Les premiers pas de Smith à Toulouse, Quelques

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Les premiers pas de Smith à Toulouse, Quelques
Les premiers pas de Smith à Toulouse,
Quelques semaines placées sous le signe de la justice des hommes
Par Philippe Massot-Bordenave
Framespa Université de Toulouse – Le Mirail
1
RESUME :
Adam Smith l'auteur de la Richesse de Nations [RN 1776] mais surtout de la Théorie des
Sentiments Moraux [TMS 1759] s'installe à Toulouse quelques mois au cours d'un long voyage en
France de 1764 à 1766
Ce séjour ne démarre pas bien, il ne connait personne et doit assumer la formation d'un jeune
aristocrate écossais. Sa seule recommandation est un obscur abbé. Il écrit à Hume son vieil ami
pour lui dire qu'il débute l'écriture d'un ouvrage.
Or cet ouvrage ne peut être la RN. A Toulouse, à cette époque également, un nouvel archevêque
vient d'arriver. Ce dernier est un grand ami des philosophes des Lumières Française. Il est lui
même l'auteur d'un ouvrage important sur la tolérance religieuse. Smith le fréquentera avec l'aide
de son cicerone l'abbé Colbert de Seigneley de Castle-Hill.
L'affaire Calas se déroule à cette époque à Toulouse, il n'est pas impossible que l'ouvrage de Smith
porte sur ce sujet mais devant la complexité de cette entreprise Smith peut avoir préféré intégrer
les esquisses de son ouvrage dans les éditions futures de la TMS. Voici l'hypothèse principale de cet
article qui demanderait pour une démonstration complète un complément de travail.
ABSTRACT :
Adam Smith, author of the Wealth of Nations [RN 1776] but also of the Theory of Moral Sentiments
[TMS 1759] stays in Toulouse during a long « Grand Tour » in France from 1764 to 1766
The journey does not start well, he does not know anyone and must assume the teaching of a young
Scottish aristocrat. His only recommendation is an obscure abbot . He wrote to his old friend Hume
saying that he began writing a book.
Yet this work may not be the RN. In Toulouse at that time also, a new archbishop has just arrived.
He is a great friend of French philosophers of the Enlightenment. He is himself the author of an
important book on religious tolerance. Smith will regularly see the new archbishop with the help of
his Father Colbert de Seigneley de Castle Hill.
The Calas affair takes place at that time in Toulouse, it is not impossible that the book that Smith
started ,was on that subject. But to the complexity of this undertaking Smith preferred operating
incorporate sketches from his book in future editions of the TMS . Here the main hypothesis of this
article that will need for a full demonstration, some additional work.
2
ARTICLE :
Le séjour d' Adam Smith à Toulouse est souvent apparu comme une curiosité pour ses biographes.
Une explication à ce traitement peut être émis à titre d'hypothèse. La plupart des biographes de
l'économiste sont des anglophones et peu d'entre eux à l'exception fort notable, de Ian Simpson
Ross1 se sont rendus à Toulouse pour effectuer des recherches dans les archives locale sur son
activité.
Leurs connaissances de la vie de la province du Languedoc très spécifique, dans cette période de fin
de période moderne, ne peuvent ainsi être pris en compte et cantonent ainsi le séjour, à un classique
« Grand Tour », assez typique chez la plupart des aristocrates britanniques de cette période.
De plus, Smith ayant après son séjour dans le Languedoc qui se déroula de Mars 1764 à Novembre
1765, soit presque 18 mois, effectué un séjour à Paris durant l' année 1766, c'est vers cet aspect du
voyage que les biographes ont en grande majorité choisi de tourner leur regards.
Il est en effet plus compréhensible pour un philosophe économiste qui va marquer de sa pensée
cette fin de 18° d'être considéré comme l'un des participants aux salons parisiens que comme un
simple voyageur visitant le Sud de la France suivant un parcours si peu conventionnel que l'on peut
le croire entièrement fonction du hasard.
Il est également plus facile de mettre en place une entrevue entre Voltaire et Smith dont nous
n'avons aucun compte rendu qu'une visite aux états du Languedoc à Montpellier. Séjour plus obscur
certes, mais qui nous éclaire beaucoup plus non seulement sur la personnalité curieuse de Smith
mais également sur les buts profonds de son voyage.
Il faut également préciser que Smith lui-même c'est plu volontairement à brouiller les pistes. Tout
d'abord il semble qu'il n'ait pas tenu de journal de voyage comme cela fut souvent le cas pour les
voyageurs étrangers de cette époque. De même, s'il lui est arrivé de prendre des notes sur tel ou tel
événements ou visites durant les mois d'excursions, il a fait en sorte que ces documents ne nous
parviennent pas. A cet effet, il est bon de rappeler que son élève qui fut aussi son premier biographe
Dugald Stewart2, lui même brillant économiste et qui se rendra à Paris dans les premiers jours de la
révolution, a par son travail, orienté l'ensemble des biographies qui vont se succéder en indiquant
que Smith avait ordonné la destruction de beaucoup de documents et écrits personnels à son décès
en 1790.
Partant de ce point de vue, la plupart des biographes ont examiné le voyage de smith sous l'angle de
la tristesse et 'ennui, en fonction des quelques lettres qui sont répertoriés dans l'excellent travail de
compilation réalisé par Mossner and Ross3.
Dans la lettre que nous reproduisons partiellement, lettre qui est bien connue de la majorité des
personnes ayant étudié le séjour de Smith à Toulouse, Il est bien fait mention du peu de contacts
que Smith et son élève le jeune Duc peuvent avoir dans le population du Languedoc. Smith rajoute
également.
Toulouse, 5 July 1764
« We have heard nothing, however, of these recommendations and have had our way to make as
well as we could by the help of the Abbé who is a Stranger here almost as much as we. The
Progress, indeed, we have made is not very great. The Duke is acquainted with no french man
whatever. I cannot cultivate the acquaintance of the few with whom I am acquainted, as I cannot
bring them to our house and am not always at liberty to go to theirs. The Life which I led at
Glasgow was a pleasurable, dissipated life in comparison of that which I lead here at Present. I
1
ROSS, Ian Simpson,1995,2010 , The Live of Adam Smith, Clarendon Press, Oxford,pp 195-210
2 STEWART Dugald, 1857, A memoir of Dugald STEWART,Thomas Constable,EDINBURGH,1857
3 MOSSNER,Ernest, ROSS, Ian, 1987, The Correspondance of ADAM SMITH,Clarendon Press,Oxford, lettre 87 et
88- Page 106-108.
3
have begun to write a book in order to pass away the time. You may believe I have very little to do 4.
Toulouse, 5 July 1764
« Nous n'avons cependant rien obtenu de ces recommendations et nous avons par nous même aussi
bien que possible avec l'aide de l' Abbé qui est un étranger ici presque comme nous même. Les
progrès que nous réalisons sont sont pas très importants. Le Duc n'a lié de relation avec aucune
relation cependant. Je ne peux cultiver les relations avec ceux avec qui je suis en contact puisque je
ne peux les conduire dans notre maison et je n'ai pas toujours la liberté d'aller chez eux.
La vie que je menais était un plaisir une vie presque frivole en comparaison de celle que j'ai à
l'heure actuelle. Dans le but de passer le temps j'ai debuté la redaction d'un livre. Vous devez croire
que je n'ai pas grand chose à faire. » Toulouse le 5 Juillet 1764.
Cet extrait de lettre a fait beaucoup pour la réputation du séjour des voyageurs écossais à
Toulouse.
Dans un premier temps les deux informations notables que nous pouvons tirer de cet écrit
sont :
D'une part A Smith éprouve de nombreuses difficultés à lier des relations avec les habitants de
Toulouse. Cela semble assez logique. Durant ce voyage Adam Smith est rappelons le ici, le « Bear
Leader », le tuteur d'un jeune aristocrate écossais le futur Duc of Buccleuch. Le voyage se fait à
l'initiative de Charles Townshend qui est un aristocrate anglais, un des membres les plus importants
du parlement qui deviendra bientôt, le ministre des finances du royaume en charge des relations
avec les colonies américaines, il sera le premier à proposer une taxation à travers le « Sugar Act »5
Le rôle de Charles Townshend est capital pour comprendre la deuxième partie de la vie de Smith.
En effet le brillant professeur de Glasgow déjà auteur d'un ouvrage de philosophie restera attaché à
la famille Buccleuch jusqu'à la fin de sa vie grace à une pension annuelle qui lui permettra d'avoir
une indépendance financière certaine.
Charles Townshend et Adam Smith organisent ensemble le voyage en Europe. Les préparatifs du
voyage sont d'ailleurs l'occasion pour Smith de rédiger un résumé de ce qu'il souhaite observer lors
de son séjour sur le continent , il nous livre ainsi dés l'année 1763, un fort bon résumé de son
ouvrage à venir la Richesse des Nations [RN].6
Le point principal est pour le beau-père du jeune Duc qui est toujours mineur, de familiariser son
beau-fils avec les problèmes politiques et économiques du Monde. En cette fin du 18° le Monde se
limite à l'Europe occidentale et singulièrement à la France, aux Provinces Unis et aux États
Allemands, pour un aristocrate anglais. Cependant Charles Townshend a lui-même effectué dans
sa jeunesse un séjour à l 'Étranger, principalement en Europe du Nord, à l'université de Leyden. Il
garde de son séjour un assez mauvais souvenir car trop proche de l' Angleterre et des querelles qui
s'y déroulent.
4
To DAVID HUME Address: A Monsieur, Monsieur Hume, chez L'ambassadeur de L’
Angleterre a Paris [readdressed to ‘Compiègne’]
5 NAMIER, Lewis, 1964, CHARLES TOWNSHEND, Macmillan & Co, London.
6 SCOTT,Robert,1965, ADAM SMITH AS STUDENT AND PROFESSOR, The Adam Smith lib, New-York.
page317-360
4
En Outre, Charles Townshend craint également beaucoup un séjour à Paris , qui est alors une ville
qu'il juge dangereuse tant pour les idées qui y circulent, que par la liberté des mœurs dont il semble
redouter les effets sur le comportement et l'éducation du descendant de la prestigieuse lignée
écossaise dont il a la charge.
C'est donc tout naturellement qu'il indique à Smith de se rendre à Toulouse, à l'époque la deuxième
ville du royaume. C'est à ce point vrai que les premières lettres qu'il adressera à nos voyageurs
peuvent apparaître comme de véritables lettres de contrôle pour savoir si nos écossais sont bien
effectivement à Toulouse.
Le fait que Smith s' intègre relativement mal à la vie de Toulouse peut également s'expliquer par de
nombreuses autres raisons que nous développerons cet aspect dans une thèse à paraître en 2012.
Cependant on peut indiquer rapidement : la mauvaise pratique du Français, mais également la
mauvaise connaissance de l'environnement et des circuits de pouvoirs dans une province où siègent
un parlement à Toulouse et une fois par an des États à Montpellier, ville distante de plus de 200
kilomètres.
Néanmoins le plus passionnant est que dans ce court extrait de cette lettre, nous découvrons un
Smith que l'on pourrait presque qualifier de Mondain. Cet aspect fait certainement partie de sa
personnalité mais ce n'est pas la caractéristique principale que mette en avant ses biographes,
préférant voir en lui un érudit ainsi qu'un professeur d'université plus tourné vers la vie universitaire
studieuse que vers les plaisirs d'un monde de fêtes et de divertissements.
Il faut dire pour sa défense si celle-ci a un sens, que la vie en Province ou dans les Provinces est très
loin de celle que l'on mène dans la capitale et que le désir de paix et de tranquillité studieuse que
cherchait Townshend pour nos deux voyageurs était ainsi parfaitement exhaussé.
Il est probable également que Smith se soit senti peu préparé pour un tel voyage. Le rôle de « Bear
leader » était en général confié à de véritables professionnels de la vie à l'étranger.
Ces personnes parlaient en général de multiples langues dont celle du pays du séjour. La plupart
du temps ces véritables professionnels passaient quelques années avec un ou plusieurs élèves puis
retournaient en Angleterre ou en Écosse pour prendre en charge un nouvel adolescent ce qui leur
permettaient d'avoir une bonne connaissance de certaines villes d'Europe ainsi que des réseaux de
connaissances puissants.
Or dans le Cas de Smith , rien de tout cela. Charles Townshend a privilegié la qualité intellectuelle
du tuteur. Ainsi, c'est un véritable Philosophe qui arrive à Toulouse. L'auteur de la Théorie des
Sentiments Moreaux publiée en 1759. C'est un véritable spectateur impartial qui va découvrir la
vie économique, judiciaire, et politique de la province du Languedoc.
Or observer , n'est pas agir et la compréhension des mœurs nécessite une longue période
d'observation dont le philosophe tout en restant parfaitement impartial saura mener à bien l'analyse.
Ainsi ,au dela du mondain qui semble impatient de prendre des contacts et de mener une vie de
plaisirs et pleine d'animations Adam Smith semble plus agir en spectateur et découvreur faisant
preuve de la prudence dont il fera souvent son thème philosophique principal.
Le second point que la plupart des biographes mettent en avant et pointent dans ce passage
épistolaire est le fait que Smith semble commencer la rédaction d'un ouvrage à Toulouse.
Beaucoup y ont vu les premières ébauches de la Richesses des Nations qui est ouvrage majeur que
Smith rédigera durant dix ans en séjournant de longues périodes à Kirkcaldy, (sa ville natale proche
d Edimbourg), en profitant bien sur de la rente qui est directement issue de son séjour en France et
de la reconnaissance éternelle de son jeune élève.
Or, nous l'avons rapidement mentionné, la Richesse des Nations [RN] était déjà dans l'esprit de
5
Smith avant son départ sous un titre d'ailleurs plus évocateur et qui devrait donner lieu à une
nouvelle recherche sur son origine exact celui de l' « Opulence de Nations ».
Aurait il-écrit dans ce cas qu'il s'agissait d 'un nouvel ouvrage même à son meilleur ami pour lequel
il avait peu de secret. Il est probable qu'il faille chercher ailleurs les premières intentions de Smith.
Le sujet devait en être tout autre et il est probable que en l'absence de toutes traces, soit le
manuscrit s'est perdu lors du séjour, soit il fut détruit à sa mort par son exécuteur testamentaire.
Car les premiers moments à Toulouse et la rédaction de cet ouvrage ne sont qu'une énigme possible
dont la seconde partie de cet article fera l'objet.
Le séjour de Smith et de son élève va cependant bientôt prendre un tour nouveau comme nous
l'indique la deuxième lettre fort célébre qui traite de son séjour dans le Sud de la France.
Toulouse, 21 Oct. 1764
« Our expedition to Bordeaux, and another we have made since to Bagneres, has made a great
change upon the Duke. He begins now to familiarize himself to French company and I flatter myself
I shall spend the rest of the Time we are to live together, not only in Peace and contentment but in
gaiety and amusement.
When Mr Scot joins us we propose to go to see the meeting of the States of Languedoc, at
Montpelier. Could you procure us recommendations to the Comte d’Eu to the Archbishop of
Narbonne and to the Intendant? These expeditions, I find, are of the greatest service to My Lord.
Iever am my Dear friend most Faithfully yours7 »Adam Smith
Toulouse le 21 Octobre 1764
« Notre expédition à Bordeaux ainsi qu'une autre que nous avons faites depuis lors à Bagnères8, a
permis un grand changement dans la conduite du Duc. Il commence maintenant à se familiariser
avec la société française et je me flatte moins même de pouvoir passer le temps qui nous reste à
séjourner ensemble nous seulement dans la paix et la sérénité mais également dans le calme et
l'amusement.
Lorsque Mr Scot nous aura rejoint nous nous proposons d'aller voir l'assemblée des états du
Languedoc à Montpellier.
Pourriez-vous nous procurer des recommendations auprès du Comte d' Eu, de l'archevêque de
Narbonne et de l'intendant. Ces expeditions, je pense, sont du meilleur effet sur le duc.
Je suis toujours mon cher ami votre plus fidèle ami. » Adam Smith.
Ainsi suivant un second courrier ou tout simplement un autre courrier qu'adresse Adam Smith à son
meilleur ami, en poste a Paris, le séjour se normalise aux yeux du philosophe. Les Voyageurs
prennent enfin contact avec les nombreuses familles aristocrates de Toulouse. Ils voyagent et
effectuent de multiples déplacements soit à Bordeaux et La Rochelle, soit encore pour assister aux
« États du Languedoc » qui siègent de Novembre à Janvier à Montpellier, l'autre capitale de la
province.
Mais plus encore que ces multiples séjours dans des villes du Sud de la France, c'est le contact
direct avec les aristocrates locaux qui est la grande avancée de l'été.
7
To DAVID HUME letter N°88 in The Correspondance of ADAM SMITH
8 Il s'agit de Bagnères de Bigorre, Bagnères de Luchon, plus proche de Toulouse ne possèdent pas à cette époque des
équipements pour accueillir des curistes précurseurs du Tourisme dans le Pyrénées.
6
Il faut noter par ailleurs que Smith ne parle pas de lui même, mais de son élève, il semble qu'il se
pose beaucoup de questions sur les bonnes méthodes à mettre en place pour que son protégé se
sente le mieux possible, mettant ainsi involontairement en avant son manque d'expérience.
Dans la recherche effectuée dans le cadre d'une thèse qui sera disponible dans environ douze mois,
le séjour des deux voyageurs sera bien sur décrit de manière plus explicite et probante, les
voyageurs ayant ici et là , laissés des traces nombreuses dans les correspondances.
Mais dans un premier temps, nous pouvons être sur qu'il séjourna dans la famille Noé ainsi que la
famille de Riquet-Bonrepos durant leur dernière années de séjour à Toulouse.
La Famille de Noé est une très ancienne famille installée à Toulouse depuis des Siècles. La famille
est d'origine Franque, elle se fixe à Toulouse dés l'installation des premiers comtes de Toulouse qui
suit immédiatement la période du royaume Wisigoth.
Au 18° siècle cette famille s'est installée des deux cotés de l' Atlantique. La famille tire maintenant
la plus grande partie de ses revenus de plantations dans laquelle elle fait travailler des esclaves
d'origine africaine. Les plantations sont situées sur l'ile de Saint Domingue et le comte Louis
Pantaléon de Noé sera un acteur actif de la guerre qui conduira dans quelques années à
l'indépendance d' Haiti. Il ne fait pas de doute que les conversations entre le comte de Noe qui
partage sa vie entre sa plantation , son hotel particulier à Toulouse son château proche de Toulouse
est été d'un grand intérêt pour un économiste qui démontrera toute l'ambiguïté du système du travail
forcé.
Durant ces mois d'été, Smith et son élève séjourne également dans la famille Riquet de Bonrepos et
en particulier au château de Bonrepos ou règne en maitre Jean Gabriel, Alexandre, Amable,
Seigneur de Bonrepos et de La valette, procureur général au parlement de Toulouse.
Riquet n'est autre que le descendant direct de l'entrepreneur9, Pierre Paul Riquet qui est à la fois le
principal ingénieur et financer qui est à l'origine du plus grand ouvrage du monde occidental à l'
époque où Smith le découvre. Il s'agit bien sur du « canal des deux mers » ou plus exactement du
Canal du Languedoc » tel qu'il est nommé dans ces années. Le canal permet de joindre la
méditerrané à l'atlantique par la Garonne qui devient navigable dans sa partie basse à partir de
Toulouse.
Le canal de plus de 240 kilometres permet de joindre par un trajet ingénieux, un système
hydraulique innovant, mais également par une succession d' écluses et d'ouvrage d'art, Toulouse à la
méditerrané. Le trajet de Toulouse à Bordeaux étant assuré par la Garonne qui est à cette époque un
fleuve navigable à partir de la grande jetée du Bazacle de Toulouse.
En ce milieu de 18° lorsque Smith est présent à Toulouse le canal est en exploitation depuis près
de 85 ans, presque un siècle. Cette période marque également l'apogée de son activité. Les capitaux
qui furent investis depuis un siècle on permit le développement d'un outil parfaitement rentable et
Jean Gabriel Riquet possède ainsi d' une source de revenus importante.
A cette même époque les canaux demeurent embryonnaires en Écosse, et l'on sait par la célebre
faillite de la « Bank Ayr » que lors de son retour en Écosse le Duc sur les conseils d' Adam Smith
investira dans les développement de telles infrastructures dans son pays.10
Adam Smith cite à de nombreuses reprises soit directement soit indirectement le Canal du Midi
dans la Richesses des Nations.
Il est certain que cet ouvrage hors du commun est été l'un des but de son voyage comme cela fut le
9 Voir Philippe Massot-Bordenave www.oeconomia.net/private/.../iufm2011-massot-entreprisecapitaliste.pdf
10 PATERSON, Len, 2006, FROM SEA TO SEA, Neil Wilson Publiishing, Glasgow
7
cas pour des aristocrates anglais11,comme le si bien nommé Duc de Bridgewater.
Ce véritable outil de régulation des marchés, tel qu'il peut apparaître à des économistes actuels, va
par sa fonction même équilibrer les échanges entre quelques provinces de la France méridionale.
Cette réalisation ne peut manquer d'impressionner l' Économiste, d'autant plus que les années de
son séjour comme nous l'exposerons dans nos travaux à venir sont des années riches en
événements tant d'ordre juridique avec la contestation régulière des privilèges, que d'ordre
économique avec une premiere tentative par François-Joseph de Choiseul alors ministre de louis
XV, d'une libéralisation complète et totale du commerce des Grains, alors fortement encadré et
réglementé.
Cependant outre sa richesse immense, à l'échelle locale, le comte Riquet possède également une
autre fonction celle de procureur général du roi auprès du parlement de Toulouse.
Cette fonction apparemment assez honorifique, pour un homme qui possède déjà un droit de justice
sur tout ce qui touche aux affaires du domaine du canal soit de Toulouse à Sète, n'est pas à cette
période précise, un simple honneur ou un titre permettant un revenu supplémentaire.
Durant les années 1762 à 1765, Toulouse et principalement le parlement de Toulouse vont se
trouver parties prenantes de l'un des procès et affaires judiciaires, les plus retentissants de la
période moderne.
Il s'agit bien évidement de l'affaire Calas rendue célèbre par l'intervention tardive de Voltaire.
Cette affaire si fit et cela est naturel grand bruit en France, elle fut aussi fort commentée en
Angleterre et en particulier au niveau du parlement britannique par les prises de paroles de Charles
Townshend.
A ce propos il faut prendre en compte que l'épouse du marchand Calas, Rose Caminel était
d'origine Anglaise.
En fait, elle était la fille d'un huguenot de Toulouse émigré depuis les années de la révocation de l'
Edit de Nantes à Londres, d'où l'intérêt porté à cette affaire. Outre le fait bien sur qu'elle était
apparu déjà pour l'époque une caricature de justice ou un exemple bien formel d'injustice.
Il ne faut pas de doute que l' affaire Calas suscita fortement l'intérêt d' Adam Smith puisque dans la
6 ème édition de son ouvrage de philosophie la Théorie des Sentiments Moreaux [TMS].
« The innocent man, on the contrary, over and above the uneasiness which this fear may occasion,
is tormented by his own indignation at the injustice which has been done to him. He is struck with
horror at the thoughts of the infamy which the punishment may shed upon his memory, and foresees,
with the most exquisite anguish, that he is hereafter to be remembered by his dearest friends and
relations, not with regret and affection, but with shame, and even with horror for his supposed
disgraceful conduct: and the shades of death appear to close round him with a darker and more
melancholy gloom than naturally belongs to them. Such fatal accidents, for the tranquillity of
mankind, it is to be hoped, happen very rarely in any country; but they happen sometimes in all
countries, even in those where justice is in general very well administered. The unfortunate Calas, a
man of much more than ordinary constancy (broke upon the wheel and burnt at Tholouse for the
supposed murder of his own son, of which he was perfectly innocent), seemed, with his last breath,
to deprecate, not so much the cruelty of the punishment, as the disgrace which the imputation might
bring upon his memory. After he had been broke, and was just going to be thrown into the fire, the
monk, who attended the execution, exhorted him to confess the crime for which he had been
11 MALET, Hugh , 1990, BRIDGEWATER, The Canal Duke, 1736-1803, Hendon Publishing Nelson, Manchester.
8
condemned. My Father, said Calas, can you yourself bring yourself to believe that I am guilty?12 »
Traduction Française;
L'homme innocent en revanche , en plus de la difficulté que cette crainte peut occasionner est
tourmenté par sa propre indignation au regard de l'injustice qui vient de lui être causé. Il est frappé
par l'horreur, par les sentiments d'infamies que pourrait faire porter sur sa mémoire une
condamnation et prévoit avec la plus irrépressible angoisse la façon dont ces plus chers amis et
relations se souviendront de lui , non pas avec regret et affection , mais avec honte et plus encore
avec horreur pour sa conduite supposée honteuse: et les affres de la mort lui semble alors
l'entouraient avec une triste et plus mélancolique obscurité qui sont habituellement les siens. De tel
accident pour la tranquillité de l'humanité ne devrait se réaliser que très rarement dans un pays.
Mais ils se produisent dans tous les pays, même dans ceux où la justice est en général bien
administrée. Le malheureux Calas, un homme pourtant d'une constance hors du commun ( il fut
roué et brulé à Toulouse pour le meurtre de son propre fils duquel il était parfaitement innocent)
sembla avec son dernier souffle, déprécier, non pas la cruauté du supplice, mais la disgrace
qu'apporterait cette action sur sa mémoire. Après qu'il est été battu et juste avant d'être jeté dans le
feu, le moine qui assister à son execution l'exhortation à se confesser des crimes pour lesquels il
avait été condamnés. Mon père dit Calas: Pouvez vous pensez vous même que je suis coupable ?
Ce court extrait de la Théorie des Sentiments Moraux dans sa dernière édition nous permet aussi de
penser que non seulement Smith durant son séjour
s' interrogea sur l'affaire Calas mais
également, qu'il ne la traita pas comme un simple affaire judiciaire des hommes mais plus comme
une affaire de justice, justice entre dieu et les hommes, justice entre les hommes, justice humaine.
S'il s'était référé à une simple affaire judiciaire comme cela fut souvent le cas pour les chroniqueurs
de l'époque, il aurait au moins émis un doute sur la culpabilité de Calas. Car bien que réhabilitait
dès 1765, le doute chez les juristes persistent encore en ce qui concerne la juste conduite de
l'enquête. Mais Smith, rejoignant ainsi les philosophes qui ont eu connaissance de l'affaire et faut y
voir principalement Voltaire, ne se sont préoccupés que de la justice des hommes, l'innocence de
Calas ne faisant pas de doute. Il est également curieux de ne pas trouver évoqué dans l'œuvre du
philosophe écossais les circonstances du procès et les raisons connues de la condamnation du
marchand Calas.
Tout cela met en avant la connaissance toute relative que Smith acquis de l'affaire durant son séjour
en Languedoc, une hypothèse peut en être la trop grande proximité des différents protagonistes et le
manque de recul qui ne lui aurait pas permis , d'avoir un exact jugement sur le cas, s'il avait évoqué
directement l'affaire judiciaire.
Pour se convaincre de cela il convient de revenir à la réalité du séjour et aux divers documents qui
décrivent les occupations de nos deux voyageurs dans les premières semaines et les premiers
contacts des Écossais. Ainsi donc, au dela de la première approche au travers de deux lettres que
Smith adressa à Hume, il est possible de dresser un premier schéma du séjour à Toulouse.
Entre les premiers mois décrit comme quelque peu ennuyeux, dus à la méconnaissance à la fois de
la langue et des mœurs de la province et la seconde partie du séjour avant la remontée vers Paris et
les villes du Nord de l' Europe qui se trouvera être plus agréable par la fréquentation des
12 The Theory of Moral Sentiments Part III.I.18 6 th Edition.
9
aristocrates locaux, le contraste est grand.
Une question demeure cependant: Si smith est aussi déçu des premiers jours de son voyage, c'est
probablement parce qu'il avait des attentes précises autour des premières semaines de ce voyage.
Il convient donc dans une seconde partie de revenir sur les premiers jours du séjour, non pas au
travers des lettres de Smith lui même mais d'un personnage souvent négligé par la plupart des
biographes.
Ce personnage qui demeure secondaire apparaît central alors qu'il s'agit de mieux comprendre
l'exacte volonté et l'exacte attente de Smith lors de sa venue en Languedoc.
Smith arrive à Paris à la fin février ( Il faut prendre en compte un décalage de 13 jours entre les
calendriers Anglais et Français de l' époque, un peu comme notre décalage horaire du temps actuel).
A Paris, sur la recommendation de Charles Townshend, qui est presque pour nos touristes une serie
d'ordres, en sa qualité de mécène de l'opération, ils doivent se diriger au plus vite vers Toulouse.
Dès l'arrivée de nos deux voyageurs à Paris, ils prennent donc contact avec David Hume qui est
depuis son séjour à Edimbourg dans les années 1740, un grand ami de Smith. Une amitié profonde
comme il peut en exister entre deux êtres d'exception qui chacun de leur coté marqueront la période
des Lumières en Écosse.
Une amitié qui ne signifie pas identité des valeurs et des idées mis en avant, mais fondée sur une
longue complicité des moments difficiles vécus ensemble et une entraide toujours indéfectible. C'est
d'ailleurs cette amitié qui semble également pousser Charles Townshend à ordonner au jeune Duc
d'écourter son séjour dans la capitale. Si Smith a été choisi comme précepteur du jeune aristocrate,
la fréquentation du sulfureux Hume ne saurait satisfaire un anglican pratiquant, relativement
austère. Le séjour à Paris se doit d'être bref, et mis à part Hume, ils ne fréquentent pas les salons
parisiens.
La totalité des rencontres avec les philosophes des lumières français, dont certains deviendront très
proches de Smith se fera dans la continuité du séjour en Languedoc lors de la seconde partie du
séjour qui prendre place à partir de Janvier 1766 pour la publication des derniers tomes de l'
Encyclopédie. C'est un événement qui fut considérable pour l' Époque et que Smith en homme de
livres et de sciences ne voulait en aucun cas manquer. Il obtient donc de son mécène, l'autorisation
de revenir à Paris ce qui termina le quasi-exil toulousain.
Mais durant le premier séjour à Paris en 1764, le secrétaire de l' Ambassade qu'est Hume, le
recommande auprès d'un lointain cousin, le Jeune Abbé Colbert. Le jeune Abbé Colbert porte un
patronyme célébre. Son nom complet n'est autre que Charles Colbert de Seigneley de Castle-Hill.
Étrange patronyme pour des personnes de notre notre période contemporaine qui mélange des
titres Écossais et des titres Français.
D'autant plus étranger quant on apprend que pour le titre français, Colbert de Seigneley notre abbé
n'a aucun lien de parenté direct avec le grand Colbert ou son fils Nicolas, ministre de la Marine.
L' abbé Colbert peut être considéré uniquement par son titre comme un symbole d'une France ,un
peu à bout de souffle où les réformes se trouvent bloquées par des institutions tournées vers un
passé glorieux que l'on cherche à perpetuer sans cesse.
En fait Charles Colbert est né en Écosse en 1736 dans la famille des Culhbert qui possèdent une très
ancienne Baronnie à Inverness13.
13 Voir l'article The Abbé Colbert , Bishop of Rodez: A Scot Enlightens the South of France ? Présenté dans le cadre du ECSSS le 8
juillet 2011 à Aberdeen.
10
Après la bataille de Culloden en 1745 qui marque la fin definitive des désirs d'indépendance de l'
Écosse ( pour les deux siècles à venir, la renaissance du sentiment nationaliste n'étant que très
récente) de nombreux écossais émigrent tant de manière volontaire ce qui est le cas de notre abbé
que de manières forcées, cela sera le cas au Bas Canada nouvellement conquis sur la France.
Sans fortune, mais ayant récupéré par les presque hasards de l'histoire un titre prestigieux notre
jeune élève ne peut que se tourner vers la carrière ecclésiastique qui est la seule possible pour un
jeune catholique sans fortune mais qui désire tenir son rang.
Heureusement, il existe à Paris un collège des Écossais qui abrite de nombreux émigrés jacobites
désireux de faire carrière dans le royaume.
Ce collège qui se trouve au quartier latin à Paris est lui même rattaché à l'université de la Sorbonne
ce qui garanti une certaine qualité dans les études. Notre jeune abbé va ainsi faire la connaissance
de Etienne Charles Loménie de Brienne (1723-1794) , personnage plus âgé de presque 20 ans dont
il suivra l'enseignement.
Loménie de Brienne appartient lui également à une très ancienne famille française qui a connue lors
de la fin du règne de louis XIV, une disgrace.
Il s'emploiera toute sa vie , avec l'aide de son frère qui lui choisit la carrière militaire et sous la
conduite de sa mère à redonner à la maison de Brienne un caractère brillant.
La famille bâtira sen particulier sur les terres de Brienne en Champagne un immense château qui s'il
ne brille pas par son esthétique sera conçu comme un lieu de travail pour de nombreux philosophes
des lumières. Le cardinal se montrant très généreux pour les multiples invités qui y séjournent
durant de longues semaines en été.
Ainsi soit parce qu'ils se trouvent une situation familiale commune, une famille ruinée qui cherche
un nouveau destin, soit plus vraisemblablement parce que en l'absence de fortune, Charles Colbert
de Seigneley de Castle Hill devient un parfait et docile exécutant, Brienne prendra en charge sa
carrière. Une étude approfondie de la correspondance permet également de penser qu au fil des ans
des sentiments presque paternels et filiaux se sont établis entre les deux célibataires.
La nombreuse correspondance de l' abbé Colbert qui deviendra plus tard évêque de Rodez,
president des assemblées de Hautes Guyenne, puis un député remarqué à l'Assemblée des états
généraux en 1789 avant de l'exiler en Angleterre où il mourra en 1811, permet également de
comprendre que ce lien de subordination ou affectif durera des années.
Ainsi l' Abbé Colbert qui est à l'époque de la venue de Smith dans un dénuement presque total, est
Vicaire général de l'archevêque de Toulouse.
Le rôle du vicaire est assez important puisqu'il est chargé de representer l'archevêque, lorsque ce
dernier n'est pas présent à Toulouse. Dans le cas de Brienne , cette fonction de représentation
deviendra de plus en plus importante puisque l'archevêque qui souhaite une gloire nationale sera
de moins en moins présent en Languedoc préférant son hotel parisien ( qui est actuellement le siège
du Ministère de la défense) ou son château de Champagne qui sera achevé dans les années 1770.
Mais lors de la venue de nos voyageurs, l' archevêque de Toulouse de retour d'un séjour à Rome
vient juste de prendre ses fonctions en janvier 1763 dans la capitale du Languedoc. Bien sur il
installa à cet même date un tout jeune abbé Colbert dans ses propres fonctions moins glorieuses et
rémunératrices.
Nous avons retrouver la lettre 14que l'abbé Colbert adresse à son cousin Hume lors de la venue des
14
National Library of Scotland, MS 23154.
11
deux voyageurs.
Elle permet de mieux comprendre les premiers jours de Smith à Toulouse:
Toulouse le 4 mars 1764
Je suis Flatté et reconnaissant, monsieur et Cher Cousin de l'honneur que vous me faites de
m'adresser Votre ami, Monsieur Smith. Il me paraît tout ce que vous dites dans votre lettre, un
homme d' Esprit et un honnête homme.
Il ne fait que d'arriver et je ne l'ai vu qu'un instant , j'espère que nous ferrons connaissance plus
particulièrement dans le suite.
Je suis fâché qu'il n'est pas trouvé M L' archevêque ici il y a environ deux semaines qu'il est
à Montpellier d'où il se rendra à Paris bientôt. Il m' témoigné une grande envi de faire
connaissance avec vous. , je suis sur que vous vous conviendrais beaucoup.
Je crains que ma longue soutane noire ne fasse peur à M le Duc of Buccleugh mais à cela pres, je
n'oublierai rien pour lui rendre le séjour de cette ville aussi agréable et aussi utile qu'il sera
profitable.
Une recommandation comme la votre est un motif puissant et respectable pour moi de faire tout ce
que je pourrai pour y répondre.
Je ne sais si vous voiés quelquefois madame la comtesse de Gacé, elle a du vous dire bien des
choses de ma moins je l'en ai priée dans une lettre que je lui ai écrite
Me voilà ici, cher cousin occupé moins agréablement que lorsque j'agis avec les belles dames de
Paris, mais ce temps pourrait encore revenir il faudra passer celui ci à présent.
Je vous prie de me croire avec une haute estime et un veritable attachement, Mon cher Cousin,
votre très humble et très obeisant serviteur et affectionné Cousin.
Contrairement à de nombreux biographes ( dont Skinner et Rae), il semble bien que dés leur arrivée
à Toulouse les voyageurs et soient accueillis par une personne et ne soient pas livrés à eux même.
Comme avec toutes les personnes qu'il rencontre Smith fait sur le jeune abbé, un excellent effet,
celui d'un homme courtois, d'une immense culture et d'une conversation aisée.
Il faut savoir également que l' Abbé Colbert s'il écrit en Français, parle un bon anglais puisque
originaire d'Écosse.
Dans de nombreuses lettres que nous avons découvertes, il se fait comme spécialité l'aide aux
réfugiés Écossais ou Irlandais qui fuyant une répression religieuse, se réfugient dans le très
catholique mais pas toujours très accueillant royaume de France.
Il semble que les premiers contacts soient d'autant plus favorables que les attentes de Smith sont
immenses.
D'une manière générale, Smith compte sur un réseau de connaissances pour mieux frequenter et
pénétrer un milieu.
Or pour la première fois de sa vie en venant à Toulouse, il ne dispose pas de réseau ni de véritables
recommendations. Son unique introduction est celle de l' abbé Colbert.
Néanmoins il est vrai que celui ci n'est pas un homme d'un grand pouvoir. Il porte une simple
soutane noire qui signe son intégration au clergé séculier ordinaire.
L' Abbé Colbert a bien compris également que le but du voyage est bien la formation du jeune Duc.
Il serait d'ailleurs utile de savoir de quoi devait être constitué cette éducation ?
12
Il est fort probable et cela nous le savons par les lettres que son beau père lui adresse , que le duc
doivent se former aux institutions de la justice , c'est à dire du parlement dans la ville de Toulouse.
Nous verrons que dans un deuxième temps , nos voyageurs se passionneront plus au
fonctionnement politique et économique en ce rendant aux états du Languedoc à Montpellier.
Les deux derniers points de la lettre souligne, sont d'une part une référence à des connaissances
communes, la Comtesse de Gacé, qui est une descendante de la Maison de Matignon et dont l'
Époux s'est illustré lors d' une expédition jacobite en Écosse.
Mais le point le plus important est bien l'existence et la définition exact des rapports entre Colbert et
son maitre, le Cardinal Loménie de Brienne.
Il apparaît clairement dans cette lettre que si Abbé Colbert est le destinataire de cette lettre , c'est
bien le futur Cardinal que Smith souhaite rencontrer.
Hélas ce dernier n'est pas présent lors de son arrivé à Toulouse. Le prélat est en effet souvent à
Paris, mais il voyage également souvent vers la seconde capitale du Languedoc à savoir
Montpellier.
Il faut également prendre en compte le fait que le cardinal n'est en poste à Toulouse que depuis
février 1763 il est donc logique que même si Brienne est d'une importance majeure, son réseau
social ne soit encore pas particulièrement développé.
Il n'est donc pas étonnant en fonction des des recommandations dont il dispose que Smith ne soit
pas bien accueilli à Toulouse et puisse passer pour un étranger, puisque en fait les personnes qui
vont à sa rencontre dans la ville n'y séjourne eux même que depuis quelques mois.
Arrivé à Toulouse après un long séjour au Vatican, il semble d'ailleurs que la nomination de
l'archevêque ne soit pas étranger aux troubles qui traversent la province du Languedoc à cette
époque.
Loménie de Brienne est cependant un personnage qui par sa formation en Sorbonne, ces amis
possède une convergence d'idée avec l'auteur de la Théorie des Sentiments Moraux.
Il est en effet très lié à l' Abbé Morellet15, et à Anne Robert Turgot. C'est trois personnages sont des
anciens étudiants de la Sorbonne. Ils se fréquentent depuis leurs années d'études.
Durant leurs années de Licence ils ont pour professeur puis comme guides spirituels les
encyclopédistes Diderot et D' Alembert.
L' Abbé Morellet deviendra un grand ami de David Hume mais également de Smith. Il en sera l'un
des premiers traducteurs même si sa traduction ne passera pas à la postérité.
De même Turgot par sa proximité intellectuelle restera un ami de Smith toute sa vie.
La rencontre de Smith avec les deux personnages que sont Morellet et Turgot n'interviendra que
plus tard lors de son retour à Paris en Mars 1766.
La rencontre avec Loménie de Brienne est donc capitale pour Smith d'autant plus que Loménie de
Brienne n'est pas devenu archevêque de Toulouse par hasard.
Il est en effet l'auteur d'un petit opuscule publié en Mai 1754 et qui a pour titre le Conciliateur.
L'ouvrage ne lui est pas attribué dans un premier temps mais dans ses mémoires l' Abbé Morellet est
15 « Je ne contenterai ici de rappeler la discussion, j'ose dire très approfondie que nous avions faite pendant le cours de
notre licence , M Turgot, l' abbé de Brienne et moi , de cela grande question de la Tolérance civile des opinions
religieuse. » Extrait des Mémoires de L'abbé Morelet Paris 1823, Editions Baudoin Frères, Paris.
13
formel pour lui en attribuer la paternité.
Cet ouvrage ayant pour sujet principe la tolérance religieuse et le souci de justice en ce qui concerne
cette tolérance, Turgot ayant renoncé depuis quelques temps à la carrière ecclésiastique il est
logique que au nom du trio , il prenne en charge la publication de cet ouvrage.
Sur la rédaction de l'opuscule Morellet nous livre dans ses souvenirs quelques détails d'intérêt
pour une approche historique de l'environnement de l'écriture du mémoire:
« Une autre question plus importante ramenait encore en ce temps-là, cette même question16 de la
tolérance religieuse et civile.
Une autre question plus importante ramenait encore en ces temps-là, cette même question. On
accusait les protestants de remuer en Languedoc pour obtenir la liberté de leur culte. En attendant,
ils se mariaient au désert; ils faisaient baptiser leurs enfants pas des curés, de qui on obtenant de
ne pas faire mention de la religion des pères et mères: ils se plaignaient amèrement d'être exclus
des emplois publics; ils demandaient à redevenir CONCITOYENS de leurs Frères.
Nous nous occupions fortement de tout cela et entrainé par l'esprit philosophique, qui avait
commencé à prendre un libre essor dans le grand ouvrage de Montesquieu17 et deans
l'encyclopédie, ceux d'entre qui avaient le plus de sève ne balancèrent pas entre les deux opinions et
bravant les préjugés de l'école et la fausse politique se déclarèrent pour la tolérance civile en
s'efforçant de la distinguer de la tolérance ecclésiastique ».
Dans « le conciliateur » que l'on peut considérer comme un traité de tolérance religieuse et
pourquoi pas en utilisant des termes assez contemporains de présentation d'une forme de société
laïque , règne entre les citoyens, la justice quelque soit leurs croyances et le choix de leurs
religions.
« Le conciliateur » fixe ainsi le rôle de chaque représentant de la société.
La filiation avec l'esprit de lois est ici assez évident permettant une division des emplois pour ne pas
dire une division des classes fixant à chacun ses obligations.
Loménie de Brienne adresse une lettre fixant au roi ses devoirs dans les Extraits du conciliateur18:
Il doit dire aux protestants; Je gémis et je dois gemir de vous voir sépares de l'unité;la persuasion
où je suis que la vérité ne se trouver que dans le sein de l 'Église catholique et que la tendresse que
j'ai pour vous ne me permettent pas de voir votre sort san douleur mais quoique vous soyez dans
l'erreur je ne vous traiterai pas moins comme mes enfants. Soyez soumis aux loix; continuez d'etre
utile à l' état dont vous êtes membres et vous trouverez en moi la même protection que mes autres
sujets. Mon apostolat est de vous rendre tous heureux.
Bien sur, dans ce milieu du 18° siècle et pour un abbé, même si cet abbé n'est qu'un auteur caché la
prépondérance de la religion catholique ne saurait être remise en cause.
La question ne se pose pas. Si le principe n'est pas remis en cause et même mis en avant c'est
uniquement que certains choisissent un mauvais chemin. Ces personnes de doivent pas être
persécutées pour ce mauvais choix. Mais tout dois être mis en ouvre pour faire comprendre l'erreur
puisque le salut est à ce prix.
16 Il s'agit de la Tolérance Religieuse et du sentiment de justice dans l' accès au professions et au traitement juste et
équitable des habitants d'une ville ou d'une province.
17 Il fait ici référence à l' Esprit des lois ouvrage majeur de Montesquieu qui paraît entre 1748 et 1750.
18 Le Conciliateur, ou lettres d'un ecclésiastique à un Magistrat sur les affaires présentes par feu M Turgot, ministre et
secrétaire d' État. En fait le texte est de l' Abbé Loménie de Brienne, futur Cardinal, Paris 1788.
14
Il doit dire aux évêques:
Personne ne respecte plus que moi votre voix, je suis soumis à vos decisions,; je n'aurais d'autre foi
que la votre: mais je ne me mêlerai des affaires de la religion.
Voici donc la conduite idéale que doivent tenir les évêques. Ne prendre en compte que du fait
religieux, n'agir que dans le champ de ce dernier.
Cette reflexion est extrêmement novatrice dans le siècle. Elle est me assez contradictoire avec
l'évolution récente de l' Église et la part de plus en plus importante qu'elle prend dans le
développement de l'activité économique.
Les assemblée du clergé sont dans beaucoup de provinces de véritables institutions qui participent
du choix et des orientations du développement économiques dans les domaines de la vie de la
proto- industrie naissante mais également dans le domaines des progrès agricoles qui commencent
à modifier l' aspect des les campagnes de France.
Dans le Languedoc en particulier, durant les dernières années de la période moderne, les hommes d'
Église souvent du fait de l'abandon de ces questions par les aristocrates, reprendront aux travers de
multiples innovations la gestion politique et économiques des états.
Même si l'on considère que le poids des États ( États du Languedoc ou de Bretagne) est
relativement marginal au niveau d'une administration qui se veut centrale et royale il faut prendre en
considération que le religieux aura jusqu'à la révolution un poids prépondérant au niveau local.
A titre d'exemple , l' archevêque de Narbonne présidera les États de Languedoc jusqu'à la fin de la
période moderne...
Il doit dire aux parlements:
Mon autorité et la votre se confondent, je vous ai confie mon pouvoir , et je ne songe pas à le
retirer; mais vous ne pouvez en avoir plus que moi-même; je n'en ai aucun dans l'ordre spirituel
mon empire n'est pas établi pour sauver les ames votre juridiction ne peut donc avoir plus
d'étendue; laissez aux évêques le soin de terminer les divisions de l'église ayez seulement attention
que mes sujets ne soient pas inquiétés dans leur honneur dans leur fortune dans leurs vies. Referez
vous tout ce qui les regarde comme citoyens; laissez à l'église tout ce qui les regarde comme fidèles.
Le rôle du parlement est ainsi central, il le sera dans la grande affaire qui se déroule à Toulouse
lors de l'arrivée de Smith à Toulouse.
Ainsi nous l'avons dit, lorsque Smith arrive à Toulouse, l'affaire Calas est une affaire locale qui
connait maintenant une une résonance nationale.
Loin de nous l'idée de donner un avis quelconque sur cette affaire, il faut juste indiquer que l'affaire
Calas peut se diviser en deux grandes affaires19.
Une affaire judiciaire qui se déroule du 13 Octobre 1761 à 1762 en passant par les journées
capitales si l'on peut dire que sont le 10 mars 1762 , le jour de sa condamnation à mort suivi de son
exécution,.
L'année 1765 voit sa réhabilitation posthume totale ainsi que celle de sa famille en exil.
Mais au coté de l'affaire judiciaire le Cas , se déroule l'affaire Callas ou il est question beaucoup
plus question de justice que de procédure.
Dans ce cas c'est Voltaire qui par son traité sur la Tolérance en 1763, puis par son intervention
auprès du roi directement permet enfin une réhabilitation tardive en 1765.
19 BIEN, David , 1987, Traduction Philippe WOLF, L' AFFAIRE CALAS, ECHE Toulouse.
15
Il fait en cette période, de l'affaire Calas, le premier cas où l' opinion publique joue un rôle au
niveau national, comme cela sera le cas lors de procès futurs, celui de Dreyfus devant en être
l'exemple le plus extrême.
Durant ces années on le comprend, les deux niveaux s'entrechoquent dans les arguments, dans le
temps et au niveau des acteurs qui sont quelque fois fort éloignés géographiquement.
Adam Smith arrive à Toulouse en Mars 1764, l'affaire judiciaire qui concerne principalement la
cour ordinaire de justice qui est constituée par les capitouls de Toulouse ainsi que la juridiction
d'appel qui est le parlement de Toulouse ont rendu leur justice. La mort de l'infortuné commerçant
est déjà intervenue.
Calas, si l'on en croit les tristes chroniques de Pierre Barthès20, a été exécuté avec en Mars 1762 au
grand soulagement de la population. L'opinion publique de Toulouse étant à cette époque fortement
tournée vers une religion catholique qui est proche d'une adoration idolatre.
De manière presque symbolique d'ailleurs, Smith et son élève vont choisir d' habiter un Hotel
particulier proche du lieu d'exécution de Calas quelques mois au auparavant.
Nous savons cependant par le récit Pierre Barthès que la société Toulouse était d'une manière
générale, une société violente et il n'était pas rare que les exécutions capitales aient lieu à Toulouse
tous les mois, la mort étant infligée même pour des délits relativement mineurs.
En ce qui concerne l'affaire juridique, elle se déplace à Paris, par l'intervention de Voltaire.
Il s'agit d'une véritable nouvelle affaire où les arguments utilisés pour convaincre les magistrats sont
plus d'ordre de la philosophie et des concepts d'organisation de la justice que pur examen des faits
qui ne peuvent plus être correctement pris en compte.
Cette affaire est assez étrangère à Toulouse et la décision qui en résultera devra être imposer par le
Roi aux divers pouvoirs locaux.
Le parlement de Toulouse a déjà connu avec l'affaire Fitz-James au cours de l'année 1763, une
querelle violente dont il ne sortira pas gagnant.
Les querelles entre les parlements et le roi sont multiples et ne vont aller que croissantes.
Bien qu'à l'origine non tournée vers le parlement de Toulouse la « réforme Maupéou » du nom du
garde des Sceaux de cette fin de règne de Louis XV en sera l'apothéose.
Voltaire lui même a bien identifié l'origine de l' injustice de l'affaire Calas et s'en prendra
directement à l'ensemble des Parlements dont singulièrement à celui de Toulouse et à leur mode de
fonctionnement.
Mais il est facile de penser que pour un Adam Smith , spectateur impartial de « l'affaire Calas » le
décalage soit grand entre les deux affaires.
Dans la lettre du 5 Juillet 1764 adressée à Hume depuis Toulouse , Adam Smith fait référence à son
travail d'écriture. Il déclare que devant son ennui où plus exactement son manque d'activité, il
20 Les Chroniques de Pierre Barthès sont un document unique manuscrit écrit par un répartiteur au college de
l'esquille. Bar thés les définit lui même comme suit : Un recueil des choses dignes d'être transmises à la postérité
arrivées en cette ville. Les Chroniques sont disponibles sur le site internet de la bibliothèque de la ville de Toulouse.
16
souhaite ou désire commencer l'écriture d'un livre.
Nous savons par ailleurs bien que cela soit assez peu développé ici que sa situation va changer
radicalement dans les mois qui suivent car après un séjour sur des lieux de villégiatures , il va
intégrer les cercles intellectuels et aristocratiques de Toulouse fréquentant les familles Riquet de
Bonrepos, Riquet- Caraman, ainsi que la famille de Noé qui sont par ailleurs toutes liées par des
alliances plus ou moins proches.
Nous savons également que même si l' abbé Colbert lui ne fit pas une impression d'un homme
mondain et ayant de nombreuses connaissances, ce dernier va durant deux ans être un véritable
compagnon de voyage pour Smith et son élève.
De nombreuses lettres de l' Abbé Colbert jusqu'à l'heure peu exploitées permettent ainsi de suivre le
séjour de Smith de manière assez précise.
Nous savons enfin que avant avant son départ d' Écosse Adam Smith a remis à Charles Townshend
qui est non seulement le financier du voyage puisque le jeune duc n'est pas encore majeur mais
également le mécène de Smith qui lui accordera jusqu'à la fin de sa vie une pension, une premier
version , un résumé ( Draft) de l'ouvrage futur la Richesse des Nations qui ne sera publiée que 10
ans plus tard.
La grande majorité des biographes ont vu dans les quelques mots de la lettre de Smith la preuve
que le début de la rédaction de la richesses des Nation se situe à Toulouse.
Leur idée étant que la Richesse des Nations ayant été le seul publié après le retour de Smith , il ne
pouvait s'agir que de cet ouvrage.
Or outre le fait que la rédaction prendra dix ans à Smith rien ne permet une telle déduction.
L'ensemble des éléments présentées ne vont pas dans ce sens, et le mystère demeure entier sur le
contenu du travail.
Formons cependant ici une hypothèse que cet ouvrage débuté à Toulouse ait porté sur la justice
partant de ce presque fait divers qui fut transformé en affaire d'état: l'affaire Callas.
La rencontre avec Loménie de Brienne qui a lieu dès les premiers jours ou semaines qui suivent son
arrivée, l'oriente vers un ouvrage sur la justice.
C'est en effet un homme qui par la publication de son ouvrage, le Conciliateur fait preuve d'une
vision tout à fait novatrice et universelle. Son poste à Toulouse, de retour du Vatican, est tout sauf
du au hasard.
La fréquentation de l'abbé Colbert lui offre par ailleurs le coté plus judiciaire de l'affaire Calas qu'il
peut ainsi mieux comprendre de l'intérieur.
Mais les contradictions et les difficultés à comprendre les dessous de cette affaire qui n'est pas close
dans sa partie justice doivent rendre la tâche fort délicate.
Un dernier point va dans le sens de cette hypothèse.
La vision du spectateur impartial que Smith développe dans la TMS lui permet de comprendre
l'affaire sous ces deux aspects.
Il peut comprendre au travers du spectateur la vision judiciaire de l'affaire qui est une affaire de
justice locale , de justice fermée.
Aux yeux des différents protagonistes de ce cas juridique et sous le regard du spectateur la justice
est parfaitement rendue.
Bien sur il s' agit d'une justice parfaitement injuste car elle est fondée sur le fait d'une conversion et
d'une absence totale de tolérance ou de conciliation mais elle demeure juste pour les protagonistes
17
directement en prise avec la réalité de la petite ville ou de la province.
D'un autre coté dans le cas de la grande affaire Calas il s'agit d'un cas de justice ouverte, de justice
universelle et dans ce cas bien sur le jugement du spectateur impartial ne peut être différent.
Smith peut donc comprendre de deux façons différentes le cas avec le même système de référence,
ce qui n'est pas sans doute facile pour lui.
Si le livre commencé à Toulouse porte sur l'affaire et plus généralement sur l'affaire de justice il
n'est pas impossible que cette double présentation soit apparue tout de suite délicate.
Pouvons-nous cependant conclure à l'abandon de l'ouvrage ? Cela serait trop simple.
Nous savons par ailleurs que la TMS a connu six Editions depuis la première en 1759 jusqu'à la
dernière qui est publiée en 1790 quelques mois avant sa Mort.
Nous savons également que loin d'être de simples ré éditions, les nouvelles parutions sont des
refontes importantes de l'ouvrage.
La plus important, ou jugée comme telle, semble être celle de l' Edition II , ou le concept du
Spectateur Impartial est largement développé est mis en valeur.
Cependant il devrait être utile de comparer les versions suivantes pour comprendre et mettre en
evidence des passages de l'ouvrage sur la justice et en particulier sur l'affaire qui auraient pu être
modifier par la perception de l'affaire.
Même si nous savons que Smith n'a que peu mentionné directement l'affaire, il s'agit la d'un travail
passionnant à effectuer.
Ainsi si le spectateur impartial traite de manière ambiguë une affaire juridique des plus importante,
Adam Smith éclaire d'un jour nouveau la seule référence direct au cas que nous pouvons trouver
dans l'édition la plus traduite en Français, à savoir la dernière parue , peu de temps avant sa mort.
Dans son texte l'affaire calas est traitée non pas en tant qu' affaire judiciaire ou affaire juridique
mais uniquement par rapport à des sentiments humains de compassion en mettant néanmoins t en
évidence son innocence.
Un peu comme si devant un tel sujet, les capacités d'analyse de Smith avaient brutalement disparu
devant le drame humain.
Cela doit devenir un point d'interrogation pour tous les économistes qui ne voient en lui que
l'inventeur froid et méthodique d'un golem manipulant les hommes, leurs passions et leurs intérêts,
uniquement constitué d'une main qui devait demeurer elle-même, à jamais invisible.
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