Libération du camp - Chronique de la Shoah
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Libération du camp - Chronique de la Shoah
LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION NI 1945 Adolf Hitler, ni Franklin Roosevelt ne vécurent la fin de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah. Le 7 mai 1945, à Reims (en Champagne), le général Alfred Jodl signa la capitulation sans conditions de l’Allemagne. Une semaine plus tôt, le 30 avril, le Führer et Éva Braun – qu’Hitler avait épousée la veille – se suicidèrent dans le bunker de Berlin. Le 12 avril, moins de trois semaines avant la mort d’Hitler, une hémorragie cérébrale avait emporté le président américain. Les nazis avaient commencé à évacuer les prisonniers juifs d’Auschwitz le 17 janvier, en partie pour dissimuler les traces de la « solution finale », en partie pour préserver la main-d’œuvre servile, ainsi que pour prolonger la politique d’extermination en masse. Sans nourriture ni abri, durant un rude hiver, quelque 60 000 Juifs furent contraints de marcher vers les camps de concentration situés en Allemagne même. Le taux de mortalité fut extrêmement élevé. Lorsque les prisonniers atteignirent des camps comme Buchenwald ou Bergen-Belsen, des conditions désespérantes les attendaient. Tandis que les forces soviétiques atteignaient les camps nazis en Europe orientale – notamment Stutthof, Gross-Rosen et Sachsenhausen – les troupes américaines et britanniques découvraient d’autres camps de concentration. Le 4 avril 1945, Ohrdruf, une annexe de Buchenwald, devint le premier camp libéré par les troupes américaines. Le 12 avril, jour du décès du président Roosevelt, les généraux Omar Bradley, George Patton et Dwight Eisenhower virent Ohrdruf de leurs propres yeux. Eisenhower écrivit que les scènes de brutalité et de famine « défiaient toute description. » Parmi les camps nazis, Ohrdruf n’était pas le pire. Le 9 avril, les libérateurs américains et britanniques découvrirent des scènes terribles à Dora-Mittelbau et ses camps satellites où des milliers de prisonniers avaient été astreints au travail dans des conditions insoutenables, sous terre, pour fabriquer les missiles V2. Le 11 avril, les soldats américains libérèrent Buchenwald. Au cours de ses huit années d’existence, ce camp de concentration, l’un des plus anciens du système nazi, détint plus de 238 000 prisonniers dont 43 000 périrent ou furent tués. Quatre jours plus tard, les troupes britanniques libérèrent Bergen-Belsen où ils trouvèrent 13 000 corps et 50 000 prisonniers pour la plupart juifs – encore en vie, mais dans un état critique. Dans l’incapacité de se remettre des violences qu’ils avaient subies, environ 10 000 détenus périrent au cours des semaines suivantes. Le 5 mai, les troupes américaines atteignirent le camp de concentration de Mauthausen en Autriche. Ayant fonctionné pendant sept ans, Mauthausen avait détenu près de 200 000 prisonniers. Bien peu étaient encore en vie à la libération. 119 000 étaient morts. Deux prisonniers libérés de Dachau surveillent un garde du camp réduit à l’impuissance une fois privé des instruments avec lesquels il infligeait des châtiments. 579 1945 Le 25 avril 1945, des membres de la 69ème division d’infanterie de la première armée des États-Unis (à gauche) et des groupes de reconnaissance de la 58ème division de gardes de l’Armée rouge se rencontrent à Torgau, en Allemagne, sur l’Elbe. Cette jonction historique coupait l’Allemagne nazie en deux. 580 Le 8 mai, les Alliés célébrèrent le V-E Day (Jour de la victoire en Europe, l’armistice) – la guerre en Europe était officiellement terminée. Ce jour-là, les troupes soviétiques libérèrent le camp / ghetto de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie, et trouvèrent 19 000 prisonniers en vie. 121 000 autres avaient péri. Le 2 mai, le successeur de Roosevelt, le président Harry S. Truman, signa le décret n° 9547, nommant le juge de la cour suprême américaine Robert H. Jackson conseiller principal auprès de la commission des Nations unies sur les crimes de guerre (UNWCC). Les gouvernements américain, britannique et soviétique, avaient créé l’UNWCC (United Nations War Crimes Commission) le 20 octobre 1942 pour garantir que les criminels de guerre nazis seraient traduits en justice, une fois la guerre terminée. L’ordonnance de Truman nommait également Jackson procureur général du procès international pour crimes de guerre, qui commença officiellement ses travaux à Nuremberg, en Allemagne, le 20 novembre. Outre les pertes humaines et les destructions, la guerre avait déraciné environ 11 millions de personnes, par exemple, d’anciens prisonniers de guerre allemands, des travailleurs réduits en esclavage puis libérés et les survivants des camps de concentration (dont un grand nombre étaient juifs). Confrontés à l’immense tâche d’aider ces personnes démunies, les Alliés classèrent les réfugiés comme des « personnes déplacées » (DP, displaced persons) et confièrent à l’UNRRA (United Nations Relief and Rehabilitation Administration) le soin de les prendre en charge. Au début, l’UNRRA manquait du personnel suffisant pour cette tâche, en sorte qu’une grande partie de l’aide apportée aux personnes déplacées incomba aux unités militaires alliées. Au printemps 1945, environ sept millions de personnes déplacées se trouvaient dans l’Allemagne occupée. Progressivement, la plupart rentrèrent chez elles, mais plus d’un million ne souhaitaient pas ou ne pouvaient pas revenir dans leur pays d’origine, parmi elles 50 000 Juifs, ainsi que plusieurs centaines de Roms et de Sintis (Tsiganes) récemment libérés des camps de concentration. Certains non Juifs craignaient des représailles pour leur collaboration avec les nazis. D’autres redoutaient la persécution par les pays communistes. Les rescapés juifs de la Shoah étaient en général confrontés à divers dilemmes puisqu’ils ne pouvaient revenir dans leurs anciens foyers détruits. Les quelques rares Juifs européens qui rentrèrent chez eux subirent souvent un regain d’antisémitisme et trouvèrent leurs biens entre les mains inamicales d’anciens voisins. La libération n’apporta aux survivants juifs que la liberté. La plupart étaient en piètre santé et hantés par des souvenirs et des cauchemars horrifiants. Les Juifs trouvèrent quelques proches et amis encore en vie, mais, le plus souvent, ils étaient foudroyés par la nouvelle que leurs proches avaient péri. La plupart des Juifs qui voulaient définitivement quitter l’Europe d’aprèsguerre en 1945 ne le pouvaient pas. Les Britanniques n’autorisaient qu’une infime immigration juive en Palestine et combattaient énergiquement l’immigration clandestine. Les réfugiés juifs qui espéraient gagner d’autres pays, notamment les États-Unis, se heurtaient en général à des restrictions ; les portes étaient rarement ouvertes. En 1945, la plupart des rescapés de la Shoah n’avaient pas d’autre choix que de rester dans les centaines de camps pour personnes déplacées qui avaient été rapidement créés dans les locaux d’anciennes casernes de l’armée allemande, des camps de prisonniers de guerre, et même des camps de concentration comme Bergen-Belsen et Dachau. Les mois passant, l’American Jewish Joint Distribution Committee (JDC), l’Organisation Reconstruction Travail (ORT) et d’autres organismes juifs de secours entreprirent d’améliorer les conditions de vie et de fournir une éducation et une formation professionnelle aux survivants juifs se trouvant dans les camps de personnes déplacées. En dépit de conditions matérielles et psychologiques extrêmement difficiles, la vie juive commença à reprendre. Les survivants se marièrent et constituèrent de nouvelles familles. Les camps de personnes déplacées ne furent cependant jamais des lieux très salutaires. Le 22 juin 1945, après avoir reçu des rapports sur les piètres conditions prévalant dans ces camps, le président Truman nomma Earl G. Harrison, doyen de la faculté de droit de l’Université de Pennsylvanie, à la tête d’une commission d’enquête, soulignant qu’Harrison devrait prendre en considération la situation des personnes déplacées juives. En juillet 1945, la délégation de Harrison visita plus de 30 camps de DP. Le rapport qu’il adressa à Truman procédait à une sombre évaluation de la situation. « Au-delà du fait qu’ils ne sont plus menacés par les chambres à gaz, la torture et autres formes de mort violente », écrivait-il, les personnes déplacées juives voyaient si peu de changement dans leur situation qu’elles en étaient réduites à « s’interroger et à demander fréquemment ce que signifiait la “libération”. » Le rapport d’Harrison intensifia les pressions pour faire admettre les Juifs en Palestine. Le 22 décembre, le président Truman autorisa les personnes déplacées de « toutes confessions, croyances et nationalités » dans les zones d’occupation américaines à pénétrer aux États-Unis (en dépit des quotas). En même temps, les camps de personnes déplacées s’améliorèrent, mais, pendant la majeure partie de l’année 1945, les conditions correspondirent à la description donnée par Harrison. Des barbelés entouraient certains camps de personnes déplacées. La nourriture était rationnée, la liberté de mouvements restreinte, les logements surpeuplés et les sanitaires insuffisants. Logés avec des personnes déplacées non juives, y compris parfois des collaborateurs nazis et des prisonniers de l’ancien ennemi, les Juifs « libérés » demeuraient la cible d’explosions antisémites. Ce ne fut que fin 1945 que certains camps de personnes déplacées devinrent des camps spécifiquement juifs où les besoins des rescapés purent mieux être pris en compte. « Au point où en sont les choses », déclarait Harrison dans son rapport sur les camps de personnes déplacées durant l’été 1945, il apparaît que les Alliés « traitent les Juifs comme les nazis les traitaient, sinon que nous ne les exterminons pas. » La sévère estimation d’Harrison était, certes, exagérée. Jusqu’à la reddition de l’Allemagne, les nazis continuèrent à torturer et à massacrer les Juifs tout en pillant leurs biens. Plus de 35 millions de personnes, civils et militaires, périrent en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. Parmi les morts, six millions de Juifs et des millions d’autres populations – Tsiganes, Polonais, Soviétiques, Slaves, Témoins de Jéhovah, homosexuels, handicapés mentaux – spécialement désignés pour la persécution et l’assassinat dans la Shoah. Le chaos à la fin de la Seconde Guerre mondiale ne permit pas d’établir exactement combien de Juifs furent libérés des camps de concentration nazis. Mais, au début des années 1950, quelque 250 000 rescapés juifs de la Shoah étaient passés par les camps de personnes déplacées des Alliés dans l’après-guerre, en attendant d’émigrer. Par la suite, ils fondèrent de nouveaux foyers : 142 000 se rendirent en Israël, 72 000 aux États-Unis, 16 000 au Canada, 8 000 en Belgique, 2 000 en France, 1 000 en Grande-Bretagne et environ 10 000 en Amérique latine ou ailleurs. Trois rescapés d’Ebensee, en Autriche, sucent des morceaux de sucre, espérant recouvrer suffisamment de forces pour absorber une nourriture plus consistante. Des enfants célèbrent Hanoukka dans un camp de personnes déplacées à Zeilsheim, en Allemagne. 581 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Un GI américain surveille des Allemands faits prisonniers durant l’offensive dans les Ardennes. Bien que la contreoffensive allemande, conduite par huit divisions blindées, ait prit les Alliés par surprise et ait remporté quelques succès dans un premier temps, elle fut rapidement stoppée lorsque le temps s’améliora et sous la pression conjointe des forces britanniques et américaines. En janvier 1945, les Allemands commencèrent à battre en retraite et à revenir dans le Reich, perdant tout espoir de victoire. Ce rapport de janvier 1945 recense le nombre total de prisonniers originaires du Protectorat de Bohême et Moravie, et détenus dans divers camps nazis. Ce rapport fut préparé sous l’égide de Karl Hermann Frank, qui succéda à Reinhard Heydrich au poste de Reichsprotektor de Bohême et de Moravie. Fait prisonnier par les Américains après la guerre, Frank fut extradé en Tchécoslovaquie, jugé et exécuté en 1946. 1945 582 Le commandant Georgi K. Zhukov (à droite) discute de la prochaine attaque soviétique contre Berlin. La poussée des Rouges vers la capitale allemande fut l’aboutissement de ce que les conseillers d’Hitler avaient le plus redouté : une guerre sur deux fronts. Désormais, à la veille de l’ultime poussée des Alliés, les forces américaines et britanniques s’approchaient de l’Allemagne par l’ouest, les Soviétiques par l’Est. Alors que le général George Patton et d’autres membres de l’état-major américain recommandaient au général Dwight Eisenhower de prendre les Soviétiques de vitesse à Berlin, Eisenhower soutint, à juste titre, qu’un tel geste ne rapporterait rien aux États-Unis sur le plan politique et que, de façon plus significative, une offensive américaine contre la ville provoquerait la mort de milliers de GIs. Patton reçut alors l’ordre de s’arrêter sur l’Elbe, permettant aux Soviétiques de prendre leur vengeance tant attendue – et si meurtrière. • 1945 : L’amiral allemand Wilhelm Canaris est exécuté par les nazis pour avoir été impliqué dans la résistance antinazie. • Mort de Richard Glücks, inspecteur des camps de concentration ; il s’est probablement suicidé. • L’Italie accorde la nationalité aux Juifs. enfants juifs dans des immeubles loués depuis 1944, est assassiné par les Croix fléchées hongroises. • La poétesse juive allemande Hilde Monte est abattue par des gardes frontières SS alors qu’elle tente de pénétrer en Allemagne par la frontière suisse. • Début 1945 : Ottó Komoly, un Juif hongrois qui avait protégé quelque 5 000 • Janvier 1945 : L’évacuation des camps de travail surpeuplés en Allemagne 1945 • LIBÉRATION Les troupes soviétiques marchent dans les ruines de Varsovie en janvier 1945. Il ne restait pas grand-chose de la Varsovie juive et bien peu survécurent pour reconstruire ce qui avait été jadis une dynamique communauté juive. Des décombres, émergèrent quelques Juifs cachés, leur joie mêlée d’angoisse après la perte de tant des leurs. RECONSTRUCTION Zivia Lubetkin À l’époque où Czestochowa (Pologne) fut libérée par l’Armée rouge, en janvier 1945, ce qui avait été jadis un ghetto densément peuplé avait été quasiment éradiqué par les nazis. Peu avant la prise de cette photo de soldats soviétiques posant avec quelques-uns des 5 000 survivants juifs, de nombreux Juifs de la région avaient succombé à une épidémie de typhus, avaient été emmenés à la mort à Buchenwald et Ravensbrück ou avaient été envoyés comme esclaves dans l’usine de munition voisine d’HASAG Pelzery. devient cruciale. Cinq mille Juifs du camp de travail de Skarzysko Kamienna sont évacués vers l’ouest. Des camps situés près de Dantzig et Königsberg sont également évacués. • Le comte Helmuth James von Moltke, chef de la Résistance antinazie et ancien conseiller juridique du haut commandement allemand, est exécuté dans la prison de Plötzensee à Berlin. • Création par le grand QG du corps ET expéditionnaire allié (SHAEF, Supreme Headquarters, Allied Expeditionary Force) du CROWCASS (Central Registry of War Criminals and Security Suspects), un groupe d’investigation interallié qui a pour mission d’identifier et de poursuivre en justice les criminels de guerre nazis. • Janvier-mars 1945 : 2 163 Républicains espagnols, qui avaient combattu contre des forces soutenues par les nazis Vraie héroïne de la Résistance, Zivia Lubetkin combattit vaillamment durant la révolte du ghetto de Varsovie. Ayant fait vœu de rester jusqu’à la fin, ce n’est qu’après que les Allemands eurent mis le feu au ghetto, en mai 1943, qu’elle s’évada par les égouts pour gagner le secteur « aryen » de Varsovie. Militante d’un mouvement de jeunesse sioniste avant la guerre, Z. Lubetkin représentait le parti Dror HeHaloutz dans le bloc antifasciste constitué en 1942 pour combattre les nazis et soutenir l’armée soviétique. L’année suivante, elle rejoignit Yitzhak Zuckerman, qu’elle allait épouser après la guerre, et d’autres pour fonder le Zydowska Organizacja Bojowa (ZOB, Organisation juive de combat). Cachée par un médecin après la chute du ghetto, Z. Lubetkin fut témoin du soulagement qui accompagna l’arrivée des forces soviétiques, le 17 janvier 1945. Elle rapporte qu’elle et ses camarades demeurèrent cependant « abattus et découragés », sachant que peu de Juifs avaient survécu pour voir ce jour. pendant la Guerre civile espagnole, sont contraints de travailler jusqu’à la mort ou assassinés sommairement dans les carrières de pierre du camp de travail de Mauthausen, en Autriche. • 1er-16 janvier 1945 : L’avant-garde de l’offensive allemande dans les Ardennes est stoppée par les Alliés, ce qui met fin à la Bataille dite du saillant, l’ultime grande offensive allemande de la guerre. 583 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION En janvier 1945, l’Armée rouge libéra les camps de la mort les plus meurtriers du Troisième Reich, AuschwitzBirkenau où 1,1 million de personnes trouvèrent la mort, pour la plupart dans les chambres à gaz. Ces enfants étaient parmi les rares survivants de Birkenau. Un soldat de l’Armée rouge filme un four crématoire détruit à Auschwitz. Le démantèlement des crématoires à Birkenau s’effectua par étapes. Le four crématoire IV fut détruit par les révoltés du Sonderkommando, le 7 octobre 1944, tandis que des insurgés juifs démolirent le crématoire II, le 24 novembre. Fin janvier 1945, les nazis firent sauter les vestiges des crématoires II et III, ainsi que le V, encore opérationnel. 1945 584 • 4 janvier 1945 : Fritz Elsas, maire juif de Berlin jusqu’à son arrestation en 1933 pour activités de résistance, est exécuté à Sachsenhausen, en Allemagne après 12 ans de détention. • 6 janvier 1945 : Roza Robota et trois autres femmes impliquées dans l’introduction en fraude des explosifs utilisés lors du soulèvement du 7 octobre Je suis assise avec mes poupées près du poêle et je rêve. Je rêve que mon papa est revenu. Je rêve que mon papa est encore en vie. Comme c’est bon d’avoir un papa. Je ne sais pas où est mon papa. —Anonyme, Un trésor de poésie juive 1944 à Auschwitz sont pendues. • Les autorités hongroises accèdent à la requête de Raoul Wallenberg concernant le transfert de 5 000 Juifs dans des maisons sous protection suisse à Budapest. • Mort d’Edith, la mère d’Anne Frank, à Auschwitz. • 11-14 janvier 1945 : Les bandes fascistes hongroises Nyilas pénètrent 1945 Les Soviétiques, qui avaient vu bien des souffrances pendant la guerre, furent néanmoins horrifiés par ce qu’ils découvrirent à Auschwitz. Ces soldats de l’Armée rouge se trouvent parmi des dizaines de milliers de paires de chaussures confisquées aux victimes du camp. • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Ces enfants, libérés d’Auschwitz par l’armée soviétique, avaient été soumis à de barbares expériences « médicales » à laquelle ils eurent la chance de survivre. Le médecin d’Auschwitz, Horst Schumann, stérilisa des hommes, des femmes et des enfants en les exposant à des doses extrêmement élevées de radiation. Il brûla tellement la plupart d’entre eux qu’ils furent jugés inaptes au travail et envoyés dans les chambres à gaz. On ne sait pas très bien quelles expériences subirent ces enfants. Ces enfants d’Auschwitz, libérés par l’Armée soviétique le 27 janvier 1945, montrent leurs bras tatoués au photographe. Quiconque avait été emprisonné à Auschwitz recevait un numéro d’identification tatoué sur le bras. Cette démarche visait deux objectifs : en premier lieu, elle permettait aux responsables de suivre les milliers de prisonniers du camp. En second lieu, la transformation des détenus en éléments anonymes contribuait à les déshumaniser, ce qui, à la fois, les démoralisait et facilitait le travail des gardes, leur évitant d’avoir à affronter l’aspect humain de leurs tâches. dans les maisons juives « protégées » de Budapest, assassinant des dizaines d’habitants. Les corps de plusieurs victimes sont jetés dans le Danube. Ailleurs à Budapest, les membres de Nyilas encerclent l’hôpital juif orthodoxe. Ils torturent 92 patients, médecins et infirmières, les tuant tous à l’exception d’une infirmière. • 12 janvier 1945 : L’infirmière allemande antinazie Gertrud Seele est exécutée dans la prison de Plötzensee, à Berlin. • 12-14 janvier 1945 : Les Soviétiques opèrent une percée sur la Vistule. • 14 janvier 1945 : Les SS évacuent les derniers prisonniers du camp de concentration de Plaszów, en Pologne. • 15 janvier 1945 : Libération par l’Armée rouge du camp de concentration de Plaszów, en Pologne. • 152 femmes du camp de travail de Brodnica, près de Stutthof, en Pologne, sont assassinées par leurs surveillants. Quelques-unes en réchappent. 585 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Les marches de la mort Durant l’été 1944, les Alliés s’approchaient du Troisième Reich qui détenait encore 750 000 personnes dans son réseau de camps de concentration, réseau gigantesque, mais de plus en plus vulnérable. Des combats acharnés allaient se poursuivre jusqu’à la reddition de l’Allemagne en mai 1945. Cependant, début novembre 1944, la détérioration des conditions militaires conduisit les nazis à interrompre les opérations de gazage à Auschwitz-Birkenau et à tenter de dissimuler les meurtres en masse qu’ils y avaient commis. Quant aux prisonniers qui demeuraient dans les camps de concentration, les nazis savaient que cette main-d’œuvre, ainsi que les témoignages accablants que ces hommes et ces femmes allaient livrer, tomberaient entre les mains des Alliés, si les prisonniers n’étaient pas évacués. Auparavant, les nazis avaient transporté des Juifs et d’autres prisonniers dans des camions et des wagons de marchandises, mais des marches forcées eurent lieu aussi pendant la guerre. Notamment en 1944 et en 1945, les autres formes de transport se faisant toujours plus rares, les nazis ordonnèrent des marches sur de longues distances, afin de garder les prisonniers des 1945 586 camps de concentration hors d’atteinte des Alliés et de les réinstaller pour les faire travailler. Les semaines et les mois passant, ces Todesmärsche (marches de la mort) devinrent de plus en plus violentes, meurtrières et insensées. Affamés, malades, blessés, exposés au vent glacial, les prisonniers au supplice étaient maintenus sous bonne garde, abattus s’ils chancelaient ou abandonnés là où ils étaient tombés d’épuisement. Dans les derniers mois de la guerre, lorsqu’il devint évident que l’Allemagne d’Hitler était condamnée, les nazis continuèrent à faire marcher impitoyablement les malheureux prisonniers sans but précis, d’un endroit à l’autre. À partir de la mi-janvier 1945, alors que l’Armée soviétique libérait Varsovie et Cracovie, en Pologne, environ 66 000 prisonniers furent évacués à pied d’Auschwitz. Plus de 15 000 périrent en chemin pour Gleiwitz et • 16 janvier 1945 : Les troupes soviétiques pénètrent à Czestochowa, en Pologne, peu après l’évacuation des derniers travailleurs esclaves. • 17 janvier 1945 : L’Armée rouge pénètre dans Varsovie, en Pologne, et à Pest, en Hongrie. • Ultime appel organisé à Auschwitz : 11 102 Juifs demeurent à Birkenau ; 10 381 femmes dans le camp Wlodzislaw, en Pologne, où ceux qui restaient en vie furent entassés dans des wagons à ciel ouvert, sans nourriture ni eau. La plupart périrent durant le long voyage glacial qui emmena les prisonniers vers l’ouest, en direction des camps de concentration comme Sachsenhausen, GrossRosen, Dachau, Buchenwald et Mauthausen. Fin janvier 1945, 50 000 autres Juifs furent évacués à pied de l’ensemble des camps de Stutthof situés le long de la mer Baltique, près de Dantzig. Environ 5 000 d’entre eux, traînés vers le rivage de la Baltique, furent contraints d’entrer dans l’eau et abattus. Les autres furent emmenés à Lauenburg, en Allemagne orientale, mais, lorsque des unités soviétiques leur coupèrent la route, les prisonniers furent ramenés à pied vers Stutthof. Fin avril 1945, les forces terrestres soviétiques encerclèrent Stutthof. Une fois de plus, les prisonniers furent conduits vers la mer où des centaines d’autres furent abattus. Environ 25 000 prisonniers périrent durant les marches de la mort de Stutthof. Au total, entre 250 et 375 000 prisonniers, pour la plupart juifs, moururent durant les marches de la mort ordonnées par l’Allemagne nazie durant les affres de sa défaite. pour femmes de Birkenau ; 10 030 dans le camp principal d’Auschwitz ; 10 233 au camp annexe de Monowitz ; et environ 22 800 dans les usines des environs ; voir janvier-18 mars 1945. • À Budapest, 119 000 Juifs sont libérés par les troupes soviétiques. • Les Soviétiques arrêtent Raoul Wallenberg qu’ils suspectent cyniquement d’utiliser ses efforts humanitaires en faveur des Juifs pour À l’approche des troupes alliées, en janvier 1945, les gardes du camp de concentration de Klooga, en Estonie, assassinèrent à la hâte les Soviétiques qui y étaient internés, hommes, femmes et enfants, et disposèrent soigneusement les corps sur des bûchers que les victimes elles-mêmes avaient été contraintes de construire. On remarquera l’alternance des corps et des bûches pour favoriser au maximum la combustion. L’ultime réunion des « trois Grands », Winston Churchill, Franklin Roosevelt et Joseph Staline, eut lieu à Yalta, en Ukraine, en février 1945. Lors de cette conférence, les trois puissances alliées dressèrent des plans concernant la composition de l’Europe d’après-guerre, notamment des accords sur l’occupation de l’Allemagne après la guerre. L’Union soviétique accepta également d’entrer en guerre contre le Japon, une fois terminés les combats en Europe. Les Soviétiques libérèrent Budapest (Hongrie) en janvier et février 1945. À son arrivée, l’Armée rouge découvrit des milliers de Juifs assassinés par les nazis. Bien que les effroyables preuves des crimes perpétrés par les Allemands fussent devenues de plus en plus courantes, même les soldats les plus endurcis ne purent demeurer impassibles devant de tels spectacles. Une étoile de David marque une maison protégée, place Kossuth à Budapest. Dans les derniers mois de la guerre, les diplomates – notamment suédois et suisses – s’efforcèrent de protéger autant de Juifs que possible contre la violence déchaînée des Croix fléchées, les fascistes hongrois. Lorsque la ville tomba aux mains des Soviétiques, début 1945, quelque 120 000 Juifs purent être libérés, dont 25 000 dans les maisons protégées. 587 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Les troupes alliées avançant vers l’Est savaient que le Rhin était le dernier grand obstacle naturel avant de parvenir au cœur de l’Allemagne. La neuvième division blindée des États-Unis franchit le fleuve, le 7 mars 1945, sur un pont laissé intact par les Allemands à Remagen, infligeant à l’Allemagne une cuisante défaite stratégique et psychologique. Deux jours plus tard, la majeure partie de la troisième armée des États-Unis parvenait au Rhin, entamant l’avant-dernier acte de la Seconde Guerre mondiale. Ces quatre Françaises furent accusées de collaboration avec les Allemands pendant l’Occupation. Après la guerre, les Français se vengèrent par des humiliations publiques, leur rasant la tête et les déshabillant. Les collaborateurs masculins furent souvent traités bien plus durement – condamnés à des peines de prison ou exécutés. De nombreux collaborateurs importants échappèrent cependant à toute punition pendant des années, protégés par des responsables influents du gouvernement et de l’Église catholique française. Cette photographie de mars 1945 est l’une des dernières d’Adolf Hitler vivant. Souffrant encore de la blessure subie lors de la tentative d’assassinat de juillet 1944 et bourré de médicaments imprudemment prescrits, il félicite les membres des Jeunesses hitlériennes à Berlin, tandis que l’Armée rouge avance vers la ville, quasiment sans rencontrer d’opposition. Dans une atmosphère de souffrance, de chaos et de colère, les naïves Jeunesses hitlériennes comptaient parmi les rares groupes nazis à conserver intacte leur fidélité au Führer. 1945 588 couvrir sa collaboration avec les Allemands ou les Alliés occidentaux (le War Refugee Board finançait ses activités) ; voir 1947. • Au camp de la mort de Chelmno, en Pologne, des gardes SS jouent à « Guillaume Tell » en tirant sur des bouteilles placées sur la tête des détenus juifs chargés de démolir les fours crématoires du camp. Dans la soirée, les derniers Juifs sont emmenés de leurs baraquements par groupes de cinq et abattus. L’un des prisonniers, Mordekhaï Zurawski, poignarde un SS et s’évade en dépit des souffrances causées par une blessure par balle au pied. Un second détenu, Shimon Srebnik, survit également après avoir été laissé pour mort, la balle ayant traversé la nuque 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION LA POUSSÉE DES ALLIÉS VERS L’ALLEMAGNE, 1944–1945 N OCÉAN ATLANTIQUE UNION SOVIÉTIQUE FINLANDE Ultime avancée de l’armée allemande 1942 NORVÈGE SUÈDE mer du Nord IRLANDE DANEMARK GRANDEBRETAGNE REICHSKOMMISSARIAT OSTLAND PAYS-BAS GRANDE BELGIQUE ALLEMAGNE LUXEMBOURG FRANCE GENERALGOUVERNEMENT PROTECTORAT DE BOHÊME & MORAVIE SLOVAQUIE HONGRIE SUISSE ITALIE CROATIA ROUMANIE SERBIE ESPAGNE YOUGOSLAVIE Parmi les dernières victimes de Bergen-Belsen au printemps 1945, se trouvaient Anne Franck, 15 ans (photo) et sa sœur Margot. Arrivant d’Auschwitz en octobre 1944, les sœurs ne se quittèrent pas et luttèrent pour survivre dans les conditions du camp, en constante détérioration. Le typhus emporta d’abord Margot, et, quelques jours plus tard, Anne, très frêle, périt à son tour. CROATIE BULGARIE THRACE mer Méditerranée ALBANIE TURQUIE GRÈCE 0 0 400 miles 500 kilomètres AFRIQUE Après leur héroïque victoire sur les forces allemandes dans la bataille de Stalingrad durant l’hiver 1942-43, les Soviétiques ne cessèrent de progresser vers l’ouest jusqu’à ce qu’ils s’emparent de Berlin, le 2 mai 1945. Après le débarquement en Normandie, le 6 juin 1944, les Alliés occidentaux envoyèrent plus de deux millions de soldats qui avancèrent vers l’est durant les 11 mois suivants. En se dirigeant vers l’ouest, des soldats soviétiques foulent aux pieds un drapeau nazi, début 1945. Sous la direction de dirigeants chevronnés comme les maréchaux Konstantin K. Rokossovki et Ivan S. Koniev, l’armée soviétique remporta victoire sur victoire. En dépit d’occasionnelles résistances acharnées des Allemands, les Soviétiques s’emparèrent de Varsovie et de Gdansk, en Pologne, en avançant vers leur ultime objectif : Berlin, après la traversée de l’Oder. et la bouche. Quarante-sept autres prisonniers juifs de Chelmno, conscients que les SS vont les abattre avant de fuir vers l’ouest à l’approche des Soviétiques, se réfugient dans un bâtiment auquel les SS mettent le feu. Les Juifs qui s’échappent de l’incendie en courant sont mitraillés ; sur les 47, un seul survit. Les SS abandonnent le camp de Chelmno, plus tard dans la journée. • 18 janvier-18 mars 1945 : Agissant sur ordre de Berlin, les SS commencent une vaste évacuation, à pied, de tous les prisonniers et travailleurs des camps d’Auschwitz, Birkenau et Monowitz, ainsi que de la région d’Auschwitz (Haute Silésie, en Pologne). Sur les milliers de marcheurs, la plupart meurent en route, de froid, d’épuisement et par suite de mauvais traitements. Les garçons évacués de Birkenau marchent vers Mauthausen, en Autriche. De nombreux garçons sont de « corvée de charrette », c’est-à-dire sont attelés à d’énormes chariots par groupes de 20. • 20 janvier 1945 : 4 200 Juifs sont abattus à Auschwitz. • L’Armée rouge pénètre en Prusse orientale. 589 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Dans bien des cas, les marches de la mort furent entièrement publiques. Ce groupe de prisonniers affaiblis de Dachau fut photographié tandis qu’il traversait un minuscule village bavarois en route pour Wolfratshausen. Nombre de ces prisonniers se couvraient la tête pour se protéger du froid et de l’humidité. Le chef des SS, Heinrich Himmler (à droite), s’entretient avec son médecin personnel et masseur, Félix Kersten. Au cours des derniers jours de la guerre, Kersten, qui avait soigné plusieurs dirigeants nazis, servit d’intermédiaire entre les représentants du Congrès juif mondial et le chef des SS. Au cours de deux rencontres organisées dans la propriété de Kersten, dans la banlieue de Berlin, Himmler finit par accepter de libérer 10 000 femmes détenues dans le camp de concentration de Ravensbrück, en Allemagne. 1945 590 Le haut commandement allié s’intéressa à ce qui s’était passé dans les camps, et les officiers leur organisèrent régulièrement des visites pour qu’ils recueillent des informations sur les crimes nazis. Ici, les généraux George Patton, Omar Bradley et Dwight Eisenhower (de gauche à droite) visitent le camp d’Ohrdruf, en Allemagne, le premier camp libéré par les Américains, le 4 avril 1945. Un ancien prisonnier fait la démonstration des techniques de torture employées par les SS. • 21 janvier 1945 : Quatre-vingt seize Juifs hongrois internés à Auschwitz et travaillant dans une carrière à Golleschau, en Allemagne, sont enfermés dans deux wagons à bestiaux sur lesquels est inscrit : « Propriété de la SS ». La moitié des prisonniers meurent de froid, tandis que le train voyage sans but pendant des jours. À Zwittau, en Allemagne, les wagons à bestiaux sont détachés du train et abandon- nés dans la gare. L’industriel Oskar Schindler modifie le bordereau de chargement et inscrit : « Destination finale : Usine Schindler, Brünnlitz. » Après avoir ouvert les wagons dans son usine, Schindler libère les Juifs ; voir 26 avril 1945. • 23 janvier 1945 : Les forces soviétiques se rapprochent d’Auschwitz. 1945 « Nous savions. Le monde en avait vaguement entendu parler. Mais jusqu’à présent aucun d’entre nous n’avait vu cela. C’était comme si nous avions enfin pénétré à l’intérieur même des replis de ce cœur noir et malfaisant. » —L’écrivain Meyer Levin, à propos de la libération d’Ohrdruf • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Libération d’Ohrdruf Le camp de travail d’Ohrdruf, près de Gotha, en Allemagne, occupe une place privilégiée dans l’histoire. Premier camp libéré par les Alliés occidentaux, Ohrdruf apporta aux troupes américaines la preuve de la barbarie nazie. À Ohrdruf, plusieurs milliers d’esclaves avaient travaillé comme des forcenés dans des conditions atroces pour préparer un centre de communications souterrain de l’armée allemande. Le 4 avril 1945, les soldats américains pénétrant à Ohrdruf (photo) trouvèrent des fosses communes contenant des milliers de corps. Certains prisonniers avaient été exécutés et brûlés à la hâte, quelques jours seulement avant l’entrée des Américains dans le camp. Les troupes rencontrèrent également quelques témoins en vie, des hommes qui s’étaient évadés du camp peu avant que les nazis ne commencent à abattre les derniers prisonniers. Huit jours après la libération du camp, les généraux américains Dwight Eisenhower, Omar Bradley et George Patton, des hommes très au fait des horreurs de la guerre, visitèrent le camp. Eisenhower, furieux, encouragea la presse à visiter le camp et à informer le monde des atrocités qui y avaient été perpétrées. Les SS abattirent en masse ces détenus à Ohrdruf, en Allemagne. Comme il arrivait souvent, les Allemands tuaient leurs prisonniers plutôt que de les voir passer entre les mains des Alliés. Le général américain Omar Bradley déclara, à propos des atrocités d’Ohrdruf : « L’odeur de mort nous assaillit avant même que nous ayons franchi la clôture. Plus de 3 200 corps nus, décharnés, avaient été jetés dans des fosses peu profondes. D’autres gisaient dans les allées où ils étaient tombés. Les poux grouillaient sur la peau jaunie de leur corps osseux. » • 25 janvier 1945 : Les SS évacuent le camp de concentration de Stutthof, en Pologne. vers le sud-ouest. Tout au long du chemin, 800 sont battues et tuées ; voir 15 février 1945. tonnes de cheveux humains. • Libération de Memel, en Lituanie, par les troupes soviétiques. • 26 janvier 1945 : Un millier de femmes • 27 janvier 1945 : Les soldats soviétiques • Fin janvier 1945 : Une marche forcée est imposée à plusieurs milliers de Juifs de la région de Dantzig / Königsberg en Allemagne vers la ville côtière de Palmnicken. Au moins 700 marcheurs sont abattus en chemin et, à l’exception de juives internées au camp de travail de Neusalz, en Pologne, partent pour une marche forcée d’un mois et demi vers le camp de concentration de Flossenbürg, en Allemagne, à quelque 300 kilomètres libèrent Auschwitz et trouvent 7 000 détenus encore en vie, dont le père d’Anne Frank, Otto. Ils découvrent également plus de 830 000 robes et manteaux de femme, près de 348 000 costumes d’homme et sept 591 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Folke Bernadotte Dans les derniers jours de la guerre, le comte Folke Bernadotte, vice-président de la Croix-Rouge suédoise, usa de ses fonctions diplomatiques pour sauver des Juifs des griffes des nazis. Les négociations qu’il mena permirent de sauver la vie de 423 Juifs danois détenus à Theresienstadt, en Tchécoslovaquie. En pleine guerre, au cours d’une opération audacieuse, ces Juifs furent non seulement sauvés de la mort, mais acheminés en lieu sûr au Danemark, par un convoi d’autobus. Pour sauver des Juifs, Bernadotte rencontra à plusieurs reprises Heinrich Himmler. Tandis que le premier négociait pour sauver les Juifs du massacre, le second les utilisait comme monnaie d’échange pour tenter de conclure une paix séparée avec les Alliés occidentaux, stratagème que les Alliés allaient fermement rejeter. Les négociations menées entre Bernadotte et Himmler aboutirent à la mise en liberté de quelque 14 000 femmes emprisonnées dans le camp de concentration de Ravensbrück, en Allemagne. Ces femmes furent transférées au Danemark, puis en Suède. 1945 592 Une page du registre des morts à l’Institut de Hadamar. Cet institut était l’un des six centres du programme d’euthanasie allemand. Ce document indique la date d’arrivée de chaque victime, son nom de famille et son prénom, sa date de naissance, la date de son décès, la cause de la mort et l’âge au moment du décès. Personne ne sait avec certitude combien de camps de concentration et de travail créèrent les nazis. Plusieurs camps possédaient de nombreuses annexes dans lesquelles les détenus pouvaient être parqués lorsqu’ils participaient à des tâches temporaires. Ce rescapé fut découvert dans le camp de Vaihingen, une annexe de Natzweiler en Allemagne. quelques-uns qui s’évadent, les autres sont mitraillés par les SS au bord de la mer Baltique. • 29 000 Juifs, pour la plupart des femmes, sont évacués à marches forcées de Dantzig (Pologne) et de Stutthof (Pologne). 3 000 seulement survivent. • Plusieurs milliers de Juifs sont envoyés pour une marche de la mort du camp de Lamsdorf, près de Breslau (Allemagne), vers l’ouest, en Thuringe. Des centaines meurent ou sont tuées en chemin. • Février 1945 : Des nationalistes ukrainiens traquent et assassinent les Juifs en Ukraine. • Les forces alliées approchent de Cologne, en Allemagne. • 3 février 1945 : 3 500 prisonniers de Gross-Rosen, en Allemagne, sont 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Des soldats de l’armée américaine se rassemblent autour de l’un des très nombreux bûchers de corps allumés dans le camp de concentration de Buchenwald. L’odeur de chair en décomposition soulevait le cœur. Le GI américain John Glustrom déclara : « Ma première impression [de Buchenwald], ce fut l’odeur. La puanteur envahissait les lieux et il y avait un groupe de gens très perplexes, perdus, pitoyables, qui se présentèrent à ma porte dans leurs tenues en lambeaux pour voir ce que nous faisions et ce qui allait leur advenir. » Ces restes humains sur la table, y compris deux têtes réduites et un abat-jour en peau humaine, furent retrouvés dans un laboratoire dirigé par les gardes SS de Buchenwald. Ilse Koch, la femme du commandant, collectionnait des peaux humaines tatouées. Les deux têtes étaient celles de prisonniers polonais évadés et repris. À Buchenwald, les rations alimentaires, qui n’avaient jamais été suffisantes pour les travaux exténuants imposés aux prisonniers, diminuèrent tout au long de la guerre. En mars 1945, par exemple, les détenus recevaient 250 grammes de viande de cheval par semaine. Les prisonniers volaient parfois la nourriture des chiens bien nourris qui aidaient à garder le camp. Au moment de la libération, les survivants dévalisaient une réserve de biscuits pour chiens dans le chenil du camp. L’homme le plus proche de l’appareil photo, un Juif hongrois, était si maigre qu’on pouvait voir sa colonne vertébrale par devant. Les victimes de cas de famine aussi graves avaient peu de chances de survivre. contraints de marcher vers le camp de concentration de Flossenbürg, en Allemagne, situé à quelque 300 kilomètres vers le sud-ouest. Cinq cents mourront en chemin. Deux mille autres sont évacués par train au camp de travail d’Ebensee, en Autriche, près de Mauthausen ; 49 mourront pendant le voyage et 182 autres périront au camp. • Une bombe américaine s’écrase sur le bâtiment du Volksgerichtshof (Tribunal du peuple) à Berlin, tuant le juge fanatiquement nazi Roland Freisler et interrompant le procès des membres de la Résistance allemande antinazie, Frau Solf et sa fille la comtesse Ballestrem ; voir 10 septembre 1943 ; 23 avril 1945. • 4 février 1945 : Lors d’une conférence organisée à Yalta, en Ukraine, les Alliés déterminent les sphères d’influence respectives qui prévaudront à la fin de la guerre. • 8 février 1945 : Les troupes soviétiques se trouvent à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Dresde, en Allemagne. • 13 février 1945 : Les troupes allemandes se rendent à Budapest (Hongrie). • Les SS évacuent le camp de concentration de Gross-Rosen, en Allemagne. 593 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Si les camps d’extermination nazis en Pologne furent vidés vers la fin de la guerre, Buchenwald et d’autres camps créés plus à l’ouest accueillirent des milliers de Juifs. Vingt mille arrivèrent à Buchenwald entre mai 1944 et mars 1945. Ici, un jeune orphelin est assis sur le marchepied d’un camion appartenant à l’UNRRA (United Nations Relief and Rehabilitation Administration). En libérant Buchenwald, les soldats américains trouvèrent environ 900 enfants dont ce petit, âgé de cinq ans. Avec d’autres enfants originaires de Pologne, de Russie et d’autres pays, il attend d’être acheminé en Suisse. En avril 1945, Heinrich Himmler, enfin effrayé par l’avance alliée, ordonna de stopper l’évacuation des camps de concentration sur le passage de l’ennemi et insista pour que les camps soient laissés intacts pour les libérateurs. Quelques gardes, pris par surprise, n’eurent pas le temps de fuir avant l’arrivée des troupes alliées. Ici, un prisonnier russe désigne du doigt un garde de Buchenwald qui battait sauvagement les prisonniers. 1945 • 15 février 1945 : L’Armée rouge raflés dans toute l’Allemagne et déportés au camp / ghetto de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie. • 17 février 1945 : Sept Juifs, dont • 23 février 1945 : Les nazis évacuent les Juifs du camp de concentration de Schwarzheide, en Allemagne. Les 300 prisonniers les plus faibles sont envoyés dans des wagons sans toit au camp de concentration de Bergen-Belsen, en Allemagne. libère le camp de travail de Neusalz, en Pologne ; voir 19 mars 1945. une petite orpheline, sont assassinés par un Polonais à Sokoly, en Pologne. • 18 février 1945 : Cinq cents Juifs mariés à des conjoints chrétiens sont 594 Ces prisonniers libérés de Buchenwald souffraient tous des jambes et des pieds. Ces problèmes provenaient des terribles conditions de travail et de la sous-alimentation, sans parler des chaussures qui ne leur allaient pas – lorsque, toutefois, ils en avaient. Des civils allemands creusent des tombes à Buchenwald. Lorsque c’était possible, les Alliés contraignirent la population locale à enterrer les corps en décomposition abandonnés dans les camps. Cela épargnait cette macabre tâche aux soldats alliés tout en confrontant directement les Allemands aux crimes commis par leurs compatriotes. Cette exposition de peau humaine tatouée fut organisée pendant le procès des SS de Dachau, pour montrer les atrocités allemandes. Les victimes avaient été détenues à Buchenwald, et leurs tatouages avaient attiré l’attention d’Ilse Koch, la « chienne de Buchenwald ». Elle utilisait, paraît-il, leur peau tatouée pour fabriquer des lampadaires. Des jeunes Juifs se rendent en Palestine après avoir été libérés de Buchenwald. Les Américains libérèrent Buchenwald, le 11 avril 1945, rendant la liberté à 21 000 détenus, dont 4 000 Juifs. La plupart furent envoyés dans des camps de personnes déplacées, tandis que d’autres pénétraient en Palestine, légalement ou illégalement. 595 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Le 12 avril 1945, les habitants de Washington, cherchent à se réconforter les uns les autres, après avoir appris la mort du président Franklin Roosevelt. Son successeur peu connu, Harry Truman, s’efforça d’assumer les fonctions du président bien-aimé. Préoccupé par le sort des Juifs libérés des camps de concentration et désormais confinés dans des camps de personnes déplacées (DP), Truman exerça des pressions pour autoriser davantage de Juifs à immigrer en Palestine. Il fit aussi pression sur le Congrès afin que davantage de DP puissent pénétrer aux États-Unis. Les efforts de Truman se heurtèrent à l’opposition de diverses parties de l’opinion publique, du Département d’État et de certains membres du Congrès, notamment le sénateur Patrick McCarran, le puissant président de la commission judiciaire du Sénat. En 1945, plusieurs soldats alliés juifs célèbrent le séder (repas rituel) de Pâque au lac de Côme en Italie. La Pâque célèbre chaque année la libération des Juifs de l’esclavage dans l’ancienne Égypte. Ce séder revêtit une signification particulière pour les Juifs européens, car c’était la première fois depuis douze ans qu’ils n’étaient pas asservis par les nazis et leurs collaborateurs. 1945 • Début mars 1945 : Anne Frank, âgée de 15 ans, meurt dans le camp de concentration de Bergen-Belsen, en Allemagne. • Arthur Nebe, commandant de l’Einsatzgruppe B, est exécuté par les nazis à cause de son implication dans le complot contre Hitler. • Mars-avril 1945 : Deux mille détenus du camp de travail de Köszeg, en Hongrie, 596 Ce collier en forme d’étoile de David fut fabriqué par une jeune Juive – réduite en esclavage – à partir de morceaux de fils de fer de couleur. Si elle avait été découverte avec son collier, la jeune fille eût été exécutée. Un train de nazis dans lequel elle était transportée avec d’autres travailleurs (y compris sa sœur malade) fut attaqué par erreur et touché par des avions américains près de Munich. Les soldats allemands s’enfuirent, laissant les prisonniers aux bons soins d’une unité de reconnaissance de l’armée américaine. La jeune fille fut si reconnaissante qu’elle offrit le collier à l’homme qui l’avait libéré, un GI nommé Marvin Dorf. sont contraints de marcher pendant des semaines à travers les campagnes hongroises et autrichiennes accidentées. • 3 mars 1945 : Un train d’évacuation de Gross-Rosen, en Allemagne, arrive au camp d’Ebensee, en Autriche, avec plus de 2 000 Juifs. Plus de 180 d’entre eux sont assassinés presque immédiatement. 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION La libération des camps Le 8 mai 1945, jour de l’armistice, hommes et femmes dansaient dans les rues des villes américaines pour célébrer la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie. Un océan et un continent plus loin, une cérémonie de la victoire bien plus sombre se déroula à Mauthausen. Ce camp de concentration nazi était situé à une vingtaine de kilomètres au sud-est de la ville autrichienne de Linz, la ville où vécut Adolf Hitler adolescent et où, écrivit-il dans Mein Kampf, il passa ses « jours les plus heureux ». Il n’y avait pas de « jours heureux » à Mauthausen. Créé en mai 1938, ce camp particulièrement dur se distinguait par le travail exténuant dans une carrière de pierre et par le sadisme de ses gardes. Pendant les années de la guerre, Mauthausen et ses camps annexes – plus de soixante, dont Gusen, Gunskirchen et Ebensee – devint un empire industriel contrôlé par les SS. Sur les 199 404 prisonniers qui passèrent par le camp de Mauthausen, environ 119 000 périrent, dont 38 120 Juifs. Les troupes soviétiques libérèrent les camps de la mort de Majdanek et Auschwitz, en territoire polonais, respectivement en juillet 1944 et en janvier 1945. À l’ouest, les unités de l’armée américaine libérèrent les camps de concentration de Buchenwald (photo) et de Dachau en Allemagne, les 11 et 29 avril 1945, • 5 mars 1945 : La neuvième armée des États-Unis atteint le Rhin, au sud de Düsseldorf, en Allemagne. • 7 mars 1945 : La première armée des États-Unis franchit le Rhin à Remagen, en Allemagne. • 12 mars 1945 : Le chef des SS, Heinrich Himmler, et son médecin personnel, le tandis que les Britanniques et les Canadiens arrivaient à BergenBelsen le 15 avril. Dans chaque camp, les libérateurs trouvèrent les traces d’un carnage si terrible que même les vétérans marqués par les combats furent choqués par le spectacle qui s’offrit à eux. Les soldats de la 71ème division d’infanterie et de la 11ème division blindée de l’armée américaine découvrirent des horreurs parmi les pires. La 71ème division libéra Gunskirchen, une annexe de Mauthausen, le 5 mai. La 11ème prit la ville de Linz et libéra le camp de concentration de Gusen, le 5 mai. Ses tanks atteignirent le camp de Mauthausen même, à 11h30 du matin, le 5 mai, une cinquantaine d’heures avant la capitulation sans conditions de l’Allemagne nazie. Le capitaine J. D. Pletcher se docteur Felix Kersten, signent l’accord Himmler-Kersten sur les mesures à prendre à propos des camps de concentration à l’approche des troupes alliées. Le document appelle en particulier à l’arrêt des meurtres des détenus juifs. • 19 mars 1945 : Des partisans yougoslaves lancent une offensive à Trieste, en Italie. • Adolf Hitler donne rappelait particulièrement l’odeur lorsqu’il pénétra à Gunskirchen. « L’odeur, dit-il, souleva le cœur de bien des Américains qui s’y rendirent. C’était une odeur que je n’oublierai jamais, complètement différente de tout ce que j’ai jamais rencontré. On pouvait presque la voir et elle flottait dans le camp comme un brouillard de mort. » Mauthausen et ses camps satellites, ajouta-t-il, étaient des endroits « d’infectes odeurs corporelles, de feux d’ordures fumants » et « de boue mêlée d’excréments et d’urine. » La libération ne put empêcher la mort d’anciens prisonniers. Pendant des journées, la déshydratation, la famine, la maladie et l’épuisement continuèrent à faire des ravages. La libération intervint tardivement pour Mauthausen et ses camps annexes – trop tard pour l’immense majorité des victimes vulnérables – mais ces endroits n’étaient pas les derniers sites de la Shoah à être libérés Ce ne fut que le 9 mai que les troupes soviétiques gagnèrent le camp / ghetto de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie où elles trouvèrent 19 000 prisonniers en vie. Des unités polonaises et soviétiques libérèrent le camp à Stutthof, en Pologne, le 8. Même après la reddition de l’Allemagne nazie, une brume de mort continua à flotter sur les camps libérés, comme c’est le cas sur ces sites, jusqu’à ce jour. l’« ordre Néron » (Nero-Befehl), une directive sur la terre brûlée destinée à ne laisser qu’une Allemagne ruinée aux troupes en marche. • Deux cents survivantes sur les 1 000 femmes qui avaient commencé une marche forcée depuis le camp de travail de Neusalz, en Pologne, le 26 janvier, sont évacuées par train au camp de concentration de Bergen-Belsen, en Allemagne ; voir 24 mars 1945. 597 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Deux anciens travailleurs asservis se serrent les mains à côté d’une bombe V2 partiellement achevée qu’ils avaient construite dans une usine près de Nordhausen. Le travail pénible, les cruelles conditions de travail et le régime de famine tuèrent un grand nombre de travailleurs russes, polonais et français. Les Américains qui libérèrent l’usine découvrirent une salle avec 20 corps attendant la crémation. Des soldats américains avancent à grands pas au milieu de milliers de corps que les gardes allemands ont laissé pourrir dans le camp de concentration de Nordhausen, en Allemagne. Comme ce fut souvent le cas, la première chose que le GI américain W. Doughty remarqua sur le camp fut la puanteur. « Oh, les odeurs, s’exclama-t-il, eh bien, il n’y a pas moyen de décrire ces odeurs… Bien des gars dont je parle maintenant – c’était de rudes soldats, des combattants qui avaient fait tout le débarquement – étaient malades et n’en finissaient plus de vomir, rien qu’à ce spectacle… » La fin de la guerre fournit enfin aux survivants l’occasion de pleurer ceux qu’ils avaient perdus dans les usines de la mort nazies. Des scènes comme celle-ci, à Nordhausen, étaient très fréquentes. Ce garçon polonais pleure sa grand-mère décédée tandis que son père prie auprès du corps. 1945 598 • 20 mars 1945 : Un raid aérien des Alliés tue des femmes juives dans le camp de Tiefstack, en Allemagne, près de Hambourg. • 21 mars 1945 : Les troupes de l’Armée rouge pénètrent au camp de Pruszcz, en Pologne, près de Stutthof. Sur les 1 100 prisonnières, il n’en reste que 200 en vie. • Printemps 1945 : Les SS envisagent l’em- poisonnement de tous les détenus du camp de concentration de Dachau, en Allemagne, avant l’arrivée des Alliés. L’idée n’est pas mise en œuvre. • 24 mars 1945 : Un train transportant 200 femmes juives exténuées par une marche de la mort depuis Neusalz, en Pologne, arrive à Bergen-Belsen, en Allemagne. 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Les bandages sales sur le visage de cette rescapée de Bergen-Belsen témoignent des violences qu’elle subit durant sa détention. De nombreux « survivants » du camp continuèrent à mourir même après la libération du camp. Un soldat britannique se souvient que de nombreux anciens détenus « s’effond-raient en marchant et tombaient morts. » Environ 14 000 prisonniers périrent entre le 15 avril et le 20 juin. Humanité abandonnée. Le peintre Gideon rend de façon impressionniste les horreurs inimaginables découvertes par les soldats alliés qui libérèrent les camps de concentration en avançant vers l’Est. Lorsque, le 15 avril 1945, les Britanniques libérèrent le camp de concentration de Bergen-Belsen, en Allemagne, ils découvrirent des dizaines de milliers de corps non enterrés abandonnés par les Allemands. Les Britanniques n’eurent pas d’autre choix que d’enterrer les corps dans des fosses communes. Curtis Mitchell, un Américain qui se rendit dans les camps à l’époque, décrivit les Allemands contraints de charger les corps dans des camions en vue de les enterrer, se comportant « exactement comme s’il s’agissait d’une décharge d’ordures. » • 29 mars 1945 : L’Armée rouge s’empare de Dantzig. • 30 mars 1945 : Des femmes juives conduites à la mort au camp de Ravensbrück, en Allemagne, agressent leurs gardes SS. Neuf femmes s’échappent, mais sont reprises et assassinées avec les autres. • Les troupes soviétiques pénètrent en Autriche. • Avril 1945 : Dans une tentative évidente de se sauver lui-même, Heinrich Himmler déclare à Norbert Masur, un représentant du Congrès juif mondial installé à Genève, que les Juifs et les nationauxsocialistes devraient « enterrer la hache de guerre » ; voir 20 avril 1945. • Comme les prisonniers n’ont pas de possibilité de se laver à Mauthausen, en Autriche, l’invasion de poux est incontrôlable. • Début avril 1945 : Les SS évacuent des milliers de Juifs – pour la plupart à pied – tandis que les forces alliées et soviétiques se rapprochent, venant de l’ouest et de l’est. Les évacués sont emmenés dans les camps de BergenBelsen et Dachau (Allemagne) ; Ebensee (Autriche) ; Leitmeritz et Theresienstadt (Tchécoslovaquie). L’opération s’accompagne de coups et 599 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Bergen-Belsen Le tristement célèbre camp de concentration de Bergen-Belsen, près de Celle, dans le nord de l’Allemagne, commença à fonctionner début 1943. Il était censé héberger environ 10 000 prisonniers juifs. L’effondrement de l’effort de guerre allemand et la fermeture des camps qui s’en suivit à travers l’Europe orientale amenèrent des dizaines de milliers de détenus à Bergen-Belsen. Lorsque le camp fut libéré, le 15 avril 1945 par l’armée britannique, plus de 60 000 êtres humains décharnés et malades y étaient entassés. Les infectes conditions de vie prévalant à Bergen-Belsen étaient semblables à celles des camps d’Europe orientale : nourriture, abri et installations sanitaires totalement insuffisantes. Dans l’incapacité de travailler du fait de leur santé chancelante, des milliers de détenus furent assassinés par des injections mortelles durant l’été 1944. La population du camp de Bergen-Belsen ayant considérablement augmenté en 1945, la situation se détériora rapidement. Les responsables du camp et les locaux furent tout simplement débordés. Toute l’organisation destinée à organiser et à nourrir les prisonniers vola en éclats. Lorsque les soldats britanniques arrivèrent en avril, ils furent accueillis par un spectacle incroyablement macabre. Des corps pourrissaient sur le sol. Des baraquements construits pour héberger 100 prisonniers contenaient plus d’un millier de personnes atteintes de typhus, couvertes d’excréments. Entre le 15 avril et le 20 juin 1945, 14 000 personnes périrent de maladie et de faim. 1945 600 Josef Kramer, morose et enchaîné, était le commandant du camp de Bergen-Belsen à la fin de la guerre. En 1944, il avait commandé le camp de la mort d’Auschwitz II pendant l’extermination des Juifs de Hongrie. Il admit avoir gazé personnellement des prisonniers lorsqu’il dirigeait le camp de Natzweiler, en Allemagne. Le 17 novembre 1945, il fut condamné à mort pour ses crimes. Les détenus des camps étaient contraints de vivre dans une crasse inimaginable qui conduisit souvent à des maladies et à l’invasion de parasites. Ces enfants de Bergen-Belsen prennent leur premier bain depuis plusieurs mois. de meurtres quotidiens, sans compter la faim et le typhus. Treize cents Juifs sont évacués à pied de Vienne ; 700 seulement arriveront vivants à destination, le camp de Gusen, en Autriche. • 1er avril 1945 : Les SS entreprennent des marches de la mort pour évacuer les camps de concentration de Dora-Mittelbau et Kochendorf, en Allemagne. • 3 avril 1945 : Les 497 membres d’une équipe de travail à Bratislava (Slovaquie) sont abattus par leurs gardiens. • Les nazis évacuent le camp de concentration et de travail de Nordhausen (Allemagne) ; voir 11 avril 1945. • 4 avril 1945 : La 4ème division blindée des États-Unis libère le camp de concentration d’Ohrdruf, en Allemagne, où Appelée « la SS sans uniforme », Hilde Lobauer était, pour les prisonniers de Bergen-Belsen, l’incarnation du mal. Prisonnière politique des nazis, H. Lobauer choisit le camp de ses geôliers, assouvissant son penchant pour la cruauté avec un fouet en cuir et une baguette. Son sadisme lui valut une promotion : de détenue, elle devint responsable d’une section du camp. Après la guerre, elle fut jugée à Nuremberg et condamnée à dix ans de prison, mais elle fut libérée en juillet 1950. « Une femme se dirigea vers un soldat qui gardait l’entrepôt et distribuait le lait aux enfants et elle le supplia de donner du lait pour son bébé. L’homme prit le bébé et vit qu’il était mort depuis plusieurs jours, le visage noir et flétri. La femme continua à implorer. Alors il versa quelques gouttes entre les lèvres mortes. La mère se mit alors à chantonner de joie et porta le bébé en triomphe. Elle chancela et, quelques mètres plus loin, tomba morte. » —Le reporter américain Patrick Gordon à la libération de BergenBelsen par les Alliés, avril 1945 Ce rescapé de Bergen-Belsen souffrait le martyre à la libération. L’internement dans les camps hitlériens laissait des séquelles – souvent calamiteuses – psychologiques et physiques sur les survivants. En avril 1945, l’administration du camp de Bergen-Belsen s’effondra totalement devant l’afflux de nouveaux détenus (par exemple, 28 000 arrivées en dix jours, du 3 au 14 avril). Les rations alimentaires furent coupées, l’appel cessa et les prisonniers furent livrés à eux-mêmes. Certains membres du personnel demeurèrent cependant à Bergen-Belsen jusqu’au bout, comme ces gardiennes SS qui avaient la réputation d’être tout aussi cruelles que leurs homologues masculins. Des milliers d’Allemands moyens participèrent activement à la perpétration de la Shoah. 601 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Ces femmes juives, libérées des camps de concentration en vertu de l’accord conclu par Bernadotte, arrivent à Malmö, en Suède. L’une des femmes réagit avec joie à l’offre généreuse d’un verre de lait. Le comte Folke Bernadotte organisa le sauvetage de près de 30 000 survivants, pour la plupart du camp de concentration de Ravensbrück. Des camps plus petits utilisaient des moteurs diesel pour produire le gaz destiné à assassiner les victimes, mais les nazis procédaient souvent à des improvisations pour réaliser leur sinistre besogne. Les troupes américaines découvrirent ces corps carbonisés en pénétrant dans le camp de Thekla, en Allemagne. Margaret Bourke-White, correspondante du magazine Life, décrivit l’un des corps, celui d’un professeur de Pologne : « La moitié inférieure de son corps, toute flétrie, reposait dans des cendres… à côté de sa béquille noircie par le feu, mais la belle tête chauve de l’intellectuel rejetée vers l’extérieur [de la clôture du camp] était intacte, les lunettes encore en place. Il avait dû être très aimé ; les survivants le pleuraient. » 1945 602 4 000 décès avaient été enregistrés durant les trois mois précédents. Les victimes étaient des Juifs, des Polonais et des prisonniers de guerre soviétiques. Des centaines d’entre eux, abattus juste avant la libération, avaient travaillé à construire un immense centre de communication (radio et téléphone) souterrain. Très peu de détenus restent en vie à la Libération. • Les Juifs s’exténuant dans les carrières à Gotha, en Allemagne, sont assassinés par leurs surveillants nazis. • 8 avril 1945 : Les détenus juifs quittent à pied le camp de concentration de Buchenwald pour se rendre à Flossenbürg, également en Allemagne, à plus de 150 kilomètres au sud-est. Les prisonniers non juifs sont laissés en arrière pour attendre l’arrivée des Américains. 1945 Les Alliés ordonnèrent souvent à la population locale d’exhumer les corps des prisonniers assassinés dans les camps de concentration ou au cours des marches de la mort afin qu’ils reçoivent une sépulture convenable, notamment dans des cas comme celui-ci, à Helmbrecht, en Allemagne, de ces femmes asservies, originaires d’Europe orientale, dont l’enterrement avait été bâclé. Ces femmes juives récemment libérées avaient été asservies dans une usine de munitions à Kaunitz, en Allemagne. Les croix jaunes peintes sur leur vêtement les rendaient aisément identifiables pour la population allemande locale, réduisant ainsi leurs perspectives d’évasion. Quelques Juifs parviennent à se cacher et évitent la marche ; voir 11 avril 1945. • 9 avril 1945 : Le camp de concentration de Dora-Mittelbau, en Allemagne, est libéré par l’armée américaine. Il ne reste que très peu de détenus en vie. • 10 avril 1945 : Le fonctionnaire SS Adolf Eichmann visite le camp / • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Les Alliés interprètent la Shoah La libération des camps de concentration en Allemagne déclencha un torrent d’informations sur le traitement infligé aux Juifs par les nazis. Des reportages mirent l’accent sur les monceaux de corps (entre autres, celui de la photo prise à Gotha, en Allemagne), l’horreur et la puanteur des camps et les silhouettes étranges, squelettiques, qui restaient en vie. Bien que des récits sur les meurtres en masse aient été publiés dans les médias occidentaux depuis 1942, pratiquement personne n’avait imaginé les scènes d’horreur dissimulées derrière les barbelés des camps nazis. Effectuant un reportage sur Buchenwald, le correspondant de la radio CBS, Edward R. Murrow, présenta la description suivante : « Déferlait autour de moi une puanteur nauséabonde. Des hommes et des adolescents tendaient la main pour me toucher. Ils portaient des haillons et des restes d’uniformes. La mort avait déjà marqué nombre d’entre eux, mais ils souriaient des yeux… Le meurtre avait été perpétré à Buchenwald. Dieu seul sait combien d’hommes et de garçonnets moururent ici au cours des 12 années écoulées. » Des rapports bien intentionnés comme celuici induisirent en erreur les populations qui crurent que les programmes génocidaires n’avaient été mis en œuvre qu’en Allemagne. De nombreuses années s’écoulèrent avant que tous les détails de la « solution finale » ne soient rassemblés et qu’on puisse interpréter de façon plus précise les événements de la Shoah. ghetto de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie, pour se réjouir du nombre de Juifs qui y ont péri. • 11 avril 1945 : Les troupes américaines libèrent le camp de concentration de Buchenwald, en Allemagne ; 21 000 détenus sont encore en vie. Dans le bloc de Pathologie (Block 2), les GI découvrent de la peau humaine tannée et tatouée. • Une division d’infanterie et la 3ème division blindée des États-Unis libèrent le camp de concentration et de travail de Nordhausen, en Allemagne. • Les détenus du camp d’Aschersleben, en Allemagne sont évacués par les SS à Theresienstadt, en Tchécoslovaquie. • 12 avril 1945 : Les généraux américains Dwight Eisenhower, George 603 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Le régime alimentaire imposé aux détenus du camp exerça de profonds effets sur le système digestif. L’un des résultats de la malnutrition prolongée fut de graves cas de dysenteries, dont bon nombre s’avérèrent fatals, même après la libération. Ici, un jeune Tchèque souffrant d’une grave maladie, est aidé par deux autres survivants du camp de Flossenbürg. Le camp de travail de Flossenbürg, en Allemagne, où les prisonniers travaillaient dans une carrière de pierre et dans une usine d’armes et de munitions, fonctionnait depuis 1938. Le personnel évacua les prisonniers du camp, le 20 avril 1945, imposant aux détenus une marche de huit jours vers Dachau. Les troupes américaines atteignirent Flossenbürg le 23 avril et libérèrent les rares prisonniers qui y restaient. Enterrés à la hâte, les corps des prisonniers qui avaient péri ou avaient été massacrés s’alignèrent le long de la route. Le général George Patton fut scandalisé par les morts et les tombes improvisées qui durent être exhumées. Il donna un ordre tranchant : « Je ne veux pas que le moindre soldat américain creuse pour ces corps. Ratissez la ville de Bürgermeister et que tous les civils disponibles commencent à creuser. » Les femmes allemandes figurant sur la photo faisaient partie des gens mobilisés pour cette tâche. Les poux et les puces étaient l’un des fléaux de l’existence concentrationnaire. Non seulement cette vermine rendait la vie au camp encore plus insupportable, mais elle transportait également des maladies. Les Alliés s’efforcèrent donc d’aider les anciens prisonniers à mettre fin à l’envahissement de la vermine. Ici, un soldat américain désinfecte les rescapés du camp de Flossenbürg, en Allemagne. 1945 604 Patton et Omar Bradley visitent le camp d’Ohrdruf, en Allemagne et observent les corps et autres preuves des atrocités nazies. • Les soldats SS évacuent les détenus du camp de Schönebeck (Allemagne) vers Theresienstadt (Tchécoslovaquie). • Décès du président des États-Unis, Franklin Roosevelt. Le vice-président Harry S. Truman devient président. • 13 avril 1945 : Les troupes soviétiques pénètrent dans Vienne. • Les détenus du petit camp de travail de Rottleberode, un camp annexe de Dora-Mittelbau, astreints à une marche de la mort, sont conduits à la périphérie de Gardelegen, en Allemagne où ils étaient arrivés deux jours plus tôt. Les prisonniers, au nombre de plus d’un millier, sont regroupés par des gardes SS et des membres de la milice 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Cette veste appartenait à William Luksenburg, un survivant de la Shoah. Après la déportation de ses parents à Auschwitz en 1942, il fut envoyé dans l’un des camps annexes d’Auschwitz. En janvier 1945, il avait été acheminé à Flossenbürg, puis à Regensburg, en Allemagne, où il travailla sur la voie ferrée. Vers la fin de la guerre, Luksenburg survécut à une marche de la mort. Un soldat américain qui avait trouvé la veste de Luksenburg, l’enterra pour éviter la propagation de la maladie, la ressortit quatre mois plus tard et la garda comme « souvenir ». L’exploitation des victimes par les nazis allait jusqu’au pillage de leurs cheveux et de l’or de leurs dents, et même aux cendres des personnes assassinées. Dans certains camps, des cendres prises au hasard étaient recueillies dans des urnes et vendues aux survivants en deuil comme les vestiges de tel ou tel de leurs proches. Cette urne et ce tonneau de cendres furent découverts dans le camp de concentration de Flossenbürg, en Allemagne où le commandant Hans Vogel accumulait de coquettes sommes par la tromperie. Ces résistantes polonaises avaient été capturées par les Allemands durant les combats de Varsovie, à l’automne 1944. Ces femmes furent libérées des camps allemands de prisonniers de guerre par les troupes polonaises près d’Emden, en Allemagne. Certains libérateurs y trouvèrent celles qui allaient devenir leurs femmes. Les Allemands reconnaissaient certains droits aux soldats d’Europe occidentale devenus prisonniers de guerre. Les nazis traitaient moins bien les partisans non juifs et n’accordaient aucun droit aux civils juifs. locale dans une grange préparée pour leur exécution. Alors que les derniers prisonniers sont poussés dans la grange, les SS lancent des torches sur la paille imprégnée d’essence et verrouillent les portes. Les prisonniers qui ne sont pas tués par la fumée et les flammes sont abattus par les SS lorsqu’ils tentent de s’échapper. Quelques prisonniers seulement survivent ; voir 14 avril 1945. • 14 avril 1945 : Le comte Folke Bernadotte, diplomate suédois, négocie le rapatriement de 423 Juifs danois détenus au camp / ghetto de Theresienstadt. • Les soldats américains arrivent à Gardelegen (Allemagne) et découvrent les corps carbonisés des Juifs massacrés la veille. • 15 avril 1945 : Les troupes britanniques parviennent dans le camp de concentration de Bergen-Belsen et trouvent 60 000 survivants et 27 000 corps non enterrés. Après la libération, la faim et le typhus coûteront la vie, chaque jour, à environ 500 détenus pendant dix jours ; voir 15-17 avril 1945. • Les troupes britanniques se rapprochent de Brême et d’Hambourg (Allemagne). • Les forces soviétiques se 605 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Les Noirs américains dans les camps La libération par les Alliés des camps de concentration allemands envahis par la maladie et affreusement surpeuplés fut une expérience heureuse, mais douloureuse. Pour les soldats noirs américains, le spectacle de victimes du racisme – mortes, agonisantes ou souffrantes – fut un rappel terrifiant des conséquences potentielles des préjugés. Rien n’aurait pu préparer quelqu’un à ce qu’on trouvait derrière les grilles de Dachau et Buchenwald, mais les soldats afro-américains semblèrent particulièrement affectés par ce qu’ils découvrirent. Bob Bender, un rescapé libéré de Buchenwald, se souvient des « soldats noirs de la troisième armée des États-Unis, grands et forts, pleurant comme des bébés en portant les corps décharnés des prisonniers libérés. » Frappé de stupeur par ce qu’il avait vu à Buchenwald, Leon Bass, du 183ème bataillon, combattant du Génie de la troisième armée américaine, fit cet important commentaire : « J’ai pénétré dans ce camp en soldat noir furieux. Furieux contre mon pays et à juste titre. Furieux parce qu’on me traitait comme si je n’étais pas assez bon. Mais [ce jour-là], j’ai réalisé que moi et les miens n’avons pas l’apanage de la souffrance humaine. Je sais maintenant que la souffrance humaine peut nous atteindre tous… [Ce que j’ai vu] à Buchenwald, c’était le visage du mal… c’était du racisme. » 1945 606 trouvent à 55 km à l’est de Berlin et à moins de 100 km de Dresde (Allemagne). • À Ravensbrück et Sachsenhausen, en Allemagne, 57 000 détenus – dont 17 000 femmes – sont astreints par les SS à marcher vers l’ouest. En chemin, bon nombre seront abattus ou mourront d’épuisement ; les autres, dont Mila Racine, âgée de 21 ans, seront tués pendant les bombardements alliés visant des Ces enfants, rescapés du camp de Bergen-Belsen, en Allemagne, jouent avec des jouets saisis dans les villes environnantes par les soldats alliés. Comme environ six millions de Juifs furent assassinés pendant la Seconde Guerre mondiale, il est probable que la plupart de ces enfants étaient des orphelins qui n’avaient pas où aller. De telles scènes n’étaient pas inhabituelles ; enfants et adolescents constituaient un important pourcentage des habitants des camps de personnes déplacées. Vers la fin de la guerre, les nazis déplacèrent des dizaines de milliers de prisonniers vers les camps du centre de l’Allemagne. Cette jeune femme squelettique, qui avait été détenue au camp pour femmes de Ravensbrück, en Allemagne, faisait partie des milliers de prisonniers acheminés à Sachsenhausen au printemps 1945. Des milliers de prisonniers périrent durant ces trajets appelés, à juste titre, « marches de la mort. » cibles voisines. • Un train de déportation parti de Vienne, le dernier organisé par l’équipe d’Eichmann, arrive au camp / ghetto de Theresienstadt avec 109 Juifs. • 15-17 avril 1945 : Un petit contin- gent de soldats britanniques au camp de Bergen-Belsen (Allemagne) ne parvient pas à empêcher des gardes SS hongrois d’assassiner 72 Benito Mussolini fut arrêté par des partisans communistes en avril 1945 alors qu’il tentait de fuir en Autriche déguisé en soldat allemand. Les partisans le fusillèrent le 28 avril. Par la suite, son corps, celui de sa maîtresse Clara Petacci et ceux de cinq autres proches, furent pendus à Piazzale Loreto à Milan (Italie) et mutilés par une foule en colère. Paradoxalement, Mussolini ignora le conseil donné par son fils et d’autres personnes, et refusa de quitter le pays en avion pour se mettre temporairement en lieu sûr. C. Petacci, elle aussi, se montra imprudemment obstinée et refusa d’abandonner Il Duce. Ces enfants décharnés survécurent dans le camp de concentration de Ravensbrück, en Allemagne. Si Ravensbrück était principalement un camp pour femmes, il comprenait aussi un camp pour enfants à Uckermark et une section séparée pour les hommes. En décembre 1944 et en janvier 1945, Uckermark devint officiellement un camp de sélection et d’extermination pour Ravensbrück. Vers la fin janvier, une grande sélection fut organisée : les femmes âgées, malades ou affaiblies furent emmenées à Uckermark et assassinées, bon nombre par le gaz. Ces sélections se poursuivirent jusqu’au printemps, conduisant à la mort d’au moins 5 000 femmes. Le 29 avril 1945, un contingent clairsemé de gardes conduit de nombreux prisonniers du camp de concentration de Dachau, en Allemagne, dans une marche de la mort. Cette photographie, prise subrepticement par un civil allemand, montre les prisonniers décharnés traversant la campagne bavaroise dans la Nördlichen Münchner Strasse à Grünwald. Peu de civils tentèrent d’aider les marcheurs. 607 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Victimes de sévices physiques et psychologiques, ces hommes furent parmi les premiers à être libérés du camp de concentration de Dachau (Allemagne) par l’armée américaine, le 29 avril 1945. Un soldat américain rapporta que les détenus du camp n’avaient « que la peau sur les os ». Nombre de survivants avaient vécu pendant des mois avec des rations de famine. Un grand pourcentage d’entre eux moururent après avoir été libérés. D’anciens prisonniers saisirent souvent les occasions de se venger contre les gardes du camp. Cet Allemand, auparavant garde à Dachau, fut battu par des détenus qui, contre toute attente, avaient survécu à sa cruauté. Trente minutes après la libération du camp, un corps humain continue à brûler dans les fours crématoires de Dachau. Le taux de mortalité augmentant, les nazis firent fonctionner jour et nuit les fours de Dachau. C’était à peine suffisant pour se débarrasser des corps des centaines de personnes qui mouraient chaque jour. 1945 608 prisonniers juifs et 11 non juifs. • 16 avril 1945 : L’Armée rouge lance son ultime assaut contre Berlin. • Les forces françaises entrent à Nuremberg (Allemagne), ancien lieu des rassemblements monstres du parti nazi. • Évacuation du camp de Johanngeorgenstadt (Allemagne) à Theresienstadt (Tchécoslovaquie). Plus de 60 détenus de ce groupe sont massacrés dans le village de Buchau, en Tchécoslovaquie. • 18 avril 1945 : Les nazis imposent une marche de la mort aux prisonniers de Schwarzheide (Allemagne) à Theresienstadt (Tchécoslovaquie) ; voir 6 mai 1945. 1945 Deux soldats britanniques gardent le sinistre Alex Bernard Hans Piorkowski, ancien commandant de Dachau. Si un nombre relativement restreint de détenus furent gazés à Dachau, Piorkowski fit en sorte que les conditions soient tellement effroyables que les prisonniers mouraient par milliers de faim, de maladies et des violences (y compris l’exécution pure et simple) entre les mains du personnel du camp. • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Jack Hallett, un soldat américain qui participa à la libération d’Auschwitz, écrivit : « la première chose que je vis, ce fut un monceau de corps – oh, environ six mètres de long, aussi haut qu’un homme… Et la chose que je n’oublierai jamais, c’est qu’en se rapprochant, on trouvait des gens dont les yeux clignaient encore, peut-être trois ou quatre profondément enfouis dans le tas. » Un aspect particulièrement obsédant de la terrible scène photographiée ici est la jeune femme habillée parmi les dizaines de corps d’hommes nus et rasés. L’une des premières choses que firent les Alliés consista à assurer un ravitaillement suffisant pour les survivants. Ici, le pain chargé dans un camion est distribué aux survivants de Dachau. Tragiquement, après des mois de sous-alimentation, de nombreux anciens détenus se réalimentèrent trop rapidement, au point d’en mourir. Ils avaient été privés si longtemps de nourriture que les aliments surchargèrent leur système digestif et les tuèrent. • 19 avril 1945 : Prise de Leipzig (Allemagne) par les forces américaines. • 20 avril 1945 : Heinrich Himmler, chef des SS, rencontre le diplomate suédois Norbert Masur pour organiser le transfert de 7 000 femmes – dont la moitié sont juives – du camp de Ravensbrück (Allemagne) en Suède, pays neutre. Il s’agit d’une tentative évidente d’Himmler pour améliorer sa position vis-à-vis des Alliés. • Les SS évacuent le camp de Flossenbürg (Allemagne) ; voir 23 avril 1945. • 22 avril 1945 : Six cents prisonniers juifs et serbes de Jasenovac, en Croatie, se révoltent contre leur gardiens. 520 prisonniers sont abattus à la mitrailleuse et par des grenades. Les 80 autres, dont 20 Juifs, s’évadent. • 23 avril 1945 : Libération du camp de concentration de Flossenbürg (Allemagne) par l’armée américaine ; 2 000 détenus sont encore en vie. • Évacuation du camp de concentration de Ravensbrück (Allemagne) par les SS. • Frau Solf et sa fille, membres de la 609 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Lorsque Dachau fut libéré, le 29 avril 1945, quelques GI’s américains, dont le nombre est inconnu, alignèrent 16 gardes SS du camp contre le mur d’un dépôt de charbon du camp d’entraînement SS situé à proximité et les exécutèrent. D’autres exécutions eurent lieu dans un dépôt de Dachau, une tour de garde et près de la rivière Würm. Au total, 37 à 39 SS furent liquidés ce jourlà. Ces actions se faisaient « sans autorisation » et ne reflétaient pas la politique de l’armée américaine à l’égard des SS capturés. Le titre austère du numéro du 30 avril du Chicago Herald recouvre la photographie d’un train de la mort de Dachau. Pour les Américains peu informés sur la Shoah par leurs dirigeants, de telles scènes et de tels titres étaient pratiquement incompréhensibles. 1945 610 Résistance allemande antinazie, sont libérées de la prison Moabit sur une erreur bureaucratique ; voir 10 septembre 1943 ; 3 février 1945. • 25 avril 1945 : Les troupes américaines venant de l’ouest et les troupes soviétiques de l’est se rencontrent à Torgau, en Allemagne. • 25 avril 1945 : Les forces françaises dans le sud de Tandis que les troupes soviétiques se rapprochaient de Berlin, Eva Braun retourna dans la ville pour rester aux côtés du Führer. Le 29 avril, au cours d’une simple cérémonie civile organisée dans le bunker, ils se marièrent. Joseph Goebbels et Martin Bormann servirent de témoins et la cérémonie fut suivie d’une petite fête. Le lendemain, les nouveaux mariés se suicidèrent, Eva avec du cyanure et Hitler, probablement avec du cyanure et une arme à feu. l’Allemagne atteignent quatre centres d’extermination : Schömberg (1 771 victimes), Schörzingen (549), Spaichingen (111) et Tuttlingen (86). • Au cours de l’ultime évacuation des prisonniers de Stutthof (Pologne), 200 femmes juives sont emmenées sur une grève et abattues. Les 4 000 prisonniers restants, dont 1 500 Juifs, sont chargés sur cinq barges et envoyés sur la Baltique vers la côte 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Les derniers jours d’Hitler Ce document manuscrit, intitulé Mein Testament (Mon testament), précise les dernières volontés d’Adolf Hitler. Hitler rédigea en fait deux documents. L’un était un testament politique nommant l’amiral Karl Dönitz pour lui succéder et écartant du parti les « traîtres » comme Heinrich Himmler et Hermann Göring. L’autre était un testament personnel stipulant que ses souvenirs allaient à ses fidèles secrétaires. Il ordonna oralement que son corps et celui d’Eva soient brûlés, afin que les Soviétiques ne puissent se réjouir devant les dépouilles. L’effondrement de l’effort de guerre allemand et l’avance continue des armées alliées conduisirent les principales instances du gouvernement nazi dans un réseau de bunkers souterrains. Adolf Hitler passa les dernières semaines de sa vie dans un bunker de 18 pièces, humide et froid, situé directement sous la chancellerie du Reich à Berlin. À l’approche de l’Armée rouge, le Führer n’était plus que l’ombre de lui-même. Son corps était affaissé et émacié et il ne pouvait empêcher ses mains et sa voix de trembler. Il avait de violents revirements d’humeur et rejeta vigoureusement une occasion de s’enfuir de Berlin par avion. Avant sa mort, Hitler expulsa Hermann Göring et Heinrich Himmler du parti nazi. Il épousa sa maîtresse de longue date, Eva Braun, et dicta ses dernières volontés et son testament pour la nation. En conclusion de son testament politique, il écrivit : « Avant tout, je charge les dirigeants de la nation et ceux qui sont sous leurs ordres de faire appliquer scrupuleusement les lois raciales et de s’opposer impitoyablement à l’empoisonneur universel de tous les peuples, la juiverie internationale. » Le 30 avril 1945, entre 15h et 16 h, Hitler plaça un pistolet sur sa tête, mordit une capsule de cyanure et appuya sur la gâchette. Eva Braun, elle aussi, se suicida. Sur la photo, le prisonnier de guerre allemand semble peu chagriné. Les fidèles subordonnés d’Hitler, notamment son chauffeur Erich Kempka et le commandant des gardes SS, Hans Rattenhuber, exécutèrent le dernier ordre du Führer : ils portèrent son corps et celui d’Eva Braun dans la cour située au-dessus du bunker, les arrosèrent d’essence et y mirent le feu. Les discussions allèrent bon train par la suite sur la question de savoir si la dépouille que trouvèrent les Soviétiques dans ce cercueil était effectivement celle d’Adolf Hitler. germano-danoise. Plus de 2 000 sont noyés ou abattus par les Allemands. • À Cueno, en Italie, la Gestapo arrête et assassine six Juifs. • 26 avril 1945 : L’Armée rouge s’empare de Brno, en Tchécoslovaquie, libérant les Juifs d’Oskar Schindler. • 26 avril-3 mai 1945 : Les survivants du camp de concentration de Stutthof, Pologne, sont évacués par mer à Lübeck (Allemagne), trajet de plus de 480 kilomètres. Plusieurs centaines périssent pendant le voyage qui dure sept jours. • 27 avril 1945 : Sur les 2 775 détenus de Rehmsdorf (près de Buchenwald, en Allemagne) contraints de marcher vers l’est, 1 000 sont tués à la grenade et à la mitrailleuse, par des gardes SS à Marienbad (Tchécoslovaquie), pour tentative d’évasion. 1 200 autres seront tués durant la marche et 500 autres seront assassinés à leur arrivée à Theresienstadt (Tchécoslovaquie). Sur les 2 775 personnes, 75 seulement survivront. • Libération par l’Armée rouge du camp de concentration de Sachsenhausen, en Allemagne ; il reste 611 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Charlotte Delbo Libérée du camp de concentration de Ravensbrück, en Allemagne, le 23 avril 1945, Charlotte Delbo fit de son expérience un témoignage littéraire. Lorsque les Allemands envahirent sa France natale, Ch. Delbo se trouvait fort loin, en tournée au Brésil avec une troupe de théâtre. Lorsqu’elle revint dans sa patrie, elle rejoignit son mari, Georges Dudach, dans la Résistance. Dudach fut arrêté en mars 1942 et fusillé au mois de mai. Ch. Delbo fut envoyée à Auschwitz et à Ravensbrück. Détenue dans ce dernier camp, Delbo écrivit que les autres femmes et elle-même étaient des « larves » dont les couvertures étaient des « linceuls ». Après la guerre, Ch. Delbo revint en France, s’exprima puissamment au nom de ceux qui avaient péri. Le jour de sa libération de Ravensbrück, elle écrivit : « Je sais pourquoi les fleurs, le ciel, le soleil étaient si beaux et les voix humaines si émouvantes. La terre était belle d’avoir été retrouvée. » Cependant, pour Ch. Delbo, la terre qu’elle avait connue ne serait plus jamais retrouvée. Pour elle, il fut impossible de revenir « d’un monde au-delà de toute connaissance. » 1945 612 Les marches de la mort entreprises depuis les camps de concentration en 1944 et 1945 prélevèrent un lourd tribut de victimes – des gens qui moururent, furent assassinés et parfois enterrés à la hâte. Cette fosse située près de Namerring, en Allemagne, fut exhumée par des GIs américains. Les restes calcinés de Joseph Goebbels témoignent de son dévouement fanatique pour Hitler. La femme de Goebbels, Magda, partageait son fanatisme, déclarant que leurs enfants étaient « trop bien pour la vie qui allait venir après nous. » Le 1er mai 1945, elle demanda à un médecin SS d’administrer des injections mortelles de morphine à ses six enfants, Helga, Hilde, Helmut, Holde, Hedde et Heide. Goebbels et sa femme s’empoisonnèrent ensuite avec du cyanure. Des subordonnés brûlèrent ensuite les corps du couple. 3 000 détenus en vie. • Libération par l’armée américaine du camp de Kaufering, en Allemagne. Très peu de détenus sont encore en vie. • 28 avril 1945 : Les SS coopèrent avec la Croix rouge pour transporter en lieu sûr 150 femmes juives du camp de concentration de Ravensbrück, en Allemagne, vers la Suède, pays neutre. En chemin, cinq femmes sont tuées pendant un raid aérien des Alliés. • Le dictateur italien destitué, Benito Mussolini, est capturé et exécuté par des partisans italiens à Dongo, en Italie ; voir 29 avril 1945. • Heinrich Müller, chef de la Gestapo de 1934 à 1945, est aperçu pour la dernière fois dans le bunker d’Hitler. 1945 • LIBÉRATION Les Alliés contraignirent souvent les soldats allemands à exhumer les victimes de la Shoah afin que les corps puissent être enterrés dans de meilleures conditions. Ici, plusieurs prisonniers de guerre allemands déterrent les corps d’une fosse commune à Kaufering III. Les camps de Kaufering, 11 au total, étaient des annexes du camp de Dachau, en Allemagne. Les nazis souhaitaient que les prisonniers construisent des usines de bombardiers, programme qui ne fut jamais réalisé. Des milliers de détenus de Kaufering périrent de maladie, de surmenage, de sous-alimentation ou furent exécutés, et leurs corps furent jetés comme des ordures. Anton Mussert (coiffé d’un chapeau) était le chef du NationaalSocialistische Beweging der Nederlanden (parti nazi des Pays-Bas). Bien qu’étant un soutien indéfectible des nazis, il exerça très peu d’influence sur les événements durant les longues années d’occupation. Hitler n’avait aucun respect pour lui. Le 7 mai 1945, il fut arrêté par la Résistance néerlandaise. Mussert fut exécuté exactement un an plus tard. • 29 avril 1945 : Hitler désigne l’amiral Karl Dönitz pour lui succéder aux fonctions de Führer et président du Reich. Joseph Goebbels, ministre de la Propagande, est nommé chancelier du Reich. • 29 avril 1945 : Pris au piège avec ses intimes dans son bunker situé sous Berlin, Hitler dicte son ultime testament politique. Ce document accuse les Juifs et leurs « collaborateurs » d’être responsables de la guerre et de tous les problèmes de l’Allemagne. Hitler termine par un avertissement à l’Allemagne : « Avant tout, je charge les dirigeants de la nation et ceux qui sont sous leurs ordres de faire appliquer scrupuleusement les lois raciales et de s’opposer impitoyablement à l’empoisonneur universel de tous les peuples, la juiverie internationale. » • Par une émission de la radio de Stockholm, Hitler apprend l’exécution, le 28 avril, du dictateur italien Benito Mussolini. ET RECONSTRUCTION Le 29 avril 1945, Hitler choisit l’amiral Karl Dönitz (photo) pour lui succéder, le nommant président et commandant en chef de ce qui restait des forces armées de l’Allemagne. Le Führer était convaincu que la SS, la Wehrmacht et la Luftwaffe l’avaient trahi. Seule, la marine allemande, qui avait, depuis longtemps cessé d’être un facteur déterminant dans la guerre, semblait sans tache à Hitler. En outre, Heinrich Himmler et Hermann Göring avaient rompu avec le régime et tenté de conclure des accords séparés avec les Alliés dans de vaines tentatives de sauver leur peau. Ainsi, Dönitz succéda à Hitler, principalement par forfait. Durant les 23 jours où le président Dönitz dirigea l’Allemagne, il perpétua la politique antisoviétique d’Hitler. Reconnu coupable de crimes de guerre et d’avoir mené une guerre agressive, Dönitz fut condamné à dix ans de prison. • Le corps de Mussolini et celui de sa maîtresse, Clara Petacci, sont pendus la tête en bas sur la Piazza Loreto de Milan et mutilés par une foule en colère. • Les 42ème et 45ème divisions d’infanterie américaines libèrent le camp de concentration de Dachau, en Allemagne ; ils y trouvent 32 000 détenus en vie et 50 wagons remplis de corps décharnés. À Allach, en Allemagne, près de Munich, de nombreux Juifs meurent d’avoir trop mangé après 613 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Célébrant leur victoire durement arrachée, un soldat brandit un drapeau soviétique sur le toit de la chancellerie du Reich, le siège du régime nazi, désormais occupé par l’Armée soviétique. Sous la direction de Zhukov et Koniev, généraux aguerris, l’armée soviétique déferla dans la ville. Terrifiés, les citoyens de Berlin, craignant un châtiment, voulurent fuir la capitale ravagée. Un buste en bronze d’Adolf Hitler sous le bras, un soldat soviétique célèbre la prise du bâtiment de la chancellerie du Reich, à Berlin. Les dernières forces allemandes, pour la plupart des hommes âgés et des garçons des Jeunesses hitlériennes, ne pouvaient pas faire grand-chose pour contenir l’immense armée soviétique. Berlin tomba le 2 mai et, le 7 mai, dans une école, près de Reims, les forces allemandes capitulèrent sans conditions. La guerre européenne, qui avait duré près de six ans – avec un nombre de morts et des ravages sans précédents – était terminée. 1945 614 l’arrivée des vivres apportés par les troupes américaines. • Libération par l’armée royale britannique du camp de concentration de Neuengamme, en Allemagne. Très peu de détenus sont encore en vie. • 123 gardes SS faits prisonniers au camp de concentration de Dachau, en Allemagne, sont sommairement exécutés par des soldats américains indignés. • 30 avril 1945 : Hitler et sa fiancée se suicident dans le bunker situé sous Berlin. • Le valet de chambre d’Hitler et d’autres intimes remontent avec les corps dans le jardin de la chancellerie. Les corps sont aspergés d’essence et brûlés. • Les troupes alliées s’emparent de Munich, en Allemagne. • L’Armée soviétique occupe le bâtiment du Reichstag à Berlin. • Les troupes soviétiques libèrent le camp de De façon fort pratique – et ironique – les Alliés utilisèrent souvent les camps de concentration pour loger les prisonniers de guerre allemands. Ce soldat britannique surveille des prisonniers de guerre allemands dans ce qui avait été le camp de concentration de Neuengamme. Les troupes SS à Copenhague, au Danemark, livrent leurs armes avant de se rendre. Les longues années de conflit avaient ébranlé bien des convictions. Reconnaissant que la guerre était perdue, ces soldats réagissent avec joie à l’ordre de passer dans les lignes britanniques, conscients du fait qu’ils ont survécu à la guerre, alors que tant de leurs camarades ont péri. La libération fut bien accueillie par tous les prisonniers – mais ceux qui avaient collaboré avec les nazis appréhendaient la situation fausse dans laquelle ils se trouvaient. Ce travailleur polonais (à gauche) qui, le 4 mai 1945, se prélassait avec un jeune compagnon dans le logement auparavant occupé par l’adjudant major du camp de concentration de Flossenbürg, en Allemagne, fut par la suite accusé d’être un kapo qui avait maltraité les prisonniers juifs du camp. Des victoires symboliques remportées sur leurs geôliers d’autrefois revêtaient souvent de l’importance pour les prisonniers du camp. Ici, par exemple, quelques-uns des anciens prisonniers du camp de concentration de Mauthausen, en Autriche, arrachent la croix gammée et l’aigle nazies de la porte principale du camp. Des anciens détenus, qui avaient subi la terreur nazie à son paroxysme, tenaient à détruire tout ce qui rappelait le Troisième Reich. Seuls quelques soldats alliés qui affrontèrent des soldats allemands sur le champ de bataille considérèrent les objets nazis comme des souvenirs à conserver et à collectionner. 615 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Un responsable de la Reichsbank allemande et des soldats de la troisième armée des États-Unis examinent des sacs de monnaie européenne profondément enfouis dans une mine de sel. Cette cachette, l’une des nombreuses du genre aménagée par les nazis, contenait, estime-t-on 100 tonnes de lingots d’or et plusieurs œuvres d’art. La politique nazie approuva le pillage des biens juifs et chrétiens pour une valeur de plusieurs milliards de dollars. La majeure partie de l’or avait été volée dans les banques nationales des nations occupées, mais une partie provenait des dents en or et des effets personnels des victimes de la Shoah exterminées. On sait aujourd’hui que les gouvernements et les banques nationales de certains pays neutres, en particulier la Suisse, aidèrent à blanchir l’or pillé, contribuant ainsi à l’effort de guerre allemand. Les soldats de la septième armée des États-Unis transportent quelques tableaux d’une valeur inestimable découverts dans le château de Neuschwanstein, en Bavière. Ce butin avait été destiné à une galerie d’art de Linz (Autriche), ville dans laquelle Hitler avait passé la majeure partie de son enfance. Ces œuvres furent réunies sur les ordres d’Hermann Göring, principal pilleur d’objets d’art de l’Allemagne nazie. 1945 Ravensbrück, en Allemagne où 2 000 détenues sont encore en vie. En deux ans, 30 000 Juifs et non Juifs, pour la plupart des femmes et des enfants, y ont péri. 616 Les nazis élevèrent le pillage au rang d’une sombre forme d’art, s’appropriant presque tout objet de valeur à leur portée. Alors que le Reich s’effondrait, début 1945, les Alliés découvrirent un nombre croissant de cachettes d’objets de valeur. Ici, le lieutenant James Rorimer, de la septième armée américaine, examine un casier contenant des bijoux antiques, des boîtes de tabac à priser et d’autres objets découverts au château de Neuschwanstein en Bavière. • Fin avril 1945 : Des photographies du camp de concentration de BergenBelsen, en Allemagne, sont largement diffusées en Grande-Bretagne. • Mai 1945 : Après 68 mois de guerre, un dixième seulement des 3,3 millions de Juifs vivant en Pologne avant la guerre sont encore en vie. • Trente mille prisonniers transportés de Mauthausen (Autriche) et de Varsovie se révoltent au camp de travail d’Ebensee (Autriche). Lorsqu’ils reçoivent l’ordre de pénétrer dans un tunnel bourré d’explosifs, ils refusent de bouger, semant la confusion chez 1945 Marchant sur des jambes artificielles improvisées, des prisonniers russes et polonais paralysés accompagnent un véhicule blindé américain à Mauthausen. Ces prisonniers avaient échappé aux exécutions des détenus handicapés qui eurent lieu dans les derniers jours du camp. Plusieurs, amputés des deux jambes, avaient peu d’espoir de retrouver leur vie et leur travail d’avant-guerre. • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION L’Allemagne se rend La reddition sans conditions de l’Allemagne, le 8 mai 1945, marqua la fin ignominieuse du Troisième Reich. Le régime avait duré 12 ans et non le millier d’années qu’Hitler avait promis. Cependant, durant ces 12 années, plus de 35 millions de personnes avaient péri par suite de l’agression nazie. Hitler se suicida le 30 avril 1945. L’amiral Karl Dönitz, successeur désigné par Hitler, reconnut que la situation de l’Allemagne était sans espoir. C’est pourquoi, le 7 mai, il envoya le maréchal Alfred Jodl et d’autres généraux au QG du général américain Dwight Eisenhower pour signer les conditions de la reddition. Scandalisé par ce qu’il avait vu dans les camps de concentration, Eisenhower refusa d’accorder à l’ennemi l’honneur de sa présence à la cérémonie, se contentant d’envoyer des émissaires des armées britanniques, françaises et soviétiques. Le lendemain, la cérémonie fut réitérée à Berlin, le général soviétique Georgi Zhukov acceptant la reddition du maréchal allemand Wilhelm Keitel (photo). Le 8 mai 1945, date de l’armistice, entra dans l’histoire comme le « V-E Day », le jour de la victoire en Europe. Le maréchal Alfred Jodl (au centre), le général de division Wilhelm Oxenius (à gauche) et l’amiral Hans von Friedeburg signent les documents indiquant que l’Allemagne capitule sans conditions. Friedeburg allait bientôt se suicider et Jodl allait être pendu après avoir été reconnu coupable par le Tribunal militaire international. les SS et les gardes Volksdeutsche, tous conscients de l’avancée des Alliés et de la probabilité de procès pour crimes de guerre. Le geste des prisonniers est couronné de succès puisque les nazis renoncent. • Suicide du ministre de l’Éducation du Reich, Bernhard Rust. • Suicide du SS-Obergruppenführer Hans-Adolf Prützmann, profondément impliqué dans les massacres de Babi Yar de septembre 1941. • Martin Luther, ancien adjoint du ministre des Affaires étrangères du Reich, Joachim von Ribbentrop, meurt d’un arrêt cardiaque. • Début mai 1945 : Martin Bormann, l’influent secrétaire d’Hitler, est vraisemblablement tué par les troupes soviétiques tandis qu’il tente de s’enfuir de Berlin, à pied. Les rumeurs sur sa survie courront pendant plusieurs années. • 1er mai 1945 : Le ministre nazi de la Propagande, Joseph Goebbels, et sa femme Magda se suicident dans le Führerbunker après avoir empoisonné leurs six enfants. • Dans un groupe de travailleurs du camp de Sonneberg, en Allemagne, un Juif chante et danse de joie en apprenant la mort d’Hitler. Un garde allemand abat l’homme. • Libération du camp de concentration de Stutthof 617 1945 • LIBÉRATION ET Le 3 mai, quelques jours après le suicide d’Hitler, les Tchèques de Prague se soulevèrent contre leurs suzerains allemands. Dans la ville, les soldats de la Wehrmacht repoussèrent les résistants civils pendant trois jours. Puis, le 6 mai, l’armée de Libération nationale, armée russe collaborationniste commandée par le général Andrei Vlassov se retourna contre ses camarades allemands, garantissant que les forces allemandes ne pourraient pas rester dans la ville. Les soldats allemands commencèrent à battre en retraite, et le 9 mai, les forces soviétiques entraient à Prague. De nombreux Tchèques furent blessés et environ 2 000 d’entre eux périrent durant le soulèvement. RECONSTRUCTION Le 6 mai 1945, la troisième armée des États-Unis libéra un camp à Ebensee, en Autriche. De toute évidence, ces rescapés souffraient depuis des mois, sinon des années, de sous-alimentation. Un soldat se souvient que « les vivants qui déambulaient étaient si émaciés ; leur tête était rasée ; ils avaient des plaies sur le corps. Certains, nus, avançaient, hébétés. D’autres s’enroulaient dans des couvertures tenues par une ceinture et les traits de leur visage étaient d’une taille normale, mais tout le reste était complètement disproportionné. » À l’instar de millions de personnes, en Europe et en Amérique du Nord, des Américains célèbrent le « V-E Day », jour de l’armistice en Europe, le 8 mai 1945, dans Times Square, à New York. Derrière eux, une bannière annonce la projection de films sur les atrocités allemandes, réalisés par le corps d’armée américaine responsable des communications. 1945 618 (Pologne), par l’Armée rouge. 120 détenus seulement sont encore en vie. • 2 mai 1945 : Les forces soviétiques occupent Berlin. • Capitulation des troupes allemandes à Berlin. • Reddition des armées allemandes en Italie. • Les gardes SS de Neustadt-Glowen, un camp de travail situé près de Lübeck (Allemagne), ne se présentent par pour l’appel du matin, libérant de ce fait les femmes juives amenées de Ravensbrück et Breslau (Allemagne) pour creuser des tranchées défensives et des fossés anti-tanks. • 3 mai 1945 : Environ 9 400 prisonniers juifs, évacués de Neuengamme et contraints de marcher vers Lübeck (Allemagne), sont chargés par leurs surveillants 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Naturellement, dans le monde entier, les Juifs accueillirent avec joie la défaite nazie. Ces Juifs palestiniens descendirent dans les rues de Jérusalem pour célébrer la fin de la guerre en Europe. Sur la bannière, il est écrit : « Le peuple d’Israël se souvient de ses immenses pertes. Il ne demeurera pas silencieux et n’aura de cesse de rétablir l’indépendance dans sa patrie. » La Shoah accéléra la création de l’État d’Israël en 1948. Ce camion de l’armée américain garé à Nordhausen, en Allemagne, porte l’inscription de la date de l’armistice, le 8 mai 1945. L’Allemagne avait capitulé le 7 mai, jour important pour ces GI’s et non moins important pour ce survivant du travail servile, très amaigri, à leurs côtés. Le 8 mai vit également la fin de la résistance allemande en Lettonie et, beau succès pour les Alliés, la capture, en Autriche, du dirigeant nazi Hermann Göring. La fin de la Seconde Guerre mondiale – annoncée ici par toutes sortes de journaux palestiniens – fut accueillie avec joie par les vainqueurs ; avec trouble, ainsi qu’avec une sorte de soulagement par les vaincus. Mais probablement aucune nation ne ressentit l’incertitude et les difficultés autant que la Palestine où les Britanniques exerçaient un contrôle très strict sur l’immigration et où les Juifs faisaient ardemment pression pour obtenir une patrie juive. à bord de deux bateaux, le Thielbeck et le Cap Arcona, semble-t-il sans autre objet que l’espoir que les Juifs allaient mourir à bord. Des avions britanniques, ne réalisant pas que les bateaux ne sont pas hostiles, attaquent. Les deux bateaux coulent dans le port de Lübeck en quinze minutes. Les survivants qui tentent de gagner le rivage à la nage sont abattus par les membres des Jeunesses hitlériennes, de Volkssturm et les SS qui les attendent. Sur les 9 400 prisonniers, 2 400 seulement survivent. • La défaite de l’Allemagne approchant, la Résistance tchèque se soulève et bat l’armée allemande à Prague. Voir 9 mai 1945. • 4 mai 1945 : Occupation de Salzbourg (Autriche) par les forces alliées. • Les troupes allemandes se rendent aux PaysBas, dans le nord de l’Allemagne et au Danemark. • Les troupes de l’Armée rouge libèrent le camp d’Oranienburg (Allemagne) où 5 000 détenus sont encore en vie. • La Croix-Rouge internationale prend en charge l’administration du camp / ghetto de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie. Les derniers SS du camp s’enfuient. • La 82ème division aéroportée américaine libère le camp de concentration de Wöbbelin, en Allemagne. 619 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Odessa Dans les journées troubles qui suivirent la guerre, de nombreux nazis – responsables SS ou gardiens de camps de concentration – échappèrent à la justice en s’enfuyant d’Europe. La façon dont des criminels de guerre comme Adolf Eichmann, Josef Mengele et Franz Stangl gagnèrent sains et saufs l’Amérique du Sud demeure entourée de mystère. Le nom « Odessa » fut utilisé pour désigner un réseau secret d’organisations qui facilitèrent l’évasion des nazis et leur fournit de nouvelles identités. Les spéculations vont bon train sur la direction et le financement de ces organisations secrètes, mais il ne fait aucun doute que les nazis reçurent toutes sortes d’aides, qu’il s’agisse de faux passeports, de billets d’avion ou de train, et d’argent, parfois de personnes qui connaissaient leur identité, parfois de personnes qui furent leurrées. En Amérique du Sud, des dictateurs sympathisants du nazisme opposèrent un refus aux demandes d’extradition, ne laissant parfois comme seul moyen de traduire les criminels nazis en justice que l’enlèvement. Ce fut le cas pour Eichmann qui fut capturé en Argentine par des agents des services secrets israéliens et transporté en Israël pour y être jugé. 1945 620 Les nazis avaient, à l’origine, fait de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie, un ghetto / camp modèle destiné à leurrer le monde extérieur en lui faisant croire que le régime ne maltraitait pas les Juifs. Mais le camp devint rapidement l’un des plus horribles d’Europe. Ces deux hommes squelettiques survécurent à Theresienstadt. Lorsqu’ils n’étaient pas mal chaussés, les détenus des camps n’avaient aucune chaussure, et souffraient en permanence des jambes et des pieds. Cet homme, un survivant de Theresienstadt, soigne ses abcès aux jambes et aux pieds. Ces problèmes de pieds conduisaient souvent à la mort, les prisonniers se trouvant dans l’incapacité de travailler étant, en général, mis à mort. • 5 mai 1945 : La 11ème division blindée des États-Unis libère le camp de concentration de Mauthausen, en Autriche et trouve 110 000 survivants, dont 28 000 Juifs. Les corps de 10 000 détenus sont découverts dans une fosse commune. Dans les jours qui suivent la libération, plus de 3 000 détenus mourront. • Libération du camp de Gusen, en Autriche, près de Mauthausen, par l’armée améri- caine : 2 000 survivants. • Reddition des troupes allemandes en Norvège. • L’évêque présidant la conférence des évêques catholiques allemands charge ses prêtres de dire une messe à la mémoire d’Hitler. • La 71ème division d’infanterie américaine libère le camp de Gunskirchen (Autriche) dans lequel 18 000 détenus sont encore en vie. L’écrivain et journaliste hongrois Geza Havas, qui avait été Par la suite, bien sûr, les rescapés quittèrent les camps, soit pour rentrer chez eux, soit pour émigrer. La Shoah avait déplacé des millions de personnes en Europe orientale. Ces femmes furent photographiées alors qu’elles quittaient le camp de travail de Theresienstadt. Ces fours en plein air se trouvaient dans le camp de concentration de Stutthof, en Pologne. Ordinairement, les fours crématoires étaient situés dans un bâtiment, mais, dans ce cas, les ingénieurs nazis improvisèrent, probablement pour maintenir le rythme des incinérations. Le meurtre de plusieurs millions de personnes était une entreprise très coûteuse, considération cruellement pratique dont les nazis étaient bien conscients. Deux soldats soviétiques et trois civils sont photographiés à côté d’un monceau de chaussures qui avaient appartenu aux victimes du camp de GrossRosen, en Allemagne. À son apogée, le complexe de Gross-Rosen comprenait 77 camps annexes et au moins 80 000 prisonniers, dont la plupart étaient astreints au travail. Les nazis évacuèrent le camp en février 1945, chargeant les prisonniers sur des wagons ou leur imposant des marches de la mort. En juin 1944, le Zyklon B était devenu la méthode la plus utilisée pour gazer les prisonniers du camp de concentration de Stutthof. C’était un moyen aisé, relativement économique, de tuer rapidement un grand nombre de personnes. Ces boîtes du pesticide mortel furent saisies à Stutthof par des soldats soviétiques avant d’avoir pu servir. 621 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Tandis que les forces alliées s’approchaient des camps de concentration, soldats allemands, SS et collaborateurs chargés de « s’occuper » des Juifs et des autres détenus, furent faits prisonniers en nombres sans cesse croissants. Ces quatre hommes tombés entre les mains des Alliés furent photographiés. Celui-ci est Leonhard Eichberger, un garde responsable d’une marche de la mort. Michael Redwitz, garde SS. Konrad Belsh, garde SS lors d’une marche de la mort. Jean Scheibel, garde, peutêtre non membre des SS. 1945 622 contraint de marcher depuis le camp de Mauthausen, meurt quelques heures avant l’arrivée des Américains. • Au camp de concentration d’Ebensee, en Autriche, un kapo allemand (chef d’équipe) cruel supplie les détenus de ne pas le livrer aux Américains qui approchent. Il est attaqué et tué par trois jeunes juifs. D’autres Allemands d’Ebensee subissent un sort identique. Au cours de la journée, un drapeau blanc est hissé sur la tour de garde du camp. • 6 mai 1945 : Une marche de la mort depuis Schwarzheide (Allemagne) jusqu’à Theresienstadt (Tchécoslovaquie) commencée le 18 avril prend fin à Leitmeritz, en Tchécoslovaquie. • La 11ème division blindée américaine libère le camp de concentration 1945 Les gardes des camps exécutèrent souvent les détenus à l’approche des armées alliées. Ici, le commandant Eichelsdörfer du camp de concentration de Kaufering III à Landsberg, en Allemagne, est contraint par les libérateurs de se tenir au milieu des corps décharnés de centaines de victimes du camp, dont bon nombre avaient été abattus juste avant l’arrivée des Américains. Kaufering III était un camp annexe de Dachau. Les rescapés des camps cherchèrent souvent à se venger de leurs anciens geôliers, notamment ceux qui avaient été particulièrement cruels. Ici, au camp de Gusen, en Autriche, quelques prisonniers libérés et des soldats américains examinent le corps d’un garde du camp tué par ses anciens prisonniers. d’Ebensee, en Autriche. Près de 10 000 corps sont découverts dans une gigantesque fosse commune. 3 500 détenus sont encore en vie ; cependant, nombre de ces survivants mourront d’avoir abusé de la nourriture innocemment offerte par les Américains. • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Victimes et statistiques Le 28 juin 1941, les forces allemandes conquirent la ville biélorusse de Minsk. Les Allemands avaient assassiné des milliers de Juifs sur les 80 000 qui avaient été parqués dans un ghetto vers le milieu de l’automne, mais Masha Bruskina, une jeune fille de 17 ans, faisait partie des Juifs qui résistaient. Les Allemands s’en emparèrent et elle fut pendue le 26 octobre. Famine, travail forcé, exécutions, gazage… L’Allemagne nazie extermina des millions de Juifs européens et de non Juifs de diverses façons, mais chaque personne périt une par une. Les morts individuelles s’additionnèrent en statistiques stupéfiantes. Raul Hilberg, éminent spécialiste de la Shoah, estime que 5,1 millions de Juifs périrent dans la Shoah. La plupart des chercheurs estiment désormais que le nombre total de morts approche les six millions. Israël Gutman et Robert Rozett, par exemple, l’évaluent entre 5 596 000 et 5 860 000. L’intellectuel allemand Wolfgang Benz arrive au chiffre de 6,1 millions. Les estimations varient pour plusieurs raisons : les limites temporelles et spatiales utilisées pour déterminer les données d’avant-guerre, les marges d’erreur dans les rapports provenant de sources allemandes et juives, les difficultés à comparer les populations d’avant-guerre et d’après-guerre, et le fait que les Allemands et leurs collaborateurs n’enregistrèrent pas la mort de chaque victime. Selon tous les avis dignes de foi, près des deux-tiers des Juifs européens – et un tiers des Juifs du monde – furent massacrés dans la Shoah. Hitler avait l’intention d’éradiquer toute vie juive. Le nombre astronomique de ceux qui périrent effectivement montre à quel point il faillit y parvenir. • 7 mai 1945 : L’Allemagne signe une capitulation sans conditions au QG du général américain Dwight D. Eisenhower à Reims. Les combats en Europe prennent fin à 23h01, le 9 mai ; voir 8 mai 1945. • Prise de Breslau (Allemagne) par les Soviétiques après 82 jours de siège. • Arrestation du collaborateur et dirigeant nazi néerlandais Anton Mussert. • Le romancier hongrois Andor Endre Gelleri, âgé de 38 ans, meurt au camp de travail de Mauthausen (Autriche), deux jours après la libération. • 8 mai 1945 : V-E Day : Jour de la vic- toire en Europe : les Alliés acceptent la capitulation sans conditions de l’Allemagne. • L’Armée rouge libère le camp de concentration de Gross-Rosen, en Allemagne. • Les Alliés capturent Hermann Göring. 623 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION L’Aliya Bet L’Aliya Bet désigne l’immigration clandestine des Juifs en Palestine avant la création de l’État d’Israël en 1948. Environ 25% des 530 000 immigrants juifs qui pénétrèrent en Palestine avant 1948 passèrent par l’Aliya Bet. Alors que certains Juifs pénétrèrent clandestinement en Palestine de leur propre chef, de nombreux voyages furent préparés par les organisations sionistes. La majorité des immigrants voyagèrent par bateau, mais certains s’y rendirent par voie de terre, à partir de l’Europe orientale. Certains Juifs demeurèrent simplement en Palestine après y avoir pénétré en touristes. Quelle que fût la méthode employée, l’immigration juive clandestine fut constamment contrée par les Britanniques (qui gouvernaient en Palestine). Plus de 50 000 personnes furent prises (ci-dessus) et déportées dans des camps de détention à Chypre. Après la guerre, les sionistes travaillèrent fébrilement pour réinstaller en Palestine les rescapés de la Shoah se trouvant dans des camps de personnes déplacées en Europe. La publicité donnée à l’Aliya Bet et la pression internationale qu’elle induisit contribuèrent puissamment à la création de l’État juif. Il était impossible d’avoir une enfance normale dans un camp de concentration, mais parents et autres adultes tentaient souvent de donner un sentiment de normalité aux enfants emprisonnés dans des camps. Cette petite fille, photographiée à Prague (Tchécoslovaquie), porte son uniforme du camp tout en serrant contre elle un animal en peluche et une balle, des jouets que, sans aucun doute, elle chérissait. Les nazis, désireux de conférer à leurs crimes une aura de légalité, étaient des fanatiques de la paperasserie. Ces avis de déportation découverts à Prague, envoyèrent des milliers de Tchèques à la mort. Ces documents contribuaient également à convaincre les victimes qu’elles allaient en fait être réinstallées dans l’Est et non acheminées dans des camps d’extermination. 1945 624 • 9 mai 1945 : Libération du camp / ghetto de Theresienstadt (Tchécoslovaquie) par les forces soviétiques. • Suicide de Friedrich Krüger, un SSObergruppenführer responsable de l’extermination en masse des Juifs polonais. • Les troupes soviétiques et les membres de la Résistance tchèque remportent la victoire sur les forces allemandes à Prague, dernière capitale européenne à être libérée. • L’armée russe de libération, une force collaborationniste, anticommuniste de 20 000 hommes, qui avait choisi de se battre aux côtés des SS, se retourne contre ses « alliés » allemands à Prague. Le commandant de cette armée de libération, Andrei Vlassov, avec l’aide apportée par le général Sergei Bunyachenko, tient à distance les renforts allemands au cours de combats de rue acharnés. 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Les médecins nazis profitèrent sans scrupules des cobayes humains mis à leur disposition. Cette femme, rescapée d’un camp de concentration, fut la victime d’atroces opérations « expérimentales » à la poitrine. Les médecins testaient peut-être un nouveau traitement pour le cancer ou s’intéressaient à divers aspects du système de reproduction des femmes. Le grand rabbin de Rome, David Prato (à gauche), discute des problèmes des Juifs européens déplacés en Italie avec le grand rabbin de Jérusalem, Isaac Herman Herzog et un représentant du bureau européen de l’American Joint Distribution Committtee, Arthur Greenleigh. Si 40% seulement des personnes déplacées qui émigrèrent étaient juives, les Américains supposaient que les Juifs constituaient l’immense majorité et, d’une façon générale, s’opposèrent à cette immigration. Mais, lorsqu’il devint évident que, dans leur majeure partie, les personnes déplacées juives souhaitaient se rendre en Israël, l’opinion publique américaine se déclara en faveur de l’émigration juive d’Europe. Une analyse franche de cette situation fut faite par le ministre britannique des Affaires étrangères d’après-guerre, Ernest Bevin : les Américains s’enthousiasmaient à l’idée d’ouvrir la Palestine aux Juifs, parce qu’ils ne voulaient pas les avoir à New York. Heinrich Himmler, le chef des SS, avait tenté de vendre des Juifs pour sauver sa peau au cours des derniers mois de la guerre. À la fin du conflit, il fit partie des criminels de guerre les plus recherchés en Allemagne occupée. Il tenta d’éviter l’arrestation en rasant sa moustache, arborant un bandeau sur l’œil et un uniforme de la Wehrmacht, et voyageant sous le nom d’Heinrich Hitzinger. Il fut cependant arrêté le 23 mai 1945 et se suicida presque immédiatement en mordant une capsule de cyanure qu’il dissimulait dans sa bouche. • 10 mai 1945 : Le général SS Richard Glücks, chef de l’inspection des camps de concentration du Reich, est trouvé mort à l’hôpital naval de Flensburg. On ignore s’il se suicida ou fut assassiné. • Reddition des forces allemandes en Tchécoslovaquie. • Arrestation du traître norvégien Vidkun Quisling ; voir 24 octobre 1945. • 11 mai 1945 : Josef Terboven, com- missaire du Reich en Norvège, qui déporta en Allemagne de nombreux Juifs norvégiens, se suicide avec de la dynamite. • 19 mai 1945 : Philip Bouhler, assistant d’Hitler et responsable de 1939 à 1941 de l’euthanasie des malades incurables et des malades mentaux, se suicide avec sa femme lorsque les troupes américaines tentent de l’arrêter. • 20-27 mai 1945 : Quatre Juifs polonais revenus dans leur ville natale de Dzialoszyce sont assassinés par des Polonais. • 21 mai 1945 : De nombreux survivants libérés continuent à vivre au camp de concentration de Dachau. • Odilo 625 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Rivka Tuskolaska, une rescapée d’Auschwitz, fut membre du kibboutz (ferme communautaire) Buchenwald fondé en juin 1945 près de la ville de Geringshof, en Allemagne, dans la zone d’occupation américaine. Les membres du kibboutz immigrèrent en 1946 en Palestine où ils rejoignirent le kibboutz Afikim ; ils créèrent par la suite leur propre kibboutz, Netzer Sereni. Des membres du kibboutz Buchenwald, fondé par des rescapés du sinistre camp de concentration de Buchenwald (Allemagne), dansent la hora. Fondé sur le sol allemand, ce kibboutz était destiné à préparer ses membres à l’immigration en Palestine, grâce à une formation agricole. Le kibboutz Buchenwald fut dissous en 1947, lorsque ses membres immigrèrent en Palestine à bord du Tel Haï. Les prisonniers de guerre allemands détenus par les Américains furent bien traités – situation qui contrastait singulièrement avec les atrocités perpétrées par les nazis envers les prisonniers de guerre soviétiques, les Juifs et d’autres civils sans défense. Ces prisonniers de guerre allemands pas encore rapatriés furent réunis dans le centre hospitalier Halloran de New York, le 26 juin 1945, pour visionner des films sur les atrocités allemandes. Les réactions varièrent, allant d’un profond intérêt à la honte et au chagrin. 1945 626 Globocnik, SS-Gruppenführer et fondateur des camps de la mort de Belzec, Majdanek et Sobibor, se suicide peu après avoir été fait prisonnier par les Britanniques. • 22 mai 1945 : Des pillards polonais arrêtent un train dans la région de Bialystok, en Pologne, frappent et enlèvent un Juif nommé Mejer Sznajder. • 23 mai 1945 : Heinrich Himmler, maladroitement déguisé, est reconnu et arrêté par une patrouille britannique à Bremervörde, en Allemagne. Au cours d’un interrogatoire préliminaire, dans la même journée, dans les Landes de Lüneburg, le chef SS surprend ses geôliers en se suicidant brusquement avec une capsule de cyanure dissimulée dans sa bouche. 1945 En juillet 1945, le gouvernement suédois accepta de fournir des soins médicaux à 10 000 infirmes rescapés des camps de concentration. Les anciens prisonniers furent d’abord envoyés à l’hôpital de transit suédois de Lübeck, en Allemagne, puis transportés en Suède. Ce patient, comme tant d’autres, trop malade pour voyager, dut rester à l’hôpital. Un responsable de l’UNRRA (United Nations Relief and Rehabilitation Association) le questionne sur son éventuel retour en Pologne. • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Élie Wiesel Adolescent juif en 1944, Élie Wiesel fut déporté de Transylvanie avec sa famille à Auschwitz-Birkenau. Sa mère et sa sœur furent gazées, mais Élie fut libéré du camp de concentration de Buchenwald en 1945. Remettant en cause le silence des Alliés et celui du Dieu juif devant l’apocalypse que fut la Shoah, Wiesel écrivit un récit de son expérience de la Shoah Et le monde demeura silencieux, intitulé par la suite La nuit. Lauréat du prix Nobel de la Paix en 1986, Wiesel a décrit de façon émouvante la vie et la spiritualité juives dans d’innombrables essais et plus de vingt ouvrages. Il a souligné que « si toutes les victimes [de la Shoah] n’étaient pas des Juifs, tous les Juifs furent des victimes. » Réveillant la conscience du monde, il remit publiquement en cause la décision du président Ronald Reagan de se rendre au cimetière de Bitburg, en Allemagne, où sont enterrés des SS : « Monsieur le président, déclara-t-il, votre place est avec les victimes, pas avec les SS. » Wiesel continue à écrire et à parler sur l’indécence morale du silence et sur le caractère impératif de la dignité humaine. Un GI américain est photographié devant le « Temple d’honneur », un mémorial des « martyrs nazis » à Munich, en Allemagne. Cet imposant monument se dresse à la mémoire des nationaux-socialistes, alors que les corps de leurs victimes, pour la plupart des Juifs, furent jetés dans des fosses communes anonymes ou brûlés dans des fours crématoires. L’unique monument à la mémoire des victimes des nazis fut la fumée fugace qui s’éleva vers le ciel. • Juin 1945 : Les Juifs transférés au camp de personnes déplacées de Buchenwald, en Allemagne, créent le kibboutz Buchenwald, un centre de formation agricole destiné à aider les jeunes à s’adapter à la vie (communautaire) du kibboutz. • Les sondages d’opinion indiquent que les Américains considèrent les Juifs comme une menace bien plus sérieuse que celle que feraient peser les Américains d’origine allemande ou japonaise. • Milieu de l’année 1945 : Création du kibboutz Nili sur l’ancienne propriété de Julius Streicher, près de Pleikershof, en Allemagne pour donner une formation agricole à des Juifs déplacés et scolariser les jeunes Juifs, garçons et filles. • 14 juin 1945 : Arrestation par les Britanniques du ministre nazi des Affaires étrangères, Joachim von Ribbentrop. • 30 juin-14 juillet 1945 : « De peur d’oublier », une exposition de photos sur les camps de la mort, organisée par le St. Louis Post-Dispatch et l’Evening Star de Washington, est visitée à Boston (Massachusetts) et dans le Midwest par près de 90 000 Américains. • 25 juillet 1945 : Kurt Gerstein, partisan de l’euthanasie, ancien chef de 627 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Pierre Laval, l’ancien premier ministre collaborationniste de la France de Vichy, témoigne au procès du maréchal Philippe Pétain (assis à droite) accusé de haute trahison. Pétain fut reconnu coupable et condamné à mort, mais sa peine fut commuée en exil sur l’île d’Yeu par le général Charles de Gaulle. Deux mois plus tard, ce fut le tour de Laval de comparaître devant le tribunal, pour un procès précipité, au cours duquel aucun témoin de la défense ne fut convoqué. Il fut rapidement reconnu coupable. Bien qu’ayant plaidé l’innocence, Laval fut exécuté le 9 octobre 1945. Primo Levi Les écrits de Primo Levi, un Juif italien qui survécut à la Shoah, comprennent l’une des analyses les plus nettes de la vie dans les camps de concentration nazis. Chimiste italien né à Turin, Levi s’enfuit dans les montagnes lorsque le gouvernement italien de Pietro Badoglio se rendit aux Alliés en 1943, décidant les Allemands à occuper la majeure partie du pays. Après avoir été capturé par la milice fasciste, Levi fut emprisonné dans le camp de transit de Fossoli, en Italie, puis envoyé à Auschwitz-Birkenau, en février 1944. Les dix mois passés par Levi à Birkenau servent de cadre à son récit Si c’est un homme. Ce livre poignant qualifie le sinistre camp de la mort comme une « gigantesque expérience biologique et sociale. » Le suicide de Levi, en 1987, rappelle douloureusement l’impact prolongé exercé par la Shoah. 1945 En août 1945, les dirigeants du mouvement sioniste organisèrent à Londres la Conférence sioniste mondiale. Au premier rang, de gauche à droite, se trouvent Yitzhak Zuckerman, Haika Grossman, Emil Sommerstein et un homme non identifié. Au deuxième rang, on aperçoit Abba Hillel Silver, Moshé Sharett et Nahum Goldmann. Au troisième rang : Moshé Sneh, Itzhak Gruenbaum et un homme non identifié. Les participants à la conférence protestèrent contre le refus de la Grande-Bretagne d’autoriser davantage de Juifs à immigrer en Palestine où l’irritation de la population juive conduisit à une intensification des attaques contre les Britanniques. l’Institut d’hygiène de la Waffen-SS à Berlin, se pend dans sa prison. • 30 juillet 1945 : L’administration de l’Allemagne est assumée par le Conseil de contrôle allié ; voir 10 octobre 1945. • 31 juillet 1945 : Arrestation en Autriche du collaborateur français Pierre Laval. 628 • Août 1945 : Le XXIIe Congrès sio- niste mondial réclame l’admission immédiate de 100 000 réfugiés juifs en Eretz Israël. La Grande-Bretagne refuse, suscitant de violentes réactions de la clandestinité juive en Palestine : la Haganah, le Palmakh, Lohame Herout Israël (Groupe Stern) et Irgoun Tsvaï Leoumi (Etsel, organisation militaire nationale). 1945 • LIBÉRATION Vidkun Quisling dirigea le mouvement national socialiste de Norvège, contribuant à consolider l’occupation de son pays par les Allemands en 1940. Au cours des cinq années suivantes, des milliers de patriotes norvégiens périrent en résistant à l’occupation nazie. Le 19 juin 1945, Quisling fut contraint de regarder quelques-unes des fosses communes des personnes assassinées pendant l’occupation. Le 24 octobre, le traître Quisling paya pour ses crimes : il fut exécuté. ET RECONSTRUCTION Le général de corps d’armée britannique, Sir Frederick Morgan, photographié ici, fut nommé à la tête de l’UNRRA (United Nations Relief and Rehabilitation Administration) à la fin de l’été 1945, environ deux ans après la création de l’organisation. Quoique la fin de la guerre eût été prévue bien avant la fin des hostilités, l’UNRRA fut, au début, débordée par le nombre d’anciens détenus se trouvant dans les camps de personnes déplacées ou qui erraient sur d’anciens champs de batailles et dans des pays qui avaient été occupés. Ferenc Szalasi est arrêté le 5 octobre 1945. Szalasi dirigeait un gouvernement fantoche nazi en Hongrie qui renversa le régime de l’amiral Miklós Horthy, l’homme qui avait limité la déportation des Juifs à Auschwitz et avait cherché à conclure une paix avec les Soviétiques. Au cours de l’automne 1944, le régime de Szalasi contraignit des milliers de Juifs à marcher vers la mort. • 6 août 1945 : Un B-29 américain • 9 août 1945 : Un B-29 américain • 8 août 1945 : Les Alliés se réunissent pour élaborer la charte d’un Tribunal militaire international pour juger les criminels de guerre allemands. • Les Soviétiques déclarent la guerre au Japon à compter du 9 août. • 11 août 1945 : Émeutes antijuives à largue une bombe atomique sur Hiroshima, au Japon. largue une bombe atomique sur Nagasaki, au Japon. • Automne 1945 : Suicide du médecin chef du Reich, Leonardo Conti, qui assassina des centaines d’Allemands « ne jouissant pas de toutes leurs facultés mentales ». Cracovie, en Pologne. • 27 août 1945 : Hermann Göring est le premier accusé de Nuremberg interrogé longuement par les Alliés. 629 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Les personnes déplacées Après la reddition de l’Allemagne nazie, le 8 mai 1945, environ 11 millions d’Européens – en particulier des ressortissants non allemands et non autrichiens – se trouvaient hors de leur pays d’origine. Ils furent classés dans la catégorie des « personnes déplacées » (DP, displaced persons) par les Alliés et l’UNRRA (United Nations Relief and Rehabilitation Administration) fondée le 9 novembre 1943 pour traiter des questions de DP qui ne manqueraient pas de se poser. Sept millions de DP se trouvaient en Allemagne. Pendant la guerre, la majorité de ces personnes avaient été amenées dans ce pays et contraintes de travailler pour le Troisième Reich. 800 000 Polonais, par exemple, avaient été mobilisés par les nazis pour travailler. Mais d’autres, notamment environ 200 000 Juifs, étaient des détenus récemment libérés qui avaient survécu aux camps nazis et aux marches de la mort. Vers la fin de l’année 1945, plus de six millions de DP étaient retournées dans leur patrie, mais 1,5 à 2 millions d’entre elles refusaient le rapatriement. Les non Juifs qui ne souhaitaient pas rentrer chez eux étaient pour la plupart des Polonais, des Estoniens, des 1945 630 Lettons, des Ukrainiens et des Yougoslaves. Dans certains cas, ils redoutaient des représailles politiques pour leur collaboration avec les nazis ; dans d’autres cas, ils craignaient la persécution par les régimes communistes d’Europe. Pour les Juifs, il n’était guère question de rentrer chez eux. Leurs familles avaient été exterminées, leurs communautés détruites, leurs biens confisqués. Lorsque des Juifs tentèrent malgré tout de retourner chez eux, leur arrivée fut souvent accueillie par l’hostilité et la violence physique de leurs anciens voisins. Dans l’ensemble, le concept de « foyer » n’existait plus pour les personnes déplacées juives. Elles se retrouvèrent dans de lugubres camps de DP en territoire allemand (comme celui de Zeilsheim figurant sur la photo). La plupart de ces endroits étaient clôturés par des barbelés, surpeuplés et situés dans d’anciens camps de travail ou de concentra- • Septembre 1945 : Ikhoud (Unité), une organisation politique juive, est créée par les dirigeants du camp de personnes déplacées de Landsberg. Elle fonctionne à l’origine comme un intermédiaire entre les DP et l’armée des États-Unis dans les négociations pour l’immigration en Palestine. • La politique concernant les personnes déplacées dans la zone d’occupation américaine est modifiée par suite tion. De nombreux Juifs y étaient tourmentés ou agressés par d’anciens collaborateurs nazis. Les Juifs espéraient avoir la possibilité d’émigrer en Palestine ou aux États-Unis, mais jusque-là, ils subissaient quotidiennement désœuvrement et tensions. Les aumôniers juifs de l’armée américaine, comme le rabbin Judah Nadich et en particulier le rabbin Abraham Klausner, travaillèrent sans relâche pour les DP juives. Ils réussirent à convaincre les autorités alliées de créer des camps de DP réservés aux Juifs et bénéficiant de conditions améliorées. Feldafing, qui hébergeait environ 3 700 personnes, fut le premier de ces endroits. Les camps de DP juives de Landsberg et Föhrenwald abritaient chacun environ 5 000 Juifs. En 1945, dans la zone d’occupation américaine, une dizaine de camps de personnes déplacées étaient entretenus exclusivement pour les Juifs. En 1952, la plupart des camps de DP juives avaient été fermés, mais celui de Föhrenwald fonctionna sous la supervision de la République fédérale d’Allemagne jusqu’au début 1957. Avant d’être définitivement déserts, les camps de DP juives avaient accueilli près de 250 000 Juifs. d’un rapport sur les violences exercées contre elles. • 1er septembre 1945 : Yaacov Waldman, qui avait survécu à une marche de la mort en 1942, est assassiné par des Polonais, à Turek (Pologne). • 2 septembre 1945 : Reddition du Japon ; fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans un camp de personnes déplacées en Allemagne, ces femmes participent à des cours de couture organisés par l’ORT (Organisation Reconstruction Travail). Dès 1940, l’ORT proposa une formation professionnelle aux Juifs européens et finança également des cours qui, s’ils avaient été découverts, auraient déclenché l’ire des nazis : médecine, arts graphiques, architecture, etc. Vers la fin de la guerre, l’ORT mobilisa son énergie pour répondre aux besoins des personnes déplacées en Europe. Ce fut l’une des organisations qui, grâce au soutien financier de l’American Joint Distribution Committee, s’efforcèrent de donner aux rescapés une formation qui leur permettrait de trouver un emploi et de subvenir à leurs besoins dans le monde d’après-guerre. Cette pancarte de l’Agence juive pour la Palestine était accrochée à la porte du bureau du camp de personnes déplacées de Zeilsheim, en Allemagne. L’Agence juive favorisait l’émigration des Juifs vers la Palestine, clandestinement ou non, depuis les années 1930. Les Britanniques estimèrent qu’environ 58 000 Juifs européens arrivèrent en Palestine entre 1940 et 1945, dont bon nombre clandestinement. Quelques immigrants juifs arrivèrent en Palestine en toute légalité. Parmi eux, cet homme, un passager du Transylvania. Il est interviewé par des journalistes à son arrivée à Haïfa, le 26 octobre 1945. On estime que, du 1er janvier 1946 au 15 mai 1948, 48 451 Juifs immigrèrent en Palestine, dont 30 000 clandestinement. 631 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION De nombreux SS, faisant partie du personnel des camps, n’échappèrent pas aux Alliés, et les gardes du camp de concentration de Dachau, en Allemagne, ne constituaient pas une exception. Dachau avait été libéré par les forces américaines en avril 1945 et, à la mi-novembre, commença un procès, qui dura un mois, de 40 membres de l’ancienne équipe du camp. Trente-six accusés furent condamnés à mort. On voit ici l’entrée du tribunal installé dans l’enceinte du camp, jugeant des crimes de guerre. À cause de la Shoah, de nombreux Juifs, notamment des enfants, avaient perdu contact avec leur patrimoine culturel. Il était donc particulièrement important pour les Juifs d’enseigner le judaïsme aux jeunes survivants. Cette photographie montre un cours d’hébreu dispensé dans le camp pour personnes déplacées de Zeilsheim, en Allemagne. Un message d’espoir – et de détermination – est inscrit sur le tableau noir : « Les Juifs immigreront dans le Pays d’Israël. » Hans Marx, Otto Stahmer et Fritz Sauter (photo ; les identifications précises ne sont pas possibles) faisaient partie des avocats de la défense aux procès de Nuremberg. Selon les personnes qu’ils défendaient, ils prétendirent que leurs clients « n’avaient fait qu’obéir aux ordres » ou n’étaient pas au courant des crimes perpétrés par le régime nazi. Certains avocats de la défense prétendirent même que le tribunal n’était pas compétent. Les clients de ces avocats – Julius Streicher, Hermann Göring et Rudolf Hess – furent tous reconnus coupables. 1945 • 17 septembre-17 novembre 1945 : Quarante-huit anciens membres de l’administration du camp de concentration de Bergen-Belsen, en Allemagne, sont jugés à Lüneberg (Allemagne). Onze sont condamnés à mort et exécutés, et 23 sont emprisonnés. • 20 septembre 1945 : L’Agence juive pour la Palestine formule sa première 632 exigence de restitution auprès de l’Allemagne pour les crimes nazis perpétrés contre les Juifs. • Fin septembre 1945 : Sur les 100 000 documents nazis saisis, les Alliés en sélectionnent environ 4 000 pour leur valeur de témoignage et les destinent au tribunal jugeant les crimes de guerre. 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Le Joint Distribution Committee La vie était extrêmement précaire pour les rescapés de la Shoah après leur libération. La plupart n’avaient pas où aller, plus de famille et rien à manger. Sans un gigantesque effort d’aide, bien d’autres seraient morts. Parmi les organisations qui jouèrent un rôle important dans l’aide aux rescapés de la Shoah, on peut citer la Croix-Rouge et l’American Joint Distribution Committee (JDC). Cette photographie, prise à Vienne, montre Harry Weinsaft, membre du JDC, distribuant des colis de la Croix-Rouge à des Juifs déplacés. Des Russes, hommes, femmes et enfants, flânent dans l’allée d’un camp de personnes déplacées à Allach, près de Munich, en Allemagne. Le linge mis à sécher témoigne de leurs efforts pour créer un semblant de vie normale. À la fin de la guerre, sept à neuf millions de DP étaient dispersées à travers l’Europe, pour la plupart ignorant ce que l’avenir leur réservait. • Octobre 1945 : À Boleslawiec, en Pologne, huit Juifs sont assassinés par un groupe polonais antisémite clandestin. • Le pasteur Martin Niemöller, résistant allemand et fondateur de l’Église confessante, publie à Stuttgart un Aveu de culpabilité qui affirme la culpabilité collective du peuple allemand pour le régime d’Hitler. Le Joint Distribution Committee (JDC), organisme juif américain, réalisa l’essentiel des opérations de secours des Juifs américains pendant et après la guerre. Si le JDC n’organisa jamais de grande opération de sauvetage en Europe, ses efforts au profit des Juifs européens revêtirent une ampleur particulièrement importante après la Seconde Guerre mondiale. Pendant la Shoah, les activités de secours du JDC augmentèrent les chances de survie pour bien des Juifs. Les fonds du JDC financèrent des orphelinats, des hôpitaux et des soupes populaires en Europe. Ils permirent également aux Juifs européens d’obtenir de faux papiers d’identité et d’envoyer des colis de nourriture aux Juifs détenus dans les camps de concentration et les ghettos. Après la guerre, le comité intensifia son travail. Avec d’autres organisations, le JDC investit d’énormes efforts pour aider les Juifs vivant dans les camps de personnes déplacées en Europe. Entre 1946 et 1950, il alloua 280 millions de dollars à l’achat de nourriture, de vêtements, de livres, de fournitures scolaires et autres choses indispensables. La photo montre des responsables travaillant devant une carte des activités de l’organisation dans la zone d’occupation américaine en Allemagne. Avec la création de l’État d’Israël, le JDC aida à acheminer les réfugiés en Israël et à fonder des centres de formation professionnelle. Le fait qu’Israël ait surmonté les premiers obstacles et donné aux rescapés de la Shoah la possibilité de reconstruire leur vie s’explique en grande partie par le dévouement du JDC. • 6 octobre 1945 : D’importants détenus allemands à Nuremberg sont informés pour la première fois qu’ils seront les accusés dans un procès international. • 9 octobre 1945 : Après son procès à Paris, le collaborationniste français Pierre Laval est fusillé par un peloton d’exécution. • 10 octobre 1945 : Abolition du NSDAP, quelque 25 ans après son émergence à Munich, en Allemagne. • 24 octobre 1945 : Le traître norvé- gien Vidkun Quisling est exécuté à Oslo. • Le chef syndicaliste nazi Robert Ley se pend dans la cellule de sa prison à Nuremberg. 633 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Les procès pour crimes de guerre Plus de 35 millions de personnes – pour la plupart des civils – furent tués en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. Quel traitement devait être réservé aux dirigeants nazis qui avaient déclenché la violence génocidaire ? Les Alliés pesèrent ces questions à Nuremberg (Allemagne) où se déroulèrent une série de procès pour crimes de guerre. Le 20 novembre 1945, le juge de la Cour suprême Robert H. Jackson commença la lecture des actes d’accusation à Nuremberg. « Les crimes les plus barbares et les plus nombreux planifiés et perpétrés par les nazis, soulignat-il, furent dirigés contre les Juifs. » Hitler, Heinrich Himmler et d’autres personnalités nazies n’entendirent pas ses propos. Ils avaient échappé au procès en se suicidant. Vingt-deux autres nazis se trouvaient cependant au banc des accusés, quand le Tribunal militaire international (TMI) composé de juges des puissances alliées – Grande-Bretagne, France, URSS et États-Unis – commença ses travaux. Parmi les accusés nazis : Martin Bormann, secrétaire du parti nazi et principal assistant d’Hitler, qui fut jugé in absentia (il ne fut pas retrouvé et était considéré comme mort) ; Hermann Göring (photo, à 1945 634 gauche), qui avait autorisé Reinhard Heydrich à préparer la « solution finale » ; Ernst Kaltenbrunner, chef de la police de la Sûreté ; Hans Frank, le gouverneur nazi de la Pologne occupée et Julius Streicher, l’un des principaux propagandistes antisémites. En dépit de la déclaration d’ouverture de Jackson, les actes d’accusation contre ces hommes ne se référaient pas explicitement aux crimes contre les Juifs. Chaque accusé de Nuremberg fut jugé sur l’une au moins des accusations suivantes : 1. crimes contre la paix, 2. crimes de guerre, 3. crimes contre l’humanité et 4. Préparation de l’un de ces crimes. Le TMI acquitta trois des accusés. Douze autres – dont Bormann, Göring, Kaltenbrunner, Frank et Streicher – furent condamnés à mort par pendaison. Sept autres, dont Albert Speer, qui avaient utilisé les prisonniers des camps de concentra- tion comme main-d’œuvre servile, furent condamnés à des peines de prison. Douze autres procès organisés par la juridiction américaine se tinrent à Nuremberg entre octobre 1946 et avril 1949. Les actes d’accusation contre les criminels de guerre nazis conduisirent également à des procès dans divers tribunaux. Cependant, un petit pourcentage seulement des milliers d’individus impliqués dans des crimes de guerre et dans la Shoah fut traduit en justice. Ce défaut, néanmoins, ne réduit pas les contributions essentielles de ces procès d’après-guerre. Ils décrivent en détail la majeure partie de ce qui se passa et leurs procès-verbaux devinrent des archives de la Shoah. En outre, les procès instituèrent d’importants principes. Les dirigeants purent être tenus pour responsables juridiquement des crimes perpétrés en application de leurs politiques gouvernementales, et les individus ne purent se défendre en invoquant l’obéissance aux ordres. Dans le sillage de ces procès, les Nations unies adoptèrent une Convention sur la prévention des crimes de génocide, ainsi qu’une Déclaration universelle des Droits de l’homme. • 25 octobre 1945 : Des Juifs sont • 19 novembre 1945 : Émeutes anti- • 15 novembre-14 décembre 1945 : • 20 novembre 1945 : Ouverture des attaqués à Sosnowiec, en Pologne. Quarante anciens membres de l’administration du camp de Dachau, en Allemagne, passent en procès. Trente-sept sont condamnés à mort, certains par contumace. juives à Lublin, en Pologne. procès de Nuremberg pour juger les principaux criminels de guerre nazis. Parmi les accusés : Hermann Göring, Alfred Rosenberg, Rudolph Hess et Julius Streicher. Cette affiche était destinée à informer les GI’s américains de l’inculpation des criminels de guerre nazis. Les dirigeants allemands furent accusés de ces trois crimes : crimes contre l’humanité, préparation d’une guerre offensive et crimes de guerre. Comme les procès de Nuremberg étaient sans précédent, les Alliés estimèrent très important d’expliquer leur dessein à leurs propres citoyens et soldats, ainsi qu’au peuple allemand. Au procès de Nuremberg, les accusés écoutent la lecture de l’acte d’accusation contre eux. Parmi les nazis de rang élevé, (première rangée en commençant tout à fait à gauche) : Hermann Göring, Rudolf Hess, Joachim von Ribbentrop et Wilhelm Keitel. Très probablement, ce gigantesque tribunal pour juger les crimes de guerre organisa le « procès du siècle. » Julius Streicher est interrogé durant son procès à Nuremberg. Streicher, antisémite notoire, éditait le torchon pornographique Der Stürmer. Sa personnalité était si répugnante que personne dans le mouvement nazi ne le prenait au sérieux, et il exerça peu d’influence sur le cours des événements durant l’époque nazie. Les Alliés le tinrent cependant pour responsable d’avoir fomenté la haine des Juifs qui rendit possible la Shoah et il fut reconnu coupable de crimes contre l’humanité. Streicher fut pendu le 16 octobre 1946 à Nuremberg. Ses derniers mots furent « Heil Hitler ! » 635 1945 • LIBÉRATION Robert H. Jackson ET À la tête de l’équipe des procureurs du tribunal militaire international de Nuremberg, l’Américain Robert H. Jackson apporta ses compétences et son expérience en matière judiciaire. Largement respecté pour son intégrité, Jackson servit l’administration Roosevelt – d’abord en tant que représentant du gouvernement auprès de la Cour suprême puis comme ministre de la Justice – avant d’être nommé à la Cour suprême. Le président Harry Truman le choisit pour représenter les ÉtatsUnis dans les procès, lui conférant le rang de général de corps d’armée. Éloquent porte-parole de ceux qui avaient souffert sous le régime nazi, Jackson affirma que, dans le procès des dirigeants nazis, le plaignant n’était pas une seule nation ni les Alliés ensemble. Le plaignant était en fait la « civilisation ». Dans son discours de clôture au procès, Jackson affirma qu’un verdict d’innocence équivaudrait à proclamer qu’« il n’y a pas eu de guerre, qu’il n’y a pas eu de tueries, qu’il n’y a pas eu de crimes. » 1945 636 RECONSTRUCTION Un policier américain regarde à l’intérieur de la cellule d’Hermann Göring, le principal détenu de la prison de Nuremberg. Comme les Alliés craignaient que les dirigeants nazis inculpés ne tentent d’échapper au bourreau en se suicidant, les prisonniers étaient placés sous surveillance constante. Hitler, Joseph Goebbels et Heinrich Himmler s’étaient tous tués plutôt que d’affronter la justice. Göring se suicida le 14 octobre 1946 avec le cyanure qu’il dissimulait depuis des mois ou que lui remirent secrètement des inconnus. En novembre 1945, à Nuremberg, dans une cellule située sous la salle à manger des enquêteurs américains sur les crimes de guerre, le colonel allemand Joachim Peiper pouvait sentir les odeurs du dîner de Thanksgiving (fête nationale américaine). Peiper avait été accusé de n’avoir pas empêché le massacre de 86 militaires américains non armés faits prisonniers à Malmédy, en Belgique, en 1944. Comme les rations des prisonniers à Nuremberg étaient modestes, Peiper se déclara prêt à travailler pour recevoir les reliefs du repas de Thanksgiving. Les officiers américains acceptèrent, à condition que Peiper porte une tenue de serveur et se charge du service. Ici, le colonel humilié sert ses geôliers. Peiper reçut les restes, mais fut transféré le lendemain dans la prison des Alliés à Dachau (Allemagne) pour la poursuite de l’enquête. Bien que condamné à mort en 1946, Peiper fut libéré de prison dix ans plus tard. • Décembre 1945 : Des polonais anti- sémites assassinent 11 Juifs dans la ville de Kosow-Lacki, en Pologne, situé à moins de dix kilomètres du site du camp d’extermination de Treblinka. • Le sociologue américain Oliver Cox, conclut que les chrétiens aux États-Unis considèrent les Juifs comme « notre ennemi irréconciliable dans nos portes, l’antithèse de notre Dieu, le perturbateur de notre mode de vie et de nos aspirations sociales. » • 22 décembre 1945 : La loi américaine sur les Personnes déplacées facilite l’immigration aux États-Unis des criminels de guerre nazis. Elle avantage en particulier les Baltes, les Ukrainiens et les Allemands de souche – dont bon nombre étaient impliqués dans « un haut niveau de colla- 1945 • LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION Le médecin nazi Claus Schilling passe en jugement au camp de concentration de Dachau, près de Munich. Accusé d’avoir inoculé la malaria à plus de 1 000 prisonniers, le docteur Schilling fut reconnu coupable et condamné à mort. Il implora le tribunal de reconnaître son « grand travail ». « Ce serait une terrible perte si je ne pouvais achever ces travaux », expliqua-t-il. « J’ai seulement besoin d’une table, d’une chaise et d’une machine à écrire. Ce serait une immense contribution à la science, à mes collègues et une bonne façon de me réhabiliter. » Puis, sa voix se brisa et il se mit à pleurer. Le Hanna Szenes, représenté ici, était l’un des nombreux exemples d’immigration clandestine en Palestine. Ce bateau avait quitté Vado, en Italie, le 14 décembre 1945 et avait réussi à échapper aux patrouilleurs britanniques et à s’échouer au nord de Haïfa, en Palestine, à Nahariya. Sur la bannière, il est écrit : « Le Hannah Szenes a débarqué ici des immigrants avec l’aide de la Résistance juive. Puisse ce bateau rappeler le souvenir des six millions de frères et de sœurs qui périrent en Europe, et frapper d’opprobre le gouvernement britannique. » boration » avec les Allemands. L’acte établit une discrimination à l’encontre des réfugiés juifs. Lorsque le projet fut discuté, de nombreux membres du Congrès et du département d’État, de la Justice et de l’Intérieur exprimèrent leurs sentiments antijuifs indirectement et en privé. • 1945-1950 : Entre 250 et 300 000 Juifs survivent à l’internement dans les camps En décembre 1945, une employée de l’United Nations Relief and Rehabilitation Association (UNRRA) à Klagenfurt, en Autriche, enregistre le nombre et la nationalité des personnes déplacées entrant dans le pays. Les camps de DP en Autriche étaient surpeuplés et de nombreux habitants refusaient d’effectuer un travail qui aurait contribué à la reconstruction de l’économie autrichienne. La plupart des réfugiés qui se retrouvèrent en Autriche souhaitaient immigrer en Palestine – aspiration légitime qui fut cependant contrecarrée par le gouvernement britannique. de concentration allemands. Quelque six millions de Juifs ont péri. Environ 1,6 million de Juifs européens non incarcérés survivent également. Durant cette période, les Juifs émigrent d’Europe en masse : 142 000 en Palestine / Israël ; 72 000 aux États-Unis ; 16 000 au Canada ; 8 000 en Belgique ; et environ 10 000 vers d’autres pays. Les réactions des gouvernements à ces émigrations illé- gales de 1945-47 varient : d’une façon générale, les Soviétiques s’en désintéressent ; la Grande-Bretagne irrationnellement attachée à son mandat sur la Palestine, y demeure farouchement opposée ; les forces armées des États-Unis, conscientes que la sympathie pour les Juifs se répandait dans le pays, laissèrent l’émigration illégale se développer sans entrave. 637