Libération du camp - Chronique de la Shoah

Transcription

Libération du camp - Chronique de la Shoah
LIBÉRATION ET RECONSTRUCTION
NI
1945
Adolf Hitler, ni Franklin Roosevelt ne vécurent la fin de la
Seconde Guerre mondiale et de la Shoah. Le 7 mai 1945, à Reims (en
Champagne), le général Alfred Jodl signa la capitulation sans conditions de
l’Allemagne. Une semaine plus tôt, le 30 avril, le Führer et Éva Braun –
qu’Hitler avait épousée la veille – se suicidèrent dans le bunker de Berlin.
Le 12 avril, moins de trois semaines avant la mort d’Hitler, une hémorragie cérébrale avait emporté le président américain.
Les nazis avaient commencé à évacuer les prisonniers juifs d’Auschwitz le 17
janvier, en partie pour dissimuler les traces de la « solution finale », en partie
pour préserver la main-d’œuvre servile, ainsi que pour prolonger la politique
d’extermination en masse. Sans nourriture ni abri, durant un rude hiver,
quelque 60 000 Juifs furent contraints de marcher vers les camps de concentration situés en Allemagne même. Le taux de mortalité fut extrêmement
élevé. Lorsque les prisonniers atteignirent des camps comme Buchenwald ou
Bergen-Belsen, des conditions désespérantes les attendaient.
Tandis que les forces soviétiques atteignaient les camps nazis en Europe
orientale – notamment Stutthof, Gross-Rosen et Sachsenhausen – les troupes
américaines et britanniques découvraient d’autres camps de concentration. Le
4 avril 1945, Ohrdruf, une annexe de Buchenwald, devint le premier camp
libéré par les troupes américaines. Le 12 avril, jour du décès du président Roosevelt, les généraux Omar Bradley, George Patton et Dwight Eisenhower
virent Ohrdruf de leurs propres yeux. Eisenhower écrivit que les scènes de
brutalité et de famine « défiaient toute description. » Parmi les camps nazis,
Ohrdruf n’était pas le pire. Le 9 avril, les libérateurs américains et britanniques
découvrirent des scènes terribles à Dora-Mittelbau et ses camps satellites où
des milliers de prisonniers avaient été astreints au travail dans des conditions
insoutenables, sous terre, pour fabriquer les missiles V2.
Le 11 avril, les soldats américains libérèrent Buchenwald. Au cours de ses huit
années d’existence, ce camp de concentration, l’un des plus anciens du système
nazi, détint plus de 238 000 prisonniers dont 43 000 périrent ou furent tués.
Quatre jours plus tard, les troupes britanniques libérèrent Bergen-Belsen où ils
trouvèrent 13 000 corps et 50 000 prisonniers pour la plupart juifs – encore en vie,
mais dans un état critique. Dans l’incapacité de se remettre des violences qu’ils
avaient subies, environ 10 000 détenus périrent au cours des semaines suivantes.
Le 5 mai, les troupes américaines atteignirent le camp de concentration de
Mauthausen en Autriche. Ayant fonctionné pendant sept ans, Mauthausen
avait détenu près de 200 000 prisonniers. Bien peu étaient encore en vie à la
libération. 119 000 étaient morts.
Deux prisonniers libérés de Dachau surveillent un garde du
camp réduit à l’impuissance une fois privé des instruments
avec lesquels il infligeait des châtiments.
579
1945
Le 25 avril 1945, des membres de la
69ème division d’infanterie de la première armée des États-Unis (à
gauche) et des groupes de reconnaissance de la 58ème division de gardes
de l’Armée rouge se rencontrent à
Torgau, en Allemagne, sur l’Elbe.
Cette jonction historique coupait l’Allemagne nazie en deux.
580
Le 8 mai, les Alliés célébrèrent le V-E Day (Jour de la victoire en Europe,
l’armistice) – la guerre en Europe était officiellement terminée. Ce jour-là, les
troupes soviétiques libérèrent le camp / ghetto de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie, et trouvèrent 19 000 prisonniers en vie. 121 000 autres avaient péri.
Le 2 mai, le successeur de Roosevelt, le président Harry S. Truman, signa le
décret n° 9547, nommant le juge de la cour suprême américaine Robert H.
Jackson conseiller principal auprès de la commission des Nations unies sur les
crimes de guerre (UNWCC). Les gouvernements américain, britannique et
soviétique, avaient créé l’UNWCC (United Nations War Crimes Commission)
le 20 octobre 1942 pour garantir que les criminels de guerre nazis seraient traduits en justice, une fois la guerre terminée. L’ordonnance de Truman nommait également Jackson procureur général du procès
international pour crimes de guerre, qui commença officiellement ses travaux à Nuremberg, en Allemagne, le 20
novembre.
Outre les pertes humaines et les destructions, la guerre
avait déraciné environ 11 millions de personnes, par
exemple, d’anciens prisonniers de guerre allemands, des travailleurs réduits en esclavage puis libérés et les survivants
des camps de concentration (dont un grand nombre étaient
juifs). Confrontés à l’immense tâche d’aider ces personnes
démunies, les Alliés classèrent les réfugiés comme des « personnes déplacées » (DP, displaced persons) et confièrent à
l’UNRRA (United Nations Relief and Rehabilitation Administration) le soin de les prendre en charge. Au début,
l’UNRRA manquait du personnel suffisant pour cette tâche, en sorte qu’une
grande partie de l’aide apportée aux personnes déplacées incomba aux unités
militaires alliées.
Au printemps 1945, environ sept millions de personnes déplacées se trouvaient dans l’Allemagne occupée. Progressivement, la plupart rentrèrent chez
elles, mais plus d’un million ne souhaitaient pas ou ne pouvaient pas revenir
dans leur pays d’origine, parmi elles 50 000 Juifs, ainsi que plusieurs centaines
de Roms et de Sintis (Tsiganes) récemment libérés des camps de concentration. Certains non Juifs craignaient des représailles pour leur collaboration avec
les nazis. D’autres redoutaient la persécution par les pays communistes.
Les rescapés juifs de la Shoah étaient en général confrontés à divers dilemmes
puisqu’ils ne pouvaient revenir dans leurs anciens foyers détruits. Les quelques
rares Juifs européens qui rentrèrent chez eux subirent souvent un regain d’antisémitisme et trouvèrent leurs biens entre les mains inamicales d’anciens voisins.
La libération n’apporta aux survivants juifs que la liberté. La plupart étaient
en piètre santé et hantés par des souvenirs et des cauchemars horrifiants. Les
Juifs trouvèrent quelques proches et amis encore en vie, mais, le plus souvent,
ils étaient foudroyés par la nouvelle que leurs proches avaient péri.
La plupart des Juifs qui voulaient définitivement quitter l’Europe d’aprèsguerre en 1945 ne le pouvaient pas. Les Britanniques n’autorisaient qu’une
infime immigration juive en Palestine et combattaient énergiquement l’immigration clandestine. Les réfugiés juifs qui espéraient gagner d’autres pays,
notamment les États-Unis, se heurtaient en général à des restrictions ; les
portes étaient rarement ouvertes. En 1945, la plupart des rescapés de la Shoah
n’avaient pas d’autre choix que de rester dans les centaines de camps pour personnes déplacées qui avaient été rapidement créés dans les locaux d’anciennes
casernes de l’armée allemande, des camps de prisonniers de guerre, et même
des camps de concentration comme Bergen-Belsen et Dachau.
Les mois passant, l’American Jewish Joint Distribution
Committee (JDC), l’Organisation Reconstruction Travail
(ORT) et d’autres organismes juifs de secours entreprirent
d’améliorer les conditions de vie et de fournir une éducation et une formation professionnelle aux survivants juifs se
trouvant dans les camps de personnes déplacées. En dépit
de conditions matérielles et psychologiques extrêmement
difficiles, la vie juive commença à reprendre. Les survivants
se marièrent et constituèrent de nouvelles familles.
Les camps de personnes déplacées ne furent cependant jamais
des lieux très salutaires. Le 22 juin 1945, après avoir reçu des rapports sur les piètres conditions prévalant dans ces camps, le président Truman nomma Earl G. Harrison, doyen de la faculté de droit
de l’Université de Pennsylvanie, à la tête d’une commission d’enquête, soulignant
qu’Harrison devrait prendre en considération la situation des personnes déplacées
juives. En juillet 1945, la délégation de Harrison visita plus de 30 camps de DP. Le
rapport qu’il adressa à Truman procédait à une sombre évaluation de la situation.
« Au-delà du fait qu’ils ne sont plus menacés par les chambres à gaz, la torture et
autres formes de mort violente », écrivait-il, les personnes déplacées juives voyaient
si peu de changement dans leur situation qu’elles en étaient réduites à « s’interroger
et à demander fréquemment ce que signifiait la “libération”. »
Le rapport d’Harrison intensifia les pressions pour faire admettre les Juifs en
Palestine. Le 22 décembre, le président Truman autorisa les personnes déplacées de « toutes confessions, croyances et nationalités » dans les zones d’occupation américaines à pénétrer aux États-Unis (en dépit des quotas). En même
temps, les camps de personnes déplacées s’améliorèrent, mais, pendant la
majeure partie de l’année 1945, les conditions correspondirent à la description donnée par Harrison. Des barbelés entouraient certains camps de personnes déplacées. La nourriture était rationnée, la liberté de mouvements
restreinte, les logements surpeuplés et les sanitaires insuffisants. Logés avec
des personnes déplacées non juives, y compris parfois des collaborateurs nazis
et des prisonniers de l’ancien ennemi, les Juifs « libérés » demeuraient la cible
d’explosions antisémites. Ce ne fut que fin 1945 que certains camps de personnes déplacées devinrent des camps spécifiquement juifs où les besoins des
rescapés purent mieux être pris en compte.
« Au point où en sont les choses », déclarait Harrison dans son rapport
sur les camps de personnes déplacées durant l’été 1945, il apparaît que
les Alliés « traitent les Juifs comme les nazis les traitaient, sinon que nous
ne les exterminons pas. » La sévère estimation d’Harrison était, certes,
exagérée. Jusqu’à la reddition de l’Allemagne, les nazis continuèrent à
torturer et à massacrer les Juifs tout en pillant leurs biens.
Plus de 35 millions de personnes, civils et militaires, périrent en Europe
pendant la Seconde Guerre mondiale. Parmi les morts, six millions de Juifs
et des millions d’autres populations – Tsiganes, Polonais, Soviétiques,
Slaves, Témoins de Jéhovah, homosexuels, handicapés mentaux – spécialement désignés pour la persécution et l’assassinat dans la Shoah.
Le chaos à la fin de la Seconde Guerre mondiale ne permit pas d’établir exactement combien de Juifs furent libérés des camps de concentration
nazis. Mais, au début des années 1950, quelque 250 000 rescapés juifs de la
Shoah étaient passés par les camps de personnes déplacées des Alliés dans
l’après-guerre, en attendant d’émigrer. Par la suite, ils fondèrent de nouveaux
foyers : 142 000 se rendirent en Israël, 72 000 aux États-Unis, 16 000 au
Canada, 8 000 en Belgique, 2 000 en France, 1 000 en Grande-Bretagne et
environ 10 000 en Amérique latine ou ailleurs.
Trois rescapés d’Ebensee, en
Autriche, sucent des morceaux de
sucre, espérant recouvrer suffisamment de forces pour absorber une
nourriture plus consistante.
Des enfants célèbrent Hanoukka
dans un camp de personnes déplacées à Zeilsheim, en Allemagne.
581
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Un GI américain surveille des
Allemands faits prisonniers durant l’offensive dans les Ardennes. Bien que la contreoffensive allemande, conduite par huit
divisions blindées, ait prit les Alliés par surprise et ait remporté quelques succès dans
un premier temps, elle fut rapidement stoppée lorsque le temps s’améliora et sous la
pression conjointe des forces britanniques
et américaines. En janvier 1945, les Allemands commencèrent à battre en retraite
et à revenir dans le Reich, perdant tout
espoir de victoire.
Ce rapport de janvier 1945
recense le nombre total de
prisonniers originaires du Protectorat
de Bohême et Moravie, et détenus
dans divers camps nazis. Ce rapport
fut préparé sous l’égide de Karl Hermann Frank, qui succéda à Reinhard
Heydrich au poste de Reichsprotektor de Bohême et de Moravie. Fait
prisonnier par les Américains après
la guerre, Frank fut extradé en Tchécoslovaquie, jugé et exécuté en
1946.
1945
582
Le commandant Georgi K. Zhukov (à droite) discute de la prochaine attaque
soviétique contre Berlin. La poussée des Rouges vers la capitale allemande fut
l’aboutissement de ce que les conseillers d’Hitler avaient le plus redouté : une
guerre sur deux fronts. Désormais, à la veille de l’ultime poussée des Alliés, les
forces américaines et britanniques s’approchaient de l’Allemagne par l’ouest, les
Soviétiques par l’Est. Alors que le général George Patton et d’autres membres de
l’état-major américain recommandaient au général Dwight Eisenhower de prendre
les Soviétiques de vitesse à Berlin, Eisenhower soutint, à juste titre, qu’un tel geste
ne rapporterait rien aux États-Unis sur le plan politique et que, de façon plus significative, une offensive américaine contre la ville provoquerait la mort de milliers de
GIs. Patton reçut alors l’ordre de s’arrêter sur l’Elbe, permettant aux Soviétiques de
prendre leur vengeance tant attendue – et si meurtrière.
• 1945 : L’amiral allemand Wilhelm
Canaris est exécuté par les nazis pour
avoir été impliqué dans la résistance
antinazie. • Mort de Richard Glücks, inspecteur des camps de concentration ; il
s’est probablement suicidé. • L’Italie
accorde la nationalité aux Juifs.
enfants juifs dans des immeubles loués
depuis 1944, est assassiné par les Croix
fléchées hongroises. • La poétesse juive
allemande Hilde Monte est abattue par
des gardes frontières SS alors qu’elle
tente de pénétrer en Allemagne par la
frontière suisse.
• Début 1945 : Ottó Komoly, un Juif hongrois qui avait protégé quelque 5 000
• Janvier 1945 : L’évacuation des camps
de travail surpeuplés en Allemagne
1945
•
LIBÉRATION
Les troupes soviétiques marchent
dans les ruines de
Varsovie en janvier
1945. Il ne restait
pas grand-chose de
la Varsovie juive et
bien peu
survécurent pour
reconstruire ce qui
avait été jadis une
dynamique communauté juive. Des
décombres, émergèrent quelques Juifs
cachés, leur joie
mêlée d’angoisse
après la perte de
tant des leurs.
RECONSTRUCTION
Zivia Lubetkin
À l’époque où Czestochowa (Pologne) fut libérée par l’Armée rouge, en
janvier 1945, ce qui avait été jadis un ghetto densément peuplé avait été quasiment éradiqué par les nazis. Peu avant la prise de cette photo de soldats
soviétiques posant avec quelques-uns des 5 000 survivants juifs, de nombreux
Juifs de la région avaient succombé à une épidémie de typhus, avaient été
emmenés à la mort à Buchenwald et Ravensbrück ou avaient été envoyés
comme esclaves dans l’usine de munition voisine d’HASAG Pelzery.
devient cruciale. Cinq mille Juifs du camp
de travail de Skarzysko Kamienna sont
évacués vers l’ouest. Des camps situés
près de Dantzig et Königsberg sont également évacués. • Le comte Helmuth
James von Moltke, chef de la Résistance
antinazie et ancien conseiller juridique du
haut commandement allemand, est exécuté dans la prison de Plötzensee à Berlin. • Création par le grand QG du corps
ET
expéditionnaire allié (SHAEF, Supreme
Headquarters, Allied Expeditionary Force)
du CROWCASS (Central Registry of War
Criminals and Security Suspects), un
groupe d’investigation interallié qui a
pour mission d’identifier et de poursuivre
en justice les criminels de guerre nazis.
• Janvier-mars 1945 : 2 163 Républicains
espagnols, qui avaient combattu contre
des forces soutenues par les nazis
Vraie héroïne de la Résistance, Zivia Lubetkin combattit vaillamment durant la
révolte du ghetto de Varsovie. Ayant fait vœu de rester
jusqu’à la fin, ce n’est
qu’après que les Allemands
eurent mis le feu au ghetto,
en mai 1943, qu’elle s’évada
par les égouts pour gagner le
secteur « aryen » de Varsovie.
Militante d’un mouvement
de jeunesse sioniste avant la
guerre, Z. Lubetkin représentait
le
parti Dror
HeHaloutz
dans le bloc
antifasciste
constitué en
1942 pour
combattre
les nazis et
soutenir l’armée soviétique.
L’année suivante, elle rejoignit Yitzhak Zuckerman,
qu’elle allait épouser après la
guerre, et d’autres pour fonder le Zydowska Organizacja
Bojowa (ZOB, Organisation
juive de combat). Cachée par
un médecin après la chute du
ghetto, Z. Lubetkin fut
témoin du soulagement qui
accompagna l’arrivée des
forces soviétiques, le 17 janvier 1945. Elle rapporte
qu’elle et ses camarades
demeurèrent
cependant
« abattus et découragés »,
sachant que peu de Juifs
avaient survécu pour voir ce
jour.
pendant la Guerre civile espagnole, sont
contraints de travailler jusqu’à la mort ou
assassinés sommairement dans les
carrières de pierre du camp de travail de
Mauthausen, en Autriche.
• 1er-16 janvier 1945 : L’avant-garde de
l’offensive allemande dans les Ardennes
est stoppée par les Alliés, ce qui met fin à
la Bataille dite du saillant, l’ultime grande
offensive allemande de la guerre.
583
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
En janvier
1945, l’Armée
rouge libéra les
camps de la mort
les plus meurtriers
du Troisième
Reich, AuschwitzBirkenau où 1,1
million de
personnes trouvèrent la mort, pour
la plupart dans
les chambres à
gaz. Ces enfants
étaient parmi les
rares survivants
de Birkenau.
Un soldat de l’Armée rouge filme un four crématoire détruit à Auschwitz.
Le démantèlement des crématoires à Birkenau s’effectua par étapes. Le four
crématoire IV fut détruit par les révoltés du Sonderkommando, le 7 octobre
1944, tandis que des insurgés juifs démolirent le crématoire II, le 24
novembre. Fin janvier 1945, les nazis firent sauter les vestiges des
crématoires II et III, ainsi que le V, encore opérationnel.
1945
584
• 4 janvier 1945 : Fritz Elsas, maire
juif de Berlin jusqu’à son arrestation
en 1933 pour activités de résistance,
est exécuté à Sachsenhausen, en Allemagne après 12 ans de détention.
• 6 janvier 1945 : Roza Robota et trois
autres femmes impliquées dans
l’introduction en fraude des explosifs utilisés lors du soulèvement du 7 octobre
Je suis assise avec
mes poupées près
du poêle et je rêve.
Je rêve que mon
papa est revenu.
Je rêve que mon papa
est encore en vie.
Comme c’est bon
d’avoir un papa.
Je ne sais pas où est
mon papa.
—Anonyme, Un trésor de
poésie juive
1944 à Auschwitz sont pendues. • Les
autorités hongroises accèdent à la
requête de Raoul Wallenberg concernant
le transfert de 5 000 Juifs dans des
maisons sous protection suisse à
Budapest. • Mort d’Edith, la mère d’Anne
Frank, à Auschwitz.
• 11-14 janvier 1945 : Les bandes
fascistes hongroises Nyilas pénètrent
1945
Les
Soviétiques, qui
avaient vu bien
des souffrances
pendant la
guerre, furent
néanmoins horrifiés par ce qu’ils
découvrirent à
Auschwitz.
Ces soldats de
l’Armée rouge se
trouvent parmi
des dizaines de
milliers de paires
de chaussures
confisquées aux
victimes du
camp.
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Ces enfants, libérés d’Auschwitz par l’armée
soviétique, avaient été soumis à de barbares expériences
« médicales » à laquelle ils eurent la chance de survivre.
Le médecin d’Auschwitz, Horst Schumann, stérilisa des
hommes, des femmes et des enfants en les exposant à des
doses extrêmement élevées de radiation. Il brûla tellement
la plupart d’entre eux qu’ils furent jugés inaptes au travail
et envoyés dans les chambres à gaz. On ne sait pas très
bien quelles expériences subirent ces enfants.
Ces enfants d’Auschwitz, libérés
par l’Armée soviétique le 27 janvier
1945, montrent leurs bras tatoués au
photographe. Quiconque avait été
emprisonné à Auschwitz recevait un
numéro d’identification tatoué sur le
bras. Cette démarche visait deux
objectifs : en premier lieu, elle permettait aux responsables de suivre les
milliers de prisonniers du camp. En
second lieu, la transformation des
détenus en éléments anonymes contribuait à les déshumaniser, ce qui, à la
fois, les démoralisait et facilitait le travail des gardes, leur évitant d’avoir à
affronter l’aspect humain de leurs
tâches.
dans les maisons juives « protégées »
de Budapest, assassinant des dizaines
d’habitants. Les corps de plusieurs
victimes sont jetés dans le Danube.
Ailleurs à Budapest, les membres de
Nyilas encerclent l’hôpital juif orthodoxe. Ils torturent 92 patients, médecins et infirmières, les tuant tous à
l’exception d’une infirmière.
• 12 janvier 1945 : L’infirmière allemande
antinazie Gertrud Seele est exécutée dans
la prison de Plötzensee, à Berlin.
• 12-14 janvier 1945 : Les Soviétiques
opèrent une percée sur la Vistule.
• 14 janvier 1945 : Les SS évacuent les
derniers prisonniers du camp de
concentration de Plaszów, en Pologne.
• 15 janvier 1945 : Libération par
l’Armée rouge du camp de
concentration de Plaszów, en
Pologne. • 152 femmes du camp de
travail de Brodnica, près de Stutthof,
en Pologne, sont assassinées par leurs
surveillants. Quelques-unes en
réchappent.
585
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Les marches de la mort
Durant l’été 1944, les Alliés
s’approchaient du Troisième
Reich qui détenait encore
750 000 personnes dans son
réseau de camps de concentration, réseau gigantesque, mais de
plus en plus vulnérable. Des
combats acharnés allaient se
poursuivre jusqu’à la reddition
de l’Allemagne en mai 1945.
Cependant, début novembre
1944, la détérioration des conditions militaires conduisit les nazis
à interrompre les opérations de
gazage à Auschwitz-Birkenau et à
tenter de dissimuler les meurtres
en masse qu’ils y avaient commis.
Quant aux prisonniers qui
demeuraient dans les camps de
concentration, les nazis savaient
que cette main-d’œuvre, ainsi
que les témoignages accablants
que ces hommes et ces femmes
allaient livrer, tomberaient entre
les mains des Alliés, si les prisonniers n’étaient pas évacués.
Auparavant, les nazis avaient
transporté des Juifs et d’autres
prisonniers dans des camions et
des wagons de marchandises, mais des
marches forcées eurent
lieu aussi pendant la
guerre. Notamment en
1944 et en 1945, les
autres formes de transport se faisant toujours
plus rares, les nazis
ordonnèrent
des
marches sur de longues
distances, afin de garder les prisonniers des
1945
586
camps de concentration hors
d’atteinte des Alliés et de les
réinstaller pour les faire travailler. Les semaines et les mois
passant,
ces
Todesmärsche
(marches de la mort) devinrent
de plus en plus violentes, meurtrières et insensées. Affamés,
malades, blessés, exposés au vent
glacial, les prisonniers au supplice étaient maintenus sous
bonne garde, abattus s’ils chancelaient ou abandonnés là où ils
étaient tombés d’épuisement.
Dans les derniers mois de la
guerre, lorsqu’il devint évident
que l’Allemagne d’Hitler était
condamnée, les nazis continuèrent à faire marcher impitoyablement les malheureux prisonniers
sans but précis, d’un endroit à
l’autre.
À partir de la mi-janvier 1945,
alors que l’Armée soviétique libérait Varsovie et Cracovie, en
Pologne, environ 66 000 prisonniers furent évacués à pied d’Auschwitz. Plus de 15 000 périrent
en chemin pour Gleiwitz et
• 16 janvier 1945 : Les troupes soviétiques pénètrent à Czestochowa, en
Pologne, peu après l’évacuation des
derniers travailleurs esclaves.
• 17 janvier 1945 : L’Armée rouge
pénètre dans Varsovie, en Pologne, et à
Pest, en Hongrie. • Ultime appel organisé
à Auschwitz : 11 102 Juifs demeurent à
Birkenau ; 10 381 femmes dans le camp
Wlodzislaw, en Pologne, où ceux
qui restaient en vie furent entassés dans des wagons à ciel ouvert,
sans nourriture ni eau. La plupart périrent durant le long
voyage glacial qui emmena les
prisonniers vers l’ouest, en direction des camps de concentration
comme Sachsenhausen, GrossRosen, Dachau, Buchenwald et
Mauthausen.
Fin janvier 1945, 50 000 autres
Juifs furent évacués à pied de
l’ensemble des camps de Stutthof
situés le long de la mer Baltique,
près de Dantzig. Environ 5 000
d’entre eux, traînés vers le rivage
de la Baltique, furent contraints
d’entrer dans l’eau et abattus.
Les autres furent emmenés à
Lauenburg, en Allemagne orientale, mais, lorsque des unités
soviétiques leur coupèrent la
route, les prisonniers furent
ramenés à pied vers Stutthof. Fin
avril 1945, les forces terrestres
soviétiques encerclèrent Stutthof.
Une fois de plus, les prisonniers
furent conduits vers la mer où
des centaines d’autres
furent abattus. Environ
25 000 prisonniers périrent
durant
les
marches de la mort de
Stutthof.
Au total, entre 250
et 375 000 prisonniers,
pour la plupart juifs,
moururent durant les
marches de la mort
ordonnées par l’Allemagne nazie durant les
affres de sa défaite.
pour femmes de Birkenau ; 10 030 dans
le camp principal d’Auschwitz ; 10 233 au
camp annexe de Monowitz ; et environ
22 800 dans les usines des environs ; voir
janvier-18 mars 1945. • À Budapest,
119 000 Juifs sont libérés par les troupes
soviétiques. • Les Soviétiques arrêtent
Raoul Wallenberg qu’ils suspectent cyniquement d’utiliser ses efforts
humanitaires en faveur des Juifs pour
À l’approche des troupes alliées,
en janvier 1945, les gardes du camp
de concentration de Klooga, en Estonie, assassinèrent à la hâte les Soviétiques qui y étaient internés, hommes,
femmes et enfants, et disposèrent soigneusement les corps sur des bûchers
que les victimes elles-mêmes avaient
été contraintes de construire. On
remarquera l’alternance des corps et
des bûches pour favoriser au
maximum la combustion.
L’ultime réunion des « trois
Grands », Winston Churchill, Franklin
Roosevelt et Joseph Staline, eut lieu à
Yalta, en Ukraine, en février 1945.
Lors de cette conférence, les trois puissances alliées dressèrent des plans
concernant la composition de
l’Europe d’après-guerre, notamment
des accords sur l’occupation de l’Allemagne après la guerre. L’Union soviétique accepta également d’entrer en
guerre contre le Japon, une fois terminés les combats en Europe.
Les Soviétiques libérèrent Budapest (Hongrie) en janvier et février 1945. À son arrivée, l’Armée rouge
découvrit des milliers de Juifs assassinés par les nazis.
Bien que les effroyables preuves des crimes perpétrés
par les Allemands fussent devenues de plus en plus
courantes, même les soldats les plus endurcis ne purent
demeurer impassibles devant de tels spectacles.
Une étoile de
David marque
une maison protégée, place
Kossuth à Budapest. Dans les
derniers mois de
la guerre, les
diplomates –
notamment suédois et suisses –
s’efforcèrent de
protéger autant
de Juifs que possible contre la
violence déchaînée des Croix
fléchées, les fascistes hongrois. Lorsque la ville tomba aux mains des
Soviétiques, début 1945, quelque 120 000 Juifs purent
être libérés, dont 25 000 dans les maisons protégées.
587
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Les troupes alliées avançant vers l’Est savaient que le
Rhin était le dernier grand obstacle naturel avant de parvenir au cœur de l’Allemagne. La neuvième division blindée des États-Unis franchit le fleuve, le 7 mars 1945, sur
un pont laissé intact par les Allemands à Remagen,
infligeant à l’Allemagne une cuisante défaite stratégique et
psychologique. Deux jours plus tard, la majeure partie de
la troisième armée des États-Unis parvenait au Rhin, entamant l’avant-dernier acte de la Seconde Guerre mondiale.
Ces quatre Françaises furent accusées de collaboration
avec les Allemands pendant l’Occupation. Après la
guerre, les Français se vengèrent par des humiliations
publiques, leur rasant la tête et les déshabillant. Les collaborateurs masculins furent souvent traités bien plus
durement – condamnés à des peines de prison ou exécutés. De nombreux collaborateurs importants échappèrent
cependant à toute punition pendant des années, protégés
par des responsables influents du gouvernement et de l’Église catholique française.
Cette photographie de mars
1945 est l’une des dernières
d’Adolf Hitler vivant. Souffrant
encore de la blessure subie lors de
la tentative d’assassinat de juillet
1944 et bourré de médicaments
imprudemment prescrits, il félicite
les membres des Jeunesses
hitlériennes à Berlin, tandis que
l’Armée rouge avance vers la ville,
quasiment sans rencontrer d’opposition. Dans une atmosphère de souffrance, de chaos et de colère, les
naïves Jeunesses hitlériennes comptaient parmi les rares groupes nazis
à conserver intacte leur fidélité au
Führer.
1945
588
couvrir sa collaboration avec les
Allemands ou les Alliés occidentaux (le
War Refugee Board finançait ses
activités) ; voir 1947.
• Au camp de la mort de Chelmno, en
Pologne, des gardes SS jouent à
« Guillaume Tell » en tirant sur des
bouteilles placées sur la tête des
détenus juifs chargés de démolir les
fours crématoires du camp. Dans la
soirée, les derniers Juifs sont emmenés de leurs baraquements par
groupes de cinq et abattus. L’un des
prisonniers, Mordekhaï Zurawski,
poignarde un SS et s’évade en dépit
des souffrances causées par une blessure par balle au pied. Un second
détenu, Shimon Srebnik, survit également après avoir été laissé pour
mort, la balle ayant traversé la nuque
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
LA POUSSÉE DES ALLIÉS VERS L’ALLEMAGNE, 1944–1945
N
OCÉAN
ATLANTIQUE
UNION
SOVIÉTIQUE
FINLANDE
Ultime
avancée
de l’armée
allemande
1942
NORVÈGE
SUÈDE
mer du
Nord
IRLANDE
DANEMARK
GRANDEBRETAGNE
REICHSKOMMISSARIAT
OSTLAND
PAYS-BAS
GRANDE
BELGIQUE ALLEMAGNE
LUXEMBOURG
FRANCE
GENERALGOUVERNEMENT
PROTECTORAT DE
BOHÊME & MORAVIE
SLOVAQUIE
HONGRIE
SUISSE
ITALIE
CROATIA
ROUMANIE
SERBIE
ESPAGNE
YOUGOSLAVIE
Parmi les dernières victimes de
Bergen-Belsen au printemps 1945,
se trouvaient Anne Franck, 15 ans
(photo) et sa sœur Margot. Arrivant
d’Auschwitz en octobre 1944, les
sœurs ne se quittèrent pas et luttèrent pour survivre dans les
conditions du camp, en constante
détérioration. Le typhus emporta
d’abord Margot, et, quelques jours
plus tard, Anne, très frêle, périt à
son tour.
CROATIE
BULGARIE
THRACE
mer Méditerranée
ALBANIE
TURQUIE
GRÈCE
0
0
400 miles
500 kilomètres
AFRIQUE
Après leur héroïque victoire sur les forces allemandes dans la bataille de
Stalingrad durant l’hiver 1942-43, les Soviétiques ne cessèrent de progresser vers l’ouest jusqu’à ce qu’ils s’emparent de Berlin, le 2 mai 1945. Après
le débarquement en Normandie, le 6 juin 1944, les Alliés occidentaux
envoyèrent plus de deux millions de soldats qui avancèrent vers l’est durant
les 11 mois suivants.
En se dirigeant vers l’ouest, des
soldats soviétiques foulent aux pieds
un drapeau nazi, début 1945. Sous
la direction de dirigeants chevronnés
comme les maréchaux Konstantin K.
Rokossovki et Ivan S. Koniev, l’armée
soviétique remporta victoire sur
victoire. En dépit d’occasionnelles
résistances acharnées des Allemands,
les Soviétiques s’emparèrent de Varsovie et de Gdansk, en Pologne, en
avançant vers leur ultime objectif :
Berlin, après la traversée de l’Oder.
et la bouche. Quarante-sept autres
prisonniers juifs de Chelmno,
conscients que les SS vont les abattre
avant de fuir vers l’ouest à l’approche
des Soviétiques, se réfugient dans un
bâtiment auquel les SS mettent le
feu. Les Juifs qui s’échappent de l’incendie en courant sont mitraillés ; sur
les 47, un seul survit. Les SS
abandonnent le camp de Chelmno,
plus tard dans la journée.
• 18 janvier-18 mars 1945 : Agissant sur
ordre de Berlin, les SS commencent une
vaste évacuation, à pied, de tous les
prisonniers et travailleurs des camps
d’Auschwitz, Birkenau et Monowitz, ainsi
que de la région d’Auschwitz (Haute Silésie, en Pologne). Sur les milliers de marcheurs, la plupart meurent en route, de
froid, d’épuisement et par suite de mauvais traitements. Les garçons évacués de
Birkenau marchent vers Mauthausen, en
Autriche. De nombreux garçons sont de
« corvée de charrette », c’est-à-dire sont
attelés à d’énormes chariots par groupes
de 20.
• 20 janvier 1945 : 4 200 Juifs sont
abattus à Auschwitz. • L’Armée rouge
pénètre en Prusse orientale.
589
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Dans bien des cas, les marches
de la mort furent entièrement
publiques. Ce groupe de
prisonniers affaiblis de Dachau fut
photographié tandis qu’il traversait
un minuscule village bavarois en
route pour Wolfratshausen.
Nombre de ces prisonniers se couvraient la tête pour se protéger du
froid et de l’humidité.
Le chef des SS, Heinrich Himmler
(à droite), s’entretient avec son médecin personnel et masseur, Félix Kersten. Au cours des derniers jours de la
guerre, Kersten, qui avait soigné plusieurs dirigeants nazis, servit d’intermédiaire entre les représentants du
Congrès juif mondial et le chef des
SS. Au cours de deux rencontres
organisées dans la propriété de Kersten, dans la banlieue de Berlin,
Himmler finit par accepter de libérer
10 000 femmes détenues dans le
camp de concentration de
Ravensbrück, en Allemagne.
1945
590
Le haut commandement allié s’intéressa à ce qui s’était passé dans les
camps, et les officiers leur organisèrent régulièrement des visites pour qu’ils
recueillent des informations sur les crimes nazis. Ici, les généraux George
Patton, Omar Bradley et Dwight Eisenhower (de gauche à droite) visitent le
camp d’Ohrdruf, en Allemagne, le premier camp libéré par les Américains,
le 4 avril 1945. Un ancien prisonnier fait la démonstration des techniques
de torture employées par les SS.
• 21 janvier 1945 : Quatre-vingt seize
Juifs hongrois internés à Auschwitz et travaillant dans une carrière à Golleschau,
en Allemagne, sont enfermés dans deux
wagons à bestiaux sur lesquels est inscrit :
« Propriété de la SS ». La moitié des prisonniers meurent de froid, tandis que le
train voyage sans but pendant des jours. À
Zwittau, en Allemagne, les wagons à bestiaux sont détachés du train et abandon-
nés dans la gare. L’industriel Oskar
Schindler modifie le bordereau de chargement et inscrit : « Destination finale :
Usine Schindler, Brünnlitz. » Après avoir
ouvert les wagons dans son usine, Schindler libère les Juifs ; voir 26 avril 1945.
• 23 janvier 1945 : Les forces soviétiques se rapprochent d’Auschwitz.
1945
« Nous savions. Le monde en
avait vaguement entendu parler.
Mais jusqu’à présent aucun
d’entre nous n’avait vu cela.
C’était comme si nous avions
enfin pénétré à l’intérieur même
des replis de ce cœur noir et
malfaisant. »
—L’écrivain Meyer Levin, à propos de la
libération d’Ohrdruf
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Libération d’Ohrdruf
Le camp de travail d’Ohrdruf, près de Gotha,
en Allemagne, occupe une place privilégiée
dans l’histoire. Premier camp libéré par les
Alliés occidentaux, Ohrdruf apporta aux troupes
américaines la preuve de la barbarie nazie.
À Ohrdruf, plusieurs milliers d’esclaves
avaient travaillé comme des forcenés dans des
conditions atroces pour préparer un centre de
communications souterrain de l’armée allemande. Le 4 avril 1945, les soldats américains
pénétrant à Ohrdruf (photo) trouvèrent des
fosses communes contenant des milliers de
corps. Certains prisonniers avaient été exécutés
et brûlés à la hâte, quelques jours seulement
avant l’entrée des Américains dans le camp. Les
troupes rencontrèrent également quelques
témoins en vie, des hommes qui s’étaient évadés du camp peu avant que les nazis ne commencent à abattre les derniers prisonniers.
Huit jours après la libération du camp, les
généraux américains Dwight Eisenhower, Omar
Bradley et George Patton, des hommes très au
fait des horreurs de la guerre, visitèrent le
camp. Eisenhower, furieux, encouragea la
presse à visiter le camp et à informer le monde
des atrocités qui y avaient été perpétrées.
Les SS abattirent en masse ces détenus à Ohrdruf, en
Allemagne. Comme il arrivait souvent, les Allemands
tuaient leurs prisonniers plutôt que de les voir passer entre
les mains des Alliés. Le général américain Omar Bradley
déclara, à propos des atrocités d’Ohrdruf : « L’odeur de
mort nous assaillit avant même que nous ayons franchi la
clôture. Plus de 3 200 corps nus, décharnés, avaient été
jetés dans des fosses peu profondes. D’autres gisaient
dans les allées où ils étaient tombés. Les poux grouillaient
sur la peau jaunie de leur corps osseux. »
• 25 janvier 1945 : Les SS évacuent
le camp de concentration de Stutthof,
en Pologne.
vers le sud-ouest. Tout au long du chemin,
800 sont battues et tuées ; voir 15 février
1945.
tonnes de cheveux humains. • Libération
de Memel, en Lituanie, par les troupes
soviétiques.
• 26 janvier 1945 : Un millier de femmes
• 27 janvier 1945 : Les soldats soviétiques
• Fin janvier 1945 : Une marche forcée
est imposée à plusieurs milliers de Juifs
de la région de Dantzig / Königsberg en
Allemagne vers la ville côtière de Palmnicken. Au moins 700 marcheurs sont
abattus en chemin et, à l’exception de
juives internées au camp de travail de
Neusalz, en Pologne, partent pour une
marche forcée d’un mois et demi vers le
camp de concentration de Flossenbürg,
en Allemagne, à quelque 300 kilomètres
libèrent Auschwitz et trouvent 7 000 détenus encore en vie, dont le père d’Anne
Frank, Otto. Ils découvrent également plus
de 830 000 robes et manteaux de femme,
près de 348 000 costumes d’homme et sept
591
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Folke
Bernadotte
Dans les derniers jours de la
guerre, le comte Folke Bernadotte, vice-président de la
Croix-Rouge suédoise, usa de
ses fonctions diplomatiques
pour sauver des Juifs des griffes
des nazis. Les négociations qu’il
mena permirent de sauver la
vie de 423 Juifs danois détenus
à Theresienstadt, en Tchécoslovaquie. En pleine guerre, au
cours d’une opération audacieuse, ces Juifs furent non seulement sauvés de la mort, mais
acheminés en lieu sûr au Danemark, par un convoi d’autobus.
Pour sauver
des Juifs, Bernadotte rencontra à plusieurs
reprises Heinrich Himmler.
Tandis que le
premier négociait pour sauver les Juifs du
massacre, le second les utilisait
comme monnaie d’échange
pour tenter de conclure une
paix séparée avec les Alliés occidentaux, stratagème que les
Alliés allaient fermement rejeter. Les négociations menées
entre Bernadotte et Himmler
aboutirent à la mise en liberté
de quelque 14 000 femmes
emprisonnées dans le camp de
concentration de Ravensbrück,
en Allemagne. Ces femmes
furent transférées au Danemark, puis en Suède.
1945
592
Une page du registre des morts à l’Institut de Hadamar. Cet institut était
l’un des six centres du programme d’euthanasie allemand. Ce document
indique la date d’arrivée de chaque victime, son nom de famille et son prénom, sa date de naissance, la date de son décès, la cause de la mort et
l’âge au moment du décès.
Personne ne sait avec certitude
combien de camps de concentration
et de travail créèrent les nazis.
Plusieurs camps possédaient de nombreuses annexes dans lesquelles les
détenus pouvaient être parqués lorsqu’ils participaient à des tâches temporaires. Ce rescapé fut découvert
dans le camp de Vaihingen, une
annexe de Natzweiler en
Allemagne.
quelques-uns qui s’évadent, les autres
sont mitraillés par les SS au bord de la
mer Baltique. • 29 000 Juifs, pour la plupart des femmes, sont évacués à marches
forcées de Dantzig (Pologne) et de Stutthof (Pologne). 3 000 seulement
survivent. • Plusieurs milliers de Juifs
sont envoyés pour une marche de la
mort du camp de Lamsdorf, près de
Breslau (Allemagne), vers l’ouest, en
Thuringe. Des centaines meurent ou
sont tuées en chemin.
• Février 1945 : Des nationalistes ukrainiens traquent et assassinent les Juifs en
Ukraine. • Les forces alliées approchent
de Cologne, en Allemagne.
• 3 février 1945 : 3 500 prisonniers de
Gross-Rosen, en Allemagne, sont
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Des soldats de l’armée américaine se rassemblent autour
de l’un des très nombreux bûchers de corps allumés dans le
camp de concentration de Buchenwald. L’odeur de chair en
décomposition soulevait le cœur. Le GI américain John Glustrom déclara : « Ma première impression [de Buchenwald],
ce fut l’odeur. La puanteur envahissait les lieux et il y avait un
groupe de gens très perplexes, perdus, pitoyables, qui se
présentèrent à ma porte dans leurs tenues en lambeaux pour
voir ce que nous faisions et ce qui allait leur advenir. »
Ces restes humains sur la table, y compris deux têtes
réduites et un abat-jour en peau humaine, furent retrouvés dans un laboratoire dirigé par les gardes SS de
Buchenwald. Ilse Koch, la femme du commandant, collectionnait des peaux humaines tatouées. Les deux
têtes étaient celles de prisonniers polonais évadés et
repris.
À Buchenwald, les rations alimentaires, qui n’avaient jamais été suffisantes pour les travaux exténuants
imposés aux prisonniers, diminuèrent
tout au long de la guerre. En mars
1945, par exemple, les détenus recevaient 250 grammes de viande de
cheval par semaine. Les prisonniers
volaient parfois la nourriture des
chiens bien nourris qui aidaient à garder le camp. Au moment de la libération, les survivants dévalisaient une
réserve de biscuits pour chiens dans
le chenil du camp. L’homme le plus
proche de l’appareil photo, un Juif
hongrois, était si maigre qu’on pouvait voir sa colonne vertébrale par
devant. Les victimes de cas de famine
aussi graves avaient peu de chances
de survivre.
contraints de marcher vers le camp de
concentration de Flossenbürg, en
Allemagne, situé à quelque 300
kilomètres vers le sud-ouest. Cinq cents
mourront en chemin. Deux mille autres
sont évacués par train au camp de travail
d’Ebensee, en Autriche, près de
Mauthausen ; 49 mourront pendant le
voyage et 182 autres périront au camp.
• Une bombe américaine s’écrase sur le
bâtiment du Volksgerichtshof (Tribunal du
peuple) à Berlin, tuant le juge fanatiquement nazi Roland Freisler et
interrompant le procès des membres de
la Résistance allemande antinazie, Frau
Solf et sa fille la comtesse Ballestrem ; voir
10 septembre 1943 ; 23 avril 1945.
• 4 février 1945 : Lors d’une
conférence organisée à Yalta, en
Ukraine, les Alliés déterminent les
sphères d’influence respectives qui
prévaudront à la fin de la guerre.
• 8 février 1945 : Les troupes soviétiques se
trouvent à une cinquantaine de kilomètres à
l’est de Dresde, en Allemagne.
• 13 février 1945 : Les troupes allemandes
se rendent à Budapest (Hongrie). • Les SS
évacuent le camp de concentration de
Gross-Rosen, en Allemagne.
593
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Si les camps d’extermination nazis
en Pologne furent vidés vers la fin de
la guerre, Buchenwald et d’autres
camps créés plus à l’ouest accueillirent des milliers de Juifs. Vingt mille
arrivèrent à Buchenwald entre mai
1944 et mars 1945. Ici, un jeune
orphelin est assis sur le marchepied
d’un camion appartenant à l’UNRRA
(United Nations Relief and Rehabilitation Administration). En libérant
Buchenwald, les soldats américains
trouvèrent environ 900 enfants dont
ce petit, âgé de cinq ans. Avec
d’autres enfants originaires de
Pologne, de Russie et d’autres pays,
il attend d’être acheminé en Suisse.
En avril 1945, Heinrich Himmler, enfin
effrayé par l’avance
alliée, ordonna de stopper l’évacuation des
camps de concentration
sur le passage de l’ennemi et insista pour que
les camps soient laissés
intacts pour les libérateurs. Quelques gardes,
pris par surprise, n’eurent pas le temps de
fuir avant l’arrivée des
troupes alliées. Ici, un
prisonnier russe
désigne du doigt un
garde de Buchenwald
qui battait sauvagement
les prisonniers.
1945
• 15 février 1945 : L’Armée rouge
raflés dans toute l’Allemagne et
déportés au camp / ghetto de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie.
• 17 février 1945 : Sept Juifs, dont
• 23 février 1945 : Les nazis évacuent les
Juifs du camp de concentration de
Schwarzheide, en Allemagne. Les 300 prisonniers les plus faibles sont envoyés dans
des wagons sans toit au camp de concentration de Bergen-Belsen, en Allemagne.
libère le camp de travail de Neusalz,
en Pologne ; voir 19 mars 1945.
une petite orpheline, sont assassinés
par un Polonais à Sokoly, en Pologne.
• 18 février 1945 : Cinq cents Juifs
mariés à des conjoints chrétiens sont
594
Ces prisonniers libérés de Buchenwald souffraient
tous des jambes et des pieds. Ces problèmes
provenaient des terribles conditions de travail et de la
sous-alimentation, sans parler des chaussures qui ne
leur allaient pas – lorsque, toutefois, ils en avaient.
Des civils allemands creusent des tombes à Buchenwald. Lorsque c’était possible, les Alliés contraignirent
la population locale à enterrer les corps en décomposition abandonnés dans les camps. Cela épargnait cette
macabre tâche aux soldats alliés tout en confrontant
directement les Allemands aux crimes commis par leurs
compatriotes.
Cette exposition de peau humaine tatouée fut
organisée pendant le procès des SS de Dachau, pour
montrer les atrocités allemandes. Les victimes avaient été
détenues à Buchenwald, et leurs tatouages avaient attiré
l’attention d’Ilse Koch, la « chienne de Buchenwald ». Elle
utilisait, paraît-il, leur peau tatouée pour fabriquer des lampadaires.
Des jeunes Juifs se rendent en Palestine après avoir été
libérés de Buchenwald. Les Américains libérèrent Buchenwald, le 11 avril 1945, rendant la liberté à 21 000 détenus, dont 4 000 Juifs. La plupart furent envoyés dans des
camps de personnes déplacées, tandis que d’autres pénétraient en Palestine, légalement ou illégalement.
595
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Le 12 avril 1945, les habitants de
Washington, cherchent à se réconforter
les uns les autres, après avoir appris la
mort du président Franklin Roosevelt.
Son successeur peu connu, Harry Truman, s’efforça d’assumer les fonctions
du président bien-aimé. Préoccupé par
le sort des Juifs libérés des camps de
concentration et désormais confinés
dans des camps de personnes déplacées (DP), Truman exerça des pressions
pour autoriser davantage de Juifs à
immigrer en Palestine. Il fit aussi pression sur le Congrès afin que davantage
de DP puissent pénétrer aux États-Unis.
Les efforts de Truman se heurtèrent à
l’opposition de diverses parties de
l’opinion publique, du Département
d’État et de certains membres du
Congrès, notamment le sénateur
Patrick McCarran, le puissant président
de la commission judiciaire du Sénat.
En 1945, plusieurs soldats alliés juifs célèbrent le séder (repas rituel) de
Pâque au lac de Côme en Italie. La Pâque célèbre chaque année la libération
des Juifs de l’esclavage dans l’ancienne Égypte. Ce séder revêtit une
signification particulière pour les Juifs européens, car c’était la première fois
depuis douze ans qu’ils n’étaient pas asservis par les nazis et leurs
collaborateurs.
1945
• Début mars 1945 : Anne Frank, âgée
de 15 ans, meurt dans le camp de
concentration de Bergen-Belsen, en
Allemagne. • Arthur Nebe, commandant
de l’Einsatzgruppe B, est exécuté par les
nazis à cause de son implication dans le
complot contre Hitler.
• Mars-avril 1945 : Deux mille détenus du
camp de travail de Köszeg, en Hongrie,
596
Ce collier en forme d’étoile
de David fut fabriqué par une
jeune Juive – réduite en esclavage – à partir de morceaux
de fils de fer de couleur. Si elle avait été
découverte avec son
collier, la jeune fille eût
été exécutée. Un train
de nazis dans
lequel elle était transportée avec d’autres travailleurs
(y compris sa sœur malade) fut attaqué par erreur et touché par des
avions américains près de Munich.
Les soldats allemands s’enfuirent, laissant les prisonniers aux bons soins
d’une unité de reconnaissance de
l’armée américaine. La jeune fille fut
si reconnaissante qu’elle offrit le collier à l’homme qui l’avait libéré, un GI
nommé Marvin Dorf.
sont contraints de marcher pendant des
semaines à travers les campagnes
hongroises et autrichiennes accidentées.
• 3 mars 1945 : Un train d’évacuation
de Gross-Rosen, en Allemagne, arrive
au camp d’Ebensee, en Autriche,
avec plus de 2 000 Juifs. Plus de 180
d’entre eux sont assassinés presque
immédiatement.
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
La libération des camps
Le 8 mai 1945, jour de l’armistice, hommes et femmes dansaient dans les rues des villes
américaines pour célébrer la victoire des Alliés sur l’Allemagne
nazie. Un océan et un continent
plus loin, une cérémonie de la
victoire bien plus sombre se
déroula à Mauthausen. Ce camp
de concentration nazi était situé
à une vingtaine de kilomètres au
sud-est de la ville autrichienne de Linz, la ville où
vécut Adolf Hitler adolescent
et où, écrivit-il dans Mein
Kampf, il passa ses « jours les
plus heureux ».
Il n’y avait pas de « jours heureux » à Mauthausen. Créé en
mai 1938, ce camp particulièrement dur se distinguait par le
travail exténuant dans une carrière de pierre et par le sadisme
de ses gardes. Pendant les
années de la guerre, Mauthausen et ses camps annexes – plus
de soixante, dont Gusen, Gunskirchen et Ebensee – devint un
empire industriel contrôlé par
les SS. Sur les 199 404 prisonniers qui passèrent par le camp de
Mauthausen, environ 119 000 périrent, dont 38 120 Juifs.
Les troupes soviétiques libérèrent les camps de la mort de Majdanek et Auschwitz, en territoire
polonais, respectivement en
juillet 1944 et en janvier 1945. À
l’ouest, les unités de l’armée
américaine libérèrent les camps
de concentration de Buchenwald
(photo) et de Dachau en Allemagne, les 11 et 29 avril 1945,
• 5 mars 1945 : La neuvième armée
des États-Unis atteint le Rhin, au sud
de Düsseldorf, en Allemagne.
• 7 mars 1945 : La première armée
des États-Unis franchit le Rhin à
Remagen, en Allemagne.
• 12 mars 1945 : Le chef des SS, Heinrich
Himmler, et son médecin personnel, le
tandis que les Britanniques et les
Canadiens arrivaient à BergenBelsen le 15 avril. Dans chaque
camp, les libérateurs trouvèrent
les traces d’un carnage si terrible
que même les vétérans marqués
par les combats furent choqués
par le spectacle qui s’offrit à eux.
Les soldats de la 71ème division
d’infanterie et de la 11ème division
blindée de l’armée américaine
découvrirent des horreurs parmi
les pires. La 71ème division libéra
Gunskirchen, une annexe de
Mauthausen, le 5 mai. La 11ème
prit la ville de Linz et libéra le
camp de concentration de Gusen,
le 5 mai. Ses tanks atteignirent le
camp de Mauthausen même, à
11h30 du matin, le 5 mai, une
cinquantaine d’heures avant la
capitulation sans conditions de
l’Allemagne nazie.
Le capitaine J. D. Pletcher se
docteur Felix Kersten, signent l’accord
Himmler-Kersten sur les mesures à
prendre à propos des camps de concentration à l’approche des troupes alliées.
Le document appelle en particulier à l’arrêt des meurtres des détenus juifs.
• 19 mars 1945 : Des partisans
yougoslaves lancent une offensive à
Trieste, en Italie. • Adolf Hitler donne
rappelait particulièrement l’odeur
lorsqu’il pénétra à Gunskirchen.
« L’odeur, dit-il, souleva le cœur de
bien des Américains qui s’y rendirent. C’était une odeur que je n’oublierai jamais, complètement
différente de tout ce que j’ai jamais
rencontré. On pouvait presque la
voir et elle flottait dans le camp
comme un brouillard de mort. »
Mauthausen et ses camps satellites,
ajouta-t-il, étaient des endroits
« d’infectes odeurs corporelles,
de feux d’ordures fumants » et
« de boue mêlée d’excréments
et d’urine. » La libération ne
put empêcher la mort d’anciens prisonniers. Pendant des
journées, la déshydratation, la
famine, la maladie et l’épuisement continuèrent à faire des
ravages.
La libération intervint tardivement pour Mauthausen
et ses camps annexes – trop
tard pour l’immense majorité
des victimes vulnérables –
mais ces endroits n’étaient
pas les derniers sites de la
Shoah à être libérés Ce ne fut
que le 9 mai que les troupes
soviétiques gagnèrent le camp /
ghetto de Theresienstadt, en
Tchécoslovaquie où elles trouvèrent 19 000 prisonniers en vie.
Des unités polonaises et soviétiques libérèrent le camp à Stutthof, en Pologne, le 8. Même
après la reddition de l’Allemagne
nazie, une brume de mort continua à flotter sur les camps libérés, comme c’est le cas sur ces
sites, jusqu’à ce jour.
l’« ordre Néron » (Nero-Befehl), une directive sur la terre brûlée destinée à ne laisser qu’une Allemagne ruinée aux troupes
en marche. • Deux cents survivantes sur
les 1 000 femmes qui avaient commencé
une marche forcée depuis le camp de travail de Neusalz, en Pologne, le 26 janvier,
sont évacuées par train au camp de
concentration de Bergen-Belsen, en Allemagne ; voir 24 mars 1945.
597
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Deux anciens travailleurs asservis se serrent les mains à côté d’une bombe
V2 partiellement achevée qu’ils avaient construite dans une usine près de Nordhausen. Le travail pénible, les cruelles conditions de travail et le régime de
famine tuèrent un grand nombre de travailleurs russes, polonais et français. Les
Américains qui libérèrent l’usine découvrirent une salle avec 20 corps attendant
la crémation.
Des soldats américains avancent à
grands pas au milieu de milliers de
corps que les gardes allemands ont
laissé pourrir dans le camp de
concentration de Nordhausen, en
Allemagne. Comme ce fut souvent le
cas, la première chose que le GI
américain W. Doughty remarqua sur
le camp fut la puanteur. « Oh, les
odeurs, s’exclama-t-il, eh bien, il n’y a
pas moyen de décrire ces odeurs…
Bien des gars dont je parle
maintenant – c’était de rudes soldats,
des combattants qui avaient fait tout
le débarquement – étaient malades et
n’en finissaient plus de vomir, rien
qu’à ce spectacle… »
La fin de la guerre fournit enfin aux
survivants l’occasion de pleurer ceux
qu’ils avaient perdus dans les usines de
la mort nazies. Des scènes comme
celle-ci, à Nordhausen, étaient très fréquentes. Ce garçon polonais pleure sa
grand-mère décédée tandis que son
père prie auprès du corps.
1945
598
• 20 mars 1945 : Un raid aérien des
Alliés tue des femmes juives dans le
camp de Tiefstack, en Allemagne,
près de Hambourg.
• 21 mars 1945 : Les troupes de
l’Armée rouge pénètrent au camp de
Pruszcz, en Pologne, près de Stutthof.
Sur les 1 100 prisonnières, il n’en reste
que 200 en vie.
• Printemps 1945 : Les SS envisagent l’em-
poisonnement de tous les détenus du camp
de concentration de Dachau, en
Allemagne, avant l’arrivée des Alliés. L’idée
n’est pas mise en œuvre.
• 24 mars 1945 : Un train transportant 200
femmes juives exténuées par une marche
de la mort depuis Neusalz, en Pologne,
arrive à Bergen-Belsen, en Allemagne.
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Les bandages sales sur le visage de
cette rescapée de Bergen-Belsen témoignent des violences qu’elle subit durant
sa détention. De nombreux « survivants »
du camp continuèrent à mourir même
après la libération du camp. Un soldat
britannique se souvient que de nombreux
anciens détenus « s’effond-raient en marchant et tombaient morts. » Environ
14 000 prisonniers périrent entre le 15
avril et le 20 juin.
Humanité abandonnée. Le peintre Gideon rend de façon impressionniste
les horreurs inimaginables découvertes par les soldats alliés qui libérèrent
les camps de concentration en avançant vers l’Est.
Lorsque, le 15 avril 1945, les
Britanniques libérèrent le camp de
concentration de Bergen-Belsen, en
Allemagne, ils découvrirent des
dizaines de milliers de corps non
enterrés abandonnés par les
Allemands. Les Britanniques n’eurent
pas d’autre choix que d’enterrer les
corps dans des fosses communes.
Curtis Mitchell, un Américain qui se
rendit dans les camps à l’époque,
décrivit les Allemands contraints de
charger les corps dans des camions
en vue de les enterrer, se comportant
« exactement comme s’il s’agissait
d’une décharge d’ordures. »
• 29 mars 1945 : L’Armée rouge
s’empare de Dantzig.
• 30 mars 1945 : Des femmes juives
conduites à la mort au camp de Ravensbrück, en Allemagne, agressent leurs
gardes SS. Neuf femmes s’échappent,
mais sont reprises et assassinées avec les
autres. • Les troupes soviétiques
pénètrent en Autriche.
• Avril 1945 : Dans une tentative évidente
de se sauver lui-même, Heinrich Himmler déclare à Norbert Masur, un représentant du Congrès juif mondial installé à
Genève, que les Juifs et les nationauxsocialistes devraient « enterrer la hache
de guerre » ; voir 20 avril 1945. • Comme
les prisonniers n’ont pas de possibilité de
se laver à Mauthausen, en Autriche, l’invasion de poux est incontrôlable.
• Début avril 1945 : Les SS évacuent
des milliers de Juifs – pour la plupart à
pied – tandis que les forces alliées et
soviétiques se rapprochent, venant de
l’ouest et de l’est. Les évacués sont
emmenés dans les camps de BergenBelsen et Dachau (Allemagne) ; Ebensee (Autriche) ; Leitmeritz et
Theresienstadt (Tchécoslovaquie).
L’opération s’accompagne de coups et
599
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Bergen-Belsen
Le tristement célèbre camp de concentration de Bergen-Belsen, près de Celle, dans le
nord de l’Allemagne, commença à fonctionner
début 1943. Il était censé héberger environ
10 000 prisonniers juifs. L’effondrement de l’effort de guerre allemand et la fermeture des
camps qui s’en suivit à travers l’Europe orientale amenèrent des dizaines de milliers de détenus à Bergen-Belsen. Lorsque le camp fut
libéré, le 15 avril 1945 par l’armée britannique,
plus de 60 000 êtres humains décharnés et
malades y étaient entassés.
Les infectes conditions de vie prévalant à Bergen-Belsen étaient semblables à celles des camps
d’Europe orientale : nourriture, abri et installations sanitaires
totalement
insuffisantes.
Dans l’incapacité de travailler du fait
de leur santé
chancelante,
des milliers de
détenus furent
assassinés par
des injections mortelles durant l’été 1944.
La population du camp de Bergen-Belsen
ayant considérablement augmenté en 1945, la
situation se détériora rapidement. Les responsables du camp et les locaux furent tout simplement débordés. Toute l’organisation destinée à
organiser et à nourrir les prisonniers vola en
éclats. Lorsque les soldats britanniques arrivèrent en avril, ils furent accueillis par un spectacle incroyablement macabre. Des corps
pourrissaient sur le sol. Des baraquements
construits pour héberger 100 prisonniers
contenaient plus d’un millier de personnes
atteintes de typhus, couvertes d’excréments.
Entre le 15 avril et le 20 juin 1945, 14 000 personnes périrent de maladie et de faim.
1945
600
Josef Kramer, morose et enchaîné, était le commandant
du camp de Bergen-Belsen à la fin de la guerre. En 1944,
il avait commandé le camp de la mort d’Auschwitz II pendant l’extermination des Juifs de Hongrie. Il admit avoir
gazé personnellement des prisonniers lorsqu’il dirigeait le
camp de Natzweiler, en Allemagne. Le 17 novembre
1945, il fut condamné à mort pour ses crimes.
Les détenus des camps étaient contraints de vivre
dans une crasse inimaginable qui conduisit souvent à
des maladies et à l’invasion de parasites. Ces enfants
de Bergen-Belsen prennent leur premier bain depuis
plusieurs mois.
de meurtres quotidiens, sans compter
la faim et le typhus. Treize cents Juifs
sont évacués à pied de Vienne ; 700
seulement arriveront vivants à destination, le camp de Gusen, en Autriche.
• 1er avril 1945 : Les SS entreprennent
des marches de la mort pour évacuer les
camps de concentration de Dora-Mittelbau et Kochendorf, en Allemagne.
• 3 avril 1945 : Les 497 membres d’une
équipe de travail à Bratislava (Slovaquie)
sont abattus par leurs gardiens. • Les
nazis évacuent le camp de concentration
et de travail de Nordhausen (Allemagne) ;
voir 11 avril 1945.
• 4 avril 1945 : La 4ème division blindée
des États-Unis libère le camp de concentration d’Ohrdruf, en Allemagne, où
Appelée « la SS sans uniforme »,
Hilde Lobauer était, pour les prisonniers de Bergen-Belsen, l’incarnation
du mal. Prisonnière politique des
nazis, H. Lobauer choisit le camp de
ses geôliers, assouvissant son
penchant pour la cruauté avec un
fouet en cuir et une baguette. Son
sadisme lui valut une promotion : de
détenue, elle devint responsable
d’une section du camp. Après la
guerre, elle fut jugée à Nuremberg et
condamnée à dix ans de prison,
mais elle fut libérée en juillet 1950.
« Une femme se dirigea vers un soldat qui
gardait l’entrepôt et distribuait le lait aux
enfants et elle le supplia de donner du lait
pour son bébé. L’homme prit le bébé et vit
qu’il était mort depuis plusieurs jours, le
visage noir et flétri. La femme continua à
implorer. Alors il versa quelques gouttes
entre les lèvres mortes. La mère se mit alors
à chantonner de joie et porta le bébé en
triomphe. Elle chancela et, quelques mètres
plus loin, tomba morte. »
—Le reporter américain Patrick Gordon à la libération de BergenBelsen par les Alliés, avril 1945
Ce rescapé de Bergen-Belsen souffrait le martyre à la libération. L’internement dans les camps hitlériens
laissait des séquelles – souvent calamiteuses – psychologiques et
physiques sur les survivants.
En avril 1945, l’administration
du camp de Bergen-Belsen s’effondra totalement devant l’afflux de
nouveaux détenus (par exemple,
28 000 arrivées en dix jours, du
3 au 14 avril). Les rations
alimentaires furent coupées, l’appel
cessa et les prisonniers furent livrés
à eux-mêmes. Certains membres du
personnel demeurèrent cependant
à Bergen-Belsen jusqu’au bout,
comme ces gardiennes SS qui
avaient la réputation d’être tout
aussi cruelles que leurs homologues
masculins. Des milliers d’Allemands
moyens participèrent activement à
la perpétration de la Shoah.
601
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Ces femmes juives, libérées des camps de concentration en vertu de l’accord conclu par Bernadotte, arrivent
à Malmö, en Suède. L’une des femmes réagit avec joie à
l’offre généreuse d’un verre de lait. Le comte Folke
Bernadotte organisa le sauvetage de près de 30 000
survivants, pour la plupart du camp de concentration de
Ravensbrück.
Des camps plus petits utilisaient des moteurs diesel
pour produire le gaz destiné à assassiner les victimes,
mais les nazis procédaient souvent à des
improvisations pour réaliser leur sinistre besogne.
Les troupes américaines découvrirent ces corps carbonisés en pénétrant dans le camp de Thekla, en Allemagne. Margaret Bourke-White, correspondante du
magazine Life, décrivit l’un des corps, celui d’un
professeur de Pologne : « La moitié inférieure de son
corps, toute flétrie, reposait dans des cendres… à côté
de sa béquille noircie par le feu, mais la belle tête
chauve de l’intellectuel rejetée vers l’extérieur [de la
clôture du camp] était intacte, les lunettes encore en
place. Il avait dû être très aimé ; les survivants le pleuraient. »
1945
602
4 000 décès avaient été enregistrés
durant les trois mois précédents. Les victimes étaient des Juifs, des Polonais et des
prisonniers de guerre soviétiques. Des
centaines d’entre eux, abattus juste avant
la libération, avaient travaillé à construire
un immense centre de communication
(radio et téléphone) souterrain. Très peu
de détenus restent en vie à la Libération.
• Les Juifs s’exténuant dans les carrières à
Gotha, en Allemagne, sont assassinés par
leurs surveillants nazis.
• 8 avril 1945 : Les détenus juifs quittent
à pied le camp de concentration de
Buchenwald pour se rendre à
Flossenbürg, également en Allemagne, à
plus de 150 kilomètres au sud-est. Les prisonniers non juifs sont laissés en arrière
pour attendre l’arrivée des Américains.
1945
Les Alliés ordonnèrent souvent à la population locale
d’exhumer les corps des prisonniers assassinés dans les
camps de concentration ou au cours des marches de la
mort afin qu’ils reçoivent une sépulture convenable,
notamment dans des cas comme celui-ci, à Helmbrecht,
en Allemagne, de ces femmes asservies, originaires d’Europe orientale, dont l’enterrement avait été bâclé.
Ces femmes juives récemment libérées avaient été
asservies dans une usine de munitions à Kaunitz, en
Allemagne. Les croix jaunes peintes sur leur vêtement
les rendaient aisément identifiables pour la population
allemande locale, réduisant ainsi leurs perspectives
d’évasion.
Quelques Juifs parviennent à se cacher
et évitent la marche ; voir 11 avril 1945.
• 9 avril 1945 : Le camp de concentration
de Dora-Mittelbau, en Allemagne, est
libéré par l’armée américaine. Il ne reste
que très peu de détenus en vie.
• 10 avril 1945 : Le fonctionnaire SS
Adolf Eichmann visite le camp /
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Les Alliés interprètent
la Shoah
La libération des camps de concentration en
Allemagne déclencha un torrent d’informations
sur le traitement infligé aux Juifs par les nazis.
Des reportages mirent l’accent sur les monceaux
de corps (entre autres, celui de la photo prise à
Gotha, en Allemagne), l’horreur et la puanteur
des camps et les silhouettes étranges, squelettiques, qui restaient en vie. Bien que des récits
sur
les
meurtres en
masse aient
été publiés
dans
les
médias occidentaux
depuis 1942,
pratiquement personne n’avait imaginé les scènes d’horreur
dissimulées derrière les barbelés des camps nazis.
Effectuant un reportage sur Buchenwald, le
correspondant de la radio CBS, Edward R.
Murrow, présenta la description suivante :
« Déferlait autour de moi une puanteur nauséabonde. Des hommes et des adolescents tendaient la main pour me toucher. Ils portaient
des haillons et des restes d’uniformes. La mort
avait déjà marqué nombre d’entre eux, mais ils
souriaient des yeux… Le meurtre avait été perpétré à Buchenwald. Dieu seul sait combien
d’hommes et de garçonnets moururent ici au
cours des 12 années écoulées. »
Des rapports bien intentionnés comme celuici induisirent en erreur les populations qui crurent que les programmes génocidaires n’avaient
été mis en œuvre qu’en Allemagne. De nombreuses années s’écoulèrent avant que tous les
détails de la « solution finale » ne soient rassemblés et qu’on puisse interpréter de façon plus
précise les événements de la Shoah.
ghetto de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie, pour se réjouir du nombre
de Juifs qui y ont péri.
• 11 avril 1945 : Les troupes américaines
libèrent le camp de concentration de
Buchenwald, en Allemagne ; 21 000 détenus sont encore en vie. Dans le bloc de
Pathologie (Block 2), les GI découvrent
de la peau humaine tannée et tatouée.
• Une division d’infanterie et la 3ème division blindée des États-Unis libèrent le
camp de concentration et de travail de
Nordhausen, en Allemagne. • Les
détenus du camp d’Aschersleben, en Allemagne sont évacués par les SS à
Theresienstadt, en Tchécoslovaquie.
• 12 avril 1945 : Les généraux américains Dwight Eisenhower, George
603
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Le régime alimentaire imposé
aux détenus du camp exerça de
profonds effets sur le système digestif. L’un des résultats de la malnutrition prolongée fut de graves cas de
dysenteries, dont bon nombre s’avérèrent fatals, même après la libération. Ici, un jeune Tchèque souffrant
d’une grave maladie, est aidé par
deux autres survivants du camp de
Flossenbürg.
Le camp de travail de Flossenbürg, en Allemagne, où les prisonniers travaillaient dans une carrière de pierre et dans une usine d’armes et de munitions, fonctionnait depuis 1938. Le personnel évacua les prisonniers du
camp, le 20 avril 1945, imposant aux détenus une marche de huit jours
vers Dachau. Les troupes américaines atteignirent Flossenbürg le 23 avril et
libérèrent les rares prisonniers qui y restaient. Enterrés à la hâte, les corps
des prisonniers qui avaient péri ou avaient été massacrés s’alignèrent le
long de la route. Le général George Patton fut scandalisé par les morts et
les tombes improvisées qui durent être exhumées. Il donna un ordre
tranchant : « Je ne veux pas que le moindre soldat américain creuse pour
ces corps. Ratissez la ville de Bürgermeister et que tous les civils disponibles
commencent à creuser. » Les femmes allemandes figurant sur la photo
faisaient partie des gens mobilisés pour cette tâche.
Les poux et les puces étaient l’un
des fléaux de l’existence concentrationnaire. Non seulement cette
vermine rendait la vie au camp
encore plus insupportable, mais elle
transportait également des maladies.
Les Alliés s’efforcèrent donc d’aider
les anciens prisonniers à mettre fin à
l’envahissement de la vermine. Ici, un
soldat américain désinfecte les rescapés du camp de Flossenbürg, en Allemagne.
1945
604
Patton et Omar Bradley visitent le
camp d’Ohrdruf, en Allemagne et
observent les corps et autres preuves
des atrocités nazies. • Les soldats SS
évacuent les détenus du camp de
Schönebeck (Allemagne) vers Theresienstadt (Tchécoslovaquie). • Décès
du président des États-Unis, Franklin
Roosevelt. Le vice-président Harry S.
Truman devient président.
• 13 avril 1945 : Les troupes soviétiques
pénètrent dans Vienne. • Les détenus du
petit camp de travail de Rottleberode, un
camp annexe de Dora-Mittelbau,
astreints à une marche de la mort, sont
conduits à la périphérie de Gardelegen,
en Allemagne où ils étaient arrivés deux
jours plus tôt. Les prisonniers, au nombre
de plus d’un millier, sont regroupés par
des gardes SS et des membres de la milice
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Cette veste appartenait à William Luksenburg, un survivant de la
Shoah. Après la déportation de ses parents à Auschwitz en 1942, il
fut envoyé dans l’un des camps annexes d’Auschwitz. En janvier
1945, il avait été acheminé à Flossenbürg, puis à Regensburg, en
Allemagne, où il travailla sur la voie ferrée. Vers la fin de la
guerre, Luksenburg survécut à une marche de la mort. Un
soldat américain qui avait trouvé la veste de Luksenburg, l’enterra pour éviter la propagation de la maladie, la ressortit
quatre mois plus tard et la garda comme « souvenir ».
L’exploitation des victimes par les nazis allait jusqu’au
pillage de leurs cheveux et de l’or de leurs dents, et même
aux cendres des personnes assassinées. Dans certains
camps, des cendres prises au hasard étaient recueillies
dans des urnes et vendues aux survivants en deuil comme
les vestiges de tel ou tel de leurs proches. Cette urne et ce
tonneau de cendres furent découverts dans le camp de
concentration de Flossenbürg, en Allemagne où le
commandant Hans Vogel accumulait de coquettes sommes
par la tromperie.
Ces résistantes polonaises avaient été capturées par
les Allemands durant les combats de Varsovie, à l’automne 1944. Ces femmes furent libérées des camps
allemands de prisonniers de guerre par les troupes
polonaises près d’Emden, en Allemagne. Certains libérateurs y trouvèrent celles qui allaient devenir leurs
femmes. Les Allemands reconnaissaient certains droits
aux soldats d’Europe occidentale devenus prisonniers
de guerre. Les nazis traitaient moins bien les partisans
non juifs et n’accordaient aucun droit aux civils juifs.
locale dans une grange préparée pour
leur exécution. Alors que les derniers prisonniers sont poussés dans la grange, les
SS lancent des torches sur la paille imprégnée d’essence et verrouillent les portes.
Les prisonniers qui ne sont pas tués par la
fumée et les flammes sont abattus par les
SS lorsqu’ils tentent de s’échapper.
Quelques prisonniers seulement
survivent ; voir 14 avril 1945.
• 14 avril 1945 : Le comte Folke Bernadotte, diplomate suédois, négocie
le rapatriement de 423 Juifs danois
détenus au camp / ghetto de
Theresienstadt. • Les soldats américains arrivent à Gardelegen
(Allemagne) et découvrent les corps
carbonisés des Juifs massacrés la
veille.
• 15 avril 1945 : Les troupes britanniques
parviennent dans le camp de concentration de Bergen-Belsen et trouvent 60 000
survivants et 27 000 corps non enterrés.
Après la libération, la faim et le typhus
coûteront la vie, chaque jour, à environ
500 détenus pendant dix jours ; voir 15-17
avril 1945. • Les troupes britanniques se
rapprochent de Brême et d’Hambourg
(Allemagne). • Les forces soviétiques se
605
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Les Noirs américains dans les camps
La libération par les Alliés des camps de concentration allemands
envahis par la maladie et affreusement surpeuplés fut une expérience heureuse, mais douloureuse. Pour les soldats noirs américains, le spectacle de victimes du racisme – mortes, agonisantes ou
souffrantes – fut un rappel terrifiant des conséquences potentielles
des préjugés.
Rien n’aurait pu préparer quelqu’un à ce qu’on trouvait derrière
les grilles de Dachau et Buchenwald, mais les soldats afro-américains semblèrent particulièrement affectés par ce qu’ils découvrirent. Bob Bender, un rescapé libéré de Buchenwald, se souvient des
« soldats noirs de la troisième armée des États-Unis, grands et forts,
pleurant comme des bébés en portant les corps décharnés des prisonniers libérés. »
Frappé de stupeur par ce qu’il avait vu à Buchenwald, Leon Bass,
du 183ème bataillon, combattant du Génie de la troisième armée américaine, fit cet important commentaire : « J’ai pénétré dans ce camp
en soldat noir furieux. Furieux contre mon pays et à juste titre.
Furieux parce qu’on me traitait comme si je n’étais pas assez bon.
Mais [ce jour-là], j’ai réalisé que moi et les miens n’avons pas l’apanage de la souffrance humaine. Je sais maintenant que la souffrance
humaine peut nous atteindre tous… [Ce que j’ai vu] à Buchenwald,
c’était le visage du mal… c’était du racisme. »
1945
606
trouvent à 55 km à l’est de Berlin et à
moins de 100 km de Dresde (Allemagne).
• À Ravensbrück et Sachsenhausen, en
Allemagne, 57 000 détenus – dont 17 000
femmes – sont astreints par les SS à marcher vers l’ouest. En chemin, bon nombre
seront abattus ou mourront
d’épuisement ; les autres, dont Mila
Racine, âgée de 21 ans, seront tués pendant les bombardements alliés visant des
Ces enfants, rescapés du camp de
Bergen-Belsen, en Allemagne, jouent
avec des jouets saisis dans les villes
environnantes par les soldats alliés.
Comme environ six millions de Juifs
furent assassinés pendant la Seconde
Guerre mondiale, il est probable que
la plupart de ces enfants étaient des
orphelins qui n’avaient pas où aller.
De telles scènes n’étaient pas inhabituelles ; enfants et adolescents constituaient un important pourcentage des
habitants des camps de personnes
déplacées.
Vers la fin de la guerre, les nazis
déplacèrent des dizaines de milliers
de prisonniers vers les camps du
centre de l’Allemagne. Cette jeune
femme squelettique, qui avait été
détenue au camp pour femmes de
Ravensbrück, en Allemagne, faisait
partie des milliers de prisonniers
acheminés à Sachsenhausen au
printemps 1945. Des milliers de prisonniers périrent durant ces trajets
appelés, à juste titre, « marches de
la mort. »
cibles voisines. • Un train de déportation
parti de Vienne, le dernier organisé par
l’équipe d’Eichmann, arrive au camp /
ghetto de Theresienstadt avec 109 Juifs.
• 15-17 avril 1945 : Un petit contin-
gent de soldats britanniques au camp
de Bergen-Belsen (Allemagne) ne
parvient pas à empêcher des gardes
SS hongrois d’assassiner 72
Benito Mussolini fut arrêté par
des partisans communistes en avril
1945 alors qu’il tentait de fuir en
Autriche déguisé en soldat
allemand. Les partisans le fusillèrent
le 28 avril. Par la suite, son corps,
celui de sa maîtresse Clara Petacci
et ceux de cinq autres proches,
furent pendus à Piazzale Loreto à
Milan (Italie) et mutilés par une
foule en colère. Paradoxalement,
Mussolini ignora le conseil donné
par son fils et d’autres personnes,
et refusa de quitter le pays en avion
pour se mettre temporairement en
lieu sûr. C. Petacci, elle aussi, se
montra imprudemment obstinée et
refusa d’abandonner Il Duce.
Ces enfants décharnés survécurent
dans le camp de concentration de
Ravensbrück, en Allemagne. Si
Ravensbrück était principalement un
camp pour femmes, il comprenait
aussi un camp pour enfants à Uckermark et une section séparée pour les
hommes. En décembre 1944 et en
janvier 1945, Uckermark devint officiellement un camp de sélection et
d’extermination pour Ravensbrück.
Vers la fin janvier, une grande sélection fut organisée : les femmes âgées,
malades ou affaiblies furent
emmenées à Uckermark et
assassinées, bon nombre par le gaz.
Ces sélections se poursuivirent
jusqu’au printemps, conduisant à la
mort d’au moins 5 000 femmes.
Le 29 avril 1945, un contingent
clairsemé de gardes conduit de
nombreux prisonniers du camp de
concentration de Dachau, en Allemagne, dans une marche de la
mort. Cette photographie, prise
subrepticement par un civil
allemand, montre les prisonniers
décharnés traversant la campagne
bavaroise dans la Nördlichen
Münchner Strasse à Grünwald. Peu
de civils tentèrent d’aider les
marcheurs.
607
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Victimes de sévices physiques et psychologiques,
ces hommes furent parmi les premiers à être libérés du
camp de concentration de Dachau (Allemagne) par
l’armée américaine, le 29 avril 1945. Un soldat américain rapporta que les détenus du camp n’avaient
« que la peau sur les os ». Nombre de survivants
avaient vécu pendant des mois avec des rations de
famine. Un grand pourcentage d’entre eux moururent
après avoir été libérés.
D’anciens prisonniers saisirent souvent les occasions de
se venger contre les gardes du camp. Cet Allemand,
auparavant garde à Dachau, fut battu par des détenus
qui, contre toute attente, avaient survécu à sa cruauté.
Trente minutes après la
libération du camp, un
corps humain continue à
brûler dans les fours crématoires de Dachau. Le taux
de mortalité augmentant,
les nazis firent fonctionner
jour et nuit les fours de
Dachau. C’était à peine
suffisant pour se débarrasser des corps des centaines
de personnes qui mouraient
chaque jour.
1945
608
prisonniers juifs et 11 non juifs.
• 16 avril 1945 : L’Armée rouge lance
son ultime assaut contre Berlin. • Les
forces françaises entrent à
Nuremberg (Allemagne), ancien lieu
des rassemblements monstres du
parti nazi. • Évacuation du camp de
Johanngeorgenstadt (Allemagne) à
Theresienstadt (Tchécoslovaquie).
Plus de 60 détenus de ce groupe sont
massacrés dans le village de Buchau,
en Tchécoslovaquie.
• 18 avril 1945 : Les nazis imposent
une marche de la mort aux
prisonniers de Schwarzheide
(Allemagne) à Theresienstadt (Tchécoslovaquie) ; voir 6 mai 1945.
1945
Deux soldats britanniques
gardent le sinistre Alex Bernard
Hans Piorkowski, ancien commandant de Dachau. Si un nombre relativement restreint de détenus furent
gazés à Dachau, Piorkowski fit en
sorte que les conditions soient tellement effroyables que les prisonniers
mouraient par milliers de faim, de
maladies et des violences (y
compris l’exécution pure et simple)
entre les mains du personnel du
camp.
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Jack Hallett, un soldat américain qui participa à la libération
d’Auschwitz, écrivit : « la première chose que je vis, ce fut un monceau de
corps – oh, environ six mètres de long, aussi haut qu’un homme… Et la
chose que je n’oublierai jamais, c’est qu’en se rapprochant, on trouvait des
gens dont les yeux clignaient encore, peut-être trois ou quatre profondément
enfouis dans le tas. » Un aspect particulièrement obsédant de la terrible
scène photographiée ici est la jeune femme habillée parmi les dizaines de
corps d’hommes nus et rasés.
L’une des premières choses que
firent les Alliés consista à assurer un
ravitaillement suffisant pour les survivants. Ici, le pain chargé dans un
camion est distribué aux survivants
de Dachau. Tragiquement, après
des mois de sous-alimentation, de
nombreux anciens détenus se réalimentèrent trop rapidement, au
point d’en mourir. Ils avaient été
privés si longtemps de nourriture
que les aliments surchargèrent leur
système digestif et les tuèrent.
• 19 avril 1945 : Prise de Leipzig (Allemagne) par les forces américaines.
• 20 avril 1945 : Heinrich Himmler,
chef des SS, rencontre le diplomate
suédois Norbert Masur pour organiser le transfert de 7 000 femmes –
dont la moitié sont juives – du camp
de Ravensbrück (Allemagne) en
Suède, pays neutre. Il s’agit d’une
tentative évidente d’Himmler pour
améliorer sa position vis-à-vis des
Alliés. • Les SS évacuent le camp de
Flossenbürg (Allemagne) ; voir 23
avril 1945.
• 22 avril 1945 : Six cents prisonniers
juifs et serbes de Jasenovac, en Croatie, se révoltent contre leur gardiens.
520 prisonniers sont abattus à la
mitrailleuse et par des grenades. Les
80 autres, dont 20 Juifs, s’évadent.
• 23 avril 1945 : Libération du camp de
concentration de Flossenbürg (Allemagne) par l’armée américaine ; 2 000
détenus sont encore en vie. • Évacuation du camp de concentration de
Ravensbrück (Allemagne) par les SS.
• Frau Solf et sa fille, membres de la
609
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Lorsque Dachau fut libéré, le 29 avril
1945, quelques GI’s américains, dont
le nombre est inconnu, alignèrent 16
gardes SS du camp contre le mur d’un
dépôt de charbon du camp d’entraînement SS situé à proximité et les exécutèrent. D’autres exécutions eurent lieu
dans un dépôt de Dachau, une tour de
garde et près de la rivière Würm. Au
total, 37 à 39 SS furent liquidés ce jourlà. Ces actions se faisaient « sans autorisation » et ne reflétaient pas la politique
de l’armée américaine à l’égard des SS
capturés.
Le titre austère du numéro du 30 avril du Chicago Herald recouvre la
photographie d’un train de la mort de Dachau. Pour les Américains peu
informés sur la Shoah par leurs dirigeants, de telles scènes et de tels titres
étaient pratiquement incompréhensibles.
1945
610
Résistance allemande antinazie, sont
libérées de la prison Moabit sur une
erreur bureaucratique ; voir 10
septembre 1943 ; 3 février 1945.
• 25 avril 1945 : Les troupes américaines
venant de l’ouest et les troupes
soviétiques de l’est se rencontrent à Torgau, en Allemagne. • 25 avril 1945 : Les
forces françaises dans le sud de
Tandis que les troupes soviétiques
se rapprochaient de Berlin, Eva
Braun retourna dans la ville pour rester aux côtés du Führer. Le 29 avril,
au cours d’une simple cérémonie
civile organisée dans le bunker, ils se
marièrent. Joseph Goebbels et Martin Bormann servirent de témoins et
la cérémonie fut suivie d’une petite
fête. Le lendemain, les nouveaux
mariés se suicidèrent, Eva avec du
cyanure et Hitler, probablement avec
du cyanure et une arme à feu.
l’Allemagne atteignent quatre centres
d’extermination : Schömberg (1 771 victimes), Schörzingen (549), Spaichingen
(111) et Tuttlingen (86). • Au cours de l’ultime évacuation des prisonniers de Stutthof (Pologne), 200 femmes juives sont
emmenées sur une grève et abattues. Les
4 000 prisonniers restants, dont 1 500
Juifs, sont chargés sur cinq barges et
envoyés sur la Baltique vers la côte
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Les derniers jours
d’Hitler
Ce document manuscrit, intitulé Mein Testament
(Mon testament), précise les dernières volontés d’Adolf
Hitler. Hitler rédigea en fait deux documents. L’un était
un testament politique nommant l’amiral Karl Dönitz
pour lui succéder et écartant du parti les « traîtres »
comme Heinrich Himmler et Hermann Göring. L’autre
était un testament personnel stipulant que ses souvenirs
allaient à ses fidèles secrétaires. Il ordonna oralement
que son corps et celui d’Eva soient brûlés, afin que les
Soviétiques ne puissent se réjouir devant les dépouilles.
L’effondrement de l’effort de guerre allemand et
l’avance continue des armées alliées conduisirent
les principales instances du gouvernement nazi dans
un réseau de bunkers souterrains. Adolf Hitler
passa les dernières semaines de sa vie dans un bunker de 18 pièces, humide et froid, situé directement
sous la chancellerie du Reich à Berlin.
À l’approche de l’Armée rouge, le Führer
n’était plus que l’ombre de lui-même. Son corps
était affaissé et émacié et il ne pouvait empêcher
ses mains et sa voix de trembler. Il avait de violents revirements d’humeur et rejeta vigoureusement une occasion de s’enfuir de Berlin par avion.
Avant sa mort, Hitler expulsa Hermann
Göring et Heinrich Himmler du parti nazi. Il
épousa sa maîtresse de longue date, Eva Braun,
et dicta ses dernières volontés et son testament
pour la nation. En conclusion de son testament
politique, il écrivit : « Avant tout, je charge les
dirigeants de la nation et ceux qui sont sous leurs
ordres de faire appliquer scrupuleusement les
lois raciales et de s’opposer impitoyablement à
l’empoisonneur universel de tous les peuples, la
juiverie internationale. »
Le 30 avril 1945, entre 15h et 16 h, Hitler
plaça un pistolet sur sa tête, mordit une capsule
de cyanure et appuya sur la gâchette. Eva Braun,
elle aussi, se suicida. Sur la photo, le prisonnier
de guerre allemand semble peu chagriné.
Les fidèles subordonnés d’Hitler, notamment son
chauffeur Erich Kempka et le commandant des gardes
SS, Hans Rattenhuber, exécutèrent le dernier ordre du
Führer : ils portèrent son corps et celui d’Eva Braun
dans la cour située au-dessus du bunker, les arrosèrent
d’essence et y mirent le feu. Les discussions allèrent
bon train par la suite sur la question de savoir si la
dépouille que trouvèrent les Soviétiques dans ce
cercueil était effectivement celle d’Adolf Hitler.
germano-danoise. Plus de 2 000 sont
noyés ou abattus par les Allemands. • À
Cueno, en Italie, la Gestapo arrête et
assassine six Juifs.
• 26 avril 1945 : L’Armée rouge s’empare de Brno, en Tchécoslovaquie,
libérant les Juifs d’Oskar Schindler.
• 26 avril-3 mai 1945 : Les survivants
du camp de concentration de
Stutthof, Pologne, sont évacués par
mer à Lübeck (Allemagne), trajet de
plus de 480 kilomètres. Plusieurs
centaines périssent pendant le
voyage qui dure sept jours.
• 27 avril 1945 : Sur les 2 775 détenus de
Rehmsdorf (près de Buchenwald, en Allemagne) contraints de marcher vers l’est,
1 000 sont tués à la grenade et à la
mitrailleuse, par des gardes SS à Marienbad (Tchécoslovaquie), pour tentative
d’évasion. 1 200 autres seront tués durant
la marche et 500 autres seront assassinés
à leur arrivée à Theresienstadt (Tchécoslovaquie). Sur les 2 775 personnes, 75
seulement survivront. • Libération par
l’Armée rouge du camp de concentration
de Sachsenhausen, en Allemagne ; il reste
611
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Charlotte Delbo
Libérée du camp de
concentration de Ravensbrück, en Allemagne, le 23
avril 1945, Charlotte Delbo
fit de son expérience un
témoignage littéraire.
Lorsque les Allemands
envahirent sa France natale,
Ch. Delbo se trouvait fort
loin, en tournée au Brésil
avec une troupe de théâtre.
Lorsqu’elle revint dans sa
patrie, elle rejoignit son
mari, Georges Dudach, dans
la Résistance. Dudach fut
arrêté en mars 1942 et fusillé
au mois de mai. Ch. Delbo
fut envoyée à Auschwitz et à
Ravensbrück. Détenue dans
ce dernier camp, Delbo écrivit que les autres femmes et
elle-même
étaient
des
« larves » dont les couvertures étaient des « linceuls ».
Après la guerre, Ch.
Delbo revint en France, s’exprima puissamment au nom
de ceux qui avaient péri. Le
jour de sa libération de
Ravensbrück, elle écrivit :
« Je sais pourquoi les fleurs,
le ciel, le soleil étaient si
beaux et les voix humaines si
émouvantes. La terre était
belle d’avoir été retrouvée. »
Cependant, pour Ch. Delbo,
la terre qu’elle avait connue
ne serait plus jamais retrouvée. Pour elle, il fut impossible de revenir « d’un
monde au-delà de toute
connaissance. »
1945
612
Les marches de la mort entreprises depuis les camps de concentration en
1944 et 1945 prélevèrent un lourd tribut de victimes – des gens qui moururent, furent assassinés et parfois enterrés à la hâte. Cette fosse située près
de Namerring, en Allemagne, fut exhumée par des GIs américains.
Les restes calcinés de Joseph Goebbels témoignent de son dévouement
fanatique pour Hitler. La femme de Goebbels, Magda, partageait son fanatisme, déclarant que leurs enfants étaient « trop bien pour la vie qui allait
venir après nous. » Le 1er mai 1945, elle demanda à un médecin SS d’administrer des injections mortelles de morphine à ses six enfants, Helga,
Hilde, Helmut, Holde, Hedde et Heide. Goebbels et sa femme s’empoisonnèrent ensuite avec du cyanure. Des subordonnés brûlèrent ensuite les corps
du couple.
3 000 détenus en vie. • Libération par
l’armée américaine du camp de
Kaufering, en Allemagne. Très peu de
détenus sont encore en vie.
• 28 avril 1945 : Les SS coopèrent
avec la Croix rouge pour transporter
en lieu sûr 150 femmes juives du
camp de concentration de
Ravensbrück, en Allemagne, vers la
Suède, pays neutre. En chemin, cinq
femmes sont tuées pendant un raid
aérien des Alliés. • Le dictateur
italien destitué, Benito Mussolini, est
capturé et exécuté par des partisans
italiens à Dongo, en Italie ; voir 29
avril 1945. • Heinrich Müller, chef de
la Gestapo de 1934 à 1945, est
aperçu pour la dernière fois dans le
bunker d’Hitler.
1945
•
LIBÉRATION
Les Alliés
contraignirent
souvent les
soldats allemands
à exhumer les victimes de la Shoah
afin que les corps
puissent être
enterrés dans de
meilleures conditions. Ici,
plusieurs prisonniers de guerre
allemands déterrent les corps
d’une fosse commune à Kaufering III. Les camps de Kaufering, 11 au total, étaient des
annexes du camp de Dachau, en Allemagne. Les nazis souhaitaient que les
prisonniers construisent des usines de bombardiers, programme qui ne fut
jamais réalisé. Des milliers de détenus de Kaufering périrent de maladie, de
surmenage, de sous-alimentation ou furent exécutés, et leurs corps furent
jetés comme des ordures.
Anton Mussert (coiffé d’un chapeau) était le chef du NationaalSocialistische Beweging der Nederlanden (parti nazi des Pays-Bas). Bien
qu’étant un soutien indéfectible des nazis, il exerça très peu d’influence sur
les événements durant les longues années d’occupation. Hitler n’avait aucun
respect pour lui. Le 7 mai 1945, il fut arrêté par la Résistance néerlandaise.
Mussert fut exécuté exactement un an plus tard.
• 29 avril 1945 : Hitler désigne l’amiral
Karl Dönitz pour lui succéder aux
fonctions de Führer et président du Reich.
Joseph Goebbels, ministre de la
Propagande, est nommé chancelier du
Reich. • 29 avril 1945 : Pris au piège avec
ses intimes dans son bunker situé sous Berlin, Hitler dicte son ultime testament politique. Ce document accuse les Juifs et
leurs « collaborateurs » d’être responsables
de la guerre et de tous les problèmes de
l’Allemagne. Hitler termine par un avertissement à l’Allemagne : « Avant tout, je
charge les dirigeants de la nation et ceux
qui sont sous leurs ordres de faire
appliquer scrupuleusement les lois raciales
et de s’opposer impitoyablement à l’empoisonneur universel de tous les peuples, la
juiverie internationale. » • Par une
émission de la radio de Stockholm, Hitler
apprend l’exécution, le 28 avril, du dictateur italien Benito Mussolini.
ET
RECONSTRUCTION
Le 29 avril 1945, Hitler choisit
l’amiral Karl Dönitz (photo) pour lui
succéder, le nommant président et
commandant en chef de ce qui restait
des forces armées de l’Allemagne. Le
Führer était convaincu que la SS, la
Wehrmacht et la Luftwaffe l’avaient
trahi. Seule, la marine allemande, qui
avait, depuis longtemps cessé d’être
un facteur déterminant dans la
guerre, semblait sans tache à Hitler.
En outre, Heinrich Himmler et
Hermann Göring avaient rompu avec
le régime et tenté de conclure des
accords séparés avec les Alliés dans
de vaines tentatives de sauver leur
peau. Ainsi, Dönitz succéda à Hitler,
principalement par forfait. Durant les
23 jours où le président Dönitz
dirigea l’Allemagne, il perpétua la
politique antisoviétique d’Hitler.
Reconnu coupable de crimes de
guerre et d’avoir mené une guerre
agressive, Dönitz fut condamné à dix
ans de prison.
• Le corps de Mussolini et celui de sa maîtresse, Clara Petacci, sont pendus la tête
en bas sur la Piazza Loreto de Milan et
mutilés par une foule en colère. • Les
42ème et 45ème divisions d’infanterie américaines libèrent le camp de concentration
de Dachau, en Allemagne ; ils y trouvent
32 000 détenus en vie et 50 wagons remplis de corps décharnés. À Allach, en Allemagne, près de Munich, de nombreux
Juifs meurent d’avoir trop mangé après
613
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Célébrant leur victoire durement arrachée, un soldat brandit un drapeau
soviétique sur le toit de la chancellerie du Reich, le siège du régime nazi, désormais occupé par l’Armée soviétique. Sous la direction de Zhukov et Koniev,
généraux aguerris, l’armée soviétique déferla dans la ville. Terrifiés, les citoyens
de Berlin, craignant un châtiment, voulurent fuir la capitale ravagée.
Un buste en bronze d’Adolf Hitler sous le bras, un soldat
soviétique célèbre la prise du bâtiment de la chancellerie du Reich, à
Berlin. Les dernières forces
allemandes, pour la plupart des
hommes âgés et des garçons des
Jeunesses hitlériennes, ne pouvaient
pas faire grand-chose pour contenir
l’immense armée soviétique. Berlin
tomba le 2 mai et, le 7 mai, dans
une école, près de Reims, les forces
allemandes capitulèrent sans conditions. La guerre européenne, qui
avait duré près de six ans – avec
un nombre de morts et des ravages
sans précédents – était terminée.
1945
614
l’arrivée des vivres apportés par les
troupes américaines. • Libération par l’armée royale britannique du camp de
concentration de Neuengamme, en Allemagne. Très peu de détenus sont encore
en vie. • 123 gardes SS faits prisonniers
au camp de concentration de Dachau, en
Allemagne, sont sommairement exécutés
par des soldats américains indignés.
• 30 avril 1945 : Hitler et sa fiancée se suicident dans le bunker situé sous Berlin.
• Le valet de chambre d’Hitler et d’autres
intimes remontent avec les corps dans le
jardin de la chancellerie. Les corps sont
aspergés d’essence et brûlés. • Les
troupes alliées s’emparent de Munich, en
Allemagne. • L’Armée soviétique occupe
le bâtiment du Reichstag à Berlin. • Les
troupes soviétiques libèrent le camp de
De façon fort pratique – et
ironique – les Alliés utilisèrent souvent
les camps de concentration pour
loger les prisonniers de guerre
allemands. Ce soldat britannique surveille des prisonniers de guerre allemands dans ce qui avait été le camp
de concentration de Neuengamme.
Les troupes SS à Copenhague, au Danemark, livrent leurs armes avant
de se rendre. Les longues années de conflit avaient ébranlé bien des convictions. Reconnaissant que la guerre était perdue, ces soldats réagissent avec
joie à l’ordre de passer dans les lignes britanniques, conscients du fait
qu’ils ont survécu à la guerre, alors que tant de leurs camarades ont péri.
La libération fut bien accueillie
par tous les prisonniers – mais ceux
qui avaient collaboré avec les nazis
appréhendaient la situation fausse
dans laquelle ils se trouvaient. Ce
travailleur polonais (à gauche) qui,
le 4 mai 1945, se prélassait avec un
jeune compagnon dans le logement
auparavant occupé par l’adjudant
major du camp de concentration de
Flossenbürg, en Allemagne, fut par
la suite accusé d’être un kapo qui
avait maltraité les prisonniers juifs du
camp.
Des victoires symboliques remportées sur leurs
geôliers d’autrefois revêtaient souvent de l’importance
pour les prisonniers du camp. Ici, par exemple,
quelques-uns des anciens prisonniers du camp de
concentration de Mauthausen, en Autriche, arrachent la
croix gammée et l’aigle nazies de la porte principale du
camp. Des anciens détenus, qui avaient subi la terreur
nazie à son paroxysme, tenaient à détruire tout ce qui
rappelait le Troisième Reich. Seuls quelques soldats alliés
qui affrontèrent des soldats allemands sur le champ de
bataille considérèrent les objets nazis comme des souvenirs à conserver et à collectionner.
615
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Un responsable de la Reichsbank
allemande et des soldats de la
troisième armée des États-Unis examinent des sacs de monnaie
européenne profondément enfouis
dans une mine de sel. Cette cachette,
l’une des nombreuses du genre aménagée par les nazis, contenait,
estime-t-on 100 tonnes de lingots d’or
et plusieurs œuvres d’art. La politique
nazie approuva le pillage des biens
juifs et chrétiens pour une valeur de
plusieurs milliards de dollars. La
majeure partie de l’or avait été volée
dans les banques nationales des
nations occupées, mais une partie
provenait des dents en or et des effets
personnels des victimes de la Shoah
exterminées. On sait aujourd’hui que
les gouvernements et les banques
nationales de certains pays neutres,
en particulier la Suisse, aidèrent à
blanchir l’or pillé, contribuant ainsi à
l’effort de guerre allemand.
Les soldats de la septième armée des États-Unis transportent quelques
tableaux d’une valeur inestimable découverts dans le château de
Neuschwanstein, en Bavière. Ce butin avait été destiné à une galerie d’art
de Linz (Autriche), ville dans laquelle Hitler avait passé la majeure partie de
son enfance. Ces œuvres furent réunies sur les ordres d’Hermann Göring,
principal pilleur d’objets d’art de l’Allemagne nazie.
1945
Ravensbrück, en Allemagne où 2 000
détenues sont encore en vie. En deux ans,
30 000 Juifs et non Juifs, pour la plupart
des femmes et des enfants, y ont péri.
616
Les nazis élevèrent le pillage au
rang d’une sombre forme d’art,
s’appropriant presque tout objet de
valeur à leur portée. Alors que le
Reich s’effondrait, début 1945, les
Alliés découvrirent un nombre croissant de cachettes d’objets de
valeur. Ici, le lieutenant James Rorimer, de la septième armée
américaine, examine un casier
contenant des bijoux antiques, des
boîtes de tabac à priser et d’autres
objets découverts au château de
Neuschwanstein en Bavière.
• Fin avril 1945 : Des photographies
du camp de concentration de BergenBelsen, en Allemagne, sont largement
diffusées en Grande-Bretagne.
• Mai 1945 : Après 68 mois de guerre, un
dixième seulement des 3,3 millions de
Juifs vivant en Pologne avant la guerre
sont encore en vie. • Trente mille prisonniers transportés de Mauthausen
(Autriche) et de Varsovie se révoltent au
camp de travail d’Ebensee (Autriche).
Lorsqu’ils reçoivent l’ordre de pénétrer
dans un tunnel bourré d’explosifs, ils refusent de bouger, semant la confusion chez
1945
Marchant sur des jambes artificielles improvisées,
des prisonniers russes et polonais paralysés accompagnent un véhicule blindé américain à Mauthausen. Ces
prisonniers avaient échappé aux exécutions des détenus handicapés qui eurent lieu dans les derniers jours
du camp. Plusieurs, amputés des deux jambes, avaient
peu d’espoir de retrouver leur vie et leur travail
d’avant-guerre.
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
L’Allemagne se rend
La reddition sans conditions de l’Allemagne,
le 8 mai 1945, marqua la fin ignominieuse du
Troisième Reich. Le régime avait duré 12 ans
et non le millier d’années qu’Hitler avait promis. Cependant, durant ces 12 années, plus de
35 millions de personnes avaient péri par suite
de l’agression nazie.
Hitler se suicida le 30 avril 1945. L’amiral
Karl Dönitz, successeur désigné par Hitler,
reconnut que la situation de l’Allemagne était
sans espoir. C’est pourquoi, le 7 mai, il envoya
le
maréchal
Alfred Jodl et
d’autres généraux
au QG du général
américain Dwight
Eisenhower pour
signer les conditions de la reddition. Scandalisé
par ce qu’il avait
vu dans les camps
de concentration, Eisenhower refusa d’accorder à l’ennemi l’honneur de sa présence à la
cérémonie, se contentant d’envoyer des émissaires des armées britanniques, françaises et
soviétiques. Le lendemain, la cérémonie fut
réitérée à Berlin, le général soviétique Georgi
Zhukov acceptant la reddition du maréchal
allemand Wilhelm Keitel (photo). Le 8 mai
1945, date de l’armistice, entra dans l’histoire
comme le « V-E Day », le jour de la victoire en
Europe.
Le maréchal Alfred Jodl (au centre), le général de division Wilhelm Oxenius (à gauche) et l’amiral Hans von
Friedeburg signent les documents indiquant que
l’Allemagne capitule sans conditions. Friedeburg allait
bientôt se suicider et Jodl allait être pendu après avoir été
reconnu coupable par le Tribunal militaire international.
les SS et les gardes Volksdeutsche, tous
conscients de l’avancée des Alliés et de la
probabilité de procès pour crimes de
guerre. Le geste des prisonniers est
couronné de succès puisque les nazis
renoncent. • Suicide du ministre de l’Éducation du Reich, Bernhard Rust. • Suicide
du SS-Obergruppenführer Hans-Adolf
Prützmann, profondément impliqué dans
les massacres de Babi Yar de septembre
1941. • Martin Luther, ancien adjoint du
ministre des Affaires étrangères du Reich,
Joachim von Ribbentrop, meurt d’un
arrêt cardiaque.
• Début mai 1945 : Martin Bormann, l’influent secrétaire d’Hitler, est vraisemblablement tué par les troupes soviétiques
tandis qu’il tente de s’enfuir de Berlin, à
pied. Les rumeurs sur sa survie courront
pendant plusieurs années.
• 1er mai 1945 : Le ministre nazi de la
Propagande, Joseph Goebbels, et sa
femme Magda se suicident dans le Führerbunker après avoir empoisonné leurs
six enfants. • Dans un groupe de
travailleurs du camp de Sonneberg, en
Allemagne, un Juif chante et danse de joie
en apprenant la mort d’Hitler. Un garde
allemand abat l’homme. • Libération du
camp de concentration de Stutthof
617
1945
•
LIBÉRATION
ET
Le 3 mai, quelques jours après le suicide d’Hitler, les Tchèques de Prague se
soulevèrent contre leurs suzerains
allemands. Dans la ville, les soldats de la
Wehrmacht repoussèrent les résistants
civils pendant trois jours. Puis, le 6 mai,
l’armée de Libération nationale, armée
russe collaborationniste commandée par
le général Andrei Vlassov se retourna
contre ses camarades allemands, garantissant que les forces allemandes ne pourraient pas rester dans la ville. Les soldats
allemands commencèrent à battre en
retraite, et le 9 mai, les forces soviétiques
entraient à Prague. De nombreux
Tchèques furent blessés et environ 2 000
d’entre eux périrent durant le
soulèvement.
RECONSTRUCTION
Le 6 mai 1945, la troisième armée des États-Unis libéra un camp à
Ebensee, en Autriche. De toute évidence, ces rescapés souffraient depuis des
mois, sinon des années, de sous-alimentation. Un soldat se souvient que « les
vivants qui déambulaient étaient si émaciés ; leur tête était rasée ; ils avaient
des plaies sur le corps. Certains, nus, avançaient, hébétés. D’autres
s’enroulaient dans des couvertures tenues par une ceinture et les traits de leur
visage étaient d’une taille normale, mais tout le reste était complètement disproportionné. »
À l’instar de millions de personnes, en
Europe et en Amérique du Nord, des
Américains célèbrent le « V-E Day », jour
de l’armistice en Europe, le 8 mai 1945,
dans Times Square, à New York.
Derrière eux, une bannière annonce la
projection de films sur les atrocités
allemandes, réalisés par le corps
d’armée américaine responsable des
communications.
1945
618
(Pologne), par l’Armée rouge. 120 détenus seulement sont encore en vie.
• 2 mai 1945 : Les forces soviétiques
occupent Berlin. • Capitulation des
troupes allemandes à Berlin. • Reddition des armées allemandes en Italie.
• Les gardes SS de Neustadt-Glowen,
un camp de travail situé près de
Lübeck (Allemagne), ne se présentent
par pour l’appel du matin, libérant de
ce fait les femmes juives amenées de
Ravensbrück et Breslau (Allemagne)
pour creuser des tranchées défensives
et des fossés anti-tanks.
• 3 mai 1945 : Environ 9 400 prisonniers
juifs, évacués de Neuengamme et
contraints de marcher vers Lübeck (Allemagne), sont chargés par leurs surveillants
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Naturellement, dans le monde
entier, les Juifs accueillirent avec
joie la défaite nazie. Ces Juifs
palestiniens descendirent dans les
rues de Jérusalem pour célébrer la
fin de la guerre en Europe. Sur la
bannière, il est écrit : « Le peuple
d’Israël se souvient de ses
immenses pertes. Il ne demeurera
pas silencieux et n’aura de cesse
de rétablir l’indépendance dans sa
patrie. » La Shoah accéléra la création de l’État d’Israël en 1948.
Ce camion de l’armée américain garé à Nordhausen, en Allemagne,
porte l’inscription de la date de l’armistice, le 8 mai 1945. L’Allemagne
avait capitulé le 7 mai, jour important pour ces GI’s et non moins important
pour ce survivant du travail servile, très amaigri, à leurs côtés. Le 8 mai vit
également la fin de la résistance allemande en Lettonie et, beau succès pour
les Alliés, la capture, en Autriche, du dirigeant nazi Hermann Göring.
La fin de la Seconde Guerre
mondiale – annoncée ici par toutes
sortes de journaux palestiniens – fut
accueillie avec joie par les vainqueurs ;
avec trouble, ainsi qu’avec une sorte
de soulagement par les vaincus. Mais
probablement aucune nation ne ressentit l’incertitude et les difficultés autant
que la Palestine où les Britanniques
exerçaient un contrôle très strict sur l’immigration et où les Juifs faisaient
ardemment pression pour obtenir une
patrie juive.
à bord de deux bateaux, le Thielbeck et le
Cap Arcona, semble-t-il sans autre objet
que l’espoir que les Juifs allaient mourir à
bord. Des avions britanniques, ne réalisant
pas que les bateaux ne sont pas hostiles,
attaquent. Les deux bateaux coulent dans
le port de Lübeck en quinze minutes. Les
survivants qui tentent de gagner le rivage à
la nage sont abattus par les membres des
Jeunesses hitlériennes, de Volkssturm et les
SS qui les attendent. Sur les 9 400 prisonniers, 2 400 seulement survivent. • La
défaite de l’Allemagne approchant, la
Résistance tchèque se soulève et bat l’armée allemande à Prague. Voir 9 mai 1945.
• 4 mai 1945 : Occupation de Salzbourg
(Autriche) par les forces alliées. • Les
troupes allemandes se rendent aux PaysBas, dans le nord de l’Allemagne et au
Danemark. • Les troupes de l’Armée
rouge libèrent le camp d’Oranienburg
(Allemagne) où 5 000 détenus sont encore
en vie. • La Croix-Rouge internationale
prend en charge l’administration du
camp / ghetto de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie. Les derniers SS du camp
s’enfuient. • La 82ème division aéroportée
américaine libère le camp de concentration de Wöbbelin, en Allemagne.
619
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Odessa
Dans les journées troubles
qui suivirent la guerre, de
nombreux nazis – responsables
SS ou gardiens de camps de
concentration – échappèrent à
la justice en s’enfuyant d’Europe. La façon dont des criminels de guerre comme Adolf
Eichmann, Josef Mengele et
Franz Stangl gagnèrent sains
et saufs l’Amérique du Sud
demeure entourée de mystère.
Le nom « Odessa » fut utilisé
pour désigner un réseau secret
d’organisations qui facilitèrent
l’évasion des nazis et leur fournit de nouvelles identités.
Les spéculations vont bon
train sur la direction et le
financement de ces organisations secrètes, mais il ne fait
aucun doute que les nazis
reçurent toutes sortes d’aides,
qu’il s’agisse de faux passeports, de billets d’avion ou de
train, et d’argent, parfois de
personnes qui connaissaient
leur identité, parfois de personnes qui furent leurrées. En
Amérique du Sud, des dictateurs
sympathisants
du
nazisme opposèrent un refus
aux demandes d’extradition,
ne laissant parfois comme seul
moyen de traduire les criminels nazis en justice que l’enlèvement. Ce fut le cas pour
Eichmann qui fut capturé en
Argentine par des agents des
services secrets israéliens et
transporté en Israël pour y
être jugé.
1945
620
Les nazis avaient, à l’origine, fait de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie,
un ghetto / camp modèle destiné à leurrer le monde extérieur en lui faisant
croire que le régime ne maltraitait pas les Juifs. Mais le camp devint rapidement l’un des plus horribles d’Europe. Ces deux hommes squelettiques survécurent à Theresienstadt.
Lorsqu’ils n’étaient pas mal chaussés, les détenus des camps n’avaient
aucune chaussure, et souffraient en permanence des jambes et des pieds. Cet
homme, un survivant de Theresienstadt, soigne ses abcès aux jambes et aux
pieds. Ces problèmes de pieds conduisaient souvent à la mort, les prisonniers
se trouvant dans l’incapacité de travailler étant, en général, mis à mort.
• 5 mai 1945 : La 11ème division blindée
des États-Unis libère le camp de concentration de Mauthausen, en Autriche et
trouve 110 000 survivants, dont 28 000
Juifs. Les corps de 10 000 détenus sont
découverts dans une fosse commune.
Dans les jours qui suivent la libération,
plus de 3 000 détenus mourront. • Libération du camp de Gusen, en Autriche,
près de Mauthausen, par l’armée améri-
caine : 2 000 survivants. • Reddition des
troupes allemandes en Norvège. • L’évêque présidant la conférence des évêques
catholiques allemands charge ses prêtres
de dire une messe à la mémoire d’Hitler.
• La 71ème division d’infanterie américaine libère le camp de Gunskirchen
(Autriche) dans lequel 18 000 détenus
sont encore en vie. L’écrivain et journaliste hongrois Geza Havas, qui avait été
Par la suite, bien sûr, les
rescapés quittèrent les camps, soit
pour rentrer chez eux, soit pour
émigrer. La Shoah avait déplacé
des millions de personnes en
Europe orientale. Ces femmes
furent photographiées alors qu’elles
quittaient le camp de travail de Theresienstadt.
Ces fours en plein air se trouvaient dans le camp de concentration de
Stutthof, en Pologne. Ordinairement, les fours crématoires étaient situés
dans un bâtiment, mais, dans ce cas, les ingénieurs nazis improvisèrent,
probablement pour maintenir le rythme des incinérations. Le meurtre de plusieurs millions de personnes était une entreprise très coûteuse, considération
cruellement pratique dont les nazis étaient bien conscients.
Deux soldats soviétiques et trois civils sont photographiés à côté d’un
monceau de chaussures qui avaient appartenu aux victimes du camp de GrossRosen, en Allemagne. À son apogée, le complexe de Gross-Rosen comprenait
77 camps annexes et au moins 80 000 prisonniers, dont la plupart étaient
astreints au travail. Les nazis évacuèrent le camp en février 1945, chargeant les
prisonniers sur des wagons ou leur imposant des marches de la mort.
En juin 1944, le Zyklon B était
devenu la méthode la plus utilisée
pour gazer les prisonniers du camp
de concentration de Stutthof. C’était
un moyen aisé, relativement économique, de tuer rapidement un
grand nombre de personnes. Ces
boîtes du pesticide mortel furent saisies à Stutthof par des soldats soviétiques avant d’avoir pu servir.
621
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Tandis que les forces alliées
s’approchaient des camps de concentration, soldats allemands, SS et collaborateurs chargés de « s’occuper »
des Juifs et des autres détenus, furent
faits prisonniers en nombres sans
cesse croissants. Ces quatre hommes
tombés entre les mains des Alliés
furent photographiés. Celui-ci est
Leonhard Eichberger, un garde
responsable d’une marche de la mort.
Michael Redwitz, garde SS. Konrad
Belsh, garde SS lors d’une marche de
la mort. Jean Scheibel, garde, peutêtre non membre des SS.
1945
622
contraint de marcher depuis le camp de
Mauthausen, meurt quelques heures
avant l’arrivée des Américains. • Au camp
de concentration d’Ebensee, en Autriche,
un kapo allemand (chef d’équipe) cruel
supplie les détenus de ne pas le livrer aux
Américains qui approchent. Il est attaqué
et tué par trois jeunes juifs. D’autres Allemands d’Ebensee subissent un sort identique. Au cours de la journée, un drapeau
blanc est hissé sur la tour de garde du
camp.
• 6 mai 1945 : Une marche de la mort
depuis Schwarzheide (Allemagne) jusqu’à Theresienstadt (Tchécoslovaquie)
commencée le 18 avril prend fin à
Leitmeritz, en Tchécoslovaquie. • La
11ème division blindée américaine
libère le camp de concentration
1945
Les gardes
des camps exécutèrent souvent
les détenus à
l’approche des
armées alliées.
Ici, le commandant Eichelsdörfer du camp de
concentration
de Kaufering III
à Landsberg, en
Allemagne, est
contraint par les
libérateurs de se
tenir au milieu
des corps
décharnés de
centaines de victimes du camp, dont bon nombre
avaient été abattus juste avant l’arrivée des
Américains. Kaufering III était un camp annexe de
Dachau.
Les rescapés des camps cherchèrent souvent à se
venger de leurs anciens geôliers, notamment ceux qui
avaient été particulièrement cruels. Ici, au camp de
Gusen, en Autriche, quelques prisonniers libérés et des
soldats américains examinent le corps d’un garde du
camp tué par ses anciens prisonniers.
d’Ebensee, en Autriche. Près de
10 000 corps sont découverts dans une
gigantesque fosse commune. 3 500
détenus sont encore en vie ;
cependant, nombre de ces survivants
mourront d’avoir abusé de la nourriture innocemment offerte par les
Américains.
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Victimes et statistiques
Le 28 juin 1941, les forces allemandes
conquirent la ville biélorusse de Minsk. Les
Allemands avaient assassiné des milliers de Juifs
sur les 80 000 qui avaient été parqués dans un
ghetto vers le milieu de l’automne, mais Masha
Bruskina, une jeune fille de 17 ans, faisait partie des Juifs qui résistaient. Les Allemands s’en
emparèrent et elle fut pendue le 26 octobre.
Famine, travail forcé, exécutions, gazage…
L’Allemagne nazie extermina des millions de
Juifs européens et de non Juifs de diverses
façons, mais chaque personne périt une par
une.
Les morts individuelles s’additionnèrent en
statistiques stupéfiantes. Raul Hilberg, éminent
spécialiste de la Shoah, estime que 5,1 millions
de Juifs périrent dans la Shoah. La plupart des
chercheurs estiment désormais que le nombre
total de morts approche les six millions. Israël
Gutman et Robert Rozett, par exemple, l’évaluent entre 5 596 000 et 5 860 000. L’intellectuel allemand Wolfgang Benz arrive au chiffre
de 6,1 millions. Les estimations varient pour
plusieurs raisons : les limites temporelles et spatiales utilisées pour déterminer les données
d’avant-guerre, les marges d’erreur dans les
rapports provenant de sources allemandes et
juives, les difficultés à comparer les populations
d’avant-guerre et d’après-guerre, et le fait que
les Allemands et leurs collaborateurs n’enregistrèrent pas la mort de chaque victime.
Selon tous les avis dignes de foi, près des
deux-tiers des Juifs européens – et un tiers des
Juifs du monde – furent massacrés dans la
Shoah. Hitler avait l’intention d’éradiquer toute
vie juive. Le nombre astronomique de ceux qui
périrent effectivement montre à quel point il
faillit y parvenir.
• 7 mai 1945 : L’Allemagne signe une
capitulation sans conditions au QG du
général américain Dwight D. Eisenhower
à Reims. Les combats en Europe
prennent fin à 23h01, le 9 mai ; voir 8 mai
1945. • Prise de Breslau (Allemagne) par
les Soviétiques après 82 jours de siège.
• Arrestation du collaborateur et
dirigeant nazi néerlandais Anton Mussert.
• Le romancier hongrois Andor Endre
Gelleri, âgé de 38 ans, meurt au camp de
travail de Mauthausen (Autriche), deux
jours après la libération.
• 8 mai 1945 : V-E Day : Jour de la vic-
toire en Europe : les Alliés acceptent la
capitulation sans conditions de
l’Allemagne. • L’Armée rouge libère le
camp de concentration de Gross-Rosen,
en Allemagne. • Les Alliés capturent
Hermann Göring.
623
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
L’Aliya Bet
L’Aliya Bet désigne l’immigration clandestine des Juifs en Palestine avant la création de
l’État d’Israël en 1948. Environ 25% des
530 000 immigrants juifs qui pénétrèrent en
Palestine avant 1948 passèrent par l’Aliya Bet.
Alors que certains
Juifs pénétrèrent clandestinement en Palestine de leur propre
chef, de nombreux
voyages furent préparés par les organisations sionistes. La
majorité des immigrants voyagèrent par
bateau, mais certains
s’y rendirent par voie
de terre, à partir de
l’Europe orientale. Certains Juifs demeurèrent
simplement en Palestine après y avoir pénétré
en touristes. Quelle que fût la méthode
employée, l’immigration juive clandestine fut
constamment contrée par les Britanniques (qui
gouvernaient en Palestine). Plus de 50 000 personnes furent prises (ci-dessus) et déportées
dans des camps de détention à Chypre.
Après la guerre, les sionistes travaillèrent
fébrilement pour réinstaller en Palestine les
rescapés de la Shoah se trouvant dans des
camps de personnes déplacées en Europe. La
publicité donnée à l’Aliya Bet et la pression
internationale qu’elle induisit contribuèrent
puissamment à la création de l’État juif.
Il était impossible
d’avoir une enfance
normale dans un
camp de concentration, mais parents
et autres adultes
tentaient souvent de
donner un
sentiment de normalité aux enfants
emprisonnés dans
des camps. Cette
petite fille,
photographiée à
Prague (Tchécoslovaquie), porte son
uniforme du camp
tout en serrant
contre elle un
animal en peluche et une balle, des jouets que, sans
aucun doute, elle chérissait.
Les nazis, désireux de conférer à leurs crimes une
aura de légalité, étaient des fanatiques de la paperasserie. Ces avis de déportation découverts à Prague,
envoyèrent des milliers de Tchèques à la mort. Ces documents contribuaient également à convaincre les victimes
qu’elles allaient en fait être réinstallées dans l’Est et non
acheminées dans des camps d’extermination.
1945
624
• 9 mai 1945 : Libération du camp /
ghetto de Theresienstadt (Tchécoslovaquie) par les forces soviétiques.
• Suicide de Friedrich Krüger, un SSObergruppenführer responsable de
l’extermination en masse des Juifs polonais. • Les troupes soviétiques et les
membres de la Résistance tchèque
remportent la victoire sur les forces
allemandes à Prague, dernière capitale
européenne à être libérée. • L’armée
russe de libération, une force collaborationniste, anticommuniste de 20 000
hommes, qui avait choisi de se battre
aux côtés des SS, se retourne contre ses
« alliés » allemands à Prague. Le commandant de cette armée de libération,
Andrei Vlassov, avec l’aide apportée par
le général Sergei Bunyachenko, tient à
distance les renforts allemands au
cours de combats de rue acharnés.
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Les médecins nazis profitèrent sans
scrupules des cobayes humains mis à
leur disposition. Cette femme, rescapée
d’un camp de concentration, fut la victime d’atroces opérations « expérimentales » à la poitrine. Les médecins
testaient peut-être un nouveau
traitement pour le cancer ou s’intéressaient à divers aspects du système de
reproduction des femmes.
Le grand rabbin de Rome, David Prato (à gauche), discute des
problèmes des Juifs européens déplacés en Italie avec le grand rabbin de
Jérusalem, Isaac Herman Herzog et un représentant du bureau européen de
l’American Joint Distribution Committtee, Arthur Greenleigh. Si 40% seulement des personnes déplacées qui émigrèrent étaient juives, les Américains
supposaient que les Juifs constituaient l’immense majorité et, d’une façon
générale, s’opposèrent à cette immigration. Mais, lorsqu’il devint évident
que, dans leur majeure partie, les personnes déplacées juives souhaitaient
se rendre en Israël, l’opinion publique américaine se déclara en faveur de
l’émigration juive d’Europe. Une analyse franche de cette situation fut faite
par le ministre britannique des Affaires étrangères d’après-guerre, Ernest
Bevin : les Américains s’enthousiasmaient à l’idée d’ouvrir la Palestine aux
Juifs, parce qu’ils ne voulaient pas les avoir à New York.
Heinrich Himmler, le chef des SS,
avait tenté de vendre des Juifs pour
sauver sa peau au cours des derniers
mois de la guerre. À la fin du conflit,
il fit partie des criminels de guerre les
plus recherchés en Allemagne occupée. Il tenta d’éviter l’arrestation en
rasant sa moustache, arborant un
bandeau sur l’œil et un uniforme de
la Wehrmacht, et voyageant sous le
nom d’Heinrich Hitzinger. Il fut cependant arrêté le 23 mai 1945 et se suicida presque immédiatement en
mordant une capsule de cyanure qu’il
dissimulait dans sa bouche.
• 10 mai 1945 : Le général SS
Richard Glücks, chef de l’inspection
des camps de concentration du
Reich, est trouvé mort à l’hôpital
naval de Flensburg. On ignore s’il se
suicida ou fut assassiné. • Reddition
des forces allemandes en Tchécoslovaquie. • Arrestation du traître norvégien Vidkun Quisling ; voir 24
octobre 1945.
• 11 mai 1945 : Josef Terboven, com-
missaire du Reich en Norvège, qui
déporta en Allemagne de nombreux
Juifs norvégiens, se suicide avec de la
dynamite.
• 19 mai 1945 : Philip Bouhler, assistant
d’Hitler et responsable de 1939 à 1941 de
l’euthanasie des malades incurables et des
malades mentaux, se suicide avec sa
femme lorsque les troupes américaines
tentent de l’arrêter.
•
20-27 mai 1945 : Quatre Juifs polonais
revenus dans leur ville natale de Dzialoszyce sont assassinés par des Polonais.
• 21 mai 1945 : De nombreux survivants
libérés continuent à vivre au camp de
concentration de Dachau. • Odilo
625
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Rivka Tuskolaska, une
rescapée d’Auschwitz, fut
membre du kibboutz (ferme
communautaire)
Buchenwald
fondé en juin
1945 près de la
ville de Geringshof, en
Allemagne,
dans la zone
d’occupation
américaine. Les
membres du kibboutz immigrèrent en 1946 en Palestine où ils rejoignirent le
kibboutz Afikim ; ils créèrent par la suite leur propre
kibboutz, Netzer Sereni.
Des membres du kibboutz Buchenwald, fondé par
des rescapés du sinistre camp de concentration de
Buchenwald (Allemagne), dansent la hora. Fondé sur
le sol allemand, ce kibboutz était destiné à préparer
ses membres à l’immigration en Palestine, grâce à une
formation agricole. Le kibboutz Buchenwald fut dissous
en 1947, lorsque ses membres immigrèrent en
Palestine à bord du Tel Haï.
Les prisonniers de guerre
allemands détenus par les
Américains furent bien traités –
situation qui contrastait singulièrement avec les atrocités perpétrées
par les nazis envers les prisonniers
de guerre soviétiques, les Juifs et
d’autres civils sans défense. Ces
prisonniers de guerre allemands
pas encore rapatriés furent réunis
dans le centre hospitalier Halloran
de New York, le 26 juin 1945,
pour visionner des films sur les atrocités allemandes. Les réactions
varièrent, allant d’un profond intérêt à la honte et au chagrin.
1945
626
Globocnik, SS-Gruppenführer et
fondateur des camps de la mort de
Belzec, Majdanek et Sobibor, se suicide
peu après avoir été fait prisonnier par les
Britanniques.
• 22 mai 1945 : Des pillards polonais
arrêtent un train dans la région de Bialystok, en Pologne, frappent et enlèvent
un Juif nommé Mejer Sznajder.
• 23 mai 1945 : Heinrich Himmler,
maladroitement déguisé, est reconnu et
arrêté par une patrouille britannique à
Bremervörde, en Allemagne. Au cours
d’un interrogatoire préliminaire, dans
la même journée, dans les Landes de
Lüneburg, le chef SS surprend ses geôliers en se suicidant brusquement avec
une capsule de cyanure dissimulée
dans sa bouche.
1945
En juillet 1945, le gouvernement suédois accepta
de fournir des soins médicaux à 10 000 infirmes
rescapés des camps de concentration. Les anciens prisonniers furent d’abord envoyés à l’hôpital de transit
suédois de Lübeck, en Allemagne, puis transportés en
Suède. Ce patient, comme tant d’autres, trop malade
pour voyager, dut rester à l’hôpital. Un responsable de
l’UNRRA (United Nations Relief and Rehabilitation
Association) le questionne sur son éventuel retour en
Pologne.
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Élie Wiesel
Adolescent juif en 1944, Élie Wiesel fut
déporté de Transylvanie avec sa famille à Auschwitz-Birkenau. Sa mère et sa sœur furent gazées,
mais Élie fut libéré du camp de concentration
de Buchenwald en 1945. Remettant en cause le
silence des Alliés et celui du Dieu juif devant
l’apocalypse que fut la Shoah, Wiesel écrivit un
récit de son expérience de la Shoah Et le monde
demeura silencieux, intitulé par la suite La nuit.
Lauréat du prix
Nobel de la Paix en
1986, Wiesel a décrit de
façon émouvante la vie
et la spiritualité juives
dans d’innombrables
essais et plus de vingt
ouvrages. Il a souligné
que « si toutes les victimes [de la Shoah]
n’étaient pas des Juifs,
tous les Juifs furent des
victimes. »
Réveillant la conscience du monde, il remit
publiquement en cause la décision du président
Ronald Reagan de se rendre au cimetière de
Bitburg, en Allemagne, où sont enterrés des
SS : « Monsieur le président, déclara-t-il, votre
place est avec les victimes, pas avec les SS. »
Wiesel continue à écrire et à parler sur l’indécence morale du silence et sur le caractère
impératif de la dignité humaine.
Un GI américain est photographié devant le
« Temple d’honneur », un mémorial des « martyrs
nazis » à Munich, en Allemagne. Cet imposant monument se dresse à la mémoire des nationaux-socialistes,
alors que les corps de leurs victimes, pour la plupart
des Juifs, furent jetés dans des fosses communes
anonymes ou brûlés dans des fours crématoires.
L’unique monument à la mémoire des victimes des
nazis fut la fumée fugace qui s’éleva vers le ciel.
• Juin 1945 : Les Juifs transférés au camp
de personnes déplacées de Buchenwald,
en Allemagne, créent le kibboutz
Buchenwald, un centre de formation agricole destiné à aider les jeunes à s’adapter
à la vie (communautaire) du kibboutz.
• Les sondages d’opinion indiquent que
les Américains considèrent les Juifs
comme une menace bien plus sérieuse
que celle que feraient peser les Américains d’origine allemande ou japonaise.
• Milieu de l’année 1945 : Création du
kibboutz Nili sur l’ancienne propriété de
Julius Streicher, près de Pleikershof, en
Allemagne pour donner une formation
agricole à des Juifs déplacés et scolariser
les jeunes Juifs, garçons et filles.
• 14 juin 1945 : Arrestation par les Britanniques du ministre nazi des Affaires
étrangères, Joachim von Ribbentrop.
• 30 juin-14 juillet 1945 : « De peur d’oublier », une exposition de photos sur les
camps de la mort, organisée par le St.
Louis Post-Dispatch et l’Evening Star de
Washington, est visitée à Boston (Massachusetts) et dans le Midwest par près de
90 000 Américains.
• 25 juillet 1945 : Kurt Gerstein, partisan de l’euthanasie, ancien chef de
627
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Pierre Laval, l’ancien premier
ministre collaborationniste de la
France de Vichy, témoigne au procès du maréchal Philippe Pétain
(assis à droite) accusé de haute trahison. Pétain fut reconnu coupable
et condamné à mort, mais sa peine
fut commuée en exil sur l’île d’Yeu
par le général Charles de Gaulle.
Deux mois plus tard, ce fut le tour
de Laval de comparaître devant le
tribunal, pour un procès précipité,
au cours duquel aucun témoin de la
défense ne fut convoqué. Il fut rapidement reconnu coupable. Bien
qu’ayant plaidé l’innocence, Laval
fut exécuté le 9 octobre 1945.
Primo Levi
Les écrits de Primo Levi,
un Juif italien qui survécut à
la Shoah, comprennent l’une
des analyses les plus nettes
de la vie dans les camps de
concentration nazis.
Chimiste italien né à
Turin, Levi s’enfuit dans les
montagnes lorsque le gouvernement
italien de
Pietro
Badoglio
se rendit
aux Alliés
en 1943,
décidant
les Allemands à
occuper la majeure partie du
pays. Après avoir été capturé
par la milice fasciste, Levi fut
emprisonné dans le camp de
transit de Fossoli, en Italie,
puis envoyé à Auschwitz-Birkenau, en février 1944.
Les dix mois passés par
Levi à Birkenau servent de
cadre à son récit Si c’est un
homme. Ce livre poignant
qualifie le sinistre camp de la
mort comme une « gigantesque expérience biologique
et sociale. »
Le suicide de Levi, en
1987, rappelle douloureusement l’impact prolongé
exercé par la Shoah.
1945
En août 1945, les dirigeants du mouvement sioniste organisèrent à
Londres la Conférence sioniste mondiale. Au premier rang, de gauche à
droite, se trouvent Yitzhak Zuckerman, Haika Grossman, Emil Sommerstein
et un homme non identifié. Au deuxième rang, on aperçoit Abba Hillel Silver, Moshé Sharett et Nahum Goldmann. Au troisième rang : Moshé Sneh,
Itzhak Gruenbaum et un homme non identifié. Les participants à la
conférence protestèrent contre le refus de la Grande-Bretagne d’autoriser
davantage de Juifs à immigrer en Palestine où l’irritation de la population
juive conduisit à une intensification des attaques contre les Britanniques.
l’Institut d’hygiène de la Waffen-SS à
Berlin, se pend dans sa prison.
• 30 juillet 1945 : L’administration de
l’Allemagne est assumée par le
Conseil de contrôle allié ; voir 10
octobre 1945.
• 31 juillet 1945 : Arrestation en Autriche
du collaborateur français Pierre Laval.
628
• Août 1945 : Le XXIIe Congrès sio-
niste mondial réclame l’admission
immédiate de 100 000 réfugiés juifs
en Eretz Israël. La Grande-Bretagne
refuse, suscitant de violentes
réactions de la clandestinité juive en
Palestine : la Haganah, le Palmakh,
Lohame Herout Israël (Groupe Stern)
et Irgoun Tsvaï Leoumi (Etsel, organisation militaire nationale).
1945
•
LIBÉRATION
Vidkun Quisling dirigea le mouvement national socialiste de Norvège, contribuant à consolider
l’occupation de son pays par les
Allemands en 1940. Au cours des
cinq années suivantes, des milliers
de patriotes norvégiens périrent en
résistant à l’occupation nazie. Le
19 juin 1945, Quisling fut contraint
de regarder quelques-unes des
fosses communes des personnes
assassinées pendant l’occupation.
Le 24 octobre, le traître Quisling
paya pour ses crimes : il fut
exécuté.
ET
RECONSTRUCTION
Le général de corps d’armée
britannique, Sir Frederick Morgan,
photographié ici, fut nommé à la tête
de l’UNRRA (United Nations Relief
and Rehabilitation Administration) à la
fin de l’été 1945, environ deux ans
après la création de l’organisation.
Quoique la fin de la guerre eût été
prévue bien avant la fin des hostilités,
l’UNRRA fut, au début, débordée par
le nombre d’anciens détenus se trouvant dans les camps de personnes
déplacées ou qui erraient sur
d’anciens champs de batailles et dans
des pays qui avaient été occupés.
Ferenc Szalasi est arrêté le 5 octobre 1945. Szalasi dirigeait un gouvernement fantoche nazi en Hongrie qui renversa le régime de l’amiral Miklós
Horthy, l’homme qui avait limité la déportation des Juifs à Auschwitz et
avait cherché à conclure une paix avec les Soviétiques. Au cours de
l’automne 1944, le régime de Szalasi contraignit des milliers de Juifs à
marcher vers la mort.
• 6 août 1945 : Un B-29 américain
• 9 août 1945 : Un B-29 américain
• 8 août 1945 : Les Alliés se réunissent
pour élaborer la charte d’un Tribunal
militaire international pour juger les
criminels de guerre allemands. • Les
Soviétiques déclarent la guerre au
Japon à compter du 9 août.
• 11 août 1945 : Émeutes antijuives à
largue une bombe atomique sur
Hiroshima, au Japon.
largue une bombe atomique sur
Nagasaki, au Japon.
• Automne 1945 : Suicide du médecin chef du Reich, Leonardo Conti,
qui assassina des centaines
d’Allemands « ne jouissant pas de
toutes leurs facultés mentales ».
Cracovie, en Pologne.
• 27 août 1945 : Hermann Göring est
le premier accusé de Nuremberg
interrogé longuement par les Alliés.
629
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Les personnes déplacées
Après la reddition de l’Allemagne nazie, le 8 mai 1945, environ 11 millions d’Européens – en
particulier des ressortissants non
allemands et non autrichiens – se
trouvaient hors de leur pays
d’origine. Ils furent classés dans
la catégorie des « personnes
déplacées » (DP, displaced persons) par les Alliés et l’UNRRA
(United Nations Relief and Rehabilitation Administration) fondée
le 9 novembre 1943 pour traiter
des questions de DP qui ne manqueraient pas de se poser.
Sept millions de DP se trouvaient en Allemagne. Pendant la
guerre, la majorité de ces personnes avaient été amenées dans
ce pays et contraintes de travailler pour le Troisième Reich.
800 000 Polonais, par exemple,
avaient été mobilisés par les nazis
pour travailler. Mais d’autres,
notamment environ 200 000
Juifs, étaient des détenus récemment libérés qui avaient survécu
aux camps nazis et aux marches
de la mort.
Vers la fin de l’année 1945, plus de six
millions
de
DP
étaient retournées
dans leur patrie,
mais 1,5 à 2 millions
d’entre elles refusaient le rapatriement. Les non Juifs
qui ne souhaitaient
pas rentrer chez eux
étaient pour la plupart des Polonais,
des Estoniens, des
1945
630
Lettons, des Ukrainiens et des
Yougoslaves. Dans certains cas,
ils redoutaient des représailles
politiques pour leur collaboration
avec les nazis ; dans d’autres cas,
ils craignaient la persécution par
les régimes communistes d’Europe.
Pour les Juifs, il n’était guère
question de rentrer chez eux.
Leurs familles avaient été exterminées, leurs communautés
détruites, leurs biens confisqués.
Lorsque des Juifs tentèrent malgré tout de retourner chez eux,
leur arrivée fut souvent accueillie
par l’hostilité et la violence physique de leurs anciens voisins.
Dans l’ensemble, le concept
de « foyer » n’existait plus pour
les personnes déplacées juives.
Elles se retrouvèrent dans de
lugubres camps de DP en territoire allemand (comme celui de
Zeilsheim figurant sur la photo).
La plupart de ces endroits étaient
clôturés par des barbelés, surpeuplés et situés dans d’anciens
camps de travail ou de concentra-
• Septembre 1945 : Ikhoud (Unité), une
organisation politique juive, est créée par
les dirigeants du camp de personnes
déplacées de Landsberg. Elle fonctionne
à l’origine comme un intermédiaire entre
les DP et l’armée des États-Unis dans les
négociations pour l’immigration en Palestine. • La politique concernant les
personnes déplacées dans la zone d’occupation américaine est modifiée par suite
tion. De nombreux Juifs y étaient
tourmentés ou agressés par d’anciens collaborateurs nazis. Les
Juifs espéraient avoir la possibilité d’émigrer en Palestine ou aux
États-Unis, mais jusque-là, ils
subissaient
quotidiennement
désœuvrement et tensions.
Les aumôniers juifs de l’armée
américaine, comme le rabbin
Judah Nadich et en particulier le
rabbin Abraham Klausner, travaillèrent sans relâche pour les
DP juives. Ils réussirent à
convaincre les autorités alliées de
créer des camps de DP réservés
aux Juifs et bénéficiant de conditions améliorées. Feldafing, qui
hébergeait environ 3 700 personnes, fut le premier de ces
endroits. Les camps de DP juives
de Landsberg et Föhrenwald
abritaient chacun environ 5 000
Juifs. En 1945, dans la zone d’occupation américaine, une dizaine
de camps de personnes déplacées
étaient entretenus exclusivement
pour les Juifs.
En 1952, la plupart des camps
de DP juives avaient
été fermés, mais
celui de Föhrenwald
fonctionna sous la
supervision de la
République fédérale
d’Allemagne
jusqu’au début 1957.
Avant d’être définitivement déserts, les
camps de DP juives
avaient accueilli près
de 250 000 Juifs.
d’un rapport sur les violences exercées
contre elles.
• 1er septembre 1945 : Yaacov Waldman, qui avait survécu à une marche
de la mort en 1942, est assassiné par
des Polonais, à Turek (Pologne).
• 2 septembre 1945 : Reddition du Japon ;
fin de la Seconde Guerre mondiale.
Dans un camp de personnes
déplacées en Allemagne, ces femmes
participent à des cours de couture
organisés par l’ORT (Organisation
Reconstruction Travail). Dès 1940,
l’ORT proposa une formation professionnelle aux Juifs européens et
finança également des cours qui, s’ils
avaient été découverts, auraient
déclenché l’ire des nazis : médecine,
arts graphiques, architecture, etc.
Vers la fin de la guerre, l’ORT mobilisa son énergie pour répondre aux
besoins des personnes déplacées en
Europe. Ce fut l’une des
organisations qui, grâce au soutien
financier de l’American Joint Distribution Committee, s’efforcèrent de donner aux rescapés une formation qui
leur permettrait de trouver un emploi
et de subvenir à leurs besoins dans le
monde d’après-guerre.
Cette pancarte de l’Agence juive
pour la Palestine était accrochée à
la porte du bureau du camp de personnes déplacées de Zeilsheim, en
Allemagne. L’Agence juive
favorisait l’émigration des Juifs vers
la Palestine, clandestinement ou
non, depuis les années 1930. Les
Britanniques estimèrent qu’environ
58 000 Juifs européens arrivèrent
en Palestine entre 1940 et 1945,
dont bon nombre clandestinement.
Quelques immigrants juifs arrivèrent en Palestine en toute légalité.
Parmi eux, cet homme, un passager
du Transylvania. Il est interviewé
par des journalistes à son arrivée à
Haïfa, le 26 octobre 1945. On
estime que, du 1er janvier 1946 au
15 mai 1948, 48 451 Juifs
immigrèrent en Palestine, dont
30 000 clandestinement.
631
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
De nombreux SS, faisant partie
du personnel des camps, n’échappèrent pas aux Alliés, et les gardes
du camp de concentration de
Dachau, en Allemagne, ne
constituaient pas une exception.
Dachau avait été libéré par les
forces américaines en avril 1945
et, à la mi-novembre, commença un
procès, qui dura un mois, de 40
membres de l’ancienne équipe du
camp. Trente-six accusés furent
condamnés à mort. On voit ici l’entrée du tribunal installé dans
l’enceinte du camp, jugeant des
crimes de guerre.
À cause de la Shoah, de nombreux Juifs, notamment
des enfants, avaient perdu contact avec leur patrimoine
culturel. Il était donc particulièrement important pour les
Juifs d’enseigner le judaïsme aux jeunes survivants. Cette
photographie montre un cours d’hébreu dispensé dans le
camp pour personnes déplacées de Zeilsheim, en
Allemagne. Un message d’espoir – et de détermination –
est inscrit sur le tableau noir : « Les Juifs immigreront dans
le Pays d’Israël. »
Hans Marx, Otto Stahmer et Fritz Sauter (photo ; les
identifications précises ne sont pas possibles) faisaient
partie des avocats de la défense aux procès de Nuremberg. Selon les personnes qu’ils défendaient, ils prétendirent que leurs clients « n’avaient fait qu’obéir aux
ordres » ou n’étaient pas au courant des crimes perpétrés par le régime nazi. Certains avocats de la défense
prétendirent même que le tribunal n’était pas
compétent. Les clients de ces avocats – Julius Streicher,
Hermann Göring et Rudolf Hess – furent tous reconnus
coupables.
1945
• 17 septembre-17 novembre 1945 :
Quarante-huit anciens membres de
l’administration du camp de concentration de Bergen-Belsen, en Allemagne,
sont jugés à Lüneberg (Allemagne).
Onze sont condamnés à mort et exécutés, et 23 sont emprisonnés.
• 20 septembre 1945 : L’Agence juive
pour la Palestine formule sa première
632
exigence de restitution auprès de l’Allemagne pour les crimes nazis perpétrés
contre les Juifs.
• Fin septembre 1945 : Sur les
100 000 documents nazis saisis, les
Alliés en sélectionnent environ 4 000
pour leur valeur de témoignage et les
destinent au tribunal jugeant les
crimes de guerre.
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Le Joint Distribution
Committee
La vie était extrêmement précaire pour les rescapés
de la Shoah après leur libération. La plupart n’avaient
pas où aller, plus de famille et rien à manger. Sans un
gigantesque effort d’aide, bien d’autres seraient morts.
Parmi les organisations qui jouèrent un rôle important
dans l’aide aux rescapés de la Shoah, on peut citer la
Croix-Rouge et l’American Joint Distribution Committee
(JDC). Cette photographie, prise à Vienne, montre
Harry Weinsaft, membre du JDC, distribuant des colis
de la Croix-Rouge à des Juifs déplacés.
Des Russes, hommes, femmes et enfants, flânent
dans l’allée d’un camp de personnes déplacées à
Allach, près de Munich, en Allemagne. Le linge mis à
sécher témoigne de leurs efforts pour créer un semblant
de vie normale. À la fin de la guerre, sept à neuf millions de DP étaient dispersées à travers l’Europe, pour
la plupart ignorant ce que l’avenir leur réservait.
• Octobre 1945 : À Boleslawiec, en
Pologne, huit Juifs sont assassinés par
un groupe polonais antisémite clandestin. • Le pasteur Martin Niemöller, résistant allemand et fondateur
de l’Église confessante, publie à
Stuttgart un Aveu de culpabilité qui
affirme la culpabilité collective du
peuple allemand pour le régime
d’Hitler.
Le Joint Distribution Committee (JDC), organisme juif américain, réalisa l’essentiel des opérations de secours des Juifs américains pendant
et après la guerre. Si le JDC n’organisa jamais de
grande opération de sauvetage en Europe, ses
efforts au profit des Juifs européens revêtirent
une ampleur particulièrement importante après
la Seconde Guerre mondiale.
Pendant la Shoah, les activités de secours du
JDC augmentèrent
les
chances de
survie pour
bien des Juifs.
Les fonds du
JDC financèrent
des
orphelinats,
des hôpitaux et des soupes populaires en Europe.
Ils permirent également aux Juifs européens d’obtenir de faux papiers d’identité et d’envoyer des
colis de nourriture aux Juifs détenus dans les
camps de concentration et les ghettos.
Après la guerre, le comité intensifia son travail. Avec d’autres organisations, le JDC investit
d’énormes efforts pour aider les Juifs vivant
dans les camps de personnes déplacées en
Europe. Entre 1946 et 1950, il alloua 280 millions de dollars à l’achat de nourriture, de vêtements, de livres, de fournitures scolaires et
autres choses indispensables. La photo montre
des responsables travaillant devant une carte
des activités de l’organisation dans la zone d’occupation américaine en Allemagne.
Avec la création de l’État d’Israël, le JDC
aida à acheminer les réfugiés en Israël et à fonder des centres de formation professionnelle.
Le fait qu’Israël ait surmonté les premiers obstacles et donné aux rescapés de la Shoah la possibilité de reconstruire leur vie s’explique en
grande partie par le dévouement du JDC.
• 6 octobre 1945 : D’importants
détenus allemands à Nuremberg sont
informés pour la première fois qu’ils
seront les accusés dans un procès
international.
• 9 octobre 1945 : Après son procès à
Paris, le collaborationniste français
Pierre Laval est fusillé par un
peloton d’exécution.
• 10 octobre 1945 : Abolition du
NSDAP, quelque 25 ans après son
émergence à Munich, en Allemagne.
• 24 octobre 1945 : Le traître norvé-
gien Vidkun Quisling est exécuté à
Oslo. • Le chef syndicaliste nazi
Robert Ley se pend dans la cellule de
sa prison à Nuremberg.
633
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Les procès pour crimes de guerre
Plus de 35 millions de personnes – pour la plupart des civils
– furent tués en Europe pendant
la Seconde Guerre mondiale.
Quel traitement devait être
réservé aux dirigeants nazis qui
avaient déclenché la violence
génocidaire ? Les Alliés pesèrent
ces questions à Nuremberg (Allemagne) où se déroulèrent une
série de procès pour crimes de
guerre.
Le 20 novembre 1945, le juge
de la Cour suprême Robert H.
Jackson commença la lecture des
actes d’accusation à Nuremberg.
« Les crimes les plus barbares et
les plus nombreux planifiés et
perpétrés par les nazis, soulignat-il, furent dirigés contre les
Juifs. » Hitler, Heinrich Himmler
et d’autres personnalités nazies
n’entendirent pas ses propos. Ils
avaient échappé au procès en se
suicidant. Vingt-deux autres nazis
se trouvaient cependant au banc
des accusés, quand le Tribunal
militaire international (TMI)
composé de juges des puissances
alliées – Grande-Bretagne, France, URSS et
États-Unis – commença
ses travaux.
Parmi les accusés
nazis : Martin Bormann, secrétaire du
parti nazi et principal
assistant d’Hitler, qui
fut jugé in absentia (il
ne fut pas retrouvé et
était considéré comme
mort)
;
Hermann
Göring
(photo,
à
1945
634
gauche), qui avait autorisé Reinhard Heydrich à préparer la
« solution finale » ; Ernst Kaltenbrunner, chef de la police de la
Sûreté ; Hans Frank, le gouverneur nazi de la Pologne occupée
et Julius Streicher, l’un des principaux propagandistes antisémites.
En dépit de la déclaration
d’ouverture de Jackson, les actes
d’accusation contre ces hommes
ne se référaient pas explicitement aux crimes contre les Juifs.
Chaque accusé de Nuremberg
fut jugé sur l’une au moins des
accusations suivantes : 1. crimes
contre la paix, 2. crimes de
guerre, 3. crimes contre l’humanité et 4. Préparation de l’un de
ces crimes.
Le TMI acquitta trois des
accusés. Douze autres – dont
Bormann, Göring, Kaltenbrunner, Frank et Streicher – furent
condamnés à mort par pendaison. Sept autres, dont Albert
Speer, qui avaient utilisé les prisonniers des camps de concentra-
tion comme main-d’œuvre servile, furent condamnés à des
peines de prison.
Douze autres procès organisés
par la juridiction américaine se
tinrent à Nuremberg entre
octobre 1946 et avril 1949. Les
actes d’accusation contre les criminels de guerre nazis conduisirent également à des procès dans
divers tribunaux. Cependant, un
petit pourcentage seulement des
milliers d’individus impliqués
dans des crimes de guerre et
dans la Shoah fut traduit en justice.
Ce défaut, néanmoins, ne
réduit pas les contributions
essentielles de ces procès
d’après-guerre. Ils décrivent en
détail la majeure partie de ce qui
se passa et leurs procès-verbaux
devinrent des archives de la
Shoah. En outre, les procès instituèrent d’importants principes.
Les dirigeants purent être tenus
pour responsables juridiquement
des crimes perpétrés en application de leurs politiques gouvernementales,
et
les
individus ne purent se
défendre en invoquant
l’obéissance
aux
ordres.
Dans le sillage de
ces procès, les Nations
unies adoptèrent une
Convention sur la prévention des crimes de
génocide, ainsi qu’une
Déclaration universelle des Droits de
l’homme.
• 25 octobre 1945 : Des Juifs sont
• 19 novembre 1945 : Émeutes anti-
• 15 novembre-14 décembre 1945 :
• 20 novembre 1945 : Ouverture des
attaqués à Sosnowiec, en Pologne.
Quarante anciens membres de
l’administration du camp de Dachau,
en Allemagne, passent en procès.
Trente-sept sont condamnés à mort,
certains par contumace.
juives à Lublin, en Pologne.
procès de Nuremberg pour juger les
principaux criminels de guerre nazis.
Parmi les accusés : Hermann Göring,
Alfred Rosenberg, Rudolph Hess et
Julius Streicher.
Cette affiche était
destinée à informer
les GI’s américains
de l’inculpation des
criminels de guerre
nazis. Les dirigeants
allemands furent
accusés de ces trois
crimes : crimes
contre l’humanité,
préparation d’une
guerre offensive et
crimes de guerre.
Comme les procès
de Nuremberg
étaient sans
précédent, les Alliés
estimèrent très important d’expliquer leur
dessein à leurs
propres citoyens et
soldats, ainsi qu’au
peuple allemand.
Au procès de Nuremberg, les accusés écoutent la lecture de l’acte d’accusation contre eux. Parmi les nazis de rang élevé, (première rangée en
commençant tout à fait à gauche) : Hermann Göring, Rudolf Hess, Joachim
von Ribbentrop et Wilhelm Keitel. Très probablement, ce gigantesque tribunal pour juger les crimes de guerre organisa le « procès du siècle. »
Julius Streicher est interrogé durant
son procès à Nuremberg. Streicher,
antisémite notoire, éditait le torchon pornographique Der Stürmer. Sa personnalité était si répugnante que personne
dans le mouvement nazi ne le prenait
au sérieux, et il exerça peu d’influence
sur le cours des événements durant
l’époque nazie. Les Alliés le tinrent
cependant pour responsable d’avoir
fomenté la haine des Juifs qui rendit possible la Shoah et il fut reconnu coupable
de crimes contre l’humanité. Streicher fut
pendu le 16 octobre 1946 à
Nuremberg. Ses derniers mots furent
« Heil Hitler ! »
635
1945
•
LIBÉRATION
Robert H.
Jackson
ET
À la tête de l’équipe des
procureurs du tribunal militaire
international
de
Nuremberg,
l’Américain
Robert H. Jackson apporta
ses compétences et son expérience en matière judiciaire.
Largement
respecté
pour
son
intégrité,
Jackson servit l’administration
Roosevelt –
d’abord en tant que représentant du gouvernement
auprès de la Cour suprême
puis comme ministre de la
Justice – avant d’être nommé
à la Cour suprême. Le président Harry Truman le choisit
pour représenter les ÉtatsUnis dans les procès, lui
conférant le rang de général
de corps d’armée.
Éloquent porte-parole de
ceux qui avaient souffert sous
le régime nazi, Jackson
affirma que, dans le procès
des dirigeants nazis, le plaignant n’était pas une seule
nation ni les Alliés ensemble.
Le plaignant était en fait la
« civilisation ». Dans son discours de clôture au procès,
Jackson affirma qu’un verdict
d’innocence équivaudrait à
proclamer qu’« il n’y a pas eu
de guerre, qu’il n’y a pas eu
de tueries, qu’il n’y a pas eu
de crimes. »
1945
636
RECONSTRUCTION
Un policier américain regarde à
l’intérieur de la cellule d’Hermann
Göring, le principal détenu de la
prison de Nuremberg. Comme les
Alliés craignaient que les dirigeants
nazis inculpés ne tentent d’échapper au bourreau en se suicidant, les
prisonniers étaient placés sous surveillance constante. Hitler, Joseph
Goebbels et Heinrich Himmler
s’étaient tous tués plutôt que
d’affronter la justice. Göring se suicida le 14 octobre 1946 avec le
cyanure qu’il dissimulait depuis des
mois ou que lui remirent
secrètement des inconnus.
En novembre 1945, à Nuremberg, dans une cellule située sous la salle à
manger des enquêteurs américains sur les crimes de guerre, le colonel allemand
Joachim Peiper pouvait sentir les odeurs du dîner de Thanksgiving (fête
nationale américaine). Peiper avait été accusé de n’avoir pas empêché le massacre de 86 militaires américains non armés faits prisonniers à Malmédy, en
Belgique, en 1944. Comme les rations des prisonniers à Nuremberg étaient
modestes, Peiper se déclara prêt à travailler pour recevoir les reliefs du repas de
Thanksgiving. Les officiers américains acceptèrent, à condition que Peiper porte
une tenue de serveur et se charge du service. Ici, le colonel humilié sert ses geôliers. Peiper reçut les restes, mais fut transféré le lendemain dans la prison des
Alliés à Dachau (Allemagne) pour la poursuite de l’enquête. Bien que
condamné à mort en 1946, Peiper fut libéré de prison dix ans plus tard.
• Décembre 1945 : Des polonais anti-
sémites assassinent 11 Juifs dans la
ville de Kosow-Lacki, en Pologne,
situé à moins de dix kilomètres du site
du camp d’extermination de
Treblinka. • Le sociologue américain
Oliver Cox, conclut que les chrétiens
aux États-Unis considèrent les Juifs
comme « notre ennemi irréconciliable
dans nos portes, l’antithèse de notre
Dieu, le perturbateur de notre mode
de vie et de nos aspirations sociales. »
• 22 décembre 1945 : La loi américaine
sur les Personnes déplacées facilite l’immigration aux États-Unis des criminels de
guerre nazis. Elle avantage en particulier
les Baltes, les Ukrainiens et les Allemands
de souche – dont bon nombre étaient
impliqués dans « un haut niveau de colla-
1945
•
LIBÉRATION
ET
RECONSTRUCTION
Le médecin nazi Claus Schilling
passe en jugement au camp de
concentration de Dachau, près de
Munich. Accusé d’avoir inoculé la
malaria à plus de 1 000
prisonniers, le docteur Schilling fut
reconnu coupable et condamné à
mort. Il implora le tribunal de reconnaître son « grand travail ». « Ce
serait une terrible perte si je ne
pouvais achever ces travaux »,
expliqua-t-il. « J’ai seulement besoin
d’une table, d’une chaise et d’une
machine à écrire. Ce serait une
immense contribution à la science,
à mes collègues et une bonne façon
de me réhabiliter. » Puis, sa voix se
brisa et il se mit à pleurer.
Le Hanna Szenes, représenté ici, était l’un des nombreux exemples d’immigration clandestine en Palestine.
Ce bateau avait quitté Vado, en Italie, le 14 décembre
1945 et avait réussi à échapper aux patrouilleurs britanniques et à s’échouer au nord de Haïfa, en
Palestine, à Nahariya. Sur la bannière, il est écrit :
« Le Hannah Szenes a débarqué ici des immigrants
avec l’aide de la Résistance juive. Puisse ce bateau
rappeler le souvenir des six millions de frères et de
sœurs qui périrent en Europe, et frapper d’opprobre le
gouvernement britannique. »
boration » avec les Allemands. L’acte établit une discrimination à l’encontre des
réfugiés juifs. Lorsque le projet fut discuté,
de nombreux membres du Congrès et du
département d’État, de la Justice et de l’Intérieur exprimèrent leurs sentiments antijuifs indirectement et en privé.
• 1945-1950 : Entre 250 et 300 000 Juifs
survivent à l’internement dans les camps
En décembre
1945, une
employée de l’United Nations Relief
and Rehabilitation
Association
(UNRRA) à Klagenfurt, en Autriche,
enregistre le
nombre et la nationalité des
personnes déplacées entrant dans
le pays. Les camps
de DP en Autriche
étaient surpeuplés
et de nombreux
habitants refusaient d’effectuer un travail qui aurait
contribué à la reconstruction de l’économie
autrichienne. La plupart des réfugiés qui se
retrouvèrent en Autriche souhaitaient immigrer en
Palestine – aspiration légitime qui fut cependant contrecarrée par le gouvernement britannique.
de concentration allemands. Quelque six
millions de Juifs ont péri. Environ 1,6 million de Juifs européens non incarcérés
survivent également. Durant cette
période, les Juifs émigrent d’Europe en
masse : 142 000 en Palestine / Israël ;
72 000 aux États-Unis ; 16 000 au
Canada ; 8 000 en Belgique ; et environ
10 000 vers d’autres pays. Les réactions
des gouvernements à ces émigrations illé-
gales de 1945-47 varient : d’une façon
générale, les Soviétiques s’en désintéressent ; la Grande-Bretagne irrationnellement attachée à son mandat sur la
Palestine, y demeure farouchement opposée ; les forces armées des États-Unis,
conscientes que la sympathie pour les
Juifs se répandait dans le pays, laissèrent
l’émigration illégale se développer sans
entrave.
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