Mise en contexte
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Mise en contexte
Recension des écrits et des meilleures pratiques pour soutenir efficacement l’autogestion en maladies chroniques Anne Smith, M.Sc Courtière de connaissances Janvier 2012 ‐ 1 ‐ Référence suggérée : Smith, A., Recension des écrits et des meilleures pratiques pour soutenir efficacement l’autogestion en maladies chroniques. Longueuil : Agence de la santé et des services sociaux de la Montérégie, janvier 2012, 10 p. Ce document est disponible en version électronique sur le portail extranet de l'Agence, http://extranet.santemonteregie.qc.ca, onglet performance et innovation, sous gestion des connaissances. Il a été produit à titre d'information générale. Les opinions exprimées dans ce document n'engagent que ses auteurs, et non l'Agence de la santé et des services sociaux de la Montérégie. Ce document peut être reproduit ou téléchargé pour une utilisation personnelle ou publique à des fins non commerciales, à condition d'en mentionner la source. ‐ 2 ‐ TABLE DES MATIÈRES Messages clés ...................................................................................................................................... 1 Mise en contexte ................................................................................................................................ 4 État de situation en autogestion dans les services de soins en maladies chroniques ........... 5 1. Définition de l’autogestion en maladies chroniques ......................................................... 6 2. Impact de l’autogestion sur la santé des individus ............................................................ 6 3. Normes de bonnes pratiques en autogestion.................................................................... 7 3.1 3.2 3.3 3.4 Définition et fondements de l’entretien motivationnel ............................................. 7 Impact de l’entretien motivationnel sur l’autogestion .............................................. 8 Impact de l’entretien motivationnel chez l’intervenant ............................................ 8 Outil d’évaluation de la motivation en changement de comportement ................. 9 Conclusion ............................................................................................................................................ 9 Références bibliographiques .......................................................................................................... 10 ‐ 3 ‐ Recension des écrits et des meilleures pratiques pour soutenir efficacement l’autogestion en maladies chroniques Messages clés 1. L’autogestion est un pilier du Chronic Care Model (CCM) dans les suivis cliniques en maladies chroniques; 2. L’autogestion a le potentiel de renforcer la participation active des patients dans la gestion de leur maladie; 3. L’autogestion intégrée en première ligne permet d’établir un réel partenariat avec le patient, d’améliorer significativement leur qualité de vie et de réduire les coûts de santé liés aux maladies chroniques et ses nombreux impacts; 4. L’offre de soutien à l’autogestion est une norme d’appréciation évaluée par le programme du Conseil canadien d’agrément des services de santé; 5. Les professionnels de la santé doivent être outillés et soutenus pour accompagner efficacement les patients dans les changements de comportements; 6. Plusieurs études ont démontré l’efficacité de l’entretien motivationnel comme stratégie en autogestion dans les milieux cliniques; 7. La motivation est le moteur de tout changement de comportements; 8. Une structure d’encadrement clinique est fortement recommandée pour soutenir le développement des aptitudes et habiletés en autogestion par les professionnels. Mise en contexte Dans le plan de travail du RCA santé physique 2011‐12, le sous‐groupe de travail en maladies chroniques s’est fixé comme objectif d’identifier un modèle régional en autogestion pour améliorer les soins et services en première ligne. Ce modèle, basé sur les données probantes, devrait outiller les intervenants à soutenir plus efficacement la clientèle dans leur autonomie face à la gestion de leur maladie chronique et ses impacts. Pour l’identification d’un modèle idéal, la Direction des ressources humaines internes et externes de l’Agence appuie les acteurs impliqués pour planifier la mise en place d’une stratégie de formation pour le réseau. ‐ 4 ‐ État de situation en autogestion dans les services de soins en maladies chroniques Une enquête canadienne effectuée auprès de personnes atteintes de maladies chroniques (Conseil canadien de la santé, 2010) révèle que 40 % n’ont pas eu de soutien en autogestion et n’ont pas eu de plan d’intervention individualisé (PII) durant la période d’évaluation d’une année. Pour combler ces lacunes, le Conseil canadien de la santé recommande fortement l’implantation de stratégies de renforcement de l’autogestion chez cette clientèle. En novembre 2011, lors d’une rencontre des responsables en maladies chroniques de la Montérégie, une évaluation des pratiques en autogestion a permis de dresser un portrait sommaire. Il en est ressorti les observations suivantes : • • • • Absence de modèle de référence systématique pour évaluer la motivation des usagers; Manque de consensus dans la définition du concept de la motivation; Manque d’outils pour évaluer les besoins de suivis; Absence de formation sur un modèle en autogestion. La gestion des maladies chroniques est un phénomène complexe, car ces patients peuvent être atteints de plusieurs problèmes de santé chroniques. Le fléau des complications demeure onéreux pour le système de santé. Les cliniciens doivent souvent intervenir auprès d’usagers éprouvant des difficultés à gérer activement leur maladie chronique et souffrent de répercussions psychologiques de celle‐ci. Dans ce contexte, le patient doit devenir un partenaire actif. Ce dernier possède des compétences et expériences à consolider (Karazivan, Dumez, & Lebel, 2011). Il devient difficile d’améliorer la santé sans obtenir l’engagement des professionnels et des usagers à modifier des comportements (Coleman, Mattke, Perrault, & Wagner, 2009). Devant l’ampleur des problèmes, il est crucial que les professionnels développent de solides habiletés pour soutenir l’adoption et le maintien de bonnes habitudes de vie. Les compétences en soutien à l’autogestion sont décrites comme des pratiques exemplaires. Il est important de souligner que l’offre de soutien à l’autogestion est une norme du programme du Conseil canadien d’agrément des services de santé (CCASS) (Conseil canadien d'agrément des services de santé, 2008). Selon ce programme d’agrément, cette norme est inscrite sous le libellé « Aider les clients à gérer eux‐mêmes leur santé ». L’autogestion est évaluée à partir des paramètres suivants : • • • Des programmes de soutien à l’autogestion sont offerts selon diverses approches; Les intervenants évaluent et consignent les besoins des personnes atteintes de maladies chroniques en soutien à l’autogestion; Les stratégies d’autogestion visent la résolution de problèmes physiques et émotionnels pour l’usager et sa famille. ‐ 5 ‐ 1. Définition de l’autogestion en maladies chroniques Il est important de noter que dans la littérature, il existe une variété de définitions en autogestion. L’autogestion fait référence à l’acquisition de capacités personnelles dont la motivation pour gérer sa maladie. Il représente une des 6 composantes essentielles du Chronic Care Model de Wagner qui a été adopté comme modèle de référence en maladies chroniques. Réf. : Conseil canadien de la santé. 2010. http://publications.gc.ca/collections/collection_2011/ccs‐ hcc/H173‐1‐2‐2010‐fra.pdf, p. 8. Par contre, il y a un consensus quant aux suivis de routine qui devrait être fait par les cliniciens. Les aspects visés par l’autogestion sont : • • • • Le changement dans les saines habitudes de vie; L’adhésion à la prise de médicament; Le développement des habiletés et des aptitudes face au plan de traitement et de contrôle recommandé (injections, monitorage de la glycémie); La consolidation de la confiance en ses capacités dans la gestion des aspects physiques et émotionnels de leur condition de santé. 2. Impact de l’autogestion sur la santé des individus L’implication du patient dans son processus de soins lui confère plus d’autonomie et renforce ses capacités à faire des choix éclairés. Les habiletés d’autogestion chez les personnes atteintes de maladies chroniques maximisent la qualité de vie et le respect du plan de traitement (Conseil canadien de la santé, 2010). ‐ 6 ‐ Plusieurs études ont clairement démontré que les programmes d’autogestion contribuent significativement à réduire les admissions à l’hôpital diminuant ainsi les coûts de santé (Effing et al., 2009). L’autogestion vise particulièrement les personnes résistantes ou ambivalentes aux changements de comportements ayant une incidence sur leur maladie chronique. Une revue systématique(de Silva, 2011), révèle avec un niveau de preuve élevé, que le soutien de l’autogestion améliore plusieurs aspects chez l’usager dont : • • • • Sa motivation à adopter de saines habitudes de vie; Ses attitudes face aux problèmes de santé; La résolution de problèmes; Sa participation active dans le plan de traitement. D’autres auteurs (de Silva, 2011; Warm, 2007) soulignent que l’autogestion intégrée dans les continuums de services a le potentiel de renforcer l’autonomie et la santé des usagers, réduisant ainsi les coûts de santé. L’apport des interventions en autogestion améliore donc significativement la qualité des soins. En 2003, une revue systématique sur l’impact de l’autogestion chez les patients atteints de MPOC a permis de confirmer la réduction du nombre de visites à l’urgence et une meilleure adhésion au traitement (Effing et al., 2009). 3. Normes de bonnes pratiques en autogestion Le soutien à l’autogestion représente la meilleure stratégie pour favoriser le changement de comportement. Tout modèle d’autogestion devrait comprendre les deux grandes composantes suivantes (de Silva, 2011) : • Les techniques et outils d’intervention; • Une transformation fondamentale dans le partenariat patient‐professionnel. Diverses approches existent dont : la résolution de problèmes, l’empowerment, l’approche sociale‐cognitive, l’entretien motivationnel (voir carte cognitive en annexe). Ces approches peuvent être utilisées par tout professionnel de la santé dont les infirmières, les médecins, les nutritionnistes, les travailleurs sociaux, psychologues et les kinésiologues. Selon la littérature et les pratiques exemplaires recensées, l’entretien motivationnel se démarque parmi ces approches. Ce dernier a été démontré très efficace pour stimuler et engendrer des changements de comportement dans divers domaines tels que la toxicomanie, incluant le tabagisme, les infections transmises sexuellement et par le sang et les maladies chroniques dont le diabète. 3.1 Définition et fondements de l’entretien motivationnel Miller et Rollnick (Miller & Rollnick, 2006) ont développé le counseling en entretien motivationnel. Ils le définissent comme une méthode directionnelle et centrée sur l’usager pour modifier un comportement problématique (Martel & Leaune, 2009). C’est une technique individuelle permettant d’explorer la motivation intrinsèque au changement de comportement. Le professionnel évalue méthodiquement avec la personne sa motivation, en explorant ses ambivalences et en sollicitant sa participation à identifier ses besoins afin de fixer des objectifs réalistes et quantifiables. Puis, l’intervenant consigne clairement les besoins de l’usager, ce qui assure une meilleure continuité de soins. Un outil ‐ 7 ‐ sera présenté à la section 3.4, car il permet de statuer le niveau de motivation de l’individu pour initier ou maintenir un changement de comportement souhaité. Le comportement de l’usager devient donc un déterminant du pronostic, et ce, particulièrement dans le domaine des maladies chroniques. L’entretien motivationnel axé sur le degré de motivation augmente l’efficacité des conseils thérapeutiques en potentialisant l’efficacité individuelle. 3.2 Impact de l’entretien motivationnel sur l’autogestion Plusieurs études empiriques démontrent l’efficacité de l’entretien motivationnel comme étant une stratégie très efficace. Cette efficacité se mesure au‐delà d’une période de 2 ans (Centre for Reviews and Dissemination, 2011). D’autres auteurs (Rollnick, Butler, Kinnersley, Gregory, & Mash, 2010) précisent avec un niveau de preuve élevé les bienfaits sur les paramètres suivants : • • • • L’indice de masse corporelle; Le taux de cholestérol; La pression artérielle systolique; La consommation de drogue et alcool. De plus, une méta‐analyse (Rubak, Lauritzen, & Christensen, 2005) confirme une efficacité clinique sur des problèmes de santé physiologiques et psychologiques en première et deuxième ligne dans les domaines suivants : • • • • En toxicomanie; En diabète; Pour le traitement de l’asthme; En activité physique. L’efficience de l’entretien motivationnel a également été démontrée auprès de clients souffrant d’embonpoint ou d’obésité sur la perte de poids (Armstrong et al., 2011). 3.3 Impact de l’entretien motivationnel chez l’intervenant Le rôle d’accompagnateur en changement de comportement des professionnels de la santé dépasse celui de l’expert‐conseil. Ce rôle est considéré comme un processus individualisé pour soutenir l’individu ambivalent ou réticent aux changements dans ses habitudes de vie. L’évaluation de la motivation devient cruciale pour permettre à chaque individu d’exercer plus de contrôle sur les symptômes physiques et émotionnels présents. Par une écoute active, l’entretien motivationnel permet aux professionnels d’être moins directifs, plus concentrés sur les besoins et les capacités de l’usager (Rollnick et al., 2010). Ces compétences spécifiques guident les entrevues. L’acquisition de cette expertise requiert temps et soutien clinique. ‐ 8 ‐ 3.4 Outil d’évaluation de la motivation en changement de comportement L’évaluation de la motivation est une habileté fondamentale pour bien accompagner le changement (Bundy, 2004). Actuellement dans le réseau de la santé et des services sociaux au Québec, certains professionnels ont adopté un outil de mesure de la motivation. Cet outil, développé à partir du modèle transthéorique de Prochaska Diclemente, est une méthode simple d’intervention brève pour accompagner le processus de changement de comportement. Il est dynamique et évolutif. Les avantages de cet outil sont : • • • Aider à structurer les entrevues; Faciliter l’évaluation de l’intention de changer de comportement à partir de cinq étapes (précontemplation, contemplation, préparation, action, maintien et rechute) Permet au clinicien d’adapter son intervention selon l’étape propre à l’usager, ici et maintenant. Il est préconisé dans les centres d’abandon du tabagisme (CAT) en CSSS. De plus, son utilisation chez des patients en réadaptation cardiaque a permis d’améliorer significativement plusieurs comportements de santé (McKee, Bannon, Kerins, & Fitzgerald' G., 2007) dont : • • • La diète; La pratique de l’exercice; La gestion du stress. Conclusion Tel que cité précédemment, plus de 40 % des personnes atteintes de maladies chroniques au Canada ne reçoivent pas le soutien nécessaire à l’autogestion. Il devient manifestement primordial d’être proactif afin d’outiller les intervenants à promouvoir l’autogestion. Pour ce faire, il est recommandé de consolider la qualité, la pratique par le biais de formation et de supervision d’un modèle en autogestion. Selon les données probantes, l’entretien motivationnel contribue à intégrer le bien‐être physique et émotionnel des patients (Anstiss, 2009). Toutefois, une structure d’encadrement et de soutien de la pratique s’avère essentielle pour le développement optimal de ces nouvelles compétences cliniques en soins de première ligne. Le soutien des gestionnaires, de même que l’engagement des professionnels sont des atouts pour contribuer à instaurer pleinement ces pratiques exemplaires d’autogestion en maladies chroniques. C’est un défi à relever pour les intervenants, les usagers ainsi que tout le réseau de la santé. ‐ 9 ‐ Références bibliographiques Anstiss, T. (2009). Motivational interviewing in primary care. Journal of clinical Psychology Med Settings, 16, 87‐93. Armstrong, M. J., Mottershead, T. A., Ronksley, P. E., Sigal, R. J., Campbell, T. S., & Hemmelgarn, B. R. (2011). Motivational interviewing to improve weight loss in overweight and/or obese patients: a systematic review and meta‐analysis of randomized controlled trials. [Meta‐Analysis Research Support, Non‐U.S. Gov't Review]. Obesity Reviews, 12(9), 709‐723. Bundy, C. (2004). Changing behaviour: using motivational interviewing techniques. Journal of the royal society fo medecine 97(Supplement 44), 43‐47. Centre for Reviews and Dissemination. (2011). A meta‐analysis of motivational interviewing: twenty‐five years of empirical studies (Provisional abstract). Database of Abstracts of Reviews of Effects(4). Coleman, Katie, Mattke, Soeren, Perrault, Patrick J., & Wagner, Edward H. (2009). Untangling practice redesign from disease management: how do we best care for the chronically ill? [Research Support, Non‐U.S. Gov't Review]. Annual Review of Public Health, 30, 385‐408. Conseil canadien d'agrément des services de santé. (2008). Programme d'Agrément du CCASS 2009 Normes Populations vivant avec une maladie chronique (pp. 17). Conseil canadien de la santé. (2010). Aider les patients à gérer leur santé: Les Canadiens atteints de maladies chroniques obtiennent‐ils le soutien nécessaire ? Retrieved 2011‐11‐11, from http://publications.gc.ca/collections/collection_2011/ccs‐hcc/H173‐1‐2‐2010‐fra.pdf de Silva, Debra. (2011). Helping people help themselves A review of the evidence considering whether it is worthwhile to support self‐management. Royaume‐Uni. Effing, T., Monninkhof, E. M., van der Valk, P. D. L. P. M., van der Palen, J., van Herwaarden, C. L. A., Partidge, M. R., . . . Zielhuis, G. A. (2009). Self‐management education for patients with chronic obstructive pulmonary disease. [Review]. Cochrane Database of Systematic Reviews(4), CD002990. Karazivan, P., Dumez, V., & Lebel, P. (2011). Le patient partenaire de soins: un atout pour le médecin! Le point en administration de la santé et des services sociaux, 7(3), 6‐8. Martel, D., & Leaune, V. . (2009). L'amélioration des pratiques cliniques préventives à l'égard des habitudes de vie: Direction de santé publique, Agence de la santé et des services sociaux de Montréal McKee, G., Bannon, J., Kerins, M., & Fitzgerald' G. (2007). Changes in diet, exercice ans stress behaviours using the stages of change model in cardiac rehabilitation patients European Journal of Cardiovascular Nursing 6, 233‐240. Miller, W.R., & Rollnick, S. (2006). L'entretien motivationnel. Aider la personne à engager le changement InterEditions. Rollnick, S., Butler, C.C., Kinnersley, P., Gregory, J., & Mash, B. (2010). Motivational interviewing. British Medical Journal 340, 1242‐1245. Warm, Eric J. (2007). Diabetes and the chronic care model: a review. [Review]. Current Diabetes Reviews, 3(4), 219‐225. ‐ 10 ‐