dans le patrimoine. Il ne faudrait pas que les salariés y reviennent en pensant que l’actionnariat est un billet gagnant du loto. Il faut bien mesurer le risque avant de s’y lancer. Cela a d’ailleurs conduit certaines entreprises à revoir leur mécanisme d’abondement, qui faisait la part belle à l’actionnariat salarié, au risque de conduire les salariés à prendre des risques en ne visualisant que l’attrait de ce versement complémentaire de l’entreprise. Elles essaient d’avoir un abondement plus neutre, de manière à ce que le choix soit effectué sur des bases plus saines avec une répartition plus équilibrée de l’épargne salariale. Cahier spéCial XIII Table ronde/Epargne salariale Table ronde/Epargne salariale més, disponibles 24 heures sur 24 pour les demandes de premier niveau et proposons aux entreprises des rendez-vous téléphoniques par nos conseillers pour leurs salariés quand ils le souhaitent, afin de faire de la pédagogie sur les fonds à leur disposition. C’est une démarche pour inciter à mieux gérer, diversifier et à arbitrer quand c’est nécessaire. Mathieu Berrivin, responsable marketing épargne salariale et retraite d’amundi «Le vrai enjeu est de savoir envoyer le vrai message aux épargnants, et notamment une mise en garde sur le monétaire aujourd’hui.» Jérôme Dedeyan : Dans les grandes entreprises, il n’y a pas assez de fonds de placement proposés, faute de pouvoir apporter des conseils aux salariés. Et dans les petites entreprises, avec les plans interentreprises, il y en a peut-être trop pour qu’un épargnant puisse discerner ceux qui correspondent à ses besoins. Pour résoudre les problèmes de renégociation des accords et d’intégration, la solution la plus simple consiste à construire des fonds en architecture ouverte. Cela permet de faire évoluer les allocations. Pour notre part, nous travaillons avec des conseillers en gestion de patrimoine ayant le statut de conseiller en investissement financier : dans les TPE, ils peuvent aller à la rencontre de tous les salariés pour les conseiller. Les conseils tiennent alors compte de la situation personnelle, et ne se résument pas à des conseils d’allocation globale. La prochaine étape pourrait être d’aller vers le mandat, afin que le salarié puisse déléguer la gestion de son épargne salariale à un professionnel. Diplômé de l’esCp d’un master ingénierie financière et fiscale, Mathieu Berrivin a commencé sa carrière comme chargé d’affaires épargne salariale grands comptes chez Crédit lyonnais asset Management. il rejoint ensuite les équipes de Crédit agricole asset Management en tant que responsable développement entreprise épargne salariale et retraite. il devient directeur marketing supports en 2011 d’amundi épargne salariale et retraite, fonction qu’il occupe toujours aujourd’hui. L’offre de fonds et la gestion financière des FCPE répondent-ils aux besoins des salariés ? Cécile Advani : Oui. L’offre de fonds est aujourd’hui très large et elle est évolutive. Tout le spectre des placements est disponible, mais nous sommes confrontés à trois grands types de problèmes. L’offre passe en effet par le premier filtre de l’entreprise qui fait des choix dans la gamme. C’est pour elle une lourde responsabilité visà-vis de ses salariés, alors que son métier n’est pas nécessairement celui de la gestion de fonds et encore moins de leur sélection. Il se peut donc qu’il n’y ait pas une pleine adéquation entre les besoins d’un salarié et l’offre retenue par l’entreprise. Ensuite, le salarié a besoin d’information, voire de formation, pour choisir ses investissements à bon escient. C’est la responsabilité de l’entreprise, du teneur de compte et du gestionnaire d’actifs de pourvoir à ces nécessités. En revanche, il ne nous est pas possible légalement de donner un conseil personnalisé aux salariés. Nous les accompagnons bien sûr au travers d’outils sur nos sites et de réunions avec les salariés mais sans conseil personnalisé. La fluidité de la proposition financière est, il est vrai, plus limitée. Enfin, l’insertion de nouveaux fonds dans l’épargne salariale constitue une démarche lourde car l’entreprise doit discuter de ces dispositions avec les partenaires sociaux et rouvrir les accords en place, ce qui n’est pas toujours une priorité pour le chef d’entreprise, car la négociation va souvent au-delà de la seule épargne salariale. Hubert Clerbois : L’offre de fonds est suffisante. Les sociétés de gestion sont d’ailleurs très créatives en la matière. Depuis la crise, on a vu naître les fonds avec des garanties, les fonds flexibles, les fonds à performance absolue… sans compter les fonds solidaires désormais obligatoires. Et si la loi Macron venait à créer encore un nouveau type de fonds pour l’investissement dans les PME, l’offre serait encore étendue… En matière d’épargne salariale, je crois XIV Cahier spéCial qu’on a toujours intérêt à faire preuve de sagesse lorsqu’on réfléchit aux différents fonds à proposer dans un PEE ou un Perco : avoir à l’esprit que, au final, c’est le salarié qui doit mettre une croix dans son avis d’option pour indiquer où il veut investir sa participation ou son intéressement. Une gamme de quatre à six fonds me semble largement suffisante. Je suis effaré quand je découvre certains PEE proposant plus de dix fonds… Guy Bonnet : L’offre a beaucoup évolué. On le voit avec l’apparition des fonds flexibles, patrimoniaux, garantis, diversifiés, français, européens, monde et d’autres concepts modernes et plus sécurisants. Les sociétés de gestion ont de quoi répondre, aujourd’hui, à tous les besoins. Les sujets d’évolution ne concernent donc pas en priorité la gestion elle-même ; ils touchent au reporting à destination des épargnants, notamment sur la manière dont nous gérons ces fonds. L’enjeu, c’est la pédagogie pour expliquer comment utiliser au mieux ces dispositifs. Les épargnants ont souvent les mêmes réflexes : ils ont tendance à tout investir sur un même support. La question de la diversification est un vrai problème aujourd’hui, d’autant que les arbitrages entre fonds sont peu fréquents. Il faut faire passer un message clair sur l’utilité et le rôle des arbitrages, mais sans aller jusqu’à des allers-retours permanents, car l’épargne salariale n’est pas suivie au jour le jour. Les 12 millions de salariés ne sont pas des spécialistes de la gestion. L’offre est d’une grande qualité. Elle est peut-être presque trop large pour faciliter un choix éclairé. Nous avons développé deux expériences. Nous organisons, avec nos spécialistes et nos chargés d’affaires, des rendez-vous financiers issus des bilans patrimoniaux en face à face avec les chefs d’entreprise. Nous leur apportons des informations et un conseil global, en fonction de l’ensemble de leur patrimoine. Nous faisons aussi un lien avec la technologie. Nous disposons de plateformes de téléconseillers, internes au groupe, solidement for- Mathieu Berrivin : Les crises passées ont conduit les épargnants à s’éloigner des fonds en actions ou diversifiés, car les performances passées ont parfois beaucoup baissé. Notre responsabilité est de faire cet effort de pédagogie vis-à-vis de cet univers pour mieux les faire accepter par les salariés. L’objectif de réconcilier l’épargne et l’épargnant, c’est à nous de le faire, à la fois vis-à-vis des entreprises et des salariés. Les fonds monétaires occupent toujours une place prépondérante dans la gestion de l’épargne salariale. Est-ce justifié ? Comment inciter les salariés à diversifier, et pourquoi ? Hubert Clerbois : Le rapport du Copiesas proposait un investissement par défaut dans le Perco dans la gestion pilotée et non plus dans le monétaire. Sera-t-il repris dans la loi Macron ? Ici aussi la pédagogie auprès des salariés est primordiale. Souvent, lors de formations que nous animons, nous posons cette question aux salariés : connaissez-vous le rendement du fonds monétaire ? Peu d’entre eux apportent la bonne réponse ; la plupart évoquent le rendement du livret A, voire plus ! Effectivement, investir pour sa retraite à 0 % est un non-sens. D’un autre côté, si l’épargne est fléchée vers la gestion pilotée dans le Perco, comment expliquera-t-on à un jeune salarié qui voudra débloquer son Perco pour acheter sa résidence principale qu’il aura pu perdre de l’argent car son épargne «pilotée» était investie à 100 % en actions ? On se prépare peut-être de beaux contentieux ! Même à 0 %, un fonds monétaire est toujours justifié dans un PEEPerco car il sert de fonds «d’atterrissage» pour arbitrer et sécuriser son capital avant une sortie en cash pour un déblocage. Les salariés, pour la plupart d’entre eux, sont encore peu familiers des arbitrages. La diversification passe aussi par là. Enfin, diversifier oui, mais pour aller où ? La plupart des salariés sont averses au risque. Qui peut leur garantir que dans les prochaines années les fonds obligataires à court terme, créés en substitution au monétaire, ne baisseront pas ? Mathieu Berrivin : Nous sommes face à une situation relativement inquiétante pour les épargnants salariés. Aujourd’hui, une très large majorité de l’épargne est investie dans des fonds monétaires, car ils sont considérés comme sans risque. Avec la forte baisse des taux à court terme, leur épargne commence donc à arriver en territoire négatif. Lorsque l’on sait que la durée moyenne d’un placement sur le PEE est de huit ans et demi, c’est une perspective peu réjouissante pour l’épargne.Il y a donc un devoir de conseil qui s’impose dès aujourd’hui. Nous avons une vraie révolution à engager : il faut sortir du prisme bancaire et réglementaire, qui est assez lourd d’un point de vue sémantique, pour enfin apporter une information claire et accessible sur les choix financiers possibles. Aujourd’hui, les salariés attendent que l’information leur soit apportée, ils ne doivent pas avoir à aller la chercher. Le vrai enjeu est de savoir envoyer le vrai message aux épargnants, et notamment une mise en garde sur le monétaire aujourd’hui. Ce n’est donc pas à nous de les inciter à diversifier. Nous devons les former et les informer, et ils prendront ensuite les bonnes décisions. J’ajouterai que, dans les prochains mois ou les prochaines années, un autre problème va forcément apparaître : celui des fonds obligataires. Considérés jusqu’ici par les salariés comme des fonds sans risque, ils pourraient demain perdre beaucoup de leur valeur si les taux remontaient. Il faudra pouvoir informer les salariés qu’ils arrivent dans une zone dangereuse. Cécile Advani : Les fonds à gestion pilotée représentent une bonne réponse puisqu’ils accompagnent le salarié durant toute sa vie d’épargne, en lui permettant de ne pas s’occuper quotidiennement de ses investissements. C’est une bonne manière de faire évoluer la gestion de l’épargne salariale. Nous proposons déjà dans nos Perco la gestion pilotée par défaut. Dans la mesure où nous sommes dans une épargne à long terme, il faut une gestion à long terme. Notre monde, de plus en plus digital aujourd’hui, facilite l’information, notamment via les tablettes et smartphones. Des simulateurs deviennent accessibles en mobilité. Nous avons déjà fait une partie du chemin qui mène vers la simplification et la pédagogie, notamment en adoptant un langage financier intelligible par les salariés qui ne sont pas tous des experts de ces questions. La réglementation actuelle, qui est exigeante, nous demande d’apporter toujours plus d’informations aux salariés. Ces évolutions sont positives dans l’absolu. Cependant, arrive un stade où la frontière entre nos obligations légales, qui ne nous autorisent pas en l’état à prodiguer des conseils personnalisés aux salariés, et ce que nous pouvons faire techniquement, sera de plus en plus ténue. En effet, avec la digitalisation, nous sommes déjà en mesure techniquement de fournir une partie des conseils personnalisés. Cette question se pose aujourd’hui, car des solutions existent. Ce n’était pas le cas hier. Une évolution dans ce domaine sera la bienvenue, dans l’intérêt des épargnants. Jérôme Dedeyan : L’enjeu du monétaire est extrêmement porCahier spéCial XV Table ronde/Epargne salariale Guy Bonnet, DGa CM-CiC epargne salariale «Il faut élargir l’épargne salariale aux plus petites entreprises afin de la démocratiser, comme veut le faire la loi Macron.» Diplômé de l’esCp europe, Guy Bonnet a rejoint l’épargne salariale en 2002 après avoir exercé des fonctions dans le réseau CiC et dans les relations sociales du groupe et de la profession banque et assurances. il est aujourd’hui en charge de la formation des commerciaux Grandes entreprises. il est également membre du comité d’orientation scientifique de l’ips (institut de la protection sociale) où il a participé avec le groupe de travail spécifique épargne salariale à la rédaction d’un livre blanc remis aux pouvoirs publics avant les débats sur la nouvelle loi. teur d’opportunité pour les épargnants français, car c’est la fin du mensonge : on ne peut avoir un taux de rendement élevé sans risque, et il n’est pas concevable de préparer sa retraite avec du monétaire, car c’est finalement là la solution la plus risquée. Il nous faut rappeler que c’est le temps qui annule le risque. Avec les taux à zéro et les outils dont nous disposons, nous pouvons favoriser la réallocation de l’épargne longue vers l’investissement productif, ce qui sera bon pour le pays. Existe-t-il une place pour l’innovation dans l’univers des fonds d’épargne salariale ? Mathieu Berrivin : L’univers est aujourd’hui très large. Ouvrir un champ d’épargne encore plus étendu pourrait être pertinent pour une clientèle exigeante, mais nous avons déjà une offre de base à expliquer aux épargnants qui n’ont pas des connaissances financières développées.Si les apports du digital sont incontestables pour aider à bien maîtriser cette épargne, nous avons adopté dans notre société un vrai rôle de coach d’épargne, car nous sommes convaincus que c’est une telle relation à l’épargnant qui l’incitera à mieux utiliser les services que nous développons. L’innovation doit porter surtout sur les services, pas tant sur les fonds. Jérôme Dedeyan : La nouvelle frontière, ce sont les services, car l’offre financière s’est déjà développée, notamment grâce au travail de développement de la multigestion. L’enjeu est le suivant : que l’épargnant salarié ne se retrouve pas tout seul face à cette offre aujourd’hui étendue et bien plus sophistiquée que par le passé. Pour les jeunes générations, plus connectées que les anciennes, ce sera plus facile d’optimiser la gestion grâce à ces outils. Elles auront le réflexe d’aller sur Internet ou de charger l’application qui leur permettra d’être informés et de prendre les bonnes décisions. Dans dix ans, nous serons dans un univers très différent. Nous sommes au début de l’aventure. Guy Bonnet : Toute la technologie dont nous disposons permet d’apporter des réponses directes et sécurisantes aux épargnants. Il XVI Cahier spéCial faut l’utiliser. Il faut aussi faire attention à notre langage financier encore hermétique.Au-delà de cela, on peut avoir des sociétés de gestion avec des ADN distincts. Il y a des approches différentes, il faut pouvoir expliquer aux salariés pourquoi nos fonds se sont comportés de telle ou telle manière. Il ne faut pas s’arrêter à la performance, il faut également regarder le couple rendement/risques. Hubert Clerbois : Les teneurs de comptes ont fait d’énormes efforts depuis quelques années pour offrir une gamme de services très étendus, efficaces et innovants, aux salariés et aux entreprises. Malheureusement, les services de tenue de compte, à la différence de ce que l’on peut constater dans de nombreux autres pays, ne sont pas vendus en France à leur juste prix. Comment expliquer en effet que le compte est facturé annuellement aux alentours de 80/100 euros par an et par salarié aux Etats-Unis, en Allemagne ou en Suisse, alors qu’il est inférieur à 10 euros, voire 5 euros ou moins en France pour certaines grandes entreprises ? Quand on aura résolu ce problème, qu’on cessera de faire financer la tenue de compte par les encours d’épargne en se voilant la face, on aura fait un grand pas pour le développement de l’innovation dans les services de tenue de compte et en matière de transparence. En matière de gestion financière, l’innovation existe bien sûr. Mais, en tant que consultants, nous sommes toujours très prudents dans l’analyse de ces produits dits «innovants» car un bel habillage marketing n’est pas toujours au bénéfice du salarié épargnant. A niveau de risque donné, ce qui compte, c’est la performance dans la durée. Cécile Advani : On vit une période de mutation. Avec la loi Macron, il y a une volonté de simplification des dispositifs, mais elle n’est malheureusement pas pleinement aboutie. La profession n’a, quant à elle, pas attendu pour mener un effort considérable de simplification et de pédagogie afin d’avoir un discours simple sur un mécanisme complexe. C’est pourquoi nous pensons qu’il serait bon, pour faciliter l’appropriation de tous, que ce mécanisme soit simplifié. n Propos recueillis par Eric Leroux