Avril 2014 Visualiser/Télécharger

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Avril 2014 Visualiser/Télécharger
ISSN 0299 - 0342
CINÉMAS STUDIO : 2 rue des Ursulines, 37000 TOURS
N°322 • avril 2014
S
O
M
M
A
I
R
E
avril 2014 - n° 322
........................................................
3
.............................................................
4
Éditorial
CNP
Soirée Libres Courts
........................................
5
.....................
5
Festival du film en 48 h
....................................
6
Soirée CHRU, Le cancer
....................................
6
.......................................
7
Soirée bibliothèque, Pierre Prévert
Soirée Mauvais genre
LES FILMS DE A à Z
...............................
Homophobie et sport
....................................
lundi :
mercredi :
jeudi :
vendredi :
samedi :
de 14h00 à 19h00
de 14h00 à 17h00
de 14h00 à 17h00
de 14h00 à 19h00
de 14h30 à 17h00
8
En bref . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
Bande annonce
Horaires d’ouverture :
18
Cafétéria des Studio
gérée par l'association AIR (chantier d'insertion),
accueille les abonnés des Studio
tous les jours de 16h00 à 21h45
sur présentation des cartes abonné et cafétéria.
Interférences
Belgian Lovers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
Tél : 02 47 20 85 77
Courts lettrages
Dallas Buyers Club . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
Interférences
Les STUDIO sont membres
de ces associations professionnelles :
22
EUROPA
............................
23
REGROUPEMENT
DES SALLES POUR
LA PROMOTION
DU CINÉMA EUROPÉEN
......................................
26
Only Lovers Left Alive/Goltzius, The Pelican Company
......
Face à face
L’Amour est un crime parfait
AFCAE
Interférence
Ida/12 Years A Slave
Interférence
...............................
28
....................................
30
Vos critiques
................................................
33
Jeune Public
................................................
34
Minuscule/Le Vent se lève
Rencontre
Festival Désir… Désirs
ASSOCIATION
FRANÇAISE
DES CINÉMAS
D’ART ET ESSAI
ACOR
ASSOCIATION
DES CINÉMAS DE L’OUEST
POUR LA RECHERCHE
(Membre co-fondateur)
FILM DU MOIS : PELO MALO
................................
36
GNCR
GROUPEMENT
NATIONAL
DES CINÉMAS
DE RECHERCHE
ACC
GRILLE PROGRAMME
.......................
pages centrales
Site : www.studiocine.com
et un lien vers notre page Facebook : cinémas STUDIO
ASSOCIATION
DES CINÉMAS DU CENTRE
(Membre co-fondateur)
Prix de l’APF 1998
LES ÉDITIONS DU STUDIO DE TOURS - 2 rue des Ursulines, 37000 TOURS - Mensuel - Prix du numéro 2 €.
ÉQUIPE DE RÉDACTION : Sylvie Bordet, Éric Costeix, Isabelle Godeau, Jean-François Pelle, Dominique Plumecocq,
Claire Prual, Éric Rambeau, Marieke Rollin, Roselyne Savard, Marcelle Schotte, André Weill,
avec la participation du CNP et de la commission Jeune Public.
DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : Éric Rambeau – MISE EN PAGES & EN IMAGES : Francis Bordet.
ÉQUIPE DE RÉALISATION : Éric Besnier, Roselyne Guérineau – DIRECTEUR : Philippe Lecocq – IMPRIMÉ par PRÉSENCE GRAPHIQUE, Monts (37)
Présence graphique contribue à la préservation de l’environnement et atteste être reconnu IMPRIM’VERT.
éditorial
Critique
Une étymologie ambivalente
S
i l’on en croit le Nouveau dictionnaire
étymologique et historique paru chez
Larousse en 1962, rédigé, entre autres
sommités, par Henri Mitterand, le mot
critique apparaît en français vers 1327. Il
s’inscrit alors dans l’univers médical,
adjectif signifiant : difficile, décisif. Nul
n’ignore, en effet, qu’être dans un état critique ferme la porte à un avenir radieux !
En latin, criticus, lui-même emprunté au
grec kritikos, dérivé de krinein, veut dire
discerner, au sens médical et littéraire.
Autrement dit, à l’origine, ce verbe n’implique pas de jugement de valeur, mais
simplement une analyse, une recherche.
Basculement, en 1552, Rabelais l’utilise
comme synonyme de diminuer. Un certain Cotgrave, en 1661, renchérit encore :
critiquer, c’est relever un défaut.
Mais, si l’on s’arrime aux origines, une
petite lueur subsiste : critiquer, c’est faire
preuve de discernement, chercher ce qui
fait la particularité d’une œuvre, et ainsi
s’approcher au plus près de l’imaginaire
de l’autre, le créateur…
Vous vous demandez sans doute où je
veux en venir, tout en bâillant ostensiblement devant ces digressions sémantiques ?
Alors, dans les Carnets des Studio, nous
avons fait un choix, celui de laisser libres
les sensibilités des uns et des autres,
libres de les croiser sans les entrechoquer : certains d’entre nous choisissent
des films qui leur permettent d’exprimer
leur admiration, d’autres soulignent les
manques, quelques uns cherchent à cerner les thèmes communs, à établir des
liens, la palette est vaste ! Et c’est ce qui
vous permet, à vous lecteurs, de choisir
vos films, à travers un kaléidoscope de
points de vue. C’est le but exclusif de cette
publication mensuelle. CP
Je voulais en avoir le cœur net : oui ou
non, la critique, littéraire, musicale, cinématographique ou artistique, implique-telle de dévaloriser l’objet, la création ?
D’autant que « la critique est aisée et l’art
est difficile », écrivait Néricault-Destouches. Or donc, si l’on suit l’évolution
de la langue, aucun doute n’est possible :
critiquer, c’est juger une œuvre, et de préférence, de façon négative !
Et nous abordons là un terrain dangereux, celui des rapports entre critiques et
artistes, celui du déploiement de la subjectivité humaine, avec son élégance ou
ses petitesses. Car il n’y a pas de savoir
constitué sur l’art, tout au plus une accumulation de connaissances, aucune loi,
aucune morale, ne permet de juger de la
beauté ou de la laideur. Le critique, quoi
qu’il puisse en dire, ne peut donner
qu’une opinion, plus ou moins séduisante, plus ou moins argumentée…
Les CARNETS du STUDIO
n°322
–
avril 2014
3
SEMAINE
du 23 au 29 avril
4
Les Cinémas Studio, l’Institut universitaire de
cancérologie et le CHRU de Tours proposent :
N
É
M
A
T
H
È
Q
U
1h37’
DANS LA COUR
de Pierre Salvadori
dim 11h00
À suivre.
14h15 1h38’
19h15
UNE PROMESSE
de Patrice Leconte
21h15
14h30
17h00
19h15
samedi à 14h15
TERRE DES OURS
36’ sans paroles
LA PIE VOLEUSE
de Emanuele Luzzati & Giulio Gianini
TOM À LA FERME
de Xavier Dolan
1h36’
STATES OF GRACE
de Kelly Reichardt
À suivre.
1h48’
de Destin Cretton
À suivre.
LA LIGNE DE
14h30 PARTAGE DES EAUX
de Dominique Marchais
À suivre.
19h30 Rencontre avec le réalisateur,
16h00
17h30
16h00
dimanche
11h15
1h45’
2h00’
dim 11h00
CNP
jeudi L’ÉTERNELLE MAREE NOIRE
I
A
T
H
È
Q
ENTR’ACTE
de René Clair
dim 11h00
14h15
17h15
19h30
14h15
19h30
E
45’
APPRENTI GIGOLO
de John Turturro
17h45
21h45
14h15
19h45
LEGO
14h15
dim 11h15
LE PARFUM
DE LA CAROTTE
de Arnaud Demuynck & Rémi Durin
ATELIER : mercredi
1h38’ VF
LA TRAVERSÉE
DU TEMPS
de Mamoru Hosoda
À suivre.
REAL
de Alexander Payne
de Kyoshi Kurosawa
2h08’
EASTERN BOYS
2h06’
HER
de Robin Campillo
de Spike Jonze
1h22’
1h25’
GERONTOPHILIA
WRONG COPS
de Bruce Labruce
1h33’ + court métrage 3’
PELO MALO
de Mariana Rondon
NOOR
de Cagla Zencirci & Guillaume Giovanetti
16h00
dim 11h15
mercredi
samedi
dimanche
17h15
17h15
21h15
19h00
21h30
21h45
+
mer-sam
dimanche
16h00
1h52’
LE GRAND CAHIER 21h30
de Janos Szasz
1h35’
21h30
14h30
19h45
45’
1h54’
MILLE SOLEILS
de Mati Diop
de Sophie Audier
1h18’
mercredi
samedi
dimanche
2h07’
NEBRASKA
À suivre.
LES CHÈVRES
DE MA MÈRE
mercredi
samedi
dimanche
de Chris McKay & Chris Miller
de Quentin Dupieux
1h27’ + court métrage 7’
14h15
L’ÉTÉ DES
POISSONS
VOLANTS
19h45
de Marcela Said
www.studiocine.com
U
2 courts métrages de Jean Mitry
22’
14h30 1h55’
17h00
19h15
17h45
21h45
16h00
M
SYMPHONIE MÉCANIQUE
IMAGES POUR DEBUSSY
dim 11h00
dim 11h00
+
É
avec Jacques Viers
14h30 1h48’ AIMER BOIRE
17h00
ET CHANTER
21h30
de Alain Resnais
17h15
21h30
mer-sam
dimanche
DÉBAT
N
lundi
19h30
LA GRANDE AVENTURE
de Yann Le Gléau et Sébastien Mesquida
20h00
2014
1h41’ VF
1h30’
vendredi 25 après la séance de 19h30
14h15
19h45
3D
de Guillaume Vincent
À suivre.
NIGHT MOVES
Responsabilités des entreprises et droits humains
23’
NIGERIA,
C
1h27’
L’HOMME
lundi
QUI
EN
SAVAIT TROP
19h30
1956 - de Alfred Hitchcock
dim 11h00
11h15
E
2h00’
14h15
17h45
19h45
21h45
dimanche
de Reinhard Klooss
DÉBAT avec des professionnels de la santé
I
14h15
TARZAN
du 2 au 8 avril
1
SEMAINE
1h34’ VF
jeudi
HAUT LES COEURS
19h45 1h50’
de Solveig Anspach Voir page 6
C
2014
LECONS
D’HARMONIE
21h30
de Emir Bagaizin
1h20’
Le film imprévu
www.studiocine.com
Programmation Jeune Public: voir pages 34 et 35
17h45
TOUKI BOUKI
de Djibril Diop Mambety
Le film imprévu
www.studiocine.com
Toutes les salles des Studio sont accessibles aux personnes à mobilité réduite.
Cinémas Studio – 2 rue des ursulines - 37000 TOURS (derrière la cathédrale) – 08 92 68 37 01 – www.studiocine.com
du 9 au 15 avril
2
SEMAINE
OCTOBRE À PARIS
I
DÉBAT
N
lundi
19h30
14h30
19h15
de Jacques Panigel
1h10’
20h00
C
LE PETIT LORD
FAUNTLEROY
É
M
de Jack Gold
avec Laurent Garreau
A
T
H
È
Q
U
E
L’ACCORDÉON
1h06’
de Igor Savtchenko
Soirée présentée par Donatien Mazany
1h48’
AIMER BOIRE
ET CHANTER
de Alain Resnais
14h30 1h30’
17h15
19h15 APPRENTI GIGOLO
21h15
de John Turturro
dim 11h15
14h15 1h58’
19h15 MONUMENTS MEN
dim 11h00
de George Clooney
14h15
19h30
1h35’ + court métrage 11’
MY SWEET
PEPPER LAND
dim 11h15
14h15
dim 11h00
3D mercredi
samedi
1h41’ VF
LA GRANDE AVENTURE
dimanche
LEGO
17h30
de Chris McKay & Chris Miller
dim 11h00
Rencontre avec Jean-Pierre Pagliano 18h00
VOYAGE SURPRISE 19h45
de Pierre Prévert
Voir page 5
Débat
1h55’
NEBRASKA
de Alexander Payne
2h08’
EASTERN BOYS
de Robin Campillo
1h33’
PELO MALO
de Hiner Saleem
de Mariana Rondon
vendredi
17h00
21h15
17h00
21h30
17h45
21h45
1h36’
14h15
TOUT EST PERMIS
19h45
de Coline Serreau
14h15
19h45
C
I
TERRE DE SUMUD
TERRE DES OURS
de Stéphane Valentin
DÉBAT
É
M
A
de Guillaume Vincent
avec Olivia Elias
T
H
È
Q
U
E
L’HOMME
lundi
QUI
EN
SAVAIT TROP
19h30
1934 - de Alfred Hitchcock
1h24’
Soirée Libres Courts
En terre(s) inconnue(s)
Voir page 5
DÉBAT
avec Arnaud Hée, critique
14h15 1h45’
17h15 TOM À LA FERME
19h15
de Xavier Dolan
dim 11h00
36’ sans paroles
dim 11h00
14h30 1h30’
17h30
19h30 APPRENTI GIGOLO
+mer-sam-dim
16h00
de John Turturro
14h30
21h15
dim 11h15
1h43’ VF
LE PETIT LORD
FAUNTLEROY
de Alain Resnais
de Jack Gold
Ouverture du
Festival mauvais genre
jeudi
WOLF
14h15
Soirée de clôture du
vendredi
Animation avant la séance
projections des CM réalisés lors du marathon
Voir page 6 et remise des prix
19h00
de Jim Taihuttu
Voir page 6
Festival 48h Film Project 18h00
1h35’
MY SWEET
PEPPER LAND
1h36’ + court métrage 3’
TOUT EST PERMIS
de Coline Serreau
HER
1h55’
21h30
de Spike Jonze
19h15
NEBRASKA
de Alexander Payne
EASTERN BOYS
de Robin Campillo
de Amat Escalante
1h25’
QUI A PEUR
DE VAGINA WOLF
21h45
14h15
19h45
de Bruce Labruce
Le film imprévu
www.studiocine.com
LES CHÈVRES
DE MA MÈRE
de Sophie Audier
14h15
19h00
17h00
21h45
21h15
1h45’
HELI
de Amat Escalante
1h22’
GERONTOPHILIA
1h35’
17h30
21h30
2h08’
1h45’
HELI
17h45
SAUF
jeudi
vendredi
de Hiner Saleem
AIMER BOIRE
ET CHANTER
16h15
de Emanuele Luzzati & Giulio Gianini
dim 11h00
1h48’
jeu-ven
dim 11h15
SAUF
jeu-ven
2h03’
14h15 1h38’
17h45
UNE PROMESSE
19h45
de Patrice Leconte
21h45
14h15
16h00
SAUF
LA PIE VOLEUSE
2h06’
de Anna Margarita Albelo
17h45
52’
N
19h45
2014
L’économie palestinienne sous occupation 1h27’
20h00
mercredi
Rencontres de la Bibliothèque
1h25’
CNP
jeudi
du 16 au 22 avril
3
SEMAINE
mercredi
samedi
dimanche
1h43’ VF
Censure et films interdits
CNP
jeudi
2014
21h30
2h28’
LES TROIS SŒURS
DU YUNNAN
de Wang Bing
Le film imprévu
www.studiocine.com
Tous les films sont projetés en version originale (sauf indication contraire)
Cinémas Studio – 2 rue des ursulines - 37000 TOURS (derrière la cathédrale) – 08 92 68 37 01 – www.studiocine.com
www.studiocine.com
Programmation Jeune Public: voir pages 34 et 35
jeudi 3 avril – 20h00
Le CNP, Amnesty International, Peuples solidaires, la
CIMADE et le Collectif Palestine 37 proposent :
Responsabilités des entreprises
et droits humains
Adidas en Indonésie, Mattel en Chine, Shell
au Nigeria, Véolia en Palestine… La liste est
longue des entreprises qui se développent en
faisant passer leurs intérêts financiers avant
les droits humains et politiques des populations locales. Soutenues le plus souvent par
les autorités, elles exploitent les richesses
naturelles, avec des conséquences environnementales dramatiques, et les travailleurs, souvent immigrés, en condition de quasi-esclavage. Face à cela, des citoyens et des
associations se mobilisent pour rappeler les
entreprises à leurs devoirs en matière de respect des droits fondamentaux.
FILM : Nigeria, l’éternelle marée noire de
Yann Le Gléau et Sébastien Mesquida (2010
– 23’).
DÉBAT avec Jacques Viers, responsable de la
commission Entreprises à Amnesty International.
jeudi 10 avril – 20h00
Le CNP propose :
Censure et films interdits
Le cinéma a toujours dérangé. Politiciens,
ligues morales ou gendarmes de la bien-pensance, profiteurs financiers, tous ont utilisé
les ciseaux d’Anastasie depuis 1895. Des films
ont rencontré des oppositions au tournage, au
montage, à la diffusion. Leurs affiches mêmes
sont la cible des manieurs de ciseaux. Des
pouvoirs imposent l’interdiction des films qui
les contrarient : refus de visa d’exploitation,
limitations à certains âges, scènes coupées,
projections interdites par arrêtés municipaux
4
– Les CARNETS du STUDIO
n°322
–
avril 2014
ou par manifestations hostiles, affiches censurées, partiellement masquées ou maculées
par des groupements de vertu…
Projection du FILM Octobre à Paris de
Jacques Panigel (1h10) réalisé et aussitôt censuré en 1962, première distribution d’une
copie amputée en 1973, diffusion de la version
intégrale en 2011.
DÉBAT avec Laurent Garreau, auteur de
Archives secrètes du cinéma français (1945 –
1975) – Et Dieu créa la censure. Exposition
d’affiches censurées.
Exposition d’affiches censurées avec la participation de la bibliothèque des Studio.
jeudi 17 avril – 20h00
Le CNP et le Collectif Palestine 37 proposent :
L’économie palestinienne
sous occupation
Depuis 1967, Israël a instauré un système de
contrôle de l’économie palestinienne, interdisant la mise en place d’une véritable économie
de production. Pourtant, les ressources naturelles existent et le niveau d’instruction du
peuple palestinien est assez remarquable.
Les aides importantes apportées par des ONG
et différents pays ne doivent pas faire non plus
illusion en effaçant la réalité d’une occupation
militaire qui asphyxie l’économie palestinienne.
L’idée que l’on puisse construire une économie sous occupation, comme certains l’ont
espéré après les accords d’Oslo, est un mensonge qui peut faire croire à la non-nécessité
d’une solution politique.
Projection du DOCUMENTAIRE Terre de Sumud
de Stéphane Valentin (2009 – 52’).
DÉBAT avec Olivia Elias, économiste, auteure
de Le Développement économique de la Palestine (2013).
Soirée Libres Courts – Séance de courts métrages
Mercredi 16 avril, 19h45 en présence d’Arnaud Hée, critique
En terre(s) inconnue(s)
T
errain privilégié d’exploration des genres et
des thèmes, le court métrage se pare ici des
couleurs de l’autre et de l’ailleurs, mettant en
scène des personnages et des paysages insolites
: du Japon au Groenland, en passant par la Belgique ou l’île de Tristan da Cunha. Tantôt vues
par le prisme de la comédie (Welkom, Inupiluk),
du documentaire (Arekara) ou évoquées dans
une dimension plus poétique (37°4 S, La Lampe
au beurre de yak), les questions du territoire et
de l’altérité se retrouvent ainsi au cœur de ce
programme et résonnent comme un hymne à la
différence et à la rencontre.
Au programme (1h37) :
• WELKOM de Pablo Munoz Gomez
• LA LAMPE AU BEURRE de Yak de Hu Wei
• 37°4 S d’Adriano Valerio
• AREKARA de Momoko Seto
• INUPILUK de Sébastien Betbeder (auteur de 2
automnes, 3 hivers, très remarqué aux Studio
cette saison).
Les Rencontres de la Bibliothèque
Vendredi 11 avril
Voyage Surprise et Rencontre avec Jean-Pierre Pagliano
• 18h00 : échanges avec Jean-Pierre
Pagliano dans la Bibliothèque
• 19h00 : dédicace
• 19h45 : projection du film Voyage Surprise
de Pierre Prévert, suivie d’un débat.
P
our cette nouvelle rencontre, nous recevons
J.-P. Pagliano, historien du cinéma, spécialiste du film d’animation, et particulièrement de
Paul Grimault. Il est l’auteur de nombreux
ouvrages et articles sur le Groupe Octobre, Paul
Grimault, Brunius et les frères Prévert ! Au cours
de cette soirée, il présentera son livre Le Roi et
l’Oiseau. Voyage au cœur du chef-d’œuvre de
Prévert et Grimault, accueilli comme l’ouvrage
définitif sur le sujet par les spécialistes.
VOYAGE SURPRISE
France - 1946 - 1h25, de Pierre Prévert,
avec M. Carol, M. Baquet, J. Sinoël…
Des surprises, il va s’en produire pendant ce
voyage censé creuser la différence entre les cars
Piuff et leurs concurrents : les participants ne
savent ni où ils vont, ni quelles seront les étapes
pour y arriver. Et quand on sait qu’un anarchiste
(Jacques Prévert fait partie des scénaristes !) va
se mêler aux passagers, que les rivaux des Piuff
vont tout faire pour faire capoter le projet, qu’un
complot politique menace le Duché de Stombolie… on se doute que ce voyage n’aura rien de
reposant, à l’image de ce film « pas comme les
autres », voulu par le réalisateur. Burlesque et
surréaliste encore et toujours. IG
Les Studio accueillent le festival Mauvais genre
D
ans le cadre de la huitième édition de Mauvais Genre, le festival international de
cinéma de Tours, qui se tiendra du 16 au 21
avril, les Cinémas Studio accueilleront le jeudi
17 avril, en matinée, la séance scolaire lycéens
proposant en avant-première le nouveau film
d’animation de Bill Plympton : Les Amants élec-
triques et, à 14h15 : Wolf de Jim Taihuttu,
le premier long-métrage, inédit/avant-première,
en version originale sous-titrée, qui ouvrira la
compétition internationale 2014.
Tarif unique pour cette séance : 5 euros.
On vous attend !
Les CARNETS du STUDIO
n°322
–
avril 2014 –
5
Le festival du film en 48 heures débarque à Tours
Animation, projection et remise de prix : vendredi 18 avril à partir de 18h00
Ce mois d’avril verra la ville de
Tours accueillir pour la première fois le concours international de courts métrages :
48-Hour Film Project
Compétition, mais aussi véritable phénomène mondial, le
48-Hour Film Project est
devenu un rendez-vous incontournable pour
les amoureux du cinéma.
Pour la première fois, ce marathon posera ses
valises à Tours du 4 au 6 avril 2014 avec,
comme toujours, un principe simple : réaliser
un film en 48 heures chrono !
Pour Alex Guéry de la société de production
Les Films du Loup Blanc, c’était « une véritable évidence de voir débarquer ce marathon
sur notre planète Tours. Une chance pour
chaque jeune réalisateur de se dépasser et de
se révéler… en 48 heures seulement ! Et une
évidence également de partager cet événement
unique avec notre partenaire de cœur, les
cinémas Studio ».
Créativité, talent et passion sont les maîtresmots de cette compétition internationale. Tous
les films seront projetés et les meilleurs seront
récompensés lors de la finale du 18 avril aux
Studio...
Parmi les membres du jury, on comptera
notamment Philippe du Janerand et Aurélia
Poirier.
Une soirée pleine de rebondissements, d’animations et d’échanges. Un rendez-vous à ne
surtout pas manquer !
www.48hourfilm.com/tours
www.facebook.com/flbprod
Soirée CHRU : Haut les cœurs !
Jeudi 24 avril à 19h45
L
es Cinémas Studio, l’Institut universitaire de
cancérologie (www.iuc-cvl.fr) et le
CHRU organisent cette soirée ciné-débat sur le
thème du cancer.
Parce qu’un tiers de l’activité du CHRU se concentre sur le diagnostic et le soin aux patients
atteints de cancer, et parce que les équipes hospitalo-universitaires du CHRU mènent des
travaux de recherche clinique et fondamentale
de pointe, les professionnels de santé vous donnent rendez-vous pour faire le point sur le cancer au CHRU de Tours : diagnostic, thérapeutiques et recherche.
En présence de : Professeur Olivier Hérault,
coordinateur de l’IUC, Professeur Gilles Body,
chirurgien gynécologue, Professeur Philippe
Bougnoux, médecin oncologue, Professeur
Gilles Calais, radiothérapeute.
6
– Les CARNETS du STUDIO
n°322
–
avril 2014
Haut les cœurs
(France – 1998), de Solveig Anspach,
avec Karin Viard, Laurent Lucas…
Emma apprend qu’elle est atteinte d’un cancer
au moment même où elle est enceinte de son
premier enfant. On lui conseille un avortement
car le traitement anti-cancéreux ne serait pas
compatible avec la gestation, mais les avis
divergent et Emma finit par décider de continuer sa grossesse, se
disant qu’elle se bat
maintenant pour deux
vies. Première fiction de
S. Anspach, Haut les
cœurs est un film d’une
extraordinaire puissance, d’une vitalité
rare. ER
w w w . s t u d i o c i n e . c o m
Sur le site des Studio (cliquer sur : PLUS D’INFOS, pour entrer dans la fiche film), vous trouverez
des présentations signées des films que les rédacteurs auront vus après leur sortie en salle.
Les fiches non signées ont été établies de manière neutre à partir
des informations disponibles au moment où nous imprimons.
Les
films
de
A
à
Z
08 92 68 37 01 – www.studiocine.com
AVANT LES FILMS , DANS LES SALLES, AU MOIS DE MARS
2014 :
• Blood From Stars de Joe Hemy (studio 1-2-4-5-6) • Hubergam-deux de John Scofield (studio 3-7)
Musiques sélectionnées par Eric Pétry de RCF St Martin.
A
Aimer, boire et chanter
France – 2014 – 1h48, de Alain Resnais, avec Sabine Azéma, Sandrine Kiberlain, Caroline Silhol, André Dussolier, Michel Vuillermoz, Hippolyte Girardot
À quatre-vingt-dix ans passés, quelques mois
seulement après la sortie de Vous n’avez
encore rien vu, Alain Resnais s’est remis à
tourner… Son nouvel opus présenté en compétition au festival de Berlin est une adaptation de Life Of Riley du dramaturge britannique Alan Ayckbourn - comme l’étaient,
Smoking/No smoking et Cœurs.
Dans la campagne anglaise du Yorkshire, la
vie de trois couples est bouleversée quand ils
apprennent que leur ami George n’a plus que
quelques mois à vivre. Persuadant ce dernier
de se joindre à leur troupe de théâtre amateur,
ils vont vite être surpris du comportement de
George qui exerce une étrange séduction sur
les trois femmes… Pour notre plus grand plaisir, « la famille Resnais » affiche presque complet (il manque Arditi et Wilson) pour nous
parler une nouvelle fois (et une dernière fois...)
d’art, d’amour et de mort. Avec la même énergie et la même fantaisie que dans ses films
précédents ?
Sources : dossier de presse
Apprenti gigolo
USA – 2014 – 1h30, de John Turturro,
avec John Turturro, Woody Allen, Vanessa Paradis…
Murray, vendeur de livres en faillite, septuagénaire, arrive à convaincre Floravante, fleuriste, de devenir le gigolo de femmes new yorkaises célibataires. Murray sera son mac,
rabatteur de jolies recrues. Le film est drôle et
sans vulgarité, et c’est l’amour que Floravante
va découvrir, à travers ce métier improbable.
Pour la petite histoire, John Turturro avait
parlé de ce scénario à son coiffeur, qui avait
comme autre client… Woody Allen. C’est ainsi
que les deux réalisateurs se sont retrouvés
autour de ce projet, John Turturro ayant déjà
joué dans des films de Woody Allen et ce dernier n’ayant plus été acteur pour quelqu’un
d’autre depuis une dizaine d’années. Le casting féminin est à la hauteur des réalisateurs,
avec Vanessa Paradis dont c’est le premier
film en anglais, Sharon Stone et Sofia Vergara.
Le film sera présenté au festival de Toronto en
septembre.
Les
Chèvres de ma mère
France – 2014 – 1h35, documentaire de Sophie Audier,
avec Maguy Audier, Anne-Sophie et les chèvres...
C
Sur un plateau isolé des gorges du Verdon,
Maguy travaille depuis 40 ans à produire du
fromage de chèvre dans le respect de la nature
et des animaux. A l’heure de la retraite, elle
doit céder son troupeau. Un parrainage s’engage alors avec Anne-Sophie, une jeune agricultrice discrète et obstinée qui souhaite s’installer. Derrière la caméra, Sophie, la fille de
Maguy, filme au fil des saisons, le processus
de transmission : douloureux renoncement
pour l’une et difficile apprentissage pour
l’autre. Peut-on encore aujourd’hui transmettre le goût de la liberté ?
Avec une simplicité presque déroutante, Les
Chèvres de ma mère déroule sous nos yeux le
fil fragile d’une histoire belle et forte qui en dit
long sur le monde agricole mais aussi sur la
Les CARNETS du STUDIO
n°322
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beauté de l’âme humaine, sur l’importance du
partage, sur les étapes d’une vie, ses forces,
ses failles, ses élans, ses lassitudes. « Il y a
dans ce documentaire bouleversant autant de
choses à aimer que de beautés à contempler,
autant de leçons à apprendre que de cailloux
sur le plateau venté. »
Sources : Festival international du film d’environnement
D
Dans la cour
France – 2014 – 1h37, de Pierre Salvadori,
avec Catherine Deneuve, Gustave Kervern, Feodor Atkine…
Un chanteur, la quarantaine, fatigué de sa vie,
décide de tout quitter et trouve un petit emploi
de gardien d’immeuble. Mathilde, jeune retraitée, s’investit à fond dans les œuvres caritatives en délaissant son mari. Suite à la découverte d’une fissure dans son appartement, elle
est persuadée que l’immeuble va leur tomber
sur la tête. Un couple surprenant se forme :
dans la cour, deux âmes se reconnaissent.
Après avoir été l’auteur de nombreuses comédies à la fois hilarantes et saluées par la critique, Pierre Salvadori a délaissé le registre
purement comique pour cette comédie dramatique sur l’amitié, les choix de vie, les crises
existentielles et la vieillesse… «C’est même un
film très sombre. Même s’il est également
drôle, je l’espère, ce n’est pas une comédie,
plutôt une chronique, comme pouvait l’être
Les Apprentis… ». Face à un Gustave Kervern
bouleversant, Catherine Deneuve rayonne,
avec de superbes éclipses dépressives. Pierre
Salvadori semble avoir de nouveau frappé
juste.
Sources : toutelaculture.com – clap.ch
Filmographie : Cible émouvante (93) – Les Apprentis
(95) – Comme elle respire (98) – Après vous (03) –
Hors de prix (06) – De vrais mensonges (10)
Les fiches signées correspondent
à des films vus par les rédacteurs.
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– Les CARNETS du STUDIO
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avril 2014
Eastern Boys
France – 2013 – 2h08, de Robin Campillo,
avec Olivier Rabourdin, Kirill Emelyanov...
Près d’une gare, un homme discret, Muller, a
repéré un jeune homme, Marek, à qui il donne
rendez-vous le lendemain chez lui. Mais
quand on sonne à sa porte, Muller n’a aucune
idée de ce qui l’attend...
Difficile de réduire Eastern boys à ce point de
départ, tant il est bien plus que cela. Car, en
envoyant valser les préjugés et le manichéisme, le film n’impose aucun système de
pensée. Les situations et les personnages sont
complexes et le réalisateur mélange les genres
avec naturel et brio, passant du documentaire
à la romance ou au thriller. Il a le chic pour
déjouer nos attentes avec élégance et reste
constamment surprenant. Et le tout est soutenu par une mise en scène somptueuse ; des
séquences comme celles de l’invasion de l’appartement ou de l’hôtel de banlieue resteront
longtemps dans nos mémoires. Après le très
bon Les Revenants, Robin Campillo nous propose un voyage, sans pantoufles, peut-être,
mais d’une très grande classe. Bref, le haut
du panier d’un cinéma d’auteur français à son
meilleur. Grand prix de la section Orizzonti à
Venise. JF
L’Été Chili
des
poissons volants
- 2013 - 1h35, de Marcela Said,
avec Gregory Cohen, Francisca Walker...
Fille d’un riche propriétaire foncier, Manena
est une adolescente qui découvre, au cours
d’un été, ses premiers émois mais aussi un
monde qui existe silencieusement dans
l’ombre du sien : celui des indiens Mapuche
qui revendiquent l’accès aux terres, et s’opposent à son père...
Sans faire de bruit, par touches impressionnistes, Marcela Said donne l’impression
d’avancer sur la pointe des pieds. Au sein
d’une nature luxuriante et quasi fantastique
sur laquelle plane une odeur de mort, la réalisatrice pose un regard tout autant acéré que
E
délicat. D’une grande finesse d’écriture et loin
de tout cliché, L’Été des poissons volants ne
montre jamais frontalement la violence, mais
est néanmoins d’une force peu commune. De
plus, picturalement somptueux, il parvient à
dire des choses très justes sur les rapports de
classe ou l’adolescence entre autres. Un film
d’apparence humble mais qui se révèle éclatant au final. JF
+ COURT MÉTRAGE
Leave not a cloud behind
France – 2010 – 7’ – de Pablo Gonzalez, avec Pia Zima, Martin
Stange, Lili Schackert, Michel Schumacher…
G
Gérontophilia
Canada – 2013 – 1h22, de Bruce LaBruce,
avec Pier-Gabriel Lajoie, Walter Borden, Katie Boland...
Lake, dix-huit ans et une petite amie de son
âge, découvre son attirance pour les hommes
âgés. Engagé pour l’été dans une maison de
retraite, il y rencontre M Peabody...
Ne pas tomber dans la mièvrerie, savoir émouvoir et rester léger sur un sujet apparemment
scabreux, ça paraît impossible ? Pourtant, il
semble bien que Bruce LaBruce y soit parvenu
et les critiques dans leur ensemble louent le
culot et le tact du film. Pourtant l’auteur de
L.A. Zombie ou de Hustler white, ne renie en
rien ses dimensions provocatrices et politiques (notamment quand il aborde la dictature de la jeunesse et de la beauté). Subversif
aussi parce qu’il raconte son histoire marginale en utilisant les codes policés et faciles
d’accès de la comédie romantique. Ironique,
peut-être, mais surtout très fort car il arrive à
transformer la norme de ce genre en une arme
plutôt qu’en une prison.
Sources : filmdeculte.com, arte.tv
La Grande aventure Lego
Voir pages Jeune Public
Le Grand cahier
Hongrie – 2013 – 1h52 – de Janos Szasz,
avec Andras Gyemant, Laszlo Gyemant, Piroska Molnar…
Inspiré du roman éponyme d’Agota Kristof
(1986), le film raconte le dur apprentissage de
la vie, de la guerre, de la cruauté humaine des
deux frères jumeaux Egyik et Masik, envoyés
à la campagne à la fin de la seconde Guerre
mondiale afin d’échapper aux bombardements et aux destructions. Leur mère les
confie à leur grand-mère, qu’ils ne connaissent pas, une vieille femme méchante, sale et
avare, surnommée La Sorcière par les villageois. Elle les exploite, les maltraite et les deux
enfants apprennent à surmonter la faim, le
froid, la douleur et les cruautés quotidiennes
d’un monde dévasté.
Le « grand cahier » du titre est celui dans
lequel ils consignent, le plus objectivement
possible, leurs apprentissages et leurs découvertes. On y voit la perte de l’innocence mais
aussi de la conscience morale. Leur histoire
terrible et inoubliable est aussi celle d’un
peuple tout entier démoli et perverti par la
guerre et les luttes de pouvoir. Film présélectionné aux Oscar 2014.
Sources : dossier de presse
Heli
Mexique, Allemagne, Pays-Bas, France – 2013 – 1h45, de Amat Escalante,
avec Armando Espitia, Andrea Vergara, Linda Gonzalez Hernandez…
H
Le ton est donné d’entrée : des tortionnaires
pendent, en le faisant basculer d’un pont, un
homme qu’ils viennent d’exécuter. Au
Mexique la peur et la violence n’épargnent
personne. Estela, 12 ans, est amoureuse d’un
jeune policier qui, afin de pouvoir l’épouser,
détourne un lot de cocaïne. Le cartel de la
drogue ne peut évidemment laisser faire et
enlève Estela, son frère Heli, ainsi que son
fiancé.
Telle est la méthode d’Escalante : montrer la
violence de manière violente. C’est pour lui
une question de morale et un parti pris antihollywoodien. Jacques Mandelbaum, dans Le
Film proposé au jeune public,
les parents restant juges.
Les CARNETS du STUDIO
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Monde, parle d’une « histoire superbement
composée dans le temps et dans l’espace » et
souligne en plus une musique « langoureuse,
belle à pleurer, [qui] traverse le film à la façon
d’un improbable miracle ».
Prix de la mise en scène au festival de Cannes
2013.
Sources : dossier de presse
Filmographie : Sangre (05) - Los Bastardos (08)
cents peuvent provoquer une souffrance
insoutenable, allant jusqu’à métamorphoser
les victimes…
Premier long-métrage du réalisateur, également scénariste et chef-monteur, ce film a
obtenu le prix de la contribution artistique
pour le cadrage, au festival de Berlin en 2013,
ainsi que le Prix du jury au festival Premiers
Plans d’Angers, en janvier 2014.
Sources : dossier de presse.
Her
USA – 2013 – 2h06, de Spike Jonze, avec Joaquin Phoenix,
Scarlett Johansson, Amy Adams, Rooney Mara...
Theodor est au bout d’un divorce et passablement seul. Le nouvel ordinateur qu’il vient de
s’acheter contient un système d’exploitation
intelligent baptisé Samantha. Samantha,
donc, est très intelligent(e), peut-être même
un peu trop pour notre homme en perte de
repères, qui va vite se prendre au jeu de la
séduction... Comment plaire à une machine ?
Une machine intelligente peut-elle vraiment
aimer ? Tromper ? Et, surtout, peut-on se fier
à ses conseils en matière de séduction... pour
se trouver de nouvelles partenaires ?
On imagine assez bien ce que l’auteur de Dans
la peau de John Malkovich peut bien tirer
d’une idée pareille, lui qui n’aime rien tant que
mélanger le vrai et le faux, les apparences et
le réel... surtout pour ce film, son premier vrai
bébé puisqu’il en a aussi signé le scénario...
Sources : dossier de presse, theglobeandmail.com, filmcomment.com
L
Leçons d’harmonie
Kazakhstan – 2014 –1h44, de Emir Balgazin,
avec Timur Aidarbekov, Aslan Anarbayev, Muktar Andassov…
Aslan vit chez sa grand-mère, dans un petit
village du Kazakhstan. Alors que cet adolescent de 13 ans est plutôt honnête et perfectionniste, il se heurte au collège à la violence
et à la corruption de ses camarades, sans que
les adultes interviennent. Humilié lors de la
visite médicale, il est dès lors harcelé par
Bolat, chef de gang. Aslan prépare sa vengeance, qui sera féroce. Ce drame montre
comment les rapports de force entre adoles-
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– Les CARNETS du STUDIO
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La Ligne de partage des eaux
France – 2013 – 1h48, un documentaire de Dominique Marchais.
La Ligne de partage des eaux s’inscrit dans le
périmètre du bassin versant de la Loire, de la
source de la Vienne, sur le plateau de Millevaches, jusqu’à l’estuaire. Cet espace irrigué
s’étend bien au-delà de la Loire elle-même,
comprenant aussi les zones d’activités et les
zones humides, les fossés et les autoroutes,
les chantiers… Car l’eau est partout, dans les
nappes, dans l’air, se métamorphosant et
reliant les territoires entre eux, dans une
interdépendance.
Après Le Temps de grâce (2009), une enquête
sur le monde agricole français, premier volet
Histoire d’un diptyque sur la France rurale,
D. Marchais livre ici la partie Géographie.
Cette ligne de partage des eaux désigne une
ligne à la fois géographique entre bassins versants, et politique reliant des groupes et des
individus. Avec un film ouvert, le réalisateur
espère « décalcifier les habitudes de pensée »
sur une question intéressant toute une communauté ayant en partage l’eau, un territoire,
un paysage…
Sources : dossier de presse, festival-entrevues.com, senscritique.com.
Vendredi 25 avril, Ciclic
et les Cinémas Studio
proposent une rencontre
avec Dominique Marchais
après la projection de 19h30.
M
Mille soleils
My Sweet
Pepper Land
2013 – 1h35 – de Hiner Saleem,
France – 2013 – 45 minutes, documentaire de Mati Diop.
avec Golshifteh Farahani, Suat Husta...
Fille du musicien sénégalais Wasis Diop, plasticienne, actrice chez Claire Denis (35 rhums),
Mati Diop s’est tournée vers la réalisation (4
courts métrages en 4 ans)… et a redécouvert
une figure familiale incontournable, son
oncle, le réalisateur légendaire Djibril Diop
Mambety (mort à Paris à 53 ans, en 1998).
« C’est parti d’une conversation avec mon père.
Il m’a parlé de mon oncle et de Touki-bouki
dont mon grand-père disait qu’il contenait
toute notre histoire. Ça a fait naître un désir
chez moi. Retrouver l’histoire d’un film. Savoir
d’où il vient. Quelles traces il laisse… » Son
film « sans domicile fixe, ni long, ni court, ni
vraiment documentaire, ni tout à fait fiction »,
au ton très personnel, a été « la découverte
ensorcelante » du Festival international du
documentaire de Marseille où il a reçu le
Grand prix. Et il permet de redécouvrir le
magnifique film de son ainé. (Voir la fiche du
film Touki bouki)
Au Kurdistan, à la frontière de l’Iran, l’Irak et
la Turquie, dans un village où se croisent
toutes sortes de trafics, un officier de police a
la ferme intention de faire revenir l’ordre ;
ancien combattant de l’indépendance kurde,
il ne craint pas le conflit mais va avoir à faire
face au caïd local, Aga Azzi, qui règne en
maître absolu sur la région. Dans sa lutte
pour le retour à la légalité, il va trouver une
alliée de circonstance en la personne de
Govend, une institutrice elle aussi en butte à
la population locale.
Après une comédie dramatique très réussie (Si
tu meurs, je te tue), Hiner Saleem a choisi de
retravailler avec l’extraordinaire Golshifteh
Farahani (A propos d’Elly, Syngue sabour)
pour un film au propos plus âpre et à l’atmosphère plus tendue pour lequel ce réfugié
kurde irakien a décidé de ne pas nous proposer une version idyllique de cette région en
proie à nombre de conflits...
Sources : telerama.com – afrik.com
Sources : dossier de presse, canalplus,fr
Monuments Men
+ COURT MÉTRAGE
semaine du 9 au 15 avril
En pleine Seconde Guerre mondiale, sept
hommes qui sont tout sauf des soldats – des
directeurs et des conservateurs de musées,
des artistes, des architectes et des historiens
d’art – se jettent au cœur du conflit pour aller
sauver des œuvres d’art volées par les nazis
et les restituer à leurs propriétaires légitimes.
Mais elles sont cachées en plein territoire
ennemi… Cette plus grande chasse au trésor
du 20e siècle est inspirée de faits qui se sont
réellement passés...
Impossible d’ignorer ces Monuments men au
casting de stars maniant un humour tantôt
burlesque tantôt absurde au service d’un
sujet passionnant. Un film aussi généreux et
séduisant que son réalisateur…
France – 2009 – 11’, de Izu Troin, avec Serge Avédikian.
USA – 2014 – 1h58, de George Clooney,
avec George Clooney, Matt Damon, Bill Murray…
Sources : Le Monde, Télérama, Positif…
Filmographie sélective : Good night and good luck
(05) - Les Marches du pouvoir (11)
Le bûcheron des mots
N
Nebraska
USA – 2014 – 1h50, d’Alexander Payne,
avec Bruce Dern, Will Forte, June Squibb…
Woody Grant est un vieil homme persuadé
qu’il a gagné le gros lot (1 million de dollars)
à un improbable tirage au sort par correspondance. Partant du Montana, il cherche à
rejoindre le Nebraska pour y recevoir son gain,
à pied puisqu’il ne peut plus conduire. Un de
ses deux fils se décide finalement à l’emmener
en voiture chercher ce chèque auquel personne ne croit. À mi-chemin, ils s’arrêtent
dans la ville natale de Woody, chez une vieille
tante, où son nouveau statut de millionnaire
fait de lui une vedette locale. Et c’est ici que
tout dérape…
Les CARNETS du STUDIO
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Scénariste, Jurassic Park III (01) de Joe
Johnston et producteur, Alexander Payne est
aussi réalisateur : Monsieur Schmidt (03),
L’Arriviste (00), et surtout The Descendants
(11), comédie douce-amère sur un père, interprété par George Clooney, qui essaie de
reconstruire sa famille après l’accident de son
épouse. Il réalise ici une brillante comédie,
tournée en noir et blanc à travers quatre États
des USA, qui mélange acteurs professionnels
et amateurs et reflète l’humeur et le rythme
nonchalants de l’Amérique profonde.
Sources : dossier de presse
vécue par Noor, l’interprète principal du film
éponyme) et onirisme, le film prend la forme
d’un conte. Dans son camion qui ressemble à
un arbre de Noël, Noor nous propose un
voyage initiatique épuré qui nous entraîne
dans des contrées inexplorées. Intrigant,
dépaysant. À la fois quête identitaire et
recherche de l’autre, le film parle de liberté,
de respect de l’autre, et nous touche au plus
profond. JF
Le Parfum de la carotte
Voir pages Jeune Public
P
Night Moves
USA – 2014 – 1h47, de Kelly Reichardt,
avec Jesse Eisenberg, Dakota Fanning, Peter Sarsgaard...
Josh travaille dans une ferme biologique en
Oregon. Au contact d’activistes qu’il fréquente, ses convictions écologiques se radicalisent. Déterminé à agir, il s’associe à Dena,
une jeune militante, et à Harmon, un homme
au passé trouble, pour exécuter l’opération la
plus spectaculaire de leur vie : l’explosion d’un
barrage hydroélectrique...
Night Moves est à la fois un film d’actualité et
un véritable thriller écologique. Les deux parties qui le composent - la préparation méticuleuse de l’action et ses conséquences - sont
aussi intrigantes l’une que l’autre.
Grâce à un casting impeccable, une mise en
scène travaillée, une écriture et un montage
de pointe ce film captivant a obtenu le Grand
Prix du dernier festival du cinéma américain
de Deauville. Une référence !
Sources : site du Festival de Deauville
Noor
Pakistan/France – 2013 – 1h18, de Çagla Zencirci, Guillaume
Giovanetti, avec Noor, Uzma Ali...
Noor est un ancien Khusra, la communauté
des transgenres du Pakistan, qui veut redevenir un homme. Son rêve : avoir une barbe et
des moustaches et trouver l’amour d’une
femme. Un vieux sage va lui indiquer le chemin, celui d’un lac sacré et magique, où les
souhaits sont réalisés. Mais la route est
longue et périlleuse...
Entre réalité (l’histoire est l’expérience vraie
12
– Les CARNETS du STUDIO
n°322
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avril 2014
Pelo Malo
Film du mois, voir au dos du carnet
+ COURT MÉTRAGE
semaine du 2 au 8 avril
Viejo pascuero
France – 1993 – 3’, de Jean-Baptiste Huber, avec Valeska LincoleoRenault, Oscar Renault-Manriquez.
Le Petit Lord Fauntleroy
La Pie voleuse
Voir pages Jeune Public
QuiUSAa– 2013
peur
de Vagina Wolf
– 1h25, de Anna Margarita Albelo,
avec Anna Margarita Albelo, Agnes Olech, Carrie Preston…
Et si son quarantième anniversaire était le
point de départ d’une nouvelle vie ? C’est le
vœu pieux d’Anna, cuvant lendemain de fête
et gueule de bois dans le costume de sa créature, Vagina Wolf, au bord d’une piscine hollywoodienne, mais surtout au bord de la
déprime. Car la réalité c’est qu’elle squatte
depuis des mois le garage d’une amie, qu’elle
a vingt kilos à perdre et qu’elle veut rencontrer
l’amour. Alors quand elle croise le regard de
braise de Katia, elle s’enflamme : elle va enfin
réaliser son film ; une version lesbienne de
Q
Qui a peur de Virginia Woolf ?. Tout un programme ! Cette comédie foutraque, douceamère, est à l’image de son auteure, venue
présentée son film lors du festival Désir…
Désirs (cf. le site des Studio) : sincère, dynamique et chaleureuse ! IG
Voir sur le site : Ça s’est passé aux Studio
R
Real
Japon – 2013 – 2h07, de Kiyoshi Kurosawa,
avec Takeru Sato, Haruka Ayase, Keisuke Horibe…
Atsumi est une dessinatrice de mangas pleine
de talent. Mais, depuis un an, elle est plongée
dans le coma après avoir tenté de mettre fin à
ses jours. Koichi, son petit ami, est dans l’incompréhension de cet acte insensé, d’autant
qu’ils s’aimaient passionnément. Pour tenter
de la ramener dans le réel et découvrir les raisons de son acte, une solution se présente
sous la forme d’un programme novateur permettant de pénétrer dans l’inconscient
humain. Koichi se lance dans l’aventure…
Mais le système l’envoie-t-il vraiment là où il
croit ?
Adapté de la nouvelle d’Inu Rokuro, Real
emprunte au fantastique, parfois mélancolique, également merveilleux. Le prestigieux
réalisateur de Cure (1997), de Tokyo Sonata
(2008) et de Shokuzai (2012) nous livre une
science-fiction nous transportant dans l’inconscient d’une créatrice, dans son imaginaire, ses rêves… Un nouvel univers de Kurosawa à découvrir !
Sources : dossier de presse, cinema.ch, eastasia.fr.
S
centre va jeter le trouble et la déstabiliser...
En 2008, Destin Cretton avait déjà réalisé un
court métrage du même nom, inspiré de son
passé d’éducateur spécialisé.
States of Grace, premier long métrage, a remporté pas moins de trois Prix du public et Brie
Larson a reçu le Prix de la meilleure interprétation féminine au festival de Locarno pour sa
magnifique prestation. Venez la découvrir ! MS
States Of Grace
USA – 2013 – 1h36, de Destin Cretton,
avec Brie Larson, John Gallagher jr, Kaitlyn Dever. . .
Grace dirige un centre de jeunes à problèmes.
Elle travaille au sein d’une équipe d’éducateurs énergiques et sensibles. Pour chaque
dérapage d’un pensionnaire, Grace intervient
avec fermeté et justesse. Elle est très présente
et sait recueillir les confessions de chaque
adolescent en détresse. Alors qu’elle semble
gérer tranquillement son travail et sa vie privée, l’arrivée d’une nouvelle jeune fille dans le
T
Tarzan
Terre des ours
Voir pages Jeune Public
Tom à la ferme
France/Québec – 2014 – 1h45, de et avec Xavier Dolan,
Pierre-Yves Cardinal, Elise Roy…
Un jeune publicitaire voyage jusqu’au fin fond
de la campagne pour des funérailles et
constate que personne n’y connaît son nom ni
la nature de sa relation avec le défunt.
Lorsque le frère aîné de celui-ci lui impose un
jeu de rôles malsain visant à protéger sa mère
et l’honneur de leur famille, une relation
toxique s’amorce bientôt pour ne s’arrêter que
lorsque la vérité éclatera enfin, quelles qu’en
soient les conséquences.
Pour son quatrième long-métrage, le jeune
prodige québécois a souhaité sortir de ses
« zones de confort », comme il le confie, afin
d’aborder d’autres sujets et d’autres
ambiances que celles liées à un amour impossible, sujet plus ou moins central de chacun
de ses précédents films. Après le superbe Laurence Anyways, c’est donc dans d’autres
sphères que Xavier Dolan a souhaité inscrire
son film. Thriller aux scènes parfois malsaines
et au dénouement inattendu, Tom à la ferme
promet de révéler d’autres aptitudes du jeune
cinéaste, et sans doute de confirmer un talent
qui n’est plus à débattre.
Sources : dossier de presse, critiques web.
Les CARNETS du STUDIO
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Touki Bouki
Sénégal – 1973 – 1h35, de Djibril Diop Mambety,
avec Magaye et Mareme Niang…
Mory, un berger venu à Dakar vendre son
troupeau de vaches, rencontre Anta, une étudiante à l’université. Chevauchant une moto
hérissée d’un crâne de vache, ils rêvent de
quitter le Sénégal, de découvrir Paris, prêts à
tout pour trouver l’argent du voyage.
Troisième film du réalisateur, ce voyage initiatique a gardé toute la force de ses images
surréalistes. Loin de la linéarité du cinéma
africain de l’époque, il nous plonge dans une
spirale d’images et de sons d’une grande
beauté, où s’opposent la tradition et la modernité. Incantatoire et poétique, primé à Cannes
et à Moscou en 1973, ce film culte est classé
52e parmi The 100 Best Films Of World
Cinema. Une découverte à ne pas
manquer. DP
PS : voir la fiche du film Mille soleils
Filmographie sélective : Contra’s City (69) – Hyènes
(92) – La Petite vendeuse de soleil (98)
Tout est permis
France – 2014 – 1h36, documentaire de Coline Serreau.
Le permis à points a 20 ans, les radars routiers encore plus, les morts de la route, eux,
se comptent par dizaines de milliers depuis
encore bien plus longtemps…
L’auteure de Trois hommes et un couffin,
Pourquoi pas ? ou bien encore Solutions
locales pour un désordre global, a fait pénétrer
sa caméra dans les stages de sensibilisation,
où des Français très ordinaires, souvent persuadés d’être victimes d’une injustice, voire
d’un racket, viennent tenter de récupérer les
points perdus…
Entre humour et tragique, le film, traversé
d’une énergie et d’une volonté de convaincre
saisissantes, nous renvoie à nos incivilités
routières plus ou moins avouées, plus ou
moins avouables et, fruit d’une démarche politique revendiquée, met, de manière assez
crue, la lumière sur les désinformations que
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répandent divers lobbies tels que alcooliers,
constructeurs automobiles ou constructeurs
téléphoniques.
Pour reprendre les paroles d’une spectatrice
venue assister à la rencontre du 6 mars :
« 1h30 passée dans la salle devant le film, c’est
16 heures de stage de rattrapage de
points économisées… » ER
Voir sur le site : Ça s’est passé aux Studio
+ COURT MÉTRAGE
semaine du 16 au 22 avril
A la mémoire du rock
France – 1963– 11’, Documentaire, de François Reichenbach.
La Traversée du temps
Voir pages Jeune Public
Les Trois sœurs du Yunnan
Chine – 2012 – 2h28, de Wang Bing.
Trois toutes jeunes sœurs, abandonnées par
leur mère, vivent seules dans un village d’une
grande pauvreté. Lorsque le père revient les
chercher, il laisse pourtant l’aînée au village…
Mélodrame ? Non, documentaire par l’un des
plus rigoureux documentaristes chinois, qui
sait toujours prendre le temps d’imposer son
rythme d’observation au spectateur pour
mieux le faire entrer dans l’univers qu’il décrit.
Ici, on est prié de suspendre un temps son
envie de juger pour s’en tenir au rôle d’observateur.
Filmographie sélective : À l’ouest des rails (2003),
Fengming, chronique d’une femme chinoise (2007)
Une promesse
Belgique/France – 2014 – 1h38, de Patrice Leconte,
avec Rebecca Hall, Alan Rickman, Richard Madden, Toby Murr...
Changement de registre pour le
prolifique réalisateur tourangeau qui, après un film d’animation (Le Magasin des suicides), adapte en
anglais l’œuvre de Stefan Zweig, Le Voyage
dans le passé.
Allemagne, 1912. Un jeune diplômé, d’origine
U
modeste, devient le secrétaire particulier d’un
homme âgé et malade, patron d’une usine de
sidérurgie. L’épouse de ce dernier est une
femme de trente ans, belle et réservée. Le
jeune homme s’éprend d’elle, sans oser révéler
ses sentiments. Alors que, dans le huis clos
de la demeure, couve cette passion amoureuse, le patron décide d’envoyer son protégé
au Mexique, afin d’y superviser l’exploitation
de mines de fer. Deux ans de séparation et
une promesse de l’épouse désespérée…
« J’ai cherché à être au plus près des personnages, de leurs tourments, des enjeux émotionnels très forts que Zweig décrit si bien. J’ai
été heureux de tourner un film dans lequel les
silences ont autant d’importance que les
mots, un film peu bavard, mais où tout est
dit. »
Sources : dossier de presse
W
Wrong Cops
France – 2014 – 1h22, de Quentin Dupieux,
avec Mark Burnham, Eric Judor, Steve Little…
Oizo, (Q. Dupieux lui-même) Wrong cops est
une fresque comique, où s’entremêlent les
destins de flics au comportement malsain et
dérangé : Duke, pourri et mélomane, deale de
l’herbe et terrorise les passants ; ses collègues
sont un obsédé sexuel, une flic maître chanteur, un chercheur de trésor au passé douteux, un borgne difforme se rêvant star de
techno… Leur système fait de petites combines et de jeux d’influence se dérègle lorsque
la dernière victime de Duke, un voisin laissé
pour mort dans son coffre, se réveille.
Dans ce film tourné aux USA : « Je ne parle
absolument pas de l’Amérique… C’est un
regard léger sur les misères de nos sociétés,
un regard attendri et méprisant sur l’être
humain. Mes idées sont un magma de plein
de choses. » (Q. Dupieux). À consommer sans
modération si vous aimez l’univers parfaitement déjanté d’un artiste-réalisateur inclassable (Rubber – 2010, Wrong – 2012).
Sources : dossier de presse festival de Deauville
Rythmé par la musique électronique de Mr
lundi 7 avril -19h30
En partenariat avec l’Atelier Super 8
CYCLE MUSIQUE
ET CINÉMA
Symphonie mécanique
Images pour Debussy
Deux ballets d’images réelles, montées en synchronisme avec la musique.
Entr’acte
de René Clair (1924), France Noir et Blanc 22’
lundi 14 avril -19h30
L’Accordéon
de Igor Savtchenko (1934), URSS Noir et Blanc 1h06,
avec Zoïa Fedorova, Piotr Savie.
Soirée présentée par Donatien Mazany.
lundi 21 avril -19h30
L’Homme qui en savait trop
de Alfred Hitchcock (1934), GB Noir et Blanc 1h24,
avec Leslie Banks, Peter Lorre, Pierre Fresnay.
Tout public à partir de 12 ans.
Programme détaillé dans le dépliant disponible à l'accueil et sur www.cinematheque-tours.fr
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FILM DU MOIS
Pelo Malo
Venezuela – 2013 – 1h33, de Mariana Rondón,
avec Samuel Lange, Samantha Castillo, Nelly Ramos…
J
unior a neuf ans. Il vit seul avec son
petit frère et sa mère à Caracas, dans
un quartier très défavorisé. Junior a les
cheveux très frisés de son père (pelo malo,
ou mauvais cheveux ), mais rêve de les
avoir lisses comme sa mère. Car ce que
Junior aime dans la vie, c’est chanter : il
se rêve habillé d’un costume trop grand
pour lui, comme les stars qu’il entend à
travers le son médiocre d’une radio de
bus. Il aime danser, aussi. Sa mère, elle,
n’y voit que les lubies peut-être
dangereuses d’un petit garçon en
recherche d’identité. Le voir chanter ou
danser, elle le refuse. Et quand Junior
emploie divers stratagèmes, tous plus
étonnants les uns que les autres, pour
rendre ses cheveux lisses comme il les
voudrait, elle se met en colère. Junior, lui,
se trouve presque perdu, entre cette mère
fatiguée et lassée d’une vie compliquée,
chahutée par les absences et les refus ; et
cette grand-mère qui l’habille d’une robe,
croyant avoir compris ce qu’il veut... Il ne
trouve un peu de réconfort qu’auprès de
sa camarade rondouillette, habitant à
deux pas de chez lui, entre robes de
princesse et rêves de miss. Ensemble, ils
repeignent leur univers aux couleurs
qu’ils affectionnent…
Ce n’est pas un sujet facile qu’aborde Pelo
Malo, mais Mariana Rondón a su en faire
une fresque qui, malgré ses traits durs,
révèle une certaine douceur à travers le
visage et les rêves de son protagoniste. Les
contrastes entre l’enfance et l’âge adulte y
sont interrogés à maintes reprises, à
l’occasion des conflits agitant Junior et sa
mère. Alors que celle-ci s’affaire dans les
rues d’une ville grouillante, son fils se
cherche, observe les balcons des
immeubles alentour, erre un peu.
Mais, ce dont le film se fait le mieux
l’écho, c’est bien de cette recherche
d’identité dans un monde normé et parfois
presque dogmatique. Pelo Malo ne traite
pourtant pas de théorie de genre ou quoi
que ce soit de véritablement analogue,
mais bien de la construction d’un individu
parfois malmené par les carcans familiaux
ou sociaux. Les deux acteurs principaux,
Samuel Lange et Samantha Castillo, y
sont d’une justesse plus que
convaincante, à laquelle s’ajoute celle des
seconds rôles, excellents également.
Couronné par le Concha d’or au Festival
de San Sebastián en 2013, ce film
vénézuélien, troisième long-métrage de
Mariana Rondón, est d’un touchant
parfois rare au cinéma de nos jours, porté
par une photographie superbe et une mise
en scène maîtrisée. MR
LES CARNETS DU STUDIO – n° 322 avril 2014 – 2 rue des Ursulines, 37000 TOURS - CPPAP n°0219 K 84305
www.studiocine.com – 08 92 68 37 01
JEUNE PUBLIC
La Grande
aventure Lego
USA – 2014 – 1h40, de Phil Lord et Chris Miller.
2D
3D
VF
Tout public à partir de 6 ans
Les briquettes colorées s’animent sur nos écrans.
Emmet, petit Lego travailleur, mène une vie
monotone. Mais un jour tout bascule ! Notre
bonhomme va devenir un héros bien malgré lui
et va tenter de sauver sa planète en compagnie
de Batman, Wonderwoman...
,
La Traversee du temps
Japon – 2006 – 1h38, film d’animation de Mamoru Hosoda.
VF
Tout public à partir de 8 ans
Plusieurs fois primé, ce joli film
d’animation nous montre une
adolescente capable de jouer avec
le temps qui passe.
À partir de 4 ans
France – 2014 – 45 mn, quatre courts
métrages d’animation de divers réalisateurs.
Des histoires pour les petits
autour de la gourmandise,
de l’amitié, de l’enfance.
34
Mercredi 2 après la séance, atelier
De films en livres avec Libr’enfant :
Rachel viendra raconter
des histoires de lapins et
de carottes…
VF
Tout public à partir de 7 ans
Cedric Errol vit modestement avec sa
mère à New York. Sa vie est bouleversée
par l’arrivée de Havisham, chargé de le
ramener en Angleterre auprès de son
grand-père, le comte de Dorincourt…
Tarzan
À partir de 6 ans
Allemagne – 2014 – 1h34, film d’animation de Reinhard Kloss.
La dernière adaptation de Tarzan,
légende de la jungle, avec une technique nouvelle : la motion capture.
La
VF
Pie voleuse
Italie – 1965 à 1973 – 36 mn, courts métrages en papier
découpé de Emanuele Luzzati et Giulio Gianini.
sans
paroles
À partir de 3 ans
Trois fabuleuses
adaptations des opéras de
Rossini, réalisées par un
peintre et un cinéaste.
France – 2014 – 1h27, documentaire de Guillaume Vincent,
raconté par Marion Cotillard.
L’immense Kamtchatka est le territoire des grands ours bruns sauvages.
Nous les suivons au milieu de magnifiques paysages, de l’ourson espiègle
à l’adulte protecteur ou brutal…
Tout public à partir de 6 ans
35
JEUNE PUBLIC
GB – 1980 – 1h39, version restaurée de Jack Gold,
avec Ricky Schroder, Alec Guinness…
En bref…
Ici…
` NOCES DE SANG
Duras et le cinéma c’est une longue histoire d’amour : ses écrits ont été maintes fois
adaptés pour le grand écran par divers réalisateurs,
comme Hiroshima mon amour par A. Resnais (ce n’est
qu’après la sortie du film que le scénario a été publié), Moderato
Cantabile par Peter Brook, L’Amant par J.-J. Annaud… et ellemême est passée à de multiples reprises derrière la caméra avec
notamment La Femme du Gange, India Song, Le Camion… Dix heures
et demie du soir, grâce à Fabrice Camoin, vient désormais compléter la liste !
Ce sera encore une histoire d’amour qui finit mal (l’amour n’est pas gai chez
Duras) puisqu’elle narre la fuite d’un homme après qu’il eut assassiné sa femme
et l’amant de celle-ci. Marina Foïs et Sami Bouajila seront les protagonistes de ce
crime passionnel, en compagnie de Louis-Do de Lencquesaing et Valérie Donzelli.
` ENAMOURET
L’amour et ses tribulations ne finissent pas de tarabuster Emmanuel Mouret. Caprices,
son prochain long, exploitera le même filon. Cette fois ce sont Virginie Effira et Anaïs
Demoustier qui accapareront les pensées du héros, interprété, cette fois encore, par le
réalisateur lui-même.
` RENAISSANCE
Après Adieu Gary en 2009, Nassim Amaouche revient à la réalisation avec Des Apaches,
pour lequel il sera même interprète. Laetitia Casta et André Dussolier l’aideront à donner
corps à l’histoire de Samir qui va faire l’expérience de la liberté en s’affranchissant du
poids de la famille et des traditions, après le décès de sa mère et la première rencontre
avec son père.
` L’HEURE DU BILAN
Quatre ans après Les Mains en l’air, Romain Goupil revient derrière et devant la
caméra pour Le Jour venu. À cette occasion il retrouvera Valeria Bruni-Tedeschi
qui lui donnait déjà la réplique dans ce même film et Noémie Lvovsky qui était
sa partenaire dans Les Mains libres de Brigitte Sy. Ce nouveau film semble être
celui du bilan d’un homme, du chemin parcouru avec ses hauts, ses bas, les
frémissements de la première rencontre, le temps écoulé depuis… R.
Goupil a construit son film en dix chapitres : Pôle emploi, L’Argent,
L’Idée, Le Fils… qu’il fera s’entrecroiser, à l’image de ce qui se passe
dans la « vraie » vie.
` S’IL N’EN RESTE QU’UN…
Mathieu Kassovitz n’est pas du genre à éviter la
polémique. Il l’a montré notamment avec
son controversé L’Ordre et La
Morale, sur la prise
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d’otages d’Ouvéa en
1988. Pour sa prochaine réalisation, il persiste et signe, en s’attaquant à
la version officielle sur les attentats du 11 septembre 2001 : « Cette version officielle, on ne l’accepterait pas d’un gouvernement russe ! Toutes les grandes
entrées en guerre de l’Histoire se sont basées sur un mensonge
initial. Faire un film sur le 11 septembre, ce serait le résultat de huit
ans d’enquête, car ce qu’on nous dit sur le sujet n’est pas vrai. » On peut
facilement augurer que le financement ne va pas être simple, et la distribution en salles non plus.
Et ailleurs…
` MÉMOIRE DE NOS PÈRES
Sofia Coppola est en train d’adapter Fairyland : A Memoir Of My Father d’Alysia Abbott,
la biographie de Steve Abbott. Dans les années 70, cet écrivain et activiste bisexuel
s’installera avec sa petite fille de deux ans, dans un San Francisco en pleine lutte pour
les droits des homosexuels, sous l’impulsion, entre autres, de l’emblématique Harvey Milk
(cf. le film de Gus Van Sant). En accompagnant son père partout, la jeune Alysia
rencontrera nombre d’artistes, d’écrivains, de penseurs, dont les rangs vont être dévastés
par le Sida. Après Somewhere, la réalisatrice explore un nouveau pan des relations
père/fille. On se demande bien pourquoi elle serait concernée par une telle thématique !
` LE DERNIER NABAB
Plus de dix ans que Warren Beatty a déserté les écrans. En même temps, sa dernière prestation était pour Potins mondains et amnésies partielles, un film n’ayant pas vraiment marqué les mémoires. Pour son retour, de réalisateur et d’interprète, il évoquerait un personnage qui aurait beaucoup à voir avec le milliardaire mythique, Howard Hughes.
` LA GRANDE BOUCLE
Avec son impressionnante prestation dans Dallas Buyers Club, Matthew
McConaughey est devenu un très grand comédien (nous ignorons au moment de
la rédaction de ces lignes, s’il a décroché l’Oscar du meilleur acteur), après des
années d’interprétations faiblardes dans de sirupeuses comédies romantiques. Depuis Soderbergh avec Magic Mike, des réalisateurs tels W. Friedkin, L. Daniels, J. Nichols, M. Scorsese et J.-M. Vallée donc (que des
grandes pointures) lui ont fait confiance et ont permis d’attester que
ce changement de registre n’était pas un feu de paille. Un sansfaute que McConaughey confirme en ajoutant à cette liste,
les noms de C. Nolan et de G. Van Sant. Et puis, ultime
preuve qu’il est désormais devenu une référence,
c’est que son parcours singulier va être
transposé au cinéma. La boucle
est bouclée. IG
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Bande annonce
« On n’est pas des pédés ! »
Le sport a-t-il un problème particulier
avec l’homosexualité ?
P
our les sportif-ve-s LGBT (lesbiennes,
gays, bi et transgenres), il est commun
de cacher son orientation sexuelle, et de
s’afficher avec des personnes du sexe
opposé. Des directives parfois imposées par
ses propres sponsors ou qu’on se donne
pour se protéger. Mentir pour ne pas choquer, ne pas heurter ses concurrents ou ses
coéquipiers. Comment être sportif-ve et
homosexuel-le ? Comment le dire ? Faut-il
le dire ? Quelles sont les conséquences
dans les sports collectifs ? Dans les vestiaires ? Quel est le regard des autres lorsqu’on préfère une personne du même sexe
et que l’on pratique un sport dit « viril » ?
Être homo et athlète, est-ce incompatible ?
Un rapport d’Anthony Mette, psychologue
du sport, est paru en 2011 et l’on peut y lire
que les sportifs hommes pratiquant une
discipline dite masculine sont les plus
enclins à adopter une attitude ambiguë ou
négative envers les homosexuels. Selon
l’étude, les caractéristiques dites masculines (agressivité et force par exemple) exigées dans certains sports pourraient créer
un contexte favorisant l’homophobie. Elle
montre aussi que les sportifs de compétitions de haut niveau, par opposition aux
amateurs, sont plus homophobes.
Le sport est régulièrement mis en avant
pour ses vertus et valeurs d’égalité, de partage, de générosité et d’ouverture à l’autre.
Cependant même si le sport peut être un
puissant vecteur d’intégration, il peut aussi
être un lieu d’exclusion, d’oppression et de
discriminations. Parmi celles-ci, les questions de genre et d’orientation sexuelle
occupent une place toute particulière de
par les formes qu’elles prennent, ou la violence par laquelle elles peuvent s’exprimer.
« Le racisme, tout le monde est contre. L’homophobie, il y a des gens qui ne comprennent même pas pourquoi on travaille dessus », s’étonne ainsi Pascal Brèthes,
président du Paris Foot Gay. L’homophobie,
comme le racisme, n’a pas sa place dans le
sport et c’est cela qu’il nous faut combattre
aujourd’hui, ensemble.
Sébastien Tüller,
pour le Centre LGBT de Touraine.
NOUS EN REPARLERONS PROCHAINEMENT…
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Interférences
Belgian Lovers
E
n son temps, personne n’a pu échapper à la nouvelle – l’existence de réfugiés fiscaux au cœur du plat pays – le
plus connu d’entre eux étant à la fois un
symbole national (tombé dans la potion
quand il n’était pas aussi volumineux) et
grande gueule notoire (qui prouve que
l’abus d’alcool peut être dangereux pour
la clarté des propos). La périphrase « pays
outre Quiévrain » se lit naturellement
dans les deux sens et désigne, pour les
Wallons, la France. Pas étonnant qu’il
existe donc, symétriquement, des réfugiés qui, eux, seraient plutôt… artistiques. Vu le faible volume de la production belge (même si les tax shelter font
que tous les films français sont désormais également belgo-luxembourgeois),
ils ont trouvé refuge sur les grands écrans
hexagonaux avec un incontestable talent.
Je veux parler de Benoît Poelvoorde,
François Damiens et Bouli Lanners*. Ils
se sont fait connaître soit par la télévision, soit par la réalisation, et le plus souvent sur un mode essentiellement
comique. Les deux premiers sont également de très bons clients pour les plateaux télé où ils savent faire le spectacle
en étant à la fois drôles et incongrus.
Même si le seul film qui les regroupe dans
le même casting est Rien à déclarer (de
Dany Boon), essai raté de remake du succès des Chtis, petit à petit, la notoriété
aidant, ils se sont vu offrir des rôles plus
graves, dans des films d’auteur, où ils
excellent. Malgré des physiques assez
communs (ils n’ont rien du top model
bodybuildé), ils sont parvenus à incarner
des figures de séducteurs assez atypiques : le séducteur timide (BP dans Les
Émotifs anonymes de Jean-Pierre Améris) ou inquiétant (BP encore dans Une
histoire d’amour d’Hélène Filières), le
séducteur quelconque (FD dans La Délicatesse des frères Foenkinos), le séducteur grand frère un peu paumé (BL dans
Lulu femme nue de Solveig Anspach). Des
personnages qui ont étreint Isabelle
Carré, Laetitia Casta, Audrey Tautou,
Karine Viard ! Qu’est-ce qui fait le charme
de ces Belges sans accent ?
La fille de Lulu se le demande : non seulement il est vieux mais en plus il est
gros ! Et pourtant, comment le dire autrement : Bouli Lanners est beau dans ce
film ! Beau dans le regard de cette femme
perdue. Beau dans celui de ces deux
pieds nickelés de frères. Beau dans l’objectif aimant de la réalisatrice. Peut-être
parce que dans l’improbable film Louise
Michel de Delépine et Kervern, il jouait le
rôle d’une femme (et Yolande Moreau
celui d’un homme), il se dégage de son
visage (pourtant sérieusement barbu) et
de son sourire timide une douceur
presque féminine. Irrésistible.
DP
* Sans oublier le génial Olivier Gourmet.
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Courts lettrages
Les rédacteurs ont vu :
Dallas Buyers Club
de Jean-Marc Vallée
On voit d’abord un film calibré pour que
son interprète principal, Matthew McConaughey,
soit oscarisé. Il faut dire qu’il a à la fois un abattage et une finesse de jeu assez sidérants. Jared
Leto est lui aussi impressionnant. Mais petit à
petit on est pris par une histoire qui va bien audelà des simples performances d’acteurs. Les
exactions des laboratoires pharmaceutiques,
l’attitude ambigüe de la FDA (Food and Drugs
Administration) prennent de plus en plus d’importance. Plus profondes, plus fondamentales
encore, les interrogations sur la notion même de
principe de précaution, qui oppose ici recherche
médicale encadrée, rigoureuse mais lente, très
lente, et pratiques empiriques non contrôlées
mais visiblement efficaces.
Un film vraiment très intéressant à tous points
de vue. AW
Lors d’une hospitalisation, Ron Woodroof
occupe le box voisin du troublant et sensible
Rayon (alias Jared Leto, superbe acteur notamment remarqué en 2001 dans Requiem for a
dream, de Darren Aronofsky), jeune transgenre
et toxico. Cette scène de leur rencontre est très
significative lorsque Ron réagit violemment face
à l’attitude de Rayon qui s’approche de lui pour
se présenter et échanger, puis pour tenter de le
soulager d’une crampe douloureuse en lui massant le mollet. Peur de la maladie (dont il est
pourtant porteur lui-même) et/ou surtout peur
épidermique de cette différence que représente
Rayon aux yeux du cow-boy au Stetson ?! Ce
genre de machos intolérants ne s’échappe malheureusement pas de ses stéréotypes sexistes et
homophobes ! Et bravo au duo Oscarisé ! RS
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Dans la période actuelle troublée et troublante où la simple image d’un sexe fait crier au
scandale, Dallas Buyers Club, dès les premières
minutes, donne le ton avec un mélange détonnant de sexe, alcool et drogue. Jared Leto et Matthew McConaughey mènent magistralement la
danse. J’ai d’abord été choquée, puis émue par
la métamorphose et, enfin, conquise par le combat engagé contre les lobbies médicaux ! MS
Life is strange, chante Marc Bolan en
conclusion de cette fresque portée par un McConaughey magistral. Life is strange, c’est ce que
semble se dire Ron Woodroof tout au long du
film. Comment lui, macho assumé à la ravissante moustache, pourrait-il avoir contracté le
VIH, et développé le SIDA ? « I’m not a queer,
motherfucker ». Pas queer et pourtant, bel et
bien terrassé par le mal nouveau sévissant dans
ces années 80. Obligé de faire avec. Et finalement emporté dans ce parcours quasi-initiatique
qui donnera un sens à sa vie.
Dallas Buyers Club avait peut-être d’avance tout
pour plaire : beau (et gros !) casting, sujet sensible (restant d’actualité…), bande son séduisante… Mais s’il est aussi réussi, c’est bien car
la force de sa mise en scène et de son écriture
servent absolument une justesse extrême, à côté
de laquelle il était pourtant si risqué de passer.
MR
Film manichéen, accumulant poncifs et
stéréotypes autant sur l’homosexualité et l’homophobie que sur l’industrie pharmaceutique et
la FDA, par un réalisateur québécois tournant
en langue anglaise (un comble !) De fait, sous
l’apparence d’un humanisme racoleur, on ne
peut que soupçonner le cinéaste de mercantilisme, à l’image de son héros, dont la conversion
semble peu crédible (du moins à l’écran. Ceci dit,
c’est peut-être vrai dans la réalité puisqu’il s’agit
d’un fait réel, mais le film ne sert malheureusement pas le propos). EC
Se déguiser, se transformer, être un autre,
forcément, les acteurs aiment ça. Et Matthew
McConaughey n’échappe pas à la règle, mais ici,
il tire très fort sur la corde en ayant maigri plus
que de raison. Du coup est-ce vraiment son jeu
que l’on admire ou ce corps décharné (et les
trente kilos qui lui manquent) qui nous fascine ? JF
Ce film nous donne à voir deux mutations
incroyablement bluffantes : celle d’un crétin
abyssal, un tocard d’anthologie, que la maladie,
la confrontation à la toute puissance et à l’hermétisme de la médecine, transforment en être
pensant, responsable et militant. Mais aussi,
celle d’un comédien, bellâtre insipide voué aux
comédies romantiques sans intérêt, en un acteur
de composition, désormais capable de relever les
paris les plus audacieux. Deux raisons (mais pas
les seules) essentielles, attestant l’excellence de
ce film. IG
De même que même les paranoïaques ont
des ennemis, ce n’est pas parce qu’un film s’en
prend à un système comme celui de l’administration américaine qu’il faut tout de suite hurler
à la grosse machination... Au-delà du caractère
très hollywoodien qui nous dépeint la lutte d’un
homme seul contre tout un système, il ne faut
pas perdre de vue que l’administration américaine et les industries pharmaceutiques n’ont
pas été d’une exceptionnelle clairvoyance dans
les débuts de la lutte contre le Sida... et c’est un
euphémisme. ER
Rodéo entre la vie et la mort (qui chevauche de gros poncifs mais reste en selle grâce
à la tenue des acteurs), c’est l’histoire d’une
rédemption par la maladie (ou comment s’ ingérer de la tolérance en intraveineuse) ! DP
Incroyable ! Je suis sortie de cette séance
médusée par la transformation radicale d’un
acteur, Matthew Mac Conaughey. Celui qui ne
savait qu’exhiber ses pectoraux dans les années
2000 et que, pour ma part, j’avais trouvé peu crédible dans Mud, devenait déjà plus inventif dans
une séquence de 2 minutes dans le film de Scorsese, Le Loup de Wall Street, où il prônait la
nécessité de se masturber à outrance. Pour
incarner Rob Woodroof, histoire vraie d’un
homme atteint du Sida dans les années 80, il a
perdu 23 kilos en 4 mois, redoutable identification à un malade. Que s’est-il passé dans la vie
de ce superbe séducteur pour qu’il parvienne à
vivre ce film comme une mission, à s’y engager
corps et âme et nous happer totalement ? Formidable ! CP
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Interférences
Only Lovers Left Alive
Goldzius et la compagnie du pélican
Prenez un cercle, caressez-le,
il deviendra vicieux.
rond
n
E
Eugène Ionesco
A
u commencement d’Only
Lovers Left Alive,
de Jim Jarmusch,
une
main pose le
bras d’un électrophone sur un
disque vinyle : le récit
débute donc en musique.
La caméra, au plafond, tourne
avec le 45 tours, sur les deux héros de cette
histoire minimale, Adam, allongé dans son
salon musée de Détroit et Eve, dans sa
chambre d’hôtel de Tanger. Dans Goltzius &
la compagnie du pélican, de Peter Greenaway,
c’est tout le générique qui suit ce mouvement
rotatif, dans une accumulation excessive
comme les aime le réalisateur, la presse de
l’imprimerie, la scène en bois octogonale
(puisqu’ici tout ne sera que théâtre), la ronde
des musiciens. Le premier tableau mis en
scène par la compagnie présentera une version passablement hérétique de la Genèse
avec un Dieu d’apparence plutôt grécoromaine et de nouveau Adam et Eve… qui
nomment le monde en tirant des cartes : au
commencement était le Verbe.
Ce qui n’est pas le cas des deux réalisateurs :
leur scénario tient pratiquement en une seule
phrase. Adam et Eve se retrouvent pour poursuivre leur idylle, vieille de plusieurs siècles,
lorsque débarque Ava, une petite sœur incontrôlable… Pour obtenir le financement de son
imprimerie, la compagnie de Goltzius doit
divertir le marquis d’Alsace pendant six
nuits… Ni l’un, ni l’autre n’ont jamais été passionnés par le récit en lui-même. Les images
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et la musique sont la vraie matrice de leur
cinéma. Les deux films sont obsessionnellement remplis de signes culturels : les tableaux
au mur, la collection de guitares et de 45 tours
d’Adam, les livres d’Eve, les tableaux, les gravures, les calligraphies, les discours dont
Greenaway sature l’écran en couches successives. Immédiatement, on reconnaît l’univers
de l’auteur et le spectateur est fasciné par le
charme mélancolique du duo de vampires
abstinents et par la magie par prolifération de
Goltzius. Puis vient une certaine lassitude :
l’impression d’un système qui tourne en rond,
enfermé sur ses propres codes, sur des clés
qu’il ne partage plus vraiment avec celui qui
regarde le film. C’était particulièrement le cas
du dernier film de Jarmusch, The limits of
control, glaciale variation purement formelle.
C’était le cas de La Ronde de nuit de Greenaway, pâtisserie pédante et indigeste. Est-ce la
vengeance du récit (ou plutôt de son
absence) ? Pourtant, cette fois-ci, la ballade
des vampires dans Détroit anéanti et dans le
labyrinthe des rues de Tanger, garde un
charme indéniable. Peut-être parce que, malgré la raréfaction du sang, le cœur bat
encore… alors que chez Greenaway, la chair
est triste hélas, pas bandante pour un sou, les
amours pitoyables, les
humains
grotesques et ne
reste qu’un
pur jeu intellectuel
et
sans affect…
qui semble
tourner
à
vide.
DP
Face à face
L’Amour est un crime parfait
Le corps du deni
L’assassinat a ceci de comparable
avec l’acte sexuel qu’il est souvent suivi
de la même question : que faire du corps ?
Amélie Nothomb
S
ous son titre alléchant, avec son casting
impeccable et ses décors sublimes, le
dernier film des frères Larrieu est un objet
lisse à la fois intrigant et fascinant. Au-delà
d’une pseudo enquête à laquelle on n’arrive
pas vraiment à croire, (pas plus en tout cas
que le lieutenant affable qui y déambule en
souriant), se déroule quelque chose de
trouble, sous la surface des apparences.
« Qu’est-ce qui ne va pas, Marc ? » lui
demande sa sœur et telle pourrait être l’interrogation sourde qui travaille le récit. Dès
le magnifique générique où on le suit dans
les lacets enneigés qui mènent à son chalet,
éclairés par les phares de son vieux 4x4, on
sait que l’on aura affaire à une histoire labyrinthique, glaciale et sombre, où les désirs
seront mis en scène (« Tu n’as pas froid ? »
demande Marc. « Je suis toute chaude ! »
répond Barbara.) Prologue provocant. Le
réveil est brutal. Comique. Marc ne se souvient pas du prénom de la brune excitante,
essaie les prénoms : Nina, Nadia… sans
parvenir à la tirer du sommeil. Puis le corps
disparaît dans un trou du récit. Dans le
hors champ qui commencera à contaminer
toute l’histoire. L’inquiétude gagne peu à
peu Marc qui n’a rien de qu’il veut paraître :
un calme professeur qui fait des phrases en
vapotant devant un parterre d’étudiantes
séduites. Tout est un jeu d’apparences trompeuses : la splendeur des paysages enneigés, la faculté avec son architecture irréelle, les hordes de jeunes
femmes qui y défilent lascivement. Est-ce
un récit purement fantasmatique ? Prisonnier de ses pulsions, Marc se retrouve
coincé entre Anna, la trop jolie femme
délaissée, l’étrange et séduisante belle-mère
de la disparue, Annie, l’étudiante hystérique dont le père mafieux fait régner une
violence incompréhensible et Marianne, la
sœur avec laquelle il entretient des relations
incestueuses. Petit à petit, tout devient cauchemardesque. Les symptômes physiologiques s’accentuent : maux de tête, saignements de nez, amnésie et somnambulisme.
Au volant de sa voiture, il est comme un
animal blessé. (Lorsque sa sœur le découvrira nu et ensanglanté, sous la douche, il
évoquera une scène primitive : le meurtre
d’un sanglier par des loups.) Mais où et
comment a-t-il tué le motard qui le contrôlait ? La scène où il porte le cadavre sur son
dos dans la blancheur immaculée de la
neige devient totalement irréelle. Puis il le
fera basculer dans le gouffre glacé où il
redécouvrira le corps de Barbara avant de
l’y jeter définitivement.
Mystérieux et ironique, le récit s’achève sur
Les CARNETS du STUDIO
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23
Face à face
L’Amour est un crime parfait
les auteurs
courent toujours...
un étrange épilogue en queue de poisson.
Anna se révèle être une policière, infiltrée
dans leur authentique, lui assure-t-elle,
histoire d’amour. Lors d’un week-end en
tête à tête dans le cadre idyllique d’un nid
d’amour design en bord de lac, Marc lui
apprend qu’enfants, leur mère les battait,
lui et Marianne, et qu’il avait fait disparaître
ses parents dans un incendie criminel
jamais suspecté. L’histoire s’achève de la
même façon, dans un brutal embrasement
final : tout part en fumée, sur la dernière
cigarette de Marc qui fait exploser, en l’allumant, le gaz qui s’échappait de la cheminée, dans un spectaculaire geste suicidaire.
Il ne laissera rien derrière lui (comme il
avait effacé les corps de ses parents), uniquement cette sentence énigmatique en
forme d’épitaphe : L’amour est un crime
parfait.
DP
24
O
n peut aborder ce film sous plusieurs
angles : polar, étude de mœurs, psychologie, psychanalyse… et c’est une
richesse, mais à condition de maîtriser tous
ces niveaux de lecture. Ce n’est malheureusement pas le cas et on sort frustré de la
projection tant les auteurs semblent être
passés à côté de leur sujet. Le film possède
pourtant d’indéniables atouts : un récit
tendu, imaginatif, des paysages magnifiques, une distribution de choix mais,
hélas, tout s’écroule comme un château de
cartes, faute d’une véritable mise en scène.
Et pourtant ils s’y sont mis à deux ! Mais
ne sont pas les frères Coen qui veut. Il
manque à ce film pour être crédible plus
d’attention au scénario et surtout un véri-
table point de vue sur les personnages. Or
ceux-ci sont mal dessinés, caricaturaux,
bancals.
Alfred Hitchcock avait coutume de dire que
pour faire un bon film il faut 1) une bonne
histoire, 2) une bonne histoire, 3) une
bonne histoire. Nous avons ici une bonne
idée d’histoire, mais seulement une bonne
idée, pas un vrai scénario. Trop de situations et de personnages invraisemblables
empêchent qu’on se prenne au jeu : le Don
Juan irrésistible pour qui toutes les femmes
sont prêtes à se damner, la femme-flic infiltrée comme espionne auprès du suspect
dans une simple affaire criminelle, et qui
bien sûr sera incapable de résister au
charme ravageur de cet homme fatal, la
nymphette fille de mafioso, étudiante en
écriture littéraire, raide dingue elle aussi de
ce prof mal fringué, vapotant et veule, le
gendarme motard sans équipier, son
meurtre en plein air qui passe totalement
inaperçu. On en oublie peut-être. Quoi qu’il
en soit, impossible de se laisser embarquer
dans une histoire aussi mal ficelée, où les
coutures sont aussi apparentes.
On pourrait encore à la rigueur passer sur
ces énormes maladresses scénaristiques,
mais que dire de la direction d’acteurs,
livrés à eux-mêmes et décidément à la
dérive. Mathieu Amalric a du métier mais il
n’est vraiment pas fait pour le rôle, il ne
peut y être pris au sérieux. Et que dire de
l’excellente Karin Viard et de sa grotesque
moumoute blonde ! En névrosée incestueuse elle fait tout ce qu’elle peut mais le
personnage est vraiment trop ingrat, trop
dur à défendre. Quant à Maïwenn, de film
en film elle fait encore et toujours du Maïwenn, avec sourire craquant et regard
mouillé ! Et la pauvre Sara Forestier, vraiment pas gâtée à devoir défendre un personnage caricatural à la limite du ridicule…
Seul Denis Podalydès tire son épingle du
jeu, mais c’est le métier très sûr du comédien de théâtre qui lui permet de donner de
la cohérence à son personnage. Non, décidément ce sombre brouet ne passe pas. On
est quand même en droit d’attendre moins
de désinvolture de la part de cinéastes
ambitieux.
AW
25
Interférence
Ida
12 Years A Slave
Improbable rencontre :
comme un objet qui lui serait presque extérieur, voire étranger. Ses pulsions sexuelles
non maîtrisées faisaient de son corps un
objet de torture pour lui-même.
D
Avec 12 Years A Slave (mais pourquoi diable
obliger les spectateurs à demander à la
caisse un titre anglais difficile à prononcer,
alors que « 12 ans d’esclavage » serait tout
aussi élégant?) S. McQueen continue son travail d’exploration de l’utilisation possible des
corps à l’écran . Ici, le corps est utilisé comme
corps du délit, objet de démonstration visible
des effets de certaines des pires mortifications possibles, les coups de fouet inlassablement répétés et distribués au bon vouloir
des maîtres esclavagistes.
Dans Hunger, il était notamment question de
traduire à l’écran, par les marques que la
grève de la faim impose sur le corps de Bobby
Sands, l’horreur des enfermements vécus par
les prisonniers de l’IRA. Dans Shame, Brandon, le héros, réifiait son corps pour l’utiliser
Les scènes de flagellation sont insupportables : il n’y a pas grand-chose d’aimable à
voir éclater la chair ou gicler le sang de l’un
de ses semblables. Mais leur nécessité n’apparaît pas évidente... est-il besoin (à grands
renforts de raccords et de gros plans) de nous
rappeler que fouetter un esclave c’est pas
gentil ? Est-il vraiment nécessaire de
remettre sous notre nez les sévices infligés
pour nous convaincre que c’est très laid de
faire du mal à un autre homme ? Steve
McQueen, cinéaste doué et efficace, est par
exemple beaucoup plus convaincant lorsqu’il
nous dépeint l’esclavage chez un propriétaire
presque humain que lorsqu’il déplace son
héros chez un pur psychopathe. Il est en effet
beaucoup plus fructueux de s’interroger sur
la nature même des relations maître/esclave
lorsque celles-ci ne sont pas fondées sur une
ès Hunger, on avait compris que Steve
McQueen, artiste plasticien de son état
et très reconnu par la profession, était particulièrement fasciné par les corps et, surtout, par ce que les corps peuvent révéler à
l’écran de ce qui habite les personnages qu’ils
habillent. Au-delà de cette utilisation du
corps malmené comme révélateur, il s’en servait également comme d’un artefact ou d’un
objet destiné à violenter le spectateur, à
l’amener au bord du malaise (effet apparemment réussi, la projection de Hunger à
laquelle j’ai assisté ayant dû être interrompue pour évacuer un spectateur littéralement
pris de malaise...)
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Interférences
haine et un mépris radical de l’autre, le
nègre, l’esclave, le sous-homme, appelez-le
comme vous voudrez. À ce titre, le premier
propriétaire de Solomon constitue un cas
d’observation bien plus intéressant que le
sadique incarné par Michael Fassbender
puisqu’il a l’air assez sincèrement soucieux
d’aider et de préserver son esclave... jusqu’à
un certain point...
Pratiquement à l’autre bout de spectre cinématographique, le hasard des programmations fait que nous avons pu voir Ida, film
polonais, sans aucune star, en noir et blanc
et filmé presque exclusivement en plans
fixes... Or, les deux films ont un point commun non négligeable : tous deux tournent
autour d’un crime contre l’humanité qui a
déjà largement été évoqué au cinéma ou dans
la littérature : l’esclavage pour 12 Years… et
le massacre des Juifs par les Nazis pour Ida.
Comme nous venons de le dire, du point de
vue formel, tout oppose ces deux films et,
comme la forme n’est bien souvent séparée
du fond que par une mince couche de
conventions, tout les oppose aussi dans ce
qu’ils ont à nous dire de ces scandales
(in)humains que furent l’esclavage et l’extermination des Juifs. Là où Steve McQueen
entend être aussi démonstratif et explicite
que possible, à tel point que l’on pourrait
croire qu’il prend le spectateur pour un semidemeuré à qui il faut tout souligner, tout (ré)expliquer, Pawel Pawlikowski, lui, procède
systématiquement à l’inverse : son héroÎne
n’est même pas au courant qu’elle est juive
et le découvre de manière fortuite ; lorsque,
accompagnée de sa tante, une juge communiste grand teint (mais passablement alcoolisée), elle se met en devoir de retrouver la
maison de son enfance puis la tombe de sa
famille, rien n’est montré (d’ailleurs, il ne
reste pas grand-chose à montrer) ; nul flashback sur les camps, sur les pogroms, sur
l’exil forcé de cette famille dans une cabane
perdue au fond des bois sous la protection
de celui qui reprendra leurs terres une fois
que la famille aura été exécutée... L’exhumation même des crânes est à peine visible et
l’on se concentre bien plus sur les doigts nus
des mains qui creusent la terre que sur les
quelques bouts d’os très furtivement entraperçus…
Et tout cela marche, tout cela vous serre la
gorge bien autant que le claquement des
fouets et les grimaces des suppliciés de 12
Years A Slave… La démonstration n’en est
pas moins implacable ; elle l’est peut-être
même un peu plus du fait qu’elle ne nous
sommes pas de nous indigner. Elle l’est peutêtre aussi du fait qu’aucun des deux personnages principaux ne peut emporter une
totale adhésion (la juge rigoriste et alcoolique, responsable sans remords de procès
politiques, la jeune bonne sœur un peu
godiche, assez loin de bien saisir les enjeux
dont sa famille s’est retrouvée prisonnière
puis victime). Et cette économie de moyens,
cette retenue dans les effets vaut bien l’assez
inattendu succès que ce film a rencontré
(parmi les records d’affluence aux Studio
cette année…), il prouve amplement que l’on
peut faire confiance au public, qu’il n’est pas
obligatoirement nécessaire de le frapper à
l’estomac pour provoquer sa réflexion et son
émotion.
ER
Les CARNETS du STUDIO
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Interférences
Minuscule,
la vallée des fourmis perdues
Le Vent se lève
Le Vent se lève de Hayao Miyazaki
Du dessin animé
au film d’animation
L
es enfants ont bon dos ! Combien de
parents n’ont-ils pas pris le prétexte
d’accompagner leurs enfants pour savourer, sans culpabiliser, les dessins animés
de Tex Avery, voire de Walt Disney ? Aujourd’hui les longs-métrages d’animation se
multiplient, sont devenus souvent de
grosses machines à cash, les techniques
évoluent radicalement.
Sur ce plan-là on peut sans grand risque
affirmer que Le Vent se lève constitue non
seulement le testament cinématographique
de Miyazaki mais également peut-être le
chant du cygne d’un genre, le dernier grand
dessin animé de technique traditionnelle. À
l’inverse Minuscule pourrait bien symboliser l’innovation technologique (animation
d’images de synthèse sur décors réels) avec
toute l’immaturité d’une technique tâtonnante générant un graphisme et une esthétique encore rudimentaires.
Cela ne signifie nullement que, dans cette
fausse confrontation entre anciens et
modernes, l’un soit supérieur à l’autre. Risquons quand même un postulat, discutable
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comme tous les postulats : Minuscule est
un film pour enfants intéressant pour les
adultes, Le Vent se lève un film pour
adultes sans intérêt pour les enfants. Déjà
par sa longueur : 2h10. Ensuite et surtout
par l’histoire qu’il raconte, improbable mix
de success story industrielle à l’américaine
et de romance lacrymale niaise. Mais il faut
être juste : les deux films seraient tous deux
d’affligeants nanars s’ils étaient filmés avec
des acteurs de chair et d’os. Leur intérêt est
évidemment ailleurs. Il faut faire abstraction des facilités narratives et des stéréotypes dont tous deux sont farcis pour
apprécier leurs qualités : leur force principale réside dans la forme et non dans le
fond, même si cette catégorisation reste évidemment artificielle. L’image prime ici le
sujet.
Le Vent se lève procure un plaisir visuel
indéniable, malgré le sempiternel et pauvre
graphisme de manga infligé aux visages,
mais les couleurs, la composition des plans,
les paysages sont en revanche souvent
enchanteurs, proches des estampes de
Hiroshige ou de Hokusaï. Les séquences de
rêve en particulier, surtout dans la première heure, sont magnifiques, fascinantes.
En revanche certains aspects du film
embarrassent. Au-delà d’évidentes longueurs, les lieux-communs abondent : la
jeune fille pure, le héros parfait, l’adulte
bourru, grommelant, cassant mais au cœur
gros comme ça, le symbolisme pataud et
appuyé (la femme aimée meurt pile au
moment du décollage réussi de l’avion
inventé par le héros), et puis il ne faut pas
oublier une facette plutôt douteuse du film :
Jiro, le héros au look d’Harry Potter, le pur,
l’idéaliste, le sensible, l’honnête Jiro sans
peur et sans reproche, invente rien moins
que les avions-suicide des kamikazes de
1945. Cet aspect n’est pas entièrement
passé sous silence, mais tient bien peu de
place à côté de l’exaltation du héros jeune,
beau, génial, sympathique et malheureux.
Un adulte peut faire la part des choses, pas
un enfant.
Minuscule est beaucoup plus modeste. Son
scénario simpliste se révèle très inventif
dans le détail, drôle (les enfants rient beaucoup) et bourré de clins d’œil cinématographiques : Fitzcarraldo, Jurassic Park, KingKong, Les Dents de la mer, Le Seigneur des
anneaux, Stars Wars, les films de sabre et
même Psychose ! Si les enfants y perdent
un peu (comme dans les Astérix), si les
adultes s’amusent mais restent sur leur
faim question scénario, à la fin tout le
monde, petits et grands, y trouve son
compte et de quoi s’amuser. Les enfants
verront dans les féroces fourmis rouges les
méchants qui perdront évidemment à la fin,
les adultes apprécieront ces rouges aux
yeux bridés qui leur rappelleront la belle
époque de leur jeunesse, celle du péril
jaune et de la guerre froide ! En outre, dans
leur terrier géométrique et orthonormé, les
fourmis rouges se déplacent en colonnes
strictes qui évoquent les défilés nazis de
Nuremberg. Le manichéisme est clair,
assumé, salutaire.
Il n’en reste pas moins que voilà deux films
d’animation qui, visant deux publics différents, risquent de n’en satisfaire pleinement aucun. Vouloir s’adresser à la fois aux
petits enfants et aux adultes demeure une
gageure difficile, dont on se demande
d’ailleurs pourquoi elle reste une sorte d’impératif inhérent au genre. L’incontestable
réussite d’un film comme Valse avec Bachir
d’Ari Folman en est la meilleure preuve : à
côté de ceux qui s’adressent spécifiquement
aux enfants, le public adulte est en droit
d’attendre des films d’animation qu’ils s’assument en tant que tels, sans l’alibi des
petits qu’il faut accompagner. Il est temps
que ce type de cinéma accomplisse sa révolution culturelle, comme la bande dessinée
l’a fait depuis déjà pas mal de temps, et
revendique sans complexe d’être enfin,
dans tous les sens du terme, adulte.
AW
Minuscule, la vallée des fourmis perdues
de Hélène Giraud et Thomas Szabo
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Compte-rendu
Désir… Désirs
Rencontre avec Ventura Pons,
le 15 février 2014,
dans le cadre du festival Désir… Désirs
A
rrivé le jour même de Barcelone, Ventura Pons est venu présenter deux
films, son dernier, Ignasi M, et Ami/amant,
celui qui a certainement le plus fait pour sa
notoriété. Incompréhensiblement méconnu
en France, alors que son œuvre est montrée
et appréciée dans le monde entier, cette
rencontre avait quelque chose d’exceptionnel.
Dans un très bon français, le réalisateur
revient sur la genèse de Ignasi M, son troisième documentaire sur un total de vingtcinq films. Au départ, un groupe d’amis qui
se connaissent depuis plus de vingt-cinq
ans et dont Ignasi et Ventura font partie, et
l’envie de filmer ce personnage flamboyant
auquel, peut-être, personne ne croirait s’il
était le héros d’une fiction. Ignasi est un
expert reconnu, qui travaille pour les
musées du monde entier, homosexuel,
séropositif, père de deux enfants issus de
son mariage avec Carme, handicapée, victime de la poliomyélite dans son enfance et,
qui, depuis qu’ils sont séparés, vit désormais avec une femme. Avec son énergie
débordante et son humour contagieux,
Ignasi, nous fait découvrir une famille non
traditionnelle (crée il y a trente-deux ans) et
qui continue à fonctionner même après son
éclatement ; un magnifique pied de nez à
tous ceux qui croient que la famille n’a
qu’un moule.
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Tourné en secret (aucun des autres
membres du groupe d’amis n’était au courant), et fait avec rien (auto-financé et filmé
avec sa propre caméra numérique), Ventura
Pons retrouve dans Ignasi M des thèmes
qu’il a souvent abordés comme celui de la
transmission, de la continuation, de l’héritage, biologique et/ou intellectuel. « Mes
trois documentaires parlent de choses
importantes pour moi. Je raconte et me
mets au service d’une histoire, toujours,
que ce soit une fiction ou un documentaire.
Je trouve cet homme touchant, c’est
quelqu’un qui ne cache rien et chez qui sincérité, courage, malheur, humour se mêlent
et dont se dégage une humanité exceptionnelle. C’est l’histoire d’un type très libre et
très indépendant ». C’est aussi l’histoire
d’un homme très fort qui endure beaucoup
de douleur (il porte des doses de morphine
dans le dos), et qui, pour continuer à vivre,
ingurgite des quantités hallucinantes de
médicaments. Ce type haut en couleurs (au
sens propre, les vêtements d’Ignasi sont un
festival vivement coloré), se « presse de rire
de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer ».
Un chic type dont le seul regret, dit-il avec
humour, est « aucun de mes fils n’est gay ».
Merci à Ventura Pons et au festival Désir,
désirs, de nous avoir permis de le rencontrer.
JF
Corps en tous genres
C
omme annoncé dans son intitulé,
Cuerpos, cette vingt-et-unième édition du Festival Désir… Désirs, se proposait de mettre le corps en question, mais
aussi le genre et la sexualité, présentés et
analysés aussi bien dans leur aliénation
aux représentations sociales que dans la
revendication de l’émancipation à ces
codes normatifs. La programmation était
elle aussi multiple : documentaires, films
de fiction ou d’autofiction, conférences et
rencontres avec des réalisateurs ou des
chercheurs, du rires, des larmes… une
diversité propre aux questionnements et
aux coups de cœurs.
Tu seras un homme mon fils
NE PAS LIRE AVANT D’ALLER VOIR
MALO.
PELO
Mais c’est quoi un homme ? Pour Junior,
le jeune héros de Pelo Malo (Cheveux
rebelles), c’est être chanteur avec des
cheveux lisses. Pour sa mère, qui vit seule
avec ses deux enfants, dans la société
pauvre de Caracas, c’est avoir un travail,
un certain pouvoir et surtout de l’argent.
Le problème de Junior : n’être jamais
celui que les autres veulent qu’il soit. Sa
mère le trouve efféminé et donc voué à
l’homosexualité, tandis que sa grandmère l’instrumentalise et croit voir en lui
une fille. Sa mère ne (se) reconnaît pas
(dans) cet enfant qui ne correspond pas
à ce que doit être « normalement » un garçon. Il va souffrir, arrive-t-elle à dire au
médecin pour expliquer ses questionnements et son incapacité à lui manifester
de l’affection, comme elle le fait volontiers
avec son bébé. Si (é)perdue dans sa
volonté de remettre son fils sur le droit
chemin qu’elle lui donne à voir une scène
primitive, censée lui faire comprendre ce
qu’est la normalité en matière de sexualité : l’amour entre un homme et une
femme. Alors qu’en l’occurrence Junior
voit sa mère boire et se vendre à son
patron parce qu’acculée financièrement.
Pour ne pas aller vivre chez sa grandmère, Junior promet de ne plus chanter
et de couper ses cheveux. Vaillant petit
Samson, il s’exécute sans ciller. Seules
les apparences seront sauves. Je ne
t’aime pas./Moi non plus, lui répond sa
mère.
Petit focus sur une scène du film
Celle où Junior crée de petits personnages avec des allumettes qu’il dispose
avec application dans les alvéoles de la
balustrade du balcon. Elles sont toutes
différentes et chacune, contrairement à
Junior, a droit à une place.
Dans ce modèle réduit des immeubles qui
barrent le champ de vision et l’espace, les
figurines sont davantage sujets que les
occupants de ces tours. Implacable !
Mon sexe est-il mon genre ?
Après la projection de Gueriller@s, documentaire regroupant les témoignages de
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Compte-rendu
Désir… Désirs
militantes de Pour La Lutte transsexuelle
et transgenre, Emmanuelle Novello, chercheuse et bénévole au Centre LGBT (Lesbiennes Gays Bi Trans) de Touraine, prenant appui notamment sur les travaux de
Judith Butler (Troubles dans le genre), a
exposé et expliqué en quoi le genre était
une construction sociale : « Il n’existe pas
d’essence de la féminité : les femmes ne
sont pas douces et élégantes par nature.
De même pour les caractéristiques que
l’on associe généralement à la masculinité. Mais ces comportements sont attendus de chacun tout au long de sa vie. Le
genre est un processus en devenir. Il
n’existe pas de lois naturelles entre le
genre, le sexe et la sexualité… », sujet
complexe, impossible et vain à résumer,
en quelques lignes. Une spectatrice formule cette requête simple et essentielle :
« Donner la possibilité aux gens qui sont
transgenres d’avoir une vie vivable. Ne
pas avoir à jouer la comédie toute notre
vie dans un genre qui nous est imposé. »
Après la projection du foutraque mais
sympathique Qui a peur de Vagina
Wolf ?, Anna Margarita Albelo, auteur de
cette autofiction burlesque a expliqué,
entre autres, et avec une autodérision
certaine, la difficulté pour produire et distribuer une comédie lesbienne, mais
encore bien davantage quand celle-ci ne
donne pas à voir de scènes de sexe entre
des filles belles et sexys.
Avec une conférence sur la Mise en scène
des corps et des genres à l’écran, Elise
Pereira-Nunes, nous a démontré, elle,
que la question du genre se posait dès les
débuts du cinéma, comme par exemple
en 1914 dans Florida Enchantment.
Cette année encore, le festival a prouvé,
par sa capacité à embrasser le monde
dans sa diversité tant géographique
qu’humaine, à quel point il était plus que
nécessaire.
IG
Qui a peur de Vagina Wolf ?
Retrouvez une vidéo de la rencontre sur le site des Studio, rubrique : Ça s’est passé aux Studio.
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Vos critiques
DALLAS BUYERS CLUB
de Jean-Marc Vallée
12 YEARS A SLAVE
de Steve McQueen
Ron, magnifique dans sa
lutte pour survivre et pour
qui tous les moyens sont
bons, et Rayon, fragile et
troublant… Leur rencontre
improbable, leur cheminement
chaotique,
et
l’amour/amitié qui se tisse au delà des barrières de leurs mondes que tout oppose…
On sort de ce film en se disant que ces deux
là vont nous hanter longtemps… […] Elisabeth B.
Steve McQueen n’a pas
d’égal pour rendre compte
de la violence que peuvent
ressentir ceux qui sont victimes d’une oppression qui
va jusqu’à nier leur humanité. On ne ressort jamais
indemne de ses films. N’oublions pas que
sur celle qu’il nous montre aujourd’hui,
repose la construction de la plus grande
économie mondiale. […] Monsieur HR
[…] On comprend qu’il [Ron Woodroof] n’a
pas changé, il est toujours le texan macho,
petit truand, qu’il était au début. C’est la
force de ce film : le personnage évolue, s’enrichit (dans les deux sens, psychologique et
financier), mais il reste fondamentalement
le même. Sans tricherie scénaristique, en
somme. Mais c’est aussi le danger de ce film
: nous faire accroire que l’individualisme
capitaliste est au fond humain et que, bien
canalisé, il peut amener des exploits qui
changent le monde positivement. Ron est
un salaud, mais il a contribué à la lutte
contre le sida, et donc quelque part à nous
sauver. Le capitalisme serait utile : inquiétant, non ? CdP
[…] C’est intéressant de voir comment ce personnage très antipathique est rendu passionnant par son comédien et comment ce
type part d’une quête individualiste pour se
soigner, puis faire du business et se retrouve
finalement soutenu par des groupes minoritaires et va aller contre certains préjugés. Le
film doit beaucoup à son casting mais il est
aussi intéressant pour son traitement de la
question du sida. […] L.
L’esclavage vu de l’intérieur comme rarement. Atmosphère poignante et tendue d’un
bout à l’autre du film, de grands acteurs,
des plans séquences à couper le souffle et
une BO digne de tout ça. Chapeau ! Jérôme
IDA
de Pawel Pawlikowski
Il est heureux de voir qu’il
existe encore des cinéastes
qui savent cadrer leurs
images et utiliser la lumière
en se servant du noir et
blanc. C’est encore mieux
quand, comme ici, ils mettent
ce savoir-faire esthétique au service d’un
très beau récit. Les trajectoires tragiques
que nous donne à suivre Ida ouvrent des
réflexions qui sont loin d’être épuisées
quand la salle retrouve la lumière. Hervé R.
Un beau portrait de femme en quête de ses
origines. Le noir et blanc apporte de l’élégance et de la subtilité à ce récit original. Le
rôle de Ida est interprété avec beaucoup de
grâce et de charisme. Très bon choix pour
le film du mois. CP
Rubrique réalisée par RS
Les CARNETS du STUDIO
n°322
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avril 2014 –
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