Biomatériaux, quel avenir - Revue des Composites et des Matériaux
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Biomatériaux, quel avenir - Revue des Composites et des Matériaux
AVANT-PROPOS Biomatériaux, quel avenir ? Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur rcma.revuesonline.com La plupart des plastiques et des polymères synthétiques actuels sont issus de la pétrochimie. Ils ont une longue durée de vie qui rend l’élimination de leurs déchets difficile. Ils constituent ainsi une source importante de pollution pour l’environnement et pour la faune. Pour toutes ces raisons la recherche de solutions visant à remplacer ces polymères non dégradables par des biomatériaux présente un intérêt majeur aussi bien pour les pouvoirs publics que pour l’industrie du plastique. De nombreux pays ont inscrit dans leurs programmes nationaux de recherche et développement l’utilisation de la biomasse en tant que matière première de substitution aux matières premières fossiles dans les secteurs de l’énergie, de la chimie et des matériaux. Il s’agit dans cette démarche d’exploiter le potentiel de photosynthèse de la plante pour réaliser des économies d’énergie, diversifier l’agriculture, réduire les émissions de gaz à effet de serre, mettre au point des techniques et produits compatibles avec l’environnement et au final créer des emplois. La production de biomatériaux à partir de la biomasse s’inscrit donc dans ce contexte d’une industrie qui devient plus respectueuse de l’environnement. Ainsi, l’engouement pour les biomatériaux est-il croissant dans l’opinion depuis l’entrée en vigueur de la loi interdisant la mise en décharge des déchets. En France, la Recherche & Développement (R&D) sur les biomatériaux est portée par le programme AGRICE 1 (Agriculture pour la Chimie et l’Energie) dont l’objectif est de promouvoir l’utilisation des matières premières renouvelables d’origine agricole pour la fabrication de bioproduits dans les domaines de l’énergie, de la chimie et des matériaux. Dans ce programme les travaux de R&D sur les biomatériaux sont abordés à la fois sous l’angle « valorisation des polymères naturels » et « valorisation des fibres naturelles issues du végétal ». Les projets soutenus par AGRICE ont porté sur l’ensemble des filières agricoles : la filière blé pour les produits à base d’amidon, de cellulose de paille ou de son, la filière betterave pour l’utilisation de la pulpe de betterave, la filière maïs pour l’utilisation d’hétéroxylane ou d’arabinoxylane ou de la plante entière, la filière protéagineux (pois, tournesol) pour l’utilisation de protéine, la filière colza pour l’utilisation d’huile en vue de la réalisation de résine et des cultures nouvelles comme le chanvre pour les fibres. 1. AGRICE : programme lancé par l’ADEME en 1994, en partenariat avec le monde agricole, les industriels et les chercheurs. 8 RCMA – 16/2006. Composites à fibre végétale Les 4 grands axes des actions d’AGRICE Recherches et développements de nouveaux polymères plastiques Ils ont porté sur : – le fractionnement, la purification et la transformation de polymères d’origine végétal (amidon, protéine, cellulose, etc.) pour obtenir des bases de matériau ; – la modification chimique ou physique des substrats notamment pour améliorer les propriétés filmogènes, hydrophobes ou mécaniques ; – la biosynthèse de polysaccharides par fermentation de substrats carbonés issus de la biomasse (biotechnologie) pour la conception de nouveaux matériaux thermoplastiques ; – la recherche de nouvelles réactions (ultrasons, micro-ondes,) et les études des réactivités sur les polysaccharides (cellulose, amidon, hémicelluloses) en vue de leur conférer de nouvelles propriétés applicables dans le domaine des matériaux ; Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur rcma.revuesonline.com – la processabilité des matériaux. Recherches et développements de l’utilisation des fibres végétales Les travaux se sont focalisés sur : – la production de matériaux composites à base de polymères végétaux ou synthétiques par association de fibres naturelles et d’une matière liante ou thermoplastique naturelle ; – l’amélioration des techniques de compatibilisation des fibres avec différentes matrices (synthétiques ou d’origine végétale) ; – la recherche sur la résistance de ces matériaux aux micro-organismes, à l’humidité, aux agents chimiques et à la température notamment ; – la processabilité des matériaux. Développement de méthodes analytiques permettant de mesurer la biodégradabilité Ces projets ont été menés en parallèle pour servir à la fois de base à la mise au point de normes sur la biodégradabilité et à la compréhension des mécanismes de la biodégradation et de l’impact environnemental des produits de biodégradation. Divers aspects ont été abordés : – évaluation de la biodégradabilité, du devenir des produits de biodégradation (écotoxicité, accumulation des biopolymères utilisables en agriculture) ; Avant-propos 9 – étude du comportement des biomatériaux en situation de compostage ; – mise au point de tests de biodégradabilité in situ et instrumentation de laboratoire ; – établissement d’une norme de biodégradabilité biodégradables utilisés en agriculture et en horticulture. pour les matériaux Etudes technico-économique et de marketing Ces études ont porté notamment sur l’état des lieux concernant les travaux de R&D sur les biomatériaux et sur leur positionnement sur les marchés des plastiques (marché des matériaux biodégradables) et des composites (marché des nouvelles utilisations des fibres végétales). Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur rcma.revuesonline.com Cas particulier des matériaux issus des fibres végétales Dans le cas particulier des matériaux issus des fibres végétales (agromatériaux ou composites), on note que leur marché est en pleine expansion avec de nombreux débouchés industriels. En effet, outre les avantages environnementaux généralement reconnus pour la biomasse, les fibres végétales sont recherchées aussi pour leurs qualités techniques (plus de souplesse par rapport au verre, faible abrasion pour les machines de process), leur bon rapport prix/performance, leur innocuité sur le plan sanitaire (moins ou pas de problème d’allergie ou de santé vis-à-vis des opérateurs sur les chaînes de fabrication). Par ailleurs, les fibres végétales sont abondantes dans le monde et très variées (chanvre, lin, coton, jute, kénaf…), aussi se caractérisentelles par une grande richesse d’usages. Si elles ont été de tout temps utilisées dans les secteurs traditionnels comme le textile et l’industrie papetière, elles le sont aujourd’hui dans de nouveaux secteurs comme l’automobile (habillage intérieur des voitures, composites, matériaux isolants…), la construction et les géotextiles. En effet, sur des applications spécifiques, les fibres végétales naturelles permettent aux industriels d’obtenir des matériaux dotés de performances techniques supérieures à celles des matériaux traditionnels. Perspectives Les études technico-économiques et de marché ont permis de dégager pour les biopolymères et les fibres végétales, les principaux segments d’applications concernant les produits les plus aboutis sur le marché. Par ailleurs, elles ont mis l’accent sur les freins au développement et à l’utilisation de ces produits et proposé des plans d’action marketing pour organiser les filières dans les domaines de Recherche et développement, de la réglementation et de la communication. 10 RCMA – 16/2006. Composites à fibre végétale Recherche et développement. Des progrès sont encore nécessaires pour améliorer notamment les performances techniques des biopolymères qui restent aujourd’hui limitées pour certains types de produits (par exemple faible barrière au gaz, adéquation biodégradabilité et durée de vie…) et pour les fibres végétales, les principaux axes de R&D résident dans l’amélioration des propriétés des fibres par la sélection, mais aussi dans l’optimisation des cultures et des modes d’extraction et des procédés de transformation. Réglementation. Globalement il est indispensable de mettre en place des cadres réglementaires ou d’améliorer ceux existants pour intégrer les biomatériaux dans l’économie au même titre que leurs concurrents issus des matières premières fossiles. Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur rcma.revuesonline.com Communication. C’est un des leviers importants pour la promotion des filières biomatériaux. Elle devra notamment porter sur le caractère renouvelable des produits, leurs impacts sur l’environnement (biodégradabilité lorsqu’elle est justifiée, effet de serre, économie d’énergie, innocuité pour la flore, la faune et l’homme). Hilaire Bewa Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie Direction des Energies Renouvelables, des Réseaux et des Marchés Energétiques Département Bioressources, Angers