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s pasm Le bulletin de la Société Parisienne d’Aide à la Santé Mentale NUMÉRO 1 - Mars 2005 sommaire Pleins phares sur l’UAPF L’animation à Chantemerle Voiles en Tête Point de vue Les passagers de la SPASM Après Mogador Témoignages Journée portes ouvertes au CAT Bastille > Parcours au CAT Bastille Éditorial Voici enfin le premier numéro du bulletin de la SPASM. Je l'appelais de mes vœux depuis longtemps. S'il est indispensable que les personnes en soin soient informées des actions proposées par la SPASM, il est important que d'autres en soient avisées : les différentes équipes de la SPASM, les membres du Conseil d'administration, les membres de l'association, les administrations qui agréent et financent nos établissements, les élus qui soutiennent nos projets et ceux qui s'adressent à nous et nous portent amitié et estime. En effet, l'information sur les actions de soin et d'insertion en psychiatrie passe du silence, trop souvent synonyme d'indifférence, au scandale, si propice au rejet. Pourtant, de très nombreuses personnes (1 000 à 1 200 chaque année) se soignent et s'insèrent grâce à nos “soins en insertion”. Ce travail mérite d'être exposé de temps à autre, en termes compréhensibles pour tous ; telle est la mission du bulletin de la SPASM. Vous y trouverez quelques exemples, articles, récits, réflexions et illustrations retraçant en partie l'actualité de la SPASM. Dans ce premier numéro, nous remontons jusqu'à 2003. Il est même fait référence, ici ou là, à un passé beaucoup plus ancien. Mais c'est naturellement au-delà du passé et dans les figures du présent, l'invention du futur qui nous intéresse : celui-ci mérite d'être construit ensemble. C'est pourquoi nous attendons vos interrogations et suggestions. Longue vie donc à ce bulletin : qu'il contribue à mieux nous décrire, nous interroger et ainsi à faire progresser cet objectif de soins en insertion, empreint d'humanisme et soucieux d'efficacité. > Témoignage d’un travailleur de l’atelier bureautique > Mon cheminement au CAT Jean-Louis Armand-Laroche Président de la SPASM > Autre témoignage 1 P A leins phares sur En cela pourtant, rien de vraiment différent, sauf qu’il s’agit d’un accueil groupal. Là où d’autres ont fait le choix de prendre le Sujet pour l’amener à l’Être, nous accueillons la famille avec ses enchevêtrements, ses doubles liens, ses paradoxes. À travers les premiers entretiens familiaux, notre hypothèse de travail vise à considérer que l’évolution du sujet désigné comme malade est en étroite corrélation avec l’évolution de ceux qui le désignent comme tel. Partant de cette hypothèse, nous sommes particulièrement à l’écoute de ce que chacun a à dire des autres. Le cadre de l’accueil n’est pas prédéterminé, il est coconstruit avec le patient, sa famille et nous-mêmes. Entre famille et institutions Notre Unité d’Accueil et de Psychothérapie Familiale (UAPF) est un hôpital de jour pour adultes, qui reçoit une vingtaine de patients. Cette simple définition, ne laisse en rien paraître l’originalité de son fonctionnement. « Sa conception remonte au début des années 70 dans le cadre de notre association fondée et dirigée alors par le Docteur Bernard Jolivet. À l’époque la politique de secteur est encore une idée neuve, et la création d’un service d’hospitalisation à domicile (HAD) pouvait offrir une réponse à ce vaste mouvement de désaliénation mettant le patient hors des murs de l’hôpital psychiatrique. L’acte théorique qui sous-tendit cette création fut résolument psychanalytique et le premier médecin à avoir ce service en charge, Michel Sylvestre, lacanien s’il en fût, lui imprima son originalité, renversant les conformismes établis. L’arrivée quelques années plus tard de Robert Neuburger créa de fait un couple Ici au moins, original d’une très grande créativité. Cette fécondité ne peut se comprendre j’ai le droit qu’à la condition de prendre en compte d’être malade. » son inscription dans un cadre plus vaste, celui de la SPASM, permettant des expériences nouvelles. La famille institutionnelle est l’enveloppe matricielle qui va permettre à cette HAD de se transformer pour donner naissance à l’UAPF : sous la houlette de R. Neuburger, elle prendra une identité résolument systémique mais sans jamais renier sa filiation psychanalytique, ce qui participe à son originalité. L’UAPF accueille au cœur de Paris, dans le cadre d’un ancien hôtel particulier, des “situations” plus que des patients. Des situations où prédominent une difficile, voire impossible séparation, où la codépendance mutile l’accès à l’être-soi. 2 l’UAPF Cet accueil a ceci de particulier qu’il propose un contenant sans un véritable contenu. Le contenant est représenté par le cadre institutionnel où se situe le lieu du groupe (soignés et soignants). Il peut s’y ajouter un ou plusieurs membres de la famille du sujet désigné, qui viennent passer du temps dans le groupe et/ou aux repas. Le contenu, lui, en apparence n’existe pas, puisqu’il est proposé de « ne rien faire ». Cette absence « de faire » cherche à éviter que le patient ne s’oxyde dans un activisme occupationnel dont d’ailleurs souvent il ne veut pas. Un patient disait un jour :«Ici au moins,j’ai le droit d’être malade. » Sa famille le sait bien, qui déclare « ne plus savoir quoi faire pour lui ». Nous ne savons pas non plus. Ce choix d’absence d’activité, au caractère volontairement provocateur, repose sur plusieurs hypothèses qui sont des repères pour notre travail clinique : > La première hypothèse suppose que les membres de la famille du patient sont ceux qui le connaissent le mieux. À partir de là, il nous paraît difficile de nous substituer à eux pour savoir ce qu’il y a à faire ; > La deuxième hypothèse suppose que, si nous n’occupons pas cette place à laquelle la famille voudrait nous mettre (celle de ceux qui savent à sa place et s’occuperont de lui), nous allons pouvoir travailler avec elle sur la place que le patient occupe chez elle. En d’autres termes, nous allons essayer de comprendre quelle est la fonction de cette personne dans sa famille. Dans ce but, l’accueil est ponctué d’entretiens familiaux réguliers ; > La troisième hypothèse suppose que le patient va nous éclairer sur cette place qu’il occupe, par la manière qu’il aura d’établir des relations dans le cadre de l’accueil que nous lui proposons ; > La quatrième hypothèse suppose que les mouvements que va engendrer la mobilisation de la famille vont créer les conditions pour qu’une redistribution des places et des rôles voie le jour. Dès lors, si le patient a toujours le droit d’être malade, il peut aussi être autrement ainsi que sa famille. Dans la pratique clinique, ces hypothèses nous ont été fort utiles, démontrant dans l’après-coup leur bien-fondé. Denis DUVAL - Psychologue UAPF Dr Ignacio GARCIA ORAD - Médecin chef UAPF A E 1 1 B 4 J I 1 6 2 L’animation à Chantemerle « Chantemerle est une Maison de repos Spécialisée, située au bord de la Seine, à Bois le Roi (77). On y découvre, au cours d’un séjour d’un mois, qu’une autre manière de vivre ses soins et plus généralement sa vie est possible. L’animation contribue à cette découverte. Elle est soutenue par deux animateurs : Michèle Guyot et Jean-François Bruch. Jean-François Bruch nous fait part de ses réflexions sur le métier d’animateur à Chantemerle, tandis que Michèle Guyot nous livre le témoignage d’un correspondant de la Gazette de Chantemerle : lors de son séjour à la maison de repos, cet homme participa à l’écriture de cette gazette, il conserve depuis un certain lien avec ce journal… ». Papa travaille, il joue au scrabble ! Voiles en Tête En 2004, à nouveau, un équipage composé de 5 personnes en soin et de deux encadrants a représenté notre Association à la 13e édition de la Régate “Voiles en Tête”. Celle-ci a réuni du 5 au 11 juin, à partir de la Rochelle, les équipages de 19 voiliers représentant autant d’établissements de soin en psychiatrie et de CAT. De nombreuses manches furent courues entre la Rochelle et les îles de Ré, Aix et Oléron. Mais, au-delà du défi sportif, c’est de l’aventure humaine que nous tenterons de rendre compte, avec un peu de recul dans le prochain numéro du bulletin. En attendant, nous vous laissons découvrir ces deux images de la rencontre et pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur cette expérience originale de soin, rendezvous sur le site de l’association sport-en-tête (http://www.sport-en-tête.com) ou contactez-nous au ([email protected]). P.ASTRE C. PONNELLE Ou aux échecs, s’il n’est pas au cinéma ou en train de faire une promenade en forêt ou du tir à l’arc… Il a fallu que mes enfants grandissent pour intégrer une représentation plus précise de mon activité professionnelle et celle du travail en général ! S’occuper d’animation dans le cadre de la Maison de Repos Chantemerle, spécialisée en psychiatrie, c’est tenter de maintenir quelque chose de paradoxal, la dimension de l’activité et de la découverte dans un lieu où le mot “repos” pourrait induire plutôt de la passivité. De part la brièveté des séjours des patients, le personnel de Chantemerle vit dans un état permanent de rencontre avec l’autre, des autres. Les semaines ne sont jamais pareilles, l’écoute ne s’émousse pas, les patients y veillent et nous apprennent sans cesse à nous remettre sur l’ouvrage. Bien que Chantemerle soit situé en bord de Seine, la vie n’y est pas pour autant un long fleuve tranquille ; nous sommes confrontés aux petits et grands drames de la vie. Les réunions cliniques et théoriques ne sont pas de trop pour décoder ce qui se rejoue au niveau de l’institution et tenter de mettre du sens à notre action. Mais revenons donc au jeu de scrabble : savez-vous que le mot psychose, bien placé sur le damier, peut rapporter une fortune ? L 3 Jean-François BRUCH La gazette... La gazette... La gazette... La gazette...La La gazette... La gazette... La Témoignage gazette... La gazette... Cela va faire deux ans que je me suis découvert une âme de poète, grâce à la gazette. Deux ans que j’envoie au gré du temps et de mon inspiration, des fragments de vie, la mienne, parfois celle des autres, je ne m’en lasse pas, j’y ai pris goût, c’est comme un besoin, une drogue, une forme de thérapie. Quel plaisir quand, dans ma boîte aux lettres, je trouve entre deux factures, l’enveloppe contenant les précieux feuillets du journal. Je lis avec une certaine volupté, les diverses rubriques, les messages, les poèmes, les rires, les témoignages parfois touchants. Que de moments partagés dans l’ivresse de ces pages. Comme un égoïste, j’oublie de remercier l’instigatrice, l’âme principale de ce journal. Tout le monde aura reconnu Michèle, la gentille Michèle qui se démène sans compter, sautant parfois un repas pour imprimer nos histoires. Je suis resté deux mois à Chantemerle et j’en garde un excellent souvenir, malgré le mal-être qui m’habitait à l’époque. C’est toujours avec un pincement au cœur que je retourne de temps en temps à Bois le Roi, revoir une tranche de vie qui m’a été chère. Je n’avais jamais écrit auparavant, manque de temps, peut-être rien à raconter, et pourtant le besoin était là, mais devant une page vide, par où commencer ? Grâce à ce journal, ce bout d’humanité, ce fragment de nous, les écrivains en herbe de Chantemerle, je me sens plus apaisé, presque reposé, en un mot, détendu. Merci à Michèle de nous soutenir et de nous aider encore et toujours. Ce journal, cette gazette, c’est un peu nous, mais c’est surtout, vous. On vous aime, ne changez rien ! Chelmi. 3 > Témoignages journée portes ouvertes fêtes, des repas à thème. L’été on sert les repas dans la cour sous les parasols. Nous installons une plonge et un office cuisine à la cafétéria. C’est très dur car il n’y a pas de place. En 2000, je me remets à faire des progrès, je m’inscris à l’informatique pour réactualiser mon ancienne profession. C’est très intéressant. Je saisis les menus pour le midi.Avant d’entrer au CAT j’ai travaillé comme employée de bureau. En 2003, réouverture après les travaux d’un nouveau restaurant au rez-de-chaussée. On perd des clients à cause du changement. Maintenant nous atteignons de nouveau 100 couverts. Le matin j’arrive à 8h30. Je vais au vestiaire pour mettre ma tenue de travail. Nous avons un lieu avec nos vêtements de rechange. Je descends les chaises dans la salle, je remplis les paniers d’assaisonnement et les sucrières, après je nettoie les tâches sur le carrelage en ciment et le placard où l’on range le sel, le vinaigre et l’huile. Après notre bon repas, c’est le service. Il faut aller très vite, pour remplacer les sets de table, pour Autre témoignage Après avoir passé quelques entretiens avec l’équipe du CAT et le directeur du PROCOP, au bout de deux mois de stage, j’ai été embauché en tant que Barman. Je n’étais par sûr de moi et sceptique quant à mon embauche définitive. Quatre mois plus tard, j’ai décidé de démissionner avec un peu de regret, mais ma décision était prise malgré l’appui de mes référents et le directeur du « J’ai malgré PROCOP. J’ai accumulé la fatigue du tout appris travail et du rythme car au PROCOP, beaucoup il y a beaucoup de travail. de choses… » J’ai signé mon préavis que j’ai remis au directeur du CAT et à l’employeur du PROCOP. J’ai repris une fonction au CAT dans l’unité restauration. J’ai malgré tout appris beaucoup de choses au cours de ces stages. L’ambiance était excellente et l’apprentissage très instructif. Je ne considère pas ma démission au PROCOP comme un échec, mais plutôt comme une bonne expérience. Toutes les personnes que j’ai eu l’occasion de côtoyer étaient très compréhensives et très respectueuses de mon statut de travailleur handicapé avec mes faiblesses et mon expérience. Ronald. les nouveaux arrivants. Mon cheminement au CAT m’a été favorable sur beaucoup de points. Premièrement je me suis fait des amis différents de ceux que j’avais eus dans le 16e où j’habitais. J’ai appris aussi à rire. J’ai gardé des relations durables. Comme on dit, on reconnaît ses amis dans la difficulté. Le CAT m’a redonné foi en moi. Je me sentais aérienne et légère. Le paiement régulier de mon salaire à la fin du mois à permis que j’économise de l’argent pour m’acheter un logement. En même temps j’ai pu décorer mon logement et m’installer ; la paie m’a permis aussi de partir en vacances. Quand je vais à l’étranger ça me permet de pratiquer mon anglais et mon espagnol. Toute ma période au CAT, m’a rendu fiable. Je me suis mis à savoir faire du ménage, de la cuisine malgré une inhibition de l’écriture et du calcul. Enfin je me suis intéressée à l’informatique et cela s’est bien développé dans ma tête Martine. « Il y a plus d’un an, le 23 octobre 2003, le CAT (Centre d’Aide par le Travail) Bastille tenait sa journée portes ouvertes dans ses locaux enfin rénovés ! Plus de 200 personnes participèrent à cette manifestation. L’après-midi, une table ronde présentait le cheminement des personnes travaillant au CAT, depuis leur admission jusqu’à, pour la plupart de ces personnes, leurs expériences de travail en entreprise voire leur intégration en entreprise. Les 3/4 des intervenants à cette table ronde étaient les intéressés eux-même. Portes ouvertes sur leurs témoignages. » > Témoignages journée portes ouvertes Parcours au CAT BASTILLE > Je suis arrivée au CAT Bastille en février 1992 : il me semble que c’était vraiment un choix, non quelque chose de subi. Je n’ai pas eu mon baccalauréat (2 échecs à l’oral). Aussi ai-je décidé de faire une formation accélérée pour apprendre la dactylo. J’ai travaillé d’abord en intérim (dactylo, standard, opératrice de saisie), puis comme vacataire au ministère des Affaires étrangères (vacation de 4 mois par an à temps incomplet) pendant quelques années, et pendant deux ans comme caissière au libre-service dans un Monoprix. À part ces périodes de travail discontinues, de grands “blancs” dans mon curriculum vitæ. Quand plus tard, je recherchais un emploi “durable” en épluchant les petites annonces, en répondant à des rendez-vous, j’ai vite compris que c’était en vain… et que le temps passait. En tant que chômeuse de longue durée (plus d’un an au chômage, j’ai pu bénéficier d’une remise à niveau secrétariat et bureautique durant une période de six mois “rémunérée” : j’insiste sur ce terme, car je redevenais quelqu’un à part entière : j’avais de nouveau une place dans la société, je travaillais, j’étais utile. Ensuite à nouveau “petites annonces” : rien. Le vide complet.Alors je me suis rendue compte qu’il fallait m’y prendre autrement : puisqu’on ne voulait pas de moi dans le milieu dit “ordinaire”, j’allais procéder différemment. Avec de l’aide. Je suis allée voir une équipe d’EPSR* (à Créteil), j’ai également rencontré des gens de la COTOREP. J’ai d’ailleurs passé un concours * Equipe de préparation et de Suite au Reclassement > Témoignages journée portes ouvertes COTOREP que j’ai réussi à rater. Étant plus jeune, j’avais passé des concours de la fonction publique : également ratés. (Je crois vraiment que les examens et les concours n’ont jamais été mon “fort”). Et l’idée a fait petit à petit son chemin : pourquoi ne pas faire une demande en CAT ? (Un endroit qui accepte au départ les gens comme ils sont : sans a priori). Être reconnue pour ce que je savais et pouvais faire. Pour moi le handicap n’est pas une tare :c’est un atout si en le connaissant on “fait avec”. Ne pas l’ignorer mais en faire un compagnon de route. J’ai donc fait une demande pour rentrer au CAT Bastille (C’était pour me « J’existe remettre “le pied à l’étrier” comme je à part l’écrivais dans ma lettre de motivation au CAT). Je savais que je voulais entière ! » travailler dans le secrétariat en général. La Bureautique : je l’ignorai dans sa totalité, n’ayant jamais touché à un ordinateur. Cela m’a beaucoup aidé même si les débuts étaient difficiles (me sentir quelqu’un parce que je travaillais, avoir des horaires fixes dans la journée). Quelques mois plus tard, en décembre 1992, j’ai commencé les prestations chez différents clients (j’ai vraiment cru à l’époque que c’est par ce biais que l’on pouvait se réinsérer : cela n’a pas été le cas), mais j’en ai tiré des points positifs : les sociétés qui faisaient le pari d’ouvrir leurs portes à des “handicapés” reconnaissaient leur valeur, leur capacité à travailler bien, à s’intégrer. Cela m’a également aidé que des gens de l’extérieur puissent vous regarder comme l’un des leurs “au moins au niveau du travail”. Ils m’acceptaient dans le travail pour le côté “professionnel”, parfois pour le côté caractère. Je suis toujours ici mais je ne suis pas amère. Ce n’est pas le contenant ou l’enveloppe qui compte, c’est ce que l’on met dedans : le contenu. Mon travail m’intéresse beaucoup, et tous les jours j’apprends du nouveau. J’ai appris aussi à accepter un peu plus les autres même si c’est parfois difficile et “lourd” à supporter. Quand, à cause du handicap, on a longtemps eu cette impression d’être à l’écart, rejeté, on s’est replié sur soi : c’est important le côté relationnel, le côté social que l’on peut avoir dans un lieu de travail dont nous avons été écartés par le fait même de nos problèmes qui nous isolaient. Je crois pouvoir dire aujourd’hui que je suis heureuse d’être ici, et que mon travail m’intéresse. Je ne pense pas être blasée. On me connaît : défauts et qualités et surtout J’EXISTE À PART ENTIÈRE. Élisabeth. Témoignage d’un travailleur de l’atelier bureautique Je m’appelle Paolo et j’ai 32 ans. Je suis au CAT Bastille en bureautique depuis 9 mois. Mon parcours d’avant le CAT est éclectique. « J’avais pris des mauvaises habitudes » Bachelier scientifique à l’âge de 18 ans, j’ai suivi par la suite un DEUG de Mathématique et de Physique à PARIS 7 (Faculté de Jussieu). Parallèlement à mes études, passionné de musique, avec des amis d’enfance nous montions u n g ro u p e d e Ro c k - B l u e s . Au début, nous étions des amateurs, jouant principalement dans les facultés et les lycées. Puis, nous avons joué dans les bars, les café-concerts et dans des festivals. C’est à ce moment que commencent mes problèmes de santé. En effet, je n’avais plus de temps à consacrer à mes études et j’avais pris des mauvaises habitudes. Je me couchais au petit matin et je me levais en fin d’après midi. Bref, je vivais la nuit. Je buvais de l’alcool et fumais non seulement des cigarettes, mais aussi du cannabis. Il m’a fallut deux ans de rééducation pour me remettre d’aplomb. Fin 1991, j’étais hospitalisé pour la première fois en psychiatrie et en secteur fermé. Je faisais une grosse dépression qui empira par la suite. Finalement, après une orientation COTOREP en CAT, je fis un stage découverte au CAT Bastille en bureautique. Ce CAT m’avait été conseillé par la psychologue du travail. Mon stage s’est très bien déroulé et en décembre 2002, j’intégrais le CAT. J’ai trouvé des personnes comme moi, qui avaient des problèmes de santé, qui voulaient s’en sortir et au lieu de tourner en rond chez moi, je me sentais de nouveau utile à quelque chose. En 6 mois, j’ai pris 40 kilos passant de 68 à 110 kilos. J’ai rechuté plusieurs fois par la suite, interné en hôpital psychiatrique. Après plusieurs tentatives de suicide essayant de me réinsérer seul, je décidais de partir faire des études de langues à l’université de Rome en Italie. Ne prenant plus mes médicaments (pensant être guéri) et ayant coupé les ponts avec la psychiatrie, je rechutais et en mai 1996, à Paris, je décidais de me défenestrer. Malheureusement, suite à cette tentative de suicide, on m’amputa du pied droit et mon pied gauche était sérieusement handicapé. Ensuite, je n’ai pratiquement rien fait. Je fumais deux paquets de cigarettes par jour et je passais mon temps à regarder la télévision. J’ai repris confiance en moi et j’ai une vie plus structurée qu’auparavant. Je me lève le matin et je suis fatigué le soir mais c’est une bonne fatigue car le travail me plait. J’ai des projets de formation et je me sens revivre. Paolo. Mon cheminement au CAT Je suis entrée au CAT en mai 1984 dans l’atelier de façonnage pour faire du travail manuel. Le matin je prépare également les jus de fruit et les sandwiches à la cafétéria. L’après-midi je nettoie le carrelage « Toute ma et le percolateur. période au CAT, m’a rendu fiable. » Six mois après je fais partie du groupe des travailleurs qui démarre l’activité restauration au CAT (nous sommes trois). Je réchauffe les plats qui viennent de la rue de Liège et je prépare les horsd’œuvre. Comme j’ai progressé, on me propose une activité restauration à Liège, (siège social). Le matin je coupe le pain, remplis les carafes d’eau et dresse les piles d’assiettes pour le plat du jour, les horsd’œuvre et les desserts. À midi me voici dans une grande salle à manger. Il y a beaucoup de monde. Je prends les commandes. Après le repas je passe le balai sur le parquet. À la Noël, il y a le repas à Liège du CAT Bastille et de toute la SPASM. C’est très bon mais il y a beaucoup de travail. En 1989, je reviens au CAT Bastille. J’en avais marre de la prestation. Je suis à la cuisine pour nettoyer les casseroles, cuire la viande à la minute. Je m’occupe aussi des commandes par téléphone chez les fournisseurs. L’année d’après je sers en salle. Je prends les commandes et j’encaisse mes tables, j’ai du mal à rendre la monnaie. Après le service je fais une feuille de caisse pour la comptabilité. En 1993, j’arrête la caisse. Le travail est dur. Je descends à la cafétéria pour préparer et servir toute la journée les cafés, les thés et les boissons. Je m’occupe de la réserve à boisson. En 1994, c’est l’ouverture officielle du restaurant sur l’extérieur. Il y a beaucoup de monde. Je remonte faire le service à midi. Il y a du remue ménage par ma présence pendant le service. On organise des Après Mogador Le centre Mogador est une Unité de Soins de Réadaptation qui prépare des personnes souffrant de troubles psychiques à un meilleur accès à la vie sociale et au monde du travail. Voici un interview publié dans “Cap Vers”, petit journal créé au Centre Mogador par un groupe de patients. Point de vue Les passagers de la SPASM > Lorsque le Docteur Jolivet imagina de créer notre association, se doutait-il que celle-ci proposerait une telle palette de services aux usagers de la psychiatrie en 2005 ? Et pourtant ce n’est pas encore assez ! Notre société est en pleine mutation, technologique, sociale, médicale, etc. La psychiatrie se cherche et nous cherchons les psychiatres dont le nombre a considérablement diminué ces dernières années. On change les données du système en supprimant des lits dans les grands hôpitaux et en “plaçant” les malades “chroniques” dans de petites structures censées pallier cette grande braderie. Les moyens humains et matériels sont-ils suffisants pour accompagner les malades dans cette nouvelle forme d’insertions ? Faut-il répondre aux besoins politiques ou mettre en œuvre la créativité spasmique en proposant un peu d’originalité dans ce paysage médico-social assombri par l’obsession gestionnaire ? Les patients qui fréquentent les services de la SPASM y passent un temps court ou long, selon leurs besoins, voire leur choix. Ils représentent nos passagers. Leur proposerons-nous d’autres voyages ? Après tout, nous avons bien le droit encore d’inventer ! Jean-François BRUCH Animateur à Chantemerle SPASM Société Parisienne d’Aide à la Santé Mentale 31, rue de Liège - 75008 Paris Tél. : 01 43 87 60 51 Fax : 01 42 94 91 35 Email : [email protected] 4 La patiente qui est interviewée ici par une autre patiente, a bénéficié d’un suivi sous forme d’entretiens alors qu’elle était sortie du Centre Mogador. Ce suivi des patients, lorsqu’ils retournent vers le milieu ordinaire, nous paraît indispensable compte tenu de leur fragilité. Mlle L. a eu en effet quelques moments difficiles, qui je pense ont pu être dépassés du simple fait qu’elle ait pu venir m’en parler. Ceci m’a amené à prendre contact avec son psychiatre traitant qui a pu lui prescrire quelques courts arrêts de travail qui n’ont pas remis en cause son contrat de qualification. Aujourd’hui au Centre Mogador nous nous interrogeons sur ce suivi qui se fait hors prise en charge. Doit-il être fait par nous ou par d’autres ? Dans tous les cas il nous semble que ce suivi doit être assuré par des “spécialistes” de la réinsertion professionnelle en santé mentale. > Sylviane LOTIN Responsable et conseillère professionnelle au Centre Mogador. Q : Peux-tu évoquer quand et comment tes problèmes ont commencé ? R : Peut-être y avait-il un certain malaise déjà depuis la fin de l’adolescence (pour remonter au début). Mais qui n’empêchait pas les relations sociales ou le travail. Il y a quelques années seulement que les choses se sont dégradées à la suite de soucis familiaux (plusieurs décès consécutifs dans la famille). Après une première courte admission à Mogador (en 2000) bientôt suivie d’une rechute, l’entrée durable au Centre s’est faite en avril 2001. > > > Q : Mogador a-t-il vraiment correspondu à ce que tu en attendais ? R : Oui, mais surtout vers la fin quand j’ai mieux compris ce que l’on pouvait attendre du Centre. Car, au départ, notamment, je n’avais pas de projet professionnel défini. Je n’avais pas vraiment d’expérience professionnelle car je n’avais fait jusque-là que de petits boulots. Q : Comment s’est passée l’insertion à Mogador au début, vis-à-vis de l’encadrement et dans le groupe de sociothérapie ? R : M’insérer dans le groupe de sociothérapie n’a pas été facile. C’est que, je pense, je suis quelqu’un de “toujours sur la défensive”. Je n’étais pas très à l’aise avec les autres dans ce milieu “médical”. Mais peut-être que cette raison n’est – du moins en partie – qu’un prétexte pour ne pas aller vers les autres (même si les autres sont aussi des êtres humains). L’étiquette “maladie” m’a toujours parue lourde à porter. À Mogador les autres, dans la mesure où ils étaient des “malades” me renvoyaient une mauvaise image (de moi-même) : l’effet miroir. Pourtant il y a quand même en une période où j’allais assez régulièrement dans le groupe, et j’appréciais même assez cela. Et j’ai d’ailleurs rencontré des personnes très enrichissantes à Mogador. Fréquenter le Centre m’a quand même permis d’arriver à une meilleure acceptation de la “maladie” et du fait qu’être malade n’empêchait pas de s’insérer dans la société. Q : Qu’est-ce que tu préférais faire à Mogador ? R : Dans l’ensemble, à la sociothérapie je préférais plutôt les activités comme la bureautique (d’abord à Mogador puis à ACTIF), et le bilan de compétence avec Mme Errahmane (c’est ce qui a permis d’envisager l’orientation vers des stages à EDF), mais, par contre, je n’ai pas essayé de participer aux ateliers comme le “travail en jeu”, le psychodrame ou la créativité. Q : Quel cheminement y a-t-il eu ensuite vers le travail ? R : À un moment, j’ai préparé un DAE (diplôme remplaçant le Bac), mais pour finalement y renoncer au bout de trois mois. Puis j’ai fait un premier stage d’un mois en juillet 2002 à la Mission AGIRe d’EDF. Enfin je suis retournée de nouveau à EDF mais pour un Contrat de Qualification en Alternance, tout en suivant des cours de secrétariat (Bac Pro Secrétariat), où je suis en compagnie d’élèves plus jeunes que moi – mais de 20 à 22 ans (un peu plus que l’âge du Bac donc). Je suis réellement employée d’EDF pendant deux ans, en vue d’un CDI que l’école et EDF vont m’aider à trouver. J’ai bien réussi ma première année et j’ai confiance pour la deuxième. EN GUISE DE CONCLUSION : « J’ai le sentiment d’avoir eu de sérieuses difficultés et de revenir de loin. Il a fallu le soutien de mon entourage, de mon médecin et la fréquentation de Mogador pour repartir du bon pied. À propos de Mogador, je voudrais remercier ici, outre Mme Errahmane, Mme Lotin, ma référente, qui m’a beaucoup soutenue. » Interview recueillie par J. F. M.