Pourquoi faut-il s`ouvrir à l`innovation
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Pourquoi faut-il s`ouvrir à l`innovation
Notes pour une allocution Pierre Beaudoin Président et chef de la direction Bombardier Inc. Thought Leadership Series de Maclean’s Toronto Le 13 novembre 2013 Traduction de la version originale anglaise Seule la version prononcée fait foi 1 Pourquoi faut-il s’ouvrir à l’innovation Mesdames et Messieurs, bonjour. C’est un honneur pour moi de prendre part à la Thought Leadership Series de Maclean’s, et d’étudier avec vous un sujet plus important que jamais pour la prospérité future du Canada : l’innovation, et sa rapide évolution dans le monde. On observe une forte vague de changement dans la façon dont les personnes et les entreprises les plus innovantes innovent. En tant que pays et en tant que leaders, nous devons nous rallier à ce nouveau paradigme sans attendre, au risque d’être balayés. Les modes d’innovation conventionnels laissent la place à de nouvelles approches plus collaboratives, plus participatives, plus horizontales. Nous devons, plus que jamais, gagner par l’innovation. Mais, pour y parvenir, nous devons de plus en plus travailler avec nos concurrents, et avec beaucoup d’autres parties prenantes. Les nouveaux modèles d’innovation portent plusieurs noms : innovation ouverte, crowdsourcing ou collaboration de masse, cocréation. Ces approches sont issues directement de la nouvelle économie, une économie mondiale plus numérique, plus urbaine, plus immatérielle et plus interconnectée. Pourquoi faire tant de cas de l’innovation? Beaucoup de groupes de réflexion internationaux soulignent la ligne de fracture de plus en plus nette entre les pays dans le domaine de l’innovation. Certains parlent même d’urgence en la matière. Nous devons veiller à ce que le Canada se trouve du bon côté de cette démarcation. Pourquoi faire tant de cas de l’innovation? Pourquoi est-ce si important? Parce que les idées transformationnelles et leur commercialisation alimentent une croissance durable. Des produits, des processus et des services innovants sont indispensables à une économie performante. Ils rehaussent la productivité, le revenu par habitant et la qualité des programmes sociaux. Ils augmentent aussi notre compétitivité et nous permettent de nous lancer dans des activités à plus forte valeur ajoutée. 2 Selon le Forum économique mondial, l’innovation est devenue si cruciale pour la compétitivité qu’il sera bientôt plus pertinent de distinguer les pays selon qu’ils sont riches ou pauvres en innovation, plutôt que développés ou en développement. Ce qui n’a pas changé Avant de parler de ce qui a changé en innovation, jetons un coup d’œil à ce qui est resté tel quel. Si nous faisions un sondage dans cette salle, je crois bien que chacun trouverait plusieurs des éléments nécessaires pour favoriser l’innovation. Il y aurait sans doute sur notre liste : un esprit entrepreneurial et un goût du risque ; des investissements suffisants en recherche et développement, en particulier par le secteur privé. Pour notre part, nous y avons investi 1,9 milliard de dollars l’année dernière ; des centres de recherche scientifique de haute qualité; une collaboration étroite entre les universités et l’industrie ; un degré de concurrence élevé ; un accès au capital et au financement ; sans oublier la nécessité d’être persévérant et tenace. À cette liste, j’ajouterais une main-d’œuvre dotée des compétences requises pour la nouvelle économie. Et je ne parle pas ici forcément de compétences issues d’études universitaires. En fait, je veux nous mettre en garde contre l’idée par trop répandue, et à mon avis erronée, selon laquelle un diplôme professionnel ouvre moins de portes qu’un diplôme universitaire. En réalité, le Canada a besoin de ces deux catégories de travailleurs. De nombreux pays européens l’ont bien compris et ont donc mis sur pied d’excellents programmes d’enseignement professionnel et d’apprentissage en entreprise. Nous avons récemment demandé à un groupe d’employés de production du Québec de nous aider à réfléchir à la façon d’accélérer notre courbe d’apprentissage en production d’avions. Nous savions qu’ils étaient une mine de connaissances sur les défis concrets de la construction de nouveaux avions. Ils ont sauté sur l’occasion et ont proposé une approche novatrice pour simuler l’assemblage de nouveaux avions. Leurs points de vue et leurs idées nouvelles les ont amenés à construire une 3 cellule de CSeries grandeur nature, en bois, entourée d’une plateforme de trois étages. Cela nous a permis, pour la première fois, de valider, d’optimiser et de stabiliser nos processus d’assemblage, notre plateforme et le flux de pièces sur un modèle grandeur nature, plutôt que sur notre premier avion d’essai. Les leçons et les gains d’efficacité que nous en avons tirés ont été immenses. Grâce à cette nouvelle approche, nous faisons les choses autrement, plus vite et mieux pour le programme CSeries. Voilà un exemple de ce que nos gens de métier font pour stimuler l’innovation chez Bombardier. C’est pourquoi je crois que nous devons promouvoir activement la valeur et l’importance des gens de métier qualifiés au Canada. L’innovation requiert également la libre circulation des connaissances et des talents par-delà les frontières. Elle a encore besoin de partenariats entre secteur public et secteur privé, qui veillent à ce que la réglementation soit propice à l’innovation et appuie le financement de la recherche à long terme. Au Canada, nous avons un excellent système de crédit d’impôt pour la recherche et développement, mais cela ne suffit pas pour résoudre le problème de manque de liquidités de nombreuses PME, qui n’ont que peu de solutions pour obtenir du financement assez tôt pour pouvoir faire avancer leurs idées novatrices. Ce problème de financement stoppe souvent net l’innovation dans son élan. Pour le résoudre, il faudrait augmenter les seuils de revenu imposable et de capital pour l’admissibilité au crédit d’impôt remboursable pour la recherche scientifique et le développement expérimental (RS-DE) de 35 %, de façon à alléger un peu le fardeau des PME innovantes. En innovation, il existe une autre constante : l’investissement en recherche et développement a toujours nécessité de fortes doses de foi, de ténacité et de courage. Le programme d’avions commerciaux CSeries de Bombardier en est un exemple parfait. Il y a dix ans, nous avons repéré un créneau de marché mal desservi par Boeing et Airbus : le marché des avions de 100 à 149 places. Puis, nous avons consacré 150 millions $ et quatre ans d’études pour évaluer la viabilité de la construction d’un avion commercial de conception entièrement nouvelle pour ce marché. Nous avons fait preuve de beaucoup de rigueur pour établir nos facteurs de réussite, quant aux conditions du marché et à la technologie. 4 Une fois toutes nos études préalables terminées, nous étions vraiment enthousiastes en lançant, enfin, le programme CSeries. Mais un an après le lancement, nous avons dû nous rendre à l’évidence : il nous manquait des éléments clés de technologie pour concrétiser notre ambition de produire notre premier avion de grande ligne. Nous avons donc été obligés d’attendre que cette technologie soit disponible pour pouvoir concevoir une aile en matériaux composites, et que Pratt & Whitney achève le développement du moteur PurePower de prochaine génération. Ainsi, même en sachant ce qu’il faut pour réussir, l’alignement des planètes n’est pas toujours au rendez-vous. Innover demande du temps et une incroyable patience. Il faut un esprit d’entreprise infatigable, qui vous pousse à fixer des objectifs ambitieux et à croire qu’ils sont réalisables. Il faut aussi garder un œil sur ce qui se fait ailleurs et savoir que, en des temps plus difficiles, vous avez ce qu’il faut pour rivaliser avec les meilleurs au monde. Avec une concurrence mondiale si féroce, on ne peut se permettre d’être deuxième pour les produits et les services. En tout cas, je sais que Bombardier ne peut pas se le permettre. Maintenant, voyons ce qui a changé dans le domaine de l’innovation. Quoi de neuf en innovation Dans son rapport sur le nouveau visage de l’innovation, le cabinet international de conseil en gestion Arthur D. Little a écrit : « Dans quelques décennies, en regardant en arrière, nous nous rendrons compte que nous en sommes aujourd’hui, pour l’innovation ouverte, là où nous en étions pour le développement de produits et les processus à étapes et points de contrôle à la fin des années quatre-vingt ». Forbes prédit que cela ne prendra pas des décennies, car « ... l’acceptation de toutes les formes d’innovation participative progresse dans l’ensemble de la communauté de l’innovation à la vitesse et avec la force d’un tsunami ». Pour relever des défis de plus en plus complexes et horizontaux, les innovateurs les plus innovants brisent les hiérarchies et les silos. Ils regroupent des parties prenantes aux visions diverses dans des laboratoires d’innovation et des incubateurs, pour élaborer des solutions axées sur l’utilisateur pouvant être adoptées plus rapidement. 5 De tels groupes de réflexion et d’action ciblés, comme Horizons de politiques Canada les appelle, apparaissent dans le monde entier. Ils sont formés de la prochaine génération d’employés qui ont une attitude entièrement différente face au risque : des gens compétents pour recadrer les défis et pour intégrer les commentaires des parties à des prototypes bruts, de façon à tester rapidement les idées. Au cours des quatre dernières décennies, notre site de Aéronautique de Belfast, en Irlande du Nord, est devenu un chef de file mondial de la conception et de la fabrication de pièces en matériaux composites de pointe. Compte tenu de ce leadership mondial, notre décision de soutenir activement le nouveau Centre d’excellence des matériaux composites avancés et de l’ingénierie d’Irlande du Nord allait de soi, conformément à notre engagement à aller de l’avant dans ce domaine. Ce pôle technologique intersectoriel est dirigé par l’industrie, et hébergé par l’université. Il regroupe des partenaires, des fournisseurs, des étudiants de cycle supérieur et 50 de nos ingénieurs aéronautiques, qui travaillent au développement de solutions technologiques de calibre international pour un large éventail d’applications de fabrication, du transport à l’énergie. Ce centre est un autre exemple de la façon dont la collaboration entre universités et industrie favorise le développement de compétences et le transfert rapide des connaissances, pour assurer l’émergence de produits et de technologies de fabrication innovants. Nous avons beaucoup à apprendre de ces pôles technologiques et de ces incubateurs d’innovation. En fait, nous devons être plus nombreux à appuyer activement une culture d’entreprise où l’innovation est encouragée, habilitée, mesurée et récompensée dans l’ensemble de la chaîne de valeur. Où chacun devient un innovateur qui cherche constamment des façons de faire les choses différemment, et mieux. Cela nécessite des dirigeants courageux, qui acceptent le risque et qui sont passionnés par le développement de ces cultures. 6 Choisir l’innovation participative D’après mon expérience, innover c’est, en fin de compte, permettre des échanges axés sur les solutions entre différentes personnes dont le but ultime est, d’une certaine façon, de faciliter la vie. Chez Bombardier, nous avons de plus en plus de tels échanges entre employés, clients, fournisseurs, partenaires, utilisateurs finaux, et même concurrents. Les résultats sont tout simplement spectaculaires. Nous commençons à tirer parti du public et des communautés dans notre écosystème pour renforcer et accélérer le cycle qui va de l’inspiration à la réalisation. Chez Bombardier Transport, nous avons créé des communautés ouvertes d’innovation en ligne pour faire participer les parties prenantes à la conception des intérieurs de trains et à l’invention de la mobilité des villes de l’avenir. La consultation des passagers sur les moyens d’améliorer leur expérience de mobilité a engendré le premier tramway au monde doté de supports de planche de surf intégrés pour un système de transport léger sur rail en Australie. Leurs commentaires ont également permis de concevoir un intérieur de meilleure qualité, plus ergonomique et plus sûr, pour le nouveau métro de haute technologie de Singapour. La collaboration plus étroite de la chaîne de valeur est la clé d’une innovation plus rapide. Il fait peu de doutes que l’ère des produits entièrement fabriqués au Canada est bel et bien révolue. Pour innover, il faut de nombreux partenaires, publics et privés. Dans notre programme CSeries à lui seul, nous avons plus de 20 partenaires de premier niveau dans neuf pays, pour les matières premières, les structures principales et les systèmes intégrés. Et des centaines d’autres fournisseurs qui interviennent dans la fabrication et l’assemblage de nos avions CSeries. Partout, des concurrents s’associent pour des projets de recherche visant à développer des innovations qu’ils pourront adapter à leurs besoins particuliers. En fait, l’innovation participative est maintenant la norme. Avec les connaissances et la connectivité à portée de main, les cycles 7 de développement de produits sont plus courts que jamais. Les entreprises ne peuvent plus suivre seules le rythme des progrès technologiques. Les vieux modèles compétitifs de protection des connaissances sont remplacés par des modèles coopératifs où la recherche est mise en commun sans frontières et entre entreprises. Cela transforme les notions actuelles de propriété intellectuelle. En 2010, nous avons uni nos forces à celles d’un consortium d’entreprises industrielles, dont le constructeur automobile Volvo et des spécialistes belges de la R-D, pour étudier le potentiel de la charge par induction sans fil pour les véhicules électriques routiers. Le consortium ayant obtenu des résultats positifs, nous avons formé une équipe de pointe dédiée exclusivement au développement de solutions de mobilité électrique pour une large gamme de véhicules routiers. C’est notre équipe de technologie PRIMOVE. Cette équipe a puisé dans nos ressources mondiales pour repousser les limites de la technologie de mobilité électrique. Nous avons maintenant un centre de compétences dédié à l’ingénierie, à la production, au développement et aux essais de la technologie PRIMOVE à Mannheim, en Allemagne. Aujourd’hui, le premier bus à charge par induction de Solaris doté de notre technologie PRIMOVE est sur le point d’entrer en service pour le transport de passagers à Braunschweig, en Allemagne. D’autres villes d’Allemagne, et aussi de Belgique, commenceront à exploiter des bus PRIMOVE en 2014. L’innovation chez Bombardier ne vise pas que les nouveaux produits. Elle vise également l’amélioration des processus. Chez Bombardier Aéronautique à Querétaro, au Mexique, un groupe d’employés de production n’ayant que cinq ans d’expérience a relevé le défi d’augmenter sa productivité de 15 %, tout en réalisant des économies récurrentes de plusieurs millions de dollars et en épargnant des investissements de capitaux importants. Il n’y a vraiment pas de limite à ce qu’un groupe d’individus engagés, motivés et créatifs peut accomplir quand il s’y consacre pleinement. 8 Éviter la tentation d’appuyer sur « Pause » Comme nous continuons à lutter contre la pire récession économique depuis la Deuxième Guerre mondiale, il est bien sûr très tentant de mettre l’innovation sur la glace pour obtenir les bénéfices attendus. Chez Bombardier, nous ne sommes pas immunisés contre cette pression. Pourtant, alors que notre phase d’investissements massifs ralentit et que de nouveaux produits importants sont sur le point d’entrer en service, nous savons que notre avenir dépend de notre présence sur l’échiquier de l’innovation. Si nous voulons assurer L’évolution de la mobilité, nous devons être au cœur de cette action. Notre mantra est clair : « Toujours aller de l’avant ». Investir dans l’innovation est une stratégie à long terme, et il faut avoir le cœur bien accroché. Chez Bombardier, nous sommes bien placés pour le comprendre. Il faut énormément de temps pour concevoir, construire et certifier un nouvel avion ou un nouveau train. Il nous a fallu dix ans pour arriver au premier vol d’un avion CSeries, le 16 septembre dernier. Pas étonnant que cela ait été une journée riche en émotions et en fierté pour nous. En tant que pays, nous devons maîtriser le nouvel art de l’innovation. Nous devons faire le choix stratégique de créer de la valeur en innovant, et cesser de nous contenter de suivre le mouvement. Nous devons aller au-delà de nos services de R-D et de développement de produits, et adopter le nouvel état d’esprit de l’innovation : la réflexion et la production d’idées en collaboration. Cela requiert des politiques et des programmes gouvernementaux favorables à l’innovation. L’annonce récente de James Moore, ministre de l’Industrie, d’un programme de démonstrateurs technologiques de 110 millions $, recommandation clé du rapport Emerson sur l’aéronautique de 2012, est un pas dans la bonne direction. Mais les entreprises doivent aussi faire leur part. Nous devons nous moderniser, pour que des cultures plus collaboratives et plus innovantes puissent émerger. Nous devons donc chercher des employés, et même des membres de conseils d’administration, ayant des compétences axées sur l’innovation. Il nous faut aussi des dirigeants qui cherchent, encouragent et récompensent les employés qui remettent le statu quo en question et qui prennent des risques pour trouver un meilleur produit, un meilleur processus ou un meilleur service. 9 En tant que leaders, évitons la tentation d’appuyer sur « Pause ». Allons plutôt de l’avant! La course à l’innovation est en marche, et elle est très ouverte. Faisons en sorte que les Canadiens ouvrent la voie et, ce faisant, bâtissent un pays prospère et riche en innovation. Merci. CSeries, PRIMOVE et L’évolution de la mobilité sont des marques de commerce de Bombardier Inc. ou de ses filiales. 10