Don d`urgence de médicaments

Transcription

Don d`urgence de médicaments
Atelier d’information presse
Don d’urgence de médicaments :
mode d’emploi
Lundi 15 février 2010
Intervenants :
-
-
Dr Benoît GALLET, Président de Tulipe : « Le rôle de Tulipe, dispositif des Entreprises
du Médicament pour le don d’urgence ».
Christian LAJOUX, Président des Entreprises du Médicament (Leem) : « Pourquoi les
entreprises s’engagent-elles dans le don d’urgence, et comment accentuer leur
mobilisation ? ».
Erwan LE GRAND, Délégué Général d’Aide Médicale Internationale
Jean-Roch SERRA, Directeur Général de la Chaîne de l’Espoir
Un médecin neurochirurgien de retour d’Haïti
Contacts Presse Leem
Stéphanie Bou-Fleurot - Tél : 01 45 03 88 38 / 06 60 46 23 08 - [email protected]
Virginie Pautre - Tel : 01 45 03 88 87 - [email protected]
Contacts Presse&Papiers
Catherine Gros - 01 46 99 69 60 / 06 11 72 84 17 - [email protected]
Guillaume de Chamisso - Tél: 01 77 35 60 99 / 06 28 79 00 61 - [email protected]
DOSSIER de PRESSE
Don d’urgence de médicaments :
mode d’emploi
Séismes, cyclones, conflits… les situations d’urgence sanitaire nécessitent
l’acheminement de médicaments de première nécessité, souvent au cœur de pays
démunis et sous-équipés, dont le système sanitaire ne peut pas faire face à une
situation exceptionnelle. L’argent et les bonnes volontés ne suffisent pas pour
répondre aux besoins des populations en détresse. Le don d’urgence mobilise toute
une chaîne d’acteurs : OMS, gouvernements, associations humanitaires
internationales et locales, entreprises.
Depuis 1982, les Entreprises du Médicament coordonnent leurs efforts sous l’égide
de l’association Tulipe. En 2008, Tulipe a attribué plus d’1,5 million d’€uros de dons
de médicaments en provenance de 50 entreprises.
Comment s’organise aujourd’hui le don d’urgence de médicaments ?
Comment l’améliorer ? Dans quel cadre intervient Tulipe ? Comment préserver
la qualité des médicaments apportés aux populations sinistrées ? Comment
s’assurer de leur bon acheminement et de leur bonne dispensation ?
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Contacts Presse Leem : Stéphanie Bou-Fleurot - Tél : 01 45 03 88 38 / 06 60 46 23 08 - [email protected]
Virginie Pautre - Tel : 01 45 03 88 87 - [email protected]
Contacts Presse&Papiers : Catherine Gros - 01 46 99 69 60 / 06 11 72 84 17 - [email protected]
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Don d’urgence de médicaments - Atelier presse LEEM - 15 février 2010
1
- Sommaire -
Etat d’urgence sanitaire, définition
De la crise à l’action
L’engagement des entreprises du
médicament
Tulipe - Chiffres clés et exemples d’actions :
Haïti, Sri Lanka, Pérou…
De l’action à la gestion de terrain
Don d’urgence de médicaments - Atelier presse LEEM - 15 février 2010
2
État d’urgence sanitaire :
Cette situation survient lors de catastrophes naturelles entraînant morts et blessés,
mais également lors de conflits civils ou militaires, de catastrophes politiques ou
économiques provoquant le déplacement de population. L’urgence est la suite d’un
événement exceptionnel entraînant une incapacité du système de santé national
à répondre aux besoins primaires, et l’appel à l’aide internationale.
Dans de telles circonstances, le moindre accroissement des besoins provoque un
engorgement du système qui se révèle incapable d’y répondre, et doit alors faire
appel à la générosité internationale.
Mais comme le souligne Christian Lajoux, Président du Leem (Les Entreprises du
Médicament), « Les catastrophes sont désormais différentes : elles se multiplient,
prennent de l’ampleur et sont parfois transnationales. Il faut une réponse à la hauteur
du phénomène : la mise en place d’une aide d’urgence, concertée, structurée et, de
fait, efficace. »
A situation d’urgence…
En 2008, selon le Center for Research on Epidemiology of Disasters (CRED), le
nombre de catastrophes naturelles s’est porté à 321, soit un total légèrement
inférieur à la moyenne annuelle de 398 sur la période 2000-2007. Mais le nombre
moyen de personnes tuées a augmenté, atteignant 235 816 contre les 66 812
annuelles sur la période pré-citée, en raison du séisme au Sichuan, en Chine, et du
cyclone Nargis, en Birmanie. Quant au nombre de personnes affectées, il a été
estimé à environ 211 millions. Un chiffre en croissance continue depuis 1975 1 .
Les conflits armés, eux, étaient estimés à 14 par l’Uppsala University’s Conflict Data
Programme. Le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations Unies (UNHCR) assurait
le suivi de plus de 11 millions de personnes fin 2007, dont 82 % dans des pays en
développement. Toujours en 2007, 26 millions de personnes étaient déplacés à
l’intérieur de leur pays, en raison de tels conflits 2 .
Ces situations d’urgence, bien sûr, mobilisent l’opinion internationale. Comme le
souligne Christian Lajoux, « L’intervention humanitaire s’impose aux citoyens et aux
entreprises ; il s’agit de l’une de nos valeurs, que nous devons entretenir, ranimer,
encourager, défendre. »
…réponse urgente.
Certes, une réponse urgente est indispensable. Mais cette réponse doit être
ordonnée. La précipitation n’est pas gage d’efficacité et pour les pays déjà en
situation de crise, devoir gérer un afflux de secours incohérent est tout à fait
impossible. Notamment en ce qui concerne les dons de médicaments et de dispositifs
médicaux, qui représentent une grande partie de l’aide fournie dans de telles
circonstances.
Le médicament est tout sauf un produit banal. C’est un produit particulier, un
monopole. Sa manipulation et son transport sont très réglementés et seuls les
pharmaciens peuvent manipuler des médicaments. Ce produit peut aussi
présenter des risques pour la santé lorsqu’il n’est pas utilisé dans de bonnes
conditions. C’est la raison pour laquelle les Etats ont déterminé des mesures
réglementaires strictes. Les dons de médicaments doivent donc répondre à ces
normes, y compris les dons d’urgence.
1
2
http://www.who.int/hac/about/annual_report/annual_report_2008.pdf
http://www.who.int/hac/about/annual_report/annual_report_2008.pdf
Don d’urgence de médicaments - Atelier presse LEEM - 15 février 2010
3
La loi interdit l’envoi de médicaments non utilisés et ramenés chez le pharmacien et
les dernières directives, publiées le 18 août 2008, fixent le cadre des dons : depuis le
1er janvier 2009, un décret rend obligatoire d’être un établissement
pharmaceutique pour procéder au don de médicaments dans le secteur
humanitaire et de se conformer aux directives de l’Organisation Mondiale de la
Santé (OMS), les « Principes directeurs applicables aux dons de médicaments 3 ».
Les trois phases de l’urgence
-
l’extrême urgence, qui couvre les deux à trois premiers jours suivant le sinistre,
les programmes d’urgence constitués d’équipes évaluant les besoins,
organisant des programmes de terrain et partant pour 3 à 4 mois,
la post-urgence, où ces structures d’urgence préparent leur départ.
De la crise à l’action
Lorsque se produisent des catastrophes naturelles ou provoquées par l’homme, la
communauté internationale réagit en général rapidement et envoie de grandes
quantités de médicaments et de fournitures médicales, souvent non sollicitées. Dans
de telles circonstances, les dons se veulent d’un grand secours et peuvent sauver des
vies, mais certains font plus de mal que de bien.
L’intérêt pratique évident des dons lors d’une situation d’urgence est alors compromis
par l’inadéquation de cette aide aux besoins réels ou par une mauvaise évaluation
des besoins. Pour éviter cela, l’OMS recommande de suivre douze principes
directeurs élémentaires, mais fondamentaux.
Ligne directrice
Une fois l’appel à l’aide internationale émis par le pays concerné, l’important est de
déterminer les besoins, via le gouvernement ou via des organisations internationales
présentes sur place. En l’absence de structure internationale, comme ce fut le cas lors du
tremblement de terre au Sichuan, en Chine, il faut alors tenir compte des évaluations
produites par les personnels de santé locaux.
Le don doit suivre les Principes directeurs applicables aux dons de médicaments 4 ,
qui recommandent que « Tous les dons de médicaments doivent être basés sur un
besoin exprimé et être adaptés au profil épidémiologique du pays bénéficiaire. Les
médicaments ne doivent pas être expédiés sans le consentement du bénéficiaire. »
Médicaments non sollicités
En 2004, lors du tsunami, sans aucune sollicitation, 4 000 tonnes ont été reçues en
Indonésie : 60 % n’appartenaient pas à la liste nationale des médicaments essentiels,
70 % étaient libellés dans une langue étrangère, 25 % avaient un problème de date
de péremption 5 .
3
http://whqlibdoc.who.int/hq/1999/WHO_EDM_PAR_99.4_fre.pdf
http://whqlibdoc.who.int/hq/1999/WHO_EDM_PAR_99.4_fre.pdf
5
http://www.psf.ch/fr/pdf/synthese_dons_inappropries.pdf
4
Don d’urgence de médicaments - Atelier presse LEEM - 15 février 2010
4
Une exception reste possible à cette règle, en cas de situation d’urgence aiguë. Mais les
médicaments envoyés doivent alors « figurer parmi les médicaments de la liste modèle
OMS des médicaments essentiels inscrits sur la liste des fournitures d’urgence
recommandées par l’Organisation des Nations Unies », indique l’OMS.
Assurance qualité…
La qualité des médicaments est une condition essentielle du don. Il n’y a pas deux poids
deux mesures, et si un produit n’est plus considéré comme bon dans un pays développé,
il ne peut pas faire l’objet d’un don dans un pays en développement frappé par une crise
sanitaire.
L’OMS recommande donc que « Les médicaments soient encore valables au moins une
année à leur arrivée, ou que le bénéficiaire reconnaisse être informé d’une péremption
plus proche. »
Enfin, tous les médicaments doivent être conformes aux normes qualité du pays
donateur et du pays bénéficiaire, et doivent être autorisés à la vente dans le pays
récipiendaire.
… emballage et étiquetage…
L’OMS rappelle que tous les médicaments doivent être munis d’étiquettes libellées dans
une langue comprise du bénéficiaire, et où figurent au moins :
•
•
•
•
•
•
•
la dénomination commune internationale (DCI),
le numéro de lot, la forme pharmaceutique,
la teneur en principes actifs,
le nom du fabricant,
la quantité contenue dans l'emballage,
les conditions de conservation,
la date de péremption.
Le conditionnement doit être autant que possible en grande quantité, pour des questions
de coûts, d’encombrements et d’adaptation au système public d’approvisionnement des
pays en développement.
… ou destruction
Tous les médicaments qui ne correspondent pas aux Principes directeurs de l’OMS sont
stockés en attente de destruction, manœuvre qui coûte de l’argent et nécessite des
équipements particuliers dans la mesure où le médicament est un produit dont l’usage
- destruction incluse - est fortement réglementé. Entre 1992 et 1996, la BosnieHerzégovine avait reçu 17 000 tonnes de médicaments inappropriés, dont l’élimination a
coûté 34 millions de dollars 6 .
Principes fondamentaux applicables aux dons de médicaments
1.
2.
3.
4.
6
Utilité maximale pour le bénéficiaire
Respect des souhaits et de l'autorité du bénéficiaire
Respect de normes de qualité identiques
Communication efficace entre donateur et bénéficiaire
http://www.psf.ch/fr/pdf/synthese_dons_inappropries.pdf
Don d’urgence de médicaments - Atelier presse LEEM - 15 février 2010
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Bénéficiaire et donateur, chacun a un rôle à jouer pour garantir une qualité optimale
du don d’urgence de médicaments.
Devoirs du bénéficiaire
- Définir des directives nationales applicables aux dons de médicaments
- Définir des procédures administratives pour la réception des dons de médicaments
- Préciser les besoins en médicaments
- Gérer les médicaments ayant une durée de conservation inférieure à un an
- Dédouaner rapidement les dons de médicaments
- Gérer les dons avec soin.
Actions du pays donateur
- Respecter les quatre principes fondamentaux
- Eviter de donner des médicaments sur le point d’expirer
- Informer le public
- Assurer la coordination entre donateurs
Les kits sanitaires d’urgence
Le kit sanitaire d’urgence inter-institutions 2006 est la troisième édition du kit
sanitaire de l’OMS, revisité et harmonisé avec un grand nombre d’organisations
internationales et non gouvernementales 7 . Le concept de kit sanitaire a été adopté par
de nombreuses organisations, il est jugé fiable et standardisé, peu onéreux et apte à
fournir rapidement les médicaments et dispositifs médicaux.
Ces kits sont conçus pour répondre aux besoins immédiats en matière de soins de santé
primaires d’une population déplacée n’ayant pas accès aux services médicaux, ou d’une
population dont les services médicaux sont perturbés. Sa composition représentant un
compromis, il y aura toujours des articles qui ne répondront pas exactement aux besoins.
Le Kit 2006 est composé de deux assortiments différents de médicaments et de
dispositifs médicaux, l’unité de base et l’unité supplémentaire. Pour faciliter la distribution
à des structures de santé de faible capacité, les quantités de médicaments et de
dispositifs médicaux de l’unité de base ont été divisées en dix unités identiques destinées
chacune à 1 000 personnes. Le kit d’urgence doit pouvoir stabiliser les blessés et
répondre aux maux de populations déplacées et regroupées.
Autres kits d’urgence disponibles après évaluation des besoins
-
Kit de vaccination pour 10 000 vaccinations administrées par 5 équipes
Kit de nutrition
Kit d’enquête pour la mesure du poids et de la taille des enfants
Kits d’enregistrement
Kit de nutrition supplémentaire (ration humide)
Kit de nutrition supplémentaire (ration sèche)
Kit de nutrition thérapeutique
Kits de santé génésique inter-institutions pour les situations de crise.
Quelques chiffres
En 2008, l’OMS a assuré des interventions d’urgence dans 26 pays et territoires, ce qui
a représenté :
- La couverture sanitaire des soins de santé primaires de 1,2 million de personnes
pendant 3 mois
- 31 500 cas de diarrhée sévère soignés
- Support de 11 000 opérations chirurgicales 8
7
8
http://apps.who.int/medicinedocs/index/assoc/s14232f/s14232f.pdf
http://www.who.int/hac/about/annual_report/annual_report_2008.pdf
Don d’urgence de médicaments - Atelier presse LEEM - 15 février 2010
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L’engagement des Entreprises du Médicament
Qui, mieux que les Entreprises du Médicament, sont légitimes quand il s’agit de donner
des médicaments ?
Les Entreprises françaises du Médicament l’ont bien compris et, plutôt que de disséminer
leurs efforts, elles ont choisi de se coordonner et d’organiser une réponse concertée à
l’urgence.
Le Dr Benoît Gallet, président de Tulipe, explique que « Tulipe a été créée dans un
contexte initié par le mouvement de solidarité des populations françaises avec les
Polonais, en 1982. ». Le Dr Christine Perrier, Directrice de Tulipe, ajoute que « suite aux
demandes effectuées auprès des laboratoires par des associations pour obtenir le
financement d’aides, les Entreprises du Médicament ont décidé de créer une interface
pour gérer les demandes. ». Tulipe (Urgence et solidarité internationales des entreprises
du médicament) est née, sous l’impulsion du Pr Joly, Président du Syndicat National de
l’Industrie Pharmaceutique (actuellement le Leem).
Tulipe est une association loi 1901, qui a le statut d’un établissement
pharmaceutique. Sa mission est de fédérer les dons des entreprises du médicament
pour répondre, en urgence, aux besoins des populations en détresse, lors de crises
sanitaires aiguës, de catastrophes naturelles et de conflits.
En cas d’urgence
Rapidité
La force de Tulipe est sa capacité de réaction. « Moins de 24 heures après la
survenue d’une catastrophe, explique Benoît Gallet, « des cantines de première
urgence peuvent être mises à disposition. »
« Nous fonctionnons avec des partenaires, de plusieurs types : la cellule de crise du
ministère français des Affaires étrangères, la Croix Rouge française, des associations
comme Secouristes sans frontières ou Cosi (Comités de Secours Internationaux), qui
travaillent dans l’urgence et font appel à nous », explique le Dr Christine
Perrier. « Nous étudions alors leurs besoins et recoupons avec les informations dont
nous disposons par ailleurs pour voir si ces demandes sont réalistes. ». Là, le travail
est celui d’un établissement pharmaceutique. La donation est sous la
responsabilité du pharmacien de Tulipe. Il n’y a pas de transfert de responsabilité.
Sécurité
« Le travail de Tulipe, établissement pharmaceutique, est de s’assurer que les
besoins transmis correspondent à la réalité, en recoupant les infos, de voir comment
les partenaires achemineront les produits, et qui les recevra à l’arrivée. », précise le
Dr Christine Perrier.
En extrême-urgence, les cantines sont toujours accompagnées, car on ne sait pas ce
qu’il y a de l’autre côté. La sécurisation du transport et de la réception des produits
est un élément essentiel. « Dans des cas de catastrophes, l’aéroport le plus proche
n’est pas forcément accessible. Lors du tsunami, l’association Cosi n’a pu bénéficier
des cantines que parce qu’elle avait trouvé une solution pour le transport des
cantines en affrétant un hélicoptère », illustre le Dr Christine Perrier.
Don d’urgence de médicaments - Atelier presse LEEM - 15 février 2010
7
Tulipe s’assure également de la disponibilité sur place d’une personne garantissant la
bonne marche du dédouanement. « Une fois que toutes ces étapes sont sécurisées,
les cantines peuvent partir ». Une démarche qui, compte tenu de l’expérience de
l’association, ne prend que 4 à 5 heures.
Adaptabilité
En situation d’urgence, il y a énormément d’impondérables et d’évolutions rapides
des situations, qui impliquent des ajustements. Les partenaires de Tulipe doivent être
en mesure de les réaliser.
L’association procède si nécessaire à de nouveaux envois de cantines, une fois le
profil de l’urgence déterminé et les besoins identifiés.
Tulipe dispose de trois différents kits d’urgence :
-
La cantine d’urgence, qui contient des injectables, des solutés de perfusion, etc.
Elle pèse 50 kg et son encombrement est réduit au minimum pour qu’elle soit
facilement transportable.
Un kit pédiatrique
Un kit complémentaire, qui permet d’aider les populations à faire face au
quotidien pour ceux qui ont des traitements récurrents par exemple.
Une cantine contient environ 800 traitements.
En 2008, Tulipe a consacré 600 000 €uros à ces actions d’urgence. « Nous avons
envoyé des cantines au Liban, en Palestine, en République Démocratique du Congo,
en Chine, lors du séisme du Sichuan, et même en Birmanie où un cyclone est
survenu. Nous avons pu y entrer, » explique Benoît Gallet, « car nous avions déjà
travaillé avec l’AMFA, l’Association Médicale Franco Asiatique, une association
présente dans le pays depuis plus de vingt ans. »
Rigueur
Tulipe, association dotée d’un établissement pharmaceutique, est garante de la
qualité des médicaments et de la chaîne pharmaceutique, depuis la qualité de
l’approvisionnement jusqu’à leur utilisation sur le terrain. « Même si nous sommes
une interface, nous restons responsables du devenir des produits jusqu’à leur
consommation par le patient, » explique Christine Perrier. « Ce qui implique
également une grande rigueur dans la sélection de nos partenaires de l’urgence. »
Cette responsabilité conditionne aussi une grande rigueur dans le choix d’accorder
ou non une aide d’urgence. « J’ai déjà dû refuser, » indique la Directrice de Tulipe.
« Si la chaîne de sécurité n’est pas garantie, nous n’intervenons pas. ». Tulipe
intervient lorsqu’elle sait être utile et efficace. Elle n’impose pas d’aide. Si Tulipe
n’est pas sollicitée, si toutes les garanties ne sont pas réunies, alors les interventions
n’ont pas lieu.
Par ailleurs, en tant qu’établissement pharmaceutique, Tulipe respecte les
contraintes de l’Afssaps et du ministère de la Santé, et, comme elle travaille à
l’international, applique les directives de l’OMS : Tulipe donne dans ses kits des
médicaments neufs, à l’origine et la qualité garanties par le maintien de la chaîne
pharmaceutique.
Don d’urgence de médicaments - Atelier presse LEEM - 15 février 2010
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Exemplarité
Selon Benoît Gallet, « Tulipe est la seule association à présenter ce profil inédit, un
profil collectif. » Les entreprises du médicament ont en effet décidé, alors qu’elles
sont toutes concurrentes, de travailler collectivement pour l’urgence. « Lors de
certaines urgences, les entreprises sollicitées refusent et renvoient vers Tulipe.
D’autres acceptent mais appellent toujours Tulipe afin de conduire un travail
collectif. »
A l’international, Tulipe se rapproche du Partnership for Quality Medical Donations,
une alliance constituée d’entreprises de santé et d’associations américaines qui
travaillent ensemble pour promouvoir des dons de qualité, mettre en place des règles
de bonne conduite et échanger des expériences.
PQMD met effectivement en place des outils utiles à tous comme « un mapping des
partenaires de chaque membre dans le monde entier », illustre Christine Perrier. Ce
qui permettrait à Tulipe d’identifier des partenaires fiables dans les endroits où elle
n’en a pas.
Les autres actions de Tulipe
En tant qu’Entreprise du Médicament, Tulipe ne peut pas laisser perdre les produits qu’elle
n’envoie pas dans des situations d’urgence. En 2008, 450 000 €uros ont été consacrés à
ces actions.
Hors urgence
Dans un souci de gestion de stock, les kits de médicaments non attribués en urgence sont
réaffectés à d’autres programmes d’aide et distribués à des organismes sélectionnés qui
s’engagent à respecter le cahier des charges de Tulipe. Ainsi, chaque année, des cantines
sont fournies à l’Association Médicale d’Aide au Développement entre l’Auvergne et le
Maroc (AMDAM) qui parcourt le désert marocain. Cette initiative assure des consultations
spécialisées et des interventions chirurgicales. Douze mille traitements sont ainsi distribués
auprès des populations du sud-marocain.
Formation
Tulipe est également à l’origine de modules de formation, sous forme de posters, sur le bon
usage des médicaments - stockage et utilisation - pour garantir l’efficacité des dons.
- Comment s’approvisionner ?
- Comment gérer un stock ?
- Comment dispenser ?
L’objectif est de donner des produits, en s’assurant qu’ils soient manipulés correctement. Il
faut également aider les populations à s’approvisionner par elles-mêmes.
Audit
Des missions d’audit sont également conduites sur le terrain pour garantir la bonne
utilisation des dons réalisés par Tulipe.
Don d’urgence de médicaments - Atelier presse LEEM - 15 février 2010
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Tulipe - Chiffres clés et exemples d’actions : Haïti,
Sri Lanka, Pérou…
Tulipe, chiffres-clés
-
Depuis 2005, plus de 50 pays ont bénéficié de l’aide Tulipe
En 2008, les populations de 25 pays ont été aidées.
1 660 000 traitements distribués dans 661 cantines d’urgence distribuées à 38
associations.
30 bénévoles participent au bon fonctionnement de Tulipe
1 515 000 €uros provenant de 49 entreprises ou structures adhérentes ont permis
à Tulipe de remplir ses missions en 2008.
Exemples d’actions
2010, Haïti, séisme
92 cantines d’urgence, soit 92 000 traitements disponibles en moins de 4 jours.
Le violent séisme (7,3 sur l’échelle de Richter) survenu à Haïti le 12 janvier 2009 a
occasionné un triste bilan de 170 000 morts et un million de déplacés (en date du 31 janvier
2010).
Dans ce pays, le plus pauvre de l’hémisphère nord, cette catastrophe naturelle a eu des
conséquences d’autant plus néfastes que les systèmes de secours et de santé, déjà
précaires, ont été durement touchés.
Immédiatement, Tulipe a mis en œuvre une action d’urgence pour apporter le concours des
Entreprises du Médicament aux secours sur place des victimes.
En quelques heures, Tulipe, en étroite coordination avec les Pouvoirs publics et en
adéquation avec sa mission, a ainsi répondu aux besoins des différentes équipes de
secours.
Dans les 12 heures suivant le séisme, Tulipe, fidèle à sa capacité de réaction, a mis à
disposition 56 kits d’urgence. Selon son mécanisme d’action, elle a ainsi accédé aux
demandes de ces partenaires :
- le Centre de Crise du Ministère français des Affaires étrangères, fournissant 36 kits, soit
36 000 traitements,
- la Croix-Rouge française, à laquelle 10 kits ont été confiés,
- le Cosi Secours internationaux, dont les équipes de secouristes ont acheminé 9 kits,
- les Pompiers Humanitaires Français, un partenaire occasionnel de Tulipe, qui a envoyé
une équipe d’évaluation sur place avec un kit d’urgence.
En complément de ces envois, Tulipe a, ensuite, confié des cantines à Aide Action
Internationale Pompiers, à Corps Mondial de Secours et à la Clinique Degand Dutour, une
des rares structures opérationnelles sur place.
Don d’urgence de médicaments - Atelier presse LEEM - 15 février 2010
10
Après cette indispensable réponse à la première urgence, viendra pour Tulipe la gestion de
la post-urgence. Les nombreux déplacés, confrontés à la survie en zone dévastée, ne
devront pas être abandonnés une fois l’attention internationale détournée.
Une évaluation des besoins, en coordination avec les acteurs locaux et les Pouvoirs publics,
est conduite afin de déterminer les médicaments et matériels utiles à leur prise en charge.
Une fois celle-ci réalisée, Tulipe assurera l’acheminement et la distribution des éléments
nécessaires au soutien des populations touchées.
2004, Sri Lanka, Tsunami
Dans les 48 heures qui ont suivi la catastrophe, 43 cantines d’urgence ont été acheminées
au Sri Lanka par les associations partenaires de Tulipe : Comité de Secours Internationaux
(COSI), Secouristes sans Frontières et la Croix-Rouge Française. Cette donation a permis
aux équipes de secouristes d’assurer les soins de première urgence. Une seconde donation,
dite de post-urgence, a été effectuée quatre semaines plus tard, à la demande du ministère
sri-lankais de la Santé et sur la base d’une évaluation précise des besoins faite par les ONG
sur le terrain. Ces 20 tonnes de médicaments ont permis de relancer le système national
d’approvisionnement des structures sanitaires.
2007, Pérou, séisme
Un tremblement de terre frappe le Pérou. Neuf cantines, soit l’équivalent de
7 200 traitements, sont immédiatement acheminées par avion sous la responsabilité du
ministère français des Affaires Étrangères, qui se charge de leur distribution sur place.
2008, Chine, Séisme
La Chine a dû faire face à un des plus graves séismes que le pays ait connu : environ
50 000 morts et plus de 200 000 blessés. Tulipe est alors sollicitée pour apporter une aide
en médicaments. Elle prendra la forme d’une donation de 34 cantines, soit plus de 25 000
traitements, acheminées le 16 mai dans la région du Sichuan par la Délégation à l’Action
Humanitaire (ministère français des Affaires Étrangères). Dans ce cas, la donation, d’une
valeur de 100 000 €uros, a été remise au Directeur des Affaires Civiles de la Région du
Sichuan et utilisée par les équipes de la Croix-Rouge Chinoise.
2008, Rwanda, Séisme
Suite au séisme survenu dans la région des grands lacs, à la frontière du Rwanda et de la
République Démocratique du Congo (RDC), Tulipe a été sollicitée pour l’envoi de cantines
d’urgence, afin de prendre en charge les blessés au Rwanda. Il semble en effet que la prise
en charge des blessés, côté RDC, soit plus aisée qu’au Rwanda, de par la présence de
nombreuses ONG. Les cantines - environ 2 000 traitements -, ont été envoyées sur Kigali et
utilisées par la Croix-Rouge Rwandaise, sous le contrôle de l’Ambassade de France à Kigali.
Don d’urgence de médicaments - Atelier presse LEEM - 15 février 2010
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De l’action à la gestion de terrain
Les dons parvenus sur le terrain, l’enjeu est alors de faire en sorte qu’ils atteignent la
population cible et soient adaptés aux besoins. Là encore, pas de secret, il convient
avant tout de suivre les recommandations de l’OMS pour garantir l’efficacité du don :
•
Utilité maximale pour le bénéficiaire
•
Respect des souhaits et de l'autorité du bénéficiaire
•
Respect de normes de qualité identiques
•
Communication efficace entre donateur et bénéficiaire
Le Dr Jean-Hervé Bradol, ancien Président de Médecins Sans Frontières (MSF) explique
d’ailleurs que dès que cela est possible « Il est plus commode d’acheter ses propres
médicaments, plutôt que de dépendre des dons. ». Une option rendue possible pour
MSF dès les années 1980 grâce à la taille et au professionnalisme acquis de la structure.
Cette liberté garantit « d’agir en fonction de besoins déterminés » explique le
Dr Bradol. Mais également de correspondre à d’autres principes de l’OMS, en « limitant
au maximum les formes galéniques pour éviter les erreurs de prescription grâce à des
posologies identiques à ce que l’on trouve sur place. » MSF assure aussi la qualité de
ces interventions en limitant les sources d’approvisionnement, pour pouvoir acheter en
grande quantité, auprès de structures préalablement auditées, souvent de concert avec
l’Unicef. « La maintenance de notre site de stockage coûte cher, explique le Dr Bradol,
« mais ainsi nous ne sommes dépendants ni d’éventuels délais de commande, ni d’une
qualité aléatoire. »
Carinne Bruneton Déléguée générale de Réseau Médicaments et Développement
(ReMed), rappelle, elle aussi, que seuls les kits de l’OMS et de MSF et les cantines de
Tulipe sont une bonne chose, car « sont des protocoles standardisés répondant aux
besoins ». Pour le reste, les « problèmes et les ratés sont trop nombreux » souligne-telle. Le plus judicieux reste « de savoir ce qu’il y a sur le terrain, ce que les gens sont
habitués à utiliser. Et d’aider les pays à s’organiser, à disposer de stocks, comme c’est
de plus en plus le cas aujourd’hui, car finalement, le don est difficile à suivre jusqu’au
bout ».
Se pose aussi la question des compétences locales. Jean-Hervé Bradol explique que
« quand on conduit une activité pharmaceutique, il faut avoir des pharmaciens sur
place. Le médicament ne fait pas tout : sans respect des règles de base et une
prescription de qualité, l’aide n’est pas utile. » Faire appel aux spécialistes locaux est
évidemment essentiel pour trouver des solutions adaptées à la situation, eux seuls
connaissant l’organisation du système de santé, les besoins et étant à même d’engager
des actions sur le long terme. Une formation aux normes internationales pourraient
faciliter leur collaboration avec les travailleurs humanitaires. L’OMS projette d’ailleurs
d’établir des listes nationales de personnels de santé qualifiés pour intervenir en
situation d’urgence.
Don d’urgence de médicaments - Atelier presse LEEM - 15 février 2010
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Même si le don nécessite de diminuer les étapes et intervenants, la chaîne reste plutôt
longue et la qualité doit être assurée d’un bout à l’autre. « Vous pouvez simplifier la
démarche au maximum, explique le Dr Bradol, « mais si vous voulez professionnaliser,
une limite s’impose : la qualité et la qualification. Même quand on travaille avec des
génériques et des génériqueurs, comme nous le faisons, il faut encore un travail
acharné pour garantir la chaîne, la qualité et la non rupture. Cela implique des
conditions de transport, de température, des emballages en plus grande quantité
possible avec des dates de péremption éloignée, des indications et des posologies dans
une langue compréhensible, des dénominations communes internationales et non des
noms de spécialités d’un pays, bref, c’est compliqué. Il faut que le prescripteur puisse
travailler. Les erreurs peuvent survenir jusqu’en bout de chaîne. »
Alors comment assurer cette qualité jusqu’au bout ? Quel serait le don idéal ? Pour
Jean-Hervé Bradol, « il devrait être en financements, qui permettraient d’acheter un
système pharmaceutique adapté à ce type de situations ». Les petites structures
pourraient, en se regroupant, faire appel à des centrales pharmaceutiques, qui leur
fourniraient des kits d’urgence, et ainsi garantir la professionnalisation qu’elles ne
peuvent assumer seules.
Pour Carinne Bruneton, il faut partir du principe que « les politiques pharmaceutiques et
les listes de médicaments essentiels qui permettent de soigner 80 % des malades
doivent être respectées, y compris dans le don d’urgence, car ces produits sont adaptés
aux besoins et sont connus par les prescripteurs. ». Dans l’urgence, estime-t-elle, la
présence « d’experts, pour soigner si les médicaments sont présents sur place ou pour
évaluer les besoins et organiser l’opérationnel s’il faut attendre l’arrivée des équipes
humanitaires, est essentielle. »
Décret n° 2008-784 du 18 août 2008 relatif à la distribution humanitaire de médicaments
http://textes.droit.org/JORF/2008/08/19/0192/0011/
Arrêté du 18 août 2008 relatif aux bonnes pratiques de dons de médicaments
http://textes.droit.org/JORF/2008/08/19/0192/0017/
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