eux coups de trompette firent vibrer l`air frais du matin. Devant l

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eux coups de trompette firent vibrer l`air frais du matin. Devant l
eux coups de trompette firent vibrer l’air frais du matin.
Devant l’église de Saint-Georges, les jongleurs répondirent
en dansant et en chantant en chœur. La cour du bon Roi
Arthur était remplie de belles dames en vêtements de soie, de
chevaliers vêtus de leurs plus beaux manteaux et d’enfants qui
criaient et couraient gaiement. Lorsque Gaulance s’avança sur
le long tapis vers l’église, un silence pesant se répandit sur la
foule. À l’entrée de l’église, un esclave se baissa, lui laça ses
chausses de fer qui enveloppèrent ses jambes. Ensuite, il lui
enfila le haubert, une longue robe de mailles de fer qui couvrait
tout son corps. Puis, l’esclave posa sur sa tête le heaume, un
casque de fer. L’esclave lui noua sa ceinture en attachant son
fourreau. Finalement, Gaulance se sentit prêt pour son
adoubement. Il pénétra dans la poussiéreuse église noire qui
était recouverte de mosaïques et de vitraux. Le Roi Arthur et
sa reine Geneviève se tenaient majestueusement sur leurs
trônes, comme des étoiles au cœur d’une nuit noire et obscure.
Le Roi Arthur se leva avec une longue épée, aiguisée et ornée
de rubis et de saphirs, à la main. Il s’approcha du chevalier :
« - Gaulance, je te donne cette épée que j’ai nommée Eclair.
Sache qu’elle a combattu fièrement les infidèles et qu’elle est
venue en aide aux pauvres, aux femmes, et aux enfants. Faisen un digne usage au service de Dieu. »
Gaulance prit l’épée dans ses mains. Dorénavant,
avec le fidèle Eclair à ses côtés, s’ouvrit devant lui le chemin
des prouesses et des aventures. Il sentit aussitôt une grande
joie qui remplit son cœur.
Puis, Gaulance baissa la tête pour recevoir un
petit coup d’épée sur chaque épaule. Le seigneur l’embrassa en
lançant :
« - Tu es désormais chevalier. Honore les chevaliers. Donne
aux pauvres. Aime Dieu. »
Mais, soudain, la Reine Geneviève se leva de son
trône et s’avança vers le chevalier d’un air solennel. Un
silence se répandit sur la foule et tous se préparèrent pour
écouter ses paroles. Avec ses longs cheveux blonds tombant à
ses côtés, la belle reine Geneviève annonça, de sa voix de
rossignol :
« - Mon cher Gaulance, je vous ai toujours aimé comme mon
fils, je vous ai élevé comme un fils. Mais, je dois vous avouer
un petit détail—vous n’êtes pas mon fils, je sais que c’est un
grand choc pour vous. C’est seulement aujourd’hui que j’ai le
courage de vous le dévoiler. Avant de m’assaillir de questions,
laissez-moi raconter mon histoire. Il y a vingt ans, le matin
du 3 mai 1239, je me suis levée de bonne heure. Ma
demoiselle de compagnie pénétra dans ma chambre avec un
paquet sous son bras. Celle-ci déclara que ce paquet m’était
adressé et qu’un personnage singulier vêtu d’une cape noire
l’avait déposé à l’entrée du château. Intriguée, je déchirai
l’emballage et ouvris le paquet de mains tremblantes ; un cri
s’échappa de ma bouche. C’était un bébé enveloppé de linges
blancs, avec de petits yeux scintillants comme des diamants,
des cheveux noirs de jais, et une peau douce et blanche comme
l’ivoire. Un petit sourire mignon éclaira son visage. Ce petit
bébé, mon cher enfant, c’était vous. En vous prenant dans mes
bras, je découvris une petite lettre sur les linges blancs. Je
déchirai l’enveloppe avec des mains tremblantes et lut
seulement quelques mots, quasiment illisibles, écrites en
cursive : « Gardez Gaulance.» Signé « Mantozidia. » J’étais
effrayée ; Mantozidia est connu comme le pire mage noir de ce
monde. Il détruit tout sur son chemin et répand le mal partout.
J’ai cru que vous étiez son fils, mais j’ai été tellement épris
par votre charme et vous sembliez tellement bon que j’étais
certaine que vous ne pourriez être le fils d’un mage aussi
cruel. Voilà—je vous ai raconté votre histoire. Chaque jour, je
regrette que vous ne soyez pas mon fils car vous êtes preux,
courtois, honnête et courageux. Je jure sur mon royaume que
vous n’êtes pas le fils de Mantozidia, mais qu’il cache le secret
de votre parenté. »
Au cours de ce récit, le visage du pauvre Gaulance
semblait devenir de plus en plus pâle. Il ne pouvait pas en
croire ses oreilles. Il n’aurait jamais pu imaginer que la
femme qu’il avait appelée « mère » si longtemps n’avait été que
sa protectrice. Il pensait : « Ma mère, non ma protectrice, non
ma mère…. » Le pauvre chevalier traversa le seuil de l’église,
les jambes tremblantes. Sous ce grand choc, il débordait de
pensées confuses et il se retira comme un somnambule. A la
place d’une foule joyeuse qui l’applaudissait, Gaulance était
entouré de silence ; les visages de ses amis montraient leur
affliction.
Il pénétra dans ses appartements et s’effondra
dans son fauteuil. La confusion et le chagrin régnaient dans
son cœur. Ses pensées s’embrouillaient. Voulant s’échapper
de cette Terre cruelle où régnait le chaos, le chevalier ferma
ses yeux et pénétra dans le monde doux et beau du sommeil.
Au lieu d’un beau rêve, Gaulance s’introduisit
dans un cauchemar ; il se trouvait dans une plaine sans plante,
herbe, ou animal, comme un désert. Quand il leva sa tête, il ne
pouvait distinguer que le noir, une nuit sans étoiles ni lune.
Gaulance discerna des cris aigus qui perçaient le silence du
désert : un vent froid glacial lui fouetta la figure. Des
centaines de corbeaux, noirs comme le jais, venaient de partout
et l’enserraient comme des vautours leur proie avant de le
déguster. Ces oiseaux diaboliques semblaient ricaner comme
des sorcières et gazouillaient : « Garçon sans famille…. Sans
mère, sans père… Tu n’es maintenant qu’un paysan…Tu ne
deviendras jamais roi.» Le pauvre chevalier hurla et hurla…
Il se leva d’un bond et, immédiatement, son cauchemar
s’acheva. Gaulance sut que ce cauchemar reviendrait chaque
nuit s’il n’allait pas défier Mantozidia en combat singulier et
ainsi retrouver ses parents.
Le cœur de Gaulance était lourd… Il appela son
domestique et lui ordonna de préparer son cheval.
« --Prépare mon cheval le plus vite possible. Et, si quelqu’un
me demande lorsque je suis loin, vous pouvez l’informer de
mon départ au château de Mantozidia dans le bois de Scalia. »
À ces mots, le domestique devint pâle comme un fantôme et il
murmura :
« --Monsieur…. Mantozidia… Vous ne reviendrez jamais…
Vous marchez vers votre mort. La Reine sera tellement
inquiète. Monsieur, ne partez pas !
« -- Non. Je ne vais pas changer d’avis. Prépare mon
cheval ! Et vite, » Le domestique s’éloigna en direction des
étables, mais toujours en marmonnant : « Mon maître est
devenu fou. »
Le chevalier fut vite prêt. Il enfila sa cape en jetant
du pain et du fromage dans son sac. Il sauta sur son cheval et
disparut derrière la colline au galop, la cape au vent.
……………………………………………………
Le cheval galopa pendant plusieurs jours à travers
la forêt de Scalia. Le chemin semblait devenir de plus en plus
étroit, les buissons de plus en plus épineux, les arbres de plus
en plus hauts à mesure qu’il s’approchait du château. Gaulance
pensait pouvoir entendre les loups et les renards qui
ricanaient : « Voici encore un autre qui pense pouvoir vaincre
le Grand Sorcier Mantozidia… Il marche vers sa mort….
Ha ha ! »
En luttant contre les épines qui se cramponnaient à
sa cape, Gaulance réussit avec beaucoup de peine à escalader
une raide colline. Il se dressa sur son cheval et en embrassant
le vaste étendu du regard, il distingua à l’horizon les tours
éminentes du château de Mantozidia. Le cœur de Gaulance se
remplit à la fois d’espoir et d’épouvante ; il était à près de dix
minutes de son but ! Gaulance descendit la colline au grand
galop. A mesure qu’il s’approchait du château, il remarquait
que le domicile de Mantozidia semblait être délabré, en ruines.
« Espérons que Mantozidia y habite toujours, ou peut-être estil est mort ? J’espère que oui et j’espère que non ! » s’inquiéta
Gaulance en parlant à son cheval.
Tout à coup, le cheval se cabra. Gaulance sortit
brusquement de ses rêveries. Il attrapa les reines d’un geste
habile. Il se cramponna à la selle, puis il se leva. Un cri de
surprise s’échappa de sa bouche.
Messire Gaulance se trouvait face à l’une des plus
belles et plus féroces créatures que Notre Seigneur n’ait
jamais créé : le grand Dragon de Scalia. Les yeux de ce
dragon, deux grosses émeraudes, roulaient dans ses orbites
comme ceux d’un fou. Des volutes de fumée dansaient autour
de son long groin. Il ouvrit la gueule et poussa un grand cri
aigu : ses dents, blanches comme l’ivoire, ressemblaient à des
couteaux aiguisés à la perfection. Ses écailles, rouges comme
le sang, scintillaient dans la lumière comme des pierres
précieuses. Ses ailes, de deux ou trois mètres de long,
battaient à ses côtés. Sa poitrine ressemblait à une cuirasse,
et de cette énorme cage thoracique jaillissaient deux pattes
délicates au bout desquelles se courbaient ses griffes, blanches
comme l’ivoire. Les pattes énormes du Dragon de Scalia
s’avancèrent vers Gaulance et, à chaque pas, la terre semblait
trembler. La longue queue du dragon se balançait derrière lui
comme un métronome dentelé.
Gaulance retira Eclair de son fourreau d’un geste
rapide. Au même moment, il se protégea du feu que lançait le
dragon en se recroquevillant derrière son bouclier. Il porta
une botte à la hanche du dragon qui tomba en arrière en
hurlant de toutes ses forces. Messire Gauvain se précipita sur
elle. Il enfonça son épée dans le ventre mou du dragon et tenta
d’échapper au jet de sang qui éclaboussait sa tunique. Le
dragon de Scalia poussa un dernier cri avant de s’enrouler
dans une boule. Messire Gaulance retira son épée du corps du
dragon, le décrassa sur l’herbe et le remit dans son fourreau.
Debout, Messire Gaulance tenta d’essuyer ses
yeux couverts de sue avec des mains trempées de sang
écarlate ! Il leva ses yeux et face au spectacle qui se déroulait
devant ses yeux, il ne pouvait que laisser échapper encore un
petit cri d’émerveillement.
Le corps hideux et imbibé de sang et de boue se
métamorphosait petit à petit en corps de Dame, non pas d’une
Dame de tous les jours, mais d’une Demoiselle d’une beauté
captivante qui laissa le pauvre Gaulance bouche bée. Ses
boucles blondes ondulaient à ses côtés ; chaque bouclette
brillante ressemblait à un rayon de soleil. Ses yeux bleus
semblaient s’étendre à l’infini comme un grand tourbillon de
mer azur. Elle leva sa petite main fine d’un geste gracieux afin
d’écarter une fine mèche de ses yeux. Ses grandes lèvres
rouges comme le sang formèrent les mots suivants:
« --Ah. Vous voici. Je vous attendais.
« --Vous m’attendiez ? » balbutia Gaulance, sous le
charme de cette beauté angélique.
« --Lorsque la fée Morgane m’enferma dans le
corps de ce dragon, elle me révéla que seul un chevalier
courtois et courageux, comme vous l’êtes, pourrait me délivrer
de ma prison. Vous êtes mon libérateur ; vous avez le choix de
m’épouser ou de m’abandonner ici et me laisser mourir seule
et…
« -- Vous abandonnez ? Jamais de ma vie, belle
Dame ! Aucune dame ne mériterait de passer la fin de ses
jours dans une terre aussi vulgaire que celle-ci. Je vous aime,
chère Dame, je vous aime de tout mon cœur. Mais, seriezvous d’accord de me prendre comme mari ? Certes, je ne suis
qu’un chevalier, mais je serai toujours là pour vous venir en
aide, vous réconforter dans votre solitude, et…
« -- Beau Chevalier… » murmura-t-elle.
« -- Ma chère Dame, je vous emporterais tout de
suite chez moi, si je le pouvais, mais je suis venu ici afin de
combattre le sorcier Mantozidia qui m’a dérobé à mes parents
à ma naissance… pour son propre plaisir, je suppose.
Maintenant, je cherche à le défier à un combat, et si je le
vaincs, je pourrais enfin retrouver mes origines.
--Ah. » fit la belle Dame, mais son visage
s’assombrit d’inquiétude pour son fiancé, « Mon cher
Chevalier, puisque vous avez combattu avec tel courage et
facilité contre le grand Dragon que nul autre n’avait pu
vaincre, je ne crains aucun danger lors de votre combat avec
Mantozidia. Je vous attendrai ici, beau Chevalier, et pendant
votre absence, je ne prierai que pour votre retour. Je vous
souhaite bonne chance. »
Gaulance s’inclina en baisant la petite main fine de
la Belle Dame. Avec un dernier regard sur cette beauté
resplendissante, Gaulance y tourna le dos et traversa le pontlevis du château en ruines. Trois possibilités s’offraient à lui:
fouiller la grande entrée du château, pénétrer dans une
chambre tout à fait à droite, et à gauche… Avant qu’il puisse
la considérer, un rire diabolique retentit dans les escaliers de
gauche. Cet éclat de l’Enfer fit frissonner la main tremblante
de Gaulance, mais néanmoins il grimpa les escaliers de façon
résolue à la recherche du Grand Mantozidia.
Messire Gaulance franchit la dernière marche de
l’escalier avec prudence. La moitié des marches se fracassèrent
sous son poids ; on aurait pensé que l’escalier délabré n’avait
jamais été utilisé ces derniers deux cents ans. Gaulance
pénétra sur la pointe des pieds dans le couloir obscur et se
pressa vers la seule source de lumière… derrière une petite
porte au fond du couloir. « Le bureau de Mantozidia, » pensa
Gaulance. Il ouvrit la porte grinçante et reçut en pleine figure
un éclat de lumière éblouissant. Il se couvrit les yeux en
lançant un cri de surprise.
« --Je sais bien que c’est vous, Mantozidia et… je
vous demande d’éteindre cette lumière ! »
Gaulance ouit un rire fou et la voix rauque d’un
vieux qui répliqua :
« -- Qui m’ordonne d’éteindre ma lanterne
magique ? Un petit chevalier sans pouvoirs magiques et qui ne
sait que se battre comme une brute…. HA ! HA ! Imbécile. »
Tout de même, la lanterne fut éteinte et le chevalier
put se retourner et enfin… contempler le Diable qui avait
détruit la paix de sa vie parfaite. Son cœur fut envahi de haine.
L’image de sorcier qu’avait imaginé Gaulance se
brisa sur place. Messire Gaulance dévisagea de toutes ses
yeux un homme déformé avec une grosse tête hérissée de
cheveux noirs ; entre les deux épaules, une bosse énorme
comme celle d’un chameau ; de larges pieds, de mains
monstrueuses ; et un système de cuisses et de jambes si
étrangement fourvoyée qu’on aurait pensé que le Grand Dieu
lui-même avait commis une erreur en créant un personnage
aussi insolite.
Le bureau de Mantozidia était aussi alarmant que
l’aspect du sorcier ; dans le noir qui régnait bouillonnaient les
potions magiques comme s’ils récitaient des cantiques de
sorciers. Des trous dans les murs marquaient les coups de
poing que Mantozidia avait du lancer dans une de ses grandes
colères !
« --Je sais bien que je suis laid, » annonça
Mantozidia, « mais l’apparence, ce n’est pas tout. Je cache
bien des talents…des pouvoirs magiques et…
« --Vos talents de combat, de magie… n’ont
aucune importance pour moi. Ce que je veux savoir… mes
parents…. Je vous demande de me donner les noms de mes
parents… Je sais que c’est vous qui m’avez dérobé à ma
famille, c’est vous qui avez détruit la paix de ma vie parfaite,
c’est vous… » Gaulance s’arrêta. Il ne pouvait plus continuer
car le rire fou de Mantozidia résonnait dans ses oreilles.
« -- Le pauvre petit chevalier… ha… ha… sans
pouvoirs..he…he… ordonne au Grand Magicien Mantozidia
que nul n’a pu vaincre… HA !...HA !... de lui donner les
noms de ses parents… Eh, bien… Il faudra que le pauvre
petit chevalier vive sans connaître sa famille… »
« --NON ! NON, je vous dis ! Je vous défie à
un combat, M. Mantozdia. Et, si je gagne, vous me
dévoileriez les noms de mes parents et si je perds, je… »
« --Vous serez mon esclave ? » ricana Mantozidia.
« --Oui, tout ce que vous voudrez ! » annonça
Gaulance. A ce mot, Mantozidia cessa de ricaner et retira son
épée de son fourreau. Gaulance fit de même. Le sorcier hurla :
« --Eh bien, que la bataille commence ! Comme je
me réjouis de posséder un esclave aussi courageux ! »
Mantozidia, toujours en ricanant, porta botte à la
main gauche de Gaulance. Le chevalier l’évita, mais l’épée le
frôla en passant. Sa chemise se déchira et le sang gicla sa
main déjà couverte de sueur. Gaulance se vengea en désarmant
Mantozidia ; le sorcier ne put contenir sa surprise en admirant
l’agilité du chevalier. Mais, loyalement, Gaulance lui rendit
son arme et la bataille se poursuivit pendant plusieurs
heures…
Les deux combattants commençaient à se fatiguer,
surtout Mantozidia. Les coups du vieux Mantozidia
s’amenuisaient et il s’avançait avec beaucoup de peine.
Finalement, celui-ci s’arrêta, haletant, pour reprendre son
souffle. Sans hésiter, Gaulance se jeta sur le dos de
Mantozidia et tenta d’enfoncer son épée dans la bosse du
sorcier. Mais, la bosse était solide comme la pierre et l’épée ne
pouvait pas y pénétrer, même après les grands efforts de
Gaulance.
Tout à coup, après le dernier effort, l’épée avança
d’un millimètre. Mais le sang ne coula pas et le sorcier ne
semblait pas pouvoir ressentir la douleur. « Au nom du Ciel, »
murmura Gaulance et il tenta d’arracher son épée de cette
masse de chair inanimée. Mais, l’épée ne se déplaça pas d’un
millimètre. Elle était coincée !
Soudain, comme si ses forces se renouvelaient
d’un coup, le sorcier rua comme un grand cheval et le pauvre
Gaulance fut jeté en arrière. Aussitôt, il se leva, mais son
épée… elle était toujours coincée dans la bosse du sorcier ! Le
grand sorcier, son épée à la main, avança en ricanant :
« Pauvre, petit chevalier ! Sans épée ! Sans aide ! HA !
HA ! » Aussi vite que la lumière, le chevalier détala. A l’autre
côté de la salle, il découvrit une épée, plus petite que la sienne,
mais, sans hésiter, il se jeta sur le dos du sorcier (qui était
toujours retourné) mais cette fois-ci, Gaulance enfonça son
épée dans la peau au dessous de la bosse. Après que
Mantozidia ait bien crié et que le sang ait bien coulé, Gaulance
la retira.
Menaçant le sorcier avec son épée couverte de
sang, Gaulance lança :
« --Maintenant, révélez le nom de ma famille et….
« --Le duc et la duchesse de Bourgogne. Ils sont à
quelques lieues d’ici… au Sud… Vous m’avez bien battu M.
Le Chevalier… Je vous félicite… Je vous… » acheva-t-il
dans un râle.
Mantozidia ne put finir sa phrase car, à ses mots,
ses yeux se fermèrent et personne ne les vit s’ouvrir de
nouveau (je crois bien, chers lecteurs, personne n’aurait même
osé s’approcher du corps, même mort, d’un sorcier aussi cruel
que Mantozidia).
« Il va vers le diable, je pense bien, » marmonna
Gaulance entre ses dents. Mais, comme tout chevalier
courtois, il enveloppa le corps de sa cape et bénit l’âme du
sorcier. « Je suis sûrement la première personne qui l’ait béni
de toute sa vie.»
Gaulance sentit aussitôt une grande joie remplir
son cœur : il avait maintenant une famille et sa belle Dame qui
l’attendaient. Sans perdre de temps, Gaulance dévala les
escaliers et enjamba le seuil de la porte.
Au moment où le premier rayon de soleil caressa
sa joue, Gaulance se croyait un petit enfant qui ouvre ses yeux
pour la première fois pour découvrir le monde!
Sa Dame accourut à lui, ses boucles ondulantes au
vent et murmura :
« --Vous êtes revenu. Comme je vous ai attendu…
et avec quelle impatience ! » Elle le regarda longuement et elle
demanda :
« -- Quel est le nom de votre chère famille ? »
« -- Le Duc et La Duchesse de Bourgogne !»
s’écria le chevalier, joyeusement, « Chère Dame, voulez-vous
m’accompagner ?
« -- Cher Chevalier, je vous suivrai jusqu’à la
mort ! »
« --Merci, chère dame. Merci ! »
Après que les deux amoureux furent bien installés
à cheval, Gaulance frappa tout doucement le cheval et l’animal
partit au grand galop en direction du Sud vers le royaume des
rêves qui deviennent réels.
A mesure que Gaulance et sa Dame s’éloignaient
du château de Mantozidia, il semblait que la beauté de la
Nature se manifestait de nouveau ! Les grenouilles
gazouillaient, les oiseaux chantonnaient, les lapins
gambadaient… toute la Nature était en fleur ! La joie régnait,
surtout dans le cœur de Gaulance.
Il semblait qu’à mesure que les deux cavaliers
s’approchaient du palais du Duc de Bourgogne, la silhouette
des tours poussaient, petit à petit, comme des pâquerettes. Les
mains du chevalier tremblaient : Gaulance avait même de la
peine à tenir les rênes. Il semblait qu’à chaque fois qu’il les
empoignait, elles s’échappaient de son emprise.
Gaulance crut même que sa Dame pouvait
discerner la pulsation rapide de son cœur à travers le clapotis
des sabots du cheval. Tic…Toc....Clip….Clip.....Tic…Clop
…Clip…Tic…Toc… Le clapotis des sabots et la
pulsation de son cœur s’entremêlaient pour former une belle
chanson. Ses rêveries furent interrompues par la voix douce
de sa Dame :
« --Cher Chevalier, regarde bien. »
Devant leurs yeux se dressait le plus beau château
que le chevalier n’ait jamais contemplé. L’ombre éminente des
tours semblait s’étendre jusqu’à l’infini. Les pierres
précieuses qui ornaient la muraille clignotaient comme des
étoiles. Entre chaque pierre avaient été placées, très
délicatement, des fines plaques d’or. L’ensemble était si
scintillant, si magnifique que le chevalier avait l’impression de
se trouver face au soleil.
Gaulance traversa le fossé et pénétra dans la cour.
Un jeune serviteur accourut. Gaulance sauta de son cheval et
aida sa belle Dame à descendre. Gaulance lâcha la bride au
jeune serviteur et celui-ci dirigea le cheval vers l’étable.
« --Où pourrais-je trouver le seigneur du
château ? » lui demanda Gaulance
« -- Tout droit devant vous, messire.
« -- Merci. » répliqua Gaulance en lui lançant une
pièce.
Bong…Boum…battait le cœur de
Gaulance…Bong…Boum…. Chaque pulsation causait un
réel tremblement de terre dans le cœur de Gaulance, pire même
que les vibrations des sabots de son cheval…Bong…Boum…
A la porte de la salle, la Dame murmura :
« --Je vous attendrai ici. »
Gaulance acquiesça d’un signe de tête et pénétra
dans la salle. Des fresques démontrant des scènes de chasse et
de bataille ornaient les murs, et des manuscrits immenses,
agrémentés d’or et de pierres précieuses, étaient répandus
autour de la salle. Au centre se dressaient la Comtesse et le
Comte Bourguignonne. Le Comte se tenait droit sur son
trône, d’un air sévère. Par contre, ses yeux, couleur noisette,
semblaient cacher une grande bonté. Des rides parcouraient
son visage bronzé. La Comtesse leva sa tête et Gaulance put
admirer son visage. Ses yeux, profonds comme l’océan,
renfermaient un grand chagrin, mais son visage semblait
aussi jeune que celle d’une Dame d’une vingtaine d’années.
Quelques mèches brunes s’étaient échappés de son chignon et
délicatement encadraient son visage. En apercevant Gaulance,
elle annonça :
« --Il me semble que nous avons un visiteur. Quel
est votre nom, étranger ?
« --Gaulance de Bourguignonne, à votre service, »
répliqua Gaulance en faisant une révérence. Les yeux de la
belle Comtesse s’assombrirent et son visage se troubla :
« --Non, ce n’est pas possible. Ne jouez pas de
tours, chevalier ! Nous avons parcouru tout le pays à sa
recherche et nul n’a pu le trouver… Non, ce n’est possible…
« --J’ai été enlevé par le grand sorcier Mantozidia
qui m’a abandonné au château du Roi Arthur et de la Reine
Gueneviève qui m’ont accueilli avec…
La Comtesse se leva d’un bond. Ses yeux
s’écarquillèrent et semblaient se remplir de joie, puis de doute
et encore de joie :
« --Mais, » balbutia-t-elle « Gaulance… A sa
naissance, quand je le tenais dans mes bras pour la première
fois, comme je me souviens de ses yeux, bleus comme l’azur,
comme la mer, que je croyais même entendre les grandes
vagues de l’océan… Les yeux je crois les reconnaître…. Je
les reconnais… C’est toi… C’est Gaulance… mon chéri…
mon FILS ! » Elle accourut à Gaulance et l’embrassa
comme mère envers un fils retrouvé. Les larmes ruisselaient
sur ses joues. Les émotions ressenties furent tellement
nombreuses qu’il me prendrait bien vingt pages pour vous les
raconter : donc, chers lecteurs, je vous épargnerai cette longue
lecture !
En conclusion, comme dans tout conte de fée,
Gaulance s’installa au château, épousa sa belle Dame
(heureusement, Gaulance pensa à apprendre le nom de sa
Belle Dame, et d’autres détails de ce genre, avant leur
mariage), et tous les deux eurent beaucoup d’enfants.
Gaulance fut aimé par ses parents, sa femme et ses enfants. Il
ne demanda pas mieux—et donc a vécu content.
FIN
Par : Janelle 5e1