Fenêtre sur Tour n°3 - Archives départementales de Seine

Transcription

Fenêtre sur Tour n°3 - Archives départementales de Seine
Fenêtre
sur tour
Lettre d’information de la direction des Archives départementales n°3
Février 2010
Les fonds ancien des
Archives de Seine-Maritime. . . 3
L’inscription Maritime . . . . . . . . . . . . . . 6
Le royaume d’Yvetot. . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
Impressionnistes
et photographes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
Édito
c Le Cadran du Gros-Horloge de Rouen - XVIe s.
La rapidité croissante des évolutions technologiques nous impose d’être vigilants aux innovations de notre
temps, mais aussi, et plus encore peut-être, soucieux des attentes d’un public qui ne saurait plus se passer
des performances sans limite que semblent offrir les nouveaux outils. Aussi les Archives départementales, qui
jouent un rôle essentiel de conservation de la mémoire collective au travers des siècles, ont-elles à répondre
à cet enjeu majeur. Ce défi est bien sûr celui de la dématérialisation et du rôle que joue désormais Internet
dans nos vies.
Cela suppose des moyens considérables que le Conseil général ne peut plus assumer seul. Le concours de
l’Europe est notamment sollicité. C’est ainsi que dans le cadre d’un projet « Feder », fonds monétaires
européens mis à disposition des collectivités territoriales, il est possible aujourd’hui d’envisager de procéder,
d’ici 2011, à la mise en ligne d’un certain nombre des collections des Archives de Seine-Maritime : état-civil,
cadastre, inscription maritime, Journal de Rouen. Ce seront, dans un premier temps, les moteurs d’accès
aux sources de la mémoire.
D’autres suivront plus tard. Mais outre l’engagement financier que cela représente, il s’agit également d’un
travail considérable de numérisation qui réclame du temps et de l’énergie. Ces vastes programmes de sélection
des données et de mise en ligne sont le fruit d’une réflexion et d’une planification qui ne peuvent évidemment
que s’inscrire dans le long terme.
Je forme le vœu que le public puisse ainsi disposer dans les meilleurs délais des informations dont il est en
quête, et ceci dans des conditions optimales.
Didier MARIE
Président du Département
de Seine-Maritime
Sommaire
Dossier
....................................................
fonds ancien des Archives
YLe
de Seine-Maritime,
YZoom sur le traitement des sceaux,
3
Exposition
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
YImpressionnistes et photographes,
10
V. Jourdain
F. Lenègre
F. Lenègre
Recherches et découvertes
’Inscription Maritime,
YLInterview,
YHistoire de dates,
Y
. . . .
6
P.-Y. Corbel
YLe royaume d’Yvetot,
Ph. Priol
YLa loi sur les archives de 2008,
Actualités
9
14
P.-Y. Corbel
YBrèves
de la recherche universitaire
YActualité
YCalendrier
V. Marotaux
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
.............................................
Ph. Priol
Histoire des lieux
Vie des archives
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Parmi les nombreux trésors conservés aux Archives
départementales, les fonds des institutions d’Ancien Régime
et des établissements religieux, saisis pour la plus grande
partie d’entre eux au moment de la Révolution française,
occupent une place de choix. Si cet ensemble documentaire
exceptionnel, couvrant plus de trois kilomètres linéaires, se
classe parmi les tous premiers fonds anciens de France en
termes d’importance matérielle, c’est surtout par sa richesse
patrimoniale, historique et parfois même esthétique, qu’il se
distingue.
c Sceau de Charles le Chauve, au bas de la pancarte de 863, et charte de 876
en tant qu’« empereur Auguste », 14 H 143 (fonds l’abbaye de Saint-Ouen) Des collections
millénaires
Le plus ancien document original
conservé aux Archives départementales
de la Seine-Maritime, une « pancarte »
accordée par le roi Charles le Chauve
à toutes les églises de Rouen en 863,
appartient ainsi au fonds de l’abbaye
rouennaise de Saint-Ouen. A cet exemple déjà exceptionnel de conservation
d’un document vieux de 1147 ans
s’ajoute le fait que le sceau de cire, représentant le roi de profil, apposé sur
ce document pour l’authentifier, bien
que détaché du document, se trouve
toujours en parfait état. Plusieurs institutions et établissements prestigieux
ont su ainsi préserver leur mémoire à
travers le temps jusqu’à ce que leur
fonds intègre les Archives départementales.
Parmi ceux-ci, citons l’Echiquier de
Normandie qui devient au XVIe siècle le Parlement de Normandie dont
le rôle était de juger les affaires qui
faisaient l’objet d’un appel dans un
ressort qui correspondait aux Haute
et Basse Normandie actuelles ; le
tabellionnage de Rouen, ancêtre des
études notariales actuelles, nous a
livré une série quasi-continue de registres remontant à 1360 où sont recopiés tous les actes privés (achats,
ventes, successions…) passés devant
lui ; une des plus anciennes abbayes
fondées en France, en 654, celle de
Jumièges, a conservé un fonds qui se
distingue particulièrement par son
importante collection de titres scellés : plus de 1800 documents repérés
dont la plupart brillent par leur qualité esthétique et leur parfait état de
conservation.
Travaux en cours
Pour toutes ces raisons, le rayonnement du fonds ancien dépasse largement les frontières de notre département et chaque année, il attire plusieurs milliers de lecteurs venus aussi
bien de France que de l’étranger.
c le plus ancien registre de l’Echiquier de Normandie, 1336-1342, 1 B 1
Le fonds ancien des Archives
de Seine-Maritime
Consciente de cette richesse encore
insuffisamment exploitée, la Direction
des Archives départementales s’est
lancée depuis quelques années dans
une vaste opération visant à améliorer les conditions d’accès à ces documents exceptionnels mais également
à les protéger des dégradations.
Il y a cinq ans, une première opération a été lancée sur les chartes antérieures à 1121 et sur les chartes de
Richard Cœur de Lion. Pour ces deux
ensembles, les Archives départementales disposaient de deux catalogues
préexistants, l’un réalisé en partenariat avec le CNRS en 1984 et l’autre
réalisé en interne. Les documents, extraits de leur liasse d’origine, ont été
restaurés en cas de besoin puis rangés
à plat dans des pochettes de conservation, en classeurs pour les petits
formats ou dans des meubles à plan
pour les grands formats. L’ensemble a
fait l’objet d’une numérisation avant
3
ssi
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d’être mis en ligne sur le portail d’accès aux ressources numérisées de la
nouvelle salle de lecture en septembre 2008.
Parallèlement, un récolement complet
de la série H (clergé régulier) a été
initié au cours de l’été 2006. Visant
à effectuer un constat d’état des documents conservés dans cette série et
de leur conditionnement, cette opération a fourni l’occasion de repérer, de
conditionner et de décrire sommairement les titres scellés contenus dans
les liasses. Aujourd’hui, l’opération
touche à sa fin pour les séries classées
avec plus de 7 500 articles traités et
2 132 sceaux décrits et reconditionnés. Dans le prolongement de ce récolement, un travail approfondi a été
engagé pour le traitement des sceaux
(voir page suivante), avec pour objectif la constitution d’une base d’images
accessible aux chercheurs comme au
plus grand public. Suite à cela, le traitement pourra être étendu à la série G
(clergé séculier).
Chartes de la période
anglo-normande
L’avancée du récolement de la série H,
tout au long de l’année 2007, a permis
de constater que la plupart des fonds
d’abbayes avaient conservé une riche
4
documentation pour le XIIe siècle,
mais également que de nombreux documents anciens mentionnés dans les
inventaires avaient aujourd’hui disparu ou étaient en mauvais état. C’est
pourquoi l’idée d’étendre l’opération
de traitement des chartes anciennes
commencée en 2005, dans l’optique
de constituer un catalogue numérique
des chartes antérieures à la conquête
française du duché de Normandie en
1204, s’est imposée. Ces documents,
très fréquemment non datés et pourvus de listes de témoins, fournissent
un éclairage très intéressant sur la
composition de l’aristocratie anglonormande, son implantation géographique et ses réseaux, de part et
d’autre de la Manche.
La première étape a consisté à repérer
dans les inventaires les liasses contenant les documents antérieurs à 1204.
Ce repérage est aujourd’hui terminé
pour les séries G et H. Les documents
sont progressivement extraits pour
être décrits dans une base de données (émetteur, bénéficiaire, analyse,
date…). Il est important de noter que
le lien avec la cote d’origine n’est jamais perdu : chaque extraction est signalée par un fantôme dans la liasse
et les documents extraits sont regroupés dans des chemises par cote.
Cette étape descriptive est l’occasion de resserrer la datation des actes : l’examen des listes de témoins
qui comprennent souvent des abbés
ou des évêques dont les dates de règne sont connues peut permettre par
exemple de dater relativement un
acte. Les actes en mauvais état sont
signalés et mis de côté pour être traités par un prestataire spécialisé, les
autres sont numérisés, recto et verso.
Chaque vue numérisée reçoit une
cote normalisée qui rappelle la cote
d’origine du document, avant de faire
l’objet d’un reconditionnement en
classeur ou meuble à plan, selon le
format. Aujourd’hui, tous les actes de
la série G ont été traités, ainsi que les
actes des sous-séries 17 H (Saint-Michel du Tréport), 18 H (Notre-Dame
du Vœu) et 52 H (Notre-Dame de
Bondeville). 
c Charte de Richard Cœur de Lion, 1190,
G 4484 (fonds de l’Archevêché)
o
c Charte de Guillaume le Conquérant, roi d’Angleterre, 1085, 7 H 12
(fonds de l’abbaye de Fécamp).
d
Zoom
c Conditionnement du sceau de Richard Cœur de Lion,
présenté ci-contre, G 4484
Du repérage…
Les sceaux font d’abord l’objet d’un repérage et d’une description provisoire lors
du récolement. Chaque liasse est ouverte
et dès qu’un sceau est découvert, il est
placé dans un sachet bulle et sont notés
sa cote, son numéro d’ordre, son producteur, la date du document auquel il est attaché, son état matériel (entier, fragmentaire, en morceaux), sa catégorie (sceau
de cire, bulle de plomb) et son type de
décor (héraldique, équestre, ecclésiastique…).
Sur la base de cette liste, les sceaux,
ainsi que les actes qui les portent sont
réexaminés et leur description complète,
réalisée à l’aide d’un formulaire basé
sur une instruction de la Direction des
Archives de France parue en 2005, est
saisie sur une base de données. Sont re-
levés par exemple la matière du sceau,
sa forme, ses dimensions, la nature des
attaches (parchemin, soie), l’identité du
sigillant et quelques éléments biographiques lorsqu’ils sont connus… Les pièces
qui méritent une restauration sont mises
de côté puis analysées et confiés à des
prestataires spécialisés.
Ceux-ci réalisent plusieurs types d’interventions en fonction des besoins, du nettoyage au réassemblage, en passant par
la consolidation par ajout de cire. Le but
d’une restauration n’est pas de redonner
au sceau son aspect d’origine mais de
stabiliser son état, c’est-à-dire d’éviter
qu’il ne continue à se dégrader, le but secondaire, notamment en ce qui concerne
le nettoyage, est d’améliorer sa lisibilité.
Pour mieux évaluer le résultat final de
l’intervention, les sceaux sont systématiquement photographiés avant leur départ
en restauration.
…À la numérisation
L’étape suivante consiste à numériser les
sceaux et les actes auxquels ils sont attachés, recto et verso, en haute définition.
La numérisation des sceaux est une opération délicate car la couleur sombre de
certains sceaux et les accidents de surface peuvent gêner la capture du relief. Il
faut alors adapter l’éclairage aux spécificités de chaque pièce. Pour un résultat
optimal, cette numérisation est effectuée
en interne par un personnel spécialisé
à l’aide de scanners et de projecteurs
adaptés. Des expériences originales peuvent être tentées à ce stade, c’est ainsi
c Face équestre du sceau d’Edward III,
roi d’Angleterre, 1336, G 1113
qu’une numérisation en trois dimensions
a été expérimentée récemment avec des
résultats très intéressants.
A l’issue de la numérisation, les sceaux
les plus précieux sont extraits et conditionnés dans une boîte individuelle,
les autres retournent dans les liasses,
toujours protégés par un sachet bulle.
A l’heure actuelle, les sous-séries 1 à
5 H (Abbaye d’Auchy-lès-Aumale, de
Beaubec-la-Rosière, du Bec-Hellouin,
de Bellozane Notre-Dame de Bonport) et
les sceaux antérieurs à 1250 de la soussérie 9 H (Abbaye de Jumièges) ont été
catalogués et sont actuellement en cours
de reconditionnement et de numérisation. L’ensemble de ces sceaux devrait
intégrer le portail d’accès aux ressources
numérisées dans le courant de l’année
2010. 
c Sceau de Rotrou, archevêque de Rouen,
s.d. (1165-1183), G 3624
c Bulle du pape Innocent III, 1198, G 3596
c Sceau de Constance, duchesse de Bretagne,
s.d. (1183-1187), G 4483
sur le traitement
des sceaux
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d é c o u v e r t
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fonds
Invitation au voyage :
c ADSM. 6P693
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les archives de
l’Inscription Maritime
Les archives de l’Inscription Maritime : sous cette dénomination administrative quelque peu
austère se cachent des documents passionnants pour tous ceux qui s’intéressent au commerce
maritime international, à la pêche, à la construction navale, à la vie de la mer en général…
c ADSM. 6P693
international et de l’économie régionale, comme le soulignait l’archiviste
E.Le Maresquier : « Que l’on songe à
l’intérêt que présenterait le dépouillement exhaustif des rôles du quartier
de Fécamp pour la connaissance de
la grande pêche et de ceux du Havre pour l’étude du commerce et de
l’émigration dans la seconde moitié
du XIXe siècle » (Gazette des Archives,
1er trimestre 1978).
Une création de Colbert
Tout remonte à Colbert, grand administrateur, esprit fertile en inventions
et règlements pour la gloire et la
prospérité de l’Etat. Un de ses grands
projets fut le développement de la Marine. Il imagina de tenir registre des
hommes aptes à servir sur les navires
du Roi : il s’agissait de mettre en place
un véritable outil administratif d’enrôlement (« les classes »), plus efficace
que les systèmes coercitifs de la levée
et de la « presse ». Tout marin inscrit
s’engageait à servir la Marine Royale
lorsqu’il était appelé, en contrepartie
de certains avantages (paiement d’une
demi-solde en cas de chômage, caisse
d’invalidité).
L’administration des classes (devenue
inscription maritime à partir de 1795),
organisée en « quartiers » correspondant aux principaux ports d’enrôlement, a ainsi produit des milliers de
registres. Soulignons toutefois que les
archives du XVIIe siècle et du début
6
du XVIIIe siècle ont disparu et que les
séries de registres de quartiers ne débutent vraiment qu’à partir des années
1730-1750, voire 1802 pour Dieppe.
Fortunes de mer
Ces registres sont essentiellement de
deux types : les matricules comportant la fiche d’identité et les états de
service de chaque marin enrôlé ; les
rôles de désarmement permettant de
connaître, pour chaque navire, ses caractéristiques techniques, la composition de l’équipage, la destination ainsi
que les escales, la liste des passagers,
et souvent aussi la cargaison.
Cette description sommaire ne suffit pas à rendre compte de l’infinie
richesse de cette masse dormante,
véritable invitation au voyage mais
aussi rencontre avec une réalité plus
dure de la vie sur mer (désertions,
naufrages, morts à bord). Ces archives
constituent surtout une source unique
pour la connaissance du commerce
Numérisation et mise en
ligne
Impressionnantes par leur masse
(2 288 registres pour notre département couvrant les années 1739 à
1969), difficiles à manier (lourds registres, état de conservation matérielle parfois médiocre), les archives de
l’inscription maritime sont par ailleurs
dispersées : une partie est conservée à
Rouen (Archives départementales : registres du Havre et de Rouen), l’autre
à Cherbourg (Ministère de la Défense :
registres de Dieppe et Fécamp).
Il a donc paru très opportun d’engager
la numérisation de la collection, avec
le soutien financier du Ministère de la
Culture (Mission de la Recherche et
de la Technologie). Les premiers lots
traités (812 registres de Rouen et du
Havre) seront consultables en salle
multimédia des Archives départementales de Seine-Maritime au printemps
2010 ; l’ouverture sur Internet suivra.
Un partenariat avec le Ministère de la
Défense est à l’étude pour prolonger
l’opération sur les registres de Dieppe
et Fécamp. 
Interview
Pour ce numéro, Fenêtre sur Tour vous propose l’interview
fictive d’un homme du passé : Giovanni da VERRAZANO.
Né près de Florence à la fin du XVe siècle, explorateur et
navigateur, celui-ci a bouleversé par ses découvertes les données
du commerce européen et international de son époque. Cette
figure cosmopolite du monde maritime de la Renaissance avait
su tisser des liens essentiels avec notre région.
Quelle formation vous a
conduit à accomplir votre
destinée de navigateur ?
J’ai reçu une formation de gentilhomme, à la fois rude et policée. On m’a
enseigné le latin, le grec, les mathématiques, l’histoire et la philosophie.
On m’a appris la discipline, la maîtrise
de soi, l’épée, le courage… Mêlée au
monde de la banque et des affaires, ma
famille m’a très tôt initié aux contacts
humains et à l’art de la négociation.
N’oublions pas que je suis né dans une
période historique d’expansion et de
découvertes. Florence est alors à son
apogée, avec à sa tête les Médicis, qui
exercent une grande influence sur les
familles de la ville. Mon frère sera luimême un banquier avisé proche des
souverains européens qui ont besoin
de son argent.
Mais sans doute l’éducation
n’explique-t-elle pas tout ?
Non, vous avez raison. Il y avait en moi
un goût irrésistible de l’aventure. J’ai
quitté assez tôt la maison paternelle.
Mes parents avaient senti ce penchant
et mon père avait décidé de m’envoyer
à l’étranger afin de me former aux techniques du commerce international.
C’est ainsi que j’ai passé plusieurs années en Egypte, au Caire, puis en Syrie. J’y ai occupé les fonctions d’agent
commercial. C’est en Orient que j’ai
appris à naviguer. Là-bas, j’étais en
contact avec tout un monde de marchands et de marins. C’est eux qui
m’ont initié à la navigation. Ce goût ne
m’a jamais plus quitté.
A quand remontent vos
premières expéditions ?
J’avais environ 23 ans, lorsque j’ai fait
la connaissance de Thomas Aubert,
un Rouennais, capitaine de navire à
Dieppe. En 1508, nous avons monté
une expédition. C’est l’armateur Jean
Ango qui avait équipé les vaisseaux.
Nous sommes partis vers le nordouest pour pêcher. C’est là que nous
avons découvert un territoire que
nous avons baptisée Terre-Neuve,
puis nous sommes remontés jusqu’à
l’embouchure d‘un fleuve, appelé depuis le Saint-Laurent. Jean Denis, ce
pilote de Honfleur qui en a publié la
carte, nous accompagnait. L’expédition fut un succès. Plus tard, aux alentours de 1517, j’ai voyagé en Espagne
et au Portugal. Je me suis même associé à Magellan.
Et ensuite ?…
Il arriva que je me fisse corsaire à la
solde de Jean Ango pour le compte
duquel j’ai détroussé en compagnie
de l’un de ses capitaines, Jean Fleury,
les galions espagnols rapportant le
trésor du dernier empereur aztèque,
Guatimozin. C’est l’origine de la fabuleuse fortune de l’armateur. Puis, j’ai
offert mes services au roi de France,
François Ier. Des hommes d’affaire
puissants, Rouennais et Lyonnais,
exerçaient sur lui des pressions pour
trouver de nouvelles voies maritimes
en contournant le continent américain
vers l’Asie d’où l’on ramenait soieries
et épices.
Que s’est-il passé ?
J’ai rencontré le roi à Lyon en 1523
par l’intermédiaire de compatriotes
italiens, des marchands. C’est ainsi
qu’après un entretien avec Sa Majesté, il a été décidé d’affréter un navire,
la Dauphine. Nous sommes partis du
Havre et avons longé les côtes espagnoles. Il s’agissait de trouver une
nouvelle route vers l’océan Pacifique. C’est alors que j’ai découvert la
Baie d’Hudson et que j’ai été le premier européen à entrer dans la baie
de New-York. Je l’ai appelée Terre
d’Angoulême en hommage au roi de
France qui avait porté autrefois le titre
de comte d’Angoulême. De même, j’ai
baptisé les territoires de ce que vous
appelez Virginie, Nouvelle France. 
c ADSM 2E1/0379
On dit que vous êtes né
près de Florence ?
C’est exact, je suis né en 1485 à
Greve in Chianti, dans les collines de
Toscane, parmi les vignes, au château
familial de Verrazano. C’est là qu’a séjourné Leonardo da Vinci dans la propriété de la famille de Mona Lisa qu’il
a immortalisé depuis sous les traits de
« La Joconde ». C’est environ à quatre
lieues de Florence. Mon père, Bartolomeo, gentilhomme florentin, y avait
ses affaires. Il avait épousé une jeune
compatriote issue d’une noble maison,
Fiametta Capelli.
Giovanni da Verrazano est mort en
1528, sauvagement assassiné, lors
d’une nouvelle expédition dans les
Antilles. Fait prisonnier,
il fut massacré par des autochtones anthropophages qui le
dévorèrent sous les yeux de son
frère, Gerolamo da Verrazano, le
cartographe réputé.
7
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h e r c h e s
d é c o u v e r t
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s
outils
Histoires de dates
Identifier la date des documents anciens présente souvent
des difficultés. Même si les documents sont datés, les modes
de référence au temps ont varié et notre calendrier actuel
ne s’est imposé qu’à la fin du XVIe siècle.
Du calendrier julien au
calendrier grégorien
Fondé sur la cycle des saisons, le
calendrier julien a été mis au point
par Jules César auquel il doit son
nom. Il reste la base du calendrier
aujourd’hui en vigueur ; mais l’astronome Sosigène avait commis une petite approximation en fixant la durée
de l’année à 365 jours un quart (intercalation d’une journée tous les quatre
ans, années dites bissextiles). Cela représentait quelques minutes de plus
que la révolution solaire réelle, ce qui
a entraîné un décalage progressif : au
XVIe siècle, l’équinoxe de printemps
tombait ainsi le 11 mars.
C’est à l’initiative des papes que le
c Le Gros-Horloge à Rouen
système a été réformé ; la date de
l’équinoxe de printemps était en effet importante puisqu’elle conditionnait la fixation de la fête de Pâques.
Pour compenser le retard pris, le pape
Grégoire XIII ordonna en 1582 de
sauter dix jours calendaires, en passant directement du 4 au 15 octobre ;
afin d’éviter un nouveau décalage, il
fit modifier le calcul des années bissextiles (suppression de trois années
bissextiles tous les quatre cents ans :
l’année 2100 ne sera pas bissextile,
contrairement à 2000).
Cette réforme ne s’est pas imposée
partout en même temps. En France, le
recalage du calendrier est intervenu
le 10 décembre 1582, mais beaucoup
plus tardivement en Angleterre (1752)
ou en Russie (1918). La Révolution
française a essayé, sans succès, de réformer le système ; adopté à l’automne
1793, le calendrier révolutionnaire a
été abandonné définitivement au 1er
janvier 1805, en dehors d’une brève
reprise par la Commune de Paris en
1871.
8
Quand doit-on commencer
l’année ?
Si la division de l’année en douze
mois n’a pas bougé, la date du 1er
janvier adoptée par les Romains
pour la faire commencer a été, dans
beaucoup d’endroits, abandonnée au
Moyen Âge pour se rapprocher des
grandes dates du calendrier religieux.
On utilisait ainsi, notamment en Italie
et en Allemagne, le « style » de Noël
qui faisait démarrer l’année au 25 décembre, ou celui de l’Annonciation
(25 mars) resté en usage en Angleterre jusqu’en 1751. Plus compliquée,
puisqu’elle variait, la date de Pâques
a été adoptée à partir du XIIe siècle
par la royauté française ; elle n’est
abandonnée qu’en 1564 pour revenir
c Calendrier pour l’an bissextil 1844 - 1Fi597
R e
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au 1er janvier.
Le résultat de ces différents usages
est qu’il peut exister des décalages
entre les dates portées dans les actes
et nos années civiles, surtout pour les
premiers mois de l’année. Ajoutons
que, dans le cas d’un nouvel an mobile (cas de Pâques), une date identique
pouvait se retrouver deux fois sur une
même année…
Modes de datation
La datation par le jour, le mois et l’année, comptée à partir de la naissance
du Christ, nous est aujourd’hui familière. Elle ne s’est pourtant imposée
que progressivement, d’où parfois des
difficultés pour interpréter les dates
anciennes.
Les Romains, outre le fait qu’ils comptaient les années à partir de la fondation de Rome, utilisaient un système
complexe d’organisation des jours à
l’intérieur d’un mois (nones, ides, calendes), et ce système est resté utilisé
au Moyen Âge. C’est le christianisme
qui a imposé la division du temps en
semaines de sept jours, héritées du
judaïsme, ce qui excluait toute coïncidence avec le découpage des mois.
Le calendrier révolutionnaire a tenté
d’y remédier en passant à des semaines de dix jours, à raison de trois par
mois.
Pour l’indication des dates, il faut savoir que d’autres modes de référence
ont pu être utilisés : remplacement
du millésime par l’année du règne
(sans parler d’autres systèmes plus
compliqués comme l’indiction héritée de l’époque romaine) ; ou encore
référence pour les jours aux fêtes du
calendrier religieux. 
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ist
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d
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li
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u
x
La petite cité cauchoise d’Yvetot, victime des destructions
du second conflit mondial, a longtemps constitué au coeur
du riche pays de Caux une entité bien spécifique que
seule la fin de l’Ancien Régime viendra abolir ; en effet,
bénéficiant du statut de principauté depuis des temps
immémoriaux, elle a connu un passé haut en couleur
souvent lié à la personnalité de ses souverains.
une charte de Richard II, duc de Normandie, lors d’une donation faite à
l’abbaye de Saint-Wandrille. Cependant, la suzeraineté de l’abbaye sur
Yvetot reste contestée, de même les
premiers seigneurs d’Yvetot sont inconnus.
A l’origine, ces territoires couverts
de forêts appelés dans la suite des
temps à devenir des terres fertiles,
étaient habités par les calètes, peuples de bergers, d’agriculteurs et de
chasseurs. Les guerres de Jules César,
puis plus tard l’arrivée des Normands
modifieraient de façon considérable le
sort des populations primitives. L’étymologie du nom « Yvetot » est bien
connue, elle est typiquement viking.
Si « Yves » désigne un nom d’homme,
le terme « tot » désigne en norois une
demeure ou plus exactement l’enclos
dans lequel se situe la « masure ».
Lors de la conquête de l’Angleterre
par Guillaume ainsi qu’à la bataille
d’Hastings, un sire d’Yvetot est mentionné, mais on ne sait pas de qui il
s’agit. En fait de nombreuses thèses
s’opposent, les droits de prééminence
étant tour à tour contestés. Le premier
seigneur connu sera Jean d’Yvetot qui
accompagnera Robert Courte-Heuse
en Terre Sainte lors de la première
croisade. Cette famille s’éteindra au
début du XVe siècle ayant accru de façon considérable sa puissance et ses
possessions, soit par faveur ou relation
ou encore par alliance et acquisition.
c Château d’Yvetot,dessin 1789 - 1Fi321
Toutefois, l’époque exacte de la naissance d’Yvetot nous reste inconnue,
ceci en dépit de l’existence d’un manuscrit très ancien relatant l’histoire
de la région, appelé la Chronique de
Fontenelle datant du IXe siècle. Ce
n’est qu’en 1021 que son nom sera
mentionné pour la première fois dans
Si la franchise d’Yvetot, obtenue par
décharge de ses devoirs de vassalité,
ce qui lui conférait un statut de territoire libre, peut-être démontrée dès
les premières années du XIIIe siècle,
il n’en reste pas moins qu’il faudra
attendre l’avènement de l’un des derniers seigneurs de cette maison, Martin
d’Yvetot, pour attester l’authenticité
de la qualification de roi d’Yvetot que
l’on voit figurer dans plusieurs actes,
entre 1386 et 1463. Vivant largement
au-dessus de ses moyens et sans héri-
tiers mâles, ruiné, le prince d’Yvetot
devra se résigner à vendre en 1401
son royaume à Pierre de Villaines,
conseiller et chambellan du roi. Jouissant de privilèges particuliers et grâce
à ses franchises, échappant par là à
l’augmentation sans mesure des tailles
et des impôts, le « royaume » d’Yvetot
pourra subsister jusqu’à la Révolution,
situation unique en France d’une territorialité aussi restreinte qui en font
dans toute l’histoire de notre pays un
cas d’espèce. Aux familles de Villaines, Chenu, du Bellay et de Crevant
devaient succéder par alliance en
1688 les marquis d’Albon, derniers
princes de ce royaume. 
c Blasons de la famille d’Yvetot - BHSM 196
d’Yvetot
c Lettre du Roi d’Yvetot - 1490 - BHSM 427
Le royaume
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Impressionnistes
et photographes :
regards croisés
Dans le cadre du festival Normandie Impressionniste, les
Archives départementales de Seine-Maritime proposent,
à partir d’avril 2010, une mise en regard de tableaux
impressionnistes et de photographies des lieux peints
contemporaines de leur réalisation, évoquant cette double
révolution iconographique. L’exposition présente, sous
forme de reproductions, un panorama d’œuvres intéressant
notre département rapprochées de photographies
anciennes. Déjà, Impression soleil levant, la célèbre toile
de Monet qui donna son nom au mouvement en 1874, est
une vision personnelle de l’avant-port du Havre.
La Seine-Maritime, terre
impressionniste
Au fur et à mesure que s’impose la peinture de plein air, la Seine-Maritime devient terre d’accueil de nombreux artistes, pour de plus ou moins longs séjours
(Pissarro, Monet, Sisley, Morisot, Caillebotte, Renoir, Guillaumin, Lebourg…).
Rarement natifs du département, tous
sont pourtant séduits par la diversité de
ses paysages. Sans doute, l’abondance
d’eau, si chère aux impressionnistes,
aura-t-elle été décisive : mer démontée,
fleuve, rivières, pluie à foison !
De plus, le chemin de fer en a fait une
destination proche de Paris particulièrement commode. Le bouche-à-oreille,
dans le cercle fermé des salons impressionnistes, orientera les artistes
vers cette destination. C’est parce qu’il
savait Pissarro à Rouen que Gauguin
viendra s’y installer pendant presque
une année, entre 1883 et 1884. La toile
intitulée Les toits bleus nous offre un
magnifique panorama du quartier Jouvenet où il résidait.
c Rue de l’Epicerie à Rouen, vue stéréoscopique, avant 1880,
coll. Bernard Lefebvre, 99 Fi 23/1.
10
c Camille Pissarro, Rue de l’Epicerie à Rouen,
effet de soleil, 1898, Metropolitan Museum of Art,
© MMA-dist. RMN.
Lieux emblématiques
En cette fin du XIXe siècle, peintres paysagistes et photographes
parcourent notre département. Ils explorent les boucles de la Seine, tout
comme la côte, en plein développement touristique, ainsi que les grandes villes de Rouen et du Havre, avec
un regard appuyé sur leurs activités
portuaires. L’exposition convie le visiteur à s’interroger sur la valeur de
témoignage des toiles et des photographies, enregistrement d’un monde en
totale mutation, traversé notamment
par l’industrialisation.
L’un des points communs aux impressionnistes et photographes est la pra-
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tique du « plein air », parfois dans de
rudes conditions. De Pourville, Monet
écrit à son épouse le 13 mars 1896 qu’il
a eu « si froid à travailler sur le haut
de la falaise où soufflait un vent d’est
glacial » qu’il a dû « lâcher au bout
d’une heure ». A Varengeville, en avril
de la même année, le vent emporte ses
toiles et sa palette. A Rouen, Pissarro,
installé sur les quais pour peindre, fait
la surprise des passants et de Gauguin
qui lui écrit en 1883 : « J’ai ri ce matin
en lisant dans votre lettre le passage relatif à la foule amassée devant le peintre
qui étale ses gobelets sur le quai comme
le ferait un simple prestidigitateur. Evidemment on doit être très gêné ».
En raison de l’emplacement de certains sites ou bien d’une météo calamiteuse, l’artiste reste à l’intérieur, à
l’hôtel le plus souvent, mais toujours
avec la fenêtre ouverte sur le paysage alentour. Les lieux de séjour des
peintres sont aussi leurs ateliers. Ainsi,
certains lieux retiennent l’attention des
maîtres de l’impressionnisme. Pissarro
et Monet fréquentent, avec un bonheur
inégal, le même Hôtel du commerce,
situé à Dieppe sur l’actuelle Place nationale. Pissarro y est fort prolixe, peignant une série de toiles sur l’Eglise
Saint-Jacques et le marché. A Rouen,
en 1896, Pissarro indique dans sa correspondance, au sujet de l’Hôtel d’Angleterre, qu’ « il a retenu la chambre
qu’occupait Monet et d’où il y a un beau
motif sur le port».
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c Hôtel d’Angleterre à Rouen, carte postale, début du XXe siècle, 2 Fi Rouen 4218.
Espaces de rencontres
On trouve aussi dans notre département des lieux d’émulation où les artistes aiment à se retrouver. Aux Petites-Dalles, Léon Monet reçoit son frère
dans son lieu de villégiature, mais également Pissarro qui y peint deux toiles.
Le collectionneur rouennais François
Depeaux accueille Sisley dans sa villa
du Mesnil-Esnard. A Rouen, Murer
qui tient l’Hôtel du Dauphin soutient
les artistes par ses prix généreux. Pissarro, Monet et Sisley y séjourneront.
A Dieppe, au début du XXe siècle, le
peintre néo-impressionniste Charles
Angrand rencontre notamment Pissarro
au point de rendez-vous des artistes,
le Café suisse. Il se souvient dans sa
correspondance que Pissarro était
« l’âme de la conversation » et qu’ « il
était toujours juvénile, enthousiaste et
souriant ». Les falaises d’Etretat, « la
plus grande architecture qui soit » pour
Hugo, constituent sans doute le site
d’inspiration impressionniste par excellence. Déjà, Delacroix, Courbet puis
Jongkind avaient ouvert la voie. Maupassant y décrit plus tard Monet « prendre à pleine mains une averse abattue
sur la mer » et la « jeter sur la toile ».
En définitive, la spécificité des
peintres qui ont célébré les paysages
de notre département se trouve parfaitement exposée par le conservateur
de musée Alain Tapié : « Ils peignent
la couleur du temps, un temps qui n’est
que d’ici, inclus dans certaines lumières repérables et inimitables, universelles et mythiques comme un moment
biblique. »
c Le Pont Boieldieu à Rouen, tirage albuminé contrecollé sur carton,
par Neurdein Frères, 1879, coll. Bernard Lefebvre, 99 Fi 2-10.
c Le pont Boieldieu à Rouen par Camille Pissarro, 1896.
Musée d’Orsay. © RMN / Hervé Lewandowski
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c Etretat, tirage photographique, par Emile Letellier, (années 1870), 57 Fi 176.
c Etretat, par Claude Monet, 1883. Musée d’Orsay. © RMN / Hervé Lewandowski
Photographes et
impressionnistes, une
influence réciproque
Le XIXe siècle voit une véritable révolution iconographique, orchestrée
par les peintres et les photographes
qui portent sur les sites un regard esthétique qui a valeur de témoignage.
Les angles de vue se rapprochent souvent de manière troublante, au point
de chercher ressemblances et dissemblances entre les toiles reproduites,
les photographies et les cartes postales anciennes.
12
La première photographie française
connue a été réalisée par Niepce depuis sa fenêtre en 1826. Dès lors, les
photographes se sont attachés à capter
les paysages. Dès les années 1850, la
photographie est marquée par un courant documentaire qui s’attache à saisir
l’architecture du pays. C’est le cas de
la Mission héliographique, à laquelle
participe le photographe Baldus. Cette
commande de la Commission des monuments historiques est réalisée dans
un souci d’inventaire et de restauration
des plus grands monuments du patri-
moine français. La photographie est
également envisagée comme trace, ou
simple souvenir, dans le cas des vues
stéréoscopiques qui se développent à
cette période, cette fois dans un but
purement commercial. La Normandie figurera parmi les régions les plus
photographiées au cours de ces années
1850-1880.
Ainsi, Baldus réalise ses vues de la
cathédrale de Rouen avant Monet.
Ce dernier empruntera d’ailleurs aux
photographes le procédé de la série.
L’aspect documentaire de leur travail
n’échappera pourtant pas complètement aux peintres : Pissarro arpente
les vielles rues de Rouen en les dessinant avec détail. Particulièrement sensible à la fuite du temps, il contribue
financièrement, par un don en 1900
aux Amis des monuments rouennais,
à la sauvegarde d’une maison du XVe
siècle de la rue Saint-Romain.
Sans toutefois s’en réclamer, il est indéniable que les peintres impressionnistes, qui développent leur mouvement dans les années 1870, ont subi
l’influence de l’invention de la photographie. Monet possède plusieurs appareils photographiques, Degas se sert
de la photographie comme aide dans le
processus de maturation de ses créations artistiques. Peintres et photographes portent un œil nouveau sur le
monde, profitant des mêmes découvertes de l’optique, tel le phénomène de la
persistance rétinienne. C’est ainsi que
l’œil recompose les touches portées
par les peintres sur la toile.
Cette mutation du regard leur est également commune dans la démocratisation des thèmes traités. La peinture
s’éloigne de la représentation classique
de sujets mythologiques ou religieux et
abandonne la pose convenue. Les photographes, soucieux d’être reconnus
comme artistes, emboîtent le pas aux
impressionnistes : marines, scènes de
rue et paysages sont majoritairement
représentés.
On trouve toutefois chez les impressionnistes une attention plus marquée
pour la transcription des réalités so-
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c L’Express Paris-Le Havre, carte postale, début du XXe siècle, 2 Fi Le Havre 532.
ciales de leur temps. A partir des années 1880, avec la simplification du
procédé et du matériel photographiques, se développent des sociétés de
photographes amateurs, tels le Photoclub rouennais et le Photo-club havrais dans notre département. Leurs
membres font partie de la bourgeoisie.
Alors qu’émerge une société de divertissement, ces derniers ne négligent
pas l’aspect ludique de leur pratique.
Si Pissarro comme Guillaumin tournent le dos à la rive droite de la Seine à
Rouen pour embrasser le faubourg industriel, on note que les photographes
regardent toujours vers la Cathédrale.
Il n’y a point de cheminées d’usines
dans les photographies de Chesneau
sur Saint-Sever.
Un goût commun pour la
modernité
Il y a chez les impressionnistes comme
chez les photographes un engouement
ou au moins une interrogation - face
au monde moderne. Ainsi, la gare ou
le train sont des sujets de prédilection
pour ces artistes. C’est le cas des photographes amateurs qui, « dès qu’ils
ont un obturateur, ne rêvent que de
photographier des chevaux de course
ou des trains express ». C’est également le cas de Monet peignant le train
de Normandie dans la gare Saint-Lazare ou de Pissarro, avec son Chemin
de fer de Dieppe.
Peintres et photographes partagent les
mêmes finalités esthétiques, à savoir
saisir la nature sur le vif, capter l’ins-
tant et suggérer le mouvement. Il
est intéressant de constater, à l’instar
des photographies, que les personnages des toiles impressionnistes sont
parfois coupés aux bords de la toile.
Sans doute y a-t-il toutefois chez les
impressionnistes une tendance à
l’abstraction, quasi-absente chez les
photographes qui sont leurs contemporains. On perçoit chez ces peintres
un écartèlement entre le désir de refléter une réalité et le besoin de s’éloigner des représentations classiques.
C’est le cas d’Eugène Boudin qui, à
la même période, offre trois visions
radicalement différentes du Bassin du
Commerce au Havre, tantôt fidèle, tantôt réinterprétée. En 1868, Emile Zola
caractérise parfaitement ce qui sera le
rapport au réel des impressionnistes :
Les peintres qui aiment leur temps du
fond de leur esprit et de leur cœur d’artistes, entendent autrement la réalité ;
ils ne se contentent pas de trompe-l’œil
ridicules, ils interprètent leur époque
en hommes qui la sentent vivre en eux,
qui en sont possédés et qui sont heureux
d’en être possédés. 
Appel
à photographies
Dans le cadre du concours Pixels
organisé par le Département, il
vous est proposé de nous apporter
votre propre regard sur les lieux
représentés.
Les photographies réalisées, après
sélection, seront présentées en
octobre dans le cadre de l’exposition.
Sur les modalités et le détail des
lieux concernés, voir http://www.
seinemaritime.net/pixels/
Exposition
Impressionnistes
et photographes :
regards croisés
du 26 avril au
4 novembre 2010.
c La Cathédrale de Rouen par Claude
Monet, 1894. Métropolitan Museum of Art.
© MMA - dist. RMN
c Cathédrale de Rouen, portail, épreuve
sur papier albuminé, par Edouard-Denis
Baldus, 1858, collection de tirages photographiques,57 Fi 2.
Pour les horaires, voir page 15.
Visites commentées pour les
scolaires.
www.archivesdepartementales76.net
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La loi
sur les archives
du 15 juillet 2008
c Salle de lecture des Archives
Départemntales de Seine-Maritime
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La législation archivistique française a récemment évolué avec le vote de la loi du 15 juillet
2008. La nouvelle loi pose en principe la communicabilité de plein droit des archives
publiques, et raccourcit les délais existants pour certains types de documents.
Ce qui change
Quelles sont les conséquences
concrètes de cette nouvelle loi pour les
chercheurs ?
Les archives publiques, dès lors qu’elles
ne font pas l’objet d’un délai spécial de
communicabilité, sont immédiatement
consultables. Le délai général de 30 ans
n’existe plus.
14
Par ailleurs, les délais maintenus pour
des raisons de protection de la vie privée, de sécurité publique ou de sûreté de
l’Etat, ont presque tous été raccourcis.
Ne sont incommunicables que les archives dont la divulgation pourrait permettre la conception, la fabrication ou
la localisation d’armes de destruction
massive.
c La loi du 7 messidor an II.
L’esprit de la loi
Avant d’examiner les dispositions particulières de la loi, il convient d’insister
sur son esprit même. La nouvelle loi
renverse en effet le principe qui prévalait jusqu’à présent, celui d’une communicabilité restreinte des archives, pour
y substituer celui de la communicabilité immédiate. Même si, dans les faits,
ce principe connaît certaines limites, il
n’en constitue pas moins un changement
de perspective important et renoue avec
l’esprit de la loi du 7 messidor an II qui
déclarait : « Tout citoyen pourra demander dans tous les dépôts communication
des pièces qu’ils renferment » (article
37).
La loi précédente du 3 janvier 1979, intégrée au Code du patrimoine, instaurait,
en ce qui concerne la communicabilité
des archives publiques, un régime de
délais, avec un délai général de 30 ans
(article 6) et des délais spéciaux allant
de 60 à 150 ans (article 7). La nouvelle
loi affirme au contraire le principe de la
communicabilité « de plein droit » (article 17) et ne maintient certains délais
que « par dérogation » à ce principe.
Ces dispositions, lorsque l’on passe en
revue les divers types d’archives, sont
cependant assez complexes :
Les dossiers de juridictions, les minutes notariales, les actes d’état civil sont
désormais communicables à 75 ans au
lieu de 100 ans. Toutefois la communicabilité des dossiers concernant les
mineurs ou des agressions sexuelles a
été maintenue à 100 ans. Et les actes
de décès (état civil) sont immédiatement
communicables.
Les dossiers comportant des éléments
relatifs à la vie privée sont communicables à 50 ans au lieu de 60 ans, sauf
ceux comportant des informations à caractère médical qui ne le sont que 25
ans après le décès (ou 120 ans après la
naissance, au lieu de 150).
Certains domaines de l’action publique
restent protégés par une communicabilité à 25 ans (relations extérieures, monnaie et crédit public, infractions fiscales
et douanières…) ou 50 ans (défense nationale, sécurité publique…).
Appliquer la loi
Si l’esprit de la loi est clairement celui de
la plus grande ouverture des archives, sa
mise en œuvre peut présenter quelques
difficultés– ainsi pour le délai de 100
ans applicable aux actes concernant les
mineurs : il est souvent difficile de les
distinguer des autres s’ils n’ont pas été
signalés au moment de leur versement.
Dans le cas des minutes notariales et des
registres d’état civil, désormais consultables à 75 ans, les services d’archives
vont devoir faire face par ailleurs à des
versements importants, dont la gestion
risque d’être délicate dans les années à
venir. 
A signaler parmi les autres
dispositions de la nouvelle loi :
la reconnaissance du statut des
archives des intercommunalités,
la légalisation des protocoles
de versements d’archives des
responsables politiques, enfin
le renforcement des sanctions
pénales en cas de détournement
ou de destruction d’archives.
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Brèves
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Entrées
Versements d’archives publiques
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• Service départemental d’information générale : dossiers
collectifs et individuels, ainsi qu’un registre faisant état de
la situation du département en 1945 (4058 W). • Services fiscaux : registres de l’enregistrement pour le
canton de Rouen, 1838-1969 (3 Q).
• Subdivisions de Cany, Saint-Valéry-en-Caux, Fontaine-LeDun : registres des anciens agents voyers (4 S).
• Conseil des Prud’hommes d’Elbeuf : archives anciennes,
registres de jugement, marques déposées, XIXe -XXe (5 U).
• Tribunal de commerce de Rouen : dossiers de sociétés
commerciales et de commerçants radiés, 1958 (4072 W).
• Tribunal d’Instance de Neufchâtel : registre de jugements
de l’ancienne justice de Paix de Saint-Saëns, 1900 ;
jugements civils et de police pour l’ensemble du ressort du
tribunal de Neufchâtel, 1946-1977 (4077 W).
• Prison du Havre : registres d’écrous, 1930-1959 (4090 W).
Archives privées
Les Archive départementales ont pu acquérir un registre de
baptêmes et de mariages de l’église réformée de Rouen à
Petit-Quevilly (1620-1630), un volume de la correspondance
d’Achille Foulquier, orientaliste, voyageur et écrivain
(1820-1870), ainsi qu’une collection d’environ 30 000 cartes
postales anciennes intéressant la Seine-Maritime. Madame
Madeleine Lemonnier a fait don des écrits publiés ou encore
inédits de Léon Lemonnier, angliciste, ainsi que de sa
correspondance.
Au titre de la bibliothèque, on peut noter l’achat de rares
Cronicques de Normandie imprimées à Rouen pour Jean
Burges, libraire, vers 1513. Il est orné de deux gravures
sur bois. Signalons quelques autres acquisitions récentes
qui seront utiles aux chercheurs : L’estuaire de la Seine.
Mémoires, notes et documents pour servir à l’étude de l’estuaire
de la Seine, par Gustave Lennier (Le Havre, 1885, 3 vol.),
l’Histoire de Normandie, depuis les temps les plus reculés
jusqu’à la conquête de l’Angleterre en 1066, par Théodore
Licquet (Rouen, 1835, 2 vol.) ou encore le Nouveau Traité
de Diplomatique, de Dom Toustain et Tassin (Paris chez
Desprez, 1750-1755).
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Nouveaux inventaires
La Seine-Inférieure dans la Seconde Guerre mondiale (19401946) - 51 W : Cabinet du Préfet, 271 W : Services de la
Préfecture, répertoire numérique disponible au prix de 7 €.
D’autres fonds ont été dotés d’instruments de recherche :
les archives publiques : les dossiers et registres du
• pour
cadastre, en complément des plans déjà traités (3 P 1 et
2) ; les archives de la Compagnie Républicaine de Sécurité, CRS 31 pour Darnétal (251 W), CRS 32 pour Sainte
Adresse (272 W) ; les archives communales de Fallencourt
(3 E 117) ; ainsi que de nouveaux fonds de la série H (prieurés Saint-Laurent d’Envermeu et Saint-Pierre d’Eurville,
Pénitents de Neufchâtel et Veules, abbaye de Bival, Annonciades de Fécamp et Rouen, Clarisses et Dominicaines
emmurées de Rouen).
les archives privées : le fonds de l’association des
• Pour
anciens élèves du lycée de Rouen (122 J) ; celui de l’architecte Boucher (161 J) ; le fonds du Mesnil-Gaillard
(242 J) ; des dossiers intéressant le Comité départemental
de Libération provenant d’Yvon Duboc, conseiller municipal à Rouen (244 J). Le chartrier des seigneuries de Dampierre, Marigny et Merval (118 JP), celui du château d’Oissel (260 JP), ont été récolés, ainsi que le fonds Renard, sur
le canal de navigation de Dieppe à l’Oise (262 JP).
À Signaler
•L
e portail intranet en salle de lecture s’est enrichi d’une
nouvelle interface de recherche et de consultation pour
les cartes et plans et les documents iconographiques. La
même opération sera prochainement réalisée pour les
chartes anciennes et les sceaux.
•A
rchivage électronique : la conception d’une plateforme de versement d’archives électroniques est à
l’étude. La Direction des Système d’Information en est
le maître d’œuvre.
Actualité de la recherche universitaire
Le GRHIS (Groupe de Recherche d’Histoire) organise
dans le cadre de ses journées d’études un certain nombre
de colloques dont l’intitulé peut retenir tout spécialement
notre attention, en particulier : « Le tabellionage
Rouennais », le 21 avril 2010, salle F 311, UER de
Lettres, 76130 Mont-Saint-Aignan. Ce colloque se
déroulera dans le cadre du Master Histoire Recherche.
Calendrier
Du 26 avril au 4 novembre 2010. . . . . . . . . . . . . . . .
Exposition « Impressionnistes et photographes : regards croisés ».
Du lundi au vendredi de 9h à 17h30, ainsi que les samedis 5 et 19 juin, 3 et 17 juillet, 7 et 21 août, 4 septembre,
2 et 16 octobre de 9h à 12h. Ouverture exceptionnelle à l’occasion des Journées du Patrimoine les 18 et 19 septembre 2010.
Fermeture au public du 9 au 16 août.
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© David Morganti
Lettre d’information semestrielle
éditée par le Département de Seine-Maritime,
supplément de Seine-Maritime magazine
Directeur de la publication
Philippe Huon
Rédacteur en chef
Vincent Maroteaux
Rédacteur en chef adjoint
Philippe Priol
Crédits photographiques
Didier Tragin, Éric Levêque.
Réalisation
Unité imprimerie du Département
Photo de couverture
Camille Pissarro, Rue de l’Epicerie à Rouen,
effet de soleil, 1898, Metropolitan Museum of Art,
© MMA-dist. RMN.
ISSN : 2102-0868
Tirage : 15 000 ex.
Pour recevoir cette lettre par mail,
inscrivez-vous à l’adresse suivante :
[email protected]
Direction des Archives départementales
Quai Jean Moulin – 76101 Rouen cedex
Tél. : 02 35 03 55 55 – archivesdepartementales76.net