La langue, âme et miroir des Polynésiens

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La langue, âme et miroir des Polynésiens
LE SAVIEZ-VOUS
T R É S O R D E P O LY N É S I E
SERVICE DE LA CULTURE ET DU PATRIMOINE – PU NO TE
TA’ERE E NO TE FAUFAA TUMU
SERVICE DE LA CULTURE ET DU PATRIMOINE – PU NO TE
TA’ERE E NO TE FAUFAA TUMU
La langue, âme et
miroir des Polynésiens
SOURCE : WWW.CULTURE-PATRIMOINE.PF
« Dans notre culture, par
exemple, nous le savons tous,
le cocotier est l’arbre de vie par
excellence. Notre langue nous
permet de distinguer sept
stades de maturité de son fruit
par des mots différents*. » Ces
simples lignes écrites par
Maco Tevane en disent long sur
la richesse et la vitalité du reo
ma’ohi, contenant en son sein
la description et l’expression de
la connaissance d’un environnement et d’une culture
uniques. Mais pas seulement…
© Fare Vana'a
© Tamara Maric et Christianne Dauphin SCP
c’est la mieux conservée. Elle est
située sur un éperon rocheux au
dessus de la rivière Punaruu. On y
accède par la route du CFPA (en face
du centre commercial Tamanu).
- La tour Bréa, la plus élevée, domine
la plaine côtière en faisant face à la
passe.
Maison de Paul Gauguin
Les fortins
Ils sont le résultat de la guerre dite
franco-tahitienne. Le 9 septembre
1842 et après avoir fait pression sur la
reine Pomare IV, la demande de protectorat est actée. En 1843, le gouverneur Bruat revient avec le traité ratifié
par le roi Louis-Philippe, mais la reine,
conseillée par Georges Pritchard, se
rétracte et se réfugie auprès du navire
britannique Le Basilik, espérant l’intervention anglaise. En 1844, le conflit
débute ouvertement entre les partisans de la reine et les troupes du
Gouverneur. Dans un premier temps,
les troupes rebelles se réfugient à
Taravao où Bruat fait ériger des fortifications. Elles se déplacent ensuite sur
Mahaena, où le Gouverneur sévit. Les
insurgés se déplacent vers les montagnes dans les vallées de la Papenoo,
Fautaua et de la Punaruu. Ces affrontements feront des morts dans les
deux camps.
Dans la vallée de la Punaruu, sur le
plateau Te Tamanu, Bruat fait ériger
trois fortins :
- La tour de la roche noire était la plus
imposante. Construite en 1846 à la
pointe Nuuroa, sur le marae
Taputapuatea à Punaauia et à partir
des pierres de ce marae, elle a été
détruite il y a bien longtemps.
- La tour Perrote est toujours visible,
Le peintre Gauguin à Punaauia
Paul Gauguin arrive à Tahiti en 1891 et
assiste aux funérailles du roi Pomare V
qu’il décrit longuement dans l’un de
ses ouvrages. Il fait une première rencontre : Tehaamana, qui deviendra sa
compagne et son modèle. Il rentre
ensuite sur Paris où il rédigera le livre
« Noa Noa », dans lequel il livre son
attachement pour la Polynésie et les
Polynésiens. En septembre 1895,
Gauguin revient sur Tahiti et s’installe
à Punaauia où il fait la rencontre de
Pahura. Il fait construire sa maison
non loin de l’église catholique. A
Punaauia, Gauguin peindra notamment « D’où venons-nous, que
sommes-nous, où allons-nous ? »,
l’une de ses peintures les plus
connues, et « Nave Nave Mahana ». ◆
Les tresses
généalogiques
des langues
polynésiennes.
« Un rempart contre la banalité »
La Polynésie française compte
encore aujourd’hui différents
parlés : tahitien, marquisien (2
va r i a n te s ) , pa’umotu ( 7
variantes), rurutu, raivavae, rimatara, tupua’i, rapa
et mangarévien.
La persévérance des langues polynésiennes à se
maintenir en vie, malgré la prédominance du français, indique qu’elles sont bien plus qu’un simple
moyen de communication orale. Chacune d’entre
elles énonce une vision du monde enracinée dans
un lointain passé, dont elle véhicule les savoirs, les
mémoires et l’identité.
« Je pense à tous ces mots qui, comme ’ai’a,
fenua, aroha, tupuna sont chargés de valeurs, de
symboles et d’émotion, qui parlent à nos coeurs,
donnent un sens à la vie et dont l’oubli laisserait un
grand vide, aussi vaste que notre grand océan,
écrit Maco Tevane. La langue, ne l’oublions pas,
est un des chaînons qui nous relie à notre passé et
à nos origines, c’est un patrimoine que nous ont
légué nos ancêtres et que nous devons préserver
pour qu’à notre tour, nous le léguions à nos
enfants. Elle est un rempart contre la banalité de
la culture uniformisante qui nous envahit de plus
en plus, et de jour en jour. »
a en effet pour mission la « sauvegarde mais aussi
l’enrichissement de notre langue vernaculaire »,
soutient-il. Lui qui avait été journaliste sur la station locale ORTF à partir de 1967 était bien placé
pour savoir qu’il fallait « trouver les termes nouveaux qui manquent pour désigner tout ce qui
n’existait pas encore dans l’expérience du
Polynésien ».
Plus tard, en 1978, Maco Tevane insistera d’ailleurs pour obtenir une amélioration des tranches
horaires d’émissions en langue tahitienne à la
télévision, ouvrant ainsi la voie à plusieurs générations de journalistes bilingues.
Aujourd’hui, le reo ma’ohi s’est progressivement
accommodé de toutes sortes de nouveautés (juridique, administrative, politique, économique, etc.)
à qui il a trouvé des noms et équivalences… Un travail qui se poursuit et se poursuivra toujours, pour
que vivent les langues et, avec elles, la culture
polynésienne d’hier, d’aujourd’hui et de demain. ◆
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HIRO’A JOURNAL D’INFORMATIONS CULTURELLES
La culture polynésienne s’exprime dans des langues multiples qui véhiculent un patrimoine culturel immatériel pluriséculaire. Mais pas seulement : les langues, et plus particulièrement le reo ma’ohi, ont évolué et se
sont enrichies d’un vocabulaire adapté à la vie moderne. Une évolution
salutaire à laquelle Maco Tevane, fervent défenseur du tahitien disparu le
21 août dernier, a largement contribué. Hommage.
Fortin Punaruu
QUELQUES EXEMPLES DE MOTS
TAHITIENS CONTEMPORAINS • Il y a plusieurs façons de créer des mots à partir d’un
modèle connu tels que :
Fare : la maison / Fare auri : la maison de fer, autrement dit la prison / Fare ma’i : la maison des
malades (hôpital), etc.
Pua’a : le cochon / Pua’a horo henua : cochon qui
court sur la terre (cheval) / Pua’a niho : cochon aux
bonnes dents (chèvre)
• Par sémantique :
Avion : manureva, « oiseau qui vole ou oiseau du
ciel » / Télévision : afata teata, « boîte à théâtre »
• Nouveaux mots (néologismes)
Dictionnaire : titionare / Grammaire : tarame /
Philosophie : firotofo
• En tahitianisant directement le mot à partir de l’anglais ou du français comme pour :
Bible : pipiria / Book (livre) : puta / Arachide : aratita
Merci à Joseph Tchong pour sa contribution
© DR
HIRO’A JOURNAL D’INFORMATIONS CULTURELLES
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Une langue à enrichir
Maco Tevane, président de l’Académie Tahitienne –
Fare Vana’a** depuis sa création en 1974 à
laquelle il a activement participé, entendait par là
redonner au reo ma’ohi toute son ampleur, pour
rappeler que la reconnaissance de la pluralité linguistique n’est pas seulement un enjeu pour l’éducation et la création artistique, mais pour tous les
aspects de la vie culturelle et sociale. L’Académie
* « Le reo ma’ohi, l’Âme des tahitiens » : discours tenu par Maco Tevane
aux membres de l’Association des Médias des îles du Pacifique (PINA),
le 15 décembre 1998, à l’Université française du Pacifique, Tahiti.
(Source : Tahiti Pacifique magazine, n° 95, mars 1999). Vous pouvez lire
l’intégralité sur http://www.culture-patrimoine.pf/spip.php?article446 :
** Les deux objectifs que s’est fixé immédiatement l’Académie
Tahitienne :
« - L’abrogation du décret du 11 décembre 1932 qui interdisait toute
publication en tahitien sans être accompagnée de sa traduction en français, afin que l’Académie puisse remplir une de ses missions statutaires
essentielles, à savoir favoriser la publication d’ouvrages rédigés en
langue tahitienne.
- L’application de la loi relative à l’enseignement des langues et dialectes locaux afin de permettre l’enseignement du tahitien dans les programmes scolaires et, ainsi, de faire un premier pas vers un
enseignement plus adapté aux élèves de notre Pays. »