Par Frédérique LEGRAND, Orange Labs, Responsable de

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Par Frédérique LEGRAND, Orange Labs, Responsable de
1er trimestre 2013
La Chaire d’Enseignement et de recherche « Modélisations des imaginaires, Innovation et Création » est née d’un partenariat
de long terme (2010-2015) entre institutions académiques et industriels dédié à la recherche, à la formation et à l’expérimentation sur l’analyse et la modélisation des imaginaires, des représentations et de la narration. Son pari est de prendre les imaginaires comme « matière première » des processus d’innovation. Elle se positionne en amont de ces processus, au moment
où collaborent et se confrontent les intuitions, les concepts et les rêves des ingénieurs, des décideurs, des utilisateurs et des
divers acteurs de l’innovation intensive.
Sommaire
Edito
Les Jeudis de l’imaginaire
Séminaire
Le prix ArtScience
Notes de lecture
Edito
lettre d’information n°5
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re Dreaming #5
Recherches
Publications des membres de la chaire
Collection «Modélisation des Imaginaires»
Eléments du glossaire
Brèves
Par Frédérique LEGRAND,
Orange Labs, Responsable de laboratoire- SENSE
(Sociology & Economies of Networks and Services)
Si l’imaginaire ne constitue ni le matériau premier ni le cœur de métier
d’un opérateur de télécommunications, il forme en revanche un creuset de
représentations, d’images, d’indices utiles pour cerner et anticiper tant les évolutions de la société que les peurs, désirs ou attentes des individus qui la composent.
L’imaginaire se constitue suivant un cours historique, autour d’objets, de représentations :
« Si les objets échappent parfois au contrôle pratique de l’homme, ils n’échappent jamais à
l’imaginaire. Les modes de l’imaginaire suivent les modes de l’évolution technologique, et
le mode futur d’efficience technique suscitera lui-aussi un nouvel imaginaire ».
(Jean Baudrillard).
Ce territoire d’un «imaginaire branché sur les techniques»
(Georges Balandier), Orange se doit de l’explorer. À côté des
innovations motivées par les découvertes techniques, les
percées scientifiques ou les impératifs du marché, on peut
donc envisager de nouveaux services adaptés aux besoins et
construits à partir des imaginaires.
La Chaire « Modélisation des imaginaires, innovation et
création » se propose précisément de favoriser, pour en faire
un moteur de réussite de l’innovation, la rencontre entre
certains de ces imaginaires, de celui des concepteurs de produits et de services à celui des clients.
Pour Orange, l’intérêt de cette démarche est double :
apprendre à connaître l’imaginaire que véhiculent ses produits
et services ; comprendre comment ils rencontrent, séduisent
et satisfont ses clients. Cette convergence miraculeuse, voire
magique, des imaginaires clients et concepteurs semble de
plus en plus difficile à atteindre...
La raison tient au fait que les imaginaires qui irriguent le
secteur des télécoms sont chargés de paradoxes : la circulation
générale des données s’accompagne de craintes en matière
de respect de la vie privée ; l’hyperconnectivité a pour
corollaire des aspirations au contrôle de sa joignabilité, à la
déconnexion… À ces paradoxes s’ajoute un développement
accéléré des TIC, susceptible de bousculer nos cadres de
pensée et de refondre les imaginaires associés.
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exergue certaines activités comme le design.
Dans les processus d’innovation d’Orange, le recours à
l’imaginaire ne va pas de soi. Le décideur est plus familier des
approches rationnelles économiques ou financières.
Comment un opérateur tel qu’Orange, régi par des impératifs
de régulation de marché et sommé de réduire les risques pour
« rassurer les marchés », peut-il s’ouvrir à cette dimension,
ô combien plus insaisissable, même si elle possède intrinsèquement sa propre rationalité ? Avec l’imaginaire, c’est notre
rapport à la connaissance qui se trouve modifié, car il s’agit de
rendre compte des phénomènes observés par des structures
sous-jacentes et des représentations qui n’ont pas d’existence
physique, de faire émerger ce non tangible et d’y distinguer,
par delà la représentation et la transfiguration, le ou les sens
concrets, afin de disposer d’un espace de savoirs et de
pratiques. Des revues comme les Cahiers de l’imaginaire et les
récentes expositions prenant l’imaginaire pour point d’orgue
témoignent de l’à-propos de ce pari.
Faire de l’imaginaire une source d’innovation constitue
donc pour Orange un véritable défi pour l’avenir.
Nos partenaires
Le corps technologisé ou la ville numérique posent
aujourd’hui la question de nouveaux imaginaires d’hybridation entre le réel et le virtuel, entre le monde physique
et le monde numérique. De même, la ville numérique ne
se contente pas de dupliquer la ville physique que nous
connaissons dans une version augmentée numériquement,
mais, bien davantage, nous propose une « autre » ville dans
laquelle chacun d’entre nous vivra différemment.
Pour cette raison, chercher à comprendre les imaginaires que
véhiculent les technologies d’information et de communication se fait avant tout en vue de mieux maîtriser les processus
d’innovation. Mais il s’agit également d’une posture consistant
à admettre que les technologies numériques que nous
fabriquons aujourd’hui, du fait de leur convergence croissante,
bien souvent nous devancent voire nous dépassent en termes
d’imaginaires et que nous ne prendrons jamais trop d’avance
à essayer de les anticiper.
Les travaux menés par les équipes des Orange Labs ne
permettent pas seulement de mieux cerner les usages pour
innover ; aidés de techniques telles que l’imagerie 3D ou la
réalité augmentée associant réel et virtuel ou la co-créativité,
ils servent aussi à faire émerger et à croiser les imaginaires.
Certains éléments du cursus proposé dans le cadre de la
formation de Master 2 de la Chaire vont précisément dans ce
sens, anticipant les besoins des entreprises sur ces nouveaux
métiers dont l’imaginaire sera le substrat.
La chaire est un lieu de rencontres de partenaires académiques et industriels. Tandis que la dimension académique
sur ce terrain de l’imaginaire évolue vers une pluridisciplinarité accrue (à la croisée des chemins entre anthropologie,
philosophie, sémiologie, sociologie, ….) les partenaires industriels, quant à eux, confrontent leurs méthodes de créativité et
leurs visions des imaginaires sur des sujets de société dont les
évolutions nous touchent tous. Ce partage d’un open imaginaire nourrit les uns et les autres par un phénomène de réflexivité et alimente l’innovation et la prospective. Il met aussi en
l ES JEUDIS DE L’IMAGINAIRE
«Neuroscience-fictions (in)conscientes : apport des neurosciences à l’étude des interprétations-croyances conscientes»
Lionel Naccache, invité des Jeudis de l’imaginaire de la Chaire
« Modélisations des Imaginaires. Innovation et création », le 28 juin 2012 à Télécom ParisTech
Professeur de médecine à l’Université Paris VI, neurologue et neurophysiologiste à l’hôpital de la Salpêtrière, où il est
chercheur à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière, Lionel Naccache consacre ses travaux à l’exploration des
propriétés psychologiques et cérébrales de la conscience. Il a publié deux ouvrages particulièrement intéressants sur
le sujet : Perdons-nous connaissance ? De la mythologie à la neurologie et Le Nouvel inconscient.
Pour lui, l’intérêt de la neurologie est
de réussir un va-et-vient dialectique
entre le normal et le pathologique
afin de mettre à jour les propriétés
générales de l’esprit. Son intervention a porté sur la manière dont la
neurologie traite de la subjectivité,
de l’interprétation.
Lionel Naccache, a exposé diverses recherches qui s’intéressent au « modèle de l’espace de travail conscient » (ou global work space). Son but est d’arriver à comprendre le propre
de la conscience pour répondre à la question : quand nous
prenons conscience de quelque chose, de quoi prenons-nous
conscience ? Un premier processus par étape serait possible
: description de la situation, prise de conscience et interprétation, mais il est trop simplilste. En effet, de nombreuses
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recherches montrent que l’interprétation n’est pas dissociable d’interprétations et que notre attention converge vers celle
de la perception. Même à partir de simples formes, comme qui a une probabilité explicative optimale (soit dans un cas
dans l’expérience des psychologues allemands Heider et Sim- normal : exclure la possibilité du sosie).
mel (1944), nous projetons des intentions, des émotions, des
relations – nous racontons une histoire.
Pour aller plus loin, Lionel Naccache prend
Ce besoin irrépressible de produire des
l’exemple de mots polysémiques comme
significations, Lionel Naccache le nomme
« boucher ». Nous ne pouvons penser
‘‘ Demeurent
« fictionnalisation », c’est-à-dire la producconsciemment qu’à un seul sens et nous
tion d’une interprétation qui n’est pas là
inhibons les autres. En résumé, face à
en suspens
pour être vraie mais pour faire sens.
une situation donnée, plusieurs interles raisons qui
prétations sont générées de façon non
poussent les
Afin d’expliquer les mécanismes de la
consciente et indépendamment les unes
fiction, Lionel Naccache a développé
des autres dans notre cerveau. Puis, quand
êtres
l’exemple du syndrome de Capgras ou «
nous prenons conscience, nous choisishumains à
délire des sosies » : la personne en présons l’une d’entre elles après avoir inhibé
colorer le vécu
sence d’un familier pense qu’il a été remles autres.
placé par un imposteur. Le fonctionnePeu à peu les recherches en neuropsychoavec des
ment de cette pathologie n’est pas encore
logie essaient de comprendre comment
histoires ou des
totalement compris. On sait qu’il faut que
l’activité cérébrale code, et construit, la
croyances…’’
le circuit cérébral de la reconnaissance
relation entre réalité et fiction/interprédes visages croise celui qui informe de la
tation. Demeurent en suspens les raisons
familiarité pour qu’un individu soit désiqui poussent les êtres humains à colorer le
gné comme étant un familier. Or chez les
vécu avec des histoires ou des croyances…
patients atteints de Capgras le codage de
mais seule une approche pluridisciplinaire
l’information de familiarité ne fonctionnerait plus. Toutefois, pourrait éclairer ce point. Lionel Naccache a d’ailleurs rapprocette difficulté n’explique pas la production de la fiction « im- ché la neuropsychologie d’autres disciplines. Il a par exemple
posture ». Il existe donc un autre dysfonctionnement : lorsque proposé de revisiter le concept de « naturalisation de la culture
le sujet voit le visage familier il génère une interprétation et » en utilisant le travail sur les zones cérébrales de la subjectivipense à un sosie.
té. Pour conclure, il a tenu à mettre en garde contre les dérives
possibles, notamment quand des idéologies post-relativistes
Dans un cas normal, il pourrait réviser cette fausse croyance s’emparent de ces avancées.
grâce au lobe frontal.
Le texte intégral de la conférence de Lionel Naccache sera
Une des pistes ouverte par l’étude des cas Capgras est que, prochainement disponible sous la forme d’un petit ouvrage
face à une situation donnée, nous possédons une liste
publié par la Chaire aux éditions Manucius.
« Imaginaire écrit/écran : cultures du libre et des écrans : plaidoyer pour une indispensable complémentarité »
Serge Tisseron, invité des Jeudis de l’imaginaire de la Chaire
« Modélisations des Imaginaires. Innovation et création », le 6 septembre 2012 à Télécom ParisTech
Après avoir distingué les termes de
virtuel, d’imaginaire, de fantasme
et d’imagination, Serge Tisseron
s’est attaché à montrer que « l’être
humain a construit le virtuel numérique comme une façon de prolonger et d’amplifier les possibilités de
son virtuel psychique ». Ce virtuel
numérique est alors compris comme
un espace d’« immersion », dans lequel l’individu peut entrer
et sortir à son gré, et qui est transformable selon les désirs
(rêvasser, rêver, imaginer, virtualiser). Désormais acteur des
images qu’il investit, l’individu prend possession de l’espace
numérique construit au travers des interactions qui y sont
possibles. Serge Tisseron considère également que, au-delà
des reconfigurations qui agissent dans les relations entre individus par le biais de ces technologies, l’homme devient pour
la première fois, dans son rapport aux images, le spectateur en
temps réel de ses propres actions. Ainsi, il note que ce n’est pas
tant le passage du spectateur à l’acteur qui est important que
les effets de fascination ou de prise de recul qui en découlent.
En abordant les usages possibles du virtuel numérique, Serge
Tisseron évoque quatre désirs apparus au travers de leur « assistance » par ordinateur. Le conférencier présente ces quatre
expressions du désir en articulant chacune autour d’enjeux et
problématiques liés à la vie psychique et sociale de l’individu.
Le point le plus pertinent réside dans ce qu’il nomme le
«virtuel assisté par ordinateur». Serge Tisseron indique que «la
navigation entre virtualisation et actualisation permet une
relation plus souple et plus évolutive du monde». Or, souligne-
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t-il, le virtuel numérique doit être pensé dans son ambivalence,
même si « le risque des écrans » n’est qu’une manifestation
supplémentaire d’un certain désir de l’homme : « réduire ses
interlocuteurs à l’image qu’il en a ».
Dans un troisième temps, Serge Tisseron évoque l’imaginaire
répulsif des écrans en traitant de quelques lieux communs
souvent prononcés par les adultes : la substitution au monde
réel par l’Internet, un appauvrissement des relations des internautes, la toile comme lieu d’incitation à la « débilité », l’exhibitionnisme supposé des adolescents, etc. A l’aide de nombreux
exemples, il souligne le gap générationnel qui sépare les
adolescents de leurs parents et préconise une fois encore le
dialogue familial.
Enfin, le il compare la « culture du livre » et la « culture de
l’écran » qu’il considère comme des modèles, et non comme
des supports. Le principal bouleversement culturel né de
la culture de l’écran est le passage d’une culture du singulier (culture du livre) à une culture du pluriel ou du multiple
(culture de l’écran).
Serge Tisseron associe la culture du livre à la narration linéaire
qui a « moulé » les productions des premiers écrans.
Or, le numérique permet désormais « d’exploser » l’écran, et
marque le bouleversement cognitif d’une pensée basée sur la
non- linéarité, sur la circularité et la mise en réseau.
Néanmoins, « pensée linéaire et pensée circulaire cohabitent
à part égale dans la culture orale », même si la culture numérique favorise la capacité d’adaptation de l’individu. Enfin, il
souligne les modalités de la démultiplication de l’identité par
la culture du numérique, donc grâce aux écrans. Cet aspect, lié
à la valorisation des « formes non verbales de la symbolisation
et de la communication » via les écrans, marque le bouleversement psychologique provoqué par la culture des écrans.
En conclusion, Serge Tisseron rappelle que les écrans sont indissociables des livres, car ces deux cultures sont complémentaires. Elles forment un métissage sans doute temporaire, car
«la mort des écrans» est annoncée au profit des hologrammes
et autres technologies de communication qui placeront la
gestuelle au centre des interactions. En attendant, il ne faut
pas craindre le virtuel, mais s’y éduquer. La culture du livre, la
culture de l’écran et la structure relationnelle du cadre familial
offrent des repères différents à partir desquels un adolescent
se construit. C’est cette articulation qu’il importe d’interroger.
«La physique : les idées scientifiques et l’imaginaire»
Étienne Klein, invité des « Jeudis de l’imaginaire » de la chaire
« Modélisations des Imaginaires. Innovation et création » le 29 novembre 2012 à Télécom-ParisTech
La Chaire a reçu Étienne Klein, physicien, docteur en philosophie des sciences, directeur de recherche au CEA et professeur à
l’École Centrale Paris. Auteur de plus de vingt ouvrages, il écrit, dans Il était 7 fois la révolution : « Tout processus d’invention
puise également dans l’imaginaire, s’appuie sur l’intuition, sur des métaphores ou des analogies qui constituent, en parallèle
des concepts et des énoncés, comme une “poétique” de la science en train de se faire. » (Paris, Flammarion, p. 16).
La vie des atomes, quarks et autres
bosons s’ébauche dans l’imaginaire
dont notre conférencier évoqua
le rôle en physique, notamment
durant les périodes de crise, quand
la raison s’égare. Une référence à
Anagrammes renversantes, ouvrage
écrit en collaboration avec J. PerrySalkow, permit d’éclairer joyeusement la dialectique liant raison et
imaginaire : accélérateur de particules, collisionneur d’électrons ou imaginaire ont pour anagramme éclipsera l’éclat du
Créateur, les crocodiles n’ont rien lu et… migraine… Voici qui
éveille la pensée !
Dans le droit fil de ces jeux de l’esprit, Étienne Klein,
questionnant la naissance des concepts en physique, interrogea les fulgurances dont procédèrent de grandes théories : les
eurêkas d’Ampère, Gauss et Poincaré qui, tous trois, reçurent
une illumination, sorte de grâce après de longues recherches
infructueuses ; leurs récits conservent, intacte, l’émotion de
leur découverte mais sans en trahir le processus de formation. S’agit-il du travail de métaphores ou d’analogies mené
silencieusement dans l’imaginaire à côté de la production des
énoncés ? Ne faudrait-il pas entrer dans l’intimité de l’inventeur, connaître ses penchants, les événements marquants de sa
carrière ? Cette piste fut explorée dans la seconde partie de la
conférence.
Comment savons-nous ce que nous savons ?
Comment l’objet en soi peut-il devenir pour moi ? Notre auteur
mit en scène la structure liant le sujet connaissant et l’objet à
connaître selon deux postures philosophiques, platonicienne
et kantienne, repensées par les neurosciences : informons-nous
le donné à connaître en le déformant suivant nos structures
cérébrales ou l’invention libre est-elle possible ? Étienne Klein en
appela à une « mystérieuse dialectique entre ce que nous savons
du réel et notre façon de penser l’intelligence de ce que nous
savons » : l’invention s’effectue en dehors de tout procédé repérable, 5 récits de découvertes scientifiques en firent foi, narrés
avec un inimitable talent de conteur.
Voici l’aventure de Schrödinger, paradigme de la découverte
énigmatique – et amoureuse, puis celle des paires de Dirac née
d’une histoire de curé ; vint ensuite le récit des expériences de
chute d’Einstein, humus de la théorie de la relativité générale,
avant le commentaire du désarroi de Cantor ou de Planck étrangement rétifs à leur découverte. Émouvante, la haute figure
arrogante de Wolfgang Pauli acheva la causerie de ce Jeudi.
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Le physicien, dont Jung analysa les rêves, rêvait de « créer les
bases d’une saisie unitaire des sphères physique et psychique »
mais le nombre 137 lui fut fatal, lui qui, pourtant, illustra bien les
collusions entre concept, imaginaire et expérience dans la vie du
savant : 137 est, tout à la fois, le nombre de la Kabbale (chaque
lettre de l’alphabet hébraïque correspondant à un nombre),
celui de l’intensité de la force électromagnétique donné par
Arnold Sommerfeld et… le numéro de la chambre d’hôpital
où le physicien expira avant d’avoir modélisé le développement de découverte scientifique. Nous n’aurons donc point le
fin mot de l’histoire.
Les « Imaginaires des formes de communication »
Federico Casalegno, invité des « Jeudis de l’imaginaire » de la chaire
« Modélisations des Imaginaires. Innovation et création » le 20 décembre 2012 à Télécom-ParisTech
Lors du jeudi de l’imaginaire du 20 décembre 2012, Federico Casalegno, directeur du MIT Mobile Experience
Lab, est intervenu sur les « Imaginaires des formes de la communication ».
Il a présenté un « atlas de la communication orale » constitué de formes modélisant les interactions orales lors d’une
communication au travers d’équipements mobiles. Les
différentes modélisations ou cartes produites ont pour
but de « saisir et figurer » les auras de ces échanges, en
quelque sorte l’ « effervescence » d’une communication.
Federico Casalegno distingue principalement trois catégories
de formes :
• I - L’« individuel » ou le macro, qui caractérise les
échanges entre deux personnes. Le registre des échanges
est souvent celui de l’intime.
• II - Le « tribalisme », qui se révèle au sein de petits groupes.
Les échanges sont le plus souvent très dynamiques et diffusés
à une échelle réduite.
• III - Le « communautaire », qui représente un espace
de diffusion très large pouvant aller jusqu’à l’infini. Dans
cette catégorie, l’émetteur du message est souvent mal
identifié.
Pour chacune de ces catégories, l’atlas présente des formes
telles que « marguerite », la « méduse », l’« étoile infinie », etc. A
titre d’exemple, la figure ci-dessous, l’« anneau » (figure tribale
- II), représente « l’aura » caractérisée par une communication
circulaire et collaborative au sein d’un petit groupe.
L’« anneau », figure de l’atlas de la
communication orale.
Par la suite, Federico Casalegno est revenu sur certains projets de
son laboratoire. Il a notamment présenté Locast (http://locast.mit.
edu), plate-forme cartographique et collaborative de partage de
contenus vidéo et audio. L’équipe de la Chaire est d’ailleurs intéressée par cet outil dans le cadre du prochain atelier sur la mobilité dans la ville.
s EMINAIRE
Le séminaire rennais « Les limites à la modélisation des
imaginaires » en 2013
Le séminaire «Les limites à la modélisation des imaginaires»
organisé par la Chaire reprend le jeudi 31 janvier 2013, à
Rennes. Les différentes séances explorent les limites à la
compréhension et à la formalisation de modèles de l’imaginaire qu’elles soient psychologiques, sociales, culturelles,
etc. Dans ce but, des enseignants-chercheurs, des scientifiques, des acteurs du monde industriel ou encore des artistes
viennent confronter leurs expériences aux ambitions de la
Chaire.
Le séminaire est organisé en collaboration avec les
départements Sciences de l’éducation (Pascal Plantard) et
Arts numériques de l’université de Rennes 2.
La séance du 31 janvier 2013 portera sur l’« Approche
clinique des techno-imaginaires ». Elle se déroulera de 14h30
à 17h30 et aura lieu à La Cantine Numérique Rennaise , (Les
Champs Libres - 46 boulevard Magenta, 35000 Rennes), partenaire du séminaire pour l’année 2013. Nous accueillerons :
• Bruno Berthier : psychologue clinicien exerçant en
libéral, sensibilisé avec les nouvelles technologies depuis longtemps, il intègre depuis un an l’utilisation des jeux vidéo à son
arsenal thérapeutique avec ses patients enfants, adolescents
et jeunes adultes. Il fait partie du réseau clinique Jeux Vidéo de
l’hôpital Marmottan.
• Yann Leroux : psychologue clinicien et psychanalyste,
spécialisé en jeux vidéo. Membre de l’observatoire des
mondes numériques en sciences humaines (OMNSH).
La séance sera introduite par Pascal Plantard.
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lE PRIX ARTSCIENCE
1er trimestre 2012, le prix ArtScience au Laboratoire de Paris
Après l’eau et les mondes virtuels, la troisième édition
du prix ArtScience porte sur la biologie synthétique. Un
nouveau partenaire industriel, Disney, s’est joint à Danone
et à Orange, présent dès l’inauguration française du prix
en 2010.
Olivier Borgeaud, directeur du prix, a dû sélectionner 37
élèves parmi les nombreux candidats issus de CentraleParis (7), les Ponts (1) et Télécom-ParisTech (10), pour les
écoles d’ingénieurs, Strate College (17) et Parsons School
(2) pour les écoles de design : 10 groupes comprennent
chacun des designers et des ingénieurs. David Ferré
(Strate college) dirige les élèves avec Bastien Perdriault
(Laboratoire) et Brigitte Munier (Télécom-ParisTech).
L’intitulé des 10 thématiques suggère la difficulté de cette
aventure et son défi pour des candidats emplis d’ardeur:
alimentation intelligente, bugs mémoire, designer de
légumes, éclairage de nos villes, emballages vivants,
machines vivantes, manger des déchets numériques,
odeurs du Web, stylos vivants et usine de bonbons.
La présentation finale aura lieu le 19 mars.
Rappelons que l’équipe gagnante 2012 est allée présenter
son projet au workshop d’Harvard en novembre dernier.
n OTES DE LECTURE
Le cerveau de cristal : ce que nous révèle la neuro-imagerie
Le cerveau de cristal : ce que nous révèle la neuro-imagerie, par Denis Le Bihan fondateur du
Laboratoire NeuroSpin dédié à l’étude du cerveau par IRM à très haut champ magnétique.
Ouvrage publié aux éditions Odile Jacob, Paris, 2012.
En s’appuyant sur les avancées de
l’Imagerie par Résonance Magnétique (IRM), Denis Le Bihan propose
un guide pour l’exploration des arcanes du cerveau humain.
Il remonte aux sources des progrès
de la physique quantique et de l’imagerie médicale et sonde les connaissances réalisées et les
champs d’applications possibles.
Pas à pas, les particularités du cerveau humain sont explicitées (replis, bosses, hémisphères, place de la matière grise,
importance de la matière blanche comme autoroute de l’information…), et la chronologie des recherches en imagerie
médicale détaillée de Broca à nos jours.
Il met également en évidence le rôle l’eau : la diffusion rapide
ou lente des molécules d’eau indiquant l’orientation des fibres
du cerveau et d’éventuels obstacles, comme par exemple une
tumeur. Suivant ce fil, il s’interroge sur la possibilité de créer
un cerveau artificiel sans tenir compte de cette composante
essentielle « humide » du vivant et de l’intelligence.
Ce parcours en images à l’intérieur du cerveau soulève en filigrane des réflexions éthiques, principalement quand l’IRM remet à plat d’anciennes questions comme le rôle de l’inné et de
l’acquis ou la possibilité de lire les pensées. En effet, l’imagerie
montre qu’au départ notre cerveau est une « pâte à modeler »,
une « machine à apprendre ».
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n OTES DE LECTURE (suite)
Si les cerveaux des individus présentent des traits communs, il existe de multiples variations liées à l’interaction des
gènes avec l’environnement. La quête d’un cerveau standard
«moyen» est-elle alors fondée ? Pour ce qui est de la lecture
des pensées, si l’IRM permet de voir notre cerveau quand il
pense, il faut réunir des conditions précises pour accéder partiellement au contenu des pensées.
Dans ce cadre, un point détaillé dans l’ouvrage, nous intéresse
particulièrement : la possibilité offerte par l’IRM de voir l’activation des zones cérébrales en présence d’images réelles ou
imaginaires. Que se passe-t-il quand nous voyons un « chat
imaginaire » ? En fait, le cortex visuel primaire n’est pas si primaire que cela et n’est pas l’apanage du monde visuel réel : le
seul fait de penser, d’imaginer, suffit à l’activer. Denis Le Bihan
évoque même une « force de la pensée » qui valide les méthodes de Mental training (sorte de body building de la pensée), la lecture mentale des aveugles, la possibilité de piloter
une chaise roulante par la pensée ou encore le biofeedback.
Impliqué dans le mécanisme de traitement de l’information, le
cortex visuel fait essentiellement du liage spatial (qu’on passe
par l’image visuelle ou par des images mentales). L’adjectif
visuel n’est donc pas tout à fait juste, il faudrait plutôt parler
de cortex métrique ou spatial.
Une fois les développements pionniers de l’imagerie exposés,
l’auteur nous laisse au seuil de nouvelles découvertes en décrivant le futur aimant Iseult (1) qui permettra une véritable
neuronavigation et la probable description du « code neural».
Une cartographie du cerveau se dessine. Elle présente non
seulement les fonctions de chaque région cérébrale mais aussi
celles, plus élaborées, permises grâce à leur connexion. Ainsi,
la réponse à la question suivante ne demeurera pas longtemps
en suspens comme le laisse pressentir l’auteur : les régions cérébrales sont-elles simplement recyclées au fur et à mesure de nos
interactions avec l’environnement ou pourra-t-on définir des
fonctions élémentaires, qui connectées, permettent la réalisation
de nouvelles actions ? En effet, un Atlas des connexions générales
d’un cerveau humain non pathologique en carte dynamique 3D
(Connectome) offre déjà quelques éléments de réponse (2).
(1) Le programme Iseult/Inumac financé par la Commission Européenne
à trois objectifs : construire une machine IRM corps entier à 11,7 teslas (installée à NeuroSpin, CEA, Saclay), créer de nouveaux protocoles et
application pour le diagnostic par imagerie, explorer de nouveaux
agents de contrastes par IRM pour le diagnostic de la maladie
d’Alzheimer, l’accident vasculaire cérébral et les tumeurs cérébrales.
(2) Cf. « Rencontre du cerveau type », Libération, 26 octobre 2012,
p. 36-37.
Généalogie de l’imaginaire
Genealogie dell’immaginario, par Fulvio Carmagnola, Vincenzo Matera, UTET, Torino, 2008.
Qu’est ce que l’imaginaire ? Est-ce un
adjectif distinguant le fantastique du
réel ? Est-ce un répertoire contenant
les images fabriquées par l’imagination ? La notion d’imaginaire est-elle le
frère mineur de celle d’imagination ?
L’ouvrage collectif Genealogie dell’immaginario, dirigé par Fulvio Carmagnola et Vincenzo Matera, débute à partir de ces questions.
Il aborde l’imaginaire selon différents points de vue pour en
établir non pas une généalogie, mais plusieurs.
Ce livre regroupe des études sur le lien entre imaginaires et
époques historiques, notamment le romantisme, ainsi que des
travaux qui montrent comment certains grands auteurs ont
traité cette notion. Il questionne également les figures et les
phénomènes de l’imaginaire, où les média, la science-fiction
et la consommation ont une place importante.
Ce livre se divise en trois parties.
Dans la première intitulée La genesi moderna, les auteurs
s’intéressent à l’époque romantique pendant laquelle l’imaginaire est considéré comme la première source de la dimension
symbolique propre à la société. Selon les auteurs, le XVIIIè et le
XIXè siècles sont une période fondamentale car ils définissent
les bases des notions d’imaginaire et d’imagination.
La deuxième partie, Verso il contemporaneo, réunit des
essais consacrés aux philosophes modernes : Marx, Benjamin,
Sartre, Castoriadis.
A travers ces auteurs, on peut saisir les fondements d’une
théorie de l’imaginaire. Par exemple, Marx identifie trois
notions importantes d’une théorie de l’imaginaire social :
le concept d’idéologie, la notion d’imaginaire historique et la
célèbre dynamique du fétichisme de la marchandise.
Les auteurs évoquent également le concept d’imaginaire
instituant de Cornelius Castoriadis, les structures anthropologique de l’imaginaire et l’herméneutique de Gilbert Durand,
les travaux de Mircea Eliade, Gaston Bachelard, Carl Gustav
Jung, Henry Corbin ou encore Adolf Portmann.
La troisième partie, Il presente : nuovi media, beni simbolici,
post-human, débute avec un essai de Lacan dont la pensée
reste essentielle pour l’étude de l’imaginaire, de l’image et de
l’imagination. Lacan définit la notion moderne de subjectivité
et de la manière dont elle se forme. La fin de l’ouvrage interroge
des auteurs et des phénomènes contemporains : un chapitre
est dédié à Slavoj Žižek, notamment à sa reprise de la notion sartrienne du néant, un autre aux analyses de l’imaginaire
de la marchandisation et des processus de consommation, un
dernier s’intéresse à l’imaginaire des nouvelles technologies.
7
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re Dreaming #5
Les œuvres de Saint-Simon : l’industrie
Saint-Simon, pionnier de l’industrialisme et de l’innovation
Le nom de Saint-Simon est plus cœur de sa philosophie politique, en confrontant de façon radicélèbre que son œuvre, d’autant cale deux systèmes sociaux : le régime « féodalo-militaire », celui
qu’on confond souvent le célèbre de l’Ancien Régime qui persiste avec l’Empire et la Restauration,
mémorialiste de Louis XIV et Henri et le « système industriel » à venir. Ayant une conscience aiguë de
Saint-Simon (1760-1825), son cou- vivre une période de crise liée à la confusion de deux systèmes
sin éloigné, le philosophe-socio- sociaux qui s’entrechoquent, l’un dépassé et l’autre en devenir,
logue du début du XIXe siècle, dont il se veut le théoricien de la transition sociale. Pour remettre la
il est question ici. À cette confusion « société à l’endroit », il ne suffit pas de remplacer des hommes
s’ajoute une lecture déformante par d’autres hommes, en occupant des places dans une structure
de l’œuvre opérée par l’école saint-simonienne qui a glorifié qui demeurerait identique, « il faut un système pour remplacer un
l’auteur, tout en traduisant ses écrits dans la Doctrine de Saint- système ».
Simon. Or, son œuvre a exercé une immense influence et se Un système, comme toute institution humaine, étant construit
trouve à la source des grandes philosophies contemporaines. sur les idées qui le légitiment, Saint-Simon fonde le système
Elle a joué un rôle de médiation entre la fin du siècle des Lu- industriel à venir sur sa finalité morale, à savoir l’association framières, où se formèrent les sciences humaines, et le début du ternelle des hommes dans le travail et la production. Dans son
siècle suivant, où naissent les grandes pensées modernes.
dernier texte, demeuré inachevé, le Nouveau Christianisme, l’enUne préoccupation permanente traverse toute sa réflexion : semble de l’histoire humaine est considérée comme une grande
« Faire une combinaison ayant pour objet d’opérer la transi- boucle entre le paradis perdu du message paulinien de l’amour
tion de l’ancien au nouveau régime social.» Il veut changer chrétien et le paradis terrestre à venir. Car, écrit-il, « l’âge d’or du
l’ordre des choses. Tel est son audacieux projet, au sortir de genre humain n’est point derrière nous. Il est au-devant, il
la Révolution française. Pour cela – et c’est sans doute là une est dans la perfection de l’ordre social. Nos pères ne l’ont point
de ses grandes leçons –, il livre une « philosophie inventive », vu, nos enfants y arriveront un jour. C’est à nous de leur en frayer
novatrice, et appelle même à former un «mouvement national la route ».
d’innovation ».
Il considère la Révolution française comme inachevée, en tant
Vient de paraître : Henri Saint-Simon, Oeuvres
qu’elle n’a pas encore accouché du Nouveau Monde industriel.
complètes, édition critique présentée par Juliette
D’un côté, il observe la vieille Europe en crise et en guerre, et
Grange, Pierre Musso, Philippe Régnier et Franck
de l’autre, il voit émerger en Amérique et en Angleterre,
Yonnet, PUF. 4 volumes, 3500 pages, 2012. 49 euros
le nouveau monde industrialiste. Il fait de cette opposition le
Imaginaires des nanotechnologies
Imaginaires des nanotechnologies : Mythes et fictions de l’infiniment petit, Vuibert : Machinations, 2011,
272p.
Dans la première partie de l’ouvrage,
Marina Maestrutti analyse comment les
discours scientifiques et les narrations
issues de la science-fiction ont accompagné l’essor des nanotechnologies.
On découvre l’imaginaire d’un « nanomonde » reposant sur des mythes fondateurs et construit à partir d’une trame
narrative, elle-même fondée sur différentes figures humaines
(Feynam, Dexler) et non-humaines (le microscope à effet tunnel - STM). Au travers de différents exemples, l’auteur illustre la
matérialisation d’un monde invisible grâce à des « images-processus ». Par exemple, la science-fiction a donné une réalité aux
objets invisibles des nanotechnologies, glissant du domaine
scientifique et épistémologique à celui de l’imaginaire, de l’artistique ou encore du promotionnel.
et l’assurance des pires catastrophes (techno-catastrophisme)
qui structurent notre imaginaire. Sur ce point, comme le souligne l’auteur, il ne s’agit que d’une réactivation des représentations propres à toute forme de technique (cf. D.F. Noble, 1997);
les grandes promesses et les menaces d’apocalypse réactivent
les figures anciennes de salut et de damnation. La troisième partie du livre se concentre sur la réactivation d’utopies relatives
au corps au travers des nanotechnologies (transhumanisme,
eugénisme, immortalité). L’auteur montre notamment que les
transhumanismes légitiment leurs discours au travers d’un processus de naturalisation de la technique et de trois piliers fondamentaux qui permettent de répondre aux problèmes éthiques
: « la redéfinition de «naturel» et d’»humain» ; la possibilité et la
désirabilité pour l’humain d’entrer dans une phase post-darwinienne de l’évolution ; la question de la liberté de choix individuel et de la responsabilité envers les générations futures ». En
fin d’ouvrage, Marina Maestrutti critique la philosophie transhuMarina Maestrutti s’intéresse ensuite aux progrès suscités par manisme puisque ses défenseurs « nient le fondement même
les nanotechnologies, notamment celui de comprendre et de sur lequel ils fondent leurs discours, à savoir le vrai sens du mot
manipuler la matière à la plus petite échelle. Ajoutant à cela la hybridation » produisant ce fait une « utopie triste » (cf. Larrère).
convergence possible à la biologie, elles sont un bon exemple
1.Noble, David F., The Religion of Technology. The Divinity of Man and the
pour saisir l’ambivalence des imaginaires associés : à la fois la
Spirit of Invention, A. Knopf, New York, 1997.
promesse de nouvelles « révolutions » (techno-messianisme) 2. Larrère, Catherine, « Artificiel. Naturel et artificiel », in Marzano, M. (dir.),
Dictionnaire du corps, PUF, Paris, 2007.
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re Dreaming #5
r ECHERCHES
«De l’immersion à l’habiter dans les mondes virtuels. Le cas des villes dans Second Life»
Jean-François LUCAS a soutenu son doctorat de sociologie
à l’Université européenne de Bretagne, Rennes 2, au Centre
Interdisciplinaire d’Analyse des Processus Humains et Sociaux
(CIAPHS – EA 2241). Il a mené ses travaux de recherche sous la
direction de Dominique Boullier, Professeur des Universités en
sociologie à Sciences Po Paris.
Dans sa thèse intitulée « De l’immersion à l’habiter dans les
mondes virtuels. Le cas des villes dans Second Life », JeanFrançois discute le phénomène immersif dans les mondes
virtuels accessibles « grâce à » internet. Le monde virtuel de
Second Life sert de terrain d’analyse car il permet de discuter
trois régimes immersifs : le perceptif, le narratif et le lien social.
Au travers d’une approche formelle (Simmel) et de la théorie de
l’acteur-réseau (ANT, Latour), l’auteur analyse diverses médiations qui conditionnent le phénomène immersif. Tour à tour, les
trois régimes immersifs sont questionnés au travers de la figure
de la ville, pris comme le lieu du vivre ensemble et de l’hétérogénéité des publics et des usages.
Cette thèse s’appuie sur la sociologie, mais elle a également
recours aux sciences de l’information et de la communication,
à la philosophie, à la géographie de l’espace social et aux digital
humanities (Jean-François a travaillé six mois à l’Université
Californienne, à San Diego, avec le Professeur Lev Manovich
– depuis à la CUNI). Il s’agit d’une approche transdisciplinaire
sollicitant des matériaux variés : observations participantes,
entretiens, questionnaires. Cette thèse présente également le
développement d’une technique automatisée de « tracking
» pour générer des « Big Data » permettant l’analyse des pratiques spatiales des avatars dans l’univers digital.
Grâce à ces nombreuses influences théoriques et à un large
panel de données, cette thèse montre que l’immersion dans
les villes de Second Life dépend des choix de l’utilisateur
(point de vue visuel, choix des activités, etc.) et des qualités et possibles de ce monde digital (architecture technique,
carte du monde, forme du cadre bâti, etc.).
Des phénomènes d’appropriation et d’attachement entre des
acteurs et des lieux sont également décrits et permettent de
constater la formalisation d’un « chez-soi ». Les diverses étapes
de ce travail contribuent finalement à une théorie de l’habiter
dans les mondes virtuels.
-
Qu’est-ce qu’un modèle scientifique ?
Depuis la révolution scientifique du début du XVIIe siècle, les
savants et les philosophes rationalistes ont eu la conviction de
travailler à découvrir des vérités. La notion de vérité, qui suppose l’existence d’une référence absolue, tend cependant à disparaître du vocabulaire scientifique. Elle est remplacée par la
notion de modèle. Les scientifiques contemporains n’ont plus
la prétention absolue de découvrir des vérités ; leur souci est
de produire des modèles qu’elles ou ils espèrent efficaces et, si
possible, un peu pérennes.
Qu’est-ce qu’un modèle ? Un modèle met en relation deux domaines. L’un de ces domaines est ce que l’on cherche à expliquer (molécules, comportements, formes…) ; l’autre s’exprime à
l’aide d’abstractions et de relations (symboles mathématiques,
dessins, maquettes, propositions logiques…) censées être en
correspondance avec des entités et des relations du premier
domaine. Avec cette définition, une classification ou une carte
géographique constituent des modèles, au même titre que le
modèle « standard » en physique des particules.
La question de savoir ce qu’est un bon modèle est la question
centrale de l’épistémologie.
Un modèle doit être logiquement cohérent, être parcimonieux,
c’est-à-dire faire le moins d’hypothèses possible, et être réfutable (Karl Popper insista sur l’importance de cette caractéristique dès le milieu du vingtième siècle).
Cette propriété signifie qu’un modèle doit prendre des risques :
on doit pouvoir décrire des situations qui le contrediraient.
Certains ont ainsi reproché à la psychanalyse de ne jamais
pouvoir être mise en défaut, donc d’être irréfutable, et donc
d’être inutile. C’est la principale critique qui permet de refuser le statut de théorie scientifique à l’Intelligent design, cette
doctrine supposée contrer la théorie de l’évolution en expliquant les phénomènes du Vivant par un bon vouloir divin.
- avoir une bonne couverture des faits à expliquer (de ce côtélà, l’Intelligent design est irréprochable).
La meilleure approche de ce qu’est un bon modèle pourrait être celle de Gregory Chaitin pour qui Comprehension =
Compression. Ceci signifie que le meilleur modèle est celui
qui réalise la plus grande compression des observations.
La définition de Chaitin entraîne toutes les propriétés précédentes (cohérence, parcimonie, réfutabilité, couverture).
Elle explique également pourquoi un bon modèle a souvent
la vertu supplémentaire d’être esthétique, en raison des liens
entre esthétique et simplicité.
La définition « compressiste » de la notion de modèle est compatible avec la Théorie de la Simplicité (voir www.simplicitytheory.org). Le meilleur modèle est celui qui maximise l’inattendu. C’est donc celui qui est censé susciter le plus d’intérêt.
Au sein de la Chaire, les recherches de Jean-Louis Dessalles
développent la modelisation des récits et conversation à partir
de la théorie de la simplicité.
*(voir références bibliographies page 10)
9
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re Dreaming #5
*Bibliographie de l’article de la page 9
J. Atlan, H. (2011), Qu’est-ce qu’un modèle ?, Paris, Manucius,
Modélisations des Imaginaires.
Chaitin, G. J. (2004). On the intelligibility of the universe and
the notions of simplicity, complexity and irreducibility. In
Hogrebe & Bromand (Eds.), Grenzen und Grenzüberschreitungen, XIX, 517-534. Berlin, Akademie Verlag.
c
OLLECTION « MODÉLISATIONS DES IMAGINAIRES »
Vont paraître début 2013 dans notre collection « Les Jeudis de
l’imaginaire » aux éditions Manucius, les trois ouvrages suivants :
Serge Tisseron, Du livre et des écrans. Plaidoyer pour une indispensable complémentarité
Lionel Naccache, De quoi prenons-nous conscience ? Exercice de
« neuroscience-fictions »
Etienne Klein, D’où viennent les idées (scientifiques) ?
Dessalles, J-L. (2008). La pertinence et ses origines cognitives
- Nouvelles théories, Paris, Hermes-Science Publications.
Publications
Popper, K. R. (1982). La logique de la découverte scientifique,
Paris, Payot.
p UBLICATIONS DES MEMBRES DE LA CHAIRE
Tamy Boubekeur, Thierry Guillemot, Andres Almansa, Non Local Point Set Surfaces, 3DIMPVT 2012 (Oral).
http://perso.telecom-paristech.fr/~boubek/papers/NLPSS/NLPSS.pdf
Tamy Boubekeur, Mathias Eitz, Ronald Richter, Kristian Hildebrand and Marc Alexa, Sketch-Based Shape
Retrieval, SIGGRAPH 2012 - ACM Transaction on Graphics to appear. http://cybertron.cg.tu-berlin.de/eitz/
projects/sbsr/
Tamy Boubekeur, Jean-Marc Thiery, Julien Tierny, CageR: Cage-based Reverse Engineering of Animated
3D Shapes, Computer Graphics Forum Journal, 2012. http://perso.telecom-paristech.fr/~boubek/papers/
CageR/
Tamy Boubekeur, Noura Faraj, Jean-Marc Thiery, VoxMorph : 3-Scale Freeform Deformation of Large Voxel
Grids, Computer \& Graphics Journal, 2012. http://perso.telecom-paristech.fr/~boubek/papers/VoxMorph/
J.-F. Lucas, « Interactions et réalité mixte dans la ville hybride », in Zreik Khaldoun (sous la dir.), HyperUrbain
3 : Villes hybrides et enjeux de l’aménagement des urbanités numérique, Actes de colloque HyperUrbain.3,
Europia Production, 2012.
J.-F. Lucas, T. Cornish, T. Margolis, « To a cultural perspective of mixed reality events: a case study of event
overflow in operas and concerts in mixed reality », New Review of Hypermedia and Multimedia, 2012, DOI:
10.1080/13614568.2012.746741
Brigitte Munier, La rémission du corps, Revue Cultures et Sociétés, Paris, Tétraèdre, N° 24, octobre 2012.
Pierre Musso, La « Parabole » suivie de « La querelle des abeilles et des frelons » de Saint-Simon, Présentation, notes et bibliographie par Pierre Musso, Paris, Editions d’Ores et déjà, octobre 2012.
Pierre Musso, Critique des réseaux, édition chinoise : Editions SDX Joint Publishing Compagny CO.LTD.
Pierre Musso, Œuvres complètes de Henri de Saint-Simon, Paris, PUF, 4 vol., novembre 2012
(Ouvrage réalisé en collaboration avec Philippe Régnier, directeur de recherche au CNRS et Juliette Grange,
Professeur de philosophie à l’Université de Nancy II et Franck Yonnet, post-doctorant. Il a été soutenu par
le laboratoire CNRS LIRE-ISH de Lyon).
Pierre Musso, « Le miracle numérique de la transsubstantiation des corps dans le cyberespace », Revue
Culture et Sociétés (dir. David Le Breton), novembre 2012.
Pierre Musso, « L’imaginaire de l’industrie et les industries de l’imaginaire », colloque La Nouvelle alliance
industrielle, Paris, Maison de l’Europe, le 5 avril 2012. Article à paraître.
10
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re Dreaming #5
é LEMENTS DE GLOSSAIRE
Utopie
Le terme utopie employé par Thomas More en 1516 est ambigu. Il désigne à la fois le « lieu de nulle part » (outopia) et le lieu
ou le pays du bonheur (eutopia). L’utopie est aussi bien un pays imaginaire, le plan d’un gouvernement imaginaire, un idéal
politique coupé du réel, et peut même qualifier un projet irréalisable… L’utopie est comme la fiction, construite entre l’imaginaire et le réel. L’utopie est la variante moderne de l’imaginaire de la société occidentale, après la découverte de l’Amérique en
1492. Mais aujourd’hui, les nouveaux mondes à découvrir sont moins « naturels » qu’artificiels : ce sont les « nouveaux nouveaux
mondes » dont parle l’anthropologue Georges Balandier, ces mondes que nous construisons avec les technologies et qu’il faut
explorer en même temps que nous les fabriquons…Tel est le grand défi de notre temps et de notre « devenir machinique ».
b REVES
Colloque à Nantes
Lors des 4èmes Rencontres internationales Jules Verne de
Nantes, qui se sont tenues les 22 et 23 novembre 2012, à
Nantes, à l’initiative de l’Ecole Centrale de Nantes et de l’Université de Nantes, trois membres de la Chaire sont intervenus:
Wahiba Hammaoui, doctorante sur « Steve Jobs et la religion
Exposition Ville Magique
Au LAM (Lille Métropole, Musée d’Art Moderne),
du 29 septembre au 13 janvier 2013
La ville verticale : La première partie de l’exposition met en
scène Manhattan et sa verticalité. Le gigantisme de la ville
impose un changement de point de vue : la ville ne peut être
décrite que de façon fragmentaire. Les premières œuvres
adoptent un point de vue en contre-plongée permettant de
souligner la hauteur et la « pesanteur » des bâtiments. Le ciel,
point de fuite de l’ensemble des toiles, est partiellement représenté, voire absent. Devant le tableau de Georgia O’Keeffe,
City night, l’observateur est pris dans l’étau des alignements
architecturaux. Les bâtiments enveloppent l’individu, ils l’empêchent de s’extirper vers un ciel immaculé. La verticalité de
la ville est imposante, pesante, vertigineuse. Au fil des toiles,
l’individu est peu à peu représenté. Il est à la fois isolé et minuscule. L’imaginaire du gigantisme se lie à celui de la solitude.
Cette évolution marque l’enthousiasme et l’ivresse des artistes
de l’entre-deux-guerres vis-à-vis des villes qui attirent les
foules et qui « explosent » démographiquement. Pour autant,
à l’image des toiles de Karl Völker, si l’individu n’est plus isolé
au milieu des buildings, il l’est au milieu de la foule.
La ville chaos : La critique des artistes se déplace du rapport individuel/collectif à celui de la lutte des classes avec, en œuvre
phare de cette seconde partie, Metropolis, de Fritz Lang. Les
métaphores de la fourmilière humaine et de la ville machine
se lient pour donner corps à une nouvelle Babel, ville brouillonne automatisée qui ne s’arrête jamais. Cette symphonie
urbaine est explicite au travers du film de Walter Ruttmann,
Berlin symphonie d’une grande ville, mais elle est également
le reflet d’une partition hétérogène. New-York et Berlin sont
les figures d’un chaos urbain que le collage de Paul Citroen,
intitulé également Metropolis, résume parfaitement : satura-
technicienne », Brigitte Munier sur « Utopies et mythes : la
dynamique de l’imaginaire » et Pierre Musso sur « Le technoutopisme réticulaire. Du saint-simonisme à Internet, via Jules
Verne ». Les actes de ces rencontres vont paraître en 2013.
tion de l’espace et des sens, juxtaposition des points de vue,
espace labyrinthique, telles sont les visions des artistes de la
grande ville des années 20.
La ville, théâtre de l’inconscient : La ville est pensée comme
théâtre de l’imaginaire et de l’étrangeté, miroir de l’inconscient
et théâtre de la mémoire. La composition de l’image retrouve
une répartition plus cohérente entre les éléments. Le ciel et le
sol sont représentés et le point de fuite est le plus souvent central : l’espace semble fonctionnel et organisé. Les surréalistes
réinvestissent la ville pour la ré-humaniser. Ils la décrivent tour
à tour comme un organe ou comme une archéologie de soi.
Lieu de fantasmes et de désirs, de souvenirs et d’intimité, les
œuvres de Paul Delvaux, de Magritte ou encore de Maddox
se lient aux ouvrages de Louis Aragon et d’André Breton pour
décrire des villes (comme Paris) au travers d’une composition
de strates antiques et modernes. Comme l’inconscient, la ville
est le lieu d’une perpétuelle reconstruction / déconstruction.
La ville noire : Fil conducteur de l’exposition, le septième art introduit également cette dernière partie avec le film Dark Passage de Delmer Daves. Lieu du crime, la ville est irréversiblement le lieu de l’enquête. La figure du détective se mêle alors à
celles du criminel et de la femme fatale, dévoilant par la même
occasion la relation profonde que le personnage de détective
entretient à celle du flâneur baudelairien. Il semble égaré,
perdu, seul, mais il connaît la ville nocturne et ses secrets. La
ville devient alors un personnage à part entière, possédant ses
lieux atypiques, ses recoins et ses ambiances spécifiques, que
les photographies de Willy Ronis ou de Brassaï illustrent parfaitement. Les personnages et la ville jouent ensemble avec
les ombres et des lumières que les gravures de Marin Lewis
mettent magistralement en scène.
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Exposition Babel
Au Palais des Beaux Arts de Lille, jusqu’au 14 janvier 2013
En marge de l’exposition du LAM se tient celle de Babel aux
Beaux-Arts de Lille ; exposition qui fait elle-même écho à
celle présentée dans le même lieu sur les Fables du Paysage
flamand. Plus restreinte que «la ville magique», Babel est
intéressante car elle propose des travaux contemporains sur
l’une des allégories les plus importantes de l’architecture et de
l’histoire de l’art. On note aussi la présence d’oeuvres d’artistes
asiatiques absents de l’exposition du LAM.
Au travers de sculptures, de photographies, de productions
interactives ou encore de planches de bandes dessinées, on
parcourt le récit biblique de la fondation à la destruction de la
Tour. Peu à peu, c’est une critique contemporaine des rapports
de force et du métissage des cultures de notre époque mondialisée que l’on voit apparaître. Critique de l’ambition, de la
vanité, de l’incommunicabilité, les œuvres mettent en scène
les excès et les conflits contemporains pour signifier la dispersion des hommes.
Exposition : Imaginez l’imaginaire : saison 2
Au Palais de Tokyo, 28 septembre 2012 au 11 février 2013.
Avec un tel titre cette exposition ne pouvait manquer d’attirer
notre attention...
Pour naviguer dans Imaginez l’imaginaire, il faut avoir un
goût pour la dérive, pour l’écart dans l’itinéraire (référence à
Guy Debord souvent cité dans l’exposition). L’inclusion des
expositions dans l’exposition, des ébauches dans les œuvres,
la diversité des propositions artistiques, déroutent, font
perdre le fil… C’est en fait la ligne de fond à suivre : renouer
avec la flânerie, errer au hasard. Quitte à finir désorientés ou
« désœuvrés ».
Dans la partie intitulée « dérives de l’imaginaire », une vingtaine d’artistes internationaux nous mènent au cœur de l’acte
créateur : exhibition de procédures, processus mentaux,
méthodes, détours et trajectoires. De ces dérives, la danse
apparaît curieusement absente alors que les œuvres hétéroclites présentées traitent presque toujours des deux fondamentaux : organiser l’espace, rythmer le temps.
Plus loin, la proximité des « Matières premières » de Fabrice
Hyber avec les travaux de la Chaire tient de l’évidence. Il
rapproche en un même territoire la recherche scientifique,
l’entreprise et l’art. Invite à changer constamment d’échelles
(micro, méso macro). Il accorde rétrospective et prospective.
Ses peintures homéopathiques sont des cartographies d’imaginaire. Ses P.O.F (Prototypes d’Objets en Fonctionnement)
interrogent les représentations et fonctions des objets grâce
à la variation d’un paramètre (un ballon de foot devenu carré,
un escalier renversé). La maison des vents renferme une expérience, un appel d’air tel une projection d’imaginaire…
Ensuite, en empruntant la carte mentale « Imaginez l’imaginaire » : marquer un arrêt devant les œuvres troublantes de
Markus Schinwald qui réorganise les relations entre objet et
corps, corps et espace ; suivre les itinéraires du philosophe
Alexandre Kojève ; saisir le modèle théorique « moteurs/
moyens » érigé ironiquement en Tables de la Loi par Maxime
Chanson puis continuer à dériver ou non en imaginant
l’imaginaire.
Hommage à Gilbert Durand
Le 7 décembre dernier, nous a quittés Gilbert Durand, bien connu
pour ses travaux sur l’imaginaire et la mythologie.
Ancien résistant du Vercors, Professeur de sociologie et d’anthropologie à Grenoble II, disciple de Gaston Bachelard, d’Henry
Corbin et de Carl Gustav Jung, Gilbert Durand a été le cofondateur et le directeur du Centre de recherche sur l’imaginaire.
Sa théorie des «structures anthropologiques de l’imaginaire»
devenue classique, considère que l’imaginaire, créateur d’images
et de figures, n’est pas un chaos désordonné. S’appuyant sur
les tentatives de classification des productions de l’imaginaire
de Bachelard ou de Mircéa Eliade, il propose une classification ordonnée autour de trois structures à vocation universelle : « schizomorphe, mystique et synthétique ». La structure
schizomorphe relève du régime diurne de l’image, les structures
mystique et synthétique du régime nocturne. Chaque régime de
l’imaginaire possède ses lois d’assemblages des images et ses
logiques.
Ses principaux ouvrages sur l’imaginaire : Les Structures anthropologiques de l’imaginaire, Paris, Dunod (1re édition Paris, P.U.F.,
1960) ; L’Imagination symbolique, Paris, PUF (1re édition en 1964);
Figures mythiques et visages de l’œuvre. De la mythocritique à la
mythanalyse, Paris, Berg International, 1979 ; L’Imaginaire. Essai
sur les sciences et la philosophie de l’image, Paris, Hatier, 1994 ;
Introduction à la mythodologie. Mythes et sociétés, Paris, Albin
Michel, 1996 ; Champs de l’imaginaire. Textes réunis par Danièle
Chauvin, Grenoble, Ellug, 1996.
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