Être plus zen : LA MÉDITATION AU TRAVAIL

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Être plus zen : LA MÉDITATION AU TRAVAIL
Par
Simeon Goldstein
S
Être plus zen :
la méditation
au travail
elon les estimations
de la Commission de la santé
mentale du Canada, le fardeau
économique des troubles de santé
psychologique s’élève à 51 milliards par an,
dont près de 40 % seraient des pertes en
milieu de travail. Plusieurs entreprises
s’attaquent déjà au problème par
l’introduction de programmes pour
promouvoir la santé mentale auprès de
leurs employés. C’est également dans ce
contexte que la première norme
canadienne sur la santé mentale a
finalement vu le jour le mois dernier. Cette
norme d’application volontaire vise à aider
les entreprises à aménager un
environnement propice à la santé mentale.
La méditation pourrait être l’un des
éléments envisageables d’un tel
environnement. Mais comment faire de la
méditation au bureau et, qui plus est, en
quoi est-elle avantageuse pour l’entreprise ?
Pour Lucie Poitras, présidente et
formatrice de la compagnie l’Éthique par
le Cœur, les bienfaits sont nombreux, tant
pour l’employé que l’employeur. Infirmière
et conseillère en ressources humaines,
Mme Poitras est spécialisée en gestion du
stress et en développement personnel. Elle
dirige des séances de méditation dans
différentes organisations et entreprises.
« La méditation est certes un très bon
outil pour diminuer le stress et la fatigue
mentale. En méditant, on apprend à
observer sa respiration, ses pensées et à
accueillir ses émotions, observe-t-elle.
Nous développons ainsi notre capacité à
prendre du recul par rapport à une
situation, ce qui nous permet d’accéder à
une plus grande résilience. Cette dernière
est, en effet, à l’opposé du stress. » Le
résultat serait que l’employé est plus en
mesure de faire face à des situations
difficiles et de mieux les gérer.
La méditation peut également contribuer
à un meilleur rendement dans un contexte
de changements rapides, car elle aide la
concentration, l’attention et la prise de
décisions. « Des études montrent qu’on est
distrait 50 % du temps d’éveil – c’est-à-dire,
qu’on n’est pas présent par rapport à ce
qu’on fait. Sur une journée de huit heures
de travail, il y en aurait au moins quatre où
nous ne sommes pas attentifs à ce sur quoi
nous travaillons, explique Mme Poitras. En
développant la présence et l’attention, nous
développons une communication et une
écoute conscientes qui permettent de
collaborer plus efficacement avec nos
collègues. » Mais la méditation rapporterait
davantage qu’un rendement plus efficace ou
une meilleure gestion du stress. Une étude
menée au Québec en 2000 a révélé que, sur
une période de six ans, il y avait une
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Être plus zen
corrélation entre la méditation et une
réduction des coûts de consultation
médicale. « C’est sûr que les entreprises ont
intérêt à travailler pour réduire les coûts de
la non-santé et il a été démontré que la
méditation aide à diminuer le taux
d’absentéisme, poursuit Mme Poitras.
De plus, les gens qui trouvent satisfaction
au travail ont tendance à rester dans
l’organisation, ce qui diminue le taux
de roulement. »
Temps et lieu
Pour beaucoup de personnes, il se peut que
le mot « méditation » évoque l’idée d’une
culture mystique, de chandelles et de salles
remplies d’encens. Il s’agit d’une image qui
ne correspond peut-être pas au monde de
travail. Cependant, en réalité, ce ne sont pas
des ingrédients essentiels d’une séance de
méditation. Par exemple, certaines sociétés
ayant adopté le concept de la norme
Entreprise en santé ont aménagé une salle de
repos qui pourrait servir parfaitement aux
fins de méditation, de même que les salles
de conférence ou de réunion dont dispose la
compagnie. L’employé peut même méditer
assis devant son ordinateur.
« J’ai connu des personnes ayant décidé
de pratiquer la méditation dont la
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première action lorsqu’elles arrivent au
travail consiste à fermer la porte du
bureau et à prendre une dizaine de
minutes pour méditer avant de démarrer
leur journée », constate Mme Poitras.
Bien qu’il soit envisageable de faire de
la méditation tout seul dans son bureau, il
peut être souhaitable d’en faire en groupe,
idéalement de 12 à 15 personnes. Surtout
au début, le fait d’être accompagné et
guidé peut aider tout le groupe à
progresser grâce aux questions posées par
les participants. Même si, en principe, il
n’y a aucune limite quant au nombre de
participants, les occasions d’échanges
seraient réduites dans un grand groupe.
Outre l’endroit pour la méditation, une
autre question se pose à l’égard de la durée
de la pratique. Mme Poitras considère qu’il
faut aller petit à petit. « C’est environ 20 à
30 minutes par jour que l’on recommande.
Mais, pour quelqu’un qui n’a jamais
médité, s’asseoir pendant une demi-heure
c’est peut-être trop. Pour commencer, trois
fois cinq minutes par jour se font très
bien. » Et s’il en va de s’absenter du
travail ? « Je pense aux gens qui prennent
des pauses pour aller fumer. Pourquoi ne
pas donner le même temps pour faire de
la méditation ? »
Culture participative
La méditation n’étant pas le genre
d’activité qu’on peut imposer aux
employés, le rôle de l’employeur consiste
à créer un environnement propice à la
participation. L’organisation de séances
d’information serait peut-être un bon
point de départ, afin de sensibiliser les
gens quant à la gestion du stress et de
démystifier un peu la méditation. Après,
c’est une décision personnelle de méditer
ou non.
« Il faut en faire une partie intégrante
de la culture de l’entreprise et avoir un
engagement de la direction, non
seulement envers la santé et le mieux-être,
mais envers l’ensemble de la démarche,
conclut Mme Poitras. Si l’entreprise
permettait aux employés de prendre une
“pause méditation” pendant les heures de
travail, l’employé se sentirait peut-être
moins seul, car la méditation s’inscrit dans
un mouvement. »
Étant donné les coûts associés aux
troubles psychologiques liés au milieu de
travail et l’importance de créer un
environnement qui promeut une bonne
santé mentale pour ses employés, il s’agit
d’une philosophie sur laquelle il pourrait
valoir la peine de méditer.