faut-il creer une medical school au luxembourg

Transcription

faut-il creer une medical school au luxembourg
12 septembre 2016
FAUT-IL CREER UNE MEDICAL SCHOOL
AU LUXEMBOURG ?
PAR HENRI ENTRINGER
INTRODUCTION
Selon l’Association luxembourgeoise des étudiants en médecine (ALEM), faire des
études de médecine est devenu de plus en plus difficile pour des résidents du Luxembourg.
S’il n’est pas remédié à cette situation, l’ALEM estime que le Luxembourg sera confronté,
dans un proche avenir, à une pénurie de médecins. Cette appréciation est partagée par
l’Association des médecins et médecins-dentistes (AMMD), tandis que la menace d’une
pénurie de généralistes est contestée par des représentants du ministère de la Santé.
Il existe sans doute plusieurs issues au problème de l’accès de Luxembourgeois aux
Facultés de médecine Ainsi, confirmer et élargir les accords de coopération universitaires
conclus par le Luxembourg avec des autorités d’autres Etats permettant aux étudiants qui ont
réussi la 1ère année de médecine à l’Université du Luxembourg (UL) de passer en 2e année
dans des Facultés de médecine à l’étranger aurait dans cette perspective un effet positif. La
solution préconisée jusqu’à présent par les porte-paroles du milieu médical consiste à créer au
Luxembourg une Medical School (MS). Cette proposition en discussion depuis 2013 en cercle
restreint, comporte indiscutablement des incertitudes et des risques, mais présenterait, de
l’avis de ses protagonistes, pour le Luxembourg d’autres avantages que celui de faire
disparaître des entraves à l’accès aux études en médecine.
A la suite des prises de position de 2013 du professeur Ludwig Neyses de l’UL,
beaucoup de médecins, d’étudiants en médecine et d’autres intervenants du secteur de la santé
ont été convaincus qu’il serait souhaitable, non seulement d’offrir au Luxembourg une 1ère
année de médecine, mais d’y dispenser une formation médicale de base par la création d’une
Medical School dépendant de l’Université du Luxembourg, mais ne constituant pas une
Faculté de médecine.
En 2014, le gouvernement a demandé à l’UL et au cabinet d’audit Deloitte d’évaluer
la faisabilité d’une Luxembourg Medical School (LMS). Ces rapports ont été remis en 2015 au
gouvernement et à la Commission de la Chambre des députés qui, entre autres, s’occupe de
l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Une étude de synthèse est actuellement en cours
d’élaboration par l’UL, avec comme principal objectif de recalculer les coûts du projet. Cette
étude aurait dû être disponible avant la fin de 2015, mais sa présentation a été reportée à l’été
1
2016. Par ailleurs, en 2016 un groupe de travail a été chargé « d’analyser l’opportunité de
l’établissement d’une ou plusieurs formations de spécialisation médicale ».
Initialement il avait aussi été prévu que les autorités se donnent jusqu’à fin 2015 pour
décider soit de créer une LMS, soit de retenir une autre solution facilitant aux étudiants
luxembourgeois de suivre une formation médicale à l’étranger. Toutefois, en septembre 2015,
lors d’une conférence de presse, Marc Hansen, alors Secrétaire d’Etat à l’Enseignement
supérieur et à la Recherche déclarait que la décision ne sera prise qu’au cours du 1 er semestre
2016, étant donné que la coopération avec des universités de la Grande Région soulève des
discussions « complexes » qui exigent davantage de temps. (Marc Hansen a été nommé
ministre délégué à l’Enseignement supérieur et à la Recherche le 18 décembre 2015.)
Le système de santé d’un pays est l’affaire de tous. C’est pourquoi il est hautement
regrettable que les rapports et travaux sur la faisabilité d’une Luxembourg Medical School ne
fassent pas l’objet d’une plus large diffusion.
A part la programmation des activités d’enseignement (curriculum) et la nature des
relations à établir avec des Facultés de médecine d’université, plusieurs textes fournissent des
descriptions sur le fonctionnement envisagé de la LMS. Tel est notamment le cas des procèsverbaux de réunions de la Commission mentionnée de la Chambre des députés. Pour ce qui
est du concept général d’une Medical School, de nombreuses informations se trouvent sur
Internet. En ce qui concerne les comparaisons internationales, nous nous sommes référés aux
indicateurs de l’OCDE, publiés dans l’ouvrage Panorama de la santé.
L’objectif de ce texte est d’examiner de façon impartiale mais critique et dans le
respect des faits le pour et le contre de la création au Luxembourg d’une Medical School.
Selon le précepte de Noam Chomsky, linguiste et philosophe américain, un des grands
intellectuels du XXe siècle, nous estimons qu’en l’occurrence « La méthode correcte, ce n’est
pas d’essayer de persuader les gens qu’on a raison, mais de les obliger à penser par euxmêmes ». Dans cette optique, il importe d’abord et surtout de poser les bonnes questions et de
se méfier des fausses évidences.
Il va de soi qu’au lieu d’une formation médicale de base de six ans, dispensée à la
Luxembourg Medical School, telle que proposée par le Self-Assessment Report de l’UL du 19
octobre 2014, d’autres solutions pourront être envisagées et retenues.
Je tiens à remercier vivement tous ceux qui ont bien voulu me faire part de leurs
observations sur la version provisoire de ce texte. Bien entendu, les opinions exprimées ici
sont de la seule responsabilité de leur auteur.
1. EFFECTIF DES MEDECINS PRATICIENS ET FORMATION MEDICALE AU
LUXEMBOURG
La composition de l’effectif des médecins ainsi que la formation médicale dispensée
au Luxembourg sont des données indispensables dans la perspective d’une connaissance aussi
objective que possible concernant la création éventuelle d’une LMS.
2
1.1 Médecins généralistes et spécialistes, luxembourgeois et étrangers
Le Statec publie annuellement des données sur le nombre des médecins en activité au
Luxembourg, en mentionnant à part les généralistes, les spécialistes et les dentistes. Ces
publications renseignent sur le nombre de médecins praticiens pour 1 000 habitants (sans les
dentistes : 2,9 en 2014). D’autres données dans le domaine de la santé sont régulièrement
communiquées par ce Service (infirmiers et aides-soignants praticiens (9 944 en 2014),
pharmaciens, établissements hospitaliers, lits d’hôpitaux).
Dans les études sur la Démographie médicale, publiées par l’Association
luxembourgeoise des étudiants en médecine (ALEM), un grand nombre d’indications
détaillées est fourni sur la situation en matière de santé. La dernière édition de cette
publication parue en 2011 contient des données dont les plus récentes portent sur l’année
2010. Sur la base de ces données, le tableau suivant expose le nombre des médecins
luxembourgeois et étrangers en 2005 et en 2010.
Médecins luxembourgeois et étrangers en 2005 et en 2010
Année
Méd. lux.
Méd. étr.
Total
% Méd. étr.
2005
2010
1 016
1 109
676
889
1 692
1 998
39,95%
44,49%
Source : Démographie médicale, édition 2011.
Sur une période de 5 ans, la progression des médecins étrangers est considérable.
Parmi les non-Luxembourgeois, les Allemands étaient en 2010 les plus nombreux, suivis de
près des Belges. Les médecins femmes se trouvaient en 2010 très sous-représentées (32%). Le
Rapport général de 2015 sur la Sécurité sociale au Grand-Duché de Luxembourg indique au
31.12.2014 un nombre total de médecins praticiens (y compris les dentistes, mais sans les
médecins administratifs) de 2 081, dont 65,8% d’hommes et 34,2% de femmes.
Le ministère de la Santé publie des données statistiques des médecins praticiens par
nationalité et par spécialité. Le tableau ci-après montre que le nombre des médecins étrangers
exerçant au Luxembourg fin 2014 correspondait pratiquement à celui des médecins
luxembourgeois. Les médecins spécialistes non luxembourgeois et les médecins dentistes non
luxembourgeois dépassaient en 2014 le nombre des médecins luxembourgeois dans ces
catégories. Parmi les généralistes étrangers, les Français étaient en 2014 les plus nombreux
(71), alors que les Allemands (244) occupaient une place prépondérante par rapport aux
médecins spécialistes non luxembourgeois.
Au Luxembourg, le nombre de médecins spécialistes (1 116) atteignait en 2014 plus
du double des généralistes (489).
3
Médecins praticiens* au Luxembourg au 31.12.2014
Spécialités
Luxembourgeois
Autres nationalités
Nombre
%
Nombre
%
%
Médecins généralistes
312
63,80
177
36,20
100
489
Médecins spécialistes
552
49,00
564
51,00
100
1 116
Généralistes et spécialistes
864
53,83
741
46,17
100
1 605
Dentistes
Orthodontie
Chirurgie buccale
193
5
1
42,32
27,77
50,00
263
13
1
57,68
72,23
50,00
100
100
100
456
18
2
1 063
51,08
1 018
48,92
100
2 081
Nombre total des médecins
Total
Nombre
*Médecins prodiguant des soins et des services directement aux patients.
Source : Direction de la Santé – Service des Statistiques.
Le groupe d’experts, chargé par l’UL de se prononcer sur la faisabilité d’une Medical
School, a estimé en 2015 qu’au Luxembourg les besoins annuels correspondent à 100
nouveaux médecins, alors que certains représentants du milieu médical parlent d’un effectif
nécessaire de 100 à 150 médecins par an. Pour que ce chiffre soit vraiment significatif, il
faudrait connaître les besoins par spécialité. En tout cas, il est impossible de prévoir combien
de médecins luxembourgeois resteront à l’étranger après leurs études, ni quel nombre de
médecins étrangers s’installeront au Luxembourg.
Le revenu de différentes catégories de médecins exerce une influence sur le choix
professionnel des bacheliers. Selon le Panorama de la santé 2015 ; (p. 94 et 95), la
rémunération des médecins était au Luxembourg en 2013 nettement plus élevée que le salaire
moyen tous secteurs confondus. D’après le Rapport général de 2015 sur la Sécurité sociale, le
revenu annuel moyen brut des médecins spécialistes s’élevait en 2014 à 342 998 euros, celui
des médecins généralistes à 164 247 euros, et celui des dentistes à 193 868 euros.
1.2 Genres de formation médicale
A l’heure actuelle, les formations médicales sont dispensées au Luxembourg, d’un
côté, par l’Université et de l’autre par les hôpitaux.
Formations organisées par l’UL
Depuis la rentrée 2005-2006, l’UL offre une formation d’une année en Sciences de la
vie qui permet aux étudiants ayant réussi le Certificat d’études supérieures en sciences
médicales de passer en 2e année de médecine, dans les universités avec lesquelles un accord a
été conclu : en Allemagne, en Belgique et en France (voir plus loin : Remèdes à la pénurie de
médecins). Pour être admissibles à cette 1ère année de Sciences de la vie à l’UL, les candidats
doivent répondre à certaines conditions et notamment prouver un bilinguisme français et
4
allemand (sauf s’ils ont passé 10 ans dans l’enseignement luxembourgeois). Le nombre
d’admis est limité à 100, sélectionnés sur dossier, dont en moyenne la moitié réussit tous les
examens.
Cette formation prolonge en quelque sorte les études de l’ancien département des
sciences du Centre universitaire de Luxembourg, qui offrait un enseignement de première
année universitaire pour la médecine, la pharmacie et les sciences exactes et naturelles. (Le
Centre universitaire, créé par la loi du 17 février 1974, comportait 5 départements.)
L’UL dispense par ailleurs une formation spécifique en médecine générale d’une
durée de trois ans, à laquelle pour l’année académique 2015-2016 un groupe de 20 étudiants
au plus, porteurs du grade de master en médecine, sélectionnés sur dossier, a pu participer.
Les moyens financiers pour la formation spécifique de médecins généralistes ont été
augmentés en 2016 de 300 000 euros, qui s’ajoutent à la dotation initiale de 180 000 euros, de
sorte qu’en 2016 un montant de 480 000 euros est alloué par l’Etat à cette action. En 2017, le
financement total de cette formation sera porté à 580 000 euros.
De 2004 à 2015, près de 80 médecins généralistes ont suivi les trois années de cette
formation spécifique.
Formation organisée par des hôpitaux
Le Centre Hospitalier de Luxembourg (CHL) et les Hôpitaux Robert Schuman (nés de
la fusion de l’Hôpital Kirchberg, de la Clinique Zitha, de la Clinique Sainte-Marie et de la
Clinique Dr Bohler) sont engagés dans la formation d’étudiants en médecine ainsi que de
médecins en voie de spécialisation.
Selon le rapport annuel 2014 : « Le CHL a développé des relations avec des
universités belges, allemandes et françaises, recevant des étudiants en médecine de ces trois
pays, à partir de leur 1ère année d’études. Le CHL est reconnu hôpital de formation
(Akademisches Lehrkrankenhaus) par l’Université de la Sarre, ce qui permet aux étudiants en
médecine de 6e année de cette université de faire leur année de formation pratique et théorique
au CHL ».
Les Hôpitaux Robert Schuman offrent une formation médicale analogue à celle du
CHL. « Un partenariat académique et clinique étroit existe avec la Faculté de Médecine de
Mannheim qui dépend de l’Université de Heidelberg, dont l’Hôpital Kirchberg est un des
hôpitaux académiques accrédités (Akademisches Lehrkrankenhaus) ». Selon le rapport
d’activité 2014 : « Une vingtaine de médecins de l’Hôpital Kirchberg sont accrédités comme
maître de stage par différentes universités (Université du Luxembourg, Université de
Heidelberg, Université de Düsseldorf, Université de la Sarre, Université de Nancy). Cet
engagement est soutenu par des conventions de stage signées avec différentes universités,
comme Strasbourg ou Paris VI ».
L’activité d’enseignement médical constitue une reconnaissance de la qualification et
de l’expérience des hôpitaux luxembourgeois concernés, ce qui ne signifie pas qu’ils
répondent aux caractéristiques d’un hôpital universitaire.
5
Parmi les autres hôpitaux qui pourraient contribuer à la formation d’étudiants en
médecine, bien que n’étant actuellement pas des hôpitaux de formation, il y a le Centre
Hospitalier Emile Mayrisch (CHEM) à Esch-sur-Alzette, qui a fusionné avec l’Hôpital de la
Ville de Dudelange et l’Hôpital Princesse Marie-Astrid de Niederkorn, ainsi que le Centre
Hospitalier du Nord (CHdN), ayant un site à Ettelbrück (ancien Hôpital St Louis) et un site à
Wiltz (ancienne Clinique Saint-Joseph). Il est prévu qu’un nouveau Centre hospitalier du Sud
(Südspidol) remplace en 2022 le CHEM. Le projet présenté par le bureau d’architectes
autrichien Albert Wimmer ZT-GmH a été retenu par le jury en octobre 2015. Dans cet hôpital
des salles de formation sont prévues pour les étudiants. Selon le directeur du CHEM, le
Südspidol ne sera pas un hôpital universitaire, malgré la très grande proximité de l’UL (voir
Revue de presse du journal Le Quotidien du 23 octobre 2015).
Enfin, un certain nombre de médecins luxembourgeois donnent des cours dans des
Facultés de médecine à l’étranger.
Est-ce que, dans l’hypothèse de la création d’une LMS, les Centres hospitaliers qui
exercent actuellement la mission d’hôpital de formation vont devenir des Centres hospitaliers
universitaires ? Ce qui ne signifierait sûrement pas qu’ils seront transformés en un service de
l’UL, mais qu’ils seront liés à l’Université par une convention. Celle-ci porterait sans doute
sur les instances de décision, le statut du corps médical concerné par la LMS, la gestion et la
rémunération des médecins hospitaliers.
2. LE PROJET D’UNE LUXEMBOURG MEDICAL SCHOOL
Qu’est-ce qu’on entend par Medical School ? Quelle est l’origine et quelles sont les
caractéristiques de la Luxembourg Medical School, envisagée depuis 2013 jusqu’à
aujourd’hui (août 2016).
2.1 Les principales catégories de Medical Schools
Le terme de Medical School (MS) désigne des établissements de formation médicale
dont l’enseignement aboutit – sauf exception – au titre de médecin. Ainsi les statistiques du
World Health Report 2006 mentionnent pour les pays possédant le plus de Medical Schools,
un total de 1 935 (par exemple : France 46 ; Allemagne 36 ; Royaume-Uni 29). En septembre
2014, l’International Medical Education Directory retient 2 409 « recognized and operational
medical schools in 180 countries ».
La directive modifiée du Parlement européen et du Conseil du 7 septembre 2005
relative à la reconnaissance des qualifications professionnelles, dont le délai de transposition
avait été fixé au 18 janvier 2016, indique à l’article 24, paragraphe 2, 1er alinéa :
« La formation médicale de base comprend au total au moins cinq années d’études, qui
peuvent également être exprimées en crédits ECTS équivalents, et au moins 5 500 heures
d’enseignement théorique et pratique dispensées dans une université ou sous la surveillance
d’une université. »
6
Le paragraphe 3 de cet article énumère les connaissances et compétences dont la
formation médicale de base devra garantir l’acquisition. Les articles 25, 26 et 27 de cette
directive portent sur la formation, les titres de formation et les droits acquis spécifiques des
médecins spécialistes.
Le concept de Medical School correspond généralement à une Faculté de médecine
d’une université, même si le programme des études diffère sur certains points. On peut classer
les MS en trois principales catégories :
Medical Schools qui sont des Facultés de médecine d’une université
Aux Etats-Unis d’Amérique, les Medical Schools correspondent aux Facultés de
médecine telles qu’on les connaît en Europe : les études qui y sont faites conduisent au grade
de Medical Doctor (MD). En ce qui concerne, par exemple, la Harvard Medical School
(HMS), ni le programme, ni la procédure de recrutement, ni le statut des enseignants ne
ressemblent à ce qui est prévu au Luxembourg. La première et la deuxième année d’études y
portent sur la formation scientifique de base.
Au Royaume-Uni, à l’Université de Cambridge l’enseignement médical a lieu dans la
School of Clinical Medicine. Les étudiants suivent d’abord un « Pre-Clinical Course », avant
de participer au programme « Clinical Course, based at the Cambridge University Teaching
Hospitals ». La formation à la Medical School Oxford comporte un « three-year pre-clinical
stage », suivi d’un « three-year clinical stage ».
A la Manchester Medical School, où Ludwig Neyses, actuellement vice-recteur de la
recherche à l’UL, était professeur avant de venir à Luxembourg: « A wide variety of teaching
and learning methods are used but the key Manchester approach is the study of clinical cases
in small groups. This is supported throughout the course by lectures, practical classes
(including anatomy dissection) and clinical experience. » Ainsi, une grande importance est
accordée à la formation médicale au chevet du malade dans des « teaching hospitals ». Cela
ne signifie nullement que d’autres approches, tels que les cours et les travaux pratiques soient
négligés, car l’enseignement porte aussi sur « the foundations of the biological, social,
behavioural and clinical sciences underpinning medicine ».
En Suisse, ce sont les Facultés de médecine qui, en collaboration avec les hôpitaux
universitaires, assurent la formation des futurs médecins.
La European Medical School Oldenburg-Groningen, qui fait partie de la Fakultät VI :
Medizin und Gesundheitswissenschaften, créée en juillet 2012 auprès de l’Université
Oldenburg constitue un projet de coopération – jusqu’à présent unique en Europe – entre
l’Université allemande d’Oldenburg et l’université néerlandaise de Groningen. La formation
médicale, orientée vers la pratique et basée sur la recherche, s’adresse annuellement à 40
étudiants (plus de 1 000 candidats dès le début) et dure six ans, dont au moins un an à
Groningen. Le cycle d’études se termine en Allemagne par le Staatsexamen. Ce modèle se
caractérise par des conditions d’admission beaucoup moins strictes ; un curriculum
transfrontalier ; des contacts très tôt avec les patients ; une contribution de médecins par des
7
exposés sur leur spécialité (« Patientenvorlesungen ») ; des frais d’inscription plus élevés que
ceux demandés normalement par une université.
En Allemagne, l’université privée de Witten-Herdecke a une Faculté de médecine
(Modellstudiengang Medizin) de très bonne réputation, dont les frais d’inscription pour
l’ensemble des études de 5 ans, plus 1 année de pratique, s’élèvent à 46 200 euros.
Medical Schools qui forment des médecins sans constituer une Faculté de médecine
d’une université
En Autriche, l’université médicale privée Paracelsus à Salzbourg ne constitue pas une
Faculté de médecine d’une université.
Quant à l’Allemagne, on y trouve plusieurs Medical Schools privées, dont le diplôme
donne droit à l’exercice de la médecine.
- La Kassel School of Medicine (KSM) collabore avec l’University of Southampton. Les
études de 5 ans se déroulent pendant 2 ans à Southampton (université et hôpitaux) et à partir
de la 3e année à Kassel. La formation se fait en allemand et en anglais. Une grande proximité
avec les patients et les enseignants est recherchée au moyen de petits groupes d’étudiants.
- Asklepios Medical School à Hambourg (Asklepios Campus Hamburg – ACH) a été créée en
2008 par les « Asklepios Kliniken GmbH », en coopération avec la « Semmelweis
Universität » de Budapest. Les étudiants acquièrent les connaissances de base nécessaires à la
pratique médicale à Budapest et suivent les « semestres cliniques » à Hambourg en petits
groupes (50 à 60 étudiants). Les études de 5 ans se font en langue allemande.
- La Paracelsus Medical University à Nurenberg (Nürnberger Modell). L’admission se fait
sur tests. Le programme de 5 ans se définit par l’étude en même temps de « pre-clinical and
clinical topics ». Cet établissement confère le titre de Dr.med.univ., reconnu dans les pays de
l’Union européenne.
Alors que les étudiants de la Kassel School of Medicine et de la Asklepios Medical
School à Hambourg suivent pendant deux ans des cours d’universités situées à l’étranger,
ceux de la Paracelsus Medical University sont formés en biologie, physique et chimie par du
personnel de la Technische Hochschule Nürnberg (qui n’est pas une Fachhochschule).
Seulement deux professeurs d’université sont chargés d’enseigner, l’un l’anatomie, l’autre la
physiologie. Selon un texte publié le 23 mars 2014 sur Internet, le deutsche Medezinische
Fakultätentag (MFT), l’Association des hôpitaux universitaires ainsi que la Conférence des
recteurs d’université critiquent violemment la formation offerte par ParacelsusPrivatuniversität ». Sur demande de la Österreichische Agentur für Qualitätssicherung (AQ
Austria), des professeurs de médecine ont évalué la formation selon le Nürnberger Modell ;
leur avis a été négatif. « Lediglich ein studentischer Gutachter war mit dem neuen Angebot
einverstanden. AQ Austria setzte sich in ihrem Endbericht von Anfang dieser Woche über die
Bedenken der Fachguthaber hinweg und verpflichtet diese sogar zum Schweigen.
8
Au sujet des Medical Schools privées, qui sont des succursales d’établissements
étrangers, la vice-présidente de la Hochschulrektorenkonferenz für Hochschulmedizin und
Gesundheit, Eleonore Weber, dit : « Die Qualitätssicherung und die Wissenschaftlichkeit des
Medizinstudiums sind für uns von herausragender Bedeutung. Dazu muss der wechselseitige
Austausch von Forschung, Lehre und Praxis gewährleistet sein. »
- La Medizinische Hochschule Brandenburg (MHB) a été fondée en juillet 2014 ; les études y
ont une durée de 6 ans et 3 mois (frais d’inscription pour l’ensemble des études : 115 000
euros).
Medical Schools qui ne forment pas de médecins mais d’autres professionnels de la santé
En Allemagne la Medical School Hamburg comprend une Fakultät GesundheitFachhochschule qui forme, entre autres, des master en « Sportpsychologie » et une Fakultät
Humanwissenschaften-Wissenschaftliche Hochschule qui délivre des diplômes de master,
entre autres, en « Medizinpädagogik » et en « Rechtspsychologie ». Mais cet établissement ne
forme pas de médecins.
2.2 Proposition de créer une Luxembourg Medical School
Déjà au début de 2010, Rudi Balling, le directeur du Luxembourg Centre for Systems
Biomedicine (LCSB) déclarait que dans environ dix ans la création au Luxembourg d’une
Faculté universitaire de médecine sera indispensable (voir Luxemburger Wort du 9 janvier
2010). Ce propos téméraire n’a alors pas retenu l’attention des milieux concernés.
Le 16 mars 2013, le Conseil de gouvernance de l’UL a reçu Ludwig Neyses,
nouvellement nommé professeur, en vue d’écouter sa présentation sur la « Médecine ». Le 29
juin 2013, Ludwig Neyses a exposé devant cet organisme une étude de faisabilité sur la
possible création d’une Ecole de médecine à l’Université du Luxembourg (voir page 9 du
Rapport d’activités 2013 de l’UL). C’est dans ce contexte que la perspective de créer au
Luxembourg une Medical School a été pour la première fois évoquée. Le 29 juin 2013 peut
donc être considéré comme la date de naissance de l’idée de créer au Luxembourg une
Medical School.
Plans quadriennaux, contrats d’établissement et programme gouvernemental 2013-2018
Pour comprendre l’évolution intervenue au sujet de la Medical School, il faut se
référer aux Plans quadriennaux de l’UL, adoptés par son Conseil de gouvernance et aux
Contrats d’établissement arrêtés entre l’Etat et l’Université, sur la base des propositions des
Plans quadriennaux.
Le Contrat d’établissement entre l’Etat et l’Université pour 2010 à 2013, signé le 28
janvier 2010, précise qu’à la demande du gouvernement l’Université étudiera l’éventuelle
mise en place d’un dispositif de formation pour la médecine et certaines professions de santé
(page 4/7).
9
Le Plan quadriennal, élaboré par l’UL pour 2014 à 2017, approuvé par le Conseil de
gouvernance le 16 novembre 2013, considère qu’une Ecole de médecine (School of Medicine)
est une priorité nationale (page 12). Il y est dit que l’UL organisera un programme de
médecine au niveau de bachelor. Dans la suite, un master pour la formation clinique sera
proposé, en partie avec des universités partenaires. Ce texte souligne qu’il s’agit
éventuellement d’un projet très coûteux.
Le Contrat d’établissement entre l’Etat et l’Université pour la période 2014 à 2017,
approuvé le 8 avril 2014 compte tenu du Plan quadriennal de l’UL du 16 novembre 2013,
annonce que « la mise en place d’une formation en médecine est explorée davantage jusqu’à
l’échéance à l’automne 2015. Le cas échéant, sur avenant au présent contrat contenant les
moyens à prévoir, l’Université met en œuvre une Medical School à partir de la rentrée
académique 2017/2018 » (page 4/8). C’est la première fois que le terme de Medical School est
employé dans un document officiel du gouvernement.
Lors de sa réunion du 14 mars 2016, le ministre délégué a informé la Commission de
la Chambre des députés concernée par l’Enseignement supérieur et la Recherche « que la
question de la Luxembourg Medical School (formation de base de 6 ans) ou d’un modèle
alternatif en partenariat (entre la formation actuelle d’un an et celle de six ans) doit être
abordée en vue du Contrat d’établissement pour la période 2018-2021. Actuellement, des
études sont en cours. Une coopération renforcée avec une ou plusieurs universités de la
Grande Région a été favorisée par les députés des différents partis lors de la réunion du 16
mars 2015. Les conclusions de ces études devraient être présentées au cours de l’été 2016 ».
Avant la signature, le 8 avril 2014, du Contrat d’établissement 2014 à 2017, le
Programme 2013-2018 du gouvernement Bettel-Schneider, rendu public le 10 décembre
2013, fournit les indications suivantes sur la formation médicale :
« Le Gouvernement étudiera l’opportunité d’une extension de la formation
universitaire médicale à l’Université du Luxembourg ou alternativement la mise en place
d’une collaboration plus intensive avec une ou des universités de la région jouissant d’une
excellente réputation dans ce secteur. Le Gouvernement développera la formation
postuniversitaire des médecins généralistes et l’intégrera dans le cursus de l’Université du
Luxembourg. »
Rapports sur la faisabilité d’une Luxembourg Medical School
En mars 2014, le gouvernement chargea l’UL et le cabinet d’audit Deloitte d’évaluer
la faisabilité d’une Luxembourg Medical School (LMS).
Les deux études sur la possible création d’une Medical School furent présentées en
mars 2015 à la Commission de la Chambre des députés compétente en cette matière. Au cours
de deux réunions de cette Commission – les 16 et 30 mars 2015 – la mise en place éventuelle
d’une formation en médecine à l’UL a fait l’objet d’un échange de vues.
Lors de la réunion du 16 mars 2015 de la Commission en question, le Secrétaire d’Etat
à l’Enseignement supérieur et à la Recherche a exposé les points essentiels des deux études
10
effectuées sur demande du gouvernement. Il est à ce sujet précisé que le modèle de la LMS,
retenu pour les deux études, « offrait une formation de base en médecine d’une durée de six
ans, comprenant un programme de bachelor de trois ans et un programme de master de trois
ans. Il s’agirait d’une formation centrée sur la pratique, qui serait organisée en collaboration
étroite avec des partenaires hospitaliers. Elle accueillerait quelque 50 étudiants par année,
parmi lesquels devraient se trouver, en vertu du projet soumis à l’AAQ, 70% de résidents et
30% de non-résidents. Or, étant donné que de tels quotas présidant à l’admission à des
programmes de l’enseignement supérieur public sont de plus en plus remis en cause au niveau
européen et que, selon les prévisions, ils devront être abandonnés fin 2016, cette dernière
disposition n’est plus viable. Il en résulte que la LMS n’aurait pas pour seule ou principale
vocation de garantir l’accès aux études de médecine à des résidents et de parer ainsi au besoin
de médecins du Luxembourg ».
Le rapport, Feasibility Study of a Medical School réalisé par l’agence suisse AAQ
(Agentur für Akkreditierung und Qualitätssicherung), sur demande et en collaboration avec
l’Université du Luxembourg, avait pour but d’évaluer la faisabilité de la mise en place d’une
LMS. En novembre 2014, l’AAQ faisait une visite d’expertise de trois jours au Luxembourg.
Selon cette étude, qui peut être consultée sur Internet, le Luxembourg est en mesure
d’organiser une formation de qualité en médecine. Suivant l’AAQ, en 2026, quand la LMS
aura atteint son rythme de croisière, le coût d’une formation de six ans s’élèverait à 300 000
euros par étudiant et à un coût annuel total de 30 à 35 millions d’euros.
La deuxième étude, effectuée par le cabinet d’audit Deloitte, en collaboration avec le
ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, le ministère de la Santé et le
ministère de l’Economie, est intitulée Opportunities and Risks Analysis of the Creation of a
Luxembourg Medical School. Elle porte sur l’analyse socioéconomique, évaluant l’impact
potentiel d’une LMS sur le secteur de la santé, le domaine de la biotechnologie et de la
technologie médicale ainsi que sur le développement économique. Cette étude conclut, d’un
côté que la LMS représenterait une opportunité pour le Luxembourg et de l’autre que le projet
comporte des risques et que son potentiel de bénéfice socioéconomique n’est pas établi. Les
experts de Deloitte recommandent d’examiner des modèles alternatifs à la LMS, par exemple,
une coopération avec d’autres universités.
Finalement, le Secrétaire d’Etat a estimé qu’il convient d’effectuer une nouvelle
évaluation financière plus détaillée et d’examiner d’éventuelles solutions alternatives
(collaboration renforcée avec une ou plusieurs autres universités ; offre d’une formation
spécialisée plutôt qu’une formation de base). Ces investigations supplémentaires auraient dû
être disponibles fin 2015 – début 2016.
L’échange de vues des députés qui a eu lieu après cette intervention ne faisait pas
preuve d’enthousiasme pour une LMS mais exprimait beaucoup de scepticisme. Parmi les
questions abordées, mentionnons les conséquences de l’abandon du système des quotas ; les
besoins en médecins ; l’approfondissement des solutions alternatives ; les spécialisations
acquises à l’étranger ; la rémunération et la qualification pédagogique des médecins du milieu
11
hospitalier ; un réexamen du coût de la formation ; l’exigence d’assurer la qualité, voire
l’excellence d’une éventuelle formation en médecine par l’Université du Luxembourg.
A l’occasion de sa réunion du 30 mars 2015, la Commission ayant, entre autres, dans
ses attributions l’Enseignement supérieur et la Recherche a poursuivi l’échange de vues,
commencé le 2 mars 2015, sur l’UL avec Rainer Klump, recteur de l’Université. Très peu
d’attention a en l’occurrence été accordée aux problèmes que soulèverait la création d’une
Medical School au Luxembourg. Au sujet du coût annuel qui résulterait d’une telle décision,
le recteur s’est demandé : « L’Université ne serait-elle alors pas inéluctablement amenée à
recentrer ses priorités et à réduire les moyens mis à la disposition d’autres domaines ? » Enfin,
au dire du recteur, il faudrait en tout état de cause éviter, si l’on optait finalement pour la
création d’une LMS, « que celle-ci change radicalement le caractère de l’Université et la
transforme quasiment en école supérieure médicale (medizinische Hochschule) ».
En mai 2015, un groupe de travail a été créé, présidé par un représentant de l’UL, en
vue de recalculer les frais de la LMS et d’examiner d’éventuelles solutions alternatives avec
des universités étrangères.
Au cours de la réunion du 21 septembre 2015 de la Commission compétente de la
Chambre des députés, Marc Hansen a déclaré qu’il « entend tirer en mai/juin 2016 les
conclusions des réflexions menées autour de l’opportunité de mettre en place une Medical
School au Luxembourg… » et lors de la réunion du 21 octobre 2015 de cette Commission, il a
précisé que la présentation de l’étude sur l’opportunité de créer une Luxembourg Medical
School est prévue pour les mois de mai ou juin 2016.
Particularités d’une Luxembourg Medical School
Ni l’association des médecins, ni celle des étudiants en médecine, ni l’Université du
Luxembourg, ni le gouvernement n’avaient proposé la création d’une Luxembourg Medical
School avant le discours en faveur de cette idée du professeur Ludwig Neyses.
Il va de soi que la valeur de l’enseignement dispensé à la LMS dépendrait de la
qualification du personnel chargé de la formation des futurs médecins et donc de la
coopération avec les Facultés de médecine de renom. En ce qui concerne la politique de
recrutement du personnel enseignant, le Conseil exécutif du World Federation for Medical
Education (WFMF), dans sa préface sur les Global Standards in Medical Education de juin
2001, dit à propos du « basic standard » :
« The medical school must have a staff recruitment policy which outlines the type,
responsibilities and balance of academic staff required to deliver the curriculum adequately,
including the balance between medical and non-medical academic staff, and between fulltime and part-time staff, the responsibilities of which must be explicitly specified and
monitored. »
La véritable caractéristique de la Medical School à la luxembourgeoise consiste dans
le fait que la formation médicale est principalement dispensée par du personnel ne faisant pas
partie du corps professoral d’une université. Il est assez surprenant que cette idée soit
12
défendue par l’UL. Les autres spécificités du modèle luxembourgeois sont celles déjà
préconisées par l’Américain Abraham Flexner dans un rapport de 1910 intitulé Medical
Education in the United States and Canada et qui sont depuis 1984 régulièrement
développées par le World Federation of Medical Education. (Flexner souligne l’intérêt de
groupes restreints, le « hands-on teaching » et le « learning by doing » ; les Global Standards
de la WFMF indiquent, entre autres, « Every student should have early patient contact leading
to participation in patient care ».)
D’après les données disponibles, la LMS envisagée se caractériserait surtout par :
- une formation médicale de base de six ans, sous l’autonomie académique de l’UL, mais ne
constituant pas une Faculté de médecine ;
- un nombre annuel très limité d’étudiants (environ 25 au cours de la 1ère année académique,
ultérieurement quelque 50) ;
- des critères d’admission adaptés aux particularités luxembourgeoises ;
- au début seulement peu de personnel académique avec contrat à plein temps, pour enseigner
des sciences fondamentales ainsi qu’en vue d’assumer la coordination des études et de la
recherche ;
- une formation clinique principalement assurée à temps partiel par des médecins du milieu
hospitalier ;
- des accords de coopération avec des universités de renom ;
- la recherche entreprise par du personnel académique ;
- des stages cliniques des étudiants à l’étranger d’un minimum de 12 mois ;
- l’établissement de contacts directs des étudiants avec des patients des hôpitaux (« BedsideTeaching ») et une grande proximité avec les enseignants ;
- un programme organisé dans les trois langues officielles de l’UL, à savoir l’allemand, le
français et l’anglais ;
- une offre de cours en luxembourgeois pour les étudiants étrangers.
Les critères d’admission à la LMS seraient vraisemblablement beaucoup moins
sévères que les examens ou concours d’entrée à passer dans les Facultés de médecine. En
revanche, les frais d’inscription seraient sans aucun doute considérablement moins élevés que
ceux demandés par les Medical Schools privées en Allemagne.
Pour ce qui est de la conception et du fonctionnement de la LMS, deux comités sont
mentionnés dans le rapport du groupe d’experts qui a examiné la faisabilité d’une LMS.
13
- Le Comité exécutif, présidé par Ludwig Neyses, dont les membres sont nommés par l’UL.
Aucun médecin luxembourgeois ne fait partie de ce comité qui prend les décisions les plus
importantes concernant la mise en place de la LMS.
- Le Comité de pilotage, qui comprend les acteurs et partenaires du système de santé
luxembourgeois (à titre d’exemple : le Collège médical, la Patientevertriedung, des
représentants des principaux ministères concernés…). Ce Comité conseille le Comité exécutif
et émet des avis sur toutes les affaires ayant trait à la LMS.
La LMS, telle qu’elle est conçue, ne peut aucunement être comparée aux MS
américaines et britanniques, qui sont des Facultés de médecine d’universités, dont
l’enseignement est principalement dispensé par du personnel académique, sélectionné selon
des critères exigeants. Pourtant, pour faire accepter le projet d’une LMS, plusieurs de ses
défenseurs donnent l’impression de s’inspirer des MS d’Oxford ou de Cambridge. D’aucuns
osent même se référer à Harvard.
Etant donné que le vice-président de la recherche, le directeur du LCSB et le recteur
de l’UL sont des anciens professeurs allemands et que leur rôle est capital concernant la
création éventuelle d’une LMS, il est étonnant que les Medical Schools existant en Allemagne
et qui ne constituent pas une Faculté de médecine d’une université n’aient pas été
mentionnées dans leurs analyses.
3. AVANTAGES ATTENDUS ET RISQUES ENCOURUS PAR LA CREATION DE
LA LUXEMBOURG MEDICAL SCHOOL
Les deux sections qui suivent portent sur les thématiques considérées comme décisives
lorsqu’il s’agit de se prononcer pour ou contre une LMS.
3.1 Arguments en faveur d’une Medical School au Luxembourg
Suite à la prise de position en 2013 du professeur Ludwig Neyses, les Comités des
associations des professions de la santé se sont progressivement prononcés en faveur d’une
formation médicale de base au Luxembourg. Cela ne permet évidemment pas de connaître le
pourcentage des membres de ces associations qui approuve cette opinion. Ainsi, d’après une
enquête, réalisée en 2013 par l’Association luxembourgeoise des étudiants en médecine
auprès d’étudiants en médecine et d’élèves des classes terminales du secondaire, demandant si
ceux-ci étaient disposés à faire des études de médecine complètes ou en grande partie au
Luxembourg, des 159 étudiants en médecine ayant répondu, 64% ont déclaré préférer étudier
à l’étranger. En revanche, une majorité des 100 élèves ayant participé à l’enquête, à savoir
66%, ont exprimé leur préférence pour étudier la médecine au Luxembourg. Les trois
principales raisons du choix pour l’étranger ont été : l’autonomie ; le prestige de l’Université ;
les difficultés du passage à une université à l’étranger, après la 1ère année à l’Université du
Luxembourg. Les arguments prédominants en faveur du Luxembourg ont été : l’avantage
financier et l’environnement familier (source : Studie zur Gründung einer Medical School in
Luxemburg, 29.08.2013, ALEM).
14
On trouvera ci-après l’énumération des arguments généralement avancés pour justifier
la création d’un établissement de formation médicale de base au Luxembourg. Dans ce
contexte, il convient de signaler :
- l’étude Feasability Study of a Medical School, University of Luxembourg, realisée par
l’agence suisse d’accréditation et d’assurance qualité, AAQ, Expert Group’s Report,
12.02.2015 ;
- Sébastien Rinaldetti, Luxembourg Medical School – Was man über dieses Projekt wissen
muss !, article paru dans De Bistouri – Edition 2, 2015;
- Ludwig Neyses et cinq autres professeurs de l’UL, Luxembourg Medical School – A Novel
Concept for Old and Future Problems, uni.lu, mars 2015;
- l’étude Une « medical school » au Luxembourg?, publiée en mars 2016 par la Fondation
IDEA, qui est un laboratoire d’idées autonome, créée à l’initiative de la Chambre de
Commerce.
Ces quatre documents peuvent être consultés sur Internet.
Remèdes à la pénurie de médecins
L’Association luxembourgeoise des étudiants en médecine voit dans la création de la
LMS l’avantage d’éviter aux Luxembourgeois, désireux de faire des études de médecine, les
difficultés d’admission dans les universités à l’étranger. De l’avis de cette Association, ainsi
que de celui de l’Association des médecins et médecins-dentistes (AMMD), cette décision
permettrait d’éviter la pénurie de médecins au Luxembourg qu’elles attendent à partir des
années 2020. Parmi les arguments étayant la thèse du manque futur de généralistes, on
évoque : l’augmentation de la population ; le grand nombre de médecins qui partent à la
retraite ; le vieillissement de la population entraînant des besoins médicaux croissants (selon
les projections d’Eurostat, la population du Luxembourg de 65 ans et plus passera de 14,2%
en 2015 à 21,8% en 2060). Comme autres considérations qui vont dans ce sens, il y a le fait
que la nouvelle génération de médecins est moins disposée à renoncer à la qualité de vie au
profit de l’activité professionnelle. Il convient de mentionner aussi l’effectif croissant de
femmes dans le corps médical, dont les obligations familiales réduisent souvent le nombre
d’heures pouvant être prestées. On pense que l’existence de la LMS encouragerait les
Luxembourgeois établis à l’étranger à revenir au pays. Rappelons que les besoins annuels de
nouveaux médecins ont été estimés à 100 par l’agence AAQ. Selon le Centre de
documentation et d’information sur l’enseignement supérieur (CEDIES), le nombre des
étudiants en médecine et en médecine dentaire résidents au Luxembourg s’élevait au cours de
l’année académique 2014/2015 à 1100.
Pour les étudiants ayant réussi la 1ère année de médecine à l’UL, 59 places avaient été
attribuées en 2013, permettant de passer en 2e année dans les universités partenaires : 34 en
France ; 15 en Belgique ; 10 en Allemagne. Pour ce qui est de la Belgique, il avait été
initialement prévu que cet accord ne soit plus valable à partir de 2015. En ce qui concerne
15
l’Autriche, la procédure d’admission aux universités de médecine qui assimile les étudiants
luxembourgeois aux étudiants autrichiens expire à partir de l’année académique 2016-2017.
Le 21 septembre 2015, Marc Hansen a informé les membres de la Commission
concernée de la Chambre des députés que pour l’année académique 2015/2016 les étudiants
ayant réussi leur première année à l’UL pourront poursuivre leurs études en 2 e année de
médecine en Belgique. Pour ce qui est de l’Autriche, le régime préférentiel dont bénéficient
les étudiants luxembourgeois en médecine est resté en vigueur en 2015-2016.
Le 25 août 2015, l’Association luxembourgeoise des étudiants en médecine a écrit au
ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche au sujet de l’« inaccessibilité
croissante des études en médecine à l’étranger ». Cette lettre expose la situation à laquelle se
heurtent en Belgique, en Autriche et en Allemagne les étudiants en médecine de l’Université
du Luxembourg ; demande au gouvernement luxembourgeois de faciliter l’admission aux
Facultés de médecine ; confirme la nécessité de créer une Luxembourg Medical School
(source : De Bistouri – Edition 2, 2015).
Selon la ministre de la Santé, le nombre de généralistes a augmenté au Luxembourg
entre 2008 et 2015 de 25%, alors que pendant la même période la population a crû de 19%. La
densité des médecins généralistes et spécialistes en activité (sans les dentistes) par 1 000
habitants a évolué comme suit : 1982 : 1,5 ; 2000 : 2,5 ; 2014 : 2,9 (données publiées par le
Statec).
Gains sur le plan médical et de la politique de santé
Selon l’AAQ, l’Université du Luxembourg dispose des compétences requises et ses
partenaires hospitaliers possèdent l’équipement, les ressources et le nombre de patients
nécessaires pour mettre en place une formation médicale de qualité.
Cette formation qui se déroulerait sous l’autonomie de l’UL, serait en partie dispensée
par un nombre restreint de personnel académique et principalement par des médecins du
milieu hospitalier. En ce qui concerne les sciences fondamentales, des professeurs
d’université seraient engagés pour donner des cours, alors que la formation clinique serait
surtout confiée à des médecins spécialisés et expérimentés des hôpitaux luxembourgeois et
obtenue lors des stages à l’étranger d’une durée minimum de 12 mois.
Le nombre très limité d’étudiants en médecine permettrait une grande proximité avec
les patients et les enseignants. Enfin, des accords de coopération avec des universités de
l’étranger constitueraient un apport particulièrement précieux pour garantir une formation de
qualité.
L’Association des étudiants en médecine est d’avis que grâce à la LMS les médecins
en formation pourraient participer dans les hôpitaux aux soins donnés aux malades. Certains
membres de l’ALEM croient qu’une partie de la formation de spécialistes pourrait être
organisée au Luxembourg. Il est vraisemblable que la présence d’une LMS influencerait
positivement le savoir-faire médical au Luxembourg.
16
Comme autre atout, on mentionne l’allègement des charges financières pour les
étudiants habitant le Luxembourg ainsi que des frais d’inscription peu élevés à l’UL.
L’Association des médecins et médecins-dentistes estime que par la création d’une
Medical School les soins de santé publics demeureraient sous contrôle du pays et les règles
administratives répondraient mieux aux besoins des résidents du Luxembourg. Cette
association est également d’avis que dans ce cas les dépenses de santé faites à l’étranger
diminueraient au profit de celles ayant lieu au Luxembourg. D’autres pensent que la
formation spécifique en médecine générale, organisée par l’UL, sera renforcée. Dans une
certaine mesure et sous des conditions déterminées, la LMS bénéficierait de l’activité des
organismes publics luxembourgeois dans le domaine de la santé.
En définitive, l’élément décisif en faveur d’une LMS devrait consister dans la qualité
des services de santé délivrés par un nombre de médecins correspondant aux besoins du pays.
Cela suppose des enseignants-chercheurs de premier plan, des étudiants doués, un programme
d’études de haut niveau et une coopération intensive avec des Facultés de médecine de renom.
Accroissement de la compétitivité, stimulation de l’innovation, contribution à la
croissance économique et acquisition de prestige
Selon le Comité de pilotage du projet, la LMS accroîtrait la compétitivité du
Luxembourg sur le marché de la santé. En outre, le développement académique, suscité par la
LMS, soutiendrait des incitations prises dans le domaine de la biomédecine, de la
biotechnologie et dans celui des Health Sciences en général, favorisant ainsi l’essor de
secteurs innovants. Enfin, la LMS contribuerait de cette façon à la croissance économique et à
la visibilité internationale du Luxembourg.
Le 3e Plan quadriennal de l’UL, allant de 2011 à 2017, fait remarquer qu’une School of
Medicine bénéficierait aux hôpitaux luxembourgeois ainsi qu’au système de santé en général
et compléterait les activités du Luxembourg Centre for System Biomedicine.
Parmi les secteurs de recherche théoriquement susceptibles de tirer profit d’une LMS,
on peut citer le Luxembourg Centre for System Biomedicine (le LCSB constitue un centre
interdisciplinaire de l’UL) ; le Centre de recherche public Luxembourg Institute of Health
(LIH) ; l’Integrated Biobank of Luxembourg (IBBL) ; le House of BioHealth.
D’après l’étude publiée par la Fondation IDEA, « le projet MS est potentiellement très
porteur en termes économiques, entrepreneuriaux (dynamique additionnelle insufflée au
Luxembourg, BioHealth Cluster notamment), de qualité des soins ou encore de la nation
branding ». Cependant, pour que la LMS puisse constituer un élément central d’une zone
d’activités et de compétences en matière de santé, voire une nouvelle niche de diversification,
d’importantes mesures d’accompagnement devraient être développées selon la Fondation
IDEA.
Le titre prestigieux de professeur, de chargé de cours ou de consultant à la LMS que
certains espèrent obtenir, et dans certains cas aussi la perspective de pouvoir tirer des
avantages de la réputation ainsi accrue, constituent sans doute un facteur incitant des
17
médecins à se prononcer en faveur d’une LMS. (On dit que dès la présentation du projet 200
candidats ont postulé.) Les hôpitaux choisis pour former les futurs médecins verraient
probablement leur renommée augmentée, ce qui les poussera à soutenir la création d’une
LMS.
Rôle plus grand de la langue luxembourgeoise lors de consultations médicales
Bien des patients luxembourgeois souhaitent que les consultations avec les médecins
se déroulent dans la langue nationale. La création d’une LMS ne changerait sans doute pas
grand-chose à la situation actuelle, compte tenu du nombre de médecins étrangers
indispensables. A une question écrite au gouvernement concernant les barrières linguistiques
dans le secteur de la santé, la ministre de la Santé a le 18 juillet 2014 répondu entre autres :
« Les diverses dispositions législatives, tant pour les médecins que pour les professions de
santé, prévoient que ceux-ci doivent se familiariser avec la situation luxembourgeoise et sont
tenus d’acquérir les connaissances linguistiques nécessaires à leur activité au risque de voir
engagée leur responsabilité disciplinaire, civile ou pénale. »
Dans ce contexte, il faut tenir compte du fait que 45% des habitants du Luxembourg
sont des étrangers dont une part importante ne parle pas le luxembourgeois. Aussi tous les
binationaux ne s’expriment pas dans la langue nationale. On admet que 60% des enfants
élevés au Luxembourg n’ont pas le luxembourgeois comme langue maternelle et 12% des
élèves du Luxembourg ne sont pas instruits selon le système national d’éducation. Aussi
convient-il de ne pas oublier que le pourcentage des Luxembourgeois a tendance à diminuer
dans la population du pays. Cette évolution réduit peu à peu l’importance de la langue
nationale dans les relations entre médecins et patients.
3.2 Objections à l’encontre du projet d’une LMS
Alors que la plupart des partisans d’une LMS ne voient que des avantages dans une
telle création, d’autres sont réticents à ce projet et mettent en garde contre les conséquences
d’un pari risqué. Ainsi une attitude de prudence a été adoptée à l’égard de cette idée par :
- l’étude du cabinet d’audit Deloitte, déjà mentionnée ;
- des membres de la Commission de la Chambre des députés, chargée, entre autres, de
l’Enseignement supérieur et de la Recherche ;
- la publication de l’OCDE de 2016, sur la politique d’innovation au Luxembourg ;
- outre les prises de positions hostiles et polémiques publiées sur Internet par le citoyen
lambda, il convient de signaler le scepticisme de l’ancien directeur du Centre de recherche
public Henri Tudor, lors d’un entretien à la Radio 100,7, le 22 février 2016 ainsi que les
appréciations données par Catherine Boisanté, directrice médicale au CHL et par Yves Elsen,
nouveau président du Conseil de gouvernance de l’UL (voir Conclusions).
Il serait en tout cas irresponsable de nier les problèmes que soulève la création d’une
Medical School au Luxembourg, dont les principaux sont énumérés ci-après.
18
Faible influence sur l’effectif des médecins installés au Luxembourg
Il est prévu que la LMS admettrait annuellement 50 étudiants, dont 70% de résidents,
ce qui correspond à 35 places. En partant de l’hypothèse que le Luxembourg aura besoin par
an de 100 médecins, 65 étudiants devraient réussir à s’inscrire dans des Facultés de médecine
à l’étranger. Ce nombre sera plus élevé si les candidats non résidents réussissaient mieux les
épreuves de l’UL que les candidats luxembourgeois. Par ailleurs, de quelle façon pourra-t-on
réserver des quotas aux étudiants résidant au Luxembourg ? Une telle préférence nationale ou
régionale serait en principe contraire aux règles communautaires. En outre, il est impossible
de savoir combien de diplômés de la LMS s’installeraient au Luxembourg.
L’activité déployée et les crédits engagés à la formation médicale semblent
disproportionnés par rapport aux résultats pouvant être attendus dans les conditions les plus
favorables pour le Luxembourg. Vraisemblablement les meilleurs élèves luxembourgeois
continueront à faire leurs études à l’étranger. Le prestige de ceux ayant étudié au Luxembourg
ne sera sans doute pas le même que celui des diplômés d’une Faculté de médecine.
Il est probable que la LMS exerce sur des bacheliers d’autres pays une forte attractivité
pour venir faire des études de médecine au Luxembourg. D’un côté, on peut supposer que les
critères de sélection y seraient moins stricts qu’à l’étranger. Mais surtout, la LMS demanderait
sans doute des frais d’inscription assez faibles par rapport aux Medical Schools privées. Ainsi,
les frais d’inscription annuels de la Kassel School of Medicine et de l’Asklepios Medical
School à Hambourg s’élèvent à 12 000 euros et à la Paracelsus Medical University à
Nurenberg à 13 500 euros. Enfin, la proximité du Luxembourg attirerait également des
étudiants étrangers.
Ainsi beaucoup des près de 500 étudiants français qui pour échapper au numerus
clausus en France se sont inscrits en Roumanie à l’Université Cluj-Napca (frais d’inscription
5 000 euros par an), où des cours de médecine sont dispensés en français, auraient intérêt à
choisir la LMS. Dans la mesure où l’exigence de connaître trois langues ne pourra pas être
utilisée comme moyen de discrimination, leur savoir et leur nombre risquent d’éliminer pas
mal de candidats luxembourgeois. La même remarque vaut pour des ressortissants d’autres
pays. Cette menace est prise au sérieux par le groupe d’experts de l’AAQ, qui va jusqu’à
suggérer, afin que 70% des places soient effectivement réservées à des résidents
luxembourgeois, d’exiger que les candidats souhaitant étudier à la LMS aient des
connaissances en luxembourgeois. Il est précisé à cet égard : « Such requirements are
permitted under EU law » (voir p. 27 du rapport cité). Comment justifier une sélection basée,
entre autres, sur une langue qui n’est même pas utilisée dans l’enseignement à l’UL ?
On peut raisonnablement admettre que l’immigration de médecins étrangers
continuera à combler le déficit en médecins luxembourgeois. Toutefois, en l’absence de
vérification de leur niveau de formation, il n’est pas exclu que des médecins étrangers dont les
connaissances médicales ne sont pas à la hauteur s’installeront au Luxembourg.
Quant aux étudiants en médecine luxembourgeois, il est impossible de savoir combien
ne termineront pas leurs études ou encore combien de diplômés ne reviendront pas au pays.
19
Risques de compromettre l’attribution avantageuse de places dans des universités
partenaires
La création d’une Medical School au Luxembourg peut avoir pour effet que des Etats
dénoncent ou ne renouvellent pas les accords assurant aux étudiants en médecine ayant réussi
la 1ère année à l’UL de passer en 2e année dans les universités partenaires. En effet, ces
exceptions ont été obtenues en raison de l’absence d’une formation de médecins au
Luxembourg.
La même remarque vaut en ce qui concerne la situation avantageuse obtenue en
Autriche.
Problèmes de la spécialisation à l’étranger des diplômés de la LMS
Les généralistes ayant reçu leur formation médicale de base au Luxembourg et qui
souhaitent devenir médecin spécialiste devront en règle générale poursuivre leurs études à
l’étranger. Les dispositions en vigueur dans l’Union européenne permettent à ses
ressortissants ayant réussi leur 2e cycle d’études médicales de s’inscrire en 3e cycle dans un
pays de l’Union. Toutefois, des épreuves classantes nationales ou d’autres critères de
performance déterminent souvent l’affectation des étudiants en médecine en 3 e cycle.
Deux sortes de problèmes pourraient se poser pour les candidats qui ont fait leurs
études du 2e cycle au Luxembourg. D’une part, une préparation jugée insuffisante par les
responsables de la formation des internes, exigeant de suivre un stage de remise à niveau. (En
2016, huit internes, dont sept avaient fait leurs études en Roumanie, ont en France été exclus
de leur service pour cause d’incompétence.) D’autre part, lorsque le choix de la spécialisation
dépend du résultat d’un examen de classement, un manque de certaines spécialités au
Luxembourg serait la conséquence de trop faibles prestations.
En réponse à la question parlementaire du 6 mai 2016 de Franz Fayot, concernant la
Luxembourg Medical School, la ministre de la Santé et le ministre délégué à l’Enseignement
supérieur et de la Recherche déclarent, en date du 6 juin 2016, entre autres, « afin qu’une
formation médicale au Luxembourg puisse avoir le plus grand impact sur la biotechnologie,
l’industrie des technologies médicales, sur l’économie ou encore sur le système de soins de
santé, il est nécessaire d’étudier davantage le point de la 'formation de spécialisation
médicale' ». Dans cette perspective un deuxième groupe de travail « est en train d’analyser
l’opportunité de l’établissement d’une ou plusieurs formations de spécialisation médicale
dans des disciplines comme la neurologie et l’oncologie… ».
Aucune indication n’est donnée ni sur la date à laquelle les rapports de ces deux
groupes seront disponibles ni quand la décision du gouvernement interviendra.
Le nouveau groupe, constitué au cours du premier trimestre 2016, ne s’était pas encore
réuni au moment où les explications ci-dessus furent données. A ce stade, on ne peut donc
émettre que des suppositions sur les orientations que ses membres préconiseront.
Vraisemblablement, il ne sera pas proposé d’organiser au Luxembourg un 3 e cycle d’études
de médecine dans plusieurs des 52 disciplines médicales reconnues au Luxembourg. Il s’agira
20
probablement d’établir par des stages des liens entre le futur spécialiste, qui étudie à
l’étranger, et la recherche entreprise au Luxembourg.
Les ministres concernés accordent au vu de leur réponse une grande importance à
l’impact que produirait la réalisation de cette nouvelle orientation sur la biotechnologie et
l’industrie des techniques médicales. Cette ambition très audacieuse semble l’emporter sur
des mesures permettant d’éviter la pénurie de médecins et même sur l’objectif de mieux
soigner les patients.
Difficultés à surmonter sur le plan de l’organisation des études médicales
Le fait que la formation serait principalement dispensée par des médecins du milieu
hospitalier constituerait la caractéristique fondamentale et la grande faiblesse de la LMS.
Les difficultés à surmonter en matière d’organisation de la formation médicale sont
particulièrement périlleuses. Elles concernent, pour l’essentiel, les professeurs chargés des
cours en sciences fondamentales, le personnel enseignant la pratique médicale et la
conversion des centres hospitaliers en hôpitaux universitaires.
Pour ce qui est des matières à enseigner, citons, à titre d’exemple, celles qui figurent
dans le curriculum de la 2e année en médecine de l’Université de Strasbourg : le système
cardio-vasculaire et respiratoire ; le système digestif ; l’appareil locomoteur ; la dermatologie,
l’hormonologie ; la néphrologie ; la neurologie ; des sciences humaines. Dans chaque matière
(à l’exception des sciences humaines), il y a de l’anatomie, de l’histologie, de la biochimie, de
la physiologie, de l’embryologie, de la sémiologie et de la physiopathologie. Il s’y ajoute,
entre autres, des travaux dirigés dans différentes matières à la Faculté, des stages pratiques à
l’hôpital (en médecine et en chirurgie) …
Les cours sur ces matières devraient en principe être donnés à la LMS par des
professeurs d’université. A cet effet, il faudrait, entre autres, décider des domaines retenus, de
la durée des cours, du nombre et des compétences des professeurs, de leur rémunération, des
langues utilisées.
Quant à la formation clinique, il est prévu de la confier à des médecins d’hôpitaux qui
rempliraient cette tâche à temps partiel. Or, la médecine hospitalière libérale, telle qu’elle est
pratiquée au Luxembourg dans trois des quatre hôpitaux n’est guère compatible avec cette
nouvelle mission (seul environ un quart des médecins luxembourgeois sont des salariés).
La pratique de la médecine est en train de changer considérablement en raison des
progrès techniques dans le secteur de la santé (diagnostic à distance, conseils aux patients par
la télémédecine, apprentissage par simulation numérique, utilisation de robots opérant avec
une très grande précision…). L’application des techniques médicales les plus avancées
exigerait le recrutement et la formation de spécialistes et entraînerait des dépenses élevées
d’achat et de maintenance des appareils. Se tenir au courant des dernières innovations et être
capable de les utiliser demanderaient beaucoup de temps aux médecins hospitaliers.
21
Tout laisse à croire que les meilleurs médecins des hôpitaux seraient choisis pour
dispenser la formation aux étudiants (on parle de 20% des médecins hospitaliers qui seraient
impliqués à la LMS dans la formation). Il en résulterait trois conséquences : ces médecins
seraient moins disponibles pour les patients ; leur nouvelle activité nécessiterait un
réagencement des hôpitaux concernés ; il faudrait recruter des médecins pour les remplacer.
Il faudrait décider lesquels des quatre centres hospitaliers seraient des hôpitaux
universitaires avec quelle spécialité ? Est-ce que les patients y traités constitueraient la masse
critique nécessaire ? Comment résoudre le problème que pose la distance entre le siège de la
LMS à Belval et les différents hôpitaux universitaires ? De quelle façon les hôpitaux
universitaires seront-ils liés à l’UL ? Un statut mixte hospitalier et universitaire sera-t-il créé
pour le personnel concerné ? Il serait indispensable d’instituer dans les hôpitaux universitaires
une hiérarchie (chef de clinique, chef de service) qui n’existe actuellement pas. La création de
la LMS exigerait donc une réorganisation des centres hospitaliers en hôpitaux universitaires.
Astreintes du trilinguisme
Exiger de bonnes connaissances dans trois langues pour suivre au Luxembourg la
formation médicale de base paraît exagérée et n’existe nulle part ailleurs. Toutefois, cette
condition éliminerait nombre de candidats non luxembourgeois, mais aussi des
Luxembourgeois qui n’ont pas suivi le système d’enseignement du pays.
Pour les généralistes qui s’établissent au Luxembourg, outre le luxembourgeois, la
connaissance du français et dans une moindre mesure de l’allemand sont nécessaires.
L’anglais est indispensable dans la recherche, mais peu utile dans les relations avec les
patients au Luxembourg.
Un enseignement, tel qu’il est prévu, dispensé partiellement en allemand, en anglais et
en français par les chargés de la formation compliquerait sérieusement la gestion de la LMS.
En outre, ce multilinguisme véhicule trois visions médicales et trois cultures de formation.
Tout dépend comment ce trilinguisme serait appliqué. S’agit-il de donner des cours
dans certaines matières exclusivement dans une des trois langues concernées ? Ou faut-il
seulement connaître, dans chacune des trois langues, des termes appartenant au vocabulaire
médical ?
Improbable compétitivité sur le marché de la santé
Il paraît assez illusoire de croire que la présence d’une LMS accroîtra la compétitivité
du Luxembourg sur le marché de la santé, à savoir qu’un nombre significatif de patients
étrangers viendra se faire soigner au Luxembourg.
La compétitivité internationale des hôpitaux dépend principalement de la qualité et du
coût des soins.
Vouloir créer un tourisme médical, ayant des répercussions économiques notables,
comme l’Espagne est en train de le faire, ne semble pas à la portée du Luxembourg. Car,
22
même si les hôpitaux avaient acquis, grâce à la LMS, dans quelques domaines une bonne
réputation, le coût élevé des prestations au Luxembourg s’opposerait à un impact économique
appréciable (le tarif des médecins généralistes luxembourgeois est environ le double de celui
de leurs confrères belges et français).
A l’heure actuelle, une partie non négligeable de la population résidente du
Luxembourg consomme des services de santé dans les pays voisins. D’aucuns estiment qu’au
Luxembourg 13% des malades se font soigner à l’étranger. Ces « importations » se sont
élevées en 2011 à 3,48% des dépenses de santé et placent à cet égard le Luxembourg très loin
en tête des pays de l’OCDE (voir le Panorama de la santé 2013, p. 166 et 167). Ce
pourcentage ne tient pas compte des dépenses de santé des fonctionnaires internationaux dont
le lieu d’affectation est Luxembourg (en 2015 environ 11 000) et des membres de leur
famille, ainsi que des pensionnés des institutions européennes qui ont choisi le Luxembourg
comme pays de résidence (en janvier 2016 le nombre des pensionnés s’élevait à 2 694). Cette
catégorie de patients, pour lesquels les médecins luxembourgeois sont autorisés, suite à une
convention avec les institutions européennes, d’augmenter leurs honoraires habituels de 15%,
se font souvent soigner à l’étranger. (Les hôpitaux luxembourgeois sont autorisés
d’augmenter de 15% le prix de revient calculé par la Caisse Nationale de Santé (CNS) du
Luxembourg.) La décision de recevoir un traitement à l’étranger s’explique pour les patients
luxembourgeois du fait que certains services de santé ne sont pas rendus au Luxembourg et en
raison de la réputation internationale de médecins à l’étranger.
Impact marginal en matière de recherche, d’innovation et de croissance économique
Est-ce que la présence d’une LMS contribuerait de façon notable à faire avancer la
recherche afin d’innover en matière de progrès médical (biotechnologie et techniques
médicales) et d’avoir ainsi une influence positive sur l’économie nationale, voire sur l’image
de marque du pays ?
Trois remarques s’imposent à ce sujet. Premièrement, la création d’une LMS n’a pas
été préconisée pour atteindre de tels objectifs. Deuxièmement, l’activité de la LMS produirait
sans doute quelques effets dans le domaine en question. Mais ceux-ci seraient limités par le
genre de formation médicale organisée – de base et non pas de spécialisation – et en raison de
la dépendance envers des professeurs et chercheurs travaillant principalement dans des
universités à l’étranger. Troisièmement, il va de soi que personne ne peut savoir ce qui se
passera dans le long terme. Toutefois, il ne serait évidemment pas réaliste ni sérieux de
compter, par exemple, sur des découvertes inattendues trouvées par hasard (« serendipity »),
ayant lieu dans un avenir lointain, grâce à la LMS, pour justifier des décisions d’aujourd’hui.
Avec ou sans LMS, il faudrait beaucoup de chance pour que les recherches entreprises
au Luxembourg aboutissent sur le plan scientifique, médical et économique à des résultats
internationalement reconnus et produisant un impact considérable au pays.
Selon le document de travail, établi par les Services de la Commission, intitulé
Rapport 2016 pour le Luxembourg, « …le développement du secteur des biotechnologies, une
autre priorité, reste très limité. Celui-ci représente moins de 0,1% de la valeur brute. La mise
23
en place de solides capacités de recherche publique dans ce secteur n’a pas suffi à en stimuler
le développement. Une stratégie globale pourrait se révéler nécessaire pour que les
investissements publics significatifs dans ce domaine puissent encore contribuer à l’objectif
de diversification économique » (p. 33).
Pour traduire des connaissances de biotechnologie en produits créant une valeur
ajoutée, on doit en premier lieu avoir recours à l’industrie pharmaceutique qui dispose de
capitaux importants, des chercheurs de haut niveau, un réseau de commercialisation et surtout
il faut avoir beaucoup de chance afin de trouver des médicaments efficaces.
Certes, il est indispensable qu’au Luxembourg les progrès en matière de diagnostic et
de traitement des patients soient suivis et appliqués. Mais en raison des trop faibles ressources
disponibles, de la très forte concurrence internationale, du caractère hautement aléatoire des
résultats et des délais le plus souvent considérables entre découverte cognitive et retombées
positives, il paraît difficile de justifier au Luxembourg la réalisation de projets de recherche
dans le domaine médical.
De l’avis d’experts en matière de recherche médicale, 240 milliards de dollars ont en
2009 été dépensés à travers le monde dans la recherche biomédicale, dont 85% ont été
engagés dans des expériences sans intérêt. Sur le plan international, il existe plus de 5 000
entreprises de biotechnologie qui sont en concurrence. En outre, la recherche médicale est un
univers où l’échec est très fréquent, environ de 90% après de longues années de recherche.
« Die versprochenen Wundermittel kommen nicht einmal in die Nähe der klinischen
Anwendung » (Gerd Antes, Universitätsklinikum Freiburg).
Quant aux technologies médicales (appareils de radiothérapie, matériel de laboratoire,
technologies chirurgicales, prothèses…), il est fort à parier que la LMS n’exercerait que peu
d’influence sur la création et le chiffre d’affaires des sociétés concernées.
Coûts élevés d’une LMS
Le coût élevé d’une LMS est l’argument le plus souvent évoqué par ses opposants.
Certes, la création d’un tel établissement de formation médicale demanderait un financement
important, mais les considérations budgétaires ne doivent pas être regardées comme le seul
obstacle à cette initiative. Cependant, on ne peut ignorer qu’il s’agit en l’occurrence d’un
projet entraînant des dépenses permanentes et croissantes et que le coût de pareilles
réalisations est généralement sous-estimé, alors que les avantages attendus sont d’habitude
surestimés par ses protagonistes.
D’après le Comité exécutif du projet LMS, le coût de formation par étudiant en
médecine pour six ans s’élèverait à 300 000 euros. En partant d’une augmentation annuelle
des dépenses de 3,8%, on arriverait en 2026, pour 300 étudiants à un montant de 35 millions
d’euros par an.
En se référant au coût total par étudiant en médecine en Suisse, l’étude entreprise par
le cabinet d’audit Deloitte retient une dépense budgétaire annuelle d’environ 684 000 euros
(72 000 CHF), donc beaucoup plus élevée que celle admise par le Comité exécutif. Ce
24
montant conduit à un budget annuel de la LMS de 65 millions d’euros à partir de 2026.
L’augmentation s’établit dans cette hypothèse annuellement à 30 millions d’euros par rapport
aux estimations du Comité exécutif.
Certes, les frais occasionnés par une Luxembourg Medical School seraient en principe
moins élevés que ceux d’une Faculté de médecine. Il faut à cet égard cependant tenir compte
du fait qu’au Luxembourg le niveau des rémunérations est beaucoup plus élevé que dans les
pays voisins. Aussi convient-il de prendre en considération les autres frais occasionnés par
une LMS. Quoiqu’il en soit, les formations en médecine sont très coûteuses. Selon der Spiegel
24/2015, la formation de chaque médecin revient en Allemagne jusqu’à 1 million d’euros.
C’est pourquoi faire venir des médecins de l’étranger est sur le plan économique très rentable.
L’estimation du cabinet d’audit Deloitte d’un coût annuel de 65 millions est sans doute
la plus réaliste. Elle correspond presque à la moitié de la dotation annuelle actuelle de l’UL
qui s’élève en 2015 à quelque 145 millions d’euros. Selon le professeur Neyses, l’objectif
financier serait de ne pas dépasser 20% du budget global de l’UL (voir Luxemburger Wort du
16 avril 2014). Le budget global de l’UL se montait en 2014 (total des produits) à 175,77
millions d’euros, de sorte que la limite à ne pas dépasser correspondrait à 35 millions d’euros,
montant en concordance avec celui retenu par le Comité exécutif.
Parmi les dépenses engendrées par une LMS il y a lieu de mentionner :
- La rémunération des enseignants (professeurs, médecins hospitaliers, maîtres de conférences
de médecine générale, consultants) et des chercheurs. Suffirait-il de recourir à un corps
professoral de 10 à 15 universitaires, y compris les professeurs déjà recrutés concernant les
Sciences de la Vie ? Selon certaines estimations, une chaire en médecine coûte par an environ
1 million d’euros. D’après l’Université allemande d’Oldenburg, chaque poste de professeur
revient à 2,3 millions d’euros. Il n’est pas exclu que les médecins hospitaliers
« universitaires » vont exiger une rémunération supérieure à celle des médecins hospitaliers
« non universitaires ». Le Comité exécutif est d’avis que la formation en médecine clinique
(au chevet du malade) pourrait être rétribuée de 100 à 150 euros l’heure, ce qui semble être un
tarif largement sous-estimé. Dans ce contexte, il faut également tenir compte du niveau de
rémunération du personnel infirmier. D’après le Panorama de la santé 2015, la rémunération
des infirmiers à l’hôpital, exprimée en dollars américains (USD), corrigée par les parités de
pouvoir d’achat (PPA), était au Luxembourg de très loin la plus élevée de tous les pays de
l’OCDE avec 88 000 USD PPA (à titre de comparaison : Allemagne 48 000 USD ; Belgique
54 000 USD ; France 37 000 USD.) D’après le Rapport général de 2015 sur la Sécurité
sociale, le revenu moyen annuel brut des infirmiers hospitaliers s’élevait en 2014 à 82 964
euros. Malgré ces conditions favorables, seuls 37% des infirmiers sont des résidents
luxembourgeois.
- Une partie des investissements en capital (construction des hôpitaux et autres établissements
de soins ; technologies médicales ; équipements informatiques…). Signalons, à titre
d’exemple, que selon le journal Le Monde du 20 mai 2015 : « L’école de chirurgie de Nancy
doit faire face à des dépenses annuelles de 700 000 à 1 million d’euros pour la maintenance,
la mise à jour des logiciels et le personnel, hors équipement. »
25
- La charge financière des relations avec les universités partenaires.
- Les frais de gestion et d’administration (personnel non enseignant, transport…).
Il faudrait savoir comment et jusqu’à quel niveau les dépenses occasionnées par la
LMS seront financées.
CONCLUSIONS
Pour ce qui est du rapport de l’agence suisse d’accréditation et d’assurance (AAQ), qui
a confirmé la possibilité de créer une LMS, trois remarques s’imposent :
- le groupe des cinq experts nommé par l’OAQ, devenu au début de 2015 AAQ, ne comprend
aucune personnalité suisse ; il a été présidé par le directeur de l’Ecole de médecine de
l’Université de Limerick (Irlande) ;
- en ce qui concerne l’objectif du rapport, il est précisé à la page 5 : « The report is provided
on the basis that it is not an accreditation or evaluation, but rather constitutes expert advice on
the LMS proposal including recommendations for further improvement. It includes additional
information on what would be required to attain accreditation in the future »;
- le rapport de l’AAQ, qui a été élaboré à partir du rapport d’évaluation de l’UL du 19 octobre
2014, soulève de nombreux problèmes qui devraient être résolus, énumère un grand nombre
de conditions à remplir et formule de multiples recommandations.
La publication OECD Reviews of Innovation Policy : LUXEMBOURG 2016 examine
à la page 24 la problématique de l’établissement d’une école de médecine au Luxembourg. On
y trouve les considérations suivantes :
« A further priority for the University of Luxembourg is establishing a School of
Medicine. Currently, neighbouring countries accept medical students from Luxembourg, with
the University providing the first year of medical training. Luxembourg would be less
dependent on foreign medical education providers if it had its own medical school, adapted to
its own health system and featuring strong links between teaching and research – particularly
in the fields of biomedicine and translational research. Proceeding along these lines presents
benefits, but also considerable constraints that need to be considered. First, establishing a
medical school would be a very expensive endeavour, consuming a large part of the
University’s budget while providing training for just 25-50 students a year. Second,
productive links between teaching and research are most likely to emerge in advanced and
postgraduate studies rather than in the first years of medical teaching, so linking research and
teaching might not prove as beneficial as expected. Finally, important complementary assets –
such as the ready availability of medical doctors with extensive teaching experience – appear
to be under-developed. The University and Ministry of Higher Education and Research have
each commissioned studies to assess the advantages and disadvantages of creating a medical
school in Luxembourg; they will report their results in 2015. »
L’OCDE fait sur cette question la recommandation suivante :
26
« Consider carefully the options for setting up a medical school at the University. The
many potential benefits of establishing such a school should be weighed against the very
substantial costs involved. »
A la page 4/5 du compte rendu de la réunion du 24 avril 2015 de la Commission de
l’Enseignement supérieur et de la Recherche, dont l’objet était la présentation et la discussion
de la publication de l’OCDE, il est dit au sujet de l’intervention des experts de l’OCDE :
« Pour ce qui est de la question de l’opportunité de la création d’une Luxembourg Medical
School (LMS), les experts précisent qu’ils n’ont pas mené d’étude de faisabilité y relative,
mais plutôt abordé la question dans la perspective plus vaste du système luxembourgeois de
recherche et d’innovation. Ils en sont venus à la conclusion qu’il faudrait encore mener des
réflexions approfondies au sujet de cette problématique et faire preuve d’une grande
prudence, dans la mesure où il s’agirait d’un défi considérable. Il serait aussi utile d’analyser
de plus près les possibilités de coopération avec une ou plusieurs universités de la Grande
Région. »
Nous avons vu que les porte-paroles du milieu médical luxembourgeois sont d’avis
qu’en l’absence d’une LMS le Luxembourg sera confronté dans un proche avenir à une
pénurie de médecins. Cette appréciation n’est pas partagée par des représentants du ministère
de la Santé. En effet, l’attractivité du pays pour les praticiens étrangers reste grande et ceux
qui suivent à Luxembourg une formation spécifique de trois ans en médecine générale n’ont
qu’une trentaine d’années et sont donc encore loin de la retraite ; l’immense majorité de ces
généralistes s’installera au pays.
Citons ici une phrase de la déclaration de la ministre de la Santé, Lydia Mutsch, du 14
août 2014 en réponse à deux questions parlementaires : « Ainsi, des estimations quant à une
éventuelle pénurie de médecins dans un proche futur, en raison d’un départ en retraite massif,
ne sont que de pures approximations et ne se basent que sur des suppositions tout à fait
hypothétiques » (voir la question du 16 juillet 2014 de Nancy Arendt et de Léon Gloden et
celle du 24 juillet 2014 de Gast Gibéryen ainsi que les réponses de Lydia Mutsch du 14 août
et du 22 septembre 2014).
Si l’on souhaite qu’un certain pourcentage de médecins (généralistes, dentistes,
spécialistes) soient de nationalité luxembourgeoise (ou possèdent la double nationalité),
différentes mesures peuvent être envisagées, dont les principales sont énumérées ci après.
- Maintenir et élargir les accords de coopération conclus avec l’Allemagne, la Belgique et la
France, permettant la poursuite des études de deux semestres, commencées à l’Université du
Luxembourg, dans une Faculté de médecine partenaire. Il convient de s’efforcer d’élargir de
tels accords avec d’autres Facultés de médecine, dont douze se trouvent à une distance de
moins de deux heures d’automobile du Luxembourg. En outre, la coopération universitaire
avec les universités autrichiennes devrait être prolongée. Ces arrangements constituent sans
doute sur plusieurs plans la meilleure solution pour le Luxembourg et ses étudiants. Vu
l’effectif relativement faible des étudiants luxembourgeois en médecine par rapport aux
étudiants étrangers et l’absence d’une Ecole de médecine au pays, de tels accords ne
poseraient sans doute pas de problèmes insurmontables.
27
- Au cas où des arrangements de ce genre se révéleraient impossibles, une autre mesure, en
vue d’atteindre l’objectif poursuivi, serait une préparation intensive des étudiants
luxembourgeois aux épreuves (examens, concours, sélection sur dossier, entretiens)
d’admission aux Facultés de médecine par des enseignants-chercheurs de l’UL.
Depuis la fin des collations de grades et aussi au cours des dernières années, des
Luxembourgeois ont réussi d’accéder aux études médicales à l’étranger. D’ailleurs une LMS
ne répondrait que partiellement aux besoins en médecins du Luxembourg.
- Faire des études dans des Medical Schools allemandes, à savoir la Kassel School of
Medicine et l’Asklepios Medical School ou à l’université privée de Witten-Herdecke
poseraient sans doute moins de problèmes que la création d’une LMS. Toutefois, dans ce cas
les frais d’inscription à charge des étudiants seraient très élevés.
- La contribution par le gouvernement aux universités étrangères, d’une partie ou de la totalité
du coût des études en médecine des étudiants luxembourgeois, demanderait un important
engagement financier et poserait d’épineux problèmes de gestion et de discrimination, de
sorte qu’une telle aide est à déconseiller.
- Le recours à des médecins étrangers évite déjà à l’heure actuelle une pénurie de médecins.
En effet, les médecins étrangers représentaient en 2014 presque la moitié de l’ensemble des
médecins et même 51% des médecins spécialistes. Le problème qui se pose à cet égard
concerne la compétence de ces médecins. C’est pourquoi il faudrait vérifier leur niveau de
formation et si nécessaire l’améliorer, avant de délivrer un certificat d’accréditation.
- Organiser une formation médicale spécialisée dans certains domaines en partenariat avec
d’autres universités.
- Dans l’hypothèse, peu probable, qu’aucune des actions mentionnées ne serait à même de
résoudre le problème de la pénurie de médecins, la création d’une LMS s’imposerait comme
alternative. Mais une fois la décision prise de créer une LMS, il sera très difficile sinon
impossible de faire marche arrière, quels que soient les problèmes qui vont surgir. Ce projet
revêt une importance nationale. Au moins trois ministères sont directement concernés :
Enseignement supérieur et Recherche, Santé et Economie. Mais aussi le ministère des
Finances. Un large consensus politique, sanctionné par un vote de la Chambre des députés
s’impose donc.
La création d’une LMS aurait une grande influence sur l’UL. Le succès du projet, qui
exigerait de considérables efforts de conception, d’organisation et de management, ainsi que
la priorité accordée à la LMS dans l’allocation de ressources supplémentaires, accroîtrait le
prestige de l’Université. L’échec rejaillirait sur toute l’Université et ruinerait sa réputation.
Dans ce contexte, il convient de rendre attentif à l’avis pondéré et prudent – teinté d’un brin
de scepticisme – de Rainer Klump, recteur de l’UL, lors d’un entretien sur l’Université du
Luxembourg en général, le 23 avril 2016, à la Radio 100,7.
Les interventions de trois personnalités à la Radio 100,7 fin août 2016 méritent à cet
égard une attention particulière.
28
Le 23 août, Catherine Boisanté, directrice médicale au CHL, a caractérisé la création
d’une LMS comme une grande et très coûteuse aventure. Selon elle, l’enseignement prodigué
à un tel établissement devrait être d’une qualité irréprochable. L’Ecole aurait l’obligation de
s’engager envers les étudiants jusqu’à la fin de leur formation et de leur assurer l’accès aux
universités étrangères en vue d’une spécialisation.
Le 24 août, Marc Hansen a déclaré ne pas encore être en mesure d’indiquer la date à
laquelle la décision au sujet d’une LMS sera prise, tout en espérant qu’elle interviendra en
2016. Pour ce qui est du genre de formation à mettre en œuvre, il a informé que rien n’était
encore tranché : peut-être offrira-t-on un bachelor en médecine ; peut-être s’orientera-t-on
vers une spécialisation, par exemple en neurologie et en oncologie.
Le 24 août, Yves Elsen, nouveau président du Conseil de gouvernance de l’UL, a dit,
dans une interview à propos de la LMS, qu’il convient de trouver une réponse réalisable à
cette question et qu’il s’agit de décider si « une petite ou une grande solution » est préférable.
Il faut par ailleurs assurer aux futurs étudiants en médecine que les études faites au
Luxembourg soient reconnues à l’étranger. Enfin, il convient de ne pas oublier qu’une Faculté
de médecine exigera beaucoup d’argent.
A ce sujet, il faut également tenir compte des conséquences d’un éventuel départ du
professeur Neyses de l’UL. En effet, son rôle a été décisif dans la conception du projet et le
serait sans doute au cas où une LMS deviendrait réalité. Or, parmi les candidats au poste de
nouveau président de la Saar-Universität figurait le nom de Ludwig Neyses. Sa candidature
n’a pas été retenue.
Faut-il créer une Medical School au Luxembourg ? Certes, le pire n’est pas toujours
sûr. Mais mettre sur pied une LMS remplirait assez bien les conditions susceptibles de
convertir des incertitudes en risques et les risques en échec. Puissent les experts consultés, les
hauts fonctionnaires concernés et le personnel politique luxembourgeois faire preuve d’assez
de lucidité, afin de faire le bon choix, fondé sur la vérification des faits et le contrôle de la
validité des raisonnements, entrepris avec impartialité, indépendance et à la lumière des
objectifs poursuivis.
29