Etude Sia Conseil Transort Regional Europe Nov09
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Etude Sia Conseil Transort Regional Europe Nov09
è LA LETTRE SIA CONSEIL 4 trimestre 2009 INSIGHT ► LIBERALISATION DU TRANSPORT FERROVIAIRE : QUEL MODELE ECONOMIQUE POUR DEVELOPPER SES ACTIVITES DE TRANSPORT FERROVIAIRE REGIONAL EN EUROPE ? L’ouverture à la concurrence du marché des transports ferroviaires régionaux n’est pas encore décidée au niveau européen, du moins pour le trafic domestique*. Néanmoins, le règlement européen d’ « Obligation de Service Public » (OSP), qui va entrer en vigueur le 3 décembre 2009, constituera un premier pas vers cette ouverture : par ce règlement, un Etat n’aura plus le droit d’adopter ou de maintenir une législation nationale qui interdirait l’ouverture à la concurrence du marché du transport ferroviaire régional. Le règlement OSP va permettre aux régions, en tant qu’autorités organisatrices du transport, de faire appel à la concurrence si elles le souhaitent. Certaines régions en Grande-Bretagne, Allemagne ou aux Pays-Bas s’y sont déjà lancées, avant même son l’entrée en vigueur. L’augmentation du trafic – qu’on peut attendre des efforts des pouvoirs publics et de ceux des opérateurs soumis à la concurrence – laisse présager de belles perspectives de croissance pour les transporteurs les plus performants, mais à condition d’établir des modèles économiques solides et adaptés aux spécificités locales. * La directive européenne n° 2007/58 et ses transpositions nationales prévoient l’ouverture à la concurrence en décembre 2009 du transport ferroviaire de voyageurs sur le trafic international seulement (et le cabotage, de manière très encadrée) ; mais aucune date n’est arrêtée pour la libéralisation du marché domestique. Le marché européen est important mais diversement libéralisé Le marché ferroviaire de voyageurs régional et de banlieue européen est un marché très important, représentant plus de 6,8 milliards de voyageurs par an. L’état de l’ouverture du marché est pour l’instant (avant l’échéance de 2010) très différent selon les pays. On peut distinguer 4 principaux stades : Degré d’ouverture Exemples de pays Concurrence généralisée sur le réseau et pour le marché Royaume-Uni (25 opérateurs présents). Network Rail, créé en 2002 pour remplacer Railtrack, attribue les sillons de manière non discriminatoire. Libre accès effectif Allemagne : tout le marché est ouvert aux compétiteurs européens (78 opérateurs présents). La DB représente encore 83.3% du trafic régional. Libre accès inscrit dans la loi mais non effectif Portugal, Italie et de quelques nouveaux États membres. En Italie, le marché est ouvert sous certaines conditions (entreprises italiennes ou étrangère, mais sous des conditions de réciprocité). Marché fermé, monopole ou quasi-monopole Ainsi, en dehors des deux gros marchés que sont l’Allemagne et le Royaume-Uni, la libéralisation du secteur n’en est qu’à ses débuts. Avec l’ouverture progressive à la concurrence, le marché ferroviaire régional européen devrait donc sensiblement évoluer, mais probablement de manière très progressive durant la période transitoire de 10 ans du 1 règlement OSP . Pour certains pays tels que la France, dans un premier temps seules quelques expérimentations devraient avoir lieu dans des régions pilotes. Les entreprises françaises ont une position de leader sur le marché européen voire mondial A coups d’obtention de délégations de service public en France et de croissance externe à l’étranger, les acteurs français du secteur ont su se positionner comme leaders dans le transport collectif en Europe et dans le monde, spécialement pour le transport urbain et inter-urbain. Ces entreprises cherchent aujourd’hui à profiter de la libéralisation du rail pour étendre leur domination et – dans le cas des Groupes RATP et SNCF – faire face à l’arrivée de nouveaux entrants sur leur pré carré historique. France, Espagne, Belgique, Irlande et la plupart des nouveaux États membres. 1 Cette période transitoire pourrait être raccourcie, si la Commission Européenne le préconise dans le rapport qu’elle doit rendre à ce sujet en 2014. S i a è 1 www.sia-conseil.com C o n s e i l C u l t i v e z v o t r e 4 trimestre 2009 e s p r i t d ’ i n d é p e n d a n c e INSIGHT Opérateur français LA LETTRE SIA CONSEIL Présence en Europe EuRailCo (RATP Dév & Transdev) Présent en Allemagne (Mittelrheinbahn, 187 km, 2,6 millons de km.trains) Exploite également 2 lignes en Italie via la participation de RATP Développement dans la Ferroviaria Italiana et une ligne aux Pays-Bas. Les perspectives de cet opérateur, dont les actionnaires mettront fin à leur partenariat industriel avec la fusion Veolia Transport – Transdev, restent à définir… Keolis (détenu à 57% par la SNCF) Implanté en Grande-Bretagne (3504 km de voies exploitées) en Allemagne (Eurobahn, 816 km) et aux Pays-Bas (réseau Syntus, 227 km). Souhaite prioritairement renforcer sa présence en Allemagne et s’implanter en Espagne, sans s’interdire un développement hors Europe (trains de banlieue à Washington). Veolia Transport (groupe Veolia Environnement) Premier exploitant privé de services ferroviaires régionaux en Allemagne (présent dans 9 Länder). Il y exploite également des lignes interrégionales, de banlieue… Présent également aux Pays-Bas, en République tchèque, en Suède et en France (Chemins de fer de Provence). La fusion effective avec Transdev en 2010 augmentera évidemment la présence du nouvel acteur, mais quelques actifs devront 2 probablement être cédés à la RATP. Selon quel modèle économique des opérateurs peuvent-ils se développer dans le transport ferroviaire régional ? De manière générale, le secteur public se caractérise par un risque faible (grâce à la contribution des AO) mais aussi une marge faible (2%). Néanmoins, avant de pouvoir se lancer dans la compétition, chaque acteur devra préciser son propre modèle économique et le bâtir sur la base de : • L’analyse de la demande : quel est le besoin de transport ? Qu’attendent les AO ? • L’analyse de la concurrence, en particulier de l’opérateur national historique, et des partenariats potentiels ; • L’identification des forces et faiblesses de l’opérateur ; • La compréhension des contraintes posées par la législation nationale et par l’AO. La robustesse du modèle économique est d’autant plus importante que la demande et les contraintes sont très disparates selon les réseaux de transport, au sein même d’un pays donné). Le modèle économique conduira l’opérateur à cibler les marchés convoités et à définir son positionnement vis-à-vis des concurrents et partenaires. Toutefois, dans le cas des délégations de service public, le modèle économique est fortement contraint par l’AO, ne serait-ce qu’au travers du type de convention de Délégation de Service Public choisi (gérance, gestion à prix forfaitaire, compensation tarifaire) dont dépend la répartition des risques commercial et industriel entre elle et l’opérateur. Une fois les principes définis dans le modèle économique, un business plan pourra être élaboré, qui détaille les structures de revenus et de coût. Le niveau des revenus découle du taux de remplissage des trains et des termes du contrat de service public Les contrats de délégation de service public encadrent généralement les recettes unitaires que peuvent espérer les opérateurs. Le principal levier d’augmentation des revenus porte donc sur le volume du trafic, formulé ainsi : [trafic global] x [part modale du fer] x [part de marché de l’opérateur] Pour estimer la demande actuelle, l’opérateur historique dispose évidemment d’un avantage sur ses challengers grâce à ses données de comptage, à moins que l’AO ne détaille cette analyse dans son appel d’offres. Un bémol toutefois : généralement ces acteurs ne disposent que d’une estimation de la demande couverte, c'est-à-dire du trafic déjà capté par le réseau de transport collectif. Si on ne dispose pas d’indicateurs de volume sur tous les modes de transport, on peut reconstituer la demande totale actuelle en utilisant des modèles gravitaires, liant le trafic à la population des villes reliées et au coût de transport « généralisé » entre ces villes (coût monétaire, temps de transport, pénibilité,…). L’évolution du trafic total ne peut être évaluée qu’avec une analyse du territoire et de sa dynamique économique (sur des durées de 5 à 10 ans les facteurs démographiques influent relativement peu). La part de cette demande qui pourra être captée par le réseau de transport ferroviaire régional dépend du positionnement visà-vis de la concurrence modale, principalement la voiture individuelle. L’AO et les autres collectivités locales influent d’une part grâce à leurs choix d’investissement dans les routes, à la tarification des stationnements et aux restrictions d’accès aux centres-villes, d’autre part grâce à l’induction de trafic provoquée par l’amélioration de l’offre de transport collectif en 3 termes de desserte , de tarification et de qualité de service. Enfin, il ne faudra pas négliger la concurrence intra-modale, qui peut découler soit de l’absence d’exclusivité dans le contrat, soit de la présence de transporteurs « hors délégation de service public » sur certaines dessertes par cabotage. 3 2 Voir article publié en août 2009 sur le blog Transport de Sia Conseil « Les coulisses du rapprochement entre Transdev et Veolia Transport » Il faudra notamment considérer l’aire d’influence des gares : une étude menée par RFF montre que 85% des voyageurs vont ou viennent d’un point à moins de 10 minutes de la gare, et qu’ils ne sont plus que 5% à plus de 20 minutes. è 2 www.sia-conseil.com S i a C o n s e i l C u l t i v e z v o t r e 4 trimestre 2009 e s p r i t d ’ i n d é p e n d a n c e INSIGHT LA LETTRE SIA CONSEIL Certains services annexes au transport ferroviaire contribuent à l’augmentation du trafic, grâce au « rabattage » vers le réseau de transport collectif qu’ils génèrent : vélos et véhicules en libre-service, dispositifs d’auto-partage, développement de parcs-relais, transport à la demande, taxi collectif. Sans parler des autres modes de transport collectif, dont l’intégration avec le réseau de transport ferroviaire permet une offre véritablement multimodale susceptible d’accroitre le trafic. Les autres services annexes (en gare : Wifi, information touristique,…) ne semblent jouer qu’un rôle marginal dans l’induction de trafic, leur impact se fait plutôt ressentir dans la satisfaction des clients. Par ailleurs, les possibilités d’augmentation du trafic sans modification importante de l’outil de production semblent généralement élevées dans le secteur du transport régional ; à titre d’illustration le taux d’occupation des TER en France ne dépasse pas 20% aujourd’hui, malgré une augmentation du trafic de 60% en 10 ans soutenue par la refonte de l’offre, le remplacement des matériels et la rénovation des voies. La tarification est définie par l’AO mais l’opérateur peut se faire force de proposition dans certains cas, notamment pour aider l’AO à répondre à ses objectifs d’attractivité de l’offre, et donc de fréquentation des trains. Par exemple un yield management « statique » peut être envisagé pour maximiser le remplissage et capter de nouveaux trafics. Une modulation tarifaire à la baisse sur certaines tranches horaires et certains segments de clientèle (ceux qui ont des déplacements non contraints, ce qui exclut les trajets domicile-travail et domicile-étude : clientèle loisirs, retraités,…) peut stimuler une demande nouvelle en période creuse, sans pénaliser les clients abonnés. En pratique 4 cette politique reste rare dans le transport de proximité car elle s’avère difficile à faire accepter par la clientèle. Toutes ces estimations permettent d’estimer le revenu provenant directement des voyageurs. A quoi il convient d’ajouter les revenus versés par l’autorité organisatrice – qui en France représentent les trois quarts environ des revenus des Activités TER ! Ces versements prennent généralement la forme de compensations tarifaires, si des tarifs « sociaux » sont pratiqués, et de contributions d’exploitation, si des lignes structurellement déficitaires sont exploitées. Enfin, si le réseau de transport ferroviaire est intégré dans un système de transport multimodal, la structure de revenus devra tenir compte des règles de répartition des revenus – directs et indirects – et des charges de distribution) entre les opérateurs. 4 Le dispositif période blanche / période bleue de la SNCF en est une version simplifiée ; le principal exemple dans le transport urbain concerne le métro new-yorkais. On entend par « coûts opérationnels » les coûts pour faire circuler les trains et pour entretenir et maintenir le matériel roulant. Ils constituent évidemment la plus grosse charge : Ventilation des coûts du TER (source : SNCF) Comme pour le transport ferroviaire de longue distance et le transport aérien, les leviers d’optimisation de ces coûts semblent limités, et cela d’autant plus qu’ils sont contraints par les exigences des AO : • Les sillons (droit d’utilisation du réseau ferré) sont commandés au gestionnaire d’infrastructure par l’exploitant ou par l’AO. Ce coût est contraint par la desserte voulue par l’AO. • Le matériel roulant appartient soit à l’exploitant (c’est généralement le cas en Allemagne) soit à l’AO (sur le 5 modèle du transport urbain en France ). Remarquons que dans le premier cas, il constitue une barrière à l’entrée majeure pour les nouveaux entrants. • L’entretien et la maintenance du matériel roulant peuvent être réalisés par l’exploitant au sein du réseau, de manière partagée avec des réseaux limitrophes, ou externalisés (les acteurs historiques pourraient mettre à disposition des concurrents leurs propres ateliers de maintenance). Dans tous les cas, la maintenance doit être intégrée à l’exploitation pour maximiser le taux d’utilisation du matériel et sa disponibilité (surtout en période de pointe). • Le personnel affecté à la ligne peut être transféré en cas de changement d’opérateur. L’impact des régimes spécifiques de travail – en termes de productivité et de souplesse – devra être mesuré et comparé aux standards du marché. La distribution constitue un gisement important d’économie Les coûts de distribution représentent la majorité des coûts variables. Dans le secteur du transport et du voyage en général, ils peuvent atteindre un dixième du chiffre d’affaire pour les canaux « traditionnels » de type guichet. Leur importance relative est encore plus importante dans le transport de 5 Daprès le GART, le matériel roulant appartient en 2007 à 82% aux AO (pour les agglomérations de plus de 100 000 habitants) ; ce taux atteint 90% pour les réseaux dotés de TCSP mode lourd. è 3 www.sia-conseil.com S i a Comme souvent dans le transport de voyageurs, les coûts opérationnels semblent difficilement optimisables C o n s e i l C u l t i v e z v o t r e 4 trimestre 2009 e s p r i t d ’ i n d é p e n d a n c e INSIGHT LA LETTRE SIA CONSEIL proximité (urbain, inter-urbain et régional) où le panier d’achat moyen est particulièrement faible. Ces coûts peuvent être optimisés de quatre manières : • En augmentant le panier d’achat moyen : le meilleur moyen consiste à proposer des abonnements attractifs en termes de prix et de « parcours client » ; • En développant des canaux de distribution à bas coût, basés sur les nouvelles technologies et la télébillettique : automates, internet, téléphone NFC,… ; • En externalisant la distribution pour variabiliser les coûts de structure : buralistes, bureaux de poste, etc. ; • En « amortissant » le réseau de distribution détenu en propre : la structure existante peut être utilisée au maximum de sa capacité en distribuant des produits tiers et/ou en l’utilisant autrement (par exemple confier aux guichetiers l’accueil des voyageurs ou des tâches d’escale). De même, le dimensionnement des back-offices vente est à reconsidérer selon le choix d’un traitement internalisé, externalisé ou mutualisé. Toutefois il faudra rester attentif à la faisabilité de ces mesures : les AO peuvent vouloir maintenir les réseaux de distribution existants pour raisons d’emploi local, de présence territoriale et d’accessibilité pour les clientèles fragiles. Coût des systèmes voyageurs : faire jouer les effets d’échelle Les « systèmes voyageurs » (équipements et outils informatiques permettant la distribution des titres de transport et l’information en temps réel des voyageurs) prennent une place grandissante dans l’offre de transport, ils influent non seulement sur les coûts récurrents – comme on l’a vu ci-dessus avec les systèmes de distribution – mais aussi et surtout sur les coûts non récurrents, qu’il ne faut pas négliger lorsque les contrats n’atteignent pas 5 ans. Or les AO sont sensibles aux propositions des opérateurs quant à l’amélioration de ces systèmes. Là, les opérateurs pourront jouer sur les effets d’échelle, en proposant des solutions standard déjà déployées sur d’autres réseaux. Les opérateurs nationaux historiques doivent apprendre à répondre aux appels d’offres internationaux Ainsi, les candidats à l’exploitation de réseaux ferroviaires régionaux devront traiter nombre de questions avant d’arrêter leur modèle économique – pour chaque pays voire chaque réseau – puis construire leur business plan. Ensuite, d’autres tâches les attendent pour répondre aux appels d’offres : • Cadrage et organisation du projet que constitue la réponse à l’appel d’offres (elle peut mobiliser de nombreuses personnes sur plusieurs mois voire une année) ; • Contractualisation des partenariats et alliances ; • Rédaction de la réponse à l’appel d’offres en sollicitant les experts « métiers », financiers et juridiques. Ce mode de travail, s’il est usuel chez les entreprises qui se sont spécialisées dans les délégations de service public, constitue un challenge pour des acteurs ferroviaires qui jusque là n’opéraient qu’en tant que monopole sur leur marché domestique. Ceux-là devront s’approprier ces méthodes et structurer des entités transverses d’expertise métier et d’ « avant vente ». Ils pourront s’inspirer pour cela des organisations déjà mises en place par leurs filiales – s’ils en ont – pour l’obtention de marchés publics de transport urbain et inter-urbain. Fondé en 1999 par Jérôme Miara et Matthieu Courtecuisse, Sia Conseil est un des leaders du conseil indépendant en Stratégie Opérationnelle et Management d’origine française. Ses missions consistent à assister la transformation des entreprises dans tous ses volets : marketing stratégique, production, ressources humaines... Son offre est déclinée dans six secteurs privilégiés : services financiers, energie & utilities, transport & logistique, télécoms & media, secteur public, manufacturing. Ses spécificités reposent sur la maîtrise opérationnelle des métiers de ses clients et sur son indépendance capitalistique et commerciale. Présent en France, au Benelux, en Italie, au Maroc et au Moyen-Orient, Sia Conseil compte 240 consultants de haut niveau intervenant auprès de grands groupes internationaux. I N S I G H T est édité par Sia Conseil SAS au capital de 200.000 euros RCS Paris B 423 507 730 18 boulevard Montmartre 75009 Paris Tel : 01 42 77 76 17 Fax : 01 42 77 76 16 Web : www.sia-conseil.com Blog : http://transport.sia-conseil.com Directeur de la publication : Jérôme Miara Conception et coordination : Bastien Meyer et Arnaud Aymé è 4 www.sia-conseil.com S i a C o n s e i l C u l t i v e z v o t r e 4 trimestre 2009 e s p r i t d ’ i n d é p e n d a n c e