bulletin-dec-2012

Transcription

bulletin-dec-2012
!
! +& $0 )) (
Il y a maintenant presque 20 ans, le Bel Espoir
reprenait la mer après deux années de chantier à
Camaret.
Depuis, de nombreux milles ont été avalés, dont
17 tours de l’Atlantique. Un moteur, un groupe
électrogène, 3 jeux de voiles, une gazinière,
quelques zodiacs et de nombreuses pompes de toilettes y ont laissé leurs vies. Des milliers de pas
ont foulé son pont et des milliers de bras ont tiré
sur ses bouts. On se demande si quelques mêmes
gouttes d’eau de l’océan n’ont pas plusieurs fois
heurté sa coque, voire effectué quelques visites
d’un de ses circuits d’eau de mer... Une bonne
révision du gréement et de la coque s’avère donc
nécessaire.
A son retour de Méditerranée ; le Bel Espoir a
rejoint le chantier du Moulin de l’Enfer. Une
grosse grue l’y attendait pour déposer délicate-
ment ses trois mâts. La totalité du gréement hissée à l’étage du bâtiment, chaque pièce de bois ou
d’acier qui le compose sera dûment contrôlée et
rénovée si besoin.
La structure de la coque du bateau dans sa partie
arrière avait été jugée satisfaisante lors de la dernière rénovation. Cette fois-ci il nous faut changer
quelques membrures et varangues qui datent donc
de l’origine en 1944.
La cuisine et le pont arrière ont été déposés pour
accéder aux entrailles de la voûte. Nous avons
dressé une tente de protection pour obtenir les
meilleures conditions possibles : du gros travail
en perspective pour notre équipe de charpentiers.
par chèque
!
!!/ . !0$& &
9
!0
par internet
#$)' *$#' " ' # %!
! ' %$ &
' ( +++
)# %
$"
" #( '/ )& '/ ')& #$(&
par carte bancaire
$"%!/( - ! $)%$#
' # & ( & #*$, - !
*'
+"" * $ 5 $ %(# * %$
" )&% ( +$
''$)' #0$) ! - % '
#' !0 #* !$%% %&/*) .
" '( &
&
!
(
(
)(&
Nom : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Prénom :
La durée des travaux est estimée à environ six
mois, l’objectif étant que le navire puisse reprendre la mer au printemps prochain.
aajd
jd
$2
...............................
n° de carte : ............ / ............ / ............ / ............
Date de validité : ............ / ...........
"$ '
##/
Code de sécurité * : . . . . . . . . . . . . . .
*
5
*
*"
# $
+-
$* () $ %+()
$ # $+ ) ( * #0 $ '+ : Grosse révolution avec l’ouverture de fenêtres
devant les établis. La lumière du jour remplace celle des néons et la vue offerte
est très appréciée.
$ ,% " ( : L’acquisition d’une nouvelle machine à coudre.
La puissance et la longueur du bras de nos anciennes machines ne permettaient
pas de réparer ou concevoir des voiles de grandes tailles. C’est désormais chose
possible.
$ #0* "" ( : Un joli cadeau offert par un “ancien” : un puissant poste à souder
nous autorise maintenant tout type de soudure.
$, (%$$ # $* : Première production de miel de nos abeilles. 15 kilos récoltés
et aussitôt consommés. Mise en place aussi d’un compacteur de copeaux, aboutissement d’un projet lancé il y a 2 ans par une élève-ingénieur. La machine à
été réalisée entièrement par un lycée technique. Nos copeaux de menuiserie sont
maintenant transformés en bûches qui alimentent les poêles à bois de nos locaux
les dures soirées d’hiver.
Et puis, bien sûr, plein de projets en cours pour l’année à venir, voire même
pour les suivantes : réfection de la toiture du bâtiment, mise en place d’une ventilation efficace en salle de stratification, création d’un réseau d’aspiration pour
les machines portatives, construction d’une salle dédiée à la chaudronnerie, etc.
En bref, pas de difficultés à l’horizon pour utiliser les énergies disponibles
autour de nous.
&# &'
& ' "%& "/' ) * &'$
En toutes lettres ............................................
Signature :
+ $ "5
*$(&
Le don que vous effectuez entraîne l’envoi d’un reçu fiscal et donne droit à une réduction
d’impôt sur le revenu égale à 66% de son montant pris dans une limite de 20% du revenu
imposable pour les particuliers et égale à 60% de son montant pris dans une limite
de 5%0 du chiffre d’affaires pour les entreprises. (Articles 200 et 238 bis du CGI)
0 ('+
ÊTRE BREBIS À
illustrations : http://manuenligne.over-blog.com
Malgré les constructions et rénovations diverses de navires qui nous accaparent,
on n’en oublie pas pour autant de poursuivre, par étapes, l’amélioration de nos
conditions de travail sur le chantier.
! '
Montant du don : ................... €
Les travaux sur l’Agathe, plan cornu de 14 m, ont démarré cette année.
Ce navire en bois était la propriété du commandant Guillaume, ancien officier
de marine, dont la carrière a été retracée dans le film “le Crabe Tambour”.
Suite au décès du commandant Guillaume, le bateau s’est trouvé à l’abandon
quelques années et en a beaucoup souffert. La totalité du pont et des superstructures est à refaire ainsi que la mâture, la mécanique et une partie du bordage.
Ce chantier va s’étaler sur plusieurs années et s’avère intéressant dans le cadre
de nos formations. Les parties à reconstruire sont déposées et les travaux vont
pouvoir redémarrer quand le Bel Espoir voudra bien nous libérer l’équipe de
charpentiers...
Le Damien, navire en acier, nous a été cédé il y a quelques années par un officier de marine marchande qui après avoir navigué en famille autour de
l’Atlantique, l’avait confié pour une refonte à un chantier naval. Des travaux
de chaudronnerie avaient été engagés mais dans de mauvaises conditions.
Nous avons donc été dans l’obligation de les défaire, puis de reconstruire plus
sérieusement. Jusqu’à maintenant ce sont surtout les chaudronniers et les soudeurs qui s’activent, mais très bientôt, gréeurs, mécaniciens et agenceurs vont
s’y coller. L’isolation de la coque sera particulièrement soignée car nous envisageons de pouvoir naviguer dans des contrées lointaines et froides.
#$( -
STAGADON
Avec l’hiver, le calme revient sur Stagadon.
Depuis le début de l’année, les fois où on a
pu brouter peinardes plus de trois jours
d’affilée se comptent sur un seul sabot. Ca
n’a pas arrêté.
Passons sur le débarquement, au printemps,
du bélier caractériel que l’AJD nous a infligé. On a fini par le mater, et puis, bon,
reconnaissons qu’on lui doit nos agneaux
délicieux. De ce point de vue, admettons
qu’il n’est pas trop nul.
On ne va jamais sur la plage, et on ne traîne pas autour de la maison. Il n’y a rien à brouter là.
Mais on observe tout, évidemment. Si ça continue, comme cette année, on va perdre la tête.
Qui, à l’AJD, fait un peu gaffe au besoin d’uniformité d’un mouton ?
"
le livre “Démerdez vous
pour être heureux !” a
obtenu une mention de
l’Académie de Marine.
Le père Jaouen était
présent à la remise des
prix le 9 octobre 2012,
avec les deux auteurs
Chantal Loiselet et
Patrick Deschamps
%+ $
Notre façon ?
755 jeunes et moins jeunes, encadrés par 60 structures associatives,
scolaires ou sociales, se sont relayés à notre bord.
Nous sommes désormais imbattables en acronymes : EPIDE, E2C,
EREA, PJJ… Autant de structures que nous avons embarquées pour
des navigations de 4 ou 5 jours. Surtout, nous les avons mélangées.
A chaque navigation, deux ou trois groupes embarquent ensemble,
et ça produit ceci :
- «Nous, on n’était jamais montés sur un tel bateau, et des marins
aux pieds nus et au large sourire, on n’en avait jamais vus. Le
mélange de deux associations, c’est la meilleure recette pour vivre
ensemble. Malgré toutes nos différences, on a appris à ne former
plus qu’un seul groupe».
%+) )%## ) *(1) +( +" ( %$$ )) $
"5 * %$ "5
& ( ** )) # "0 '+
(0+$ * ) 3 $) # (4
Depuis qu’ils sont passés à la télé, on est à rude épreuve.
On a vu débarquer successivement : un groupe de gamins délinquants, un groupe d’adultes sortis de prison, un autre de jeunes en rupture avec l’école, encore un autre qui comptait des autistes
et des trisomiques, une classe pas classique, des gens en situation de précarité …
Chaque navette déborde tellement de sacs, de provisions, qu’on fait des paris à chaque passage.
Mais non, à l’AJD ils ont l’habitude des atterrissages, c’est rare que ça tombe à l’eau.
Toutes ces sortes de personnes sont de bonne compagnie. Ca discute, ça se balade, ça chante, ça
laisse la place nickel. On trouve juste un peu bégueules ceux qui froncent le nez parce qu’on
laisse nos crottes dans la dune. Mais comme il parait que certains n’ont jamais foulé autre chose
que du bitume, on rigole !
Vraiment, on n’a aucune raison de râler.
L’AJD veut user de Stagadon comme un lieu de séjour court pour les associations qui s’occupent
des difficultés des hommes.
On est d’accord, mais on pose nos conditions :
Il faut nous donner un coup de main pour venir à bout des chardons.
Les chiens, définitivement, on n’en veut pas. Si vous pouvez nous installer un dispositif dissuasif…
Les lapins, c’est vous qui voyez. Nous, on n’a pas de problème avec eux.
Un peu d’agriculture, histoire qu’on broutille différemment quand il n’y a personne, ça nous irait
bien.
FL
D
u 10 septembre 2011 au 20 juin 2012, le Bel Espoir a fait
étape dans 29 ports français. Un partenariat avec Thalassa
de France Télévision prévoyait la mise à disposition du
bateau pour réaliser des émissions en direct, et son usage à notre
façon entre deux émissions.
Certains ont vu la mer et marché sur du sable pour la première fois.
Certains ont réussi à se passer d’alcool pendant 4 jours, ce qu’ils
croyaient impossible.
Certains ont vu débouler l’envie d’intégrer une formation maritime,
alors que le mot formation était rayé de leurs perspectives.
Beaucoup ont barré, pris part aux manoeuvres, aidé en cuisine.
Tous ont contribué à la vie du bord.
- «De retour sur le bateau, on a essayé de casser des noix pour les
cuisinières, on a trop rigolé, il y avait des noix partout dans le roof,
c’était le carnage ! En plus, quand on arrivait à en casser une,
Kamel, un monsieur trop sympa de l’autre groupe, la mangeait».
A paraître, au 1er trimestre 2013,
le carnet de voyage du
“TOUR DES AUTRES”,
qui raconte la navigation
du Bel Espoir entre
septembre 2011 et juin 2012.
Pour plus d’informations,
consulter le blog de Manu :
http://manuenligne.over-blog.com/
" )&% ( +$
! +& $0 )) (
S’il fallait démontrer que le changement d’horizon est un moyen
pour des jeunes en rupture de se remettre en marche, c’est fait !
Nos commandants et nos équipages, qui ont mené cette aventure,
sont tous enchantés.
Nous allons maintenant tout mettre en oeuvre pour pouvoir la
renouveler. Votre soutien nous sera toujours nécessaire et nous vous
en remercions.
Zycton
%+('+% (
%#&" '+0 '+ $
" )+ * & (* (
’embarque sur le Rara Avis pour aller aux
Scilly, au début d’une belle semaine de
septembre.
J
l est 8h30 à Lannilis et sur un bras de l’aber Wrac’h, à
l’étage de l’ancienne usine marémotrice, les stagiaires de
l’AJD s’agitent déjà, à l’instar de Chloé qui s’active sur
le pic d’artimon du Bel Espoir. Après avoir collé plusieurs lames de frêne les unes aux autres, les avoir poncées, la voici avec un encornat en lamellé-collé qu’elle perce
derechef sur la perceuse à colonne. La chapelle creusée dans la
pièce n’est pas centrée au trou. «Le boulon passe», argue-t-elle.
«Et la rondelle ?», rétorque Yves. Elle n’a pas l’air de passer.
Bon prince, Yves donne son accord pour poursuivre.
I
( ) * $ %($ *) &%+( " ) &&( $* ) # $+ ) ()
Devant la scie à ruban, Marc s’attèle lui aussi à la confection
d’un encornat pour le pic de grand-voile. Il a abandonné la
technique de l’étuvage, dont le but est d’assouplir les lames de
bois, pour se lancer directement sur l’assemblage des planches.
Guillaume s’escrime à ôter les ferrures du pic de misaine et
ponce vigoureusement, tout en prenant soin de ne pas casser les
écrous en cuivre à l’intérieur.
Du haut de la voilerie, j’observe Soizig qui rabote le pic de
grand-voile pour lui faire un «scarf».
Au rez-de-chaussée Louise fabrique le support de l’évier du
Bel Espoir. Le grand plaisir de Louise, c’est le maniement de la
scie japonaise ! Après avoir aidé au démontage de la cuisine,
l’avoir lavée au Karcher, puis installée à l’intérieur du chantier,
elle participe à sa rénovation, tout en apprenant à faire des
queues d’aronde qui servent à fixer les parois.
Je m’éloigne du bois pour jeter un œil du côté de l’atelier mécanique. Eblouie par les éclats de lumière, j’approche Pierre, qui
meule. Le métal ne lui résiste pas et forme déjà le futur échappement du groupe électrogène du Rara Avis. Un travail co-réalisé avec Thibault, grand amateur de mécanique de précision et
$* ( + %+" $ "5 $ (
0 %+,( ( +$ %+($0 *.&
imbattable en tourneur-fraiseur. Le premier a découpé les
pièces, le second les a modelées au tour sous l’oeil attentif de
Philippe.
Un coup de corne de brume signe la pause café et l’arrêt soudain du vacarme.
0#%$*
&%+( " ) # * +()
(& $*
Dehors, sous la bâche blanche qui abrite le pont arrière du Bel
Espoir, Camille scie et dégage les vieux morceaux de bois. Léa
s’acharne sur le côté tribord à l’aide d’un pied-de-biche, Gwen
entaille une pièce au ciseau.
Tous s’échinent sur le pont, accroupis, courbés, un genou sur le
sol, une main en retenue l’autre maintenant un outil.
Je m’approche d’Adam, qui supervise les travaux : «C’est un
travail délicat : on doit démonter et remplacer les pièces au fur
et à mesure sinon la coque se déforme».
A couple du Bel Espoir, le Rara Avis est en révision en vue du
Tour de l’Atlantique qu’il entame le 20 décembre.
Antoine et Vincent cherchent à découvrir pourquoi, en butée, la
barre continue de tourner.
De l’autre côté, dans la passerelle, Johan réfléchit au moyen de
séparer la barre de son axe. «A priori, une manipulation simple.
Sauf que l’écrou est aux normes européennes et que nous
avons des douilles américaines !»
Cécile et Côme ont dégréé la voile de misaine pour accéder au
rail de coulisseaux qu’il faut démonter en s’aidant d’un tournevis… dont l’embout s’est brisé. Qu’à cela ne tienne, Zycton
leur en trouve un autre.
la majorité des photos de ce journal ont été réalisées par Gweltaz T.
$ # $* &%+( *%+)
Les allées et venues sont incessantes dans le chantier comme
entre les deux bateaux, motivées par la recherche d’un outil ou
d’un conseil. Le tout est ordonné par Zycton qui veille, conseille,
observe. Il sillonne les ateliers pour donner un coup de main ici,
montrer le fonctionnement d’une machine là, allumer la ventilation au-dessus d’un stagiaire au bord de l’asphyxie, balayer la
zone de travail d’un apprenti menuisier ou replacer les outils audessus d’un établi abandonné. Il faut que l’outil, entre les mains
des stagiaires, soit «efficace et performant».
Pour cela une seule solution : le rangement, «fondamental ! Aussi bien
pour des questions écologiques que de sécurité et de rentabilité».
Et de passer l’aspirateur encore et encore afin de «valoriser cette
action, qui fait partie intégrante du boulot !»
Je reviens à l’étage : Gonzague y fabrique une armoire. Yann
s’est vu confier le dessin du plan de sécurité du chantier. Sur la
page pré-dessinée de son ordinateur, il place les extincteurs, les
sorties de secours, les poubelles du chantier. Même si le dessin
industriel n’est pas sa tasse de thé, il construit consciencieusement le plan d’évacuation du Moulin de l’Enfer. Tout près,
Hervé vérifie les dossiers des six futurs candidats au permis
côtier.
Alerte générale : «On a faim!», formateurs et stagiaires se fraient une
place dans les voitures, direction : Pen Enez, où Cathy, Magali et
Antoine ont préparé le repas.
Le pas lourd et la peau du ventre tendue, chacun retrouve sa perceuse, son rabot, sa meuleuse, sa clé à choc… Vêtu d’un tablier
de forgeron, Gaby finit actuellement un rail circulaire de hâlebas de grand-voile pour “Fleur de Tendresse” et anticipe les travaux d’aménagement intérieur et d’accastillage. Johann lui prête
main-forte. En formation d’éducateur technique spécialisé,
Johann observe comment les formateurs encadrent les stagiaires.
«Les valeurs véhiculées ici sont différentes de celles répétées
dans les écoles. Ce stage me servira à me positionner dans mon
futur métier».
Je m’offre une dernière halte près de Sofian et Mathieu qui
fabrique une protection contre l’humidité pour le panneau électrique du compacteur.
On note quelques absents lors du reportage, sans doute partis en
mer !
Lorène M
Programme 2013 du Rara Avis
%+) ,%$) %$ 0 / %(1$ )*
( +
" )% $ ,%+) . (
Le bateau est au coffre. Ma fille est sur le
quai. Elle est venue me faire un grand adieu,
elle sait que je trouve que les choses sont à
l’envers ! Normalement, c’est elle qui part, et
moi qui reste.
Je pars, le cours des choses bascule, je vais
bien voir ce qu’il adviendra. Peut-être rien….
Je ne sais pas pourquoi un bateau qui part
emporte de drôles d’émotions, mais c’est
ainsi. Et puis, je suis un peu inquiète.
J’ai du mal, avec les gens.
Heureusement, j’ai des lacunes (des océans) à
combler en navigation. Ca me fait une excuse
pour monter à la passerelle, sitôt que la mer
déploie sa houle. Je veux comprendre comment on fait pour viser les Scilly. Quand on
tire le trait au crayon sur la carte, on voit facilement que trois degrés d’erreur de trajectoire
suffisent pour les louper, passer au large.
Et rien ne va droit. Avec le courant et le vent,
on n’est jamais sur le trait. Un équipier me
dit que le GPS élimine le problème, évidemment.
Le commandant n’a pas été élevé dans la religion électronique : la ceinture de son pantalon ne lui tombe pas sous les fesses, sa chemise est boutonnée (de traviole, toutefois), il
n’a pas de quincaillerie dans l’arcade sourcilière, et il a besoin de ses lunettes pour lire la
carte.
Il m’explique doucement comment estimer
notre position, la vérifier toutes les heures,
- T
On arrive aux Scilly par le Nord-Est.
Quatre jours, à passer d’une île à l’autre.
Quatre jours, à me laisser porter par ce qui se
présente.
Je pensais godiller bien solitaire avec le petit
doris du bord, et voilà que quatre imprévus
me demandent une petite balade… Mais je ne
sais pas faire ça… Et bien, en fait, si ! C’est
même plaisant.
Je pensais m’en tenir à écouter parler les
autres, bien civile. Me voilà plongée successivement dans un récit de sorcellerie vécue,
puis dans une analyse du profil psychologique des anesthésistes, qui démontre qu’on
ne se décide pas par hasard à faire métier
d’endormir tout le monde, puis dans une description, aussi évocatrice qu’un tableau de
Munch, des effets des psychotropes. J’en
passe. Impossible de rester sur ma réserve. Je
ne retiens pas mes questions.
Ma curiosité se gave et se réjouit.
Je pensais emporter avec moi les interrogations existentielles qui me font râler comme
une mouette énervée. Elles ne m’ont pas
effleurée une seule fois.
Quand j’ai remis pied à terre, je ne les ai
même pas retrouvées chiffonnées au fond de
mon sac. Elles se sont sans doute perdues
quelque part.
Pourquoi faire compliqué, quand il suffit de
partir ? 100 milles, et quelques jours, peuvent
être salutaires aux cas qui ne relèvent ni de la
toxicomanie, ni de la difficulté sociale, ni du
droit pénal, seulement de l’existence !
A l’heure du déjeuner, on voit que le mélange
a commencé à prendre. Les conversations
couvrent désormais le cliquetis des couverts
dans les assiettes.
Encore une journée, et elles monteront en
A L L E R
FL
-
Brest > Martinique (Fort de France)
Lisbonne, Madère, Canaries, Cap Vert
20/02 - 24/02
A N T I L L E S
p o u r n o u s é cr i r e :
"%1&22& /.23"+&
-
Martinique > Les Saintes > Martinique
Les Saintes, la Dominique
Martinique > Grenadines > Martinique
Bequia, Mayreau, Tobago Cays, St Vincent, Ste Lucie
Martinique > Grenadines > Martinique
Bequia, Mayreau, Tobago Cays, St Vincent, Ste Lucie
Martinique > Dominique, Marie Galante > Guadeloupe (Gosier)
27/02 - 08/03
28/03 - 06/04
28/04 - 05/05
15/05 - 15/06
gamme. Deux jours encore, elles sont devenues discussions. Les choses se mettent en
place. Ca doit être une évidence. Je me cale à
table entre des gens qui ont de l’entregent. Ils
sont assez nombreux pour faire la convivialité. Il suffit de les laisser faire le boulot.
J’aime bien écouter, alors ça me va.
Comme on passe la journée du lendemain en
mer, les gens se mettent à se parler. Je me
demande si c’est une obligation, une nécessité, ou simplement une évidence. Je ne suis
pas très douée en psychologie moderne, alors
je retourne me réfugier à la passerelle.
Là, le risque que l’on me demande mon cv
me semble amoindri, ne serait-ce que parce
que l’attention est capturée par les nécessités
de la navigation.
Un équipier a l’orteil amoché. Il vient
s’adresser au commandant, qui lui recommande un bain de pieds à l’eau de Javel. La
bassine installée, il se poste sur le banc, derrière la barre.
Le commandant a déjà compris que celui-là a
besoin qu’on s’occupe de lui. Il se met à dire
les incertitudes qui le taraudent. Ma présence
ne semble pas le censurer, alors j’ose une
question, une autre, une autre encore. Il me
laisse être là, à ma grande surprise !
R A N S A T L A N T I Q U E
20/12 - 31/01
- T
pas toutes les cinq minutes. En mer, loin de
tout repère, savoir à peu près où on se trouve
est bien suffisant.
Il me dit qu’il faut se laisser écarter de la
route sans s’inquiéter. Le courant finira forcément par s’inverser, et nous recaler.
Tiens ! voilà deux idées puissantes …
Un dîner et une bonne nuit par là-dessus, bercée par le roulis et la pulsation du moteur.
Dans la bannette d’à côté, un stagiaire
contient silencieusement son mal de mer,
depuis quatre heures qu’on est parti.
Il est toujours malade le premier jour. Mais il
aime naviguer, alors il en bave, il en vomit, il
paie le prix obligé pour faire ce qu’il aime.
Moi aussi, j’aime naviguer, et je n’ai jamais
eu à payer pareille pénalité.
G R A N D E S
A N T I L L E S
R E T O U R
-
20/06 - 10/07
Halifax > Les Açores
Golfe du Saint Laurent, St Pierre et Miquelon, Les Açores (Horta)
15/07 - 28/07
Horta (Açores) > Sao Miguel
cabotage archipel des Açores
Sao Miguel > Aber Wrac’h
cabotage Açores, Ouessant
Aber Wrac’h > îles du Ponant > Aber Wrac’h
Ouessant, Sein, Les Glénans, Molène
30/07 - 12/08
17/08 - 26/08
É T É
2&$173"1*"3
"2& "43*04&
&-- -&6
"-%7%"
2*8(& 2.$*"+
,*2 %& &4%* *,"-$)&
14& .+.-&+ .,*-7
"1*2
-
Guadeloupe > Halifax
St Barth, St Martin,Virgin Gorda, cabotage Acadie > Halifax
R A N S A T L A N T I Q U E
"--*+*2
555 #&+&2/.*1 $.,
&,"*+ *-'. #&+&2/.*1$.,
-
le programme du BEL ESPOIR
sera disponible
en janvier 2013 sur notre site
www.belespoir.com