De la robe à l`entreprise : quand les avocats franchissent le pas (2ᵉ

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De la robe à l`entreprise : quand les avocats franchissent le pas (2ᵉ
De la robe à l’entreprise : quand les avocats franchissent
le pas (2ᵉ partie)
06/03/2015
Du cabinet à l’entreprise, l’ancien avocat devenu directeur juridique change d’univers, même s’il
continue à exercer un métier du droit. Pour bien opérer la transition, il fait preuve d’humilité et d’une
grande faculté d’adaptation. Second volet de notre série.
Passer du statut d’avocat, promis éventuellement à devenir associé du cabinet, au rôle de « profession
support » en entreprise n’est pas simple. « Avant de se lancer, il faut être conscient que l’on abandonne
un univers pour un autre, qu’en entreprise, il va falloir faire preuve d’humilité et apprendre, pendant
plusieurs mois, à décrypter le fonctionnement, les enjeux et les rapports de force », explique Ian
Kayanakis, administrateur de l’AFJE, ancien avocat d’affaires puis directeur juridique auprès de sociétés du
CAC 40. Un véritable « choc des cultures », qui peut cependant être amorti si l’on a auparavant travaillé
dans un cabinet anglo-saxon : « Les cabinets anglo-saxons, voire certains cabinets français bâtis sur le
même modèle, ont un management et une culture d’entreprise identiques aux grandes sociétés. Avec la
fixation d’objectifs, d’indicateurs de performance individuelle et collective, etc. C’est un bon préalable à
une immersion future en entreprise », estime Ian Kayanakis.
Tout le monde n’est pas Pour les professionnels concernés, il faut se positionner en
entreprise avec la capacité à être « là où il faut » : dans les
sensibilisé à
bonnes réunions où se prennent les décisions. Bref, il faut
l’importance du droit en légitimer son rôle et s’imposer, en douceur. « Tout le monde n’est
entreprise. Il faut donc pas sensibilisé à l’importance du droit en entreprise. Il faut donc
faire preuve d’une grande pédagogie », ajoute Béatrice Bihr,
faire preuve d’une
directrice juridique du laboratoire pharmaceutique Téva Santé,
grande pédagogie
qui a exercé 10 ans en tant qu’avocate.
Se rendre indispensable, communiquer et informer
Selon Bénédicte Wautelet, directrice juridique du groupe Le Figaro, se positionner en conseiller
incontournable est un atout : « Dès mon arrivée, je me suis tout de suite positionnée dans un rôle de
conseil, dans l’idée de me rapprocher du modèle de General Legal Counsel à l’anglo-saxonne ».
...l’avocat a
connaissance de la
partie visible de
l’iceberg, en termes
d’information, tandis
que le directeur
juridique connaît la
totalité
Trois points sont particulièrement à surveiller, estime Doris Speer,
directrice juridique adjointe en charge des fusions-acquisitions
chez Alstom et avocate au barreau de New-York : « La
communication, tout d’abord : un juriste doit être concis,
synthétique, délivrer un message court et clair. Puis
l’information : l’avocat a connaissance de la partie visible de
l’iceberg, en termes d’information, tandis que le directeur
juridique connaît la totalité. Il faut bien doser l’information que
l’on donne. Enfin, la décision : un directeur juridique prend des
décisions, contrairement à un avocat qui donne des avis. Il faut
savoir prendre les bonnes ».
A la faveur de certains événements, le directeur juridique peut être d’emblée plongé dans une actualité
intense : « Je suis arrivée à la veille de la fusion de deux entités », se souvient Florence Chevet, directrice
juridique en France d’Allianz Global Corporate & Specialty SE. « C’était un moment fort et formateur. Il
fallait se mettre au travail, point ! ».
Plus d’efficacité face aux prestataires
Face aux cabinets d’avocats extérieurs, qui sont des prestataires, avoir pratiqué leur métier apporte bien
des avantages : « Nous connaissons le fonctionnement des cabinets et la façon dont ils élaborent leurs
honoraires, ce qui permet de mieux négocier les tarifs », explique Ian Kayanakis. « Mais aussi de discuter
des ressources allouées ou des délais ». Par exemple, en recadrant un avocat qui vient en rendez-vous
avec deux collaborateurs alors qu’il aurait pu se déplacer seul, et facture du "temps-homme" multiplié par
trois.
Un retour possible
Sans surprise, les ex-avocats interrogés estiment que leur rôle devrait être valorisé et notamment que la
confidentialité des avis et correspondances devrait être acquise, à l’image de ce qui se pratique dans les
pays anglo-saxons. « En France, les choses bougent lentement. Tant qu’il y aura deux professions, avocats
et juristes, il n’y aura pas de modèle à l’américaine », estime Doris Speer. Enfin, s’ils sont omis du barreau
aujourd’hui, les anciens avocats devenus juristes n’excluent pas de retourner un jour à leur métier initial.
Car nul ne sait de quoi l’avenir sera fait.
Olga Stancevic
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s-2e-partie