La maltraitance des personnes âgées
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La maltraitance des personnes âgées
LA MALTRAITANCE DES PERSONNES AGEES Thème 2 : Les personnes âgées Alison AURE 2014 Ce qu'il faut savoir : - On estime entre 4 et 6% des personnes âgées qui ont connu une forme ou une autre de maltraitance à domicile. - La maltraitance des personnes âgées peut entraîner de graves traumatismes physiques et avoir des conséquences psychologiques à long terme. - Il s’agit d’un problème qui risque de s’accroître compte tenu du vieillissement rapide de la population dans de nombreux pays. - Les données sur l’ampleur du problème dans les institutions telles que les hôpitaux, les maisons de retraite et les établissements de soins de longue durée sont rares. Cependant, une enquête menée auprès du personnel des maisons de retraite aux États-Unis d’Amérique laisse penser que les taux sont sans doute élevés: - 36% des membres du personnel ont dit avoir été témoins au moins une fois de violences physiques infligées à un patient âgé au cours de l’année écoulée; - 10% ont reconnu avoir commis eux-mêmes au moins une fois un acte de violence physique à l’égard d’un patient âgé; - 40% ont dit avoir harcelé psychologiquement des patients. 1/ Définition : Familiale ou institutionnelle, la maltraitance se définit par toutes formes de violences et de négligences envers une personne qui n'est pas en mesure d se protéger en raison de son âge ou de son état physique ou psychique. 2/ Les différentes formes de maltraitances : - Maltraitances physiques : coups, blessures, mauvaises manipulations. - Maltraitances psychologiques : Humiliation, cruauté mentale, insulte, harcèlement, menace - Maltraitances médicales : Excès ou privation de soins ou de médicaments, contentions*(immobilisation) abusives - Négligences passives/maltraitance par inadvertance ; sans intention de nuire: (Elles surviennent principalement par manque d'infos ou de connaissance, de formation, par épuisement, sans le vouloir et le savoir). Non satisfaction des besoins premiers -ex : négligence de changer leurs vêtements souillésou défaut de mise à disposition des ressources disponibles. - Négligences actives/maltraitance intentionnelle ; avec intention de nuire : Refus délibérément de répondre aux soins. Tout comme les négligences passives : abandon, ''oubli'' des besoins fondamentaux , mise en danger... 3/ Situation de maltraitance : - La victime est le plus souvent : ♀ , veuve, très âgée, vivant en famille et souffrant de troubles cognitifs (perte de mémoire) ou de handicaps physiques. - Les maltraitances sont surtout signalés à domicile (75% des appels au 3977) - Maltraitance psychologique est le motif principal des plaintes, suivi par des maltraitances physique et Ψ - Le/les maltraitants peuvent être des ♂ ou des ♀ (souvent les enfants et beaux-enfants de la victime : 60% des cas). La famille est la 1ére source de maltraitance, bien avant la maltraitance institutionnelle en maison de retraite ou à l'hôpital. 4/ Les conséquences de la maltraitance : Pour les personnes âgées, les conséquences de la maltraitance peuvent être particulièrement graves du fait que leurs os sont plus fragiles et que la convalescence durera plus longtemps. Même un traumatisme relativement bénin peut laisser des séquelles graves et définitives, voire entraîner la mort. Chez les personnes âgées : - Traumatismes physiques : il peut s’agir d’égratignures bénignes, d’ecchymoses mais aussi de fractures des os et de traumatismes crâniens qui peuvent conduire à une incapacité permanente. - Conséquences psychologiques graves, parfois durables : la dépression et l’angoisse. N.B → À l’échelle mondiale, on considère que le nombre de cas de maltraitance des personnes âgées risque de s’accroître, compte tenu du vieillissement rapide de la population dans de nombreux pays et de l’impossibilité de répondre à leurs besoins du fait des contraintes budgétaires. Ainsi, d’ici à 2025, le nombre des plus de 60 ans dans le monde devrait au moins doubler, passant de 542 millions en 1995 à quelque 1,2 milliard. Chez les témoins de maltraitances : La non-assistance à une personne âgée maltraitée est sanctionnée par le Code pénal. L'article 434-3 prévoit ainsi une peine de trois ans d'emprisonnement et 45000 euros d'amende pour la personne qui n'aurait pas informer les autorités judiciaires ou administratives alors qu'elle a eu connaissance de privations, de mauvais traitements ou d'atteintes sexuelles infligés à une personne âgée. 5/ Les Facteurs de risque Les facteurs de risque qui peuvent accroître les possibilités de maltraitance d’une personne âgée peuvent être relevés au niveau individuel, au niveau de la famille, de la communauté et au niveau socioculturel. A) Au niveau individuel : Parmi les risques au niveau individuel figurent la démence de la victime et les troubles mentaux, ainsi que l’abus d’alcool et de substances pour le consommateur de ces substances. Parmi les autres facteurs individuels augmentant le risque de violence à l'égard de la personne âgée figurent le sexe et la cohabitation. Même si les hommes âgés courent le même risque d’être victimes de violence que les femmes, dans certaines cultures où les femmes ont un statut social inférieur, les femmes âgées courent un risque plus élevé de négligence par abandon lorsqu’elles perdent leur mari et sont dépossédées de leurs biens. Le risque de formes plus persistantes et plus graves de violence et de traumatisme peut aussi être plus important pour les femmes. B) Au niveau de la famille La cohabitation constitue un facteur de risque de maltraitance pour la personne âgée. Il est encore difficile de déterminer si les épouses ou les enfants adultes de personnes violentes sont davantage susceptibles d’être eux-mêmes responsables d’actes de violence. La dépendance (souvent financière) de l’auteur des actes de violence à l’égard de la personne âgée accroît aussi le risque de violence. Dans certains cas, des relations tendues à l’intérieur de la famille depuis longtemps peuvent s’aggraver par suite du stress et de la frustration à mesure que la personne âgée perd son autonomie. En dernier lieu, étant donné que davantage de femmes accèdent au monde du travail et ne disposent plus d’autant de temps libre, les soins aux personnes âgées deviennent un fardeau plus lourd, ce qui accroît le risque de violence. C) Au niveau communautaire L’isolement social des personnes chargées des soins et des personnes âgées, et l’absence de soutien social qui en résulte, est un facteur de risque important de la maltraitance des personnes âgées par les personnes qui s’occupent d’elles. De nombreuses personnes âgées sont mises à l’écart à cause de leurs infirmités physiques ou mentales, ou se retrouvent seules à la suite de la perte de leurs amis et des membres de leur famille. D) Au niveau socioculturel Certains facteurs socioculturels peuvent influer sur le risque de maltraitance des personnes âgées: - la représentation des personnes âgées comme des êtres frêles, faibles et dépendants; - l’érosion* (altération) des liens entre les générations au sein de la famille; - les règles d’héritage et le droit à la terre, qui influent sur la répartition du pouvoir et des biens matériels dans les familles; •le départ des jeunes couples vers d’autres régions, privant les personnes âgées du soutien de leur descendance dans les sociétés où, traditionnellement, les jeunes s’occupaient des anciens; - l’absence de ressources pour payer les soins. Au sein des institutions, la maltraitance risque davantage de s’exercer lorsque: - les normes de soins, les services de protection sociale et les établissements de soins pour les personnes âgées laissent à désirer; - le personnel est mal formé et rémunéré, et surchargé de travail; - l’environnement matériel est défectueux; - les intérêts de l’institution sont pris en compte au détriment de ceux des pensionnaires. 6/ La prévention : De nombreuses stratégies ont été mises en œuvre pour prévenir la maltraitance des personnes âgées, lutter contre celle-ci et en atténuer les conséquences. Les interventions qui ont été expérimentées – principalement dans les pays à revenu élevé – pour prévenir la maltraitance sont notamment: - Campagnes de sensibilisation du public et des professionnels, et un dépistage (des victimes et des auteurs de violence potentielle); - Interventions de soutien aux personnes s’occupant de la personne âgée (par exemple gestion du stress, services de relève); - Formations sur la démence destinées aux personnes s’occupant des personnes âgées. Les efforts visant à réagir face à la maltraitance et à l’empêcher incluent notamment: - Dépistage des victimes potentielles; - Obligation de signalement des cas de maltraitance aux autorités; - Services de protection des adultes; - Visites à domicile par les services de police et les travailleurs sociaux; - Groupes d’entraide; - Familles d’accueil et les foyers d’accueil d’urgence; - Interventions pour soutenir les personnes s’occupant des personnes âgées. N.B → À l’heure actuelle, on dispose de peu de données quant à l’efficacité de ces interventions. Le soutien apporté à la personne s’occupant de la personne âgée après un cas de maltraitance afin de réduire la probabilité de sa réapparition s’est avéré efficace. En outre, le soutien aux personnes chargées des soins aux personnes âgées afin de prévenir la maltraitance et la sensibilisation des professionnels au problème semblent encourageants. Les données factuelles laissent penser que les services de protection des adultes et les visites à domicile effectuées par les services de police et les travailleurs sociaux pour des victimes de maltraitance peuvent en fait avoir des conséquences négatives et entraîner une augmentation de la maltraitance à l’égard de la personne âgée. De multiples secteurs peuvent contribuer à la réduction de la maltraitance à l’égard des personnes âgées, notamment: - Secteur de la protection sociale (en fournissant un soutien juridique, financier et une aide à l’hébergement); - Secteur de l’éducation (par l’éducation du public et l’organisation de campagnes de sensibilisation); • - Secteur de la santé (par le dépistage et le traitement des victimes par les agents de soins de santé primaires). N.B → Dans certains pays, le secteur de la santé a joué un rôle primordial en sensibilisant l’opinion à la maltraitance des personnes âgées, tandis que dans d’autres, c’est le secteur de la protection sociale qui s’est mobilisé le premier. À l’échelle mondiale, les connaissances relatives à la maltraitance des personnes âgées et à la manière de la prévenir sont insuffisantes, en particulier dans les pays en développement. L’ampleur et la nature du problème commencent seulement à être esquissées, de nombreux facteurs de risque sont encore contestés et les données disponibles sur les mesures efficaces pour prévenir la maltraitance des personnes âgées sont limitées. 7/ Action de l’OMS : L’OMS et ses partenaires collaborent pour prévenir la maltraitance des personnes âgées moyennant des initiatives qui contribuent à identifier et quantifier le problème, et à y répondre, notamment en : - Consolidant les bases factuelles disponibles sur les types et l’ampleur de la maltraitance à l’égard des personnes âgées dans différents lieux (afin de comprendre l’importance et la nature du problème au niveau mondial); - Élaborant des lignes directrices à l’intention des États Membres et de tous les secteurs pertinents afin de prévenir la maltraitance des personnes âgées et de renforcer leurs capacités à y faire face; - Diffusant les informations auprès des pays et en soutenant les efforts nationaux visant à prévenir la maltraitance des personnes âgées; - Collaborant avec les institutions et les organisations internationales afin de mettre un terme au problème à l’échelle mondiale. Les actualités récentes sur le sujet : I) Morts violentes en maison de retraite : Le 15 mars, au 3e étage de l’Ehpad Lanmodez, un établissement de la Fondation Caisses d’Épargne, une résidente de 89 ans, Augusta, a été retrouvée inconsciente dans son fauteuil roulant. Transférée d'urgence à l'hôpital militaire Begin de Saint-Mandé, la vieille dame présente de graves blessures : onze côtes cassées, sternum et épaule fracturés, œil au beurre noir. Elle décédera le 22 avril à l'hôpital. La direction de l’établissement signale dès le lendemain un cas de maltraitance à l'agence régionale de santé (ARS), au conseil général, à la police et au parquet. Un soignant est mis en cause et reconnaîtra, selon Le Parisien, qu’il a opéré un transfert « un peu brusque » vers le fauteuil. Mis en examen pour violences sur personne vulnérable ayant entraîné la mort sans intention de la donner et non-assistance à personne en danger, l’aide soignant a été placé sous contrôle judiciaire. Il semble que cet homme personne souffre d’addiction alcoolique et a déjà été condamné pour violences conjugales. Il a également été renvoyé d’un établissement d’accueil de personnes âgées. A Saintes (Charente-Maritime), un retraité a tué vendredi 16 juin, son épouse dans la chambre qu’elle occupait dans une maison de retraite. Venu lui rendre visite dans la chambre qu’elle occupait à l’Ehpad du centre hospitalier de Saintes, le mari a tué sa femme atteinte de la maladie d’Alzheimer avant de mettre fin à ses jours. Le Parquet a signalé qu’aucune arme à feu n’avait été utilisée. II) Amendements du projet de loi d'adaptation au vieillissement : droits des personnes âgées, lutte contre la maltraitance Deux sont particulièrement à noter : a) la possibilité d'acquisition de la nationalité ouverte aux étrangers ascendants de Français et présents sur le territoire depuis 25 ans. « Le rapporteur de la mission parlementaire sur les immigrés âgés verrait dans cet assouplissement du cadre juridique en vigueur « une exigence morale autant qu'une marque légitime de reconnaissance », souligne l'exposé des motifs. Il n'est toutefois pas certain que la disposition soit maintenue, l'amendement ayant été voté contre l'avis de la rapporteuse du projet de loi, la députée (PS) de Charente, Martine Pinville. b) le renforcement du respect des droits et libertés des personnes âgées en maisons de retraite.L'objectif de cet amendement est de mieux prévenir et signaler les maltraitances, mais aussi d'améliorer l'information des personnes en perte d'autonomie, vivant en établissement. Un article crée ainsi une "obligation pour les établissements et services, et tout lieu de vie et d'accueil, de signaler aux autorités administratives compétentes tout dysfonctionnement "grave" soit tout événement susceptible "de menacer ou compromettre la santé, la sécurité ou le bien-être physique ou moral des personnes prises en charge". Un amendement autorise également les associations qui défendent les personnes âgées contre les abus de faiblesse et actes de maltraitance à se porter partie civile, au même titre que les associations de défense des personnes malades ou handicapées.