Kenzaburô Ôé - Accueil - Maisons
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Mars 2015 Kenzaburô Ôé IT A R IN T R IVA O P CR E D’ Tous les titres en gras peuvent être empruntés à la bibliothèque municipale Bibliothèque Municipale de Maisons-Laffitte 01.34.93.12.91 [email protected] Kenzaburô Ôé est né en 1935 dans un village de montagne sur l’île de Shikoku, la plus petite des quatre îles principales du Japon, où sa famille avait vécu pendant des siècles. Le village et les forêts qui l’entourent l’inspireront plus tard pour plusieurs de ses œuvres. Après avoir fréquenté une école locale, Ôé est envoyé dans une école secondaire de la ville de Matsuyama. Il entre ensuite à l’université de Tokyo où il étudie la littérature française et reçoit son diplôme en 1959. Sa thèse de fin d’études porte sur l’écrivain français Jean-Paul Sartre. Au cours de ces années, il commence à écrire et à explorer son enfance. Ses premières œuvres parlent de la désorientation provoquée par la capitulation du Japon à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ses autres thèmes favoris sont les marginaux, les exclus et le conflit qui commence à se faire sentir entre les traditions et la culture occidentale moderne. La force productive du jeune Ôé est remarquable : en deux ans il publie dix-sept œuvres dont la plupart sont des nouvelles. Ces ouvrages ont été accueillis avec enthousiasme par le public qui a vu dans leur auteur le porte-parole de la nouvelle génération d’après-guerre. À partir de 1960, parallèlement à son activité d’écrivain, Ôé participe activement aux manifestations antiaméricaines et devient un porte-parole des mouvements anti-nucléaires. L’auteur se marie en 1960. Trois enfants naissent de cette union, dont Hikari qui est né avec une anomalie congénitale du crâne. Lorsque les médecins lui conseillent de le laisser mourir, Ôé refuse. Hikari deviendra plus tard un surdoué de la musique et est considéré aujourd’hui comme l’un des compositeurs les plus célèbres au Japon. Avec intégrité et intransigeance, dans un style imagé et riche en métaphores, Kenzaburô Ôé a fait de son destin personnel un reflet de préoccupations universelles. Contrairement à certaines valeurs de la culture japonaise telles que le renoncement à la vie, la sensibilité aigüe devant la nature éphémère des choses et le goût de perfection dans les détails, l’écrivain met au contraire l’accent sur l’attachement à la vie, la volonté de durer et la recherche tenace d’une vision totale de l’univers. Il amplifie aussi un autre courant de la tradition japonaise enracinée dans la vitalité intarissable du peuple, qui s’exprime à travers le rire mêlé de larmes, la colère doublée de douceur et la détresse accompagnée d’espoir. La vulnérabilité fondamentale de l’homme reste le thème essentiel de tout ce que l’auteur a écrit et reste au cœur des combats qu’il mène depuis toujours. Kenzaburô Ôé a reçu le prix Nobel de littérature en 1994. Le Faste des morts Les trois nouvelles qui composent ce recueil appartiennent à la première période littéraire de Kenzaburô Ôé. Il avait alors une vingtaine d'années, et était à peine plus âgé que les personnages qu'il met en scène. Dans Seventeen, l’auteur reconstitue le mécanisme psychologique d’un jeune terroriste d’extrême droite qui avait assassiné en 1960 le président du Parti socialiste japonais, avant de se donner la mort dans sa prison. Dans Le Faste des morts, deux étudiants effectuent un travail de manutention de cadavres dans la morgue d’une université de médecine. Le Ramier retrace le parcours d’une jeune délinquant envoyé en maison de correction. Ces nouvelles mettent en scène des jeunes gens, peu conventionnels, placés dans des situations critiques et qui subissent la violence sous diverses formes : la mort, la nausée, la mauvaise foi ou la manipulation. Une Affaire personnelle Bird est un homme bizarrement petit et mince, passionné par l’Afrique, par la boisson et par les vagabondages dans un Japon violent dont il connaît les basfonds. Marié très jeune, il n’assume ni son mariage, ni sa paternité difficile puisque son bébé est anormal. Le milieu médical lui suggère même de faire mourir l’enfant. Bird se réfugie alors chez une amie d’enfance qui l’aide et le fait réfléchir sur la vie et la mort. Ils décident finalement d’enlever le bébé pour le faire disparaître mais Bird lui donne un nom et le miracle se produit, l’enfant vivra. À partir d’un événement décisif de sa vie personnelle, la naissance de son fils Hikari, Ôé écrit un très beau roman sur l’itinéraire initiatique d’un jeune homme, empreint d’une grande humanité. La parution de ce livre, où l’écrivain décide de donner à la naissance de son fils handicapé mental une importance non plus seulement privée, mais littéraire, a été accueillie comme un événement qui a renouvelé entièrement le panorama littéraire japonais. ment de la reddition du Japon, à un action politique de dernière chance en chantant la cantate de Bach qui donne le titre à la nouvelle. Ce récit est l’un des plus polémiques et complexes qu’Ôé ait écrit. Dites-nous comment survivre à notre folie Deux frères, Mitsu et Taka, regagnent le village de leur enfance, dans l’île de Shikoku. Mitsu porte une double culpabilité : son bébé est né avec une malformation congénitale qui empêchera son développement intellectuel, et son meilleur ami s’est suicidé. Son frère Taka, après avoir séjourné aux Etats-Unis, où il a fait du théâtre et a eu une activité de militant politique, retrouve dans son village des drames vieux d’un siècle. En 1860, eut lieu en effet une révolte paysanne d’une rare violence qui opposa les villageois aux autorités de la province. Taka est, inconsciemment, le double d’un ancêtre meneur de cette révolte, qui avait lui aussi émigré aux États-Unis. Ôé exploite dans ce roman des éléments autobiographiques tels que la naissance de son fils, sa propre enfance dans le village d’Ose, son passé de militant ainsi que des éléments historiques. Le Jeu du siècle, probablement son œuvre la plus ambitieuse et la plus achevée, met l’accent sur une obsession d’Ôé : son village, microcosme et résumé du monde et de l’histoire. Par sa richesse et son très beau style, ce récit est considéré comme le chef-d’œuvre de l’auteur et fait partie Gibier d’élevage, une des quatre nouvelles de ce recueil, a valu à son auteur le prix Akutagawa, une des récompenses littéraires les plus prestigieuses au Japon. Ce récit envoûtant décrit avec force la violence paysanne en tant de guerre. Il raconte l’histoire d’un soldat noir américain capturé dans un village pendant la Seconde Guerre mondiale. Un lien se crée spontanément entre les enfants du village et le prisonnier, mais ce lien est brutalement interrompu par les adultes soumis aux institutions. L’auteur a vécu cet événement dans son enfance. Un bombardier s’était en effet écrasé près d’une ville voisine. Les habitants avaient capturé le pilote puis l’avaient tué. La mère de Ôé lui avait alors dit : « Si l’avion était tombé ici, nous n’aurions pas tué le soldat ». Dans Agwîî le monstre des nuages, l’écrivain évoque la naissance de son fils Hikari et dans Dites-nous comment survivre à notre folie, il s’attache à décrire le rapport passionnel qui l’unit à son enfant. Il établit en effet avec son fils une relation d’intimité telle qu’il espère partager toutes ses sensations. Enfin, dans Le Jour où Il daignera Lui-même essuyer mes larmes, le père du narrateur, qui est en train d’agoniser dans une chambre d’hôpital, participait, au mo- Le Jeu du siècle des romans majeurs de l’après-guerre au Japon. Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants Pendant la Seconde Guerre mondiale, des enfants se réfugient dans un village de montagne pour fuir les bombardements. Les habitants haïssent ces gamins sortis d'une maison de correction. Le maire souhaite même infléchir leur comportement déviant en éradiquant leur mauvaise graine dès le début, en arrachant « les mauvais bourgeons ». Ils les traitent alors comme des esclaves avant de les abandonner dans ces lieux contaminés par une épidémie. Le romancier décrit ici avec précision et lyrisme la fureur de la guerre. Il écrit : « C’était une époque de tueries. Tel un interminable déluge, la guerre inondait les plis des sentiments humains, les moindres recoins des corps, les forêts, les rues, le ciel, d'une folie collective.» Véritable fable sociale, Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants est aussi un grand roman sur le courage et la quête de la liberté. Une Existence tranquille Pendant l’absence de leurs parents, Mâ, étudiante en littérature française, est chargée de veiller sur ses deux frères, le cadet, Ô, qui se prépare à rentrer à l’université et leur aîné, Eoyore, handicapé mental. Durant huit mois, Mâ relate leur quotidien au Japon, alors que son père est parti avec sa femme, invité comme écrivain en résidence en Californie. Elle tient le journal de leur "existence tranquille" qui mêle quotidien et gestes habituels aux événements qui vont aussi bouleverser la famille. Mâ y décrit avec tendresse les liens forts qui l’unissent à Eoyore, géant lunaire et talentueux compositeur de musique. Dans cette chronique sensible et tendre, parsemée de références cinématographiques et littéraires, l’auteur lutte contre l'exclusion des handicapés mentaux et se positionne en faveur de leur insertion sociale. Adieu, mon livre ! Double littéraire de l’auteur, Chôkô Kogito est un écrivain vieillissant qui a connu beaucoup de succès, a obtenu le Nobel et est père de deux enfants, Mâ’chan et Akari, un fils handicapé passionné de musique. Après un accident, Chôkô Kogito passe sa convalescence avec un ami d'enfance, Tsubaki Shigeru, dans sa résidence secondaire, aux portes de la forêt. Ils échangent tous deux et débattent sur les auteurs qui ont accompagné Chôkô Kogito toute sa vie : Mishima, Céline, T.S. Eliot, Dostoïevski et Beckett. Dans un même temps, les inquiétudes de fin de vie de l’écrivain remontent à la surface, alors qu’il tente de rédiger son ultime roman. Chôkô Kogito essaie de penser la crise que traverse son pays, depuis la catastrophe de Fukushima, en la reliant à la fin de sa propre existence. Comme lui et la civilisation qu'il incarne, le Japon serait-il sur le point de disparaître ?
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