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Le
bulletin
de la
Société Parisienne d’Aide à la Santé Mentale
NUMÉRO 1
- Mars 2005
sommaire
Pleins phares sur
l’UAPF
L’animation à
Chantemerle
Voiles
en Tête
Point de vue
Les passagers
de la SPASM
Après Mogador
Témoignages
Journée
portes ouvertes
au CAT Bastille
> Parcours au
CAT Bastille
Éditorial
Voici enfin le premier numéro du bulletin de la SPASM.
Je l'appelais de mes vœux depuis longtemps. S'il est indispensable
que les personnes en soin soient informées des actions proposées
par la SPASM, il est important que d'autres en soient avisées :
les différentes équipes de la SPASM, les membres du Conseil
d'administration, les membres de l'association, les administrations
qui agréent et financent nos établissements, les élus qui soutiennent
nos projets et ceux qui s'adressent à nous et nous portent amitié et estime.
En effet, l'information sur les actions de soin et d'insertion en psychiatrie
passe du silence, trop souvent synonyme d'indifférence, au scandale,
si propice au rejet. Pourtant, de très nombreuses personnes (1 000 à 1 200
chaque année) se soignent et s'insèrent grâce à nos “soins en insertion”.
Ce travail mérite d'être exposé de temps à autre, en termes compréhensibles
pour tous ; telle est la mission du bulletin de la SPASM.
Vous y trouverez quelques exemples, articles, récits, réflexions et illustrations
retraçant en partie l'actualité de la SPASM. Dans ce premier numéro,
nous remontons jusqu'à 2003. Il est même fait référence, ici ou là,
à un passé beaucoup plus ancien. Mais c'est naturellement au-delà du passé
et dans les figures du présent, l'invention du futur qui nous intéresse :
celui-ci mérite d'être construit ensemble. C'est pourquoi nous attendons
vos interrogations et suggestions.
Longue vie donc à ce bulletin : qu'il contribue à mieux nous décrire,
nous interroger et ainsi à faire progresser cet objectif de soins en insertion,
empreint d'humanisme et soucieux d'efficacité.
> Témoignage
d’un travailleur
de l’atelier
bureautique
> Mon cheminement
au CAT
Jean-Louis Armand-Laroche
Président de la SPASM
> Autre témoignage
1
P
A
leins phares sur
En cela pourtant, rien de vraiment différent, sauf qu’il s’agit
d’un accueil groupal. Là où d’autres ont fait le choix
de prendre le Sujet pour l’amener à l’Être, nous accueillons
la famille avec ses enchevêtrements, ses doubles liens,
ses paradoxes. À travers les premiers entretiens familiaux,
notre hypothèse de travail vise à considérer que l’évolution
du sujet désigné comme malade est en étroite corrélation
avec l’évolution de ceux qui le désignent comme tel.
Partant de cette hypothèse, nous sommes particulièrement
à l’écoute de ce que chacun a à dire des autres.
Le cadre de l’accueil n’est pas prédéterminé, il est coconstruit
avec le patient, sa famille et nous-mêmes.
Entre famille et institutions
Notre Unité d’Accueil et de Psychothérapie Familiale (UAPF)
est un hôpital de jour pour adultes, qui reçoit une vingtaine
de patients. Cette simple définition, ne laisse en rien paraître
l’originalité de son fonctionnement.
«
Sa conception remonte au début des années 70
dans le cadre de notre association fondée et dirigée
alors par le Docteur Bernard Jolivet. À l’époque la politique
de secteur est encore une idée neuve, et la création
d’un service d’hospitalisation à domicile (HAD) pouvait offrir
une réponse à ce vaste mouvement de désaliénation mettant
le patient hors des murs de l’hôpital psychiatrique.
L’acte théorique qui sous-tendit cette création fut résolument
psychanalytique et le premier médecin à avoir ce service
en charge, Michel Sylvestre, lacanien s’il en fût, lui imprima
son originalité, renversant les conformismes
établis. L’arrivée quelques années plus tard
de Robert Neuburger créa de fait un couple
Ici au moins,
original d’une très grande créativité.
Cette fécondité ne peut se comprendre
j’ai le droit
qu’à la condition de prendre en compte
d’être malade. » son inscription dans un cadre plus vaste,
celui de la SPASM, permettant des expériences
nouvelles.
La famille institutionnelle est l’enveloppe matricielle
qui va permettre à cette HAD de se transformer pour donner
naissance à l’UAPF : sous la houlette de R. Neuburger,
elle prendra une identité résolument systémique
mais sans jamais renier sa filiation psychanalytique,
ce qui participe à son originalité.
L’UAPF accueille au cœur de Paris, dans le cadre d’un ancien
hôtel particulier, des “situations” plus que des patients.
Des situations où prédominent une difficile,
voire impossible séparation, où la codépendance mutile
l’accès à l’être-soi.
2
l’UAPF
Cet accueil a ceci de particulier qu’il propose un contenant
sans un véritable contenu.
Le contenant est représenté par le cadre institutionnel
où se situe le lieu du groupe (soignés et soignants).
Il peut s’y ajouter un ou plusieurs membres de la famille
du sujet désigné, qui viennent passer du temps dans le groupe
et/ou aux repas.
Le contenu, lui, en apparence n’existe pas, puisqu’il
est proposé de « ne rien faire ». Cette absence « de faire »
cherche à éviter que le patient ne s’oxyde dans un activisme
occupationnel dont d’ailleurs souvent il ne veut pas.
Un patient disait un jour :«Ici au moins,j’ai le droit d’être malade. »
Sa famille le sait bien, qui déclare « ne plus savoir quoi faire
pour lui ». Nous ne savons pas non plus. Ce choix d’absence
d’activité, au caractère volontairement provocateur,
repose sur plusieurs hypothèses qui sont des repères
pour notre travail clinique :
> La première hypothèse suppose que les membres
de la famille du patient sont ceux qui le connaissent
le mieux. À partir de là, il nous paraît difficile de nous
substituer à eux pour savoir ce qu’il y a à faire ;
> La deuxième hypothèse suppose que, si nous n’occupons
pas cette place à laquelle la famille voudrait nous mettre
(celle de ceux qui savent à sa place et s’occuperont de lui),
nous allons pouvoir travailler avec elle sur la place que
le patient occupe chez elle. En d’autres termes, nous allons
essayer de comprendre quelle est la fonction de cette
personne dans sa famille. Dans ce but, l’accueil est ponctué
d’entretiens familiaux réguliers ;
> La troisième hypothèse suppose que le patient va nous
éclairer sur cette place qu’il occupe, par la manière
qu’il aura d’établir des relations dans le cadre de l’accueil
que nous lui proposons ;
> La quatrième hypothèse suppose que les mouvements
que va engendrer la mobilisation de la famille vont créer
les conditions pour qu’une redistribution des places
et des rôles voie le jour. Dès lors, si le patient a toujours
le droit d’être malade, il peut aussi être autrement
ainsi que sa famille.
Dans la pratique clinique, ces hypothèses nous ont été
fort utiles, démontrant dans l’après-coup leur bien-fondé.
Denis DUVAL - Psychologue UAPF
Dr Ignacio GARCIA ORAD - Médecin chef UAPF
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L’animation à
Chantemerle
« Chantemerle est une Maison de repos Spécialisée, située
au bord de la Seine, à Bois le Roi (77). On y découvre, au cours
d’un séjour d’un mois, qu’une autre manière de vivre ses soins
et plus généralement sa vie est possible. L’animation contribue
à cette découverte. Elle est soutenue par deux animateurs :
Michèle Guyot et Jean-François Bruch. Jean-François Bruch
nous fait part de ses réflexions sur le métier d’animateur
à Chantemerle, tandis que Michèle Guyot nous livre
le témoignage d’un correspondant de la Gazette de Chantemerle :
lors de son séjour à la maison de repos, cet homme participa
à l’écriture de cette gazette, il conserve depuis un certain lien
avec ce journal… ».
Papa travaille,
il joue au scrabble !
Voiles
en Tête
En 2004, à nouveau, un équipage composé de 5 personnes en soin et de deux encadrants
a représenté notre Association à la 13e édition de la Régate “Voiles en Tête”.
Celle-ci a réuni du 5 au 11 juin, à partir de la Rochelle, les équipages de 19 voiliers
représentant autant d’établissements de soin en psychiatrie et de CAT.
De nombreuses manches furent courues entre la Rochelle et les îles de Ré,
Aix et Oléron.
Mais, au-delà du défi sportif, c’est de l’aventure humaine que nous tenterons
de rendre compte, avec un peu de recul dans le prochain numéro du bulletin.
En attendant, nous vous laissons découvrir ces deux images de la rencontre et pour
ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur cette expérience originale de soin, rendezvous sur le site de l’association sport-en-tête (http://www.sport-en-tête.com) ou
contactez-nous au ([email protected]).
P.ASTRE C. PONNELLE
Ou aux échecs, s’il n’est pas au cinéma ou en train
de faire une promenade en forêt ou du tir à l’arc…
Il a fallu que mes enfants grandissent pour intégrer
une représentation plus précise de mon activité
professionnelle et celle du travail en général !
S’occuper d’animation dans le cadre de la Maison
de Repos Chantemerle, spécialisée en psychiatrie,
c’est tenter de maintenir quelque chose de paradoxal,
la dimension de l’activité et de la découverte dans un lieu
où le mot “repos” pourrait induire plutôt de la passivité.
De part la brièveté des séjours des patients, le personnel de
Chantemerle vit dans un état permanent de rencontre avec l’autre,
des autres. Les semaines ne sont jamais pareilles, l’écoute ne s’émousse pas,
les patients y veillent et nous apprennent sans cesse à nous remettre sur l’ouvrage.
Bien que Chantemerle soit situé en bord de Seine, la vie n’y est pas pour autant un long
fleuve tranquille ; nous sommes confrontés aux petits et grands drames de la vie. Les réunions
cliniques et théoriques ne sont pas de trop pour décoder ce qui se rejoue au niveau de l’institution
et tenter de mettre du sens à notre action.
Mais revenons donc au jeu de scrabble : savez-vous que le mot psychose, bien placé sur le damier, peut rapporter une fortune ?
L
3
Jean-François BRUCH
La gazette...
La
gazette...
La gazette...
La gazette...La
La gazette...
La gazette... La Témoignage
gazette...
La gazette...
Cela va faire deux ans que je me suis découvert
une âme de poète, grâce à la gazette.
Deux ans que j’envoie au gré du temps et
de mon inspiration, des fragments de vie,
la mienne, parfois celle des autres,
je ne m’en lasse pas, j’y ai pris goût,
c’est comme un besoin, une drogue,
une forme de thérapie.
Quel plaisir quand, dans ma boîte
aux lettres, je trouve entre deux factures,
l’enveloppe contenant les précieux
feuillets du journal. Je lis avec une certaine
volupté, les diverses rubriques, les messages,
les poèmes, les rires, les témoignages
parfois touchants.
Que de moments partagés dans l’ivresse
de ces pages. Comme un égoïste, j’oublie
de remercier l’instigatrice, l’âme principale
de ce journal. Tout le monde aura reconnu
Michèle, la gentille Michèle qui se démène
sans compter, sautant parfois un repas
pour imprimer nos histoires.
Je suis resté deux mois à Chantemerle et j’en garde
un excellent souvenir, malgré le mal-être qui m’habitait
à l’époque.
C’est toujours avec un pincement au cœur que je retourne
de temps en temps à Bois le Roi, revoir une tranche de vie
qui m’a été chère.
Je n’avais jamais écrit auparavant, manque de temps,
peut-être rien à raconter, et pourtant le besoin était là,
mais devant une page vide, par où commencer ?
Grâce à ce journal, ce bout d’humanité, ce fragment de nous,
les écrivains en herbe de Chantemerle, je me sens plus apaisé,
presque reposé, en un mot, détendu.
Merci à Michèle de nous soutenir et de nous aider encore
et toujours.
Ce journal, cette gazette, c’est un peu nous,
mais c’est surtout, vous.
On vous aime, ne changez rien !
Chelmi.
3
>
Témoignages
journée
portes ouvertes
fêtes, des repas à thème. L’été on sert les repas dans
la cour sous les parasols. Nous installons une plonge
et un office cuisine à la cafétéria. C’est très dur car
il n’y a pas de place.
En 2000, je me remets à faire des progrès, je m’inscris
à l’informatique pour réactualiser mon ancienne
profession. C’est très intéressant. Je saisis les menus
pour le midi.Avant d’entrer au CAT j’ai travaillé comme
employée de bureau.
En 2003, réouverture après les travaux d’un nouveau
restaurant au rez-de-chaussée. On perd des clients à
cause du changement. Maintenant nous atteignons
de nouveau 100 couverts. Le matin j’arrive à 8h30.
Je vais au vestiaire pour mettre ma tenue de travail.
Nous avons un lieu avec nos vêtements de rechange.
Je descends les chaises dans la salle, je remplis
les paniers d’assaisonnement et les sucrières, après
je nettoie les tâches sur le carrelage en ciment et
le placard où l’on range le sel, le vinaigre et l’huile.
Après notre bon repas, c’est le service. Il faut aller
très vite, pour remplacer les sets de table, pour
Autre témoignage
Après avoir passé quelques entretiens avec l’équipe
du CAT et le directeur du PROCOP, au bout de deux
mois de stage, j’ai été embauché en tant que Barman.
Je n’étais par sûr de moi et sceptique quant à mon
embauche définitive.
Quatre mois plus tard, j’ai décidé de démissionner
avec un peu de regret, mais ma
décision était prise malgré l’appui de
mes référents et le directeur du
« J’ai malgré
PROCOP. J’ai accumulé la fatigue du
tout appris
travail et du rythme car au PROCOP,
beaucoup
il y a beaucoup de travail.
de choses… »
J’ai signé mon préavis que j’ai remis au
directeur du CAT et à l’employeur du
PROCOP. J’ai repris une fonction au
CAT dans l’unité restauration. J’ai malgré tout appris
beaucoup de choses au cours de ces stages.
L’ambiance était excellente et l’apprentissage très
instructif. Je ne considère pas ma démission au
PROCOP comme un échec, mais plutôt comme une
bonne expérience. Toutes les personnes que j’ai eu
l’occasion de côtoyer étaient très compréhensives
et très respectueuses de mon statut de travailleur
handicapé avec mes faiblesses et mon expérience.
Ronald.
les nouveaux arrivants. Mon cheminement au CAT
m’a été favorable sur beaucoup de points.
Premièrement je me suis fait des amis différents de
ceux que j’avais eus dans le 16e où j’habitais. J’ai appris
aussi à rire. J’ai gardé des relations durables. Comme
on dit, on reconnaît ses amis dans la difficulté.
Le CAT m’a redonné foi en moi. Je me sentais aérienne
et légère. Le paiement régulier de mon salaire à la
fin du mois à permis que j’économise de l’argent
pour m’acheter un logement. En même temps j’ai pu
décorer mon logement et m’installer ; la paie m’a
permis aussi de partir en vacances. Quand je vais à
l’étranger ça me permet de pratiquer mon anglais et
mon espagnol.
Toute ma période au CAT, m’a rendu fiable. Je me
suis mis à savoir faire du ménage, de la cuisine malgré
une inhibition de l’écriture et du calcul. Enfin je me suis
intéressée à l’informatique et cela s’est bien développé
dans ma tête
Martine.
« Il y a plus d’un an, le 23 octobre 2003, le CAT (Centre d’Aide par le Travail)
Bastille tenait sa journée portes ouvertes dans ses locaux enfin rénovés !
Plus de 200 personnes participèrent à cette manifestation. L’après-midi,
une table ronde présentait le cheminement des personnes travaillant au CAT,
depuis leur admission jusqu’à, pour la plupart de ces personnes,
leurs expériences de travail en entreprise voire leur intégration en entreprise.
Les 3/4 des intervenants à cette table ronde étaient les intéressés eux-même.
Portes ouvertes sur leurs témoignages. »
>
Témoignages
journée
portes ouvertes
Parcours au CAT BASTILLE
>
Je suis arrivée au CAT Bastille en février 1992 :
il me semble que c’était vraiment un choix, non
quelque chose de subi.
Je n’ai pas eu mon baccalauréat (2 échecs à l’oral).
Aussi ai-je décidé de faire une formation accélérée
pour apprendre la dactylo. J’ai travaillé d’abord
en intérim (dactylo, standard, opératrice de saisie),
puis comme vacataire au ministère des Affaires
étrangères (vacation de 4 mois par an à temps
incomplet) pendant quelques années, et pendant
deux ans comme caissière au libre-service dans
un Monoprix.
À part ces périodes de travail discontinues,
de grands “blancs” dans mon curriculum vitæ.
Quand plus tard, je recherchais un emploi
“durable” en épluchant les petites annonces,
en répondant à des rendez-vous, j’ai vite compris
que c’était en vain… et que le temps passait.
En tant que chômeuse de longue durée (plus
d’un an au chômage, j’ai pu bénéficier d’une
remise à niveau secrétariat et bureautique durant
une période de six mois “rémunérée” : j’insiste
sur ce terme, car je redevenais quelqu’un à part
entière : j’avais de nouveau une place dans
la société, je travaillais, j’étais utile.
Ensuite à nouveau “petites annonces” : rien.
Le vide complet.Alors je me suis rendue compte
qu’il fallait m’y prendre autrement : puisqu’on ne
voulait pas de moi dans le milieu dit “ordinaire”,
j’allais procéder différemment.
Avec de l’aide. Je suis allée voir une équipe d’EPSR*
(à Créteil), j’ai également rencontré des gens
de la COTOREP. J’ai d’ailleurs passé un concours
* Equipe de préparation et de Suite au Reclassement
>
Témoignages
journée
portes ouvertes
COTOREP que j’ai réussi à rater. Étant plus jeune,
j’avais passé des concours de la fonction publique :
également ratés.
(Je crois vraiment que les examens et les concours
n’ont jamais été mon “fort”). Et l’idée a fait petit à
petit son chemin : pourquoi ne pas faire une demande
en CAT ? (Un endroit qui accepte au départ les gens
comme ils sont : sans a priori). Être reconnue pour
ce que je savais et pouvais faire.
Pour moi le handicap n’est pas une tare :c’est un atout
si en le connaissant on “fait avec”. Ne pas l’ignorer
mais en faire un compagnon de route.
J’ai donc fait une demande pour rentrer
au CAT Bastille (C’était pour me
« J’existe
remettre “le pied à l’étrier” comme je
à part
l’écrivais dans ma lettre de motivation
au CAT). Je savais que je voulais
entière ! »
travailler dans le secrétariat en général.
La Bureautique : je l’ignorai dans sa
totalité, n’ayant jamais touché à un ordinateur.
Cela m’a beaucoup aidé même si les débuts étaient
difficiles (me sentir quelqu’un parce que je travaillais,
avoir des horaires fixes dans la journée). Quelques
mois plus tard, en décembre 1992, j’ai commencé
les prestations chez différents clients (j’ai vraiment
cru à l’époque que c’est par ce biais que l’on pouvait
se réinsérer : cela n’a pas été le cas), mais j’en ai tiré
des points positifs : les sociétés qui faisaient le pari
d’ouvrir leurs portes à des “handicapés” reconnaissaient
leur valeur, leur capacité à travailler bien, à s’intégrer.
Cela m’a également aidé que des gens de l’extérieur
puissent vous regarder comme l’un des leurs “au moins
au niveau du travail”. Ils m’acceptaient dans le travail
pour le côté “professionnel”, parfois pour le côté
caractère.
Je suis toujours ici mais je ne suis pas amère. Ce n’est
pas le contenant ou l’enveloppe qui compte, c’est
ce que l’on met dedans : le contenu. Mon travail
m’intéresse beaucoup, et tous les jours j’apprends
du nouveau.
J’ai appris aussi à accepter un peu plus les autres
même si c’est parfois difficile et “lourd” à supporter.
Quand, à cause du handicap, on a longtemps eu cette
impression d’être à l’écart, rejeté, on s’est replié sur
soi : c’est important le côté relationnel, le côté social
que l’on peut avoir dans un lieu de travail dont nous
avons été écartés par le fait même de nos problèmes
qui nous isolaient.
Je crois pouvoir dire aujourd’hui que je suis heureuse
d’être ici, et que mon travail m’intéresse. Je ne pense
pas être blasée. On me connaît : défauts et qualités
et surtout J’EXISTE À PART ENTIÈRE.
Élisabeth.
Témoignage d’un travailleur
de l’atelier bureautique
Je m’appelle Paolo et j’ai 32 ans. Je suis au CAT Bastille
en bureautique depuis 9 mois. Mon parcours d’avant
le CAT est éclectique.
« J’avais pris
des mauvaises
habitudes »
Bachelier scientifique à l’âge
de 18 ans, j’ai suivi par la suite
un DEUG de Mathématique et
de Physique à PARIS 7 (Faculté
de Jussieu).
Parallèlement à mes études,
passionné de musique, avec des
amis d’enfance nous montions
u n g ro u p e d e Ro c k - B l u e s .
Au début, nous étions des amateurs, jouant
principalement dans les facultés et les lycées. Puis,
nous avons joué dans les bars, les café-concerts et
dans des festivals.
C’est à ce moment que commencent mes problèmes
de santé.
En effet, je n’avais plus de temps à consacrer à mes
études et j’avais pris des mauvaises habitudes. Je me
couchais au petit matin et je me levais en fin d’après
midi. Bref, je vivais la nuit. Je buvais de l’alcool et
fumais non seulement des cigarettes, mais aussi du
cannabis.
Il m’a fallut deux ans de rééducation pour me remettre
d’aplomb.
Fin 1991, j’étais hospitalisé pour la première fois en
psychiatrie et en secteur fermé. Je faisais une grosse
dépression qui empira par la suite.
Finalement, après une orientation COTOREP en CAT,
je fis un stage découverte au CAT Bastille en
bureautique. Ce CAT m’avait été conseillé par
la psychologue du travail. Mon stage s’est très bien
déroulé et en décembre 2002, j’intégrais le CAT.
J’ai trouvé des personnes comme moi, qui avaient
des problèmes de santé, qui voulaient s’en sortir et
au lieu de tourner en rond chez moi, je me sentais de
nouveau utile à quelque chose.
En 6 mois, j’ai pris 40 kilos passant de 68 à 110 kilos.
J’ai rechuté plusieurs fois par la suite, interné en
hôpital psychiatrique. Après plusieurs tentatives
de suicide essayant de me réinsérer seul, je décidais
de partir faire des études de langues à l’université
de Rome en Italie.
Ne prenant plus mes médicaments (pensant être guéri)
et ayant coupé les ponts avec la psychiatrie, je rechutais
et en mai 1996, à Paris, je décidais de me défenestrer.
Malheureusement, suite à cette tentative de suicide,
on m’amputa du pied droit et mon pied gauche était
sérieusement handicapé.
Ensuite, je n’ai pratiquement rien fait. Je fumais deux
paquets de cigarettes par jour et je passais mon
temps à regarder la télévision.
J’ai repris confiance en moi et j’ai une vie plus
structurée qu’auparavant. Je me lève le matin et je suis
fatigué le soir mais c’est une bonne fatigue car
le travail me plait. J’ai des projets de formation et
je me sens revivre.
Paolo.
Mon cheminement au CAT
Je suis entrée au CAT en mai 1984 dans l’atelier
de façonnage pour faire du travail manuel. Le matin
je prépare également les jus de fruit
et les sandwiches à la cafétéria.
L’après-midi je nettoie le carrelage
« Toute ma
et le percolateur.
période au CAT,
m’a rendu
fiable. »
Six mois après je fais partie du groupe
des travailleurs qui démarre l’activité
restauration au CAT (nous sommes
trois). Je réchauffe les plats qui viennent
de la rue de Liège et je prépare les horsd’œuvre. Comme j’ai progressé, on me propose une
activité restauration à Liège, (siège social). Le matin
je coupe le pain, remplis les carafes d’eau et dresse
les piles d’assiettes pour le plat du jour, les horsd’œuvre et les desserts.
À midi me voici dans une grande salle à manger.
Il y a beaucoup de monde. Je prends les commandes.
Après le repas je passe le balai sur le parquet.
À la Noël, il y a le repas à Liège du CAT Bastille et de
toute la SPASM. C’est très bon mais il y a beaucoup
de travail.
En 1989, je reviens au CAT Bastille. J’en avais marre
de la prestation. Je suis à la cuisine pour nettoyer
les casseroles, cuire la viande à la minute. Je m’occupe
aussi des commandes par téléphone chez les
fournisseurs.
L’année d’après je sers en salle. Je prends les commandes
et j’encaisse mes tables, j’ai du mal à rendre la monnaie.
Après le service je fais une feuille de caisse pour
la comptabilité.
En 1993, j’arrête la caisse. Le travail est dur. Je descends
à la cafétéria pour préparer et servir toute la journée
les cafés, les thés et les boissons. Je m’occupe de
la réserve à boisson.
En 1994, c’est l’ouverture officielle du restaurant sur
l’extérieur. Il y a beaucoup de monde. Je remonte
faire le service à midi. Il y a du remue ménage par
ma présence pendant le service. On organise des
Après Mogador
Le centre Mogador est une Unité de Soins de Réadaptation
qui prépare des personnes souffrant de troubles psychiques à un meilleur accès
à la vie sociale et au monde du travail.
Voici un interview publié dans “Cap Vers”, petit journal créé
au Centre Mogador par un groupe de patients.
Point de vue
Les passagers de la SPASM
>
Lorsque le Docteur Jolivet imagina de créer
notre association, se doutait-il que celle-ci
proposerait une telle palette de services
aux usagers de la psychiatrie en 2005 ?
Et pourtant ce n’est pas encore assez !
Notre société est en pleine mutation,
technologique, sociale, médicale, etc.
La psychiatrie se cherche et nous cherchons
les psychiatres dont le nombre a
considérablement diminué ces dernières années.
On change les données du système
en supprimant des lits dans les grands hôpitaux
et en “plaçant” les malades “chroniques”
dans de petites structures censées pallier
cette grande braderie. Les moyens humains
et matériels sont-ils suffisants pour
accompagner les malades dans cette nouvelle
forme d’insertions ? Faut-il répondre
aux besoins politiques ou mettre en œuvre
la créativité spasmique en proposant un peu
d’originalité dans ce paysage médico-social
assombri par l’obsession gestionnaire ?
Les patients qui fréquentent les services
de la SPASM y passent un temps court
ou long, selon leurs besoins, voire leur choix.
Ils représentent nos passagers.
Leur proposerons-nous d’autres voyages ?
Après tout, nous avons bien
le droit encore d’inventer !
Jean-François BRUCH
Animateur à Chantemerle
SPASM
Société Parisienne d’Aide à la Santé Mentale
31, rue de Liège - 75008 Paris
Tél. : 01 43 87 60 51
Fax : 01 42 94 91 35
Email : [email protected]
4
La patiente qui est interviewée ici par une autre patiente, a bénéficié d’un suivi sous forme d’entretiens
alors qu’elle était sortie du Centre Mogador. Ce suivi des patients, lorsqu’ils retournent
vers le milieu ordinaire, nous paraît indispensable compte tenu de leur fragilité.
Mlle L. a eu en effet quelques moments difficiles, qui je pense ont pu être dépassés du simple fait
qu’elle ait pu venir m’en parler. Ceci m’a amené à prendre contact avec son psychiatre traitant qui a pu
lui prescrire quelques courts arrêts de travail qui n’ont pas remis en cause son contrat de qualification.
Aujourd’hui au Centre Mogador nous nous interrogeons sur ce suivi qui se fait hors prise en charge.
Doit-il être fait par nous ou par d’autres ?
Dans tous les cas il nous semble que ce suivi doit être assuré par des “spécialistes”
de la réinsertion professionnelle en santé mentale.
>
Sylviane LOTIN
Responsable et conseillère professionnelle au Centre Mogador.
Q : Peux-tu évoquer quand et comment
tes problèmes ont commencé ?
R : Peut-être y avait-il un certain malaise
déjà depuis la fin de l’adolescence (pour
remonter au début). Mais qui n’empêchait
pas les relations sociales ou le travail.
Il y a quelques années seulement que
les choses se sont dégradées à la suite de
soucis familiaux (plusieurs décès consécutifs
dans la famille). Après une première courte
admission à Mogador (en 2000) bientôt
suivie d’une rechute, l’entrée durable
au Centre s’est faite en avril 2001.
>
>
>
Q : Mogador a-t-il vraiment correspondu
à ce que tu en attendais ?
R : Oui, mais surtout vers la fin quand
j’ai mieux compris ce que l’on pouvait
attendre du Centre. Car, au départ,
notamment, je n’avais pas de projet
professionnel défini. Je n’avais pas vraiment
d’expérience professionnelle car je n’avais
fait jusque-là que de petits boulots.
Q : Comment s’est passée l’insertion
à Mogador au début, vis-à-vis
de l’encadrement et dans le groupe
de sociothérapie ?
R : M’insérer dans le groupe de sociothérapie
n’a pas été facile. C’est que, je pense, je suis
quelqu’un de “toujours sur la défensive”.
Je n’étais pas très à l’aise avec les autres
dans ce milieu “médical”. Mais peut-être
que cette raison n’est – du moins en partie
– qu’un prétexte pour ne pas aller vers
les autres (même si les autres sont aussi
des êtres humains). L’étiquette “maladie”
m’a toujours parue lourde à porter.
À Mogador les autres, dans la mesure où
ils étaient des “malades” me renvoyaient
une mauvaise image (de moi-même) :
l’effet miroir. Pourtant il y a quand même
en une période où j’allais assez
régulièrement dans le groupe, et j’appréciais
même assez cela. Et j’ai d’ailleurs rencontré
des personnes très enrichissantes
à Mogador. Fréquenter le Centre m’a quand
même permis d’arriver à une meilleure
acceptation de la “maladie” et du fait
qu’être malade n’empêchait pas de s’insérer
dans la société.
Q : Qu’est-ce que tu préférais faire
à Mogador ?
R : Dans l’ensemble, à la sociothérapie
je préférais plutôt les activités comme
la bureautique (d’abord à Mogador puis
à ACTIF), et le bilan de compétence
avec Mme Errahmane (c’est ce qui a permis
d’envisager l’orientation vers des stages
à EDF), mais, par contre, je n’ai pas essayé
de participer aux ateliers comme le “travail
en jeu”, le psychodrame ou la créativité.
Q : Quel cheminement y a-t-il eu ensuite
vers le travail ?
R : À un moment, j’ai préparé un DAE
(diplôme remplaçant le Bac), mais pour
finalement y renoncer au bout de trois mois.
Puis j’ai fait un premier stage d’un mois
en juillet 2002 à la Mission AGIRe d’EDF.
Enfin je suis retournée de nouveau à EDF
mais pour un Contrat de Qualification
en Alternance, tout en suivant des cours
de secrétariat (Bac Pro Secrétariat), où je suis
en compagnie d’élèves plus jeunes que moi
– mais de 20 à 22 ans (un peu plus que l’âge
du Bac donc). Je suis réellement employée
d’EDF pendant deux ans, en vue d’un CDI
que l’école et EDF vont m’aider à trouver.
J’ai bien réussi ma première année
et j’ai confiance pour la deuxième.
EN GUISE DE CONCLUSION :
« J’ai le sentiment d’avoir
eu de sérieuses difficultés
et de revenir de loin.
Il a fallu le soutien
de mon entourage,
de mon médecin
et la fréquentation de Mogador
pour repartir du bon pied.
À propos de Mogador, je voudrais
remercier ici, outre
Mme Errahmane, Mme Lotin,
ma référente, qui m’a beaucoup
soutenue. »
Interview recueillie par J. F. M.