Extrait ( PDF 324 Ko ) - Architecture Hospitalière

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Extrait ( PDF 324 Ko ) - Architecture Hospitalière
HOPITAL DE DEMAIN
Crédit Images : AIA Architectes
Centre Hospitalier de Carcassonne
Un nouvel hôpital résolument tourné
vers le futur
Présentation de l’établissement
avec son directeur,
Etablissement de référence du territoire de l'Ouest Audois qui compte environ 200 000 habitants,
le Centre Hospitalier de Carcassonne dispose de 794 lits, places et postes installés, toutes
disciplines confondues. Composé de six établissements sur quatre sites de la commune
de Carcassonne, il assure des missions de soins de courte durée avec ou sans hébergement,
mais aussi de longue durée pour des personnes n'ayant pas d'autonomie de vie et
accueille des résidents en EHPAD. Le CH de Carcassonne est aujourd’hui lancé dans
plusieurs projets d’importance : un nouvel EHPAD et un nouvel hôpital. L’établissement
souhaite construire un hôpital résolument tourné vers le futur en intégrant dès à présent
les fortes évolutions engagées dans le monde de la santé.
Bernard NUYTTEN
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Le nouvel hôpital sera ainsi articulé autour du parcours du patient de façon simple et lisible.
Il s’ouvrira également sur la ville par le développement d’activités externes et ambulatoires.
Enfin, le nouveau bâtiment sera évolutif et modulable afin de s’adapter facilement aux
futures mutations technologiques et démographiques. Sa conception ergonomique résulte
d’une démarche volontaire de concertation étroite et suivie avec les utilisateurs, à tous les
niveaux : personnel médical, soignant, technique et administratif, patients, familles et
visiteurs... La reconstruction de l’hôpital sur le site de Montredon est financée dans le
cadre du plan « Hôpital 2012 » à hauteur de 53% d’une enveloppe globale de 144 millions
d’euros. Le CH de Carcassonne finance sur ses fonds propres le complément du projet.
Architecture hospitalière - numéro 6 - février 2013 Centre Hospitalier de Carcassonne
Comment définiriez-vous votre établissement ?
Bernard Nuytten : Le Centre Hospitalier de Carcassonne est un
hôpital en renaissance qui a su progressivement reconquérir
son rôle d’établissement pivot de territoire. En termes de
caractéristiques, il s’agit d’un établissement classique dans le
maillage sanitaire habituel. Il est composé d’un plateau technique de référence du territoire en ce sens qu’il abrite le siège
du SAMU de l’Aude et qu’il possède un service de réanimation,
un plateau d’imagerie performant, de la médecine nucléaire ou
encore de la radiothérapie. Le CH de Carcassonne s’inscrit
également dans une filière de cancérologie où il joue un rôle
déterminant, et un pôle mère-enfant référent sur le territoire
avec une maternité réalisant près de 2 000 accouchements par
an. Cet établissement a connu une évolution très forte de son
territoire, puisque nous sommes passés en quelques années de
trois maternités à une seule, de trois cliniques sur Carcassonne
à une seule et, progressivement, le centre hospitalier a su s’ouvrir
sur son territoire depuis une dizaine d’années et développe
aujourd’hui un vrai travail en commun avec les établissements
voisins. Enfin, le CH de Carcassonne connaît actuellement une
profonde phase de reconstruction à la fois dans ses services
logistiques, dans le secteur des personnes âgées et dans le
court-séjour.
Quel est le positionnement du CH de Carcassonne en
termes d'activité sur le territoire ?
B.N : Le centre hospitalier est situé sur un territoire de santé qui
a été unifié par l’ARS il y a plus d’un an et qui correspond
désormais au département de l’Aude avec un bassin de population d’environ 360 000 habitants. Nous réalisons environ
45 000 entrées par an pour une durée de séjour très courte (en
moyenne 4,3 jours) et une activité ambulatoire conséquente en
particulier sur les secteurs de l’oncologie et de la dialyse. Parmi
nos activités développées, je citerai bien sûr aussi la gériatrie,
puisque sur les 800 lits de l’établissement, il y a 482 lits de
court-séjour et 215 lits pour le secteur médico-social. Le centre
hospitalier recense également 28 000 passages aux urgences et
5 800 interventions chirurgicales par an, ce qui démontre bien
que notre activité correspond parfaitement à notre taille et à
notre rôle au sein du territoire de santé.
Assumez-vous pleinement votre rôle de proximité ?
B.N : Nous assumons parfaitement ce rôle de proximité. Cette
problématique est au cœur de notre projet d’établissement avec
le double rôle de proximité et de recours. L’établissement est,
selon la classification du SROS, de niveau II ce qui signifie
référent infrarégional. Il lui incombe donc le recours territorial
avec le plateau technique mais aussi un rôle de proximité
notamment sur toutes les spécialités. Nous disposons d’unités
de spécialités en neurologie, pneumologie, cardiologie, mais
aussi au niveau des chirurgies viscérales, orthopédiques et
vasculaires ainsi que l’ORL. Enfin, l’établissement assure un rôle
de proximité important pour toute la filière gériatrique. En ce
qui concerne le recours pour les autres établissements, le
centre hospitalier rayonne sur le Grand Carcassonnais avec le
Minervois et les Corbières avec 130 000 habitants mais aussi le
Lauraguais à l’Ouest avec Castelnaudary (30 000 habitants) et la
haute vallée de l’Aude du côté de Limoux et ses 40 000 habitants.
Nous entretenons également aussi beaucoup de liens avec
Narbonne qui est en charge de la partie côtière du territoire audois.
Quel est l’état de santé financière de votre établissement ?
B.N : L’établissement est malheureusement confronté à un
déficit de l’ordre de 2,5%. Ce n’est pas un énorme déficit sur
un budget d’environ 150 millions d’euros mais c’est encore trop.
Ce déficit est d’autant plus important que nous ouvrons un
nouvel hôpital en 2014 et que son ouverture s’accompagnera
inévitablement de charges non prévues. L’objectif est donc de
rétablir l’équilibre budgétaire à horizon 2015-2016 et c’est la
raison pour laquelle nous sommes actuellement au cœur d’un
plan de retour à l’équilibre, qui doit se transformer en contrat de
retour à l’équilibre financier (CREF) à signer avec l’ARS.
L’instabilité de la T2A pénalise t-elle votre établissement ?
B.N : Oui, l’instabilité de la T2A pénalise pleinement notre
établissement. La mise en œuvre en 2011 de la convergence
tarifaire nous a fait perdre deux millions d’euros. Outre la
convergence officielle de baisse des tarifs, nous sommes
impactés par une convergence masquée qui correspond à la modification des cotations des séjours. Nous avons été particulièrement impactés sur la maternité ou encore la chirurgie et la
médecine.
Hôpital entrée actuelle
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Le projet du nouvel hôpital dans ses grandes lignes…
B.N : C’est une véritable « renaissance » pour l’hôpital de
Carcassonne car ce nouvel outil sera le moyen de pouvoir
correctement remplir notre mission. Le site actuel ne permettait
plus d’assurer dans des conditions « normales » la prise en
charge des patients. Après quarante années de bons et loyaux
services, cet outil était confronté à un véritable problème d’obsolescence sur des secteurs vitaux comme la réanimation, les
urgences ou encore les blocs opératoires. Enfin, ce site devenait
problématique en raison de sa non-évolutivité sur place. La
reconstruction fut donc la seule option imaginable et, par
chance, nous fûmes éligibles au Plan Hôpital 2012. Nous souhaitons réaliser un hôpital tourné vers l’avenir. Pour se faire, cet
hôpital sera ouvert sur la ville, avec une architecture complètement
axée sur le parcours du patient. Dans le nouvel hôpital, le rezde-chaussée regroupera les consultations, les hôpitaux de jour
et les accès. Ainsi, nous gagnerons en lisibilité pour les patients
et nous offrirons un accès plus clair à la médecine de ville. La
deuxième caractéristique fondamentale sera l’évolutivité. Un
hôpital évolue tous les dix ans que ce soit d’un point de vue
technologique ou plus largement au niveau de la santé. Nous
avons mis en œuvre un système constructif modulaire avec des
extensions et des adaptations possibles. A ce titre, la capacité
des hôpitaux de jour peut-être doublée si nécessaire et il y aura
une véritable fongibilité des lits afin de s’adapter aux besoins.
La troisième caractéristique de ce nouvel hôpital concerne les
fonctionnalités. Comme pour tout établissement de ce type, il
doit y avoir un retour sur investissement. Les circuits sont donc
mieux pensés et optimisés afin de bannir tous les trajets inutiles
et fastidieux. Le circuit des transports logistiques sera pour sa
part complètement automatisé. Enfin, cet établissement sera
certifié Haute Qualité Environnementale avec, en termes énergétiques, une partie de l’eau chaude produite par l’énergie
solaire, ce qui sera économiquement beaucoup plus intéressant
pour nous sur le long terme.
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Quelles sont les prochaines étapes ? Comment préparezvous l’opération de déménagement ?
B.N : La fin du chantier est prévue pour le mois de décembre
2013. S’en suivra la phase de réception, de vérification et les
éventuelles réserves à lever pour le premier trimestre 2014, pour
un déménagement au cours du deuxième trimestre 2014. Le déménagement sera la face émergée de l’iceberg. Si cela reste
un moment important le plus gros du travail est effectué, en
amont, actuellement et la préparation à l’ouverture, avec la
définition des organisations cibles. Toute l’organisation du travail
est amenée à changer : nous allons passer d’une organisation
éclatée à une organisation regroupée et les façons de travailler
ne seront pas du tout les mêmes. Nous avons mis en place onze
groupes thématiques sur les grands aspects transversaux de
l’établissement comme l’adéquation entre équipements et travaux,
l’organisation des transports internes, l’énergie et les services
techniques, le regroupement des consultations ou encore le
post-urgence gériatrique. A l’issue de cette phase de travail,
des groupes opérationnels par pôle et par fonction support
seront mis en place en février 2013 avant de travailler au
printemps 2013 sur la préparation du transfert.
Comment les professionnels ont-ils accueilli l’arrivée du
nouvel hôpital et des nouvelles organisations qui en
découlent ?
B.N : Pendant très longtemps, les personnels n’y ont pas cru.
Nous avons donc eu la volonté de nous inscrire dans un mode
de management participatif. En accord avec les partenaires
sociaux, et avec l’aide d’un cabinet d’ergonomie, nous avons
mis en place une « ergonomie participative ». Les personnels
ont ainsi participé à la définition du programme des besoins
avec dix groupes de dix personnes mis en place ainsi que
diverses études. Bon nombre de leurs demandes ont ainsi été
intégrées. Les personnels ont également pu participer à l’analyse
des projets au moment du concours d’architecture. Enfin, les
personnels sont intégrés aux futurs groupes de préparation à
l’ouverture. Une association très étroite est menée y compris à
l’intérieur des pôles puisque tous les plans ont été signés par les
chefs de pôle, supposant au préalable une concertation avec
leurs équipes.
Hôpital Carcassonne
Quels sont les autres projets de votre établissement ?
B.N : Nous avons ouvert en août 2010, une plateforme médicologistique territoriale. Il s’agit d’une activité assez nouvelle en
ce sens que c’est une plateforme qui regroupe un échantillon
d’activités assez larges avec la pharmacie, l’unité centrale de
production alimentaire, la blanchisserie et le ravitaillement
général programmé hôtelier, alimentaire et pharmaceutique.
Elle dessert à la fois l’hôpital mais aussi la clinique Montréal de
Carcassonne et plusieurs hôpitaux du département notamment
l’hôpital de Narbonne, Castelnaudary, Limoux et les établissements de psychiatrie gérés par l’USSAP (Union Sanitaire et
Sociale Aude Pyrénées). Cette plateforme logistique est gérée
dans le cadre d’un groupement de coopération sanitaire qui
compte quatorze établissements. Ce GCS regroupe tous les
hôpitaux audois, un établissement des Pyrénées Orientales ainsi
que la psychiatrie de l’Aude par le biais de l’Union Sanitaire et
Sociale Aude et Pyrénées Orientales qui est un établissement
privé d’intérêt collectif et les EHPAD. Dans ce cadre, outre la
production, nous développons des prestations intellectuelles de
regroupement des achats afin de s’inscrire pleinement dans la
politique économique promue par le Ministère. Cette unité emploie 125 personnes et rayonne au niveau du transport sur
l’ensemble des territoires. Les trois opérations que nous menons
actuellement répondent à trois systèmes constructifs différents.
Dans le cadre de la plateforme médico-logistique, il s’agit d’un
bail emphytéotique administratif pour lequel nous payons un
loyer. Le deuxième projet concerne l’EHPAD, avec la reconstruction d’une structure de 200 lits et 15 places. Ce projet est
dans sa phase d’achèvement avec une ouverture prévue en mars
2013. Il s’agit d’une maîtrise d’ouvrage publique classique et
cet outil sera un renouveau très important dont l’objectif sera de
mieux répondre aux problématiques liées à ce type de prise en
charge pour les personnes âgées. Enfin, la reconstruction de
l’hôpital répond au principe de conception-réalisation. Il s’agit
d’un très bon compromis entre le bail emphytéotique et la maîtrise
d’ouvrage publique. La conception-réalisation est le programme
le plus rapide à condition d’avoir une maîtrise d’ouvrage forte
avec des idées claires et stables. Le groupement retenu pour
cette opération est l’entreprise Fondeville, AIA (Architectes
Ingénieurs Associés) et Ineo/Axima pour la partie technique.
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Comment se déroule le chantier du nouvel hôpital ?
B.N : Le début du chantier s’est très bien déroulé puisque nous
tenons les délais et les coûts y compris avec l’intégration des
évolutions des indices des coûts de construction. Nous avons
mis en place un pavillon témoin afin que les utilisateurs puissent
se rendre compte du rendu futur. Ce pavillon est composé d’une
chambre, d’une salle de consultation, d’un bureau, d’un box
d’examen et d’un couloir pour réaliser des simulations avec les
brancards. Cela permet si besoin est, d’adapter les choses au fur
et à mesure. En parallèle, s’est créé une « commission ambiance »
qui va permettre de dédier certaines zones à des artistes et de
choisir les signalétiques et les couleurs. C’est important car cela
participe à la culture hospitalière. L’hôpital ne doit pas être un
monde clos et faire entrer la culture dans ces murs permet d’alléger
le côté « anxiogène » d’une hospitalisation et de faire entrer de
la vie dans un lieu trop souvent assimilé à un lieu de mort.
Le président de la République Nicolas Sarkozy est venu
visiter le chantier en octobre 2011. Qu’est ce qu’a représenté
cette visite ?
B.N : La visite d’un président de la République, quel qu’il soit,
est toujours un honneur. Ce fut un grand moment pour nous. Il
a visité ce chantier car c’était alors le seul gros chantier du Plan
Hôpital 2012. Une telle visite est très éprouvante car elle
nécessite beaucoup de préparation et de coordination de différents
services sur un temps « chronométré ». J’espère malgré tout
que nous aurons d’autres visites ministérielles ou autres…
Avec quels établissements entretenez-vous le plus de
liens ?
B.N : Nous entretenons des liens territoriaux avec les établissements qui nous sont les plus complémentaires et les plus
proches. Dans le projet d’établissement nous avons mis en
place trois types de liens avec les établissements. Tout d’abord
des liens amont/aval car nous n’avons pas de lits de soins de
suite et de réadaptation et nous avons un fort besoin en lits
d’aval. Nous avons beaucoup de relations avec l’ASM qui s’occupe de la psychiatrie car nous ne proposons pas cette activité
au CH de Carcassonne. Nous travaillons beaucoup avec l’hôpital
de Limoux et avec celui de Castelnaudary pour des consultations
avancées, mais aussi avec le secteur privé, la clinique Montréal
et la clinique du Sud qui se trouve sur le pôle de Montredon.
Les relations avec le secteur privé sont très bonnes et nous communiquons beaucoup. Depuis le regroupement des territoires,
nous travaillons de plus en plus avec Narbonne qui fait partie du
Groupement Audois de Prestations Mutualisées Médico-logistique (GAPM). Les complémentarités sont l’une des forces de
notre projet. Toutefois, il n’existe pas à ce jour de projet de CHT
malgré de nombreuses réflexions sur ce sujet. Il existe en
revanche sur le territoire plusieurs GCS. En plus de la plateforme médico-logistique, il y a un GCS sur les soins palliatifs
ainsi qu’un GIE avec les radiologues de ville et peut-être dans
un avenir proche un GCS sur les laboratoires. Enfin, nous avons
un projet de télémédecine pour endiguer le phénomène de
désertification sur la haute vallée. Les habitudes de coopérations
sont donc bien présentes malgré l’absence de CHT.
En termes d'orientation et de pilotage stratégique,
quelles sont les performances que vous espérez pour
votre hôpital ?
B.N : J’espère avant tout pouvoir avoir un retour sur investissement. Nous investissons 160 millions d’euros ce qui est
conséquent et il est important que notre établissement ait une
activité conforme à son rôle d’établissement pivot de territoire.
L’objectif est de fidéliser les patients sur le territoire audois et
d’endiguer la fuite hors du territoire et précisément vers
Toulouse. L’idée est de remplir cette mission dans les différentes
disciplines et j’attends de cet établissement qu’il soit le levier
pour un fonctionnement beaucoup plus moderne. L’hôpital a été
conçu dans un cadre de mutualisation entre les pôles et
d’organisation des transports différents afin de remplir la pleine
mesure de sa mission et d’optimiser son fonctionnement.