La corruption en Afrique et ici
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La corruption en Afrique et ici
LA CORRUPTION EN AFRIQUE ET ICI Professeur au département des sciences comptables et titulaire de la Chaire d’études socioéconomiques de l’UQAM JUILLET 2008 L’Afrique est pauvre, et le restera encore longtemps, à cause de l’absence de l’État qui a bradé ses immenses ressources naturelles, ses terres, ses services publics et des pans entiers de secteurs névralgiques à des étrangers qui, pour avoir reçu ces biens volés à la population, ont corrompu les élus et l’élite locale en les gavant de pots-de-vin effectués en catimini via des paradis fiscaux. Par exemple, dans un excellent article de La Presse du 24 février 2007 de Pascale Breton et intitulé «Une population pauvre dans un pays riche», on peut lire que : «La République démocratique du Congo est riche. Mais, les infrastructures datent de l’époque coloniale. Les hôpitaux ont été pillés. Plus de 80% de la population vit dans l’extrême pauvreté. L’école coûte cher. Beaucoup d’enfants ne savent ni lire ni écrire. Dans les classes, il n’y a pas de manuels scolaires. Les enfants sont assis sur le sol. Au lieu de fréquenter l’école, beaucoup d’enfants passent leurs journées à charroyer du bois, du charbon, etc.» Tout le contraire de ce qui se passe à Cuba. Mais, au Congo, les profiteurs et les faiseux de tout poil nous disent que les exploités sont libres, que c’est un pays démocratique où l’on applique les règles de l’économie de marché et de la libre entreprise qui peuvent ainsi opérer sans aucune entrave bureaucratique. À faire vomir. N’oublions pas que le Congo est un pays de 53 millions d’habitants. Ce qui se passe au Congo est monnaie courante au Kenya, au Nigeria, en Angola, en Afrique du Sud, en Guinée équatoriale et ailleurs. Dans la revue annuelle Atlaséco 2006, publiée par le Nouvel Observateur en France, qui passe en revue la situation économique, politique et sociale de tous les pays du monde (un vrai petit bijou et une mine de renseignements utiles), on peut justement lire ceci à propos du Congo (ex-Zaïre) : «La grande richesse de ce pays a longtemps attiré les étrangers qui ont acheté à bas prix les diamants du Congo, son or, son cobalt. L’est du pays est le fournisseur de plus de la moitié des ressources mondiales de Coltan, minerai très recherché par les compagnies de téléphone. Parmi ces entreprises, on compte America Mineral Fieds et Barrick Gold, qui bénéficient de l’économie informelle du pays, au lieu d’être taxées légalement afin que le Congo puisse contrôler ses ressources naturelles et engranger ainsi de meilleures recettes fiscales». Et on ne parle pas ici d’une publication socialiste! L’espérance de vie au Congo est de 45 ans, alors qu’il est de 77 ans à Cuba. Mais, ils sont plus libres! Libres de quoi au juste? Je ne sais pas… Ils pourraient vivre peut-être plus longtemps mais, je suppose, qu’ils ont choisi librement de mourir plus jeunes! Atlaséco dit aussi que : «Le Congo possède des ressources naturelles d’une richesse considérable» qu’ils se font voler littéralement par des firmes étrangères, et aussi par des élus et des notables locaux. Voilà pourquoi la population vit dans une pauvreté extrême. Puis, pour la Guinée équatoriale, un autre pays riche en ressources naturelles, Atlaséco signale que : «L’argent du pétrole est monopolisé par le clan présidentiel avec souvent le soutien direct de compagnies étrangères comme Exxon Mobil et Amerada Hess». À propos de l’Américaine Exxon Mobil, la plus grande compagnie au monde, il est dit dans La Presse du 17 juin 2008 que : «La Cour suprême des États-Unis a validé une plainte aux droits de l’homme contre le géant pétrolier Exxon Mobil pour des exactions commises en Indonésie». Par ailleurs, dans un article du Journal de Montréal du 17 octobre 2006 intitulé : «Pétrole et pauvreté vont souvent de pair», on peut y lire que : «L’immense majorité des 3 milliards de démunis de la planète vivent dans des pays disposant d’importantes richesses pétrolières et minières». Cherchez l’erreur! Cette exploitation continuera tant que ces pays d’Afrique ne porteront pas au pouvoir des gouvernements socialistes au service des intérêts supérieurs de la collectivité et non au service des élites locales et des compagnies étrangères qui les volent et qui maintiennent ces pays et leur population dans la misère la plus abjecte sans aucun service public. Il faut qu’ils fassent comme l’a fait récemment la très grande majorité des pays d’Amérique latine qui se sont donné des gouvernements socialistes et qui ont nationalisé plusieurs secteurs économiques et leurs ressources naturelles. Cela a été bénéfique pour l’économie et permis à ces pays d’investir des sommes considérables dans leurs services publics. Ils sont en train de mettre fin à des années de colonisation et de se libérer de l’impérialisme américain. Pour protéger ses terres qu’il détient en grande quantité en Colombie, Chiquita a été inculpé pour avoir payé une milice paramilitaire colombienne (d’extrême-droite) selon un article de La Presse du 15 mars 2007. Justement, la Colombie est un des derniers pays de l’Amérique du sud avec un gouvernement de droite qui est la marionnette des États-Unis. La Colombie devrait exiger le départ des firmes américaines Chiquita, Dole et Del Monte ainsi que nationaliser les terres qu’elles ont subtilisées à la population. Elle devrait aussi mettre en demeure les States de fermer leurs nombreuses bases militaires dans leur pays. Pendant que les pays occidentaux prônent hypocritement le libre-échange et l’économie de marché, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) nous dit, dans une étude reproduite pour l’essentiel dans Les Affaires du 9 septembre 2006, que : «Les pays les plus riches subventionnent le plus», ce qui nuit énormément aux pays pauvres en voie de développement et qui les maintient dans une situation de soumission la plus totale face aux pays occidentaux. Pourtant, l’OMC est un organisme très à droite. Faut qu’ils se libèrent du joug de tous les pays occidentaux qui sont riches en exploitant les autres. Faut mettre fin au colonialisme économique. La solution passe par l’intervention d’un État digne de ce nom, comme l’ont répété dernièrement l’ONU et encore l’OMC et comme le laisse voir le titre de ces deux articles du Devoir du 1er septembre 2006 intitulé : «Pays en développement : La CNUCED (une composante de l’ONU) vante l’interventionnisme à la chinoise» et du 21 février 2007 titré : «Rapport de l’OMC et de l’OIT (Organisation internationale du travail). Mondialisation : L’État doit intervenir pour limiter les dégâts». Et ça ne s’adresse pas qu’aux pays en voie de développement, mais aussi pour de petits pays ou provinces comme le Québec. Mais au Québec, on a des partis politiques (PQ, ADQ et PLQ) qui font le contraire et qui vantent les mérites du laissez-faire, de l’État minimal, de la création de riches (et non de richesse), de la «modernisation» et de la «réingénierie» de l’État. De vrais petits laquais au service des intérêts économiques des puissants. Dans un autre article intéressant du Devoir du 29 décembre 1993, reprenant les conclusions d’une étude de la Banque Mondiale, organisme international très à droite, et intitulé «… du succès asiatique», il est dit clairement que ce qui a fait le succès économique de pays comme la Corée du Sud, Singapour, Taiwan et la Chine fut l’intervention marquée de l’État dans l’économie, qui a investi énormément dans ses services publics, comme la santé et l’éducation, et non le contraire, comme essaient de nous faire accroire des porte-queue comme l’Institut économique de Montréal, les lucides, le Fraser Institute, le Conference Board, le C.D. Howe Institute, les économistes de banque, les universitaires franchisés et vos politiciens bien-aimés. Ici même au Canada et au Québec, on n’a pas de leçon à donner à l’Afrique et ailleurs au niveau de la corruption, qui se porte très bien merci chez nous. En vérité, je vous le dis, il y a beaucoup de corruption dans, par exemple, la tolérance de l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux (qui a totalisé 88 milliards en 2003) et dans la privatisation de nos services publics. Un exemple concret de corruption est celui de l’économiste Marcel Côté, qui a conseillé de nombreux gouvernements et qui est le patron de la firme de consultants Secor. Lui qui a toujours prêché pour moins d’État en général et pour la privatisation de la santé en particulier s’empresse de profiter de la première brèche pour devenir actionnaire de la clinique privée Rockland. Faut pas se laissez «enfirrouaper» par de petits faiseux profiteurs comme lui. Il en va aussi pour les familles Beaudoin et Bombardier, propriétaires majoritaires de la compagnie Bombardier, le plus gros assisté social du pays, qui tâtent le terrain pour devenir propriétaire d’un hôpital privé à Montréal, que nous dit le journaliste André Noël dans son article de La Presse du 28 février 2008 intitulé : «Bombardier examine un projet de centre médical au DIX30». Fabriquer des avions et détenir des hôpitaux, ça va tellement bien ensemble que je ne comprends pas pourquoi d’autres génies n’y avaient pas pensé avant… Bizarre, vraiment bizarre! Probablement que Bombardier veut innover en lançant en première mondiale le concept génial d’hôpitaux volants! On pourrait faire d’une pierre deux coups pendant le trajet, disons Montréal-Paris, où l’on pourrait se faire opérer pour tuer le temps qui semble toujours interminable. Imaginez un voyage entre Montréal et Beijing ou Montréal-Sydney, on pourrait en profiter pour avoir un tune-up complet! Après la sœur volante vint l’hôpital volant… Des anciens ministres et premiers ministres qui se retrouvent embauchés à gros prix comme lobbyistes, consultants, etc. dans des bureaux d’avocats et de comptables et dans des organismes ou des compagnies pharmaceutiques, forestières, bancaires, éoliennes, minières, etc. Ça aussi ça s’appelle de la corruption. N’ayons pas peur des mots, je vous en prie. Sans oublier Philippe Couillard qui, durant son service politique, a ouvert grande la porte au secteur privé dans plusieurs domaines, accepte une job au Persistence Capital Partners, un fond privé d’investissement en santé, seulement deux mois à peine après avoir quitté son poste de ministre de la santé. Et que dire de Raymond Savoie, un autre qui, durant son mandat politique à titre de ministre libéral des ressources naturelles du Québec, a exigé et obtenu qu’Hydro-Québec se retire de l’exploration et de la commercialisation du pétrole et du gaz naturel, la forçant ainsi à cédé gratos tous ses droits d’exploration à des bineries québécoises comme Gastem, dont monsieur Savoie est le président et le principal actionnaire, et Junex, dont le détenteur majoritaire est Jean-Yves Lavoie, anciennement président de la société étatique québécoise d’initiatives pétrolières (SOQUIP) que nos élus ont démantelé. Comme summum de corruption, Junex vient d’annoncer l’embauche de l’ancien président d’Hydro-Québec, André Caillé, à titre de conseiller stratégique, c’est-à-dire de lobbyiste (faut savoir lire entre les mots), lui qui ne connaît absolument rien en exploration pétrolière et gazière. Brian Mulroney et le cas Airbus, c’est de la corruption, et aussi Mike Harris et Ralph Klein, anciens premiers ministres de l’Ontario et de l’Alberta, respectivement, qui se retrouvent immédiatement, après leur «service» politique, une job comme chercheurs au Fraser Institute, un organisme de propagande patronale d’extrême droite, eux qui à leur âge assez avancé n’ont jamais entrepris une mautadine recherche de toute leur vie et qui n’ont jamais écrit, par euxmêmes, une seule ligne de quoi que ce soit. Et que dire de Lucien Bouchard, avocat chez Davies Ward Phillips + Vineberg, à un peu plus d’un million de dollars par année, et président du conseil d’administration de l’Orchestre symphonique de Montréal… qui va avoir une nouvelle salle de concert dont le coût s’élève à 266 millions de dollars!!! L’attrape c’est que c’est financé entièrement par des fonds publics… Comme c’est contradictoire avec l’habituel discours de Lucien, lucide attitré et surtout auto-proclamé, qui ne cesse de se prononcer pour le principe de l’utilisateur-payeur et qui demande constamment aux travailleurs ordinaires d’être plus raisonnables et d’accepter, sans rechigner, des baisses de salaire tout en payant plus pour la santé, l’éducation, les garderies, les autoroutes et l’électricité… Mais pour eux, c’est bien correct que la collectivité paie pour une salle de concert, dont je doute que ce soit un service essentiel et surtout accessible à la majorité… Plus pour une clientèle comme lui et ses amis millionnaires, vous ne pensez pas? Oui, je le répète, la corruption roule merveilleusement bien au Québec et au Canada.