tama et caritas france : proteger les enfants avant tout

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tama et caritas france : proteger les enfants avant tout
LES DEPARTEMENTALES VUES PAR… TAMA ET CARITAS FRANCE : PROTEGER
LES ENFANTS AVANT TOUT
Publié le mercredi 18 mars 2015 à 5:20
Ce n’est pas un secret, ce sont les associations qui ont investi le champ du social à Mayotte. Prérogative
du conseil général, ce dernier ne s’est véritablement jamais donné les moyens, sans doute par absence
de prise de conscience mais aussi en raison du facteur immigration qu’il laisse à l’Etat. Tama et Caritas
France nous donnent leur vision d’un conseil départemental idéal.
Tama prend en charge trois catégories de population
en exclusion, les jeunes en alternative à
l’incarcération, les adultes sortant de prison et les
personnes nécessitant des soins thérapeutiques.
Philippe Duret, « Nous suppléons toujours aux missions de
l’Aide sociale à l’enfance »
Le renforcement de la délinquance, dans une île
encore peu touchée il y a encore trois ans, nécessite
d’accroître notamment la prise en charge des mineurs.
Dans ce sens, deux avancées nuancées sont à noter
du côté du conseil général selon Christophe Vénien,
délégué de Caritas France et Philippe Duret, directeur
général de Tama : la mise en place d’un Observatoire
de l’enfance en danger (OPEMA), « mais qui n’a
jamais véritablement trouvé sa vitesse de croisière
alors qu’il doit fédérer les acteurs autour des différents
types de protection », et celle de l’Aide sociale à
l’enfance (ASE), l’outil prioritaire du conseil général qui
s’est enfin doté d’une directrice il y a un an.
« Nous suppléons toujours aux missions de l’ASE en
nous occupant des enfants de l’île sans aucun contrôle du conseil général », déplore d’ailleurs Tama, qui appelle
les futurs élus à donner une vraie impulsion au social.
Une cellule de l’ASE devait d’ailleurs habiliter certaines structures, ce qui était perçu comme un sursaut positif par
les associations, mais non suivi d’effet : « l’annonce date de 7 mois. Pendant ce temps, un gamin de 4 ans
continue à dormir où il peut, dans une voiture, et en aura bientôt 5 ! Dans trois mois, c’est la fin de l’année
scolaire, on aura perdu un an », et, reprenant en la détournant, la maxime mahoraise, « ok, on a la montre, mais
les Mahorais n’ont plus le temps, le quotidien nous le rappelle tous les jours ! ».
Arrêter les postures Etat-conseil général
Un manque d’intérêt évident pour le social, « la protection de
l’enfance n’est pas un sujet qui fait recette électoralement
parlant ». Le conflit actuel au sein de la Direction du socialen dit
long sur le travail à mener. Mohamed El Amine, son DGA, a
longtemps invoqué une population étrangère qu’il ne pourrait
gérer à lui tout seul. Les élus demandent d’ailleurs
périodiquement à l’Etat d’assurer là sa compétence régalienne.
Les deux têtes du département se renvoient périodiquement la
balle en matière de nationalité des mineurs, ce qui nuit à la
recherche de solutions : « il faut arrêter les postures et apprendre
à travailler ensemble. La préfecture et le conseil général doivent
faire abstraction de leurs reproches respectifs et remettre les
personnes en difficulté au centre du débat », implore Christophe
Vénien.
Christophe Vénien, « Arrêtons les postures »
Ces jeunes qui se débrouillent par eux-mêmes, des « trainards »
comme ils se qualifient parfois à la barre du tribunal où ils
échouent souvent, sont pour moitié d’origine française. L’idée d’un
Plan jeunesse a d’ailleurs été émise par trois associations locales,
qui donnerait la parole aux jeunes. Il a été repris par le président
de la République.
Car il n’est pas question d’appliquer les mêmes solutions qu’en métropole qui en revient d’ailleurs : « les
orphelinats de 500 places ne permettent pas d’accompagner efficacement les enfants. La solution la plus proche
de la société mahoraise reste les familles d’accueil. Il y en a 80 environ au conseil général, il en faudrait le
triple ».
La femme, l’avenir du social ?
Protéger les enfants et prendre en charge leur éducation
sont deux points du Schéma départemental de la jeunesse
que devront réécrire les futurs élus. Il existe déjà, « avec
des fiches-action qui n’ont jamais été déclinées, en dehors
de l’OPEMA et la Cellule « Bas maltraitance », constate
Philippe Duret.
Des secteurs entiers du conseil général sont en réalité
dédiés au social, comme le rappelait son président Daniel
Zaïdani, « mais qui sont remplis d’agents de catégorie C,
de chauffeurs, certains même sans voiture ! », témoigne
encore le directeur de Tama qui souhaite avant tout que
quelqu’un tienne la barre, recrute des techniciens
diplômés. Et évalue le coût de fonctionnement de l’ASE.
Car tout s’accélère, même dans ce secteur où les fonds
européens appellent des projets sur des thématiques
définies par l’Europe. Et l’Economie sociale et solidaire en
est une, qui invite à repenser à la fois la solidarité et les
gaspillages de l’économie : « nous montons un projet
Zarianti Nourdine-Abdallah, une candidate aux objectifs
médico-sociaux bien précis
d’une entreprise dans ce domaine, mais sans le conseil
général, alors que la population bénéficiaire du RSA peut
l’intégrer». Des fonds qui risquent de repartir à l’envoyeur.
Philippe Duret mise sur les femmes qui entrent à parité
égale dans l’hémicycle, d’ailleurs trois de ses salariées se présentent, dont Zarianti Nourdine-Abdallah à
Ouangani, qui prévoit un centre médico-social à Chiconi, « pour centraliser les PMI et UTAS qui sont
dispersées ». On pourrait presque penser que les femmes et les jeunes élus seront plus clairvoyants que leurs
aînés une fois au pouvoir…
Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte