CIta LAtina - ANAJ
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CIta LAtina La lettre de l’Amérique Latine Nº4| Février - Juin 2015 E D I T O Sommaire 2 Entretien avec le général Patrick Colas des Francs, Directeur général du COGES 4 L’économie latinoaméricaine ou l’effet papillon 6 8 10 12 2015, l'année du retour du FMI et de la BM en Amérique latine? Argentine/Royaume-Uni : de la tension dans l’air La francophonie, un vecteur oublié de l’influence française en Amérique latine Fracking : une avancée technologique ou une fracture du fragile équilibre énergétique ? Alors que l’Europe a les yeux rivés sur la Grèce et le Moyen-Orient, le pape Francisco, lui, s’envole pour son Amérique latine natale. Rien là-bas qui ne risque de porter un coup trop dur à une économie mondiale qui s’impatiente, curieuse de connaitre l’issue des négociations autour de la dette grecque. Rien qui ne préoccupe les ressortissants du vieux continent alors que l’Iran semble réintégrer le concert des nations et que s’opère au Moyen-Orient des retournements d’alliances stratégiques. Cependant, voici que Francisco part à la rencontre de ses terres, armé de son bâton de pèlerin et d’un message de paix. Loin d’être unie, l’Amérique du sud est toujours animée par de nombreux conflits frontaliers, entre le Brésil et la Bolivie au sujet d’un morceau d’Amazonie, entre le Chili et la Bolivie à propos d’un accès à la mer, entre la Colombie et le Venezuela qui se disputent la légitimité de l’exploitation des sous-sols, pour les plus célèbres. Du conflit israélo palestinien à Lampedusa en passant par la commémoration du génocide arménien et les enjeux liés aux changements climatiques, ce pape diplomate est à l’avant garde de l’actualité. Alors qu’il avait déjà joué un rôle crucial dans les négociations entre Cuba et les Etats-Unis, voilà qu’il poursuit sa mission diplomatique au cœur du nouveau monde. N’oublions donc pas de regarder de l’autre côté de l’Atlantique, si Francisco y est ça n’est probablement pas que pour des histoires déiques. A suivre… Bonne lecture, Pierre MAREY-SEMPER Responsable du comité Amérique latine - ANAJ IHEDN Vice-président en charge des études – ANAJ IHEDN 79e session jeune – Besançon 2013 | ENTRETIEN www.Businessinsider.com Entretien avec le général Patrick Colas des Francs, Directeur général du COGES Par Pierre Marey-Semper Vice-président aux études Responsable du comité Amérique latine 79e session jeune de Besançon Source/ AFP Le COGES (Commissariat Général des Expositions et Salons du GICAT), est une société, filiale à 100% du GICAT – Groupement des industries de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres. Il est dédié à la promotion internationale de l'industrie française de défense et de sécurité terrestre & aéroterrestre et de ses filières. Il organise notamment le salon EEUROSATORY qui se tient tous les deux ans à Paris et s’est associé à EXPODEFENSA, salon de référence en Amérique Latine pour la Défense et la Sécurité (tri-service : Terre, Air, Mer), dont la prochaine édition se tiendra au centre de conventions CORFERIAS de Bogota, Colombie, du 30 novembre au 2 décembre 2015. (source : site du COGES) Pourquoi le COGES a-t-il choisi de s’associer à Expodefensa ? Le COGES est une filiale à 100% du GICAT, le groupement des industries de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres. Chargé pour le GICAT des salons, un volet du soutien à l’export de ce secteur industriel, le COGES cherchait à s’implanter en Amérique latine, région ayant un très fort potentiel de croissance, avec des besoins propres en matière de défense et de sécurité. Après une étude menée sur l’ensemble de la zone et tout particulièrement dans sa partie la plus dynamique, l’Alliance du Pacifique, la Colombie est apparue comme un pays stable, très bien placé avec ses ouvertures sur le Pacifique et l’Atlantique et des infrastructures capables d’accueillir un grand salon. Ce pays disposant déjà d’un salon défense et sécurité – EXPODEFENSA – nous nous sommes naturellement tournés vers ses organisateurs, le ministère de la Défense colombien et la société CORFERIAS, pour leur proposer un partenariat de développement du salon. En quoi consistent les termes de cette alliance ? accord de long terme pour accélérer le développement d’EXPODEFENSA et l’internationaliser, afin d’en faire le carrefour – « the hub » – de la défense et de la sécurité de toute l’Amérique latine. CORFERIAS reste le support juridique du salon, qui se déroule sous la haute autorité du « MINDEFENSA », le COGES apportant son savoir-faire dans toutes les facettes de l’organisation du salon, du recrutement des exposants et du management des visiteurs. A terme, EXPODEFENSA va devenir le salon Défense et Sécurité de référence pour l’Amérique latine et les Caraïbes. L’ambition de cet accord est-il de concurrencer des événements comme le LAAD au Brésil ou encore le SITDEF au Pérou ? Cette question fait écho à l’ambition du vice-ministre colombien José Javier Pérez Mejía qui déclarait en novembre 2014 souhaiter faire d’Expodefensa « un des salons les plus importants d’Amérique ». L’Amérique latine est un vaste sous-continent qui va de la frontière nord du Mexique à la pointe sud de l’Argentine et du Chili. Trois salons ne sont pas de trop, Le COGES a signé avec ses deux partenaires un 2 Nº4 | Février-Juin 2015 chacun avec ses spécificités, pour répondre aux besoins très importants des pays de la zone. EXPODEFENSA va se développer, en complémentarité et en bonne intelligence avec les salons LAAD au Brésil et SITDEF au Pérou. Comment jugez-vous les perspectives de développement du marché latino-américain de la Défense et de la Sécurité ? L’Amérique latine a de très importants besoins dans le domaine de la sécurité. Elle fait face à des problèmes de criminalité importants dans presque tous les pays. Dans certaines zones, la lutte contre le crime organisé, les maffias, les cartels de la drogue et la corruption mobilise des moyens très importants. La géographie de cet énorme sous-continent, ses spécificités avec la Cordillère des Andes, la zone amazonienne et des villes tentaculaires nécessitent des réponses adaptées de la part des industriels. Le grand dynamisme économique et politique de la zone doit permettre à la majorité des pays de se doter des moyens de surmonter ces difficultés. Cet accord est-il le signe d’un intérêt grandissant des entreprises françaises de Défense pour le marché latino-américain ? Les sociétés françaises sont régulièrement positionnées sur les grands appels d’offre de Défense et de Sécurité y compris sur le continent sudaméricain. Le travail fait par la société THALES pour aider à la sécurisation de Mexico en est un bel exemple. L’industrie française possède un réel savoirfaire qui couvre la quasi-totalité du domaine. Elle se doit d’être présente en Amérique latine. Peut-on enfin vous demander, sans trahir de secret industriel, si d’autres projets d’association sont à l’étude en Amérique latine ? L’accord qui a été signé par le COGES avec ses partenaires colombiens prévoit que le COGES consacre tout son savoir-faire au développement d’EXPODEFENSA, ce qui dans les faits exclut tout autre partenariat dans la région. Nous vous attendons sur Expodefensa, du 30 novembre au 2 décembre 2015 à Bogota, en Colombie. Pour plus d’information www.expodefensa.com.co sur le CHIFFRES CLES Expodefensa 2014 en chiffres : 178 exposants de 19 pays 9750 visiteurs professionnels 24 délégations internationales 17 délégations nationales 6728 m² d’exposition Le Général Colas des Francs signant l’accord de partenariat pour l’organisation d’Expodefensa 3 Nº4 | Février-Juin 2015 salon : | ECONOMIE codiceinformativo.com L’économie latinoaméricaine ou l’effet papillon Par Nicolas Bouveret Membre du comité Amérique latine Session grandes écoles 2013 L’Argentine parviendra-t-elle à enfin régler la question de la dette en 2015 ? Ces derniers mois, les économies en d’Amérique latine ont connu de profonds bouleversements. Alors que de nombreux pays, à l’instar du Mexique, ont entamé de lourds processus de réforme (réforme énergétique), l’Amérique latine subit indirectement les conséquences de politiques économiques et monétaires étrangères. Parmi ces chocs exogènes, les principaux sont la chute des prix du pétrole ainsi que la perte de valeur des devises nationales et de l’euro. L’Amérique latine apparaît ainsi comme un parfait exemple de l’interdépendance croissante des économies à l’heure de la mondialisation des échanges. A l’heure où les économies de la zone connaissent des restructurations, ces bouleversements menacent la stabilité économique et sociale dans la région. Alors que, pour la première fois depuis de nombreuses années, 2014 a vu la croissance moyenne du PIB de la zone (1,1% selon la CEPALC) être inférieure à celle des pays de l’OCDE, certains économistes évaluent la chute du cours des matières premières à une perte de 0,5 point de PIB sur la zone pour 2015. Les répercussions sur les pays producteurs de pétrole en Amérique latine sont multiples. La première concerne les recettes fiscales de certains Etats et, indirectement, leur capacité à soutenir l’économie nationale. En effet, le secteur de l’énergie étant nationalisé dans la majorité des pays, les compagnies nationales constituent un des principaux acteurs de l’investissement. A titre d’exemple, 96% des exportations au Venezuela concernent des produits pétroliers et les recettes représentent plus de 60% des revenus de l’Etat. Cependant, en fonction de la dépendance des économies à la rente pétrolière, la tendance peut être favorable aux économies. Ainsi, certains secteurs bénéficient de la baisse des coûts de production liée aux dépenses intermédiaires en énergie. Des coûts de fabrication moindres peuvent entraîner une baisse des prix et cela pourrait conduire à une déflation. A court terme, l’augmentation du pouvoir d’achat pourrait avoir des conséquences positives sur la croissance interne. En diminuant la dépendance aux marchés internationaux, il est aisé de voir les liens entre économie et souveraineté nationale. L’or noir au plus bas, entre risques et opportunités La baisse des cours de change de l’euro et des devises nationales face au dollar américain En quelques mois, dans un contexte de croissance mondiale faible et de conflit ouvert entre l’OPEP (avec à sa tête l’Arabie Saoudite) et les Etats-Unis sur le pétrole « de schiste », le cours du baril de pétrole a subi une chute historique, diminuant de près de 58% entre avril 2014 et janvier 2015. Parallèlement à la crise des matières premières, une baisse des cours de change des monnaies régionales face au dollar américain participe au renforcement des déséquilibres économiques dans la zone. Les devises 4 Nº4 | Février-Juin 2015 L’économie, principal levier géopolitique et de progrès social des pays dits « émergents » sont directement impactées par le dollar fort. D’après J.P. Morgan, l'indice des « devises émergentes » (dont real brésilien et le peso mexicain) a baissé de 17% en 2014. Si elle est handicapante pour les importations, cette situation peut néanmoins être bénéfique : une monnaie faible peut en effet être un facteur de compétitivité à l’international, et donc pour l’emploi. d’influence Certains Etats se trouvent donc dans une situation délicate face à ces chocs exogènes du fait de la période de transition ou d’instabilité qu’ils traversent (Mexique, Venezuela). Dans ce contexte, un nouvel acteur, la Chine, a fait son apparition. Au cours de l’année 2014, les banques chinoises ont accordé plus de 22 milliards de dollars de prêts, devenant de fait les premiers créanciers devant des institutions telles que la Banque interaméricaine de développement et la Banque mondiale. L’Amérique latine subit également les conséquences de la perte de valeur de l’euro. La récente politique monétaire de quantitative easing menée par la Banque centrale européenne (BCE) et les banques centrales nationales, via le rachat de dettes publiques et privées, participe à renforcer la tendance à la baisse de l’euro face au dollar. Ainsi, en moins d’un an, le taux de change euro/dollar a diminué de 25% et les experts prévoient que cette tendance va continuer du fait des politiques contraires menées par la BCE et son homologue américaine la FED. Cela peut avoir des conséquences sur les réserves de change des pays, notamment auprès des banques centrales ayant décidé de diversifier leurs réserves afin de réduire leur dépendance face à la devise nord-américaine (l’euro ne représente que 26,6% des réserves en devises à travers le monde). Enfin, conséquence indirecte et qui sera perceptible à plus long terme, la dévaluation progressive de l’euro aura de lourdes conséquences sur le secteur du tourisme en Amérique latine, du fait de la baisse de pouvoir d’achat des touristes européens. Néanmoins, ce soutien de la Chine à l’économie régionale n’est pas désintéressé. En effet, les prêts chinois sont quasi exclusivement destinés à des investissements liés à l’exploitation des ressources naturelles, plaçant ainsi les pays de la zone dans un statut de pays exportateur dépendant de la demande et donc des marchés, comme le prouve l’épisode de chute des prix des produits pétroliers. Dans ce contexte, le Venezuela fait l’objet d’une attention toute particulière du fait de la dépendance de son économie à « l’or noir ». Dans une période de tensions diplomatiques avec les Etats-Unis, une chute des revenus pétroliers a et aura un impact direct sur la politique intérieure du Président Maduro. Ainsi, les décisions prises à Riyad ou à Francfort sont désormais scrutées partout en Amérique latine. A lire également : La BCE lance une offensive historique sur le marché des emprunts d'Etat, Isabelle Couet, Les Echos L'impact planétaire de la guerre des changes et du dollar fort, Fabrice NodéLanglois, Le Figaro L’Amérique latine en panne de croissance, Claire Guélaud, Le Monde La baisse des prix du pétrole va impacter la balance commerciale de l’Amérique latine, Venice Affre, Le MOCI 5 Nº4 | Février-Juin 2015 | ECONOMIE Flickr.com 2015, l'année du retour du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale en Amérique latine? Par David Texier, membre du comité Amérique latine Conférence du Fonds monétaire international (FMI) à Santiago du Chili en décembre 2014 et assemblée annuelle du FMI avec la Banque mondiale à Lima (Pérou) lors de la rentrée 2015 : les institutions financières internationales, communément appelées « institutions de Washington », semblent décidées à reconquérir leur meilleur élève, l'Amérique latine. La concrétisation de cette stratégie est toutefois loin d'être acquise dans une région du monde qui cherche depuis plusieurs années à s'en émanciper. FMI et de la Banque mondiale à Lima au Pérou. Événement notable pour la région, le dernier rendez-vous de ce type avait eu lieu en 1967 au Brésil. Le 5 décembre 2014, la présidente chilienne Michelle Bachelet et la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, ont présidé une conférence intitulée « Les défis pour assurer la croissance et un partage de la prospérité en Amérique latine » – conférence organisée sur deux jours et qui a réuni représentants officiels et autres experts politiques et économiques d'Amérique latine et des Caraïbes. Autour d'un débat sur la croissance de cette zone du globe et de sa résilience remarquée durant la récente crise économique et financière mondiale, il s'agissait in fine de préparer une autre échéance majeure : la réunion annuelle du Historiquement, les relations entre les pays latinoaméricains et les institutions financières internationales ont toujours été pour le moins houleuses. Ces dernières ont en effet considéré la région comme le laboratoire de leur politique néolibérale lors des années 1970 et 1980, politique symbolisée par le fameux « consensus de Washington ». 6 Nº4 | Février-Juin 2015 d'Argentine. Composée de sept pays membres, tous sud-américains, son rôle est d'impulser le développement économique de ces pays sans qu’ils soient obligés de dépendre des sources de financement traditionnelles, à savoir la Banque mondiale et la Banque interaméricaine du développement. Ces dernières devront désormais composer avec un concurrent, de taille et de portée moindres, pour le moment, il est vrai. Elle en est depuis restée très marquée, notamment sur le plan social, pour des résultats économiques contrastés. Des pays comme l'Argentine en portent encore aujourd'hui des séquelles, comme l'atteste l'actuel contentieux avec les « fonds vautours ». La réaction politique qui s'en est suivie a traduit depuis lors un certain rejet du FMI par les populations d'Amérique latine. Force est en effet de constater qu'aux gouvernements très libéraux et dociles ont pu succéder au pouvoir des partis plus contestataires à l'égard du FMI, aspirant à un retour du social au premier plan. L'exemple le plus flagrant est bien entendu le Venezuela. On peut dès lors rappeler incendiaires aux accents très présidents Hugo Chavez et respectivement présidents de bolivarienne du Venezuela et de l'Équateur. Le retour attendu du FMI et de la Banque mondiale en Amérique latine, à Lima, promet donc d'être particulièrement intéressant à observer. A ce titre, Alberto Rodriguez, le directeur de la Banque mondiale dans la région, évoque la réunion annuelle au Pérou comme l'occasion de réfléchir sur le développement et la réduction des inégalités en Amérique latine, en soulignant le fait que ces pays ont fait des progrès significatifs en la matière. Alors que les institutions financières internationales cherchent à se renouveler idéologiquement (du moins en apparence), prenant acte de la mort du « consensus de Washington » et se tournant vers la « bonne gouvernance », le développement et la lutte contre la pauvreté, quelle sera la place de l'Amérique latine dès 2015 dans le changement de stratégie des institutions financières internationales ? les déclarations bolivariens des Rafael Correa, la République la République de Ce rejet du modèle proposé par les institutions financières internationales ne se borne pas à de simples propos vindicatifs. Il convient à ce titre d'évoquer la création en 2007 de la Banque du Sud, sous l'impulsion d'Hugo Chavez et de Nestor Kirchner, alors président de la République POINTS CLES 1982 : Crise de la dette en Amérique latine ; le Mexique se déclare en défaut de paiement. La crise se propage dans la région. Années 1980 et 1990 : Age du « consensus de Washington » par le biais des politiques d'ajustement structurels du FMI, d'obédience néolibérale. 1994 : Crise financière (dite « crise tequila ») qui débute au Mexique et impacte le reste du Cône Sud, notamment le Brésil. 1998 : Élection d'Hugo Chavez à la présidence de la République bolivarienne du Venezuela. 2001 : Crise économique en Argentine, l'économie du pays s'effondre après trois ans de récession. Le FMI et ses plans d'austérité sont remis en question. 2006 : Élection de Rafael Correa à la présidence de la République de l'Équateur. 2007 : Création de la Banque du Sud sous l'impulsion du Venezuela, dans le but de créer un fonds pour contribuer au développement économique de la région et renforcer sa souveraineté. 2015 : Assemblée annuelle du FMI et de la Banque mondiale à Lima : la reconquête de l'Amérique latine ? 7 Nº4 | Février-Juin 2015 |DEFENSE ET SECURITE mexico.cnn.com geograph.org.uk Argentine/Royaume-Uni : de la tension dans l’air Par Victor Lacadée membre du comité Amérique latine Quand le Royaume-Uni s'inquiète des efforts de l'Argentine pour renforcer ses capacités aériennes L'Argentine a montré au cours des derniers mois sa volonté de renouveler son parc vieillissant de chasseurs aériens. Les obstacles mis sur sa route par le Royaume-Uni ne semblent pas avoir altéré sa détermination. Le contrat passé en octobre 2014 par le Brésil avec l'avionneur suédois Saab pour l'achat et la construction locale de 36 chasseurs Gripen NG avait donné des idées à Buenos Aires. Un mois après, un accord de coopération en matière de Défense était signé entre Brasilia et le voisin argentin avec, en ligne de mire, l'acquisition pour l'Argentine de 24 JAS-39E Gripen NG, assemblés au Brésil. Cette perspective fut très mal accueillie au Royaume-Uni, avec lequel l'Argentine entretient un différend territorial à propos des îles Falkland/Malouines, situées dans l'Atlantique sud à environ 500 km des côtes argentines, sous souveraineté britannique depuis 1830 mais revendiquées par l'Argentine. 8 Or, le Gripen, bien qu'il soit construit par l'avionneur suédois Saab, est constitué, à 30% environ, de matériaux et de technologies d'origine britannique (composants du radar à antenne active, trains d'atterrissage, avionique), fabriqués par des entreprises anglaises. Le secrétaire d’Etat des Affaires étrangères britannique avait alors évoqué l'interdiction d'exporter toute technologie militaire britannique en Argentine, rendant la perspective de cette acquisition impossible. Devant cet inévitable veto, l'Argentine s'est donc mise à la recherche de solutions alternatives, dont pourraient bien profiter la Russie ou la Chine, puissances à l'influence grandissante sur ce continent. Russes et Argentins se sont en effet rapprochés à l'automne 2014 afin de discuter de la possibilité d'un échange de 12 bombardiers Sukhoi Su-24 contre du blé, du bœuf et d’autres marchandises faisant l’objet de pénuries en Russie, en raison des embargos alimentaires imposés par l’Union européenne. Mais c'est finalement la Chine qui semble tenir la corde. Nº4 | Février-Juin 2015 Au cours du déplacement de la présidente Kirchner en Chine en février 2015, des négociations ont en effet été entamées pour l'acquisition d'une vingtaine de chasseurs polyvalents FC-1/JF-17 développés par le Chinois Chengdu Aircraft Corporation (CAC). Il semblerait donc que, malgré les efforts britanniques, l'Argentine finisse par trouver un partenaire capable de lui permettre de renouveler sa flotte aérienne. Devant cette perspective, le Royaume-Uni envisage de renforcer le détachement permanent de la Royal Air Force, actuellement composé de quatre chasseurs Eurofighter Typhoon FGR Mk-4, d’un ravitailleur en vol Airbus Voyager KC Mk-2, d’un avion-cargo Lockheed Hercules C Mk-1 et de deux hélicoptères Westland Sea King HAR Mk-3. Un rapport de force semble donc engagé autour de l'archipel, dont l'intérêt stratégique a repris de la vigueur au cours des dernières années depuis qu'il y est question de réserves pétrolières... POUR EN SAVOIR PLUS Quelques chiffres importants : Population : 202 millions d’habitants PIB : 2,246 billions de dollars (2013) Surface du Brésil : 8,5 millions de km² Surface de l’Amazonie légale : 60% du territoire Un PEF (Peloton Spécial de Frontière) est composé d’environ 60 personnes 28 PEF existants en 2014 Coût estimé du programme SISFRON : 4 milliards de dollars environ Chronologie : 2008 : Lancement de la Stratégie Nationale de Défense (END) 2011 : Mise en place de la première phase du SISFRON à Cuiabá (MS) 2014 : Mise en service (conclusion : 2035) du A lire également Mexique : Arrestation des narcotrafiquants "La Tuta" et "el Z-42" : un coup important porté au crime organisé. Analyse : Violence urbaine et sécurité en Amérique latine : focus sur la Colombie 9 Nº4 | Février-Juin 2015 SISFRON | POLITIQUE ET DIPLOMATIE Source/Bilaterals.org La francophonie, un vecteur oublié de l’influence française en Amérique latine Par Alexandre Barthès Membre du Comité Amérique latine 67e Session Jeunes, 2010, Amiens Le dernier sommet de la Francophonie a mis en lumière une composante souvent négligée voire oubliée de la Francophonie : la Francophonie des Amériques. Le manque de considération accordée à cette composante de la Francophonie laisse entrevoir une mobilisation relativement limitée du vecteur francophone comme levier d’influence dans une zone pourtant francophile. Le 19 décembre 2014, le groupe audiovisuel français France Medias Monde (FMM) et le câbloopérateur argentin Cablevisión ont signé un accord permettant la diffusion de la chaîne d’information en continu France 24 et de Radio France Internationale (RFI) dans l’offre basique du bouquet numérique argentin. Cet accord permet aux deux médias français d’être diffusés auprès des 882 000 foyers abonnés à Cablevisión. Désormais, France Médias Monde touche près de 3 millions de foyers sur l’ensemble du continent latino-américain. Dans un paysage médiatique latino-américain polarisé, dominé par les médias privés et traversé par une lutte d’influence entre plusieurs grandes chaînes étrangères, les voix francophones et françaises sont relativement inaudibles, voire absentes. Le paysage médiatique latinoaméricain est marqué par une opposition entre des médias privés nationaux soupçonnés d’être 10 « aux ordres du marché 1 » et des médias publics nationaux accusés d’être au service des intérêts partisans du pouvoir en place. A cela s’ajoutent des chaînes étrangères (CNN International, CCTV, HISPAN TV, RTVE, EURONEWS…) qui diffusent en langue espagnole. Au-delà de la qualité des programmes diffusés, ces chaînes étrangères sont proches, de manière plus ou moins explicite et visible, de considérations d’ordre politique et géopolitique. Dans ce contexte, l’offre audiovisuelle francophone et française est peu visible et semble souffrir de ne pas disposer de vecteur en langue espagnole pour accroître son attractivité. Si une partie des programmes de RFI sont diffusés en espagnol, France 24 ne dispose pas à ce jour de canal dans cette langue. Pour France 24, un projet de développement d’un canal en espagnol est en cours de réflexion et pourrait être intégré dans le futur contrat d’objectifs et de moyens de FMM. Nº4 | Février-Juin 2015 Il apporterait un début de réponse à l’attente de France exprimée par les latino-américains. En effet, malgré une perte d’influence du français sur le continent depuis le début du XXème siècle, l’Amérique latine reste francophile et le français est la deuxième langue étrangère apprise sur le continent derrière l’anglais. Depuis le début des années 2000, le français a amorcé un retour en force sur le continent, avec notamment un soutien actif du ministère des Affaires étrangères et des Alliances françaises. Le français apparaît comme le vecteur d’une alternative à une certaine homogénéisation culturelle. Ce retour marqué du français reste fragile du fait de la qualité inégale de l’enseignement du français sur le continent1. POINTS CLEFS La mobilisation du vecteur francophone en Amérique latine reste encore limitée. Si la récente signature d’un accord entre la France et l’Argentine pour la reconnaissance mutuelle des diplômes du supérieur et les projets de France 24 sont actés, les volets économiques semblent encore en marge. Le Forum Francophone des Affaires dispose certes d’un relais pour l’Amérique latine mais les perspectives françaises sont plutôt portées vers le continent africain. A l’inverse, les Québécois tendent à renforcer la mobilisation de la francophonie des Amériques pour accroître leur attractivité sur le continent. En 2014, il y a 4 617 500 francophones en Amérique Latine (hors départements et territoires d’outremer). Ces données ne prennent en compte que les francophones des pays membres de l’OIF (observateurs et membres à part entière). 3 Etats latino-américains sont membres à part entière de l’OIF : La Dominique (1979), Haïti (1970) et Sainte-Lucie (1981). 4 Etats latino-américains sont membres observateurs de l’OIF : Costa Rica (depuis 2014), République dominicaine (2010), Mexique (depuis 2014) et Uruguay (2012). Fin 2014, RFI compte 500 radios partenaires sur le continent américain contre 396 en 2013. Sur les 104 nouvelles radios partenaires, 77 sont en Amérique latine, dont 8 au Brésil. 2004 : lancement de CCTV Español, la chaîne chinoise en espagnol. 2012 : lancement de HISPAN TV, la chaîne iranienne en espagnol La désignation, au mois de novembre 2014, de Michaelle Jean (canadienne d’origine haïtienne) A lire également comme secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) pourrait nouvelle Signature de l’accord donner une dimension à lafranco-argentin francophonie de reconnaissance mutuelle des diplômes (Rosario, 30 mars 2015) des Amériques et servir de point d’appui pour une No News from Tehranfrançaise : Hispan TV FirstlaVoyage to Latin America nouvelle impulsion à une stratégie dans Who speaks for public media in Latin America? région. Haydée SILVA, Langues et territoires : le statut du français en Amérique Latine, Gatineau, Université du Québec en Outaouais, Cahier Senghor, n°3, 2011 Visite en Argentine de M. C. Saragosse, PDG de « France Medias Monde » 11 Nº4 | Février-Juin 2015 cdn.plp.cl Fracking : une avancée technologique ou une fracture du fragile équilibre énergétique ? Par Aurélien Dervaux Membre du comité Amérique latine À l’heure où les automobilistes français se réjouissent du prix du diesel à la pompe, conséquence d’un baril à moins de 50 dollars, loin des 140 dollars de juin 2008, le débat sur notre consommation d’énergie et ses conséquences s’ouvre à nouveau. En effet, le faible prix du baril s’explique notamment par une demande à la baisse en raison des avancées technologiques – et par une offre toujours plus conséquente – mais également par une technique récente d’extraction du pétrole et du gaz appelée fracking, ou fracturation hydraulique. Inventée en 1947, la technique de la fracturation hydraulique se développe véritablement dans les années 1980 avec l’invention du forage horizontal. Elle permet d’extraire du pétrole dans des gisements non conventionnels et, pour faire vite, d’exploiter des gisements auparavant inaccessibles ou qui auraient nécessité des coûts exorbitants. L’extraction est facilitée grâce à une injection constante d’eau et de fluides dans une galerie et à un mélange d’additifs chimiques et d’agents de soutènement pour maintenir la galerie ouverte. Depuis quelques années, le fracking gagne progressivement l’Amérique latine, influencée par les États-Unis. Cette technique est désormais utilisée au Brésil, en Colombie, au Mexique, en Uruguay et en Argentine. 12 Nº4 | Février-Juin 2015 En Argentine, à Añelo, se trouve le gisement de gaz et de pétrole Vaca Muerta. Ce gisement de près de 30 000 kilomètres carrés n’a de mort que son nom puisque, depuis sa découverte en 2010, il est devenu un pôle d’attractivité important. En effet, en deux ans, la ville a doublé sa population et 5 000 employés y convergent chaque jour pour y travailler. La société YPF (Yacimientos Petrolíferos Fiscales) a conclu des accords d’exploitation avec des sociétés étrangères telles que l’américain Chevron, Total et la malaisienne Petroliam Nasional Berhad (Petronas). Añelo est ainsi devenue la « capitale du fracking » en Amérique latine. Alors, pourquoi se passer d’une technologie qui permettrait à l’Argentine de se sortir de sa situation économique complexe ? À huit mois de la conférence sur le climat, COP21, qui se déroulera à Paris, l’impact environnemental du fracking est souvent avancé comme argument pour refuser son utilisation. Parmi les conséquences évoquées, la pollution des sols, la libération de méthane, les mouvements sismiques, le gaspillage d’eau et le risque sur la potabilité de l’eau. La fracturation hydraulique est donc une technologie relativement nouvelle, pleine d’incertitudes et qui mérite d’être soumise à plus d’études – indépendantes – afin d’en déterminer le rapport pollution-efficacité. Entre développement économique des États et risques écologiques majeurs, il faut désormais pouvoir se positionner. En dépit d’un semblant de réussite, la fracturation hydraulique est sujette à de nombreux débats à travers le monde. L’exemple de Vaca Muerta montre que cette méthode est génératrice d’emplois mais déséquilibre en même temps le marché du travail local, puisqu’un Argentin gagne, selon un article paru dans El Pais en 2014, environ 530 euros par mois en travaillant dans une ferme alors que celui qui travaille à Añelo en gagne environ 1 230. Ensuite, l’autosuffisance énergétique constitue clairement un des objectifs de la méthode du fracking lorsque l’on sait que les États-Unis investissent dans ce secteur afin de mettre fin à leur dépendance énergétique à l’égard de la Russie et, par la même occasion, du Moyen-Orient. Dans le cas de l’Argentine, les experts affirment que c’est la deuxième plus grande réserve de gaz de schiste au monde après la Chine et que l’approvisionnement est assuré pour les cent cinquante prochaines années – au minimum. A lire également • La Patagonie argentine, eldorado pétrolier et Jurassic Park • La geopolítica del ‘fracking’ • La capital latinoamericana del ‘fracking’ • Una petrolera malaya invierte en el petróleo no convencional de Argentina 13 Nº4 | Février-Juin 2015 Présiden de l’ANAJ-IHEDN : Fançois Mattens Directeur de publication : Stéphane Cholleton Rédacteurs en chef : Pierre Marey-Semper ANAJ-IHEDN 1, place Joffre Case 41 75007 www.anaj-ihedn.org Retrouvez toutes les publications de l’ANAJ-IHEDN sur http://www.anaj-ihedn.org/category/actualites/publicationsrevues/ 14 Nº4 | Février-Juin 2015