Stéphane Rousseau : Brise la Glace,José Rodrigues dos

Transcription

Stéphane Rousseau : Brise la Glace,José Rodrigues dos
Stéphane Rousseau : Brise la
Glace
Bulletin météo : L’hiver sera rude avec neige abondante dans
la vallée, bourrasques fréquentes force 14 (pour les noninitiés ou pour ceux qui ont le vertige l’échelle de Beaufort
ne comporte que 13 échelons, c’est dire si va souffler
sévère !), et de fortes gelées sont prévues en plaine. Pas de
panique, Stéphane Rousseau « Brise la glace » (je ne suis pas
très fier de celle-là mais j’assume !).
Après «Les confessions de Rousseau», « Brise la Glace » est
son sixième anticyclone, véritable remède aux dépressions
hivernales. Poussé par des vents d’ouest le comédien est
accompagné par Emmanuelle Caplette à la batterie et William
Croft aux claviers/guitares qui font monter la température au
gré des alizés québécoise exhalées par Monsieur Rousseau.
Switch Agency
Cette fois en mode stand up c’est donc sans sketch et sans
filet que le comédien se met à nu (au sens figuré les
filles !) et évoque son existence tout en autodérision: l’âge,
l’amour, les enfants bref la vie de son cœur de cible. Cet
égoïste, egocentrique, alcoolique comme il se décrit lui-même
émeut même un peu lorsqu’il ranime son chagrin d’amour suite
au départ de sa femme (de ménage) de 17 ans (sa cadette). Il
reprend vite le dessus lorsqu’il tente de nous faire croire
qu’il ne sait pas séduire lui qui a toujours été dragué.
La chaleur monte d’un cran lorsque Stéphane Rousseau ondule en
danse contemporaine ou se lance dans ses vocalises qui, depuis
le début de sa carrière, ont fait sa réputation. Quelques
imitations, notamment d’une Isabelle (Garou) Boulay, comment
dire, pour le moins orageuse, nettoieront l’atmosphère. El
Niño et le sirocco chasseront définitivement les derniers
cumulonimbus (j’adore ce mot !) au moment où l’ouragan Rico
Chico entamera sa danse de l’amour.
Première tournée d’Adieu, « Brise la Glace » sera le dernier
spectacle de Stéphane Rousseau avant longtemps (au moins
jusqu’au prochain) alors ne ratez pas ce phénomène climatique
à tendance très show.
« Stéphane Rousseau brise la glace », jusqu’au 10 janvier au
Théâtre du Palais-Royal, 38 Rue de
arrondissement, Paris), du mardi
Montpensier (1er
au samedi Plus
d’informations et réservations sur www.theatrepalaisroyal.com
José Rodrigues dos Santos :
du Big Bang au Big Crunch
Souhaitant découvrir les secrets de l’univers mais n’ayant
qu’un été pour le faire, pas que la fin du monde soit proche
mais je ne consacre que peu de temps aux choses accessoires,
je m’orientais vers l’auteur en vogue du moment et spécialiste
du sujet : José Rodrigues dos Santos et son best-seller à 2
millions d’exemplaires : La formule de Dieu. Puis, pris par
l’enthousiasme vers La clé de Salomon du même auteur.
Du Big Bang au Big Crunch. En effet, autant La formule de Dieu
vous transporte littéralement mêlant espionnage, romantisme et
physique quantique, autant La clé de Salomon vous laisse un
goût amer comme lorsque vous vous êtes fait pigeonner au
bonneteau sur le pont d’Iéna (toute ressemblance avec des
faits réels est purement volontaire).
La formule de Dieu
– HC Editions
Grand 1 petit tas : La formule de Dieu donc, un professeur
d’histoire spécialiste en cryptologie…, euh ? Hein ? Comment ?
Que lis-je ? Oui, un professeur d’histoire spécialiste en
cryptologie au Portugal. Ah !!! On a eu peur ! On a frôlé le
plagiat avec l’autre là, mais si, le professeur d’histoire
avec sa montre Mickey, spécialiste en symbologie mais à
Harvard, lui (voir mon article sur Inferno) ! Bon, je
reprends, Robert Langdon, oups pardon ! Tomàs Noronha est
invité par le gouvernement iranien à décrypter un manuscrit
dont l’auteur ne serait autre qu’Albert Einstein, il est très
vite contacté par la CIA pour devenir un agent double
(portugais !). D’aventure en aventure, de ville en ville,
Tomàs fera une découverte fondamentale qui changera comme
d’habitude la face du monde.
Le bonus de ce livre par rapport au genre roman historique est
l’interprétation des découvertes scientifiques, toutes
fondées, et notamment sur la physique quantique. On en en sort
plus instruit qu’on en est entré (merci de fermer la porte en
sortant, ça fait courant d’air). Le récit est parfaitement
équilibré et on se laisse docilement porté même si, parfois,
quelques raccourcis trop audacieux nous replongent dans la
réalité.
La clé de Salomon –
HC Editions
Grand Dieu, petit dé : La clé de Salomon est le cinquième
livre de la série Tomàs Noronha et le troisième publié en
France*. Fort de son succès, José (Rodrigues dos Santos)
rebondit sur les mêmes ressorts (chtoing-chtoing) : meurtres,
enquêtes, mystères, sciences. Sauf que, comme me l’avait
enseigné un grand maître tibétain sur les contreforts de
l’Hymala… des Vosges, vêtu de sa tunique orange (ou corail
pour les fashionistas) : « Tu peux remplacer les lardons par
du saumon fumé, une quiche reste une quiche ». Sûrement trop
jeune à l’époque, je n’avais pas perçu la profondeur ou la
portée d’une telle réflexion et voyant ma bouche grande
ouverte et l’écume baveuse qui en sortait, mon maître en avait
arrêté là de ses enseignements philosophico-culinaires. C’est
donc pendant la lecture de ce livre, que, la révélation me
caressa de sa douce chaleur et m’envahit de son halo bleuté,
sauf que là, José, t’as oublié la crème fraîche !
Ça manque de liant, c’est fade, l’addition est salée. A trop
vouloir nous resservir le même plat l’auteur a oublié la
qualité du service. Quelques exemples : il ne m’arrive pas (ou
rarement) d’être poursuivi par une bande de tueurs à la solde
de la CIA mais il ne me viendrait pas à l’idée, dans de tels
cas, de m’enfermer dans une université et de prendre 2 heures
pour expliquer à ma copine le concept des ondes et des
particules de lumière, tout ça pour impressionner la dame (et
le lecteur qui n’en demandait pas tant) mais peut-être suis-je
trop terre à terre ? Idem, alors que cette même copine n’a
plus que 20 minutes avant de mourir dans d’atroces
souffrances, d’expliquer aux directeurs de la CIA (ceux qui
voulaient ma perte 24 heures plus tôt), la théorie du Tout,
mais peut-être suis-je trop romantique ? Bref, il ne suffit
pas de trouver un filon encore faut-il savoir l’exploiter (foi
de chercheur d’or).
Au-delà d’une intrigue bâclée l’auteur s’inspire largement du
Symbole perdu (titre original : « The Solomon Key », si si je
n’invente rien !) qui est loin d’être mon préféré ayant déjà,
à l’époque, reproché à Dan (Brown) d’avoir céder à la facilité
littéraire et aux sirènes du mercantilisme après le succès du
Da Vinci Code.
A bon détendeur, salut.
* La Clé Salomon est le troisième de la série paru en France
après La formule de Dieu et L’ultime secret du Christ.
La formule de Dieu (José Rodrigues dos Santos)
HC Editions
ISBN : 2357201134
La clé de Salomon (José Rodrigues dos Santos)
HC Editions
ISBN : 2357201762
Les
Nombrils
Voyage
hilarant en égotisme
Trop souvent ignoré, délaissé, voire pire, torturé, nous
devrions tous avoir une pensée émue pour notre nombril, voilà
pour moi c’est fait… Évidement le sujet de ce billet n’est pas
notre petite cicatrice située sur l’abdomen, résultat de la
coupe du cordon ombilical, mais de la pièce Les Nombrils
actuellement au théâtre Michel.
Après s’être caressé le ventre, vient tout de suite en tête le
syndrome de l’ego surdimensionné, dit le melon, et c’est bien
le thème de cette pièce truculente et hilarante : une troupe
de quatre comédiens égotiste au talent plus que discutable
dirigée par un metteur en scène souhaitant interloquer le
spectateur par une approche révolutionnaire du théâtre. cinq
personnages donc, rejoints très vite par un sixième jouant
tous les différents hôteliers rencontrés pendant leur tournée
provinciale.
Le regard lointain, la main sur le cœur, la voix calée en mode
vibrato, ces pseudos acteurs essaient tant bien que mal de
jouer une pièce incompréhensible qu’un Shakespeare de
boulevard sous LSD, promenant sa collerette dans les plaines
de Kiev, aurait pu écrire dans un moment de grande détresse
personnelle.
Il y a tout d’abord la grande actrice à la carrière longue
comme le bras d’un bébé Hobbit qui a connu son heure de gloire
dans une pub pour de la farine, le comédien à l’haleine
douteuse qui ne cesse de dépiler son CV empli de films que
personne n’a jamais vus, le jeune apprenti de 40 ans dont le
talent n’a été repéré que par sa maman, et l’ingénue qui
hésite entre le théâtre, le doublage de films pornos et le
pole dance. Leurs égos sont mis à mal par l’abandon de leur
producteur qui devait financer cette tragédie russe jusqu’au
graal ultime : le festival d’Avignon !, mais également par les
réceptionnistes des hôtels de seconde zone notamment par un
Corse qui imposera sa vision de la pièce à la sauce
indépendantiste. Le metteur en scène, dépassé par autant de
talent concentré, se démène dans tout cela pour imposer sa
vision myope d’un théâtre du futur.
Crédit Photo
Harscouet
:
Franck
En plus d’un pitch original qu’est-ce qui fait que la pièce
Les Nombrils soit si réussit ? Tout d’abord le texte, en
effet, l’écriture est ciselée et précise, les répliques fusent
et font mouches :
« Il y a tellement de noms d’oiseaux qui volent au-dessus de
ma tête qu’il y en a bien un qui va me chier dessus ! » du
Audiard en somme !
Ensuite, l’interprétation, il faut beaucoup de talent pour se
faire ainsi maltraité dans cette autodérision permanente et
chaque personnage, pris individuellement, peut même émouvoir.
Assurément un des succès de cette seconde partie d’année et
alors que la pièce fictive n’attire qu’une vingtaine de
spectateurs au début des représentations (beaucoup moins à la
fin), cette parodie allèche le badauds tant les fous rires
sont nombreux et bruyants.
Un conseil, ne vous couvrez pas trop, il fait très vite chaud.
« Les Nombrils », actuellement au théâtre Michel (8e
arrondissement), du mardi au samedi à 21h et en matinée le
samedi
à
17
h
30.
Plus
sur http://lesnombrils-lapiece.fr.
d’informations
Deconnexion - Le Film
Je suis en pleine dépression, ma box reste bloquée en étape 3,
le « chenillard » me nargue, tourne en rond depuis 48 heures,
l’assistance téléphonique m’assure que mon appel va être pris
en compte dans moins de 1 250 minutes, je dois réserver mes
billets d’avion, payer mes impôts, mes amendes, consulter mes
comptes…. Arrgrrhhh je craque et …. Je me réveille. Non tout
va bien, l’heure est bien affichée, 06h32, mon débit internet
est rapide, mon pouls revient à la normale, je revis. Il
devait s’agir d’une réminiscence de la projection du court
métrage Déconnexion…
Dans une chambre au décor post apocalyptique résultat de la
rencontre entre Valérie Damidot et Marc-Emmanuel, Théo
trentenaire pré-pubère n’a qu’une obsession : rester connecté
à son monde virtuel, être le roi en son royaume, pouvoir le
maîtriser, mais il en est qu’esclave. Echanges de mails, de
SMS, de tchats, ponctués de LOL qui prendront tout leur sens à
la fin. Théo joue, ment à Léa sa petite amie, dévore pizzas
Gang Bang et sites pornos 4 fromages, puis son beauf Tristan
l’appel…
Jérémie Prigent et François Rémond auraient pu réaliser un
documentaire de trois heures avec témoins floutés et voix off
au ton grave sur la dépendance au web et ses effets
secondaires, mais ils ont pris le parti d’un court métrage
totalement décalé de 13 minutes. Financé via le site
participatif KissKissBankBank [dont 90% consacré à ma
rétribution pour l’écriture de cet article (c’est que j’ai des
frais merde !)]. Ce court métrage à la réalisation soignée et
pointue ne laisse place à aucune imperfection, le moindre
détail a son importance et plusieurs projections seront
nécessaires pour en percevoir les différents niveaux. Vous
l’aurez compris le second degré est le fil conducteur de cette
production millimétrée. Une mention spéciale pour les
participations de Jean-Claude Dreyfus que l’on retrouve avec
bonheur dans ce rôle cynique et Allyson Glado dont la tirade
(entre autre) restera à jamais gravée dans ma mémoire.
Après tout ça, je retourne à mes travers, mon compte Facebook,
check mes tweets, mate les photos sur Instagram, rafraichi mes
18 boites mails, tombe sur un message d’Aurélia de Côte
d’Ivoire, raide dingue de moi, m’assure qu’elle m’aime d’amour
contre 15 000 € , ou de Guillaume qui me propose des pilules
pour gagner 2 cm minimum, c’est que je n’étais pas complexé
jusque-là, mais heu !
Quoi ? Comment ? D’ailleurs je ne
connais pas de Guillaume et puis y paraît que ce n’est pas la
taille qui compte, c’est un « court-métrage ».
Bande Annonce – Deconnexion
Titre : Déconnexion
Court métrage (2014), durée : 13 minutes
Sélectionné au festival Eiddolon (Lens) et au festival
international de Binic (Côtes d’Armor)
Prochaine projection : lundi 14 avril 2014 au bar Le Paname
(Paris 11ème)
Réalisation : Jérémie Prigent et François Rémond
Scénario et dialogues : Jérémie Prigent
Production : Southwind Productions / Ataraxie Productions
Distribution : Nicolas Ullmann (Théo), Dounia Coesens
(Léa), Baptiste Lorber (Tristan), Anna Polina (Anna), JeanClaude Dreyfus (Vendeur de chiens), Allyson Glado
(Petra), Karleine (Irina).
Site : www.deconnexion-lefilm.com
Facebook : https://www.facebook.com/deconnexion.lefilm?fref=ts
Spamalot, c’est Graal docteur
?
Prenez une coupette âgée de 2000 ans, un PEF* au meilleur de
sa forme, le film « Sacré Graal », secouez le tout et vous
obtenez SPAMALOT à Bobino ou L’adaptation française de la
comédie musicale anglaise du même nom, inspirée du film des
Monty Python, déjà montée par le même déjanté PEF en 2010,
vous suivez ? Vous en voulez encore ? Alors je synthétise :
SPAMALOT c’est 18 comédiens, 46 personnages, 180 costumes,
plus de 2h de fous rires et un lapin carnivore.
L’ex-Robin des Bois, fort de son dernier succès
cinématographique avec « Les Profs », revêt de nouveau ses
collants, sa cotte de maille et arbore une épée flamboyante
(au sens propre), entouré par une cour de seconds rôles qui
n’ont de second que le nom. En effet, PEF sait s’effacer au
profit de ses preux chevaliers, notamment Galahad (ce soir-là
Florent Peyre) blond platine hilarant ou d’une dame du Lac
tantôt sexy, tantôt acariâtre en mal de notoriété. Même si la
table est ronde, les répliques sont saillantes, la légende
Arthurienne prend un « sacré » coup et le public en redemande,
rien n’est épargné, pas même Monsieur Pokora, c’est dire !
Qui dit comédie musicale dit musical : chaque scène est
enrobée avec plaisir et talent par des chanteurs, qui feraient
rougir une Céline Dion de fin de tournée, et des danseurs, qui
feraient passer « Danse avec les stars » pour une kermesse
d’école communale (attention, j’ai une très grande tendresse
pour les kermesses !). Les décors, mix entre châteaux,
créneaux et cabarets, renforcent cette atmosphère
chevaleresquo-dansant.
Evidemment,
quelques
cascades
surprendront les moins aguerris, mais que serait une comédie
de PEF sans chute de trois mètres de haut ou murs dans la
gueule !
Vous l’aurez compris, cette quête de Graal n’est prétexte qu’à
une bonne rigolade entre potes mais il ne faut pas s’y
tromper, pour que la magie opère la mise en scène doit être
tirée au cordeau, et en cela PEF excelle.
Alors, que vous alliez au théâtre une fois par an
ou dix fois
par mois, n’hésitez plus et courez applaudir ce Spamalot sauce
frenchie. Et à ce qui n’aimeront pas, je conseille Robin des
Bois et une cure de Biactol !
* Pierre-François Martin-Laval
SPAMALOT
Jusqu’au 17 avril 2014
Genre : Comédie Musicale
Bobino / 14 - 20 rue de la Gaité 75014 PARIS
Produit par Daniel Tordjman et Arthur Benzaquen
Adaptation et Mise en scène de Pierre-François Martin Laval
Direction Musicale : Raphaël Sanchez
Chorégraphie : Stéphane Jarny
Décors : Franck Schwartz
Costumes : Jean-Michel Angays
Distribution:
Arthur : Pierre-François Martin-Laval
La Dame du Lac : Gaëlle Pinheiro ou Claire Perot
Galahad : Arnaud Ducret ou Florent Peyre
Robin : Christophe Canard
Bédévère : Pierre Samuel
Lancelot : Philippe Vieux
Patsy : Andy Cocq
L'historien : Laurent Paolini
Marche ou crève (heu ! S'il
vous plaît)
Bonjour M’sieur Dame, excusez moi de vous importuner une
nouvelle fois, mais vu que vous préférerez me lire plutôt que
d’aller sauver le monde… hein ! Canaillou(se) !
J’va vous conter un peu ma vie, en effet je viens de finir une
course à pied. Et là vous vous dites oh non ! Il ne va tout
de même pas oser nous vanter l’immense satisfaction
d’engloutir 40 bornes en mini short moule-gonades, éclairé par
ampoules aux pieds avec option néon 40 000 watts et des
cuisses en feu mais épilées (rapport à mon dernier article,
merci pour ceux qui suivent).
Que nenni ami lecteur ! Cela n’aurait rien à voir avec votre
blog préféré. Je viens tout humblement d’achever la course la
plus mortelle au monde, assis dans mon fauteuil Louis XV
(prononcez Poäng en suédois). Il s’agit bien sûr de Marche ou
Crève de Richard Bachman (alias Stephen King ou l’inverse).
Achever est le bon terme car dans ce roman à l’eau de sueur
écrit en 1979, tout participant marchant en-dessous de 6,5
km/h est exécuté après 3 avertissements (tout de même, grand
seigneur !). Le but du jeu car il s’agit d’un genre de téléréalité avant l’heure mais sans les SMS, est donc de terminer
dernier (survivant), il ne doit en rester qu’un, comme dirait
tonton MacLeod. Le vainqueur reçoit une très grosse somme
d’argent ainsi que la réalisation d’un «vœu».
Au premier abord, ainsi qu’au deuxième, ce genre road book
peut sembler long, les pages s’égrainent semant les corps des
jeunes concurrents, terreau d’un fertile vainqueur (oh c’est
beau). Pour nous aider à nous repérer, le récit se focalise
sur Ray(mon) Garraty. Au travers de ses rencontres, ses
doutes, ses rêves, nous sommes plongés au cœur de la course,
devant une foule en liesse massée en liasse sans se lasser
(oups, mon lacet s’est défait !). Au-delà de la douleur,
lorsque le mental vous a abandonné depuis longtemps, la
victoire n’est plus l’objectif, seul l’espoir d’une délivrance
vous tient encore debout. Malgré tout, des amitiés sont
possibles, voire même une certaine entraide contre nature
entre les candidats.
Extrait 1 : « Ralentissons un peu, dit Mc Vries. On va y aller
mollo. Rejoindre Baker. Nous entrerons dans Augusta ensemble.
Les Trois Mousquetaires. Qu’est-ce que t’en dis, Garraty ?»
Extrait 2 : « – Nous voulons tous mourir, déclara-t-il. C’est
pour ça que nous faisons ça. Sinon pourquoi, Garraty ?
Pourquoi ? »
Extrait 3 : « – Je vais marcher à te crever. »
Le rythme de la fin s’accélère comme si l’auteur était pressé
d’en finir, on entend presque Maman King crier à son Stephen
de fils : « dépêche-toi, ta soupe va refroidir ! » C’est un
petit peu dommage car l’ensemble du roman est parfaitement
équilibré.
Pour conclure, je me pose la question : Ne sommes-nous pas
déjà engagés dans cette course ? Vous avez 3 heures je relève
les copies à la fin!
Je vous laisse là-dessus, vous pouvez retourner sauver le
monde, j’ai ouï dire que c’était un job à temps plein.
Informations :
Marche ou crève – Stephen King (Richard Bachman)
Le livre de Poche – Fantastique
Code ISBN : 978-2-253-15139-5
Prix public : 6,60 €
Entretien (au poil) avec un
vampire de la littérature
Robert Langdon embarqué malgré lui dans une course contre la
montre afin de déchiffrer un code, poursuivi par une
organisation secrète à travers une ville musée, accompagné
d’une ravissante jeune femme.
Du déjà lu ?
INFERNO Dan Brown
Improbable entretien :
Assis là en lisant les dernières pages d’INFERNO, le dernier
roman de Dan Brown, dans mon institut de beauté préféré
j’attends pour mon épilation du… (enfin bon peu importe). Un
homme me regarde fixement
(oui, je suis d’accord, il y a
beaucoup trop d’hommes dans cet institut) et m’adresse la
parole :
–
Hey I’m Dan Brown and I’ve written this book.
(Hey je suis Dan Brown et j’ai écrit ce livre)
La suite du récit sera intégralement en français !
–
Bonjour, lui répondis-je, je suis Olivier et je viens
me faire épiler le… enfin bon peu importe.
–
Puis-je vous demander ce que vous avez pensé de mon
dernier roman ? Soyez sincère !
–
Dan, on peut se tutoyer ?
–
Oui, bien sûr…
(Tout comme je me l’étais promis après mon avant-dernière
cuite : « pluuuuus jamais !» mais voilà j’ai replongé dans ses
pages)
–
Dan ! Dan ! Mon Dany ! Tu ne pouvais pas le laisser
un peu tranquille le Robert ! Ce n’était pas assez de l’avoir
fait courir dans tout Rome, lui faire visiter Paris et
Washington au pas de course, le fâcher avec l’église et les
Francs-maçons. Il a fallu que tu entraînes le plus célèbre
symbologiste du monde, accablé d’une amnésie partielle que
l’on espère passagère, à Florence, Venise, et Istanbul, en
avion, qui plus est, pourtant tu sais qu’il n’aime pas l’avion
le Robert ! Tu lui assènes tes coups de théâtre, mais tel un
vieux ballon dégonflé cela ne rebondit plus comme avant. Oui,
cela fait de magnifiques cartes postales
et tu restes un
incroyable guide culturel, tu aurais même pu sous-titrer ton
roman « Les musées de la Renaissance pour les Nuls ».
Cette fois, t’as pas lésiné : fin du monde, virus,
manipulations génétiques, gros bateau et méchants très très
méchants (Ron Howard va exploser son budget prod.) ! Certes
c’est dans les vieux pots… mais du pot, le Robert, il n’en a
pas. Il a la loose attitude tout de même, il ramasse grave,
reconnais-le ! Bon ok, une fois de plus, tu le flanques de la
belle intello du coin qui tombera forcément amoureuse du beau
Robert en costume Armani (exit la veste en tweed), à l’instar
de Sophie (Da Vinci Code) elle martèle, mais se marre-t-elle ?
Est-elle mortelle ou mord-elle ? Je la cite :
«Tueriez-vous la moitié de population
l’extinction de l’espèce humaine ? »
pour
empêcher
Voilà, ça y est, tu fais la moue, ne le prends pas mal, j’ai
même apprécié la présentation : La divine Comédie de Dante
Alighieri cité au moins 120 fois, quel enfer (pardonne-moi)
! Sur fond de surpopulation mondiale ; ça c’est une idée !
Alors que tout le monde s’acharne à sauver les bébés dauphins
ou les grenouilles sauvages de Nouvelle Guinée toi, tu nous
expliques gentiment que l’on est trop nombreux sur Terre et
qu’il faudrait voir à en éliminer certains, la moitié en fait,
au bas mot, et si possible les plus mauvais.
Ton style est fluide à l’excès, telle une grenadine trop
sucrée : c’est agréable mais on a envie de vite boire autre
chose derrière.
Voilà, je t’ai tout dit, et pourtant je dois l’avouer, à peine
refermé j’ai déjà hâte d’ouvrir ton prochain livre, mais
pitié, la prochaine fois, laisse les gondoles à Venise et
Robert… à la maison.
–
Hey ! mais justement le prochain sera une aventure
totalement différente : un professeur en
symbologie se
réveille dans une chambre d’hôtel…
–
Dan ! Dan !
–
But what ?
–
Non, rien mais la cire est chaude.
Extrait 2 :
« Langdon se sentait nauséeux. La seule personne en qui il
avait eu confiance, dans cet imbroglio, était Sienna. Et tout
était faux ? Non, il ne pouvait croire que la jeune femme
voulait, comme Zobrist, répandre une maladie mortelle sur la
planète. »
Informations :
INFERNO – Dan BROWN
Editions : JC Lattès
Collection : Thrillers
Date de Parution : 05/2013
Code EAN/ISBN : 9782709643740
Prix public : 22,90€
Mélodie pour une insomnie la Norvège l'autre pays du
Polar
Jusqu’où irions-nous pour retrouver le sommeil ? Pour son
deuxième livre, le norvégien Jorgan Brekke répond à cette
question d’une manière personnelle et pour le moins ….
Tranchante.
Déjà au titre, nous savons que la nuit qui va suivre la
lecture de ce livre sera agitée. L’insomnie chronique, la
fatigue, l’épuisement que rien ne peut soulager, si ce n’est
une berceuse composée en 1767 qui, en l’écoutant, redonnerait
un sommeil « éternel ». Peu banal !
On est bien loin de « La belle au bois dormant », et si pour
Charles Perrault ou les frères Grimm un baiser suffit à
réveiller la princesse, pour Brekke le scalpel est un outil
bien plus efficace pour endormir. En effet, afin de pouvoir
retomber dans le bras de Morphée au bruit du marchand de
sable, le tueur déroule sa partition employant toutes les
ficelles du parfait tueur en série : tromperies,
séquestrations, tortures morales et physiques (tiens je
bave !) le tout avec l’allure de « monsieur tout le monde ».
Jorgen Brekke est un mélomane du crime, usant de toutes les
ruses du polar sans tomber dans l’excès : un flic abîmé par le
temps se remettant difficilement d’une grave maladie,
passionné par son boulot et des victimes innocentes seulement
coupables de posséder le don du chant. Une intrigue d’une
extrême habilité, rendu encore plus percutante par une seconde
enquête sur le meurtre d’un troubadour menée en 1767, genèse
des crimes. Le style est fluide et adroit. On a plaisir à
enchainer les paragraphes alternant passé et présent, Jorgen
Brekke s’amuse à jongler entre les époques et nous avec. La
conclusion du livre ne laisse aucun doute sur une future
suite…attendue.
Si ce thriller était une couleur ce serait le rouge, s’il
était une symphonie, Jorgen Brekke en serait le chef
d’orchestre, et le tueur : son premier violon.
Extrait :
« – Elle est sur la table d’autopsie depuis moins de trois
heures. Nous sommes des scientifiques, pas des magiciens. Si
tu veux des réponses plus simples que celles que nous pouvons
t’apporter, je te suggère de te mettre à lire des romans
policiers […] »
Informations :
Mélodie pour une insomnie – Jorgen Brekke
Traduit du norvégien par Carine Bruy
394 pages
Editeur : Balland (avril 2013)
ISBN : 978-2-35315-169-1
Clint Eastwood Un rebelle
américain - Marc ELIOT
Les biographies sont toujours des ouvrages difficiles à
concevoir, celle-ci ne fait pas exception pour trois raisons :
le sujet est toujours de ce monde, n’a pas été associé à
l’écriture et surtout il s’agit de MONSIEUR Clint…
L’avantage indéniable que Clinton Elias Eastwood Jr n’ait pas
collaboré à ce livre est une approche plus rationnelle du
sujet, il n’y a pas d’influences internes. Ceci permet à Marc
Eliot de présenter la légende mais aussi et surtout l’homme
avec ses forces et ses failles.
Outre la carrière (68 films tous confondus), cet ouvrage nous
plonge de l’autre côté de l’écran, dans le monde du cinéma
hollywoodien, pas très loin des paillettes, mais plus proche
de celui de l’argent. Car oui, il faut de l’argent pour faire
un film et oui il doit rapporter des Million Dollar Baby ! Sur
ce point, Dirty Harry, maîtrise son sujet.
Moteur, Action et çaaaaaa tourne ! Voici comment M. Eastwood
mène sa vie, tant mieux pour ceux qui peuvent suivre son
rythme et ses changements de directions, tant pis, et ils sont
plus nombreux, ceux que Clint a laissé sur la route (de
Madison) ou Au-delà (ouh j’ai honte !). Souvent Jugé
coupable d’un manque artistique de la part des critiques, à la
limite de L’Epreuve de force, il s’acharna à garder les pleins
pouvoirs sur sa carrière tel Le maître de guerre Impitoyable.
Autant adulé que détracté, certains diront qu’il a su donné sa
chance à La relève
(ex : Mickael Cimino pour le
Canardeur) ; les autres, le doigt sur la gâchette, le
viseur Dans la ligne de mire, affirment que ce n’était par
soucis de garder le haut de l’affiche qu’il s’est souvent
entouré de débutants.
Son style de vie tient également une grande place dans cet
ouvrage
sans jugement et sans fausse pudeur, Marc Eliot
retrace les nombreuses conquêtes, leurs conséquences, ses
descendances assumées ou non, mais également son engagement
politique.
Extrait :
« On ne pourrait en aucun cas qualifier Clint de libéral.
Mais il n’a jamais été non plus dans le prosélytisme
républicain absolu. « Indépendance pragmatique », telle est
la meilleure façon de décrire ses idées politiques ».
A noter, la très honnête et belle préface d’Eric LIBIOT, fan
de la première heure.
Extrait :
« A la question : « Pourquoi racontez-vous cette histoire-
là ?, Clint Eastwood balance la même réponse depuis
toujours : « comme l’alpiniste à qui on demande pourquoi il
va escalader cette montagne, je réponds : « Parce qu’elle
est là » » .
Bref, un livre à conseiller aux aficionados pour en apprendre
plus sur l’homme, mais aussi à ceux qui le sont moins pour
comprendre la légende.
MONSIEUR Clint restera pour toujours dans les Mémoires de nos
pères. Et même si nous ne vivons pas dans Un monde
parfait, ce Doux, dur et dingue à bord de sa Gran Torino nous
le rend plus distrayant. Rawhide !
Clint Eastwood Un rebelle américain, Marc ELIOT
Ed. Balland
479 pages, 24,90 €
ISBN : 978-2-35315-187-5
«Desperate Housemen» (Pas si
desperate que ça)
Trois amis aux personnalités différentes, unis autour d’un
même thème : la relation Homme/Femme, peu de liens avec la
série éponyme et c’est tant mieux.
Le show débute avec Jérôme (DARAN), personnage volage mais
désespéré depuis sa séparation avec Sophie, passage de relais
avec Stéphane (MURAT), idiot romantique et gaffeur à ses
heures, et enfin Alexis (MACQUART), doucement
subissant sa vie de couple depuis 10 ans.
misogyne
Attention danger : Grande probabilité de recevoir des éclats
de rire de vos voisins de banquette. Vénusiennes, vous vous
demandiez comment était perçue votre « relation » par ces
êtres venus de Mars, avec ce spectacle vous en aurez une bonne
approche. Tous les thèmes sont abordés : les rencontres,
l’amour, le sexe, les séparations (mention spéciale à Stéphane
et sa technique dite de « la couette » testée et approuvée).
Même si les femmes y sont plus légèrement égratignées (les
éternelles discussions entre copines, l’interminable résumé de
la journée de boulot, le shopping…) les hommes ne sont pas en
reste (les soirées entre potes, les maladresses, l’incapacité
au dialogue…).
Le public rebondit aisément sur ces ressorts comiques connus
mais toujours efficaces et parfaitement maîtrisés. La pièce
s’achève avec nos 3 amis devant la porte de Sophie, je n’en
dirai pas plus. Bon, je ne vous laisserai toutefois pas sans
un bémol commun à tout spectacle réussi, il est bien trop
court !
Un conseil : allez-y en couple !
Merci Messieurs pour ce bon moment.
Pratique :
Le Grand Point Virgule
8 bis, rue de l’Arrivée 75015 Paris
Réservations : 01 42 78 67 03 – WWW.LEGRANDPOINTVIRGULE.COM
Les samedis à 18h00 et les lundis 20h
Tarif plein: 27 €
Tarif réduit: 19 € (sauf le samedi)
Durée : 1h20
Avec Jérome Daran, Alexis Macquart et Stéphane Murat
Mise en scène : Caroline Cichoz
1275 âmes (et quelques morts
plus tard) de Jim Thompson
Crédit
photo
Policier
:
Folio
Polar sauce western,
1275 âmes est le récit du shérif de
Pottsville, Nick Corey, héros délicieusement antipathique
d’une ville qui ne l’est pas moins.
Sous des airs tout d’abord lâches et fainéants, nous le
découvrons au fil des pages rusé et manipulateur se jouant de
l’hypocrisie et de la vilénie des 1275 habitants. Justifiant
le meurtre (et sa lâcheté) par une mission divine. Qui sont
les innocents, qui sont vraiment les coupables ? Certainement
tous et personne à la fois.
Qualifié de Polar rural, proche de l’atmosphère de John
Steinbeck et des décors de Mark Twain, mais la comparaison
s’arrête bien ici. Publié en France en 1966, ce roman conjugue
le cynisme à tous les temps. Les femmes sont calculatrices et
les hommes des pochetrons paresseux. Amateur de bons et beaux
sentiments fuyez !
Pour tous les autres, vous adorerez
détester les personnages. Les dialogues peuvent parfois
dérouter mais nous resituent dans une Amérique profonde où
les « nom de nom » ou « Et v’la-ti’ pas… » sont légions. Il y
a peu d’indication temporelle dans cet ouvrage, nous déduisons
simplement que
l’esclavagisme n’est pas encore aboli, peu
importe, l’action pourrait se transposer à notre époque ce qui
rend ce polar encore plus captivant.
Extraits :
« – C’est mon métier, oublie pas, de punir les gens pour le
simple fait qu’ils sont des êtres humains. De les amadouer
jusqu’à ce qu’ils se montrent tels qu’i’ sont et ensuite de
leur tomber dessus. Et c’est un sale boulot, figure toi, mon
loup, et j’estime que le plaisir que je peux trouver à les
piéger, j’ai bougrement mérité. »
« Je suis les deux à la fois, […] Le type qu’est trahi et
celui qui trahit l’autre, les deux en un seul ! »
1275 âmes
Traduit de l’anglais (États-Unis) : Marcel Duhamel
Titre original : Pop. 1280
Édition originale : Gallimard / Série Noire – Janvier 1966
Rééditions : Gallimard / Série Noire – Septembre 2005 /
Dernière édition poche : Folio Policier – Octobre 1998
Autres éditions : Folio – Juin 1988 / Carré Noir – 1980 /
Adaptation au cinéma : Coup de Torchon de Bertrand Tavernier.
La Théorie de l'Information Aurélien Bellanger
A travers Pascal Ertanger, avatar de Xavier Niel, Aurélien
Bellanger romance les premiers pas de la télématique et nous
replonge dans les débuts de l’Internet. Amour, trahisons,
épopées technologiques, tous les ingrédients d’un roman
d’exception sont là, et pourtant …
Seulement 30 ans séparent la naissance du minitel de celle du
web 2.0, si peu d’années pour une si grande révolution, voici
en synthèse le fond du livre. Quant à la forme, elle prend
corps par le personnage central que nous découvrons enfant,
chétif, presque mal dans sa peau. Pascal grandit, mûrit, trop
et trop vite pour finir en ermite moderne, mégalomane
mystique, tel un Foster Kane (1) isolé dans son palais à
préparer la prochaine révolution.
Des premiers tests sur le minitel et son essor notamment grâce
au minitel rose, de la prise de conscience que sans support de
diffusion l’information n’existe pas, à l’apogée du web
participatif, tout y est aussi bien sous forme romancée que
technique façon Wikipédia, mais à trop vouloir contenter tout
le monde on finit par ne plaire à personne, et c’est, peutêtre là la faiblesse de ce premier opus.
Chaque chapitre débute par des interludes, références à la
première révolution industrielle eux-mêmes divisés en trois
époques (steampunk, cyberpunk et biopunk), habilement mis en
parallèle avec le roman mais sous une forme bien trop
technique pour s’y passionner jusqu’au bout. On sent un style
proche de M. Houellebecq mais sans toutefois l’atteindre et
l’on regrette cette audace qui, si elle avait été plus
modérée, n’aurait nullement nui à l’ensemble.
Extraits :
« Je veux à présent faire de la rétro-ingénierie divine. Car
toute machine à calculer, depuis celle de Pascal, est une
tentative qui vise à énumérer le nom infini de Dieu, son nom
mathématique »
« Derrière mon activité officielle de fournisseurs d’accès à
Internet, je fournissais en réalité le réseau en vies
humaines. »
« Pascal croyait à la théorie de l’information comme à une
théorie religieuse. »
« On fit de Pascal Ertanger un savant fou, un apprenti
sorcier et un eugénsite. On le compara au milliardaire fou
Howard Hugues […] ».
Que devons-nous retenir de La Théorie de L’information ?
Beaucoup de choses en fait, outre le bain chaud de la
nostalgie (on se souvient du son mélodieux de la connexion
minitel ou de celui des modems 56K), ce roman pose un certain
nombre de questions sur notre avenir, sur ce que l’on veut y
laisser : si ce n’est de l’information, que restera-t-il de
nous ? De plus, c’est un livre que l’on peut lire dès
maintenant bien sûr, ou dans 10 ans et s’amuser du chemin
technologique parcouru lorsque nous découvrirons nos E-mails
4D sur des I-Phone 12, mais aussi à la veille de l’extinction
de l’humanité pour s’entendre dire « Et pourtant on nous avait
prévenus »…
Note :
(1)
Personnage principal du film CITIZEN KANE 1941 (Orson
Welles)
LA THEORIE DE L’INFORMATION :
Aurélien BELLANGER
Édition Gallimard
Collection Blanche Roman
496 pages 22,50 €
ISBN : 9782070138098
Beigbeder - Sur une banquette
du Flore...
Frédéric Beigbeder
Auteur réussissant à apprivoiser la mélancolie en la
métamorphosant en une douce promenade sur la plage. C’est bon
comme un mars d’1 m50 (celui qui repart), un buffet à volonté
sans pique assiette, une douzaine d’huitres déjà ouvertes et
en plus c’est 0 calorie dedans.
Qu’entend-on le plus souvent sur M. Beigbeder ? Un noceur, un
dandy, sexuellement obsédé. Que retrouve-t-on le plus souvent
dans ses livres ? Des noceurs, des dandys, des nymphomanes
dénudées. Voilà nous pourrions nous arrêter là et passer à
côté de Frédéric, car son œuvre est, bien entendu, tout autre.
Frédéric Beigbeder, mode d’emploi :
Etape 1 : Commencer par la fin, oui, par son dernier livre Un
roman Français non pas parce qu’il est le meilleur (prix
Renaudot, tout de même) mais parce qu’il est le plus personnel
et sûrement le plus honnête, on découvre l’homme derrière
l’écrivain, d’ailleurs chacun de ses livres a quelque chose
d’autobiographie ou une « autofiction prospective » comme le
décrit Houellebecq.
Citation 1 : « C’est l’histoire d’un garçon mélancolique
parce qu’il a grandi dans un pays suicidé, élevé par des
parents déprimés par l’échec de leur mariage. »
Etape 2 : Reprendre par le début, la trilogie Marc
Marronnier : Mémoires d’un jeune homme dérangé, Vacances dans
le coma et L’amour dure trois ans. Une lutte sans fin pour
trouver l’amour, le consumer et surtout le perdre, afin de
recommencer, dans cet ordre, invariablement. L’empreinte
Beigbeder y est déjà forte avec des formules dignes d’Audiard
(le père).
Citation 2 : « Vive la drague droguée ! Plus besoin de
briller, de dépenser des fortunes, de diner aux chandelles :
une gélule et puis au lit ! ».
Citation 3 : « Il me faudra une corde avec un nœud comme ce
fromage : bien coulant. »
Citation 4 : « A New York les taxis sont jaunes, à Londres
ils sont noirs et à Paris ils sont cons. »
Etape 3 : Enfiler le costume du plus célèbre publicitaire
névrosé : Octave Parango, dans 99 F (rebaptisé 14,99 € ), en
oubliant, s’il vous plaît, le film, pour finir dans une Russie
en déconstruction dans Au secours Pardon où, après quelques
années de prison, Octave confie son errance amoureuse à un
prêtre orthodoxe à la Camus dans La Chute et détruit tout
puisque plus rien ne peut survivre.
Citation 5 : « Les bombes, je les préfère sexuelles, et les
attentats, à la pudeur. »
Etape 4 : Ne passer surtout pas à côté de L’Egoïste
Romantique, Octave (encore un !, en musique une octave est
l’intervalle séparant deux sons dont la fréquence fondamentale
de l’un vaut le double de la fréquence de l’autre, tiens
tiens !), cet écrivain « égoïste, lâche, cynique et obsédé
sexuel – bref un homme comme les autres » nous partage son
journal intime, les jours s’écrèment alternance d’épanchements
romantique et de regards lubriques, on se délecte de ses
frasques et des ses rencontres.
Citation 6 : « Ce qui serait bien, à présent, pour
l’évolution de l’histoire du cinéma, ce serait de tourner un
film porno où les acteurs feraient l’amour en se disant « je
t’aime » au lieu de « Tu la sens, hein, chiennasse ». Il
paraît que cela arrive, dans la vie (L’idéal est d’alterner
les deux) ».
Citation 7 : « Les hommes sont toujours entre une ex et une
future, car le présent ne les intéresse pas. Ils préfèrent
naviguer entre la nostalgie et l’espoir, entre la perte et le
fantasme, entre la mémoire et l’attente. Nous sommes toujours
coincés entre deux absentes. »
Etape 5 : Voilà votre Frédéric Beigbeder est quasiment monté,
tel un meuble Ikea, mais sans douleur. Reste les finitions,
avec Windows on The World coincé dans la tour Nord du World
Trade Center le matin du 11 septembre, vous n’avez plus que
quelques heures à partager avec de parfaits inconnus, à quoi
les passons-nous, à qui ou à quoi pense-t-on ?, bilans de
vies qui s’achèvent, entrecoupé d’un petit déjeuner au Ciel de
Paris en habile parallèle.
Etape 6 : Toujours pas rassasié ? Plonger sans retenu dans
Nouvelles sous ecstasy, inventaire hallucinant d’images et
d’actes tous plus incontrôlés les uns que les autres sous
influences d’ecsta et retours de shoots. On se demande où est
la part de réel ce qui libère le propos, le rend plus honnête.
A lire et relire sans limite le chapitre : Comment
devenir quelqu’un, tout simplement splendide.
Citation 8 : « S’abîmer de manière irréversible le cœur,
gâcher sa vie pour quelqu’un, et pleurer, vivement pleurer !
Plus besoin de cachets, ni de fouets, tu seras à la merci de
ses yeux et de ses lèvres. En pensant à ses baisers et son
parfum, tu auras de nouveau la respiration difficile ».
Citation 9 : « On naît, on meurt, et s’il se passe quelque
chose entre les deux, c’est mieux (F. Bacon) ».
Citation 10 : « Il existe une zone de flou artistique entre
le célibat dépressif et le mariage ennuyeux : baptisons-la
bonheur ».
Encore un peu de souffle ?
Dernier inventaire avant
liquidation où ce qu’il faudra avoir lu du XXe siècle.
Je laisserai le mot de la fin à Michel Houellebecq :
« Frédéric Beigbeder [est] peu à peu devenu une sorte de
Sartre des années 2010, ceci à la surprise générale et un peu
à la sienne propre, son passé le prédisposant plutôt à tenir
le rôle d’un Jean-Edern Hallier, voire d’un Gonzague SaintBrice. »
Bibliographie non exhaustive
1990 : Mémoire d’un jeune homme dérangé, La Table
ronde.(Roman)
1994 : Vacances dans le coma, Grasset. (Roman)
1997 : L’amour dure trois ans, Grasset. (Roman)
1999 : Nouvel sous ecstasy (nouvelle)
2000 : 99 francs (14,99 euros), Grasset. (Roman)
2001 : Dernier inventaire avant liquidation (Essai)
2003 : Windows on the World, Grasset, prix Interallié.
(Roman)
2005 : L’Égoïste romantique, Grasset. (Roman)
2007 : Au secours pardon, Grasset. (Roman)
2009 : Un roman français, Grasset, prix Renaudot.
(Roman)