Fenêtre sur Tour n°3 - Archives départementales de Seine
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Fenêtre sur Tour n°3 - Archives départementales de Seine
Fenêtre sur tour Lettre d’information de la direction des Archives départementales n°3 Février 2010 Les fonds ancien des Archives de Seine-Maritime. . . 3 L’inscription Maritime . . . . . . . . . . . . . . 6 Le royaume d’Yvetot. . . . . . . . . . . . . . . . . . 9 Impressionnistes et photographes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10 Édito c Le Cadran du Gros-Horloge de Rouen - XVIe s. La rapidité croissante des évolutions technologiques nous impose d’être vigilants aux innovations de notre temps, mais aussi, et plus encore peut-être, soucieux des attentes d’un public qui ne saurait plus se passer des performances sans limite que semblent offrir les nouveaux outils. Aussi les Archives départementales, qui jouent un rôle essentiel de conservation de la mémoire collective au travers des siècles, ont-elles à répondre à cet enjeu majeur. Ce défi est bien sûr celui de la dématérialisation et du rôle que joue désormais Internet dans nos vies. Cela suppose des moyens considérables que le Conseil général ne peut plus assumer seul. Le concours de l’Europe est notamment sollicité. C’est ainsi que dans le cadre d’un projet « Feder », fonds monétaires européens mis à disposition des collectivités territoriales, il est possible aujourd’hui d’envisager de procéder, d’ici 2011, à la mise en ligne d’un certain nombre des collections des Archives de Seine-Maritime : état-civil, cadastre, inscription maritime, Journal de Rouen. Ce seront, dans un premier temps, les moteurs d’accès aux sources de la mémoire. D’autres suivront plus tard. Mais outre l’engagement financier que cela représente, il s’agit également d’un travail considérable de numérisation qui réclame du temps et de l’énergie. Ces vastes programmes de sélection des données et de mise en ligne sont le fruit d’une réflexion et d’une planification qui ne peuvent évidemment que s’inscrire dans le long terme. Je forme le vœu que le public puisse ainsi disposer dans les meilleurs délais des informations dont il est en quête, et ceci dans des conditions optimales. Didier MARIE Président du Département de Seine-Maritime Sommaire Dossier .................................................... fonds ancien des Archives YLe de Seine-Maritime, YZoom sur le traitement des sceaux, 3 Exposition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . YImpressionnistes et photographes, 10 V. Jourdain F. Lenègre F. Lenègre Recherches et découvertes ’Inscription Maritime, YLInterview, YHistoire de dates, Y . . . . 6 P.-Y. Corbel YLe royaume d’Yvetot, Ph. Priol YLa loi sur les archives de 2008, Actualités 9 14 P.-Y. Corbel YBrèves de la recherche universitaire YActualité YCalendrier V. Marotaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............................................. Ph. Priol Histoire des lieux Vie des archives 15 d o ssi e r Parmi les nombreux trésors conservés aux Archives départementales, les fonds des institutions d’Ancien Régime et des établissements religieux, saisis pour la plus grande partie d’entre eux au moment de la Révolution française, occupent une place de choix. Si cet ensemble documentaire exceptionnel, couvrant plus de trois kilomètres linéaires, se classe parmi les tous premiers fonds anciens de France en termes d’importance matérielle, c’est surtout par sa richesse patrimoniale, historique et parfois même esthétique, qu’il se distingue. c Sceau de Charles le Chauve, au bas de la pancarte de 863, et charte de 876 en tant qu’« empereur Auguste », 14 H 143 (fonds l’abbaye de Saint-Ouen) Des collections millénaires Le plus ancien document original conservé aux Archives départementales de la Seine-Maritime, une « pancarte » accordée par le roi Charles le Chauve à toutes les églises de Rouen en 863, appartient ainsi au fonds de l’abbaye rouennaise de Saint-Ouen. A cet exemple déjà exceptionnel de conservation d’un document vieux de 1147 ans s’ajoute le fait que le sceau de cire, représentant le roi de profil, apposé sur ce document pour l’authentifier, bien que détaché du document, se trouve toujours en parfait état. Plusieurs institutions et établissements prestigieux ont su ainsi préserver leur mémoire à travers le temps jusqu’à ce que leur fonds intègre les Archives départementales. Parmi ceux-ci, citons l’Echiquier de Normandie qui devient au XVIe siècle le Parlement de Normandie dont le rôle était de juger les affaires qui faisaient l’objet d’un appel dans un ressort qui correspondait aux Haute et Basse Normandie actuelles ; le tabellionnage de Rouen, ancêtre des études notariales actuelles, nous a livré une série quasi-continue de registres remontant à 1360 où sont recopiés tous les actes privés (achats, ventes, successions…) passés devant lui ; une des plus anciennes abbayes fondées en France, en 654, celle de Jumièges, a conservé un fonds qui se distingue particulièrement par son importante collection de titres scellés : plus de 1800 documents repérés dont la plupart brillent par leur qualité esthétique et leur parfait état de conservation. Travaux en cours Pour toutes ces raisons, le rayonnement du fonds ancien dépasse largement les frontières de notre département et chaque année, il attire plusieurs milliers de lecteurs venus aussi bien de France que de l’étranger. c le plus ancien registre de l’Echiquier de Normandie, 1336-1342, 1 B 1 Le fonds ancien des Archives de Seine-Maritime Consciente de cette richesse encore insuffisamment exploitée, la Direction des Archives départementales s’est lancée depuis quelques années dans une vaste opération visant à améliorer les conditions d’accès à ces documents exceptionnels mais également à les protéger des dégradations. Il y a cinq ans, une première opération a été lancée sur les chartes antérieures à 1121 et sur les chartes de Richard Cœur de Lion. Pour ces deux ensembles, les Archives départementales disposaient de deux catalogues préexistants, l’un réalisé en partenariat avec le CNRS en 1984 et l’autre réalisé en interne. Les documents, extraits de leur liasse d’origine, ont été restaurés en cas de besoin puis rangés à plat dans des pochettes de conservation, en classeurs pour les petits formats ou dans des meubles à plan pour les grands formats. L’ensemble a fait l’objet d’une numérisation avant 3 ssi e r d’être mis en ligne sur le portail d’accès aux ressources numérisées de la nouvelle salle de lecture en septembre 2008. Parallèlement, un récolement complet de la série H (clergé régulier) a été initié au cours de l’été 2006. Visant à effectuer un constat d’état des documents conservés dans cette série et de leur conditionnement, cette opération a fourni l’occasion de repérer, de conditionner et de décrire sommairement les titres scellés contenus dans les liasses. Aujourd’hui, l’opération touche à sa fin pour les séries classées avec plus de 7 500 articles traités et 2 132 sceaux décrits et reconditionnés. Dans le prolongement de ce récolement, un travail approfondi a été engagé pour le traitement des sceaux (voir page suivante), avec pour objectif la constitution d’une base d’images accessible aux chercheurs comme au plus grand public. Suite à cela, le traitement pourra être étendu à la série G (clergé séculier). Chartes de la période anglo-normande L’avancée du récolement de la série H, tout au long de l’année 2007, a permis de constater que la plupart des fonds d’abbayes avaient conservé une riche 4 documentation pour le XIIe siècle, mais également que de nombreux documents anciens mentionnés dans les inventaires avaient aujourd’hui disparu ou étaient en mauvais état. C’est pourquoi l’idée d’étendre l’opération de traitement des chartes anciennes commencée en 2005, dans l’optique de constituer un catalogue numérique des chartes antérieures à la conquête française du duché de Normandie en 1204, s’est imposée. Ces documents, très fréquemment non datés et pourvus de listes de témoins, fournissent un éclairage très intéressant sur la composition de l’aristocratie anglonormande, son implantation géographique et ses réseaux, de part et d’autre de la Manche. La première étape a consisté à repérer dans les inventaires les liasses contenant les documents antérieurs à 1204. Ce repérage est aujourd’hui terminé pour les séries G et H. Les documents sont progressivement extraits pour être décrits dans une base de données (émetteur, bénéficiaire, analyse, date…). Il est important de noter que le lien avec la cote d’origine n’est jamais perdu : chaque extraction est signalée par un fantôme dans la liasse et les documents extraits sont regroupés dans des chemises par cote. Cette étape descriptive est l’occasion de resserrer la datation des actes : l’examen des listes de témoins qui comprennent souvent des abbés ou des évêques dont les dates de règne sont connues peut permettre par exemple de dater relativement un acte. Les actes en mauvais état sont signalés et mis de côté pour être traités par un prestataire spécialisé, les autres sont numérisés, recto et verso. Chaque vue numérisée reçoit une cote normalisée qui rappelle la cote d’origine du document, avant de faire l’objet d’un reconditionnement en classeur ou meuble à plan, selon le format. Aujourd’hui, tous les actes de la série G ont été traités, ainsi que les actes des sous-séries 17 H (Saint-Michel du Tréport), 18 H (Notre-Dame du Vœu) et 52 H (Notre-Dame de Bondeville). c Charte de Richard Cœur de Lion, 1190, G 4484 (fonds de l’Archevêché) o c Charte de Guillaume le Conquérant, roi d’Angleterre, 1085, 7 H 12 (fonds de l’abbaye de Fécamp). d Zoom c Conditionnement du sceau de Richard Cœur de Lion, présenté ci-contre, G 4484 Du repérage… Les sceaux font d’abord l’objet d’un repérage et d’une description provisoire lors du récolement. Chaque liasse est ouverte et dès qu’un sceau est découvert, il est placé dans un sachet bulle et sont notés sa cote, son numéro d’ordre, son producteur, la date du document auquel il est attaché, son état matériel (entier, fragmentaire, en morceaux), sa catégorie (sceau de cire, bulle de plomb) et son type de décor (héraldique, équestre, ecclésiastique…). Sur la base de cette liste, les sceaux, ainsi que les actes qui les portent sont réexaminés et leur description complète, réalisée à l’aide d’un formulaire basé sur une instruction de la Direction des Archives de France parue en 2005, est saisie sur une base de données. Sont re- levés par exemple la matière du sceau, sa forme, ses dimensions, la nature des attaches (parchemin, soie), l’identité du sigillant et quelques éléments biographiques lorsqu’ils sont connus… Les pièces qui méritent une restauration sont mises de côté puis analysées et confiés à des prestataires spécialisés. Ceux-ci réalisent plusieurs types d’interventions en fonction des besoins, du nettoyage au réassemblage, en passant par la consolidation par ajout de cire. Le but d’une restauration n’est pas de redonner au sceau son aspect d’origine mais de stabiliser son état, c’est-à-dire d’éviter qu’il ne continue à se dégrader, le but secondaire, notamment en ce qui concerne le nettoyage, est d’améliorer sa lisibilité. Pour mieux évaluer le résultat final de l’intervention, les sceaux sont systématiquement photographiés avant leur départ en restauration. …À la numérisation L’étape suivante consiste à numériser les sceaux et les actes auxquels ils sont attachés, recto et verso, en haute définition. La numérisation des sceaux est une opération délicate car la couleur sombre de certains sceaux et les accidents de surface peuvent gêner la capture du relief. Il faut alors adapter l’éclairage aux spécificités de chaque pièce. Pour un résultat optimal, cette numérisation est effectuée en interne par un personnel spécialisé à l’aide de scanners et de projecteurs adaptés. Des expériences originales peuvent être tentées à ce stade, c’est ainsi c Face équestre du sceau d’Edward III, roi d’Angleterre, 1336, G 1113 qu’une numérisation en trois dimensions a été expérimentée récemment avec des résultats très intéressants. A l’issue de la numérisation, les sceaux les plus précieux sont extraits et conditionnés dans une boîte individuelle, les autres retournent dans les liasses, toujours protégés par un sachet bulle. A l’heure actuelle, les sous-séries 1 à 5 H (Abbaye d’Auchy-lès-Aumale, de Beaubec-la-Rosière, du Bec-Hellouin, de Bellozane Notre-Dame de Bonport) et les sceaux antérieurs à 1250 de la soussérie 9 H (Abbaye de Jumièges) ont été catalogués et sont actuellement en cours de reconditionnement et de numérisation. L’ensemble de ces sceaux devrait intégrer le portail d’accès aux ressources numérisées dans le courant de l’année 2010. c Sceau de Rotrou, archevêque de Rouen, s.d. (1165-1183), G 3624 c Bulle du pape Innocent III, 1198, G 3596 c Sceau de Constance, duchesse de Bretagne, s.d. (1183-1187), G 4483 sur le traitement des sceaux 5 c h e r c h e s d é c o u v e r t e s fonds Invitation au voyage : c ADSM. 6P693 R e e t les archives de l’Inscription Maritime Les archives de l’Inscription Maritime : sous cette dénomination administrative quelque peu austère se cachent des documents passionnants pour tous ceux qui s’intéressent au commerce maritime international, à la pêche, à la construction navale, à la vie de la mer en général… c ADSM. 6P693 international et de l’économie régionale, comme le soulignait l’archiviste E.Le Maresquier : « Que l’on songe à l’intérêt que présenterait le dépouillement exhaustif des rôles du quartier de Fécamp pour la connaissance de la grande pêche et de ceux du Havre pour l’étude du commerce et de l’émigration dans la seconde moitié du XIXe siècle » (Gazette des Archives, 1er trimestre 1978). Une création de Colbert Tout remonte à Colbert, grand administrateur, esprit fertile en inventions et règlements pour la gloire et la prospérité de l’Etat. Un de ses grands projets fut le développement de la Marine. Il imagina de tenir registre des hommes aptes à servir sur les navires du Roi : il s’agissait de mettre en place un véritable outil administratif d’enrôlement (« les classes »), plus efficace que les systèmes coercitifs de la levée et de la « presse ». Tout marin inscrit s’engageait à servir la Marine Royale lorsqu’il était appelé, en contrepartie de certains avantages (paiement d’une demi-solde en cas de chômage, caisse d’invalidité). L’administration des classes (devenue inscription maritime à partir de 1795), organisée en « quartiers » correspondant aux principaux ports d’enrôlement, a ainsi produit des milliers de registres. Soulignons toutefois que les archives du XVIIe siècle et du début 6 du XVIIIe siècle ont disparu et que les séries de registres de quartiers ne débutent vraiment qu’à partir des années 1730-1750, voire 1802 pour Dieppe. Fortunes de mer Ces registres sont essentiellement de deux types : les matricules comportant la fiche d’identité et les états de service de chaque marin enrôlé ; les rôles de désarmement permettant de connaître, pour chaque navire, ses caractéristiques techniques, la composition de l’équipage, la destination ainsi que les escales, la liste des passagers, et souvent aussi la cargaison. Cette description sommaire ne suffit pas à rendre compte de l’infinie richesse de cette masse dormante, véritable invitation au voyage mais aussi rencontre avec une réalité plus dure de la vie sur mer (désertions, naufrages, morts à bord). Ces archives constituent surtout une source unique pour la connaissance du commerce Numérisation et mise en ligne Impressionnantes par leur masse (2 288 registres pour notre département couvrant les années 1739 à 1969), difficiles à manier (lourds registres, état de conservation matérielle parfois médiocre), les archives de l’inscription maritime sont par ailleurs dispersées : une partie est conservée à Rouen (Archives départementales : registres du Havre et de Rouen), l’autre à Cherbourg (Ministère de la Défense : registres de Dieppe et Fécamp). Il a donc paru très opportun d’engager la numérisation de la collection, avec le soutien financier du Ministère de la Culture (Mission de la Recherche et de la Technologie). Les premiers lots traités (812 registres de Rouen et du Havre) seront consultables en salle multimédia des Archives départementales de Seine-Maritime au printemps 2010 ; l’ouverture sur Internet suivra. Un partenariat avec le Ministère de la Défense est à l’étude pour prolonger l’opération sur les registres de Dieppe et Fécamp. Interview Pour ce numéro, Fenêtre sur Tour vous propose l’interview fictive d’un homme du passé : Giovanni da VERRAZANO. Né près de Florence à la fin du XVe siècle, explorateur et navigateur, celui-ci a bouleversé par ses découvertes les données du commerce européen et international de son époque. Cette figure cosmopolite du monde maritime de la Renaissance avait su tisser des liens essentiels avec notre région. Quelle formation vous a conduit à accomplir votre destinée de navigateur ? J’ai reçu une formation de gentilhomme, à la fois rude et policée. On m’a enseigné le latin, le grec, les mathématiques, l’histoire et la philosophie. On m’a appris la discipline, la maîtrise de soi, l’épée, le courage… Mêlée au monde de la banque et des affaires, ma famille m’a très tôt initié aux contacts humains et à l’art de la négociation. N’oublions pas que je suis né dans une période historique d’expansion et de découvertes. Florence est alors à son apogée, avec à sa tête les Médicis, qui exercent une grande influence sur les familles de la ville. Mon frère sera luimême un banquier avisé proche des souverains européens qui ont besoin de son argent. Mais sans doute l’éducation n’explique-t-elle pas tout ? Non, vous avez raison. Il y avait en moi un goût irrésistible de l’aventure. J’ai quitté assez tôt la maison paternelle. Mes parents avaient senti ce penchant et mon père avait décidé de m’envoyer à l’étranger afin de me former aux techniques du commerce international. C’est ainsi que j’ai passé plusieurs années en Egypte, au Caire, puis en Syrie. J’y ai occupé les fonctions d’agent commercial. C’est en Orient que j’ai appris à naviguer. Là-bas, j’étais en contact avec tout un monde de marchands et de marins. C’est eux qui m’ont initié à la navigation. Ce goût ne m’a jamais plus quitté. A quand remontent vos premières expéditions ? J’avais environ 23 ans, lorsque j’ai fait la connaissance de Thomas Aubert, un Rouennais, capitaine de navire à Dieppe. En 1508, nous avons monté une expédition. C’est l’armateur Jean Ango qui avait équipé les vaisseaux. Nous sommes partis vers le nordouest pour pêcher. C’est là que nous avons découvert un territoire que nous avons baptisée Terre-Neuve, puis nous sommes remontés jusqu’à l’embouchure d‘un fleuve, appelé depuis le Saint-Laurent. Jean Denis, ce pilote de Honfleur qui en a publié la carte, nous accompagnait. L’expédition fut un succès. Plus tard, aux alentours de 1517, j’ai voyagé en Espagne et au Portugal. Je me suis même associé à Magellan. Et ensuite ?… Il arriva que je me fisse corsaire à la solde de Jean Ango pour le compte duquel j’ai détroussé en compagnie de l’un de ses capitaines, Jean Fleury, les galions espagnols rapportant le trésor du dernier empereur aztèque, Guatimozin. C’est l’origine de la fabuleuse fortune de l’armateur. Puis, j’ai offert mes services au roi de France, François Ier. Des hommes d’affaire puissants, Rouennais et Lyonnais, exerçaient sur lui des pressions pour trouver de nouvelles voies maritimes en contournant le continent américain vers l’Asie d’où l’on ramenait soieries et épices. Que s’est-il passé ? J’ai rencontré le roi à Lyon en 1523 par l’intermédiaire de compatriotes italiens, des marchands. C’est ainsi qu’après un entretien avec Sa Majesté, il a été décidé d’affréter un navire, la Dauphine. Nous sommes partis du Havre et avons longé les côtes espagnoles. Il s’agissait de trouver une nouvelle route vers l’océan Pacifique. C’est alors que j’ai découvert la Baie d’Hudson et que j’ai été le premier européen à entrer dans la baie de New-York. Je l’ai appelée Terre d’Angoulême en hommage au roi de France qui avait porté autrefois le titre de comte d’Angoulême. De même, j’ai baptisé les territoires de ce que vous appelez Virginie, Nouvelle France. c ADSM 2E1/0379 On dit que vous êtes né près de Florence ? C’est exact, je suis né en 1485 à Greve in Chianti, dans les collines de Toscane, parmi les vignes, au château familial de Verrazano. C’est là qu’a séjourné Leonardo da Vinci dans la propriété de la famille de Mona Lisa qu’il a immortalisé depuis sous les traits de « La Joconde ». C’est environ à quatre lieues de Florence. Mon père, Bartolomeo, gentilhomme florentin, y avait ses affaires. Il avait épousé une jeune compatriote issue d’une noble maison, Fiametta Capelli. Giovanni da Verrazano est mort en 1528, sauvagement assassiné, lors d’une nouvelle expédition dans les Antilles. Fait prisonnier, il fut massacré par des autochtones anthropophages qui le dévorèrent sous les yeux de son frère, Gerolamo da Verrazano, le cartographe réputé. 7 c h e r c h e s d é c o u v e r t e s outils Histoires de dates Identifier la date des documents anciens présente souvent des difficultés. Même si les documents sont datés, les modes de référence au temps ont varié et notre calendrier actuel ne s’est imposé qu’à la fin du XVIe siècle. Du calendrier julien au calendrier grégorien Fondé sur la cycle des saisons, le calendrier julien a été mis au point par Jules César auquel il doit son nom. Il reste la base du calendrier aujourd’hui en vigueur ; mais l’astronome Sosigène avait commis une petite approximation en fixant la durée de l’année à 365 jours un quart (intercalation d’une journée tous les quatre ans, années dites bissextiles). Cela représentait quelques minutes de plus que la révolution solaire réelle, ce qui a entraîné un décalage progressif : au XVIe siècle, l’équinoxe de printemps tombait ainsi le 11 mars. C’est à l’initiative des papes que le c Le Gros-Horloge à Rouen système a été réformé ; la date de l’équinoxe de printemps était en effet importante puisqu’elle conditionnait la fixation de la fête de Pâques. Pour compenser le retard pris, le pape Grégoire XIII ordonna en 1582 de sauter dix jours calendaires, en passant directement du 4 au 15 octobre ; afin d’éviter un nouveau décalage, il fit modifier le calcul des années bissextiles (suppression de trois années bissextiles tous les quatre cents ans : l’année 2100 ne sera pas bissextile, contrairement à 2000). Cette réforme ne s’est pas imposée partout en même temps. En France, le recalage du calendrier est intervenu le 10 décembre 1582, mais beaucoup plus tardivement en Angleterre (1752) ou en Russie (1918). La Révolution française a essayé, sans succès, de réformer le système ; adopté à l’automne 1793, le calendrier révolutionnaire a été abandonné définitivement au 1er janvier 1805, en dehors d’une brève reprise par la Commune de Paris en 1871. 8 Quand doit-on commencer l’année ? Si la division de l’année en douze mois n’a pas bougé, la date du 1er janvier adoptée par les Romains pour la faire commencer a été, dans beaucoup d’endroits, abandonnée au Moyen Âge pour se rapprocher des grandes dates du calendrier religieux. On utilisait ainsi, notamment en Italie et en Allemagne, le « style » de Noël qui faisait démarrer l’année au 25 décembre, ou celui de l’Annonciation (25 mars) resté en usage en Angleterre jusqu’en 1751. Plus compliquée, puisqu’elle variait, la date de Pâques a été adoptée à partir du XIIe siècle par la royauté française ; elle n’est abandonnée qu’en 1564 pour revenir c Calendrier pour l’an bissextil 1844 - 1Fi597 R e e t au 1er janvier. Le résultat de ces différents usages est qu’il peut exister des décalages entre les dates portées dans les actes et nos années civiles, surtout pour les premiers mois de l’année. Ajoutons que, dans le cas d’un nouvel an mobile (cas de Pâques), une date identique pouvait se retrouver deux fois sur une même année… Modes de datation La datation par le jour, le mois et l’année, comptée à partir de la naissance du Christ, nous est aujourd’hui familière. Elle ne s’est pourtant imposée que progressivement, d’où parfois des difficultés pour interpréter les dates anciennes. Les Romains, outre le fait qu’ils comptaient les années à partir de la fondation de Rome, utilisaient un système complexe d’organisation des jours à l’intérieur d’un mois (nones, ides, calendes), et ce système est resté utilisé au Moyen Âge. C’est le christianisme qui a imposé la division du temps en semaines de sept jours, héritées du judaïsme, ce qui excluait toute coïncidence avec le découpage des mois. Le calendrier révolutionnaire a tenté d’y remédier en passant à des semaines de dix jours, à raison de trois par mois. Pour l’indication des dates, il faut savoir que d’autres modes de référence ont pu être utilisés : remplacement du millésime par l’année du règne (sans parler d’autres systèmes plus compliqués comme l’indiction héritée de l’époque romaine) ; ou encore référence pour les jours aux fêtes du calendrier religieux. h ist o i r e d e s li e u x La petite cité cauchoise d’Yvetot, victime des destructions du second conflit mondial, a longtemps constitué au coeur du riche pays de Caux une entité bien spécifique que seule la fin de l’Ancien Régime viendra abolir ; en effet, bénéficiant du statut de principauté depuis des temps immémoriaux, elle a connu un passé haut en couleur souvent lié à la personnalité de ses souverains. une charte de Richard II, duc de Normandie, lors d’une donation faite à l’abbaye de Saint-Wandrille. Cependant, la suzeraineté de l’abbaye sur Yvetot reste contestée, de même les premiers seigneurs d’Yvetot sont inconnus. A l’origine, ces territoires couverts de forêts appelés dans la suite des temps à devenir des terres fertiles, étaient habités par les calètes, peuples de bergers, d’agriculteurs et de chasseurs. Les guerres de Jules César, puis plus tard l’arrivée des Normands modifieraient de façon considérable le sort des populations primitives. L’étymologie du nom « Yvetot » est bien connue, elle est typiquement viking. Si « Yves » désigne un nom d’homme, le terme « tot » désigne en norois une demeure ou plus exactement l’enclos dans lequel se situe la « masure ». Lors de la conquête de l’Angleterre par Guillaume ainsi qu’à la bataille d’Hastings, un sire d’Yvetot est mentionné, mais on ne sait pas de qui il s’agit. En fait de nombreuses thèses s’opposent, les droits de prééminence étant tour à tour contestés. Le premier seigneur connu sera Jean d’Yvetot qui accompagnera Robert Courte-Heuse en Terre Sainte lors de la première croisade. Cette famille s’éteindra au début du XVe siècle ayant accru de façon considérable sa puissance et ses possessions, soit par faveur ou relation ou encore par alliance et acquisition. c Château d’Yvetot,dessin 1789 - 1Fi321 Toutefois, l’époque exacte de la naissance d’Yvetot nous reste inconnue, ceci en dépit de l’existence d’un manuscrit très ancien relatant l’histoire de la région, appelé la Chronique de Fontenelle datant du IXe siècle. Ce n’est qu’en 1021 que son nom sera mentionné pour la première fois dans Si la franchise d’Yvetot, obtenue par décharge de ses devoirs de vassalité, ce qui lui conférait un statut de territoire libre, peut-être démontrée dès les premières années du XIIIe siècle, il n’en reste pas moins qu’il faudra attendre l’avènement de l’un des derniers seigneurs de cette maison, Martin d’Yvetot, pour attester l’authenticité de la qualification de roi d’Yvetot que l’on voit figurer dans plusieurs actes, entre 1386 et 1463. Vivant largement au-dessus de ses moyens et sans héri- tiers mâles, ruiné, le prince d’Yvetot devra se résigner à vendre en 1401 son royaume à Pierre de Villaines, conseiller et chambellan du roi. Jouissant de privilèges particuliers et grâce à ses franchises, échappant par là à l’augmentation sans mesure des tailles et des impôts, le « royaume » d’Yvetot pourra subsister jusqu’à la Révolution, situation unique en France d’une territorialité aussi restreinte qui en font dans toute l’histoire de notre pays un cas d’espèce. Aux familles de Villaines, Chenu, du Bellay et de Crevant devaient succéder par alliance en 1688 les marquis d’Albon, derniers princes de ce royaume. c Blasons de la famille d’Yvetot - BHSM 196 d’Yvetot c Lettre du Roi d’Yvetot - 1490 - BHSM 427 Le royaume 9 EX P O S I T I O N Impressionnistes et photographes : regards croisés Dans le cadre du festival Normandie Impressionniste, les Archives départementales de Seine-Maritime proposent, à partir d’avril 2010, une mise en regard de tableaux impressionnistes et de photographies des lieux peints contemporaines de leur réalisation, évoquant cette double révolution iconographique. L’exposition présente, sous forme de reproductions, un panorama d’œuvres intéressant notre département rapprochées de photographies anciennes. Déjà, Impression soleil levant, la célèbre toile de Monet qui donna son nom au mouvement en 1874, est une vision personnelle de l’avant-port du Havre. La Seine-Maritime, terre impressionniste Au fur et à mesure que s’impose la peinture de plein air, la Seine-Maritime devient terre d’accueil de nombreux artistes, pour de plus ou moins longs séjours (Pissarro, Monet, Sisley, Morisot, Caillebotte, Renoir, Guillaumin, Lebourg…). Rarement natifs du département, tous sont pourtant séduits par la diversité de ses paysages. Sans doute, l’abondance d’eau, si chère aux impressionnistes, aura-t-elle été décisive : mer démontée, fleuve, rivières, pluie à foison ! De plus, le chemin de fer en a fait une destination proche de Paris particulièrement commode. Le bouche-à-oreille, dans le cercle fermé des salons impressionnistes, orientera les artistes vers cette destination. C’est parce qu’il savait Pissarro à Rouen que Gauguin viendra s’y installer pendant presque une année, entre 1883 et 1884. La toile intitulée Les toits bleus nous offre un magnifique panorama du quartier Jouvenet où il résidait. c Rue de l’Epicerie à Rouen, vue stéréoscopique, avant 1880, coll. Bernard Lefebvre, 99 Fi 23/1. 10 c Camille Pissarro, Rue de l’Epicerie à Rouen, effet de soleil, 1898, Metropolitan Museum of Art, © MMA-dist. RMN. Lieux emblématiques En cette fin du XIXe siècle, peintres paysagistes et photographes parcourent notre département. Ils explorent les boucles de la Seine, tout comme la côte, en plein développement touristique, ainsi que les grandes villes de Rouen et du Havre, avec un regard appuyé sur leurs activités portuaires. L’exposition convie le visiteur à s’interroger sur la valeur de témoignage des toiles et des photographies, enregistrement d’un monde en totale mutation, traversé notamment par l’industrialisation. L’un des points communs aux impressionnistes et photographes est la pra- EX P O S I T tique du « plein air », parfois dans de rudes conditions. De Pourville, Monet écrit à son épouse le 13 mars 1896 qu’il a eu « si froid à travailler sur le haut de la falaise où soufflait un vent d’est glacial » qu’il a dû « lâcher au bout d’une heure ». A Varengeville, en avril de la même année, le vent emporte ses toiles et sa palette. A Rouen, Pissarro, installé sur les quais pour peindre, fait la surprise des passants et de Gauguin qui lui écrit en 1883 : « J’ai ri ce matin en lisant dans votre lettre le passage relatif à la foule amassée devant le peintre qui étale ses gobelets sur le quai comme le ferait un simple prestidigitateur. Evidemment on doit être très gêné ». En raison de l’emplacement de certains sites ou bien d’une météo calamiteuse, l’artiste reste à l’intérieur, à l’hôtel le plus souvent, mais toujours avec la fenêtre ouverte sur le paysage alentour. Les lieux de séjour des peintres sont aussi leurs ateliers. Ainsi, certains lieux retiennent l’attention des maîtres de l’impressionnisme. Pissarro et Monet fréquentent, avec un bonheur inégal, le même Hôtel du commerce, situé à Dieppe sur l’actuelle Place nationale. Pissarro y est fort prolixe, peignant une série de toiles sur l’Eglise Saint-Jacques et le marché. A Rouen, en 1896, Pissarro indique dans sa correspondance, au sujet de l’Hôtel d’Angleterre, qu’ « il a retenu la chambre qu’occupait Monet et d’où il y a un beau motif sur le port». I O N c Hôtel d’Angleterre à Rouen, carte postale, début du XXe siècle, 2 Fi Rouen 4218. Espaces de rencontres On trouve aussi dans notre département des lieux d’émulation où les artistes aiment à se retrouver. Aux Petites-Dalles, Léon Monet reçoit son frère dans son lieu de villégiature, mais également Pissarro qui y peint deux toiles. Le collectionneur rouennais François Depeaux accueille Sisley dans sa villa du Mesnil-Esnard. A Rouen, Murer qui tient l’Hôtel du Dauphin soutient les artistes par ses prix généreux. Pissarro, Monet et Sisley y séjourneront. A Dieppe, au début du XXe siècle, le peintre néo-impressionniste Charles Angrand rencontre notamment Pissarro au point de rendez-vous des artistes, le Café suisse. Il se souvient dans sa correspondance que Pissarro était « l’âme de la conversation » et qu’ « il était toujours juvénile, enthousiaste et souriant ». Les falaises d’Etretat, « la plus grande architecture qui soit » pour Hugo, constituent sans doute le site d’inspiration impressionniste par excellence. Déjà, Delacroix, Courbet puis Jongkind avaient ouvert la voie. Maupassant y décrit plus tard Monet « prendre à pleine mains une averse abattue sur la mer » et la « jeter sur la toile ». En définitive, la spécificité des peintres qui ont célébré les paysages de notre département se trouve parfaitement exposée par le conservateur de musée Alain Tapié : « Ils peignent la couleur du temps, un temps qui n’est que d’ici, inclus dans certaines lumières repérables et inimitables, universelles et mythiques comme un moment biblique. » c Le Pont Boieldieu à Rouen, tirage albuminé contrecollé sur carton, par Neurdein Frères, 1879, coll. Bernard Lefebvre, 99 Fi 2-10. c Le pont Boieldieu à Rouen par Camille Pissarro, 1896. Musée d’Orsay. © RMN / Hervé Lewandowski 11 EX P O S I T I O N c Etretat, tirage photographique, par Emile Letellier, (années 1870), 57 Fi 176. c Etretat, par Claude Monet, 1883. Musée d’Orsay. © RMN / Hervé Lewandowski Photographes et impressionnistes, une influence réciproque Le XIXe siècle voit une véritable révolution iconographique, orchestrée par les peintres et les photographes qui portent sur les sites un regard esthétique qui a valeur de témoignage. Les angles de vue se rapprochent souvent de manière troublante, au point de chercher ressemblances et dissemblances entre les toiles reproduites, les photographies et les cartes postales anciennes. 12 La première photographie française connue a été réalisée par Niepce depuis sa fenêtre en 1826. Dès lors, les photographes se sont attachés à capter les paysages. Dès les années 1850, la photographie est marquée par un courant documentaire qui s’attache à saisir l’architecture du pays. C’est le cas de la Mission héliographique, à laquelle participe le photographe Baldus. Cette commande de la Commission des monuments historiques est réalisée dans un souci d’inventaire et de restauration des plus grands monuments du patri- moine français. La photographie est également envisagée comme trace, ou simple souvenir, dans le cas des vues stéréoscopiques qui se développent à cette période, cette fois dans un but purement commercial. La Normandie figurera parmi les régions les plus photographiées au cours de ces années 1850-1880. Ainsi, Baldus réalise ses vues de la cathédrale de Rouen avant Monet. Ce dernier empruntera d’ailleurs aux photographes le procédé de la série. L’aspect documentaire de leur travail n’échappera pourtant pas complètement aux peintres : Pissarro arpente les vielles rues de Rouen en les dessinant avec détail. Particulièrement sensible à la fuite du temps, il contribue financièrement, par un don en 1900 aux Amis des monuments rouennais, à la sauvegarde d’une maison du XVe siècle de la rue Saint-Romain. Sans toutefois s’en réclamer, il est indéniable que les peintres impressionnistes, qui développent leur mouvement dans les années 1870, ont subi l’influence de l’invention de la photographie. Monet possède plusieurs appareils photographiques, Degas se sert de la photographie comme aide dans le processus de maturation de ses créations artistiques. Peintres et photographes portent un œil nouveau sur le monde, profitant des mêmes découvertes de l’optique, tel le phénomène de la persistance rétinienne. C’est ainsi que l’œil recompose les touches portées par les peintres sur la toile. Cette mutation du regard leur est également commune dans la démocratisation des thèmes traités. La peinture s’éloigne de la représentation classique de sujets mythologiques ou religieux et abandonne la pose convenue. Les photographes, soucieux d’être reconnus comme artistes, emboîtent le pas aux impressionnistes : marines, scènes de rue et paysages sont majoritairement représentés. On trouve toutefois chez les impressionnistes une attention plus marquée pour la transcription des réalités so- EX P O S I T I O N c L’Express Paris-Le Havre, carte postale, début du XXe siècle, 2 Fi Le Havre 532. ciales de leur temps. A partir des années 1880, avec la simplification du procédé et du matériel photographiques, se développent des sociétés de photographes amateurs, tels le Photoclub rouennais et le Photo-club havrais dans notre département. Leurs membres font partie de la bourgeoisie. Alors qu’émerge une société de divertissement, ces derniers ne négligent pas l’aspect ludique de leur pratique. Si Pissarro comme Guillaumin tournent le dos à la rive droite de la Seine à Rouen pour embrasser le faubourg industriel, on note que les photographes regardent toujours vers la Cathédrale. Il n’y a point de cheminées d’usines dans les photographies de Chesneau sur Saint-Sever. Un goût commun pour la modernité Il y a chez les impressionnistes comme chez les photographes un engouement ou au moins une interrogation - face au monde moderne. Ainsi, la gare ou le train sont des sujets de prédilection pour ces artistes. C’est le cas des photographes amateurs qui, « dès qu’ils ont un obturateur, ne rêvent que de photographier des chevaux de course ou des trains express ». C’est également le cas de Monet peignant le train de Normandie dans la gare Saint-Lazare ou de Pissarro, avec son Chemin de fer de Dieppe. Peintres et photographes partagent les mêmes finalités esthétiques, à savoir saisir la nature sur le vif, capter l’ins- tant et suggérer le mouvement. Il est intéressant de constater, à l’instar des photographies, que les personnages des toiles impressionnistes sont parfois coupés aux bords de la toile. Sans doute y a-t-il toutefois chez les impressionnistes une tendance à l’abstraction, quasi-absente chez les photographes qui sont leurs contemporains. On perçoit chez ces peintres un écartèlement entre le désir de refléter une réalité et le besoin de s’éloigner des représentations classiques. C’est le cas d’Eugène Boudin qui, à la même période, offre trois visions radicalement différentes du Bassin du Commerce au Havre, tantôt fidèle, tantôt réinterprétée. En 1868, Emile Zola caractérise parfaitement ce qui sera le rapport au réel des impressionnistes : Les peintres qui aiment leur temps du fond de leur esprit et de leur cœur d’artistes, entendent autrement la réalité ; ils ne se contentent pas de trompe-l’œil ridicules, ils interprètent leur époque en hommes qui la sentent vivre en eux, qui en sont possédés et qui sont heureux d’en être possédés. Appel à photographies Dans le cadre du concours Pixels organisé par le Département, il vous est proposé de nous apporter votre propre regard sur les lieux représentés. Les photographies réalisées, après sélection, seront présentées en octobre dans le cadre de l’exposition. Sur les modalités et le détail des lieux concernés, voir http://www. seinemaritime.net/pixels/ Exposition Impressionnistes et photographes : regards croisés du 26 avril au 4 novembre 2010. c La Cathédrale de Rouen par Claude Monet, 1894. Métropolitan Museum of Art. © MMA - dist. RMN c Cathédrale de Rouen, portail, épreuve sur papier albuminé, par Edouard-Denis Baldus, 1858, collection de tirages photographiques,57 Fi 2. Pour les horaires, voir page 15. Visites commentées pour les scolaires. www.archivesdepartementales76.net 13 i e d e s a r c h i v e s La loi sur les archives du 15 juillet 2008 c Salle de lecture des Archives Départemntales de Seine-Maritime v La législation archivistique française a récemment évolué avec le vote de la loi du 15 juillet 2008. La nouvelle loi pose en principe la communicabilité de plein droit des archives publiques, et raccourcit les délais existants pour certains types de documents. Ce qui change Quelles sont les conséquences concrètes de cette nouvelle loi pour les chercheurs ? Les archives publiques, dès lors qu’elles ne font pas l’objet d’un délai spécial de communicabilité, sont immédiatement consultables. Le délai général de 30 ans n’existe plus. 14 Par ailleurs, les délais maintenus pour des raisons de protection de la vie privée, de sécurité publique ou de sûreté de l’Etat, ont presque tous été raccourcis. Ne sont incommunicables que les archives dont la divulgation pourrait permettre la conception, la fabrication ou la localisation d’armes de destruction massive. c La loi du 7 messidor an II. L’esprit de la loi Avant d’examiner les dispositions particulières de la loi, il convient d’insister sur son esprit même. La nouvelle loi renverse en effet le principe qui prévalait jusqu’à présent, celui d’une communicabilité restreinte des archives, pour y substituer celui de la communicabilité immédiate. Même si, dans les faits, ce principe connaît certaines limites, il n’en constitue pas moins un changement de perspective important et renoue avec l’esprit de la loi du 7 messidor an II qui déclarait : « Tout citoyen pourra demander dans tous les dépôts communication des pièces qu’ils renferment » (article 37). La loi précédente du 3 janvier 1979, intégrée au Code du patrimoine, instaurait, en ce qui concerne la communicabilité des archives publiques, un régime de délais, avec un délai général de 30 ans (article 6) et des délais spéciaux allant de 60 à 150 ans (article 7). La nouvelle loi affirme au contraire le principe de la communicabilité « de plein droit » (article 17) et ne maintient certains délais que « par dérogation » à ce principe. Ces dispositions, lorsque l’on passe en revue les divers types d’archives, sont cependant assez complexes : Les dossiers de juridictions, les minutes notariales, les actes d’état civil sont désormais communicables à 75 ans au lieu de 100 ans. Toutefois la communicabilité des dossiers concernant les mineurs ou des agressions sexuelles a été maintenue à 100 ans. Et les actes de décès (état civil) sont immédiatement communicables. Les dossiers comportant des éléments relatifs à la vie privée sont communicables à 50 ans au lieu de 60 ans, sauf ceux comportant des informations à caractère médical qui ne le sont que 25 ans après le décès (ou 120 ans après la naissance, au lieu de 150). Certains domaines de l’action publique restent protégés par une communicabilité à 25 ans (relations extérieures, monnaie et crédit public, infractions fiscales et douanières…) ou 50 ans (défense nationale, sécurité publique…). Appliquer la loi Si l’esprit de la loi est clairement celui de la plus grande ouverture des archives, sa mise en œuvre peut présenter quelques difficultés– ainsi pour le délai de 100 ans applicable aux actes concernant les mineurs : il est souvent difficile de les distinguer des autres s’ils n’ont pas été signalés au moment de leur versement. Dans le cas des minutes notariales et des registres d’état civil, désormais consultables à 75 ans, les services d’archives vont devoir faire face par ailleurs à des versements importants, dont la gestion risque d’être délicate dans les années à venir. A signaler parmi les autres dispositions de la nouvelle loi : la reconnaissance du statut des archives des intercommunalités, la légalisation des protocoles de versements d’archives des responsables politiques, enfin le renforcement des sanctions pénales en cas de détournement ou de destruction d’archives. act u alit é s Brèves Y Entrées Versements d’archives publiques Y • Service départemental d’information générale : dossiers collectifs et individuels, ainsi qu’un registre faisant état de la situation du département en 1945 (4058 W). • Services fiscaux : registres de l’enregistrement pour le canton de Rouen, 1838-1969 (3 Q). • Subdivisions de Cany, Saint-Valéry-en-Caux, Fontaine-LeDun : registres des anciens agents voyers (4 S). • Conseil des Prud’hommes d’Elbeuf : archives anciennes, registres de jugement, marques déposées, XIXe -XXe (5 U). • Tribunal de commerce de Rouen : dossiers de sociétés commerciales et de commerçants radiés, 1958 (4072 W). • Tribunal d’Instance de Neufchâtel : registre de jugements de l’ancienne justice de Paix de Saint-Saëns, 1900 ; jugements civils et de police pour l’ensemble du ressort du tribunal de Neufchâtel, 1946-1977 (4077 W). • Prison du Havre : registres d’écrous, 1930-1959 (4090 W). Archives privées Les Archive départementales ont pu acquérir un registre de baptêmes et de mariages de l’église réformée de Rouen à Petit-Quevilly (1620-1630), un volume de la correspondance d’Achille Foulquier, orientaliste, voyageur et écrivain (1820-1870), ainsi qu’une collection d’environ 30 000 cartes postales anciennes intéressant la Seine-Maritime. Madame Madeleine Lemonnier a fait don des écrits publiés ou encore inédits de Léon Lemonnier, angliciste, ainsi que de sa correspondance. Au titre de la bibliothèque, on peut noter l’achat de rares Cronicques de Normandie imprimées à Rouen pour Jean Burges, libraire, vers 1513. Il est orné de deux gravures sur bois. Signalons quelques autres acquisitions récentes qui seront utiles aux chercheurs : L’estuaire de la Seine. Mémoires, notes et documents pour servir à l’étude de l’estuaire de la Seine, par Gustave Lennier (Le Havre, 1885, 3 vol.), l’Histoire de Normandie, depuis les temps les plus reculés jusqu’à la conquête de l’Angleterre en 1066, par Théodore Licquet (Rouen, 1835, 2 vol.) ou encore le Nouveau Traité de Diplomatique, de Dom Toustain et Tassin (Paris chez Desprez, 1750-1755). Y Y Nouveaux inventaires La Seine-Inférieure dans la Seconde Guerre mondiale (19401946) - 51 W : Cabinet du Préfet, 271 W : Services de la Préfecture, répertoire numérique disponible au prix de 7 €. D’autres fonds ont été dotés d’instruments de recherche : les archives publiques : les dossiers et registres du • pour cadastre, en complément des plans déjà traités (3 P 1 et 2) ; les archives de la Compagnie Républicaine de Sécurité, CRS 31 pour Darnétal (251 W), CRS 32 pour Sainte Adresse (272 W) ; les archives communales de Fallencourt (3 E 117) ; ainsi que de nouveaux fonds de la série H (prieurés Saint-Laurent d’Envermeu et Saint-Pierre d’Eurville, Pénitents de Neufchâtel et Veules, abbaye de Bival, Annonciades de Fécamp et Rouen, Clarisses et Dominicaines emmurées de Rouen). les archives privées : le fonds de l’association des • Pour anciens élèves du lycée de Rouen (122 J) ; celui de l’architecte Boucher (161 J) ; le fonds du Mesnil-Gaillard (242 J) ; des dossiers intéressant le Comité départemental de Libération provenant d’Yvon Duboc, conseiller municipal à Rouen (244 J). Le chartrier des seigneuries de Dampierre, Marigny et Merval (118 JP), celui du château d’Oissel (260 JP), ont été récolés, ainsi que le fonds Renard, sur le canal de navigation de Dieppe à l’Oise (262 JP). À Signaler •L e portail intranet en salle de lecture s’est enrichi d’une nouvelle interface de recherche et de consultation pour les cartes et plans et les documents iconographiques. La même opération sera prochainement réalisée pour les chartes anciennes et les sceaux. •A rchivage électronique : la conception d’une plateforme de versement d’archives électroniques est à l’étude. La Direction des Système d’Information en est le maître d’œuvre. Actualité de la recherche universitaire Le GRHIS (Groupe de Recherche d’Histoire) organise dans le cadre de ses journées d’études un certain nombre de colloques dont l’intitulé peut retenir tout spécialement notre attention, en particulier : « Le tabellionage Rouennais », le 21 avril 2010, salle F 311, UER de Lettres, 76130 Mont-Saint-Aignan. Ce colloque se déroulera dans le cadre du Master Histoire Recherche. Calendrier Du 26 avril au 4 novembre 2010. . . . . . . . . . . . . . . . Exposition « Impressionnistes et photographes : regards croisés ». Du lundi au vendredi de 9h à 17h30, ainsi que les samedis 5 et 19 juin, 3 et 17 juillet, 7 et 21 août, 4 septembre, 2 et 16 octobre de 9h à 12h. Ouverture exceptionnelle à l’occasion des Journées du Patrimoine les 18 et 19 septembre 2010. Fermeture au public du 9 au 16 août. 15 © David Morganti Lettre d’information semestrielle éditée par le Département de Seine-Maritime, supplément de Seine-Maritime magazine Directeur de la publication Philippe Huon Rédacteur en chef Vincent Maroteaux Rédacteur en chef adjoint Philippe Priol Crédits photographiques Didier Tragin, Éric Levêque. Réalisation Unité imprimerie du Département Photo de couverture Camille Pissarro, Rue de l’Epicerie à Rouen, effet de soleil, 1898, Metropolitan Museum of Art, © MMA-dist. RMN. ISSN : 2102-0868 Tirage : 15 000 ex. Pour recevoir cette lettre par mail, inscrivez-vous à l’adresse suivante : [email protected] Direction des Archives départementales Quai Jean Moulin – 76101 Rouen cedex Tél. : 02 35 03 55 55 – archivesdepartementales76.net