Le Régime Ecossais Rectifié de l-Origine
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Le Régime Ecossais Rectifié de l-Origine
égime Écossais et ectifié Convent des GAULES (1778) et de WILHELMSBAD (1782) rdre des hevaliers ienfaisants de la ité ainte irectoire ational ectifié de rance - Lyon, capitale des Gaules – octobre 2012 1 SOMMAIRE I BREF HISTORIQUE II LA NOTION D’ORDRE III L’ORDRE SEUL EST LE PRINCIPE DU REGIME RECTIFIE IV L’ORDRE DES CHEVALIERS BIENFAISANTS DE LA CITE SAINTE, EST L’ECRIN DU « HAUT ET SAINT ORDRE » V L’ORGANISATION DE L’ORDRE DES CHEVALIERS BIENFAISANTS DE LA CITE SAINTE VI NECESSAIRE RETOUR AUX FONDEMENTS DE LA RECTIFICATION VII ADRESSE AUX FRERES DU REGIME RECTIFIE VIII PROCLAMATION IX EXPLICIT NOTES 2 I BREF HISTORIQUE Le Régime Ecossais Rectifié a été créé au Convent des Gaules de Lyon en 1778 où furent élaborés deux Codes : Le Code Maçonnique des Loges Réunies et Rectifiées. Le Code des Règlements Généraux de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte (C.B.C.S.). Il importe d’insister sur le fait que les deux Codes de Lyon de 1778, sont les seules et uniques lois constitutives du Régime Écossais Rectifié, qui en organisent la vie et le fonctionnement. Ces lois, non seulement aucune instance rectifiée n'a le pouvoir de les modifier, mais son premier devoir, clairement stipulé et précisé, est de les respecter et de les faire respecter. Depuis sa création au XVIIIe siècle, de très nombreux évènements se sont produits, qu’il n’est pas nécessaire de retracer, mais même s’il a traversé des heures parfois difficiles ou délicates en s’étant décliné et séparé en des branches distinctes, néanmoins le Régime Ecossais Rectifié, tant bien que mal, est parvenu à perdurer à travers les vicissitudes de l’Histoire. Cependant, alors que s’ouvre un nouveau siècle - le XXIe de l’ère de grâce - il apparaît que les stigmates du temps ont fait subir à ce Régime des épreuves et des oublis dramatiques qu’il convient de corriger et réformer avant qu’il ne soit trop tard, surtout si nous voulons éviter que ne se perde l’essence même de la Rectification pour assurer la continuité de l’héritage véritable de Jean-Baptiste WILLERMOZ auprès des générations futures. 3 II LA NOTION D’ORDRE L’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte prit naissance en 1778 à Lyon, lors d’un Convent général de la Stricte Observance, dit « Convent des Gaules ». Du point de vue historique, si l’on veut comprendre ce que représente, tant dans son originalité que sa finalité, l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, il convient de souligner que les décisions qui seront prises lors du Convent des Gaules en 1778, sont véritablement à l’origine du Rite, ou plus exactement du « Régime » Ecossais Rectifié, transformant, réformant et, en effet, « rectifiant » en profondeur la Stricte Observance dite « Templière » [2], nouveau Régime, ou système pensé et voulu par Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), dont toute la structure repose précisément sur son Ordre de chevalerie qui ne couronne pas l’édifice comme on le dit trop souvent même si l’image n’est point entièrement inexacte, mais l’encadre, le fédère, le gère et le dirige dans l’ensemble de ses établissements et classes, mais surtout, et c’est là le principal, lui confère son essence, son esprit et sa vie [3]. On peut donc dire que le Convent des Gaules, qui se déroula de novembre à décembre 1778 à Lyon, dans ses décisions, établissait et constituait un Rite fondé sur quatre grades symboliques, conduisant à un Ordre de Chevalerie, dit « Ordre Intérieur », formé des Ecuyers Novices et des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, Ordre Intérieur auquel était adjoint une classe secrète, dite « non-ostensible », de Chevaliers Profès et Grands Profès [4], établissant un nouveau système absolument original et novateur, extrêmement éloigné, même s’il en conservait plus ou moins le cadre général extérieur, de ce qu’avait été la Stricte Observance, mais également l’ensemble de la franc-maçonnerie, que le Régime nouvellement établi avait l’ambition de réformer et de « rectifier » afin de lui transmettre les bienfaisantes lumières de la doctrine de la réintégration qui éclaire d’une manière unique ce que fut l’homme à son origine, son état actuel et sa destination future, conférant ainsi un caractère absolument original au Régime Ecossais Rectifié, et surtout expliquant au regard des critères martinéziens, sa nature dite « nonapocryphe » [5]. Les intentions de WILLERMOZ seront clairement affichées lors de ce Convent fondateur : rétablir l’unité de la Maçonnerie sur un fondement initiatique véritable, soit celui de la doctrine de la réintégration, afin de faire cesser la confusion initiatique et revenir au dépôt primitif. Il l’explique en ces termes dans le préambule du Code Maçonnique des Loges Réunies et Rectifiées de France de 1778, dont chaque mot possède son importance : « Quelques Maçons plus zélés qu'éclairés mais trop judicieux pour se nourrir longtemps de chimères, et lassés d'une anarchie dont ils sentaient le vice, firent des efforts pour se soustraire à un joug aussi avilissant. Des Loges entières dans diverses contrées, sentant la nécessité d'un centre commun, dépositaire d'une autorité législative, se réunirent et 4 coopérèrent à la formation de divers grands Orients. C'était déjà de leur part un grand pas vers la lumière ; mais à défaut d'en connaître le vrai point central et le dépôt des lois primitives, elles suppléèrent au régime fondamental par des régimes arbitraires particuliers ou nationaux, par des lois qui ont pu s'y adapter. Elles ont eu le mérite d'opposer un frein à la licence destructive, qui dominait partout, mais ne tenant point à la chaîne générale, elles en ont rompu l'unité en variant les systèmes. [6]» Ces propos préliminaires ne manquent pas d’intérêt. Mais ce qui suit est plus encore crucial dans l’explication du projet : « Des Maçons de diverses contrées de France, convaincus que la prospérité et la stabilité de l'Ordre Maçonnique dépendaient entièrement du rétablissement de cette unité primitive, ne trouvant point chez ceux qui ont voulu se l'approprier, les signes qui doivent la caractériser, et enhardis dans leurs recherches par ce qu'ils avaient appris sur l'ancienneté de l'Ordre des Francs-Maçons, fondé sur la tradition la plus constante, sont enfin parvenus à en découvrir le berceau ; avec du zèle et de la persévérance, ils ont surmonté tous les obstacles, et en participant aux avantages d'une administration sage et éclairée, ils ont eu le bonheur de retrouver les traces précieuses de l'ancienneté et du but de la Maçonnerie. [7]» On observera que ce projet de réforme émane de France et qu’il s’édifia dans l’antique capitale des Gaules, plaçant sous les auspices de la pensée et de la langue d’un pays au sein duquel l’intérêt pour les idées, notamment philosophiques, était éveillé au plus haut point et, à ce sujet, singulièrement d’ailleurs au XVIIIe, siècle des philosophes par excellence. Le Régime en conservera une tonalité et un évident climat, qui relèvent de la sensibilité de l’âme française pour la réflexion en particulier dans le domaine des choses de l’esprit. Joseph de Maistre proposera d’ailleurs pour cette raison dans son Mémoire au duc de Brunswick (1781), que les déclarations du Convent prévu à WILHELSMAD en 1782, soient rédigées en français : « Ce projet doit être en français parce que c'est la langue de l'univers... » 5 III L’ORDRE SEUL EST LE PRINCIPE DU REGIME RECTIFIE Après l’exposé préliminaire fut édictée une loi qui deviendra le principe même du Régime Ecossais Rectifié : c’est « l’Ordre », considéré comme base et principe, et non quelque structure obédientielle, qui légitime et fonde la régularité des Loges : « Les Loges ne sont que des sociétés particulières, subordonnées à la société générale, qui leur donne l'existence et les pouvoirs nécessaires pour la représenter dans cette partie d'autorité qu'elle leur confie ; que cette autorité partielle émane de celle qui réside essentiellement dans le centre commun et général de l'Ordre.... [8]» Ainsi s’imposait que puisse être érigé un Ordre initiatique d’essence chevaleresque, mais d’une chevalerie toute spirituelle car destinée à livrer une bataille subtile se situant dans l’invisible, capable de lutter, non pour rétablir un Ordre matériel disparu au cours de l’Histoire au XIVe siècle, celui du Temple, mais contre les reliquats de la dégradation originelle, en engageant un combat susceptible de réduire et abattre les forces qui enserrent les êtres dans les obscurs cachots du domaine des ombres depuis la Chute. Et c’est précisément ce but qui sut convaincre Joseph de Maistre (17531821) lorsqu’il écrivit : « Il y a de fortes raisons de croire que la vraie Maçonnerie n'est que la Science de l'homme par excellence, c'est-à-dire la connaissance de son origine et de sa destination. [9]» Une science, en effet, dont l’unique but est de réédifier l’homme tout en lui faisant sentir sa dégradation : « Etre dégradé ! malgré ta grandeur primitive et relative, qu’es-tu devant l’Eternel ? Adore-le dans la poussière et sépare avec soin ce principe céleste et indestructible des alliages étrangers ; cultive ton âme immortelle et perfectible, et rends-la susceptible d’être réunie à la source pure du bien, lorsqu’elle sera dégagée des vapeurs grossières de la matière. C’est ainsi que tu seras libre au milieu des fers, heureux au sein même du malheur, inébranlable au plus fort des orages et que tu mourras sans frayeur. [10]» * A ce titre, et on en comprend aisément la raison, la constitution d'un « Ordre », porteur et héritier d’une longue tradition gage de vérité, s'imposait pour JeanBaptiste WILLERMOZ, afin que soit offert aux hommes, et en particulier aux maçons possédant une sincère noblesse de cœur mais cependant désorientés au sein de temps incrédules et corrompus, de participer à l'œuvre salutaire de 6 réarmement spirituel et religieux, à la reconstruction des fondations du vrai Temple qui n’est point fait de mains d’homme, et accomplir, par là même, l'impérieux devoir imposé à ceux qui ne peuvent accepter, ou qui souffrent, de croupir dans le marasme existentiel sans chercher à s'extraire de la geôle dans laquelle ils furent enfermés en venant en ce monde ; lieu inquiétant dominé par celui qui en est le prince, et qui détient sur ces domaines périlleux la gloire et l'autorité (Luc 4, 6) 11. Mais cette transformation, « opérée » par la foi en la Parole de Vérité, et dont la responsabilité est confiée à l’Ordre, encore faut-il que cet « Ordre » soit en mesure de l’accomplir, ou tout au moins de la rendre possible. Partant du principe que l’homme, au sens générique du terme, ne s’est pas conservé dans l’état qui était le sien à l’origine, constat préliminaire humiliant, il convenait d'établir, pour répondre à une situation insupportable, une sorte de stratégie à visée réparatrice qui aurait pour fonction de permettre le passage des ténèbres à la Lumière par la pratique constante et méthodique des vertus cardinales et théologales, afin que certaines âmes choisies, pour lesquelles il fallait des secours spéciaux puissent progresser vers un nouvel état d’être. 7 IV L’ORDRE DES CHEVALIERS BIENFAISANTS DE LA CITE SAINTE EST L’ECRIN DU « HAUT ET SAINT ORDRE » Revenant, dans la succession des grades, avec un sens consommé de la pédagogie sur les grandes lignes de l'Histoire universelle, Jean-Baptiste WILLERMOZ, qui observera sur ce point une grande fidélité à l'égard de l'enseignement de MARTINES de PASQUALLY, d'autant que ce dernier se fondait et s'appuyait dans l'exposé de sa doctrine sur le texte et la lettre de la Sainte Ecriture, engagea toute la perspective de son système en une subtile et efficace œuvre de régénération, suivant quasiment pas à pas les différentes étapes qui virent Adam être dépossédé de son état glorieux, puis expulsé de l'Eden pour venir endurer en ce monde ténébreux l'éprouvante douleur d'un exil, ce qui lui vaudra, de par une pénible expiation tout d'abord subie mais que tout homme aura la nécessité d'accepter et de mettre en œuvre pour pouvoir collaborer au lent travail de purification, ceci afin de bénéficier de la grâce salvatrice du Divin Réparateur offerte aujourd'hui depuis le Calvaire, gratuitement et librement à toute créature désireuse de retrouver par la foi le chemin qui conduit à l'ineffable communion avec l'Eternel. L’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, fut ainsi conçu pour être l’écrin de l’Ordre mystérieux qui est l’essence même du Régime rectifié, sa substance intérieure secrète. Ses travaux se dérouleront donc dans l’invisible et auront pour objet de se consacrer à l’étude et à la conservation de la doctrine de la réintégration dont l’Ordre est le dépositaire de par l’Histoire, doctrine sacrée qui a un but essentiel et très élevé que peu d'hommes sont dignes de connaître. WILLERMOZ écrira du Haut et Saint Ordre : « Son origine est si reculée, qu'elle se perd dans la nuit des siècles ; tout ce que peut l'institution maçonnique, c'est d'aider à remonter jusqu'à cet Ordre primitif, qu'on doit regarder comme le principe de la francmaçonnerie ; c'est une source précieuse, ignorée de la multitude, mais qui ne saurait être perdue : l'un est la Chose même, l'autre n'est que le moyen d'y atteindre [12].» Cet Ordre, mystérieux s’il en est, ce « Haut et Saint Ordre » qui « se plaît à répandre de temps en temps quelques rayons de lumière » afin d’éclairer ceux qui cherchent dans les ténèbres pour qu’ils s’approchent de la Vérité, détient, secrètement, quelques précieuses connaissances sur la « Chose même », selon la judicieuse expression choisie par WILLERMOZ pour désigner une réalité qui a son séjour dans l’Invisible, « Chose » qui est, et elle seule uniquement, détentrice des promesses de l'espérance de la vie éternelle et de notre pleine et entière participation à la nature divine. 8 De ce fait, « l’Ordre », du point de vue rectifié, lorsqu’on y fait allusion, entendu dans son principe le plus profond, le plus authentique, ne réfère donc pas à une structure administrative et temporelle, mais relève d’une dimension purement spirituelle dont l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte a le devoir de protéger l’existence, et de le défendre contre les forces de l’Adversaire. Et cette responsabilité exige un engagement intérieur d’une nature toute spéciale, puisque le type de lutte dans laquelle sont placés les Chevaliers de la Cité Sainte, est une lutte qui se déroule principalement dans les régions célestes. 9 V L’ORGANISATION DE L’ORDRE DES CHEVALIERS BIENFAISANTS DE LA CITE SAINTE Le titre 3 du Code Maçonnique des Loges Réunies et Rectifiées de France allait fixer définitivement la « Composition générale de l’Ordre » structuré selon une architecture précise, en une ingénieuse construction pyramidale, partant des Provinces jusqu’aux Loges [13]. Les Provinces correspondent selon le Code à des Grands Prieurés : « Les Provinces réformées d'après le nouveau rite, sont divisées en Grands Prieurés [14].» Toute cette organisation était placée sous un gouvernement de nature «aristocratique», terme signifiant le caractère non personnel mais «collégial» de l’autorité dans l’Ordre : « Le Gouvernement de l'Ordre est aristocratique, les Chefs ne sont que les Présidents des Chapitres respectifs. Le grand Maître général ne peut rien entreprendre sans les avis des Provinciaux, le Maître provincial sans celui des Prieurs et des Préfets, les Préfets sans celui des Commandeurs, et ceux-ci sans en avoir conféré avec les Chevaliers de leur district [15].» Les Articles des Titres 4, 5, 6, 7, 8 & 9 du Code entraient ensuite dans le détail minutieux aussi bien des assemblées (Convent Général, Convents Nationaux – Titre 5), que dans celui de l’exercice des fonctions dans les Prieurés, charges, attributions et devoirs (Titre 6, 7, 8), et ceci jusqu’aux questions du trésor de l’Ordre abordées longuement au Titre 9 sous le titre « Objets économiques ». Les Directoires provinciaux forment « le corps du Régime Rectifié en France », coiffés par un Directoire National ayant à sa tête un Grand-Maître National des Provinces Françaises [16]. Cette organisation fut confirmée lors du Convent de Wilhelmsbad : « Avons accordé pareillement aux trois Provinces françaises, qui depuis leur réforme nationale avaient adopté le titre de Chevaliers bienfaisants de la Cité Sainte, auquel elles attachaient un prix particulier, la liberté de continuer de s'en servir. En conservant enfin à cette Chevalerie chrétienne une croix, un habillement uniforme, les noms d'Ordre et la bague pour se reconnaître, nous prescrivons pour les dates l'usage de l’Ère du salut et du calendrier réformé, en abolissant dans les actes celui de l'Ère de l'Ordre établie auparavant [17].» 10 « L'Ordre entier de la Franc-Maçonnerie rectifiée est gouverné par un GrandMaître général, par des Grands-Maîtres nationaux et Administrateurs provinciaux, et par des Directoires Écossais, et des grandes Loges Écossaises, qui ont sous leur inspection ou tout l'Ordre en entier, ou une nation, ou une province, ou un district, ou un département particulier. Le Grand Directoire National enfin est présidé par le Grand-Maître national, comme chef principal de la nation, des administrateurs provinciaux, des présidents des Directoires, et des conseillers et officiers nécessaires pour sa régie et pour son administration. Par le moyen de l'Ordre ainsi établi, les Loges et établissements inférieurs sont régulièrement représentés dans les corps supérieurs, et concourent à tous les actes qui en émanent. » (Cf. Code Maçonnique des loges Réunies et Rectifiées, op.cit.). Il n’en reste pas moins que cette organisation structurelle qui ne réussit à s’établir que quelques années avant la Révolution, ne parvint jamais après à fonctionner telle que décrite selon les Codes de 1778. La façon dont le Régime perdura tient autant de l’accommodement que de l’adaptation à des formes structurelles calquées sur les modes existentiels de la maçonnerie andersonienne, c’est-à-dire à partir de l’idée centralisatrice de « Grande Loge » dans lesquelles les Provinces ne sont que l’expression du gouvernement qui dirige l’obédience en son sommet, l’idée d’Ordre étant évidemment totalement absente d’une telle organisation. Les principes, ou « Landmarks » de la maçonnerie andersonienne, s’appuient sur les Constitutions de la Grande Loge de Londres, publiées en 1723, rédigées par le pasteur presbytérien James Anderson (1684-1739) avec l’aide de John Théophile Désaguliers (1683-1744) le 24 juin 1717, Constitutions dont le titre originel était Constitution, Histoire, Lois, Obligations, Ordonnances, Règlements et Usages de la Très Respectable Confrérie des Francs-maçons acceptés, véritable travail de reformulation des anciens devoirs en une tentative d’adaptation fédérative et réductrice des règles et lois de la tradition artisanale, dont les travaux de Stretton dans « The Speculative Mason » ont bien montré le caractère destructeur à l’égard de la tradition opérative. Ces Constitutions, qui présidèrent en 1813 à « l’Acte d’Union » qui permit la création de la Grande Loge Unie d'Angleterre mettant fin au schisme entre les Moderns et les Ancients, dont on voudrait faire la base de la « régularité », apparaissent donc plutôt comme une entreprise d’altération de l’essence de la maçonnerie originelle. C’est pourquoi, loin de s’y référer comme source de la légitimité de son Ordre, Jean-Baptiste WILLERMOZ conçut et façonna le Régime Écossais Rectifié comme une «rectification» de toute la franc-maçonnerie écossaise, dotant son système d'une structure empruntant beaucoup plus aux règles et formes de l'antique Chevalerie médiévale, comme en témoigne le Code des C.B.C.S., plutôt qu'aux conceptions de la maçonnerie libérale défendues par les Constitutions de 1723. Ainsi, totalement étranger à cette perspective universaliste et faiblement religieuse, qui de plus ignorait absolument tout des éléments théoriques de la doctrine de la « réintégration », le Régime Rectifié posa, dès 11 les premiers instants de sa fondation, des principes intangibles profondément différents du milieu maçonnique du XVIIIe siècle - et plus encore de celui issu des conceptions de la régularité diffusées par la Grande Loge Unie d’Angleterre à partir de 1929 qui prétend conférer une prétendue « régularité » aux grades et degrés situés au-delà des Loges symboliques en raison de leur rattachement aux Grandes Loges - situation que l'Histoire n'a pas démentie et qui perdure depuis lors, faisant que l’Ordre issu de la réforme de Lyon, tire uniquement sa légitimité et sa « régularité » de sa fidélité observée face aux principes énoncés et arrêtés en 1778 lors du Convent des Gaules. 12 VI NECESSAIRE RETOUR AUX FONDEMENTS DE LA RECTIFICATION Or, depuis le réveil complet du Régime en France au XXe siècle, force est de constater que les principes de fonctionnement propre à l’Ordre des C.B.C.S., pourtant clairement définis, n’ont pas été respectés. On a voulu se servir des cadres obédientiels de la maçonnerie andersonienne afin de faire vivre le Régime Rectifié. Et, à cet égard, toutes les formes sous lesquelles vit le Régime actuellement ne sont en rien conformes à son essence, mais de plus, y compris les formes structurelles distinguées sous le nom de «Grands Prieurés» assortis de leurs divers titres distinctifs (régulier, indépendant, rectifié, réformé, traditionnel, des Gaules, etc.), qui sont en réalité très éloignés des critères propres de la rectification tels que spécifiés dans le Code de 1778. En effet, l’idée d’un « Grand Prieuré National » pour la nation Française - qui est partagée par les principaux Grands Prieurés hexagonaux - est incohérente, puisque la France selon le Code de 1778 est constituée de trois Provinces (IIe d’Auvergne, IIIe d’Occitanie, Ve de Bourgogne) qui, théoriquement, devraient posséder chacune son Grand Prieuré, ces trois Grands Prieurés devant être placés sous l’autorité d’un Grand Maître National [18]. On est ainsi obligé de constater que depuis le réveil en 1935 du Régime lors de la création du Grand Prieuré des Gaules (G.P.D.G.), la conception originelle du Code n’a presque jamais été suivie, entraînant des disfonctionnements significatifs dans la logique organisatrice du Régime Ecossais Rectifié qui cessa, dès lors, de se penser comme un « Ordre », le ramenant à un Rite réduit à une conception obédientielle absolument étrangère à l’esprit de la rectification, même si imaginant en relever en usant de titres et dénominations issus du corpus sémantique willermozien. Mais ce premier constat se double d’un second, non moins important, qui découle presque du premier et en est la conséquence quasi logique : l’essence de la rectification, outre un Rite original et une pratique spécifique s’exerçant en quatre grades formant la classe symbolique et un Ordre intérieur d’essence chevaleresque distingué en un état probatoire (Ecuyer Novice) et le grade de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, c’est d’abord et avant tout un enseignement, c’est-à-dire une «doctrine» selon le nom qui lui fut donné par WILLERMOZ, enseignement savamment élaboré et introduit lors du Convent des Gaules en 1778, ce que confirma de même le Convent de WILHELSMAD en 1782 [19]. Sans cette doctrine le Régime rectifié n’est plus ! 13 Sans cette doctrine le Régime se réduit à une coquille vide, à une écorce dont on aurait arraché le noyau, une structure dénuée de sa substance puisque cette doctrine relève de l’enseignement sacré et invariant du « Haut et Saint Ordre » [20]. Or cet enseignement, précisément, aujourd’hui se trouve menacé, puisque non seulement il est assez largement oublié et délaissé, et parfois, ce qui est plus grave, déformé, contredit, et même à certaines occasions, carrément nié, décrié et dénoncé en raison de son christianisme transcendant [21]. Cette double situation, sur le plan structurel et doctrinal est donc très inquiétante. Elle oblige à ce que nous puissions empêcher une dérive extrêmement préoccupante pour ce que représente d’inestimable le dépôt willermozien, nous enjoignant à réagir, afin de répondre aux exigences du Régime dont nous avons le devoir, de par notre état de membres, d’être les gardiens et vigilants protecteurs. Notre action est donc une volonté de retour aux sources du Convent des Gaules de 1778, en tentant non pas de recréer une nouvelle structure au milieu de celles déjà existantes, mais de redonner à la notion d’Ordre la place centrale qu’elle n’aurait jamais dû perdre, tout en insistant sur le caractère fondamental de la doctrine qui forme, avec l’Ordre, un tout indissociable en une union étroite et intime sachant que le lien intime avec la doctrine de l’Ordre représente, non une option du point de vue initiatique lorsqu’on est membre du Régime, mais relève d’un enseignement spirituel auquel il est nécessaire d’adhérer, faute de quoi on se met soi-même en dehors des critères d’appartenance du système willermozien dont le rôle est, précisément, de préserver les éléments doctrinaux établis lors de sa fondation. Il convient d’ailleurs d’insister sur le fait que l’aspect doctrinal défini et précis du Régime rectifié, ce qui est une caractéristique unique dans tout le champ rituel de la franc-maçonnerie, confère au système willermozien une originalité à nulle autre pareille en le distinguant entièrement des autres Rites, ce qui n’est pas sans provoquer, souvent, de nombreuses incompréhensions. Mais si l’on se dit maçon rectifié et qu’on souhaite le rester – ce qui n’est imposé à personne et relève du libre-arbitre de chacun – il faut adhérer à cette doctrine et la respecter, non chercher à la transformer. De ce fait la pensée de WILLERMOZ, puisqu’il le voulut et fit en sorte que cela soit, n’est pas négociable, adaptable ou modifiable. Elle est un héritage, dont le Régime rectifié possède, et lui seul, le dépôt et le devoir de conservation de la sainte doctrine de Moïse « parvenue d'âge en âge par l'Initiation jusqu'à nous » dont l’Ordre est le dépositaire. 14 VII ADRESSE AUX FRERES DU REGIME RECTIFIE Nous appuyant sur l’exemple de ce que Camille SAVOIRE (1869-1951) déclarait lors de la création du Grand Prieuré des Gaules (G.P.D.G.) en démissionnant du Grand Orient de France (G.O.D.F.), où il travaillait pourtant depuis 1893, en fidélité à son intention de réveil de l’Ordre, mais souhaitant établir, de par les conditions de notre période bien différentes du siècle dernier où la connaissance et la pratique du Régime étaient encore récentes et incomplètes, un pont transhistorique direct avec l’idée fondatrice que Jean-Baptiste WILLERMOZ développa lors du Convent des Gaules : « Nous avons résolu d'user de notre droit de membres du Régime Ecossais Rectifié conscients de nos devoirs et nous rattacher à la notion originelle de «l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte», par-delà les structures dans lesquelles nous sommes et avons travaillé jusqu’alors pour défendre le Régime, le caractère de notre rattachement étant motivé par le souci de préserver l’héritage de Jean-Baptiste WILLERMOZ, de sorte de le faire vivre en authenticité, avec ceux qui désireront se joindre à nous. L’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, s’appuyant sur les transmissions et qualifications qu’il détient, constatant l’éloignement des critères rectifiés dans lequel on fait vivre le Régime, s’engage dans une entreprise de réforme et de retour aux fondements structurels et spirituels de l’initiation willermozienne, et dans la mise en œuvre concrète de la «science de l’homme» entendue dans le sens de la « doctrine » dont le Régime est dépositaire [22], cherchant à construire et édifier, pour ceux qui se rangeront à ses côtés en acceptant de cheminer avec lui en se dirigeant du Porche vers le Sanctuaire, un nouveau destin commun en forme d’invitation en s’appuyant, avec confiance, sur les seules bases rituelles et doctrinales du Régime Ecossais Rectifié, ceci pour le plus grand bonheur des âmes de désir en quête de la Vérité et celui de toute la famille humaine au bien de laquelle sont, par définition, consacrés tous ses travaux [23]. » Toutefois, sachant que le vœux de WILLERMOZ, dans sa volonté de réforme et de rectification de la Stricte Observance, fut : - d'instituer un Ordre capable de répondre à l’exigence secrète de l'Evangile et d’en perpétuer la conception transcendante ; - d’édifier une authentique Chevalerie chrétienne se fixant pour objet, non la conquête des biens temporels - d'où son rejet des rêves chimériques de certains souhaitant que soit réédifié dans sa puissance initiale l'Ordre du Temple, mais que les « Pauvres Chevaliers du Christ » élèvent un nouvel édifice en leur cœur dédié à la Gloire de l'Eternel, édifice qui puisse échapper à la vindicte du temps et à la folie des hommes en étant une demeure invisible, un Temple «mystique», 15 un Tabernacle sacré éclairé par la prière, un autel pur entièrement habité par l’Esprit, « Esprit » qui est le seul guide, l’instructeur, le bienveillant protecteur et la divine et sainte lumière de l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte ; nous réaffirmons que le Régime Ecossais Rectifié doit être conservé dans sa pureté et son intégrité, en étant : 1°) Soustrait à toute forme d’organisation obédientielle [24], puisqu’il exige d’être pratiqué comme un système unique, un Régime indépendant, autosuffisant et complet [25] ; 2°) Préservé des conceptions, des convictions et visions de toute nature qui ont pris autorité sur lui au fil du temps en se substituant à son enseignement initiatique et doctrinal ; 3°) Conservé dans son rôle étroitement et exclusivement spirituel de structure maçonnique et chevaleresque illuministe et mystique conçue et pensée, non pas seulement comme un Rite, mais principalement et avant tout comme un Régime et plus encore comme un « Ordre ». Tels sont les motifs qui nous guident et font justice à nos yeux des reproches “d'archaïsme” de “fermeture”, “d’exclusivisme” ou “d’illuminisme hétérodoxe”, adressés aux formes structurelles, rituelles et doctrinales du Régime Ecossais Rectifié, qu’il importe vitalement de conserver, préserver, défendre et développer, sans s’écarter en rien du Principe originel de la « Rectification », selon ce que nous imposent les Codes fondateurs de 1778. 16 VIII PROCLAM ATION I. NOTRE VOLONTÉ DE RATTACHEMENT À LA NOTION ORIGINELLE « D'ORDRE RECTIFIÉ » N'EST PAS DE NATURE « OBÉDIENTIELLE », MAIS INITIATIQUE, DOCTRINALE ET SPIRITUELLE. Il. CE RATTACHEMENT S'EXERCE DONC, POUR CEUX QUI SOUHAITENT S'Y AGRÉGER, DE FAÇON TRANSHISTORIQUE EN SE RÉFÉRANT, PAR-DELÀ LE RÉVEIL EFFECTUÉ AU XXE SIÈCLE, DIRECTEMENT AUX PRINCIPES ÉNONCÉS LORS DU CONVENT DES GAULES (1778) ET DU CONVENT DE WILHELMSBAD (1782). Ill. L'ORDRE AGRÈGE À LUI CEUX QUI DÉSIRENT LE REJOINDRE, DANS LES FORMES MÊMES DU RÉGIME RECTIFIÉ, À SAVOIR SOUS LES AUSPICES DE L'ORDRE DES CHEVALIERS BIENFAISANTS DE LA CITÉ SAINTE POUR LA CLASSE CHEVALERESQUE, ET DU DIRECTOIRE NATI ONAL DES LOGES RÉUNIES ET RECTIFIÉES POUR LA CLASSE SYMBOLIQUE, AVEC À LEUR TÊTE LES AUTORITÉS CORRESPONDANTES (26]. IV. LE RATTACHEMENT À L'ORDRE PEUT SE FAIRE À TITRE INDIVIDUEL, OU AU NOM D'ÉTABLISSEMENTS (LOGES, COMMANDERIES, PRÉFECTURES, PRIEURÉS, ETC.), CECI SANS AUTRE OBLIGATION PARTICULIÈRE QUE CELLE D'ADHÉRER AUX CONCEPTIONS WILLERMOZIENNES EN MATIÈRE D'ORGANISATION, D'INITIATION ET D'ENSEIGNEMENT, ET DE RESPECTER LES CODES DE 1778 ET LES STATUTS DE L'ORDRE DES CHEVALIERS BIENFAISANTS DE LA CITÉ SAINTE. V. CONSCIENT DES SITUATIONS SPÉCIFIQUES AU SEIN DES DIFFÉRENTES JURIDICTIONS RECTIFIÉES CONTEMPORAINES, L'ORDRE N'EXIGE CEPENDANT DE PERSONNE, NI DE QUELQUE ÉTABLISSEMENT D'OÙ QU'IL PROVIENNE, POUR SE RATTACHER À LUI, QU'IL ROMPE SES LIENS AVEC LES STRUCTURES OBÉ DIENTIELLES EXISTANTES DANS LESQUELLES IL SE TROUVE, AFIN DE REJOINDRE L'OEUVRE REFONDATRICE. VI. L'APPARTENANCE À L'ORDRE PEUT DONC S'EXERCER DE FAÇON LIBRE ET SANS CONTRAINTE STRUCTURELLE, LAISSANT LA POSSIBILITÉ À TOUS ET À CHACUN, SOIT DE FONCTIONNER AINSI AUTANT DE TEMPS QU'ILS LE PENSERONT UTILE, SOIT DE SE RANGER, LE JOUR QU'ILS LE DÉCIDERONT, SOUS LES SEULS AUSPICES DE L'ORDRE DES CHEVALIERS BIENFAISANTS DE LA CITÉ SAINTE ET DU DIRECTOIRE NATIONAL DES LOGES RÉUNIES ET RECTIFIÉES (27]. VII. L'INITIATIVE DE REFONDATION, DE NATURE TRANSHISTORIQUE, PARTICIPE D'UNE SITUATION D'ATTENTE, DANS L'ESPOIR QU'UN JOUR LES DIVERSES COMPOSANTES DE LA FAMILLE RECTIFIÉE REVIENNENT À LA CONCEPTION ORIGINELLE DE « L'ORDRE » ET RÉALISENT LEUR UNITÉ SUR CE PRINCIPE UNIQUE ET FONDATEUR. CECI ÉTANT POSÉ, 17 NOUS, CHEVALIERS BIENFAISANTS DE LA CITÉ SAINTE, PROCLAMONS LE RÉVEIL, EN SES FONDEMENTS ORIGINAUX DE : L' O RDRE DES C HEVALIERS BIENFAISANTS DE LA CITÉ S AINTE et du IRECTOIRE ATIONAL ECTIFIÉ DE « Tandem Aurora Sucessit » 18 rance IX EXPLICIT Nous avons conscience de ce que cette « Proclamation refondatrice », et sa volonté de retour aux fondements originaux de l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, pourront susciter comme surprise de la part des observateurs. Pourtant, cette initiative se fait en amitié avec l’ensemble des juridictions composant ce qu’il convient de désigner sous le nom de « famille rectifiée », à l’égard de laquelle nous avons de la bienveillance et un sincère et profond sentiment de fraternité, sachant l’importance de ce qu’elle représente en étant parfaitement instruits et respectueux de son histoire selon les différentes singularités qui la composent. Il nous apparaît néanmoins que les temps sont aujourd’hui venus, alors que s’ouvre un nouveau siècle dont le précédent fut celui du réveil du Régime, d’engager à présent une possibilité de refondation de l’Ordre au sens générique du terme, avec pour seul moteur l’amour de nos devoirs de membres du Régime rectifié, et selon les critères propres à la réforme de Lyon. Notre œuvre pourra paraître, à vue humaine tout au moins, symbolique et un rien étonnante de par la modestie de ses moyens à l’heure des grands regroupements obédientiels, des fédérations de loges et de la constitution de structures transnationales. Ceci nous le savons. Mais nous nous plaçons sur un plan différent, notre action relevant d’un « autre ordre des choses », à savoir celui de la fidélité initiatique et de l’authenticité doctrinale rectifiées, l’une et l’autre devant être protégées et préservées, alors que ne cesse de s’amenuiser ce qui faisait la valeur de la voie maçonnique de par un envahissement des forces profanes qui se sont emparées des domaines qui auraient dû, impérativement, se maintenir à distance des puissances de dissolution. Notre action relève donc autant du témoignage que du souci conservatoire afin que le projet willermozien puisse être vécu et transmis, par-delà le temps, en sa vérité essentielle. Nous ne prétendons pas à nous seuls incarner ou représenter « l’Ordre » Bienfaisant des Chevaliers Maçons de la Cité Sainte dont, évidemment, toutes les branches de la famille rectifiée participent. En revanche nous nous en revendiquons au titre de ses principes et de nos qualifications, désireux d’œuvrer à sa préservation uniquement sous sa seule référence, ne souhaitant pas, à dessein, constituer un énième « Grand Prieuré » qui vienne grossir le nombre déjà fort conséquent de ceux déjà existants, ce qui n’aurait aucun sens au regard de la perspective initiatique et spirituelle dans laquelle nous nous situons. Même si l'on n’en comprend pas toujours entièrement les enjeux et la finalité ultime, il est clair, pour ceux qui se penchent avec attention sur ce système, que le Régime Ecossais Rectifié oblige à un questionnement, un retournement, une réorientation intérieure complète comme l’indique explicitement la Règle maçonnique : 19 « Elève souvent ton âme au-dessus des êtres matériels qui t’environnent, et jette un regard plein de désir dans les régions supérieures qui sont ton héritage et ta vraie patrie. Fais à ce Dieu le sacrifice de ta volonté et de tes désirs, rends-toi digne de ses influences vivifiantes, remplis les lois qu’il voulut que tu accomplisses comme homme dans ta carrière terrestre. Plaire à ton Dieu, voilà ton bonheur ; être réuni à jamais à Lui, voilà toute ton ambition, la boussole de tes actions [28]. » Telle est notre unique et identique volonté afin de contribuer, avec amour et fraternité, au rayonnement de l’authentique tradition willermozienne, et d’œuvrer à la Gloire de «l’Être éternel et infini qui est la bonté la justice et la vérité même qui, par sa parole toute puissante et invincible, a donné l’être à tout ce qui existe ». NOTES (1) L’Ordre décida en 1778 de faire du Phénix son symbole par excellence : « L'emblème général des Loges rectifiées de France, est un Phénix renaissant de ses cendres avec la légende “Perit ut vivat” » (Cf. Code Maçonnique des Loges Réunies et Rectifiées, 1778, ch. XVI). (2) Ce système devait à peu près tout à un seul homme, précisément au Reichsfreiherr, le baron d’Empire Karl Gotthelf von Hund und Altengrotkau, seigneur de Lipse, chambellan de Son Altessse Sérénissime l’Electeur de Cologne et de l’Electeur de Saxe, conseiller d’Auguste III de Pologne. Initié à l’âge de dix neuf ans à Francfort, c’est lors de son séjour à Paris, entre décembre 1742 et septembre 1743 qu’il se convertit au catholicisme et que, selon ses dires, il fut reçu dans un « Chapitre Templier », en présence de Lord Kilmarnock, par un étrange et mystérieux Chevalier nommé Eques a Penna Rubra (Chevalier au plumet rouge), dont il eut l’intime conviction qu’il s’agissait en réalité du prétendant Stuart, Charles Edouard ou Jacques III, Grand Maître de l’Ordre de Jérusalem, qui le nomma à cette occasion Grand Maître de la VIIIe Province. Ce dernier lui aurait confié que sa mission, d’après les ordres des « Supérieurs Inconnus », était de réformer, de « Rectifier » la Franc-maçonnerie. (3) Si le Convent compta treize séances, ce fut dès la première que Turckheim et Willermoz soumirent à l’adoption des suffrages de l’assemblée des frères le nouveau nom « d’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte ». Alice Joly précise, s’appuyant sur un document faisant état des délibérations [BM Lyon, ms. 5479] : « Qui eut l’idée de ce nom ? Une chose est certaine, c’est qu’il était avant l’ouverture des débats déjà choisi et accepté par les promoteurs de la réforme. Il est certain aussi qu’ils hésitèrent, au début, sur le titre qu’il convenait de donner à l’association. Parmi les papiers qui subsistent des travaux préparatoires, on trouve un « Code de règlements généraux », où l’Ordre futur est appelé « Ordre Hospitalier du Christ ». Mais il est difficile de savoir quelle est la part des Lyonnais ou des Strasbourgeois dans cette recherche. La loge de Willermoz s’appelait « la Bienfaisance », mais on a remarqué qu’un grade de Chevalier Bienfaisant existait déjà dans la loge de Saint-Théodore de Metz, et qu'il y avait en Suisse un système Écossais qui révérait comme patron Saint Martin, le soldat romain au cœur charitable. Si nous en croyons les souvenirs de Paganucci ce seraient ces influences, probablement représentées par Saltzman, qui auraient fait choisir le nouveau titre. Il était fait pour convenir également aux desseins de Willermoz car il évoquait les Templiers sans les nommer, et donnait aux Chevaliers une vague et idéale patrie, qui pouvait être tout aussi bien Rome, centre de la chrétienté, Jérusalem, où s’éleva le temple de Salomon et où Jésus-Christ fut crucifié, que la cité céleste immatérielle, espoir et but suprême de tout effort mystique. » (A. Joly, Un mystique lyonnais et les secrets de la franc-maçonnerie, Protat frères, 1938, pp. 11020 111) (4) Georg Kloss résume, dans son Histoire de la Franc-maçonnerie en France (18521853), en une phrase heureuse l'origine et la nature des deux professions : « Quand Willermoz modifia en 1778 au Convent de Lyon le Rituel de la Stricte Observance, il y ajouta les deux grades théosophiques de Chevalier Profès et Grand Profès, dans lesquels étaient élaborées les idées de Martinez Pasqualis, mais purifiées et anoblies. La pierre de fond en était le Traité de la Réintégration.» (Cf. G. Van Rijnberk, Martines de Pasqually, Sa vie, son œuvre, son ordre, Derain-Raclet, 1938, tome 1er, p. 102). (5) « La Grande Profession conserve en son entier le dépôt de la doctrine de la réintégration, voilà qui la définit philosophiquement. Le Régime ou le Rite écossais rectifié, dans la foulée énigmatique de Martines de Pasqually et sous l’action de Jean-Baptiste Willermoz, a spécifié la science spécifique de la franc-maçonnerie – qui est “la science de l’homme’’, selon Joseph de Maistre – en la doctrine de la réintégration, commune aux élus coën, à Louis-Claude de Saint-Martin et aux ordres martinistes dignes de ce nom. » (R. Amadou, Martinisme, CIREM, 1997, pp. 37 & 40). (6) Code Maçonnique des Loges Réunies et Rectifiées de France, Tel qu’il a été approuvé par les Députés des Directoires au Convent National de Lyon 5778. (7) Ibid. Le texte stipule ensuite : «Représenté par ces Corps préposés à l'administration générale et particulière des différents districts et au maintien et à l'exécution de ses lois ; qu'aucune d'elles ne peut exister régulièrement, que par un consentement exprès des chefs légitimes de l'Ordre, constaté par la patente de constitution, qu'ils lui donnent la charge de se conformer aux lois, statuts et règlements de l'Ordre, sans laquelle tous les actes de la Loge seraient nuls et clandestins, et les rétributions qu'elle exigerait, une véritable concussion ; qu'en vertu de cette constitution, la Loge acquiert à la vérité la faculté et le pouvoir de recevoir légitimement au nom de l'Ordre dans les quatre grades Maçonniques, et de percevoir les rétributions prescrites, mais que le produit de ces rétributions appartient proprement à l'Ordre en général, vu que les Loges n'agissent et ne peuvent agir qu'en vertu des pouvoirs qu'elles en ont reçus. » (8) Ibid. (9) Joseph de Maistre, Mémoire au duc de Brunswick, 1782. (10) Règle maçonnique, in Rituel du Grade d’Apprenti, Rédigé en Convent Général de l’Ordre l’an 1782, Version complétée par JeanBaptiste Willermoz et communiquée par lui en 1802 à la Respectable Loge de la Triple Union à l’Orient de Marseille. A cet égard, on sait par exemple que la colonne brisée, présente au premier grade d’Apprenti franc-maçon du Régime Ecossais Rectifié à laquelle est jointe la devise « Adhuc Stat » - qui provient comme nous l’apprennent les documents de la Stricte Observance où elle symbolisait à l’origine l’Ordre du Temple décapité mais qui restait solide sur sa base, l’objectif pour l’Ordre allemand étant de reconstruire cette colonne, c’est-à-dire l’Ordre du Temple - Jean-Baptiste Willermoz souhaita lui donner une toute autre signification. Elle symbolisa dorénavant pour lui, et depuis lors pour le Régime rectifié, la chute de l’homme, et devint l’image de l’homme dont la 21 nature a été abîmée par la Chute, et qu’il faut travailler à restaurer, à reconstruire, car la grande vérité du Régime Ecossais Rectifié, que ne cessent de rappeler ses rituels, c’est que l’homme aussi est un Temple, conformément à la parole de l’apôtre Paul dans sa première Epître aux Corinthiens : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (I Corinthiens III, 16). (11) Instruction pour le grade d’Ecuyer Novice, Bibliothèque Municipale de Lyon, ms 1778. (12) « L'Ordre des Chevaliers bienfaisants de la C. S. est divisé en 9 provinces : Aragon, Auvergne, Occitanie, Léon, Bourgogne, Grande Bretagne, Allemagne inférieure entre l'Elbe et l'Oder, haute Allemagne et Italie, Grèce et Archipel. Les Armes de l'Ordre sont deux cavaliers sur un même cheval dans un écusson écartelé de la croix de l'Ordre. » (Cf. Code Maçonnique des Loges Réunies et Rectifiées de France, op.cit.). (13) « L'Ordre des Chevaliers bienfaisants de la C. S. est divisé en Provinces (...) Les Provinces réformées d'après le nouveau rite, sont divisées en Grands Prieurés (...) Chaque Prieuré est divisé en Préfectures (...) Chaque Préfecture est composée de neuf commanderies il suffit cependant que trois d'elles soient en activité pour que la Préfecture puisse opérer légalement. Les Loges maçonniques, sont le séminaire des sujets destinés au Saint Ordre, et sont mises sous l'autorité d'un Commandeur, qui en est le Chef titulaire et inamovible. » (Ibid.) (14) Cet aspect de collégialité gouvernementale s’opposait à toute forme de despotisme, instituant une conception pluriel de la gouvernance que l’on jugeait utile également pour la société civile : « Cette loi de la pluralité est sacrée et fondamentale dans l'Ordre, ainsi que toute société bien ordonnée : elle est le rempart de la liberté et la sauvegarde contre le despotisme. Un Chef ou Président d'une assemblée quelconque, qui voudrait abuser de ses pouvoirs, au point de renverser cette loi fondamentale, est censé parjure à ses obligations, et encourt les punitions les plus graves de la part de ses supérieurs. » (Cf. Titre 4, Article I). René Guilly écrit sur ce point avec justesse : « Aristocratique est ici opposé à despotique. C’est le gouvernement des meilleurs, non par le rang ou la fortune, ce dont l’Ordre ne tient pas compte en son sein, mais par l’Esprit et l’expérience. » (Cf. R. Guilly, La double structure administrative et hiérarchique du Régime Ecossais Rectifié en 1778, Renaissance Traditionnelle, n° 31, Juillet 1977). (16) « L'Ordre entier de la Franc-Maçonnerie rectifiée est gouverné par un Grand-Maître général, par des Grands-Maîtres nationaux et Administrateurs provinciaux, et par des Directoires Écossais, et des grandes Loges Écossaises, qui ont sous leur inspection ou tout l'Ordre en entier, ou une nation, ou une province, ou un district, ou un département particulier. Le Grand Directoire National enfin est présidé par le Grand-Maître national, comme chef principal de la nation, des administrateurs provinciaux, des présidents des Directoires, et des conseillers et officiers nécessaires pour sa régie et pour son administration. Par le moyen de l'Ordre ainsi établi, les Loges et établissements inférieurs sont régulièrement représentés dans les corps supérieurs, et concourent à tous les actes qui en émanent. » (Cf. Code Maçonnique des loges Réunies et Rectifiées, op.cit.). (17) Recès du Convent Général tenu à Wilhelmsbad, Titre III (1782). (18) « Les Provinces réformées d'après le nouveau rite, sont divisées en Grands Prieurés. » 22 (Titre III, art. 3, Code Général des Règlement de l’Ordre des C.B.C.S., 1778). (19) « Le but de Willermoz était donc de préserver la doctrine dont Martines de Pasqually avait été, selon que ce dernier lui avait enseigné, l’un des relais seulement ; maintenir, quand sombrait l’ordre des Elus Cohen, la vraie Maçonnerie selon le modèle que Martinès de Pasqually lui avait révélé comme l’archétype et que garantit une conformité doctrinale avec la doctrine de la réintégration. » (R. Amadou, Martinisme, CIREM, 1997, p. 36). (20) « Cet ordre par excellence, à défaut de le pouvoir nommer, ne peut être appelé que le haut et saint ordre (...) » ordre par excellence détenteur des « des connaissances précieuses et secrètes qui découlent de la Religion primitive. » (Instruction d’Ecuyer Novice, 1778). (21) « Tout homme entraîné vers les croyances chrétiennes sera nécessairement ravi de trouver la solution de plusieurs difficultés pénibles dans les connaissances que nous possédons.» (J. de Maistre, Mémoire au duc Ferdinand de Brunswick, [le christianisme transcendant], Chambéry, 15 juin 1782). (22) « Le Régime ou le Rite écossais rectifié, dans la foulée énigmatique de Martines de Pasqually et sous l’action de Jean-Baptiste Willermoz, a spécifié la science spécifique de la franc-maçonnerie – qui est “la science de l’homme”, selon Joseph de Maistre – en la doctrine de la réintégration, commune aux élus coëns, à Louis-Claude de Saint-Martin et aux ordres martinistes dignes de ce nom. » (R. Amadou, op. cit., p. 40). (23) « La Franc-maçonnerie bien méditée vous rappelle sans cesse et par toutes sortes de moyens, à votre propre nature essentielle. Elle cherche constamment à saisir les occasions de vous faire connaître l'origine de l'homme sa destination primitive, sa chute, les maux qui en sont la suite, et les ressources que lui a ménagées la bonté divine pour en triompher. » (JeanBaptiste Willermoz, 1809). (24) « La Maçonnerie rectifiée ne reconnaît que quatre grades ; savoir ceux d’Apprenti, de Compagnon, de Maître et de Maître Écossais...» (Cf. Code Maçonnique des Loges réunies et rectifiées de France, Ch. X - Des Grades maçonniques, 1778). (25) « L’accomplissement des rites propres à l’écossisme rectifié suppose que celui-ci soit constitué en un régime autonome. » (in Steel-Maret, Archives secrètes de la FrancMaçonnerie, Collège métropolitain de France à Lyon, IIe Province dite d'Auvergne 17651852, Librairie de la Préfecture, 1893). (26) « Chaque Directoire Écossais est composé de son Président (...) Le grand Directoire national est présidé par le Grand-Maître national, comme chef principal de la nation (...) » (Cf. Code Maçonnique des Loges réunies et rectifiées de France, Ch. I, op.cit.). (27) L’Ordre, dans la célébration des cérémonies propres au fonctionnement initiatique des deux classes du Régime, utilise les rituels dans les versions originelles rédigées par Willermoz en 1788, 1802 et 1809. (28) Règle maçonnique, Rituel du Grade d’Apprenti, op.cit. 23
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