Interview Credit.fr : « Conforter notre place dans le

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Interview Credit.fr : « Conforter notre place dans le
Source: itespresso.fr, 06/07/2016
Interview Credit.fr : « Conforter notre
place dans le crowdlending »
Credit.fr est la start-up du crowdlending (prêt participatif) du portefeuille de Truffle Capital.
Son co-fondateur Laurent de Bernède a précisé les ambitions lors de VIVA Technology.
Dans le portefeuille FinTech des start-up soutenues par Truffle Capital, Credit.fr sert de
référence dans le domaine du crowdlending (prêt participatif entre particuliers ou de
particulier à une entreprise).
Un update de ses activités a été réalisé dans le cadre de VIVA Technology lors d’une
présentation globale des sociétés rattachées à ce fonds d’investissement actif dans l’univers du
logiciel et plus globalement du numérique.
Credit.fr a été co-fondée en septembre 2014 par Thomas de Bourayne et Laurent de Bernède
mais l’activité a réellement commencé en mars 2015. A la fin de cette même année, Credit.fr
a bouclé une levée de fonds de trois millions d’euros auprès de Truffle Capital*.
Elle est désormais accompagnée par Geoffroy Roux de Bézieux (ex-Virgin Mobile) qui a pris
la présidence du conseil de surveillance de Credit.fr, tout en injectant à titre individuel 900
000 euros dans le capital de la société.
La plateforme de crowdlending dispose d’un agrément ORIAS en tant qu’intermédiaire en
financement participatif (IFP) depuis octobre 2014. Après avoir démarré ses activités en se
concentrant sur les prêteurs particuliers, Credit.fr a commencé à s’ouvrir aux personnes
morales à partir de septembre 2015. Et bientôt les organisations institutionnelles vont arriver.
Sa communauté de prêteurs dépasse désormais les 4000 membres.
Les dirigeants de Credit.fr se montrent satisfaits de l’accélération de l’activité en nombre de
dossiers, en montant moyen par dossier, ainsi qu’en encours de production. Mais il faut se
montrer « extrêmement sélectif » dans les dossiers retenus (les sociétés doivent notamment
disposer d’une existence de plus de 4 ans pour éviter un risque de taux de défaillance
important avant cette échéance).
« Nous travaillons avec une distribution indirecte avec des courtiers, des conseillers en
patrimoine… », précise Laurent de Bernède lors de son pitch de la session Truffle Capital
organisée sous l’égide de VIVA Technology. Mais aussi des banques dans des opérations de
co-financement alors que l’on aurait pu imaginer une certaine concurrence entre les réseaux
d’emprunts traditionnels et alternatifs.
Le marché du crowdlending démarre en France mais il est en voie d’accélération. Il tournait
autour de 31,5 millions d’euros en 2015 mais il va passer à 120 millions d’euros en 2016.
D’ici deux et ans, on peut imaginer un business à un milliard.
ITespresso.fr : Quel bilan d’étape peut-on effectuer de Credit.fr ?
Laurent de Bernède : On a fêté notre premier anniversaire fin mars. En 15 mois d’existence,
nous avons financé 70 projets [sur plus de 12 000 dossiers reçus, ndlr] et collecté 3,5 millions
de financement pour les TPE-PME.
Notre collecte moyenne par mois se situe entre 500 000 et 600 000 euros par mois. Nous
observons une accélération notable : sur les 3,5 millions d’euros recensés en cumul, les deux
tiers de ce montant ont été collectés depuis le début de l’année.
La société dispose d’un effectif d’une dizaine de personnes.
ITespresso.fr : Avec Credit.fr, vous vous positionnez sur le podium du crowlending en
France. Comment dépeindre le marché ?
Laurent de Bernède : Lendix est en tête en termes de production parce que la société est sur
un modèle qui ressemble plus à de l’intermédiation de financement bancaire. Elle dispose
d’un fonds qui abonde les collectes avec l’argent de la banque Wormser et d’autres
investisseurs. On se rapproche ou on se chevauche pour la deuxième position avec Unilend et
Lendopolis en fonction des mois.
Lendosphère fait aussi des très bon mois avec des projets entre 500 000 euros et un million
d’euros mais la plateforme est nichée sur le thème du développement durable avec des
sourcing de projets plutôt grands groupes.
De leur côté, Bolden et Prexem grandissent bien et poursuivent leur chemin. Mais le problème
du financement en capital va se poser pour les plateformes affichant un niveau de croissance
moindre. Sachant que le point d’équilibre se situe aux alentours de 100 millions d’euros en
production par an.
Les plus grands financiers vont venir financer le top trois voire cinq des plateformes. La route
sera compliquée. Il y aura certainement des mouvements de consolidation et des acteurs qui
vont disparaître.
ITespresso.fr : Quel est l’intérêt de demander un nouvel agrément auprès de l’AMF
pour obtenir le statut de Conseiller en investissement participatif (CIP) ?
Laurent de Bernède : C’est en vue de la nouvelle règlementation qui entre en vigueur
normalement au 1er octobre 2016. Elle est liée à une ordonnance publiée en avril qui a monté
les plafonds des « minibons » à 2,5 millions d’euros sur douze mois (au lieu d’un million
d’euros). Tandis que le plafond d’investissement des particuliers est passé de 1000 à 2000
euros par projet.
L’ordonnance va permettre notamment l’intermédiation de bons de caisse particuliers
(minibons) via les plateformes de financement participatif. Mais il faut obtenir le statut de
Conseiller en investissement participatif (CIP, c’est le statut du crowd equity). Il va pouvoir
être étendu aux intermédiaires en financement participatif (IFP), comme Credit.fr.
On émet déjà des bons de caisse mais nous ne prenons pas en charge la partie
intermédiation/mise en relation. En fait, nous exploitons une plateforme technique mise à
disposition des emprunteurs pour qu’ils puissent émettre eux-même des bons de caisse s’ils
ont trouvé des personnes morales qui acceptent de souscrire à leurs plans de collecte. Nous
sommes plutôt dans la situation d’une SSII qui met à disposition des emprunteurs une
plateforme technique.
Avec ce nouvel agrément, nous pourrons nous positionner en tant qu’intermédiaire et nous
serons en mesure de conseillers nos prêteurs (personnes physiques ou morales) pour qu’ils
souscrivent à ces bons de caisse. Le tout dans un cadre règlementé. Nous pourrons réaliser un
travail commercial dans ce sens. Nous n’avons pas le droit de le faire en l’état actuel.
La souscription de bons de caisse va aussi permettre à des sociétés de gestion qui ont des
fonds de dettes de venir souscrire directement sur les plateformes. Aujourd’hui, elles ne le
font pas vraiment parce qu’il n’existe pas de véhicules appropriés.
ITespresso.fr : Etes-vous intéressés par les prêts inter-entreprises, une autre évolution
règlementaire en cours de gestation ?
Laurent de Bernède : Pas vraiment. On reste sur notre positionnement initial. C’est à dire le
financement des TPE-PME avec trois sources : les prêts entre particuliers (P2P), les personnes
morales qui ont beaucoup de trésorerie (qui peuvent être des holdings patrimoniaux ou des
sociétés commerciales) et, demain, l’argent institutionnel qui va venir souscrire à ces fameux
minibons par le biais de fonds communs de titrisation (FCT), des fonds de dettes ou des fonds
professionnels spécialisés (FPS).
Ils peuvent arriver avec leurs propres véhicules ou les plateformes pourront créer leurs
propres fonds (un peu sur le modèle de Lendix) pour maîtriser cette forme de financement par
le biais des organisations institutionnelles.
ITespresso.fr : Quelles organisations institutionnelles vont bondir sur le sujet ?
Laurent de Bernède : Les assureurs ont goûté au financement des TPE-PME à travers les
fonds de prêts à l’économie (FPE), qui existent depuis quelques années. Ils étaient dotés d’un
budget global de 50 milliards d’euros, fédérant l’ensemble des acteurs de l’assurance. Ils ont
déjà injecté 20 milliards dans l’économie. Maintenant, ils vont se tourner vers les plateformes
de crowdlending pour placer de l’argent.
Le modèle que l’on a vu apparaître chez Lendix est une prise de participation dans le capital
et de l’apport de fonds sur la plateforme à travers des fonds. CNP Assurances et Matmut ont
pris position dans ce sens.
On a vu aussi Aviva France et AG2R La Mondiale s’engager respectivement à hauteur de 50
millions d’euros et 20 millions d’euros dans un fonds commun géré par Eiffel Investment
Group (baptisé Prêtons Ensemble).
Une vingtaine de plateformes européennes de crowdlending seront sélectionnées dans ce sens
mais on trouvera beaucoup d’acteurs français dans le lot. On pense que l’on en fera partie,
grâce à la rigueur de notre sélection d’entreprises et notre bonne maîtrise du risque.
Credit.fr propose aux prêteurs des taux « attractifs » allant de 3,40% à 8,70% (source : slide société,
juillet 2016)