L`implantation du Center Parcs de Chambaran dans la commune de

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L`implantation du Center Parcs de Chambaran dans la commune de
L'implantation du Center Parcs de
Chambaran dans la commune de
Roybon
L´action des acteurs de la gouvernance locale par rapport aux
externalités d´un projet touristique
Josselin PATRON et Hugo TOUSSAINT
Master 2 ADR promotion 2013/2014 – travail réalisé dans le cadre de l´UE 3A
Sommaire
Introduction
2
Partie 1 : Les atouts et les limites du projet de Center Parcs à Roybon
4
I.
Un territoire qui présente de nombreux atouts pour le projet
4
1.
Le concept de Center Parcs repris par le groupe Pierre & Vacances
4
2.
La proximité des axes de communication, une vaste forêt communale
8
3.
Des retombées positives pour le territoire
II.
L’externalisation de certains risques
10
11
1.
La dégradation de la qualité de la ressource en eau et de l’environnement
11
2.
Les problèmes de gestion quantitative de l’eau
15
Partie 2 : Un territoire qui mise sur un projet ambitieux mais décidé hors du contexte local
I.
Une commune fragilisée, prête à tout
19
19
1.
Un pari sur l’avenir
19
2.
Roybon : une commune surendettée
21
3.
Un classement en Zone de Revitalisation Rurale (ZRR) déterminant
23
II.
Des élus locaux dépassés par les décisions et le contexte national
1.
La vision et la stratégie d’un grand groupe
2.
Un bilan positif immédiat pour les communes d’implantation de Center Parcs, mais mitigé à
plus long terme
3.
Le soutien et la générosité des aides publiques françaises
25
25
26
30
Conclusion
33
Bibliographie et sitographie
35
Table des illustrations
38
Table des matières
39
Annexes : comptes rendus d’entretiens
40
1
Introduction
En vieux français « Chambaran » signifie les champs bons à rien, en effet la qualité du
sol médiocre a permis à la forêt d´être relativement épargnée des extensions des terres
agricoles successives du passé. Cette forêt de Chambaran de 10 000 hectares située sur la
commune de Roybon est depuis 6 ans le théâtre d'un projet touristique qui est la construction du
5ème Center Parcs de France. La société Pierre & Vacances détentrice de la marque a en effet
lancé ce projet avec l´accord d'une large majorité de la classe politique locale avec comme
principale motivation le fait que le projet apporterait des recettes fiscales et des emplois
inattendus dans une telle zone rurale.
Pourtant, malgré cet apparent plébiscite une association du nom «Pour les Chambaran
sans Center Parcs» (PCSCP) a, à plusieurs reprises, entravé le déroulement du projet par des
recours contre le permis de construire entre autre. L'association forte de 800 membres justifie
son opposition par des motivations écologiques, économiques ou encore de type «pas dans
mon arrière-cour».
Ce conflit d´opinion important puisque le projet a d’ores et déjà pris au moins 3 ans de
retard a suscité notre intérêt car il oppose la classe politique unanime aux riverains. Il est
également une illustration des différents niveaux de vision que peuvent avoir les acteurs d'un
territoire au sujet des externalités d´un projet tel que le Center Parcs. Nous avons donc pris
comme axe de réflexion : Dans quelles mesures les élus locaux peuvent-ils appréhender un
projet d'aménagement touristique d'importance régionale en vue d'un développement durable
de leur territoire ?
Nous proposons dans une première partie de présenter le territoire d´implantation du
projet, de ses forces et de ses faiblesses à accueillir un tel projet et comment celui-ci agirait sur
les conséquences en termes économiques et écologiques. Dans un second temps, nous
élargirons l'étude pour montrer que ce projet fait intervenir des facteurs multiples s'étendant audelà de la seule commune de Roybon. Notre méthodologie a consisté principalement en le
recueil de divers document législatifs, d'étude ou encore promotionnels au sujet du Center
Parcs ; nous avons également effectué une sortie de terrain le 17 décembre 2013 à Roybon
pour interroger les soutiens et les opposants au projet.
2
Figure 1 : Carte de localisation du projet de Center Parcs de Chambaran.
Hugo TOUSSAINT et Josselin PATRON
3
Partie 1 : Les atouts et les limites du projet de Center Parcs à Roybon
La communication abondante que les porteurs de projets fournissent aux collectivités et
aux citoyens dévoile uniquement les aspects positifs de tels projets d’envergure. Nous allons
rappeler et développer quels en sont les atouts spécifiques du futur Center Parcs.
Un territoire qui présente de nombreux atouts pour le projet
I.
Le site est situé sur un plateau à environ 600 m d’altitude au sud-est du bourg de
Roybon. Cependant, un Center Parc ne s’adapte pas au territoire, il s’agit d’un modèle bien
établi.
1. Le concept de Center Parcs repris par le groupe Pierre & Vacances
Center Parcs est à l´origine une société néerlandaise fondée en 1968 dans le but de
créer des lieux de vacances dans un cadre «proche de la nature» mêlant confort moderne et
sentiment de retour à la nature. Au début cantonné aux Pays-Bas l´entreprise construit plusieurs
sites en Belgique, en Allemagne, au Royaume-Uni et enfin en France. L´entreprise après avoir
été possédée par un groupe anglais est rachetée en 2000 pour 672 millions d´euros par la
société française Pierre & Vacances spécialisée dans la location de résidences de loisir.
Depuis, quatre complexes ont été construits en France dont le plus grand étant en
Normandie. Deux projets ont également été mis sur pied : l´un dans la Vienne prévoit d´ouvrir
en 2015 et l´autre sur lequel porte ce travail se trouvera sur la commune de Roybon et prévoit
d´ouvrir lui aussi en 2015.
Un Center Parcs (le nom désigne la marque et le lieu) présente toujours la même
organisation spatiale : un espace central et couvert qui concentre les principaux services
(administration, restaurants) et également un «aquamundo», espace aquatique intérieur
composé de piscines, bains bouillonnants. Cet aspect est toujours largement relayé dans les
publicités du groupe. Autour de ce bâtiment principal se trouve des chalets qui accueillent à
proprement dit les touristes. Ils se trouvent le plus souvent dans un espace boisé et aménagé :
pistes cyclables, activités et loisirs de plein air (parcours dans les arbres, tir à l´arc...).
4
Figure 2 : Plan du futur Center Parcs de 200ha. L´ensemble blanc au centre sera le futur Aquamundo, le long
des chemins en marron seront les chalets pour un total de 1021. La partie tronquée en haut accueillera un
parking de 2000 places.
Source : services techniques de la mairie de Roybon
Les chalets, en bois respectent les normes de Haute Qualité Environnementale (HQE).
L'entreprise est également à cheval sur les principes de responsabilité sociale, en particulier sur
l´écologie : tri des déchets, interdiction des loisirs à moteur,… L'emprise au sol d´un Center
Parcs est variable selon les critères retenus. Dans les Chambaran la surface totale est de 200
ha mais seul 50 ha seront aménagés1.
Le Center Parcs offre aux visiteurs la possibilité de vivre véritablement coupé du reste
du territoire en ne consommant que dans le complexe et souvent sans en sortir : 90% des
touristes. La plupart des séjours à Center Parcs s’étale sur un long week-end (ou mid-week) ce
qui rend ce modèle de consommation possible. Récemment, ceci a été mis en avant par des
collectivités (en Lorraine notamment) pour critiquer le fait que les touristes ne viennent pas
consommer sur leur territoire. Pierre & Vacances essaye donc de remédier à cela en invitant
entre autre des artisans locaux à vendre dans le parc.
1
Groupe Pierre et Vacances. Résumé non technique de l'étude d'impact du Center Parcs.
Janvier 2010.
5
Le modèle économique d´un Center Parcs se décompose ainsi : La Société Pierre &
Vacances décide d'un lieu d´implantation avec l´accord des pouvoir publics. Il s´agit de la
commune mais également de l'établissement public de coopération intercommunale (EPCI) dont
elle est membre si il y en a un, du département et de la région. Ceci s´inscrit pleinement dans
une stratégie de gouvernance décentralisée puisque l´État en dehors du préfet n'a pas de rôle
décisionnel. De plus, le projet de Center Parcs est représentatif des investissements croisés
privés et publics couramment employés dans les opérations d'aménagement du territoire en
France.
Les collectivités en plus de donner leur accord à Pierre & Vacances à la construction,
financent une partie du projet (37,5 millions d´euros pour le cas de Roybon). A cela s´ajoute la
vente du terrain à un prix très modéré à la société (0,30 euros le m² à Roybon). Pierre &
Vacances maître d'œuvre, construit le complexe en un peu moins de deux ans. Ici, la différence
est que Pierre & Vacances revend chacun des cottages à des particuliers qui bénéficient de
certains avantages à l´achat comme celui que leur fourni la loi Censi-Bouvard. Celle-ci permet,
dans le cas d'achat d'immobilier neuf et meublé une réduction d´impôt sur le revenu étalée
pendant 9 ans pour le propriétaire à hauteur de 11% du prix hors taxes. Ceci correspond à
27 500 euros de niche fiscale sur l´achat d'un chalet, soit 27,5 millions d’euros à l’échelle du
Center Parcs.
Les chalets ainsi vendus, la compagnie se garde la mission de les louer, de les
entretenir et bien sûr de faire fonctionner la totalité du complexe de loisir. En plus d´être un
projet de tourisme, Center Parcs est également un projet d´investissement immobilier
destiné aux particuliers.
6
Figure 3 : Localisation de la commune de Roybon.
Josselin PATRON et Hugo TOUSSAINT
7
2. La proximité des axes de communication, une vaste forêt communale
Expliquons brièvement pourquoi ce site a été spécifiquement choisi. Pierre & Vacances
possède déjà quatre Center Parcs en France tous situés dans la moitié nord du pays.
L´entreprise considère que la zone de chalandise d´un site s´étend dans un rayon d’environ 200
km autour : une implantation dans le sud de la France poursuit une logique d´expansion voulue.
Commune rurale située au milieu du triangle formé par les villes de Lyon, Valence et Grenoble,
Roybon présente de nombreux traits propres aux territoires ruraux tels que la baisse de la
démographie et le manque d´attractivité en termes d´emplois.
Le site de Roybon présente de nombreux avantages : il ne concurrence pas d´autre
Center Parcs, est proche de zones densément peuplée et à proximité de l´A7, une des
autoroutes les plus fréquentée de France. Ceci combiné, il apparaît que le projet de Roybon
pourrait être fortement rentable (Pierre & Vacances table sur 80% d´occupation en moyenne).
L´absence de voie ferrée n´est pas un frein pour le développement du site, l´immense majorité
des visiteurs se rend sur place avec leur voiture personnelle, la taille du parking est par ailleurs
importante dans tous les Center Parcs, 2 000 places pour celui de Roybon. La commune est par
ailleurs bien reliée par le réseau routier, 6 routes départementales la traversent permettant de
relier entre autre l´autoroute A7 en 45 minutes.
L'une des particularités de la commune est sa taille (67km²) comparée au nombre
d´habitants (1300). Elle accueille également la Forêt de Chambaran qui s’étend sur 10 000
m². Majoritairement privée, certaines portions sont publiques et sont donc aptes à accueillir un
projet appuyé par les pouvoirs publics tel que le Center Parcs.
8
Examinons le site proprement dit : il se trouve en Isère à la frontière nord de la Drôme
en face du Massif du Vercors. La région naturelle est celle du plateau de Chambaran au climat
sensiblement plus doux que les Terres froides du nord de l´Isère. Cependant, la mise en valeur
de ces terres est rendue difficile en raison d’un sol très humide.
Figure 4 : bois des Avenières, malgré plusieurs jours sans pluie, la nappe d´eau affleurant
provoque des ruissellements dans les sillons formés par les chemins de randonnée.
L’existence d´une zone boisée appartenant à la commune est fondamentale pour
permettre la naissance du projet, le choix s´est vite porté sur le bois des Avenières l´une des
rares zones suffisamment grande et possédée par la commune. Enfin le plateau sur lequel le
site s'implantera est caché de la plupart des points de vue environnants ce qui lui permet de se
fondre relativement bien dans le paysage.
Le choix d´un site n´est pas que géographique et pratique, il est aussi mû par des
décisions politiques. Pierre & Vacances a ainsi contacté la commune dès 2007. D'autres
communes de la Drôme avaient été envisagées mais le département prévoyait de moins
contribuer financièrement au projet que le département de l´Isère. Le projet a en outre fait
9
consensus parmi l´ensemble de la classe politique de la commune de Roybon à la
Région Rhône-Alpes.
Résumons brièvement la chronologie du projet: après avoir décidé de l´implantation du
complexe, la commune révise en 2009 sont PLU pour permettre le dépôt d´un permis de
construire, à l´origine il était prévu une ouverture en 2012 mais c´est en 2010 que l´association
«Pour les Chambaran Sans Center Parcs» (PCSCP) s'est formée et a commencé à déposer de
multiples recours contre le projet.
3. Des retombées positives pour le territoire
L´implantation d´un Center Parcs pourrait, grâce aux retombées économiques comme
la Contribution économique territoriale (ancienne taxe professionnelle), contribuer à enrichir
fortement la commune. Les exemples sont nombreux de ces communes ayant accueilli un
projet d´envergure régionale voire nationale pour augmenter leurs recettes comme l'a fait SaintVulbas avec la centrale nucléaire du Bugey. Il est prévu que 12 ans suffiraient à amortir les
investissements réalisés par les collectivités.
En premier lieu la commune recevra la taxe locale d´équipement de 1,5 million
d´euros puis ensuite, tous les ans la taxe foncière sur le bâti à un demi-million d´euros.
L´intercommunalité touchera quant à elle 1,2 million d´euros par an, la région et le département
toucheront également des sommes significatives.
Avant même son ouverture le Center Parcs générera déjà des retombées économiques
grâce aux 80 travailleurs du chantier qu´il faudra loger et nourrir pendant 1 an. De plus 12
millions d'euros seront dépensés en fourniture pour la construction. Une fois construit, le Center
Parcs pourrait créer près de 700 emplois. Le bassin d’emploi du Center Parcs pourrait s’étendre
dans un rayon de 25 km. Les commerces et les hébergements de la ville de Roybon espèrent
profiter de cette hausse de la clientèle en augmentant leur recette.
Enfin, mise à part l´économie, la commune fait savoir que le Center Parcs aurait des
incidences minimes sur son environnement :
La municipalité fait valoir plusieurs arguments dont le fait que le bois des Avenières
n'est pas une « Forêt primaire » mais un espace créé par l´Homme. Comme nous l´a confirmé
M. Mounier, le bois est utilisé surtout pour des coupes d´affouage. Le rapport concède qu'un
« impact écologique est inévitable mais que l’enjeu économique et le développement induit pour
Roybon […] sont tellement importants que la Commune, la Communauté de Communes, le
Conseil Général et la Région ont fermement soutenu ce projet depuis les premiers contacts
10
avec l’aménageur ». Les impacts selon ce rapport seront minimes et les zones humides
détruites seront recréées comme le stipule le SDAGE Rhône-Alpes, cependant il reste encore à
la mairie à acheter les terrains adéquats.
Le Center Parcs pourra être également un moyen d´attirer des touristes dans une
région méconnue, il sera le relais du mot «Isère» et «Chambaran» à travers le reste de la
France. Il vient compenser le déséquilibre entre tourisme blanc et tourisme vert dans le
département de l’Isère.
En temps de crise, le Center Parcs représenterait donc une « bouffée d'air » pour la
commune mais aussi pour la région environnante. C´est précisément cet argument économique
qui créer « l’union sacrée » entre tous les politiques mais aussi avec une part importante des
habitants pour qui l´emploi est la priorité.
II.
L’externalisation de certains risques
Il semble pourtant évident que l’implantation d’une seconde ville de 5 000 habitants sur
un territoire qui n’en compte que 1 300 aura des conséquences immédiates sur le territoire. Il
faut que l’aménageur prenne en compte cette modification soudaine de l’environnement.
1. La dégradation de la qualité de la ressource en eau et de l’environnement
Le site retenu pour l’implantation du complexe touristique se situe en tête de bassin,
sur la ligne de crête qui sépare 2 bassins versants : l’Herbasse et la Galaure. La première
rivière qui s’écoule dans le département voisin (Drôme) est davantage concernée que la
seconde qui s’écoule en Isère. C’est pour cela que l’on retrouve un grand nombre d’associations
opposées à ce projet dans le département de la Drôme. La raison est également politique car
les associations iséroises, dépendantes des subventions départementales ne se positionnent
pas officiellement en opposition au projet.
Or, le SDAGE 2010-2015 classe ces deux rivières en réservoirs biologiques. Il faut
savoir que le site est un lieu important de recharge pour la nappe de la molasse du miocène du
bas-Dauphiné. Cette ressource d’eau importante au niveau régional est actuellement de très
bonne qualité car plus profonde, et donc davantage filtrée par les roches qu’elle traverse. Si la
qualité de l’eau est intacte, la capacité de rechargement de cette nappe est limitée. Sur les
900mm/an de pluies, environ 300mm/an alimentent la nappe alors que 600mm s’évaporent.
11
C’est pour ces raisons que « la nappe de la molasse est inscrite au SDAGE Rhône‐
Méditerranée comme une masse d’eau d’enjeu régional, vulnérable et à préserver pour la
satisfaction des besoins en eau potable des générations futures »2. Les zones d’infiltration des
eaux anciennes (en vert) sur la carte matérialisent donc plus spécifiquement les zones à
préserver pour le maintien de la qualité et le rechargement de la nappe.
Figure 5 : Fonctionnement de la nappe de la molasse du miocène du Bas-Dauphiné.
Source : Caves Tiffanie, 2011
L’imperméabilisation d’une trentaine d’hectares à proximité de Roybon va donc réduire
légèrement sa capacité de rechargement et augmenter le risque de pollution de cette
nappe captive.
2
CAVES Tiffanie. Etude des écoulements au sein de la nappe de la molasse. Thèse de
doctorat, Université d’Avignon, décembre 2011.
12
De plus, la capacité d’absorption et de filtrage de l’eau risque d’être également réduite
par le drainage d’une large partie du bois. En effet, la majorité du sol du site d’implantation est
hydromorphe en raison de sa granulométrie et d’une lente migration des argiles vers le bas du
profil pédologique. La conséquence d’un tel profil de sol est un faible écoulement de l’eau
vertical comme horizontal en situation de topographie plane. Cela explique la présence de
nappes perchées au niveau fluctuant, ainsi que de nombreuses zones humides.
En 2009, le Conservatoire des espaces naturels de l’Isère faisait état de plus de 4 000
hectares de zones humides sur le plateau de Chambarans et la tête du bassin versant de la
Galaure3. Le « plateau au sud-ouest de Roybon » (dont fait partie le bois des Avenières)
représente à lui seul 12,13% des zones humides de la commune de Roybon, soit environ 816
ha. L’implantation du complexe touristique va donc nécessiter une vaste opération de drainage
avant l’implantation des infrastructures et des cottages. Or, il s’agit d’un futur surcoût pour la
collectivité puisque l’on peut estimer que le pouvoir d’épuration des zones humides permet une
économie de traitement de l’eau potable estimée à 2 000 euros/ha/an4
Les habitats de zones humides sont protégés au niveau national en raison de leur
disparition rapide au profit d’espaces agricoles ou urbains. Ils abritent des espèces spécifiques
qui, en raison de la disparition de leur habitat sont également protégées. C’est le cas du bois
des Avenières où l’on retrouve de nombreuses espèces patrimoniales, emblématiques de ces
milieux humides préservés. Cet espace enclos de plus de 200 hectares présentera également
un obstacle majeur à contourner pour la faune sauvage. Il vient interrompre des corridors
biologiques régionaux.
Le Center Parcs devra présenter une station de traitement des eaux pour cette ville de
5 000 habitants, l’eau de vidange du complexe aquatique et l’eau de ruissellement des parkings
(hydrocarbures). Le SDAGE exige que le porteur de projet prenne également en charge la
compensation de la destruction de zones humides. Il s’agit de recréer ou d’agrandir des zones
humides préexistantes sur un bassin versant qui reste à définir. Le respect de la loi sur l’eau
fera bientôt l’objet d’un rapport de la part du commanditaire. Les opposants pourront ensuite
entamer une procédure judiciaire en cas de non-respect de cette loi.
3
4
Inventaire des zones humides du département de l’Isère, 2009
« Pour les Chambaran sans Center Parcs »
13
Figure 6 : Le site d’implantation est essentiellement constitué de zones humides situées sur le bassin versant de l’Herbasse.
Hugo TOUSSAINT et Josselin PATRON
14
Les zones humides ont un rôle indéniable sur la qualité du milieu en tant que filtre pour
les nappes phréatiques et d’habitat pour des espèces protégées. Mais elles jouent également le
rôle de tampon entre des périodes de fortes précipitations et des périodes plus sèches.
2. Les problèmes de gestion quantitative de l’eau
Les zones humides agissent effectivement comme de « gigantesques éponges » à
l’échelle d’un bassin versant. En période de forte précipitation, les zones humides absorbent
une quantité importante d’eau, qui va réduire le ruissellement et le risque de crue. A l’inverse, en
période de sécheresse, les zones humides libèrent très lentement l’eau stockée pour soutenir le
débit d’étiage des cours d’eau. C’est le rôle que jouent les zones humides du plateau des
Chambarans sur les bassins versants de la Galaure et de l’Herbasse.
En automne 2013, l’Ardèche et la Drôme ont connus des précipitations record. Lors de
cette épisode orageux, l’Herbasse a connu un épisode de crues qui a occasionné de nombreux
dégâts matériels. Or, L’emprise du site concerne essentiellement ce bassin versant très sensible
aux inondations. 87% des eaux de précipitation du site se retrouveront dans le bassin versant
de l’Herbasse contre seulement 13% dans le bassin versant de la Galaure. L’artificialisation des
sols, le drainage et le tassement dû aux infrastructures en tête de bassin versant augmentera
l’ampleur et les dégâts de ces épisodes de crues exceptionnelles.
15
Figure 7 : Conséquence des inondations de l’automne 2013 à St Donat sur l’Herbasse.
Ces faits d’actualité ont fait prendre conscience au commanditaire la nécessité de
prendre en compte ce risque. Il prévoit donc de créer des bassins de rétentions sur le site pour
absorber les surplus ponctuels de précipitation. Or, les conditions de l’automne 2013 ont été
désastreuses en raison d’un épisode orageux à la suite d’abondantes précipitations les jours
précédents. Des bassins de rétentions à ciel ouvert n’auraient donc pas permis de stocker ce
nouveau surplus d’eau. Il faut donc recréer artificiellement des zones tampons pour recréer la
fonction des zones humides. Depuis les années 2000, de nombreux projets urbains ont adopté
un nouveau type de bassin de rétention : les Structures Alvéolaires Ultra-Légères (SAUL). Leur
généralisation de ces systèmes a notamment été favorisée par la loi sur l’eau de janvier 1992. Il
s’agit de structures alvéolaires (ou nid d’abeille) enterrées qui résistent aux compressions mais
présentent un taux de vide supérieur à 90%5. Leur intérêt est donc double : une grande capacité
d’absorption
et
une
emprunte
paysagère
moindre.
Ses
structures
libèrent
ensuite
progressivement l’eau accumulée par infiltration ou rejet à débit contrôlé. Ils sont toutefois plus
onéreux que les bassins de rétentions classiques à ciel ouvert.
5
http://structures-alveolaires-saul.fr/
16
Figure 8 : Exemple de bassin de rétention des eaux alvéolaire dans l’Oise.
Source : http://www.lemoniteur.fr/
Enfin, l’autre problématique concerne la gestion de l’eau en période d’étiage des cours
d’eau. Ces complexes à thème orienté sur les loisirs d’eau sont par définition particulièrement
gourmands en eau. Les prélèvements prévisionnels pour alimenter le complexe touristique
seraient de l’ordre de 1 200 m³/jour pour 5 000 personnes hébergées6. « Les besoins en eau
liés à ce projet sont l’équivalent de la consommation quotidienne d’une ville de 8 000
habitants »7.
Selon la DREAL, Les conséquences de l’alimentation en eau du Center Parcs n’ont pas
été suffisamment étudiées : « Le rapport de compatibilité avec le SDAGE Rhône -Méditerranée
n’est pas abordé. En effet, dans un bassin versant où la question de la ressource en eau est
6
« Le projet Center Parcs des Chambaran et ses conséquences sur l’eau et les milieux
aquatiques » Fédérations de Pêche et de Protection des Milieux Aquatiques (F.P.P.M.A) de la Drôme et de
l’Isère.
7
Ibidem.
17
sensible, le prélèvement lié directement au Center Parcs fait augmenter la demande en eau
potable sur le bassin de Bièvre-Liers-Valloire de 15 % »8.
Le porteur de projet du complexe touristique a prévu de pomper une grande partie de
ses besoins en eau dans la vallée de la Bièvre et la Galaure. Or, ces cours d’eau font déjà
actuellement l’objet de prélèvements importants pour l’agriculture. L’accès à l’eau est fortement
réglementé. Le risque de conflit d’usage entre les agriculteurs exploitants dans la vallée de la
Galaure et le Center Parcs semble inévitable. Le porteur de projet prévoit de déverser les eaux
usées dans la vallée de l’Isère (changement de bassin versant), ce qui présente une atteinte au
système hydrologique naturel.
A cette liste de conséquences négatives de l’implantation du site de Center Parcs, il
faut ajouter l’aspect confiscatoire pour les habitants. Certes, la commune dispose d’une
surface importante de forêt mais la perception des habitants doit être prise en compte.
Actuellement, le
bois des Avenières possède plusieurs usages sociaux et récréatifs :
promenade, chasse, cueillette et l’exploitation du bois sous forme de coupe d’affouage.
Cependant, la mairie de Roybon ne met pas en valeur ce bois dont elle est propriétaire pour
préparer les habitants à ce changement d’usage.
8
Ibidem.
18
Partie 2 : Un territoire qui mise sur un projet ambitieux mais décidé
hors du contexte local
Les Center Parcs sont des projets ascendants, qui tiennent peu en compte les
spécificités socio-économiques du milieu. Le cas de Roybon est pourtant très spécifique.
I.
Une commune fragilisée, prête à tout
Si la commune de Roybon souffre de problèmes structurels, la société Pierre &
Vacances – Center Parcs présente elle aussi des difficultés depuis plusieurs années.
1. Un pari sur l’avenir
La prise de risque de la collectivité ne pèse pas uniquement sur les conséquences
environnementales. En effet, la vitalité économique d’un groupe comme Pierre & Vacances est
toujours difficile à évaluer en raison des multiples filiales et sous-traitants. On peut toutefois se
fier aux indicateurs boursiers qui donnent une idée de la santé du groupe. Or, il semble que
celui-ci n’a cessé de perdre de la valeur depuis 2007. Il faut dire qu’au cours de cette année la
valeur de l’action a atteint une valeur record : 117 euros.
Figure 9 : Variation de la valeur de l’action Pierre & Vacances depuis 10 ans
Source : http://bourse.latribune.fr/
19
Mais depuis cette date, la valeur de l’action n’a cessé de chuter. Elle atteint même 11
euros en 2012. La stratégie du groupe s’oriente donc vers la relance de programmes de
construction et de communication. L’effet d’annonce, l’investissement et la vente anticipée des
cottages des projets de Pierre & Vacances a permis une hausse de cette valeur en 2013. Le
groupe a effectivement lancé la construction d’un nouveau Center Parcs dans le département
de la Vienne. Enfin, il prévoit de construire le plus grand Center Parcs de France à Roybon.
Ainsi, grâce à ces effets d’annonce et au résultat d’exploitation positif en 2013, la valeur
boursière de Pierre & Vacances connait un second souffle en cette fin d’année 2013. Elle atteint
ainsi une trentaine d’euros en ce début d’année 2014.
2011
Chiffre d’affaire
Résultat
d’exploitation
1 470 millions d’euros
29,3 millions d’euros
2012
2013
1 419 millions
1 307 millions d’euros
d’euros
-6,95 millions
2,6 millions d’euros
d’euros
10,5 millions
-27,4 millions
-47,7 millions
d’euros
d’euros
d’euros
Dette
103 millions d’euros
177 millions d’euros
173 millions d’euros
Investissements
36,1 millions d’euros
Résultat net
Tableau 1 : Evolution récente du compte de résultat Pierre & Vacances.
26 millions d’euros
Données : http://www.zonebourse.com/
Les dirigeants du groupe justifient les mauvais résultats du groupe par la crise mais
aussi par les investissements importants en cours. On constate pourtant une baisse des
investissements entre 2011 et 2013. Confiants sur le potentiel économique et touristique
européen, ils espèrent retrouver un résultat positif et préparer l’avenir du groupe. Les
prévisionnistes ne prévoient pourtant pas un retour aux marges des années 2007/2008 (voir
figure 9). Cependant, les actionnaires devraient réinvestir dans la société en 2014 grâce à ces
prévisions.
20
Figure 10 : Graphique qui présente l’évolution et les prévisions des résultats de PVCP.
En accueillant un projet de Pierre & Vacances, les collectivités misent sur une société à
la santé économique fragilisée dont le modèle économique est basé sur une croissance
indispensable à sa survie. La conjoncture actuelle et la volatilité des marchés ne permettent pas
d’assurer l’exactitude des prévisions. En cas de cessation de paiement, Roybon pourrait
accueillir une friche touristique si aucun acquéreur ne se présente.
2. Roybon : une commune surendettée
La commune de Roybon est comme beaucoup d´autre commune rurales de sa taille,
Figure 11 : L’évolution de la dette par habitant de Roybon (en bleu).
Source : ministère de l’économie et des finances.
21
dans une situation où peu d´investissements économiques sont entrepris. De plus elle est l'une
des communes les plus endettées de France avec 5 173 euros par habitants en 2012, le chiffre
s´est par ailleurs creusé fortement ces dernières années comme nous le voyons dans le tableau
ci-dessous. C’est la 44ème commune la plus endetté de France9.
En outre, l´implantation d´un Center Parcs pourrait, grâce aux retombées économiques
et aux différentes taxes contribuer à enrichir fortement la commune :

la
Contribution
Economique
Territoriale
(CET
ou
ancienne
taxe
professionnelle), qui rapporterait à la commune environ 1,2 millions d’euros par
an

la taxe de séjour : environ 700 000 euros par an

la taxe foncière : environ 800 000 euros par an10
Soit un total de près de 3 millions d’euros de recettes supplémentaires à répartir entre
les différentes collectivités, dont la moitié pour la commune. Une aubaine pour l’équipe
municipale sortante, première responsable de l’endettement de la commune.
On perçoit alors l’utilité de ce projet pour assainir les finances municipales. Il faut dire
qu’en 2012, la commune a dépensé un peu moins de 150 000 euros du 1 millions d’euros de
budget11 pour rembourser ses dettes.
Figure 12 : Répartition des dépenses de la commune de Roybon en 2012.
Source : http://roybon.fr/
9
http://www.journaldunet.com/
Association « Pour les Chambrans sans Center Parcs »
11
http://roybon.fr/
10
22
La mairie, propriétaire du bois a donc décidé de céder le bois des Avenières, terrain
devenu constructible suite à la révision du PLU, pour 0,30 euros/m². Ce cadeau de la part de la
mairie est à la hauteur des attentes de la commune. Selon l’association de soutien au projet
« Vivre en Chambaran » le prix moyen du m² constructible à Roybon est de 18 euros/m². Les
grands projets bénéficient donc d’avantage non-négligeables pour s’installer par rapport aux
particuliers ou aux petites entreprises.
Les élus communaux estiment cependant que la commune a un autre point faible plus
difficile à surmonter.
3. Un classement en Zone de Revitalisation Rurale (ZRR) déterminant
La commune de Roybon connait effectivement une certaine stagnation sur le plan
démographique. La pyramide des âges de la commune présente les caractéristiques d’une
commune vieillissante : environ 20% des habitants ont plus de 60 ans mais qui correspond à la
moyenne nationale. Les personnes âgées participent d’ailleurs à la vie économique puisque le
premier pôle d’emploi de la commune est la maison de retraite.
La commune a pourtant été classée en Zone de Revitalisation Rural établi à l’échelle
nationale. Ce zonage est principalement établi à partir de deux critères12 :

Une (très) faible densité de population à l’échelle de l’intercommunalité, du
canton ou de l’arrondissement.

Avoir connu une baisse de population, de population active ou avoir population
active agricole supérieur au double de la moyenne nationale.
Le canton de Roybon répondait à tous ces critères lors de l’établissement du zonage et
de sa ratification en 2013 par arrêté ministériel. C’est d’ailleurs le seul canton de l’Isère et de la
Drôme inscrit en ZRR et répondant à des critères d’altitude et de prix du foncier peu élevé (voir
carte figure 12).
12
http://www.datar.gouv.fr/
23
Figure 13 : Roybon, seul canton de l’Isère classé en ZRR à faible altitude.
Carte réalisée sur le site internet de l’Observatoire des territoires.
24
Or, le fait d’implanter son activité en ZRR procure plusieurs avantages fiscaux pour les
promoteurs de complexe immobilier destiné au tourisme. « L’investissement en résidence de
tourisme située en ZRR, permet, de bénéficier d’une réduction d’impôt égale à 25 % du montant
de l’investissement, dans une certaine limite, mais aussi de récupérer la TVA. Le propriétaire
doit s’engager à louer le logement nu pendant au moins neuf ans à l’exploitant de la résidence
de tourisme »13. D’où une durée de bail des cottages des Center Parcs fixé à 9 ans.
On constate ainsi que les critères d’implantations des Center Parcs ne répondent pas
uniquement à des critères économiques ou touristiques mais également à des critères fiscaux.
Mais ces décisions se font à une échelle qui dépasse l’échelon local.
II.
Des élus locaux dépassés par les décisions et le contexte national
1. La vision et la stratégie d’un grand groupe
Le rapport de force entre les collectivités et les grands groupes est d’autant plus
déséquilibré en période de crise. Les arguments de Pierre & Vacances pèsent effectivement très
lourd pour les élus : des centaines d’emplois et surtout l’effet d’annonce qui l’accompagne. Fort
de cet avantage stratégique, la société espère ainsi capter des investissements publics alloués
au développement territorial. Pour y parvenir, la mise en concurrence des collectivités
territoriales est le meilleur moyen.
Les limites de région ou de département sont des espaces souvent peu peuplés, en
limite de bassin de vie, qui offrent de vastes espaces peu convoités et donc propices à
l’implantation de Center Parcs. Il est ainsi aisé au porteur de projet de présenter des projets aux
départements et région limitrophes et de réaliser son choix en fonction du soutien octroyé. C’est
le scénario qui s’est produit pour le projet de Center Parcs de Roybon où le choix d’implantation
dans le département de l’Isère a été privilégié au département de la Drôme. Le Conseil général
de l’Isère a ainsi choisi d’investir 15 millions d’euros dans ce projet tandis que le Conseil
Général de la Drôme souhaitait investir seulement 5 millions d’euros14.
Bien que les collectivités tentent de négocier des contreparties en échange de leur
aide, le porteur de projet d’une multinationale n’a pas la même définition du local. L’échelle
locale de Pierre & Vacances correspond ainsi davantage à l’échelle régionale alors que le
département et les communes investissent davantage dans ce projet. L’illustration se retrouve
dans la communication sur le site internet du groupe Pierre & Vacances : « Des achats locaux
13
14
http://www.loi-defiscalisation.fr/
« Pour les Chambaran sans Center Parc »
25
(ex. un tiers des achats du Center Parcs de l’Ailette réalisé dans la région dès la première
année d’exploitation). Une politique de recrutement favorisant la diversité, l’emploi des jeunes et
des seniors »15 La communication est parfaitement soignée et les propos suffisamment évasifs
offrent au groupe une grande liberté d’action contre la confiance des acteurs du territoire.
Une fois implanté, il est extrêmement facile à Pierre & Vacances de présenter des
statistiques qui prouvent le respect de leurs engagements. La stratégie du groupe est de monter
une multitude de société et de déléguer de nombreuses activités. L’activité de restauration est
par exemple déléguée au groupe Elior, implanté dans 14 pays. L’intérêt est donc multiple :
jouer sur les différents statuts qu’offrent ses sociétés en matière d’avantages
-
fiscaux
-
communiquer les statistiques de la société choisie
-
séparer les activités pour pouvoir sous-traiter lorsqu’elles ne sont pas rentables.
Prenons l’exemple de l’engagement du Center Parcs de la Vienne. Le groupe s’engage
« à ce que 85 % des emplois créés en phase d'exploitation soient « réservés à des habitants de
la Vienne. Et 65 % en priorité attribués à des chômeurs ou des bénéficiaires de minima
sociaux. »16
Or, parmi les 698 emplois annoncés pour le Center Parc de Roybon, on compte près
de la moitié de temps partiels destinés aux ménages. Le mode de gestion diffère peu d’un
Center Parcs à un autre. On sait qu’il s’agit de contrats de moins de 12 heures par semaine, qui
permettent de gagner moins de 400 euros par mois. Ce sont ces emplois précaires qui sont plus
facilement supprimés comme nous montre les autres Center Parcs français.
2. Un bilan positif immédiat pour les communes d’implantation de Center Parcs,
mais mitigé à plus long terme
L’ouverture du premier Center Parcs en France date de 1988, dans le département de
l’Eure. Nous allons dresser le bilan statistique de ces trois communes du nord de la France qui
ont accueilli les trois premiers Center Parcs français.
15
16
http://www.groupepvcp.com/
http://www.lesechos.fr/
26
Domaine des
Domaine des Hauts de
Domaine du Lac
Nom et lieu
Bois-Francs à
Bruyères à Chaumont-
d’Ailette à
d’implantation
Verneuil-sur-Avre
sur-Tharonne dans le
Chamouille dans
dans l’Eure
Loir-et-Cher
l’Aisne
Année d’ouverture
1988
1993
2007
Superficie
310 hectares
111 hectares
84 hectares
Nombre de cottages
854
756
800
6 371
1 087
256
-5%
+ 20 %
+ 67 %
13,3 %
9,6 %
13,3 %
16,8 %
8,3 %
9,6 %
- 0,3 %
- 11,6 %
+ 367 %
(- 0,13 %)
(-38,2 %)
(+ 340 %)
+ 1,2 %
+ 1,7 %
+ 2,6 %
Population communale
en 2009
Evolution de la
population communale
entre 1982 et 2009
Taux de chômage en
1999
Taux de chômage en
2009
Evolution du nombre
d’emploi dans la zone
entre 1999 et 2009
(dont temps partiel
salarié)
Evolution du revenu
net déclaré moyen
entre 2006 et 2009
Tableau 2 : Quelques indicateurs qui permettent de dresser un bilan des conséquences économique et social de
l’implantation d’un Center Parcs dans une commune rurale.
Sources : INSEE et http://www.centerparcs.fr
Ces chiffres nous montrent d’abord que selon les territoires d’implantation, les
conséquences sur le tissu économique et social n’est pas forcément conséquent. Ces données
sont des tendances qui ne permettent pas d’identifier systématiquement les causes de ces
changements. Cependant, les Center Parcs s’implantent dans des bassins d’emploi peu
importants, qui suivent les évolutions de ces grands projets. Les statistiques communales
permettent ainsi d’en apprendre davantage sur les conséquences de ces projets :
27

On constate tout d’abord une densification des cottages sur les sites les plus
récents.

A en juger par l’évolution de la population de Verneuil-sur-Avre, l’implantation
d’un Center Parcs n’a pas été un élément déterminant pour renverser le déclin
démographique. La différence entre ces chiffres peut cependant s’expliquer par
Figure 14 : L’évolution du taux de chômage à Chamouille depuis l’implantation du Center Parcs en 2007.
le poids démographique initial de ces communes.

Si l’implantation d’un Center Parcs a un effet positif immédiat sur l’emploi
(voir figure 11), on peut déjà nuancer ces statistiques à court terme, au bout
d’une dizaine d’année.
La commune de Chaumont-sur-Tharonne, a
effectivement perdu une centaine d’emploi dans la zone entre 1999 et 2009 (11,6 %). Il s’agit en réalité essentiellement d’emplois salariés à temps partiel :
135 emplois supprimés (-38,2 %) sur la même période. Enfin on constate au
bout d’une vingtaine d’année une stabilisation du nombre d’emploi à
pourvoir mais une forte hausse du chômage sur la commune de Verneuil-surAvre.
28

On constate malgré tout une légère hausse du revenu net moyen par foyer
entre 2006 et 2009. Chamouille connait la plus forte hausse de revenu
comparée aux deux autres communes étudiées grâce à l’implantation récente
du Center Parc en 2007.
Figure 15 : Evolution des recettes de la commune de Chamouille. L’année d’implantation du Center Parc est clairement
identifiable.
Si les conséquences sur l’emploi sont relatives dans la durée, la collectivité se voit
progressivement dotée d’un budget plus conséquent pour intervenir sur le territoire. Le
graphique suivant nous présente ainsi l’augmentation des recettes de la commune de
Chamouille à partir de 2007, année d’implantation. L’étalement de cette recette est
probablement dû à l’arrivée de nouveaux habitants mais aussi la possibilité, de payer la Taxe
Locale d’Equipement (TLE) en deux fois.
L’attractivité de ces territoires est confirmée par le fait que Chaumont-sur-Tharonne a
gagné plus de 150 habitants entre 1990 et 1999, période la plus dynamique sur le plan
démographique. Il semble donc évident que l’ouverture du Center Parcs en 1993 soit liée à ce
phénomène. La commune de Roybon peut espérer connaitre le même renouveau
démographique car elle présente de nombreux trait similaire avec Chaumont-sur-Tharonne :
une population légèrement supérieure à 1 000 habitants pour une surface supérieure à 60 km².
Elle doit cependant anticiper la suppression importante d’emploi environ dix ans après
l’ouverture du Center Parcs.
29
Si les contreparties semblent réelle pour le territoire d’implantation, c’est le rapport
entre les aides perçues par le groupe Pierre & Vacances et les retombées économiques locales
qui est difficile à évaluer et à contrôler.
3. Le soutien et la générosité des aides publiques françaises
Le premier argument des opposants au projet du Center Parcs de Roybon est l’argent
que les collectivités investissent pour ce projet. D’après leurs estimations, voici les montants
totaux de subventions et d’exonérations fiscales perçus :
Organisme
Montant investi
Conseil régionale Rhône-Alpes
7 millions d’euros
Conseil général de l’Isère
15 millions d’euros
Communauté de communes du Pays de
Chambaran
7,5 millions d’euros
Commune de Roybon (contournement routier)
4 millions d’euros
Syndicat des eaux de la Galaure
4 millions d’euros
Total subventions perçues
37,5 millions d’euros
Tableau 3 : Les subventions promises par les collectivités pour la construction du Center Parcs de Chambran.
Source : « Pour les Chamabaran sans Center Parcs »
Mesure d’exonération
fiscale
Calcul
Loi Censi-Bouvard
1 000 cottages à 250 000
(-11% du montant investi)
euros × 11 %
Loi Demessine (ZRR)
Total des exonérations
fiscales
1 000 cottages à 250 000
euros × 19,6 %
Montant estimé de
l’exonération fiscal
27,5 millions d’euros
49 millions d’euros
76,5 millions d’euros
Tableau 4 : Les exonérations fiscales obtenues par Pierre & Vacances grâce à la construction du Center Parcs de
Chambarans.
Source : « Pour les Chamabaran sans Center Parcs »
Le montant total investi par la collectivité dans ce projet est donc d’environ 114
millions d’euros.
30
En maintenant une politique d’investissement dans le logement de tourisme, le groupe
Pierre & Vacances réduit ses charges d’investissement de 11% et capte les subventions des
collectivités. Ce montant est variable d’un territoire à l’autre mais les territoires les plus fragiles
sont encore défavorisés.
Il s’élève pour notre cas à (seulement) 37,5 millions d’euros à Roybon17. Cependant, le
Center Parcs Vienne Grand Ouest qui devrait voir le jour en 2015 dans le département de la
Vienne a bénéficié de subventions plus de trois fois supérieures au Center Parcs de
Chambaran. Il a, en effet, bénéficié de plus de 138 millions d’euros18 d’investissement de la part
des collectivités (sans compter les exonérations fiscales). Pour ce projet davantage éloigné des
grandes métropoles européennes, Pierre & Vacances a aussi davantage mis en concurrence
quatre départements voisins : les Deux-Sèvres, le Maine-et-Loire, l’Indre-et-Loire et la Vienne.
Or, le Conseil général de la Vienne et le Conseil régional de Poitou-Charentes disposent d’un
budget nettement moins conséquent que celui du Conseil général de l’Isère et du Conseil
régional Rhône-Alpes. C’est pourtant ces collectivités plus rurales qui vont davantage investir et
soutenir ces projets pensés à une autre échelle.
Principaux soutiens financier du
Principaux soutiens financier du
Center Parc Vienne Grand Ouest
Center Parc des Chambaran
Conseil général
de la Vienne
Budget 2013
Conseil régional
de PoitouCharentes
Conseil général
Conseil régional
de l’Isère
Rhône-Alpes
415 millions
916 millions
1,3 milliard
2,46 milliard
d’euros
d’euros
d’euros
d’euros
Tableau 5 : Les différences de budget entre les collectivités concernées par les deux projets en cours de Center Parcs en
France.
Sites internet des collectivités concernées
En l’absence de ces subventions, les coûts de fonctionnement, d’entretien et de
rénovation des hébergements ne permettent pas de dégager des bénéfices. Cela force le
promoteur à réduire les loyers des propriétaires des cottages. Par conséquent, 15% des
propriétaires ne renouvellent pas leur bail 9 ans plus tard19. Pour y remédier, le groupe
Pierre & Vacances a décidé de relancer une politique d’investissement dans de grands projets
17
« Pour les Chambaran sans Center Parcs »
http://www.lanouvellerepublique.fr/
19
ANDREANI Emmanuelle. Temps de chiens pour Pierre & Vacances. In : Capital, février 2013,
18
p. 46-47.
31
touristiques permettant de susciter un vif intérêt de la part des collectivités et obtenir leur soutien
financier. « Par ce biais, sont favorisés les complexes touristiques de grande taille au détriment
des structures du tourisme doux, peu tournées vers la spéculation immobilière »20
Il s’agit là du principal argument des opposants à de nombreux projets d’envergure qui
favorisent les grands groupes au détriment des petites entreprises. En effet, le lobbying réalisé
par ces entreprises au niveau de l’Etat permet la création ou le maintien de niches fiscales qui
ne bénéficient qu’aux grands groupes. En effet, seules les grandes entreprises peuvent
employer un conseiller spécialisé dans ce genre d’opération et jouer sur les différents statuts de
sociétés pour économiser des sommes importantes. De plus en plus de voix s’élèvent contre
ces pratiques non-productives qui permettent à de grands groupes d’améliorer leurs résultats.
Les périodes de crises déjà favorables aux grands groupes qui rachètent les plus « petits
concurrents » profitent également des faveurs des décideurs à tous les échelons des
collectivités françaises.
Les opposants ont pour preuve les déclarations de M. Bremond (PDG de Pierre &
Vacances) qui s’inquiétait en 2011 de la suppression de la loi Censi-Bouvard qui fait bénéficier
le groupe de nombreux avantages fiscaux. « Nous avons actuellement un avantage fiscal,
appelé « Censi-Bouvard », qui permet à la fois des opérations de rénovation lourdes et la
création de villages tels que Center Parcs. […]Une grande incertitude plane sur ce qui va se
passer en 2012 et plus encore sur ce qui se passera après. […] Le terme de ces dispositifs est
fixé à 2012. »21. Mais suite à un entretien au ministère du budget, les dirigeant du groupe ont
convaincu le ministre M. Cahuzac de maintenir cet avantage fiscal jusqu’en 2016.
On peut néanmoins comprendre que des démarches soient faites en faveur de l’emploi
mais le fait de soutenir des grands groupes, mieux organisés, apparait souvent comme la
conséquence de démarches de lobbying. Les élus font ainsi preuves d’audace et d’ambition en
soutenant des projets qui donnent un sentiment de croissance et de développement du territoire
et sur lesquels il est facile de communiquer. Mais ces décisions ont des conséquences durables
sur les territoires. On peut estimer un retour sur investissement au bout d’une quinzaine
d’années pour le Center Parcs de Roybon. Pour le Center Parcs de Vienne Grand Ouest, ce
délai risque de dépasser les 25 ans. Il faut pour cela que la société Pierre & Vacances puisse
continuer à investir avec le soutien des subventions publiques ou penser à se restructurer pour
ne pas déposer le bilan.
20
Europe Ecologie Les Verts Isère. L’étrange cadeau fiscal de Jérôme Cahuzac au promoteur
immobilier Pierre et Vacances. In : Reporterre, avril 2013.
21
Ibidem.
32
Conclusion
S’il paraît difficile de s’opposer à de tels projets au niveau local, il semble que les
décideurs au plus haut sommet de l’Etat sont responsables des avantages des plus grandes
entreprises. En effet, l’Etat français donne des avantages compétitifs au détriment des petites
entreprises indépendantes qui génèrent pourtant la majorité des emplois du pays. La différence
de vision entre l’Etat et les collectivités locales est donc là : permettre aux grands groupes
français d’être compétitif à l’international. La dimension territoriale et durable du développement
est alors mise de côté.
Or, les habitants les plus attentifs sur ces usages sont de plus en plus nombreux à
s’indigner de ces pratiques. Pour eux, les bénéfices de ces projets titanesques sont minimes au
vue des conséquences sociales et environnementales à long terme. Ils dénoncent les travers de
l’Etat-providence
qui,
par
la
banalisation
des
partenariats
publique/privé,
a
glissé
progressivement vers un « pillage » des services et subventions publiques par les grandes
entreprises. Dans le cas des Center Parcs, la mise sous cloche d’un espace naturel pour en
faire un complexe de loisirs de masse qui fonctionne en vase clôt est perçu comme
confiscatoire. Ils portent effectivement atteinte aux usagers de ces espaces mais aussi à
d’autres projets qui pourraient bénéficier de ces subventions.
Enfin les élus locaux des territoires ruraux cherchent à attirer par tous les moyens ces
projets phares. Les Center Parcs permettent de relancer une économie locale peu dynamique
grâce au tourisme. C’est également un puissant outil de communication électorale. Mais ils
doivent surtout composer avec la mise en concurrence avec les territoires voisins organisés par
Pierre & Vacances. Les enchères permettent à la collectivité la plus généreuse de bénéficier des
investissements du groupe (et les aides de tous les échelons de collectivités). Pour éviter ces
dérives, des règles devraient être mise en place, entre les différentes collectivités pour bloquer
cette mise en concurrence. Les aides publiques pourraient ainsi favoriser les collectivités les
moins riches et octroyer des aides publiques aux entreprises qui en ont réellement besoin. La
crise ne peut pas justifier de telles subventions, d’autant plus que ces infrastructures ne sont
pas délocalisables.
Comme nous l’avons vu, la collectivité doit également anticiper une importante
suppression d’emploi environ dix ans après l’ouverture du Center Parcs. Mais malgré ce revers
probable, les responsables politiques locaux auront d’avantage de pouvoir pour mener leur
politique grâce aux impôts perçus au bout de la cinquième année d’implantation. C’est à cette
33
échéance que la collectivité devra enclencher un développement durable de son territoire par le
soutien aux entreprises innovantes ou alternatives. C’est le meilleur moyen de retenir les
nouveaux arrivants (et les habitants actuels) qui, lassés par la précarité, y verraient une
opportunité d’installation sur un plus long terme.
34
Bibliographie et sitographie
Tourisme et territoire
CAVES Tiffanie. Etude des écoulements au sein de la nappe de la molasse. Thèse de
doctorat, Université d’Avignon, décembre 2011.
CAZES Georges et COURADE Georges. Les masques du tourisme. In : Revue Tiers Monde,
2004/2 n° 178, p. 247-268.
GHORRA-GOBIN Cynthia. Les centres commerciaux : morceaux de villes ou simulacres
de villes ? In : Quaderni. n° 41, Été 2000. Utopie II : les territoires de l'utopie. pp. 79-90.
HAZEBROUCQ Jean-Marie. Destinations innovantes et développement du tourisme. In :
Marché et organisations, 2007/1 n° 3, p. 117-153.
PAGES Dominique. Des mondes parfaits aux mondes possibles : les territoires
équivoques de l'utopie. In : Quaderni. n° 41, Été 2000. Utopie II : les territoires de l'utopie. pp.
43-63.
Documents concernants les Chambaran
AVENIR – Conservatoire des espaces naturels de l’Isère. Inventaire des zones humides de
l’Isère – Rapport méthodologique. Avril 2009.
Association PCSCP. Center Parcs : un scandale financier, écologique et économique. juin
2013
Commune de Roybon. Analyse destinée aux élus et habitants du secteur : Un projet
soutenu par la Commune de Roybon, la Communauté de Communes Bièvre-Chambaran,
le Conseil Général de l’Isère et le Conseil Régional Rhône-Alpes
Commune de Roybon. Arrêté accordant un permis de construire pour la realisation d´un
complexe de loisir Center Parcs. Juillet 2010.
Commune de Roybon. Extrait des délibérations accordant la révision du PLU de la
commune. Mai 2010.
35
Cours administrative d'appel de Lyon. Jugement annulant le permis de construire du Center
Parcs en faveur de l'association PCSCP. Avril 2010
Europe Ecologie Les Verts Isère. L’étrange cadeau fiscal de Jérôme Cahuzac au promoteur
immobilier Pierre et Vacances. In : Reporterre, avril 2013.
Fédérations de Pêche et de Protection des Milieux Aquatiques (F.P.P.M.A) de la Drôme et de
l’Isère. Le projet center parcs des Chambaran et ses conséquences sur l’eau et les
milieux aquatiques – Synthèse. Janvier 2012.
FRAPNA Drôme. Une analyse du projet de Center Parcs dans les Chambaran. In : Epines
drômoises, janvier 2012 n°166.
Groupe Pierre et Vacances. Résumé non technique de l'étude d'impact du Center Parcs.
Janvier 2010.
Groupe Pierre et Vacances. Présentation du futur Center Parcs aux participants de la
réunion publique. Octobre 2009
Presse
ANDREANI Emmanuelle. Temps de chiens pour Pierre & Vacances. In : Capital, février 2013,
p. 46-47.
"Center Parcs" Ceux qui sont pour se mobilise. In : Isère Magazine, octobre 2012
BEAUDOING Muriel. Center Parcs de Roybon, la guerre de tranchées. In : Acteurs de
l’économie, n°95, janvier 2011
Internet

Site internet des opposants au projet : http://pcscp.org/

Blog de soutien au projet : http://bienvenue-au-center-parcs-des-chambarans.overblog.com/

Photothèque IRMA : http://www.irma-grenoble.com/

Site internet du groupe Pierre & Vacances – Center Parcs : http://www.groupepvcp.com/
36

Autres sites :
http://structures-alveolaires-saul.fr/
http://www.lesechos.fr/
http://www.lanouvellerepublique.fr/
http://bourse.latribune.fr/
http://www.zonebourse.com/
http://www.journaldunet.com/
Liste des contacts :

M. MOUNIER, services technique et urbanisme de la mairie de Roybon

M. MEYNIER et M. GIROUD, Secrétaire et trésorier de l’association « Pour les
Chambaran sans Center Parcs »

M. PERON, Président de l’association « Pour les Chambaran sans Center Parcs »
37
Table des illustrations
Figure 1 : Carte de localisation du projet de Center Parcs de Chambaran. Hugo TOUSSAINT et Josselin PATRON .. 3
Figure 2 : Plan du futur Center Parcs de 200ha.
Figure 3 : Localisation de la commune de Roybon.
.5
Josselin PATRON et Hugo TOUSSAINT ................................... 7
Figure 4 : Bois des Avenières, malgré plusieurs jours sans pluie, la nappe d´eau affleurant provoque des
ruissellements dans les sillons formés par les chemins de randonnée............................................................ 9
Figure 5 : Fonctionnement de la nappe de la molasse du miocène du Bas-Dauphiné.
...................................... 12
Figure 6 : Le site d’implantation est essentiellement constitué de zones humides situées sur le bassin versant de
l’Herbasse.
14
Figure 7 : Conséquence des inondations de l’automne 2013 à St Donat sur l’Herbasse. ....................................... 16
Figure 8 : Exemple de bassin de rétention des eaux alvéolaire dans l’Oise.
...................................................... 17
Figure 9 : Variation de la valeur de l’action Pierre & Vacances depuis 10 ans
.................................................... 19
Figure 10 : Graphique qui présente l’évolution et les prévisions des résultats de PVCP. ........................................ 21
Figure 11 : L’évolution de la dette par habitant de Roybon (en bleu).
............................................................... 21
Figure 12 : Répartition des dépenses de la commune de Roybon en 2012.
....................................................... 22
Figure 13 : Roybon, seul canton de l’Isère classé en ZRR à faible altitude.
........................................................ 24
Figure 14 : L’évolution du taux de chômage à Chamouille depuis l’implantation du Center Parcs en 2007. ........... 28
Figure 15 : Evolution des recettes de la commune de Chamouille. L’année d’implantation du Center Parcs est
clairement identifiable. ................................................................................................................................ 29
Tableau 1 : Evolution récente du compte de résultat Pierre & Vacances.
.......................................................... 20
Tableau 2 : Quelques indicateurs qui permettent de dresser un bilan des conséquences économique et social de
l’implantation d’un Center Parcs dans une commune rurale.
27
Tableau 3 : Les subventions promises par les collectivités pour la construction du Center Parcs des Chambran. 30
Tableau 4 : Les exonérations fiscales obtenues par Pierre & Vacances grâce à la construction du Center Parcs des
Chambarans.
. 30
Tableau 5 : Les différences de budget entre les collectivités concernées par les deux projets en cours de Center
Parcs en France.
....... 31
38
Table des matières
Sommaire ............................................................................................................................................... 1
Introduction ........................................................................................................................................... 2
Partie 1 : Les atouts et les limites du projet de Center Parcs à Roybon ................................................... 4
I.
Un territoire qui présente de nombreux atouts pour le projet .......................................................4
1.
Le concept de Center Parcs repris par le groupe Pierre & Vacances .............................................4
2.
La proximité des axes de communication, une vaste forêt communale .......................................8
3.
Des retombées positives pour le territoire .................................................................................10
II.
L’externalisation de certains risques ..............................................................................................11
1.
La dégradation de la qualité de la ressource en eau et de l’environnement ..............................11
2.
Les problèmes de gestion quantitative de l’eau ..........................................................................15
Partie 2 : Un territoire qui mise sur un projet ambitieux mais décidé hors du contexte local ............... 19
I.
Une commune fragilisée, prête à tout ...........................................................................................19
1.
Un pari sur l’avenir ......................................................................................................................19
2.
Roybon : une commune surendettée ..........................................................................................21
3.
Un classement en Zone de Revitalisation Rurale (ZRR) déterminant ..........................................23
II.
Des élus locaux dépassés par les décisions et le contexte national ..............................................25
1.
La vision et la stratégie d’un grand groupe .................................................................................25
2.
Un bilan positif immédiat pour les communes d’implantation de Center Parcs, mais mitigé à
plus long terme ....................................................................................................................................................26
3.
Le soutien et la générosité des aides publiques françaises .........................................................30
Conclusion............................................................................................................................................ 33
Bibliographie et sitographie ................................................................................................................. 35
Table des illustrations ........................................................................................................................... 38
Table des matières ............................................................................................................................... 39
Annexes : comptes rendus d’entretiens ................................................................................................ 40
39
Annexes : comptes rendus d’entretiens
Nom de l’étudiant
Josselin PATRON et Hugo TOUSSAINT
Date de l’entretien
17/12/2013
Nom de l’interlocuteur
M. MOUNIER
Fonction de l’interlocuteur
Employé services urbanisme/technique
Lieu de l’entretien
Mairie de Roybon
Présentation de la commune
La commune s’étend sur une surface d’environ 7 000 hectares dont 3 500 hectares de forêt. La
propriété de ces forêts se répartie équitablement entre propriétaires privés et publiques (Etat,
commune,…). Le budget annuel de la commune s’élève à 1 million d’euros. Le principal
employeur de la commune est la maison de retraite et la population vieillissante de la commune
fige les perspectives d’avenir.
Ce projet présente donc le seul espoir de la commune de redynamiser la vie du village. Il
permettrait de créer 600 emplois et apporterait immédiatement la taxe d'aménagement (ancienne
taxe locale d´équipement) soit plus de 3 millions d´euros. Le maire a tout fait pour attirer le projet
sur sa commune.
Le bois des Avenières, destiné au futur Center Parc, est actuellement essentiellement utilisé par
les promeneurs pour la chasse et la cueillette mais aussi le prélèvement de bois. L’exploitation
plus intensive des bois de cette forêt communale a été interrompue depuis plusieurs années. Il
s’agit simplement de coupes d’affouage destinées au chauffage domestique individuel et ne
pouvant être commercialisé. Les bois sont vendus sur pied par la commune sous forme de lots à
bas prix.
Présentation du projet
Ce projet de Center Parc a émergé en 2007. Les critères retenus par Pierre&Vacances pour
implanter un Center Parc sont les suivants : le site doit se situer à faible altitude et proche d’un
grand axe de communication. Bien que situé à environ 600 mètres d’altitude, le site de Roybon
remplit ces critères. Cependant, le site est constitué à 85 % de zones humides que l’association
Avenir (désormais « conservatoire d'espaces naturels Isère ») a inventorié. La destruction de ces
zones humides entraine l’obligation selon le SDAGE de la réhabilitation d'au moins le double de
ces zones humides dans le même bassin versant, ce qui pour l´instant n´est semble-t-il pas
respecté. En effet les zones humides doivent être reconstruites au plus près mais pour cela il
40
faut une maitrise foncière de la part de la mairie. Elle doit donc racheter parcelle par parcelle
les futurs terrains à réhabiliter.
Forces en présence
M. MOUNIER estime que malgré les conséquences négatives sur l’environnement, ce projet créateur
d’emploi est un moindre mal par rapport à une centrale nucléaire par exemple. Les réunions publiques
sur le projet n’ont malheureusement pas connu un fort engouement. Cependant, la seconde réunion
publique sur le projet a d’avantage mobilisé les habitants que la première réunion d’enquête publique.
Lors de la réunion visant à rectifier le PLU pour passer le bois des Avenières en terrain constructible, les
opposants se sont manifestés pour la première fois. Il s’agit surtout de personnes opposées au tourisme
de masse selon M. MOUNIER.
Selon M.MOUNIER une part importante des habitants soutienne le projet (cf rassemblement de soutien
au stade), en particulier les commerçants et les entreprises des travaux publics. Il en est de même pour
le conseil municipal et des listes politiques perdantes à la dernière élection municipale. Le département
et la région soutiennent également le projet.
Le PLU a été modifié en mai 2010, puis, après signature du permis de construire en juillet 2010, le
tribunal de Grenoble a jugé ces procédures illégales. Cependant, cette décision a été annulée lors de la
procédure d’appel au tribunal de Lyon. Enfin la procédure de recours portée auprès du Conseil d’Etat par
les opposants a été rejetée.
Le Center Parc emploiera une part importante de travailleurs locaux explique M.MOUNIER, il s´appuie
sur le CP construit en Vienne récemment.
M. MOUNIER assure que la commune a négocié avec Pierre&Vacances pour implanter un office de
tourisme et un point de vente de produits locaux à l’intérieur du Center Parc. Les techniciens et élus
locaux sont actuellement conscients du faible taux d’évasion des clients d’un Center Parc : 10 % en
moyenne. C’est pourquoi ils ont également prévu d’aménager un sentier pédestre jusqu’au centre-ville
de Roybon. Les élus locaux espèrent augmenter le taux d’excursion des clients du Center Parc mais aussi
recréer des conditions favorables (soutenir les gîtes ruraux) pour attirer ces touristes à revenir pour
découvrir leur territoire.
Actuellement, les premiers travaux pourraient commencer début 2015.
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Nom de l’étudiant
Josselin PATRON et Hugo TOUSSAINT
Date de l’entretien
17/12/2013
Nom de l’interlocuteur
M. MEYNIER et M. GIROUD
Fonction de
l’interlocuteur
Secrétaire et trésorier de l’association
« Pour les Chambaran sans Center Parc »
Lieu de l’entretien
1910 route de la Verne 38940 ROYBON
Présentation de l’association
L’association (loi 1901) s’est initialement constituée en association de riverains qui s’est ensuite
élargie. Elle comptait initialement 4 à 5 personnes. L’association actuelle comptait en mai 2010
environ 1 000 adhérents dont 660 personnes à jour de cotisation. Au total 1 200 personnes ont
adhéré à l’association d’opposant depuis 2010. L’association fédère des opposants divers.
Certains luttent contre ce projet parce qu’il s’implante à proximité de leur habitation. D’autres
combattent la stratégie économique du promoteur immobilier Pierre & Vacances et d´autres
encore sont motivés par des considérations écologistes.
L’association a lancé sa première attaque judiciaire contre le projet sur un défaut de procédure
dans la révision du PLU communal. Un nouveau recours a ensuite visé l’assainissement et le
captage d’eau dans la plaine de la Bièvre. Cette eau est aujourd’hui déjà largement utilisée par
les agriculteurs de la plaine. L’association devrait également présenter deux nouveaux recours
pour destruction de la biodiversité et pour les incidences sur la ressource en eau, grâce à la
publication de la nouvelle loi sur l’eau.
Présentation du projet
Le projet a démarré fin 2007 par l’intermédiaire du Conseil général de l’Isère. L’argument phare
de ce projet : plus de 450 emplois à temps complet créés lorsque le complexe est rempli à 90%.
Le site serait le plus grand Center Parc de France : 202 ha. Il devrait accueillir 1021 cottages, soit
environ 5 000 lits. Le 1er prix d’un cottage dans un Center Parc est de 250 000 euros. La zone de
chalandise de ce Center Parc devrait s’étendre à 200 kms alentours. Le chauffage de la serre
tropicale sera assuré par une chaufferie à bois déchiqueté.
Pierre&vacances est actuellement en difficulté. La société a de nombreux procès en cours et
licencie actuellement (47 millions d'euros de perte net en 2012). Mais le groupe bénéficie de
nombreuses aides pour la construction de ses projets :
- Exonération de TVA grâce à une SCIP, association professionnelle à but non lucratif. C’est cette
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société qui vend les cottages aux particuliers. Les acheteurs possèdent en réalité des parts de
sociétés qui correspondent à la valeur des cottages au sein de la SCIP (donc hors taxe). Les
particuliers ne payent donc pas de TVA lorsqu’ils achètent un cottage.
- Une réduction d’impôt de 11% du montant de l’investissement réalisé grâce à la loi CensiBouvard.
- De nombreuses subventions de la part des tous les échelons de collectivités (15M du CG, 7M
du CR, 7.5M de la CC de Roybon, 4M du syndicat des eaux de la Galaure). Ainsi, le projet de
Center Parc de Roybon rapporterait 30 millions d’euros à Pierre & vacances.
Les opposants dénoncent ainsi le coût de ces emplois pour les collectivités par le biais de ces
multiples aides. La création de 468 Equivalent Temps Plein (ETP) coûte au total 114 millions
d’euros aux contribuables français et isérois. Cela représente 250 000 euros par emplois créé,
soit 12 ans de salaire ! “A titre de comparaison le programme gouvernemental “emploi
d’avenir” coûte 15 fois moins cher qu’un emploi dans un Center Parc”.
Les opposants proposent donc d’utiliser l’ensemble de ces aides pour redynamiser le tissu
économique local existant. Il propose par exemple de financer une maison du handicap.
Répercussion locale
Le prix du terrain cédé par la commune s’élève à 0,30 euros le m² contre 18 euros le m² de
terrain constructible sur le reste de la commune. Ce terrain est constitué de nombreuses zones
humides. Les mesures compensatoires liées à la destruction de zones humides exigent que l’on
compense les pertes au double de ce qui a été détruit. Cela signifie que le promoteur du Center
Parc doit recréer et protéger environ 150 ha de zones humides dans un bassin versant qui reste
à définir.
Le Center Parc entrainera une hausse de la circulation automobile à Roybon en particulier sur la
petite route menant au site. Cette hausse est pour les opposants une justification de plus du
maire pour créer le contournement de Roybon par l´Ouest.
Le maire de Roybon a convaincu l’ensemble des élus locaux. Tous les échelons de collectivités
soutiennent le projet et sont prêts à investir pour qu’il voit jour :
- 7 millions d’euros de la part du Conseil régional Rhône-Alpes
- 15 millions d’euros de la part du Conseil général de l’Isère
- 4 millions d’euros de la part de la Communauté de communes Bièvre Isère
Pierre&vacances avait initialement mis en concurrence le département de la Drôme et de l’Isère
pour choisir son implantation. La générosité du département a été un argument décisif. En
effet, le Conseil général de la Drôme n’était prêt à subventionner le projet qu’à hauteur de 5
millions d’euros.
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La liste des associations et des collectivités opposées à ce projet sont essentiellement
drômoises. La raison est la situation du site car il est situé en Isère mais sur le bassin versant de
la Drôme et donc une majorité des sources coulent ensuite vers le département voisin du même
nom. Plusieurs rivières y débutent : l’Herbasse (Drôme) et la Galaure (Isère). Pour le
département de la Drôme, ce projet ne peut donc avoir que des conséquences négatives sur le
risque d'inondation et la qualité de l’eau.
Les opposants actuels sont donc :
- le Conseil général de la Drôme
- la FRAPNA Drôme (Fédération Rhône-Alpes Pour la protection de la Nature)
- la Fédération de Pêche de la Drôme
- le collectif d’associations LIANE (Liaison Information des Associations pour la Nature et
l’Environnement)
- plusieurs communes situées à proximité du site ou traversées par l’Herbasse.
La municipalité et le département de l’Isère ont mis en avant une manifestation de soutien au
projet qui a rassemblé entre 600 et 1000 personnes le 29 juin 2012. Cette manifestation a été
organisée par l’association “Vivre en Chambaran”, créée en 2012 pour soutenir le projet. Elle a
été impulsée par la volonté d’élus locaux (notamment l’adjoint au maire de Roybon).
Roybon fait partie des communes les plus endettées de France. Il s’agit plus exactement de la
144ème commune la plus endettée de France d’après le Journal Du Net (5 173 euros par
habitant). Le remboursement des dettes de la commune occupe à lui-seul 5% du budget de la
commune. La commune est donc très affaiblie économiquement. Les retombées économiques
en termes de taxes permettraient à la mairie de Roybon s’assainir facilement ses finances.
Le ratio d’argent publique investi par rapport aux emplois créés est extrêmement mauvais : 243
600 euros d´argent public par emploi créé (soit 12 ans de salaire au SMIC). M. GIROUD dénonce
par là le système de “loterie” propre à ce genre d´opération immobilière. La commune de
Roybon est effectivement “gagnante”, mais c´est toute la France qui paye ces entreprises via les
subventions publiques et les exonérations fiscales dont elles bénéficient.
Sur le même site que le Center Parc, la commune de Roybon avait, il y a quelques années,
projeté d’y installer des éoliennes, puis une décharge. Un autre site a finalement été choisi pour
la décharge.
La rencontre se termine par plusieurs questions :
Le Center Parc changera-t-il d’emplacement car deux terrains intéressent Pierre&vacances près
du Creusot TGV et dans le Sud Jura ?
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Est-ce-que Pierre&vacances déposera le bilan d´ici quelques années compte tenu de sa situation
économique ?
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Nom de l’étudiant
Josselin PATRON et Hugo TOUSSAINT
Date de l’entretien
17/12/2013
Nom de l’interlocuteur
M. PERON
Fonction de l’interlocuteur
Président de l’association « Pour les
Chambaran sans Center Parc »
Lieu de l’entretien
Quartier Charvin 26350 Montrigaud
Présentation de l’association
M. PERON est originaire de la région parisienne et est informaticien. Il est conseiller municipal
de la commune de Montrigaud. Il vendait autrefois des produits pour des groupes et
notamment pour le groupe Pierre&vacances.
Présentation du projet
M. PERON est allé à la réunion de présentation du Center Parc organisée par Pierre&vacances
et les élus de Roybon.
La DDT est chargée de suivre le dossier concernant la loi sur l’eau. La consommation en bois de
la chaufferie du Center Parc est estimée à une superficie de 20 à 40 ha de forêt chaque année.
La présentation du projet a été réalisée en 2007 et prétendait respecter la réglementation
thermique de 2005. Or, le projet verra le jour au moins d’ici 2 ans et devrait appliquer la
nouvelle réglementation 2015.
Pierre&vacances-Center Parcs appartient à 43% à Gérard BREMONT, président et fondateur du
groupe. La société qui gère l’activité touristique de Pierre&vacances ne génère aucun bénéfice
(tout juste l’équilibre) pour le groupe. M. PERON juge donc étonnant que les collectivités
accordent des aides à des activités non-rentables. D’autant plus qu’il s’agit de la stratégie
adoptée par le groupe : capter le maximum de subventions publiques. Les résultats négatifs du
groupe lui ont d’ailleurs valu une forte baisse de la valeur de l’action Pierre&vacances. L’action
n’a cessé de chuter depuis 2007 où l’action valait 117 euros, pour descendre à moins de 17
euros courant 2012. Elle connait cependant un léger regain de valeur aujourd’hui puisqu’elle a
dépassé les 30 euros depuis la fin décembre 2013.
Le groupe utilise ainsi les aides publiques pour accroitre son parc immobilier et pour améliorer
ses résultats. Le groupe ne prend aucun risque pour construire ses projets, grâce aux aides
publiques et la vente des cottages aux investisseurs. Cette logique n’est pas équitable car une
petite entreprise qui s’installe, en plus de prendre des risques, ne bénéficie pas des mêmes
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avantages. En acceptant ce projet, ce sont les collectivités qui prennent un risque et misent sur
l’avenir en espérant des retombées positives sur leur territoire.
M. PERON dénonce un projet "évidemment politique” et prend comme exemple la loi CensiBouvard (réduction de 11% du prix HT), réservé à l´origine pour les logements étudiant ou les
gites. Cette loi s’est ensuite étendue aux résidences de tourisme et s’est maintenue grâce à M.
Cahuzac. Ministre délégué chargé du budget lors des faits, il aurait prolongé cette loi pour 4 ans
suite à la visite du PDG de Pierre&vacances au ministère.
Répercussion locale
87% de l’emprise du site est située sur le bassin versant de l’Herbasse. Ce bassin a connu un
épisode d’inondation exceptionnel à l’automne dernier, phénomène qui aurait été accentué par
une artificialisation des sols en amont. C’est ce que risque de produire les 31 hectares de sols
imperméabilisés par le projet.
Roybon fait partie des communes les plus endettées de France. La commune connaitra ainsi une
rentrée d’argent importante lors de la délivrance du permis de construire grâce à la taxe
foncière et la TLE (Taxe Local d’Equipement) qui devrait rapporter environ 3 millions d’euros.
Cependant, le classement de la commune en ZRR (Zone de Revitalisation Rurale) exonère
l’entreprise de versement de l’impôt sur les bénéfices (nul pour Pierre&vacances) et surtout de
la CET (Contribution Economique Territoriale, qui remplace la taxe professionnelle) pour une
durée de 5 ans.
Le Conseil général, dont la compétence est la gestion et la mise en valeur de l’environnement,
publie des fiches qui présentent les espèces rares du département. Parmi elles, l’écrevisse à
patte blanche dont la colonie la plus importante du département se situe sur les zones humides
du bois des Avenières, futur lieu d’implantation du Center parc.
Le Conseil général, en fervent défenseur du projet, contribue actuellement à freiner les autres
projets d’infrastructure touristique qui pourraient concurrencer le futur Center Parc. Un projet
de camping à Murinais n’a donc toujours pas vu le jour en raison de l’absence de soutien de la
part du CG 38.
La création d’emplois touristiques est donc actuellement freinée. De plus, les futurs emplois
non-précaires du site seront réservés à des personnes qui parlent au moins 3 langues, au vu de
la clientèle ciblée. Par conséquent, de nombreux habitants du territoire n’auront pas accès à ces
emplois. La plupart pourront postuler aux emplois à temps partiel (9h/semaine, soit 240 euros
par mois) pour réaliser les ménages. L’activité de restauration des Center Parcs est externalisée
par Elior, dont le personnel a été recruté préalablement, et ne permet pas d’intégrer les
entreprises de restauration locales.
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