A corps perdu - Théâtre de Lenche
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A corps perdu - Théâtre de Lenche
Au Théâtre de Lenche Du 4 au 8 décembre Mar à 14h [scolaire] Mer à 10h [scolaire] Jeu à 19h Ven & Sam à 20h30 A corps perdu Texte Mariana Giomi Mise en scène Elisabetta Sbiroli Interprètes John Ryan, Marine Dubois, Kati Haschert, Julien Gourdin Musique Philippe Gorge Lumières Martial Rozé Production Compagnie Lalage 11 rue Plaine-Rey 13009 Marseille ++ 33 4 91 40 51 01 http://compagnie.lalage.free.fr partenaires Théâtre de la Minoterie, ECB, Marseille / France, Teatro Stabile di Napoli / Italie Corps célestes Ateliers d’écriture, vidéo et art de la marionnette Si la démocratie doit devenir un jour le moyen le plus propice à un certain bonheur, je crois que le problème de l’expression – le problème d’une individualité réelle – devra occuper, chez les gens, peut-être la toute première place… S’exprimer : un enfant le fait habituellement par le dessin, par le jeu, en imaginant, en courant, et même en s’inventant un autre moi, qui le défendra contre le monde. Un adolescent cherchera surtout les moyens techniques d’une telle expression : il voudra la traduire en une production personnelle. Si l’instruction reçue le lui permet, sa recherche sera couronnée de succès, et la croissance de son moi créatif sera harmonieuse. Si au contraire, au cours de cette délicate période dans laquelle il voudra donner une forme personnelle (donc neuve) à ce qu’il ressent, le monde lui présente ses propres modèles culturels, ou bien une absence totale de modèles – cas typique d’un monde extrêmement pauvre – l’adolescent deviendra une imitation ou sera abandonné à une croissance dénaturée. Le monde de l’enfance, de l’adolescence – est aujourd’hui plein d’enfants contrefaits par la société, dans les pays riches, et abandonnés au repliement sur eux-mêmes, dans les pays pauvres. Anna Maria Ortese – Là où le temps est un autre. Au cours des trois dernières années, la compagnie Lalage a eu l’occasion de rencontrer à travers le projet « Le roi Nu » plusieurs groupes d’enfants en France, en Italie, au Maroc et au Liban. Les artistes de la compagnie ont pu explorer avec eux les idées d’identité personnelle et collective, et tendre des passerelles entre des visions de l’autre et de soi-même. Les enfants ont eu la possibilité d’exercer avec nous une pratique artistique et de disposer d’outils pour développer leur créativité. Les propositions des enfants ont alimenté notre propre travail de création : à travers des petites phrases chorégraphiques, ou à travers des images qu’ont surgi aux cours d’improvisations et d’expérimentations menées autour de l’objet - marionnette. Nous avons trouvé passionnant le processus de recherche qui nourrit le spectacle en amont de la création et qui se poursuit pendant la période d’exploitation du spectacle. Dans le nouveau projet de la compagnie, nous interrogeons la notion de « corps céleste », qui traverse l’œuvre de l’écrivain italien Anna Maria Ortese. Cette image évoque chez l’auteur un double sentiment d’appartenance et d’étrangeté. Appartenance filiale à un ordre cosmique, où il est possible de s’affranchir des contingences matérielles et s’inscrire dans un autre ordre de valeurs, là où l’infiniment petit rejoint l’infiniment grand. Etrangeté comme qualité d’attention au monde, réponse instinctive et émerveillée à la beauté et à la multiplicité des formes vivantes, refus de l’asservissement et de la banalisation des êtres, compassion et respect envers l’autre. À travers des ateliers de pratique artistique, la compagnie Lalage va à la rencontre cette fois de publics qui n’ont pas le même âge, et qui vivent dans des contextes très différents : enfants, jeunes adolescents et femmes. Nous les invitons à poser un regard poétique sur eux-mêmes et sur l’espace environnant pour s’en approprier de manière créative. Des ateliers d’écriture et d’art de la marionnette sont proposés pour délier les corps et les imaginaires. La vidéo intervient pour saisir les apparitions éphémères des « corps célestes » : des œuvres qui témoignent de notre temps, qui vont circuler dans la ville sous forme d’une exposition nomade. Notre propre travail de création consiste par la suite à dessiner sur le plateau le portrait d’un corps en devenir, inscrit dans un paysage urbain en pleine mutation. Plusieurs groupes travailleront autour du même thème, de 2010 à 2013. Le projet « Corps célestes » propose une forme d’irrigation culturelle des territoires et promeut le dialogue interculturel entre la rive nord et la rive sud de la Méditerranée, en accord avec les principes qu’inspire la vision de Marseille Capitale de la Culture en 2013. Partenaires Théâtre l’Astronef / Théâtre de la Minoterie / Espace Culturel Busserine / FRANCE Teatro Stabile di Napoli / ITALIE Les ateliers Un premier module d’activité fait découvrir à travers la lecture participative certains textes d’Anna Maria Ortese, organise la discussion autour de thèmes qu’elle affectionne (l’éducation, le partage des ressources, la responsabilité écologique) et propose des temps de travail sur le corps et l’écriture. Dans un deuxième module, chaque participant s’attache à la construction d’une marionnette : une sorte d’autoportrait animé, réalisé à partir de matériaux de récupération. Dans un troisième module, les marionnettes partent en visite dans la ville, accompagnées par leurs créateurs. Le travail sur l’image accompagne plus particulièrement cette dernière phase, où sont interrogées les notions de sujet et de paysage. Les premières sessions d’atelier se sont déroulées pendant l’année scolaire 2010/2011, dans les écoles primaires Vincent Le Blanc et Antoine Palanque, et au collège J.C. Izzo en collaboration avec le théâtre de la Minoterie et le théâtre l’Astronef. En 2012/ 2013, la compagnie continue sa collaboration avec le Théâtre l’Astronef et l’école La Savine. En 2013/2014 elle sera dans le quartier de La Busserine, à Marseille, et dans les quartiers Sanità et Scampia à Naples. Atelier écriture, Mariana Giomi L’écriture d’Anna Maria Ortese est visionnaire. Une vision qui, à travers un regard subtil et attentif à l’inépuisable profondeur du monde, nous invite à une pause contemplative de la beauté et de l’évanescence de tout ce qui fait irruption dans le minuscule univers existentiel de chacun. Cet atelier répond à la même invitation. Durant l’atelier on affrontera d’abord la dimension de la lecture : Qu’est ce que je lis ? Comment je le lis ? D’où je le lis ? Pour découvrir qu’on est des corps célestes, reliés à l’infini, mais aussi bien pour apprécier l’ancrage sensible du corps, le nôtre, un corps qui peut se faire lui-même écriture. Les participants pourront choisir un thème, un nom, un lieu, une couleur, une lumière, un mot, un souffle, un paysage, un animal, un arbre, tout ce qui interpelle leur imaginaire dans les textes de l’auteur, pour improviser une forme d’écriture dans un lieu, et la décliner sur une feuille en papier, sur un tissu, ou en dialogue avec la marionnette. Dans le premier pas (la lecture), Anna Maria Ortese nous murmure quelque chose à l’oreille. Avec des exercices d’improvisation on cherche à comprendre ce qu’elle nous dit et on élargit notre écoute, notre regard, nos visions, à la recherche d’un ou plusieurs lieux où reprendre notre souffle dans la ville, et repartir à la rencontre d’autres corps. Atelier marionnette, Elisabetta Sbiroli Les textes d’Anna Maria Ortese éveillent notre curiosité et notre capacité d’observation, ils orientent aussi la recherche chorégraphique sur la relation entre le corps et l’objet. Puis nous partons faire des repérages dans le quartier, pour étudier la vie qui se dépose sur les murs, dans les trajets quotidiens. En atelier, nous faisons des croquis, nous créons des personnages et construisons des silhouettes mobiles, des marionnettes à taille humaine, que nous réalisons avec des matériaux de récupération. Même s’il s’agit de personnages imaginaires, ces figures dessinent en creux une sorte d’autoportrait, elles révèlent quelque chose de la relation de chacun au monde. Au cours de sorties organisées avec les enfants, les marionnettes s’inscrivent ensuite dans des parcours choisis, elles s’affichent comme présences singulières dans le vaste ensemble urbain, œuvres qu’on peut mettre en action pour créer des rencontres avec le public dans la rue. La figure animée fournit des informations précieuses sur le contexte où elle fait son apparition : il s’agit d’un moment de grâce, comme l’apparition fortuite d’un corps céleste dans la nuit. La vidéo et la photographie sont chargées de garder une trace de ces événements éphémères, et d’en donner aussi si possible une lecture poétique. Atelier vidéo, Sarah Ouazzani La vidéo met en relation les textes écrits par les participants à l’atelier à partir de l'œuvre d’Anna Maria Ortese et les marionnettes qu'ont été fabriquées. Une grande place est accordée au choix du cadre, un cadre fixe dans lequel la marionnette prend vie. En l'inscrivant dans le paysage urbain, nous cherchons à réaliser des petits tableaux poétiques visuels et sonores. Le son et l'image ne sont pas nécessairement synchronisés. Un témoignage enregistré peut apparaître en commentaire d’autres images. Les participants peuvent aussi choisir d'entrer en communication avec des personnes rencontrées sur le chemin, pour leur poser des questions ou, s'ils le souhaitent, pour construire ensemble un tableau muet. La présence d'un être imaginaire favorise l'émergence d'une ville rêvée. Les films ne durent pas plus de trois minutes. Les auteurs ont la possibilité d'y exprimer leurs émotions vis-à-vis des transformations en cours dans leur environnement proche. Mis bout à bout, les films dessinent les contours d’un paysage vécu et imaginé par les habitants de la ville. Les créations La compagnie aime alterner les temps de travail en atelier et les moments de passage au plateau, ces moments où les artistes de la compagnie peuvent traduire théâtralement le riche bagage d’informations accumulé pendant les phases d’expérimentation mené avec le public. Deux créations ont déjà eu lieu, et deux sont en préparation, dans le cadre du projet « Corps Céleste ». La première a eu lieu au théâtre de la Minoterie, à l’automne 2010 : il s’agissait de « Céleste », un solo pour actrice et marionnette inspiré du roman d’Anna Maria Ortese « Il porto di Toledo ». Voici comme Elisabetta Sbiroli, comédienne et marionnettiste, parle de ce spectacle : « Céleste a treize ans. Elle a l’impression que les choses qu’elle aime disparaissent vite, sans raison. C’est aussi parce qu’elle grandit, et que sa façon de regarder ces choses n’est plus la même. Elle observe par exemple que la ville se compose d’espaces cloisonnés, qu’une frontière invisible sépare désormais les lieux et les êtres … Je voulais mettre en lumière, dans l’adaptation pour la scène de ce roman, le passage du temps: mais comment donner à entendre le dialogue entre les rêves lumineux de l’enfance et la lucidité teintée d’amertume de l’âge adulte ? Peut-être en utilisant des langues différentes, le français et l’italien, mais aussi tout le riche vocabulaire des corps qui se charge d’exprimer ce qui n’atteint pas le seuil du verbe. Une marionnette à taille humaine joue le personnage de la jeune fille, Céleste, et moi le personnage de l’écrivain. L’enfant qui grandit cherche les mots pour exprimer son trop-plein d’émotions. L’adulte analyse finement cette naissance au monde. Mais parfois face aux pépites brutes projetées par la langue de Céleste, et face à ses silences, la langue d’Anna Maria s’entortille et pâlit dans l’effort de percer le mystère. La réalité est un piège à dynamiter par l’enfant céleste. ». La deuxième création à vu le jour à l’automne 2011 à l’Espace Culturel Busserine : « Amérika », une adaptation pour la scène du roman de Franz Kafka « L’Amérique ». Le Grand Théâtre d’Oklahoma ressemble à un pays de Cocagne, où le temps s’est arrêté. Les membres de la troupe jouent toujours dans les rôles fixés au moment de l’embauche, un contrat garanti à temps indéterminé le libère de tout souci matériel. Mais l’entreprise ne propose pas de perspectives d’évolution de carrière. L’avenir n’a tout simplement pas lieu, à Oklahoma. La construction dramaturgique du spectacle est inversée, par rapport à celle du roman : de l’âge adulte à la jeunesse, le machiniste Négro organise un retour aux sources pour conjurer la disparition du jeune Karl. Avec une patience infinie, et secondé par les autres membres de la troupe, Négro essaye de retrouver dans son numéro du « disparu » la mémoire du voyage qui l’a conduit en Amérique. La marionnette du jeune Karl Rossmann traverse à rebours toutes les étapes de cette initiation, mais les souvenirs se mélangent, et les tentatives de reconstruction donnent parfois des résultats improbables et franchement hilarants. Avec ces tentatives maladroites d’établir la vérité, se rouvre le jeu des possibles, qui permet d’échapper au destin cruel d’Oklahoma suivant la méthode expérimentée par Shéhérazade : le plaisir renouvelé de la narration éloigne le moment de la mise à mort. L’ascenseur temporel se remet en marche et nous permet de retrouver une à une les illusions perdues sur le chemin du jeune Karl. Avec ce spectacle, nous nous sommes penchés de nouveau sur le passage délicat entre l’enfance et l’âge adulte, et nous avons amorcé la réflexion sur la relation de l’enfant à l’espace de la ville contemporaine, réflexion qui se poursuit actuellement avec les nouvelles créations. Les matériaux recueillis au cours des ateliers d'écriture et d'art de la marionnette alimentent notre propre travail de création. L'auteur Mariana Giomi, qui écrit les textes de nos prochains spectacles, s’inspire largement de la parole des enfants. Le metteur en scène et marionnettiste Elisabetta Sbiroli base aussi sa recherche plastique et chorégraphique sur leurs propositions. Le musicien Philippe Gorge et la réalisatrice Sarah Ouazzani sont aussi solidaires de cette démarche qui privilégie la rencontre avec le public en amont de la création. Les interprètes John Ryan, Kati Haschert, Marine Dubois, Julien Gourdin investissent toute leur sensibilité dans les spectacles de la compagnie, et Martial Rozé les met magnifiquement en lumière. Le spectacle "À corps perdu" (création est prévue en décembre 2012 au Théâtre de Lenche) explore la relation de l’enfant à l’espace urbain, dans sa dimension réelle et imaginaire. Des enfants et des adolescents issus de quartiers défavorisés de la ville de Marseille ont la possibilité de s’initier avec nous à l’art de la marionnette et à la pratique du théâtre, et saisissent ces outils pour poser un regard critique sur leur environnement. Nous faisons ensemble des repérages dans les quartiers, nous observons la vie dans la rue, à la maison, au supermarché... Puis nous inventons des espaces avec des connotations à la fois réelles et symboliques. Ce sont des lieux d’observation, de croisement, de mémoire : un sous-sol, un carrefour, un toit. Des personnages émergent de ces lieux, comme des génies : l’Homme en bikini, un philosophe qui cherche la raison dans les failles des murs qui se dressent partout. Moi-Je, une femme tiraillée par ses contradictions. L’Etrangère, qui transporte son secret dans les rues de la ville. L’Homme sans tête, un géant qui peut voir plus loin que la foule amassée à ses pieds. Les corps des acteurs et ceux des grandes marionnettes re-inventent sur scène l’espace mobile de cette étrange ville et de ses habitants. Si le spectacle « À corps perdu » dresse un constat poétique sur l'état de la ville contemporaine, et pointe à travers un regard "à hauteur d'enfant" des aspects problématiques de notre vivre ensemble, le nouveau projet « Les nuages » voudrait donner place davantage à une vision utopique de l’espace urbain. Sur un mur de la vieille ville de Naples on peut lire : "Le futur n'est pas écrit", et c’est précisément à cet endroit qui se situe pour nous le début d’une possible écriture. Dans le cycle d'ateliers que nous mettons en place dans les villes de Naples et Marseille, nous voudrions être à l’écoute des aspirations des enfants et des adolescents, pour formuler ensuite avec eux la vision d’un autre paysage dans les relations qui se tressent au quotidien dans l’espace de la ville. Au cours d'une improvisation avec une de classe de l'école La Savine, l’année dernière, les enfants qui n’avaient pas d’endroit pour jouer se retrouvaient enfin sur un toit : là, ils laissaient libre cours à leur imagination pour deviner la forme des nuages. Il y avait en fait dans cet exercice la possibilité de projeter dans le ciel une représentation de leurs désirs et de leurs aspirations. Les Nuages offrent le don de la Langue à l’homme qui contemple leur beauté, dans la pièce d’Aristophane. Que ce don soit toujours profitable, à tous ceux qui, citoyens enracinés ou voyageurs de passage, seront les acteurs incontournables de la ville de demain. Nous voudrions aussi avec cette création nous adresser à un nouveau public : des femmes qui vivent en marge de la société, qui se perçoivent comme inutiles et oubliées alors qu'elles détiennent des véritables trésors d'humanité. C’est un autre regard qu’elles portent sur la ville, et nous pourrions appréhender grâce à elles des nouveaux chemins pour la traverser. Une nouvelle sensibilité, pour poser notre attention sur l'échange constant entre les espaces du dedans et du dehors. Pour observer les mécanismes subtils qui règlent nos gestes dans l'utilisation des espaces privés et publics. Nous voudrions aussi si possible rendre perméable la frontière entre les âges, en favorisant la rencontre entre la génération des femmes et celle des enfants. Anna Maria Ortese Anna Maria Ortese se fait remarquer, très jeune, grâce à des « comptes rendus » sur la vie dans les quartiers pauvres de Naples : elle participe ainsi à sa façon au mouvement néo-réaliste qui porte un nouveau regard sur le monde de l’après-guerre. Mais dans le livre qui la rend célèbre, « La mer ne baigne pas Naples », Ortese dresse un constat amer sur l’état de cette ville tant aimée : elle dénonce l’échec de la raison au profit de la nature, dont on se sert comme alibi d’une politique réactionnaire ; elle observe avec une terrible lucidité l’abrutissement physique et moral des couches les plus pauvres de la population, l’indifférence des classes aisées, l’atonie des intellectuels. Un livre comme un cri de révolte, qui lui coûte l’exil. Incapable de se fixer, ballottée dans les trains d’un déménagement à l’autre, d’une « enquête » à l’autre, Ortese devient une journaliste aguerrie, et met sa clairvoyance de déracinée au service de l’information. Dans les œuvres de la maturité se précisent des préoccupations écologiques et morales : dans un mouvement d’empathie envers les plus faibles, dans une aspiration à la liberté comme respiration universelle. Les livres d’Anna Maria Ortese sont traduits en France chez Gallimard, Terrain vague, Seuil, Actes Sud. Nous conseillons la lecture de « Corps céleste », et de « Là où le temps est un autre », récits traduits par Claude Schmitt pour Actes Sud. Synopsis Le texte à corps perdu c’est une promenade dans les architectures d’une ville sans nom. Dans cette ville s’inscrivent des lieux et dans ces lieux on y trouve des « personnages ». Ils ont une parole qui reflète le rythme, la lumière et l’alphabet des endroits où ils marchent, d’où ils observent, qu’ils habitent. Ce sont des « âmes » silencieuses ou bavardes, anciennes ou jeunes, parfois vivant aux bords. Elles peuvent être doubles, avoir la tête dans les nuages. Elles n’ont pas toujours d’histoires à raconter. Quand on les croise la ville se montre avec des perspectives différentes de la ligne horizontale habituelle. Ce sont les enfants qui, durant des ateliers qui ont beaucoup nourri l’écriture de ce texte, ont suggéré cette possibilité d’un regard vertical : bas, milieu, haut. Le texte avance sur ce fil vertical avec le même équilibre précaire qui habite les humanités qui peuplent les villes. On extrait voix, langues, hurlements, silences. Les paroles sont reproduites, associées, dissociées dans l’hallucination du contemporain et d’un passé qu’on ne sait pas absorber. Les personnages sont à la fois artisans et témoins de ce jeux du temps entre présent et passé. Il manque le futur auquel le texte à corps perdu laisse une page blanche. Mariana GIOMI La création J’ai fermé les yeux et j’ai pensé : la terre, c’est comme une immense maison. À partir de la parole des enfants qui ont participé aux ateliers de pratique artistique organisés en 2010 et 2011 par la Compagnie Lalage, la création du spectacle « À corps perdu » témoigne de notre relation à l’espace urbain, dans sa dimension réelle et rêvée. L’espace de l’atelier est un moment privilégié de rencontre avec le public, un moment de partage des interrogations et des découvertes qui constituent le tissu de nos créations. Au cours des deux dernières années (et pendant toute l’année prochaine) nous interrogeons la notion de « corps céleste », qui traverse l’oeuvre de l’écrivain italien Anna Maria Ortese. Un corps céleste est un corps régi par un système de forces en présence : une image qui n’a rien de mystique, pour cet auteur qui défend les droits de l’enfant, et affirme la place centrale que devraient avoir l’art et la culture dans un projet de société. Des enfants et des adolescents issus de quartiers défavorisés de la ville de Marseille ont eu la possibilité de s’initier avec nous à l’art de la marionnette et à la pratique du théâtre, et ils se sont servi de ces outils pour poser un regard critique sur leur environnement et s’exprimer à ce sujet. Au cours de sorties organisées dans leur quartier, nous avons observé ensemble les lieux, les visages qui les habitent, les langues qui les animent et puis toute cette matière d’observation a pris encore une autre forme, non plus liée au temps et aux images des parcours quotidiens. La création « À corps perdu » re-élabore les matériaux issus du travail d’atelier dans un spectacle à dramaturgie plurielle. L’écriture, la recherche plastique et chorégraphique liée à l’objetmarionnette, la vidéo, l’univers sonore et les lumières: autant de langages particuliers qui interagissent avec les corps des comédiens pour représenter sur scène l’espace mobile d’une ville et de ses habitants. Le son précède l’image, les voix précèdent les corps, le labyrinthe des rues se donne d’abord à entendre et à sentir : les odeurs d’une ville au bord de la Méditerranée… Sur un toit un jour j’ai vu une tour orange, j’ai aimé, parce que c’était beau à admirer. Où alors j’ai senti l’air, j’ai vu la mer, j’ai entendu les bateaux, aussi le bruit du tramway….un peu…. Il y avait aussi les gens qui parlaient au téléphone et tout. Là c’est normal. J’ai entendu aussi les chants des rossignols. J’ai aimé voir les oiseaux, à part les pigeons. J’aurais aimé voir beaucoup de tournesol, de la verdure, du blé et aussi un concert. Oui un concert, entendre beaucoup de musique et beaucoup de silence. J’aurais aimé entendre des bruits heureux. Le poids des immeubles au sol, dans la sensation physique du corps qui les frôle retranchements, exposition du même corps au passage d’autres corps. Projection injustifiée d’un corps au repos, une ombre dansante traverse un instant le champ de vision. Le mouvement de la foule s’intensifie, multiplication des visages, décomposition de l’unité en fragments. 19 piétons, 7 vélos, 17 motos, 146 voitures, 3 bus, 4 camions, 0 train. Portables cassés, cadres poussiéreux, mannequins presque nus avec les mains sur le derrière, circuits électroniques en court-circuit. Visages, visages tendus, immobilisés, quotidiens, des vêtements, des bras, des jambes, pieds, pleins de pieds, trop de pieds, rues, rues périphériques, maisons, encore maisons, partout maisons. Puis la soudaine clarté d’une place, dans l’agglomération. Au carrefour, choisir une perspective inusitée, descendre ou monter - passons - devant, derrière ... derrière quoi ? Derrière les paupières closes : les rêves. J’aimerais entendre des bruits heureux, a dit un enfant. Shut!! Les enfants dorment et tous les habitants de la ville silencieuse et bercée par la mer. Maintenant dorment. Ils s’effondrent dans les lits ou glissent dans le rêve. Le temps passe. Ecoute. Le temps passe. TIC TAC. Il ne s’arrête jamais, même pendant la nuit. TIC TAC. Tu peux écouter les maisons qui dorment sur les rues de la nuit bandée, noire, saline, paresseuse, profonde. Tu peux écouter et voir, derrière les yeux des dormeurs, les mouvements et les pays et les labyrinthes et les couleurs et les effrois et les arcs-en-ciel et les mélodies et les désirs et le vol et la chute et le désespoir et les mers en tempête de leurs rêves. Pour une écriture de plateau Dans une première phase de travail, avant la création prévue pour l’automne, nous testerons d’abord les possibilités dramaturgiques de la matière - texte proposé par Mariana Giomi, qui, dans le cadre du projet « Corps Céleste », a dirigé les ateliers d’écriture. Nous parlons de matière puisque ce texte ne recoupe pas les paramètres habituels d’un texte dramatique : il n’y a là aucune indication sur les personnages, les lieux où les temps dans lesquels situer l’action, qui ne soit contenue dans le flux même de l’écriture. Ainsi un même paragraphe peut se décliner à la première personne sous forme de monologue intérieur ou être prononcé par plusieurs voix, c’est-à-dire qu’il peut être investi par plusieurs personnalités, sous forme de dialogue ou comme simple entrée en résonance de la pensée d’êtres distincts. - Bonjour ! - Bonjour ! - Ça va ? - Ça va, et toi ? - Très bien merci ! - «Comment-allez vous ? » - Je vais bien. Je marche lentement et je suis content. J’arrose mes plantes pour ne pas les laisser mourir. - «Comment-allez vous ? » - Je n’arrive pas à comprendre! - «Comment-allez vous ? » - Je me sens comme une piscine dans une maison de luxe, immense et immobile. - «Comment-allez vous ? » - Je me sens mieux. Je me sens chez moi. Un chez moi imaginaire, mais toujours un chez moi. Les comédiens se saisissent librement de cette matière – texte, ils l’explorent à la fois avec le corps et la voix. Le musicien, la vidéaste et l’éclairagiste de la compagnie avancent des propositions, au cours de ces improvisations, et l’attention de l’auteur et du metteur en scène se focalise bientôt sur des points que les interprètes sont invités à creuser davantage. D’autres matières entrent en jeu ensuite : la mémoire des gestes que nous avons aperçus, repris, transformés, au cours des ateliers ; des bribes de texte écrits sur des affiches, ou des pages éparses des carnets d’atelier ; des enregistrements de voix ; des images et des objets que nous avons découverts et construits, tout au long de cette riche période d’exploration avec le public qui a participé au travail d’atelier. D’étranges figures font enfin leur apparition sur le plateau : Une femme sale, seule, rejetée, muette se gratte le nez, se caresse le menton, regarde autour d’elle : Je ne comprends pas ! L’ homme en bikini : Le monde est di seconda mano, on le trouve comme on nous l’a donné : aimé, détesté, ennuyé, usé. Je parle du bord et me comprend seulement celui qui recule, pour donner de l’espace à la respiration, à la distance, entre une langue et l’autre, dans le son qui reste pendant que je glisse mes doigts dans la terre, que je passe mon doigt entre un caillou et l’autre et que je parle de cette coexistence où je suis toujours à la recherche de la parole perdue. Je parle du fin fond, là où l’amer monte à la gorge, là où les sons composent le monde. Ici, on plonge de plus en plus dans la langue, engloutis par des forêts d’alphabets, et après on remonte pour chercher du calme, ici où une frontière jamais franchie nous tient à flot. La croissance de l’homme et la morale s’accompagnent d’une corruption inexorable, frontière entre les hommes. Remonter de l’abysse sera une lutte jusqu’à joindre les mains en coquille, à y découvrir une perle à la lueur laiteuse, prête à exploser ou, au pire, a perdre sa splendeur, prête à s’éteindre et à éteindre ainsi la lumière autour. On dit que les frontières sont tombées ma come è possibile (tu y crois) ? Elles faisaient corps avec les chairs des voisins et leurs inquiétudes, avec le fini imparfait et la mémoire du lointain. Nous avons survécu, nous nous sommes des boudins d’identité et maintenant cette nouvelle ... Silhouettes saisies sur le point d’aimanter quelques mots, ou plutôt une façon de marcher ou de bouger les mains, capables aussi de s’approprier un vêtement, une coiffure, un trait de caractère qui parviennent à dessiner petit à petit un ensemble cohérent, un « corps céleste », un corps marionnette à la croisée des humains qui composent la foule des villes. Des lieux émergent enfin, des lieux « nécessaires », où des parcours aléatoires deviennent obligés. Lieux et parcours contenus depuis le début dans la masse opaque du texte, qui s’affirment enfin avec l’évidence d’une révélation sur le tableau noir de la scène. L’écriture du texte nous conduit à ces lieux d’observation, qui sont à la fois des lieux réels, des lieux symboliques, des lieux imaginaires, des lieux rêvés : carrefour, toit, sous-sol, place. L’action se déroule à partir de ces lieux d’observation et y prend fin. Dans ces lieux émergent des mots, des mots qui font partie de la communication du temps présent, qui signifient notre époque ! Slogans, publicités, néologismes … ou alors des mots très anciens, au sens noble, et dont l’utilisation est devenue aujourd’hui banale. La parole portée par le texte est associée à ces lieux, parfois comme une empreinte visuelle inscrite dans leur architecture, parfois comme une résonance dans la bouche des personnages qui les traversent. Il se peut qu’un personnage soit une sorte d’émanation du lieu, au point que les mots du lieu finissent par composer la partition du personnage. Le thème de fond de l’écriture reste la ville, dont certains lieux ont été choisis en fonction de leurs articulations spatiales, de leurs fissures, de leurs couleurs, des problèmes qui le caractérisent, de la mémoire enfouie ou du génius loci qui les habite. Tout autour de ces lieux des personnages déambulent, se frôlent, se perdent de vue et finissent par se croiser ; certains d’entre eux sont parfaitement stéréotypés, d’autres excentriques au point d’en perdre leur identité. D’autres encore font partie d’une même quotidienneté, comme les paroles anciennes, sans le vouloir. « À corps perdu » : cette expression indique la possibilité de s’investir sans ménagement dans une entreprise. L’exercice d’écriture voudrait réussir à capter les directions choisies par des modes de vivre la ville, sans se limiter à une vision horizontale de type sociologique. Ce texte voudrait interroger aussi la verticalité de l’être en présence dans un lieu et un temps donné. En haut et en bas de cet homme, qu’y a t-il ? En amont, comme après cette vie ? Dans cette réflexion le temps occupe une place importante, le temps qui passe, le temps de la nuit et celui du jour, le temps de la mémoire. À ce propos, la rencontre avec les enfants a été un moteur important de l’écriture : pour les enfants la ville ne montre pas un visage amical (un peu comme pour les étrangers). Les enfants formulent des visions ou inventent facilement des expressions qui sont comme le sédiment poétique d’une pensée profonde, que les adultes qu’ils vont devenir mettront longtemps à déchiffrer. Walter Benjamin parle ainsi du choc que l’on éprouve au moment où « un mot nous tétanise, comme une mauvaise odeur oubliée dans notre chambre. Comme ceci réveille en nous une région lointaine qui était là, il y aussi des mots et des silences qui nous entrouvrent ce même invisible lieu lointain : le futur qu’en nous avait oublié ce lointain ». Lalage La compagnie Lalage privilégie la mise en scène de textes d’auteurs contemporains et recherche les frottements possibles avec d’autres langages artistiques, en particulier avec la danse. Le projet artistique de la compagnie se dessine en filigrane sous le choix des textes de nos créations. Textes d’auteurs peu commodes : Thomas Bernhard, Jules Laforgue, Rodolfo Wilcock, Edward Bond, Véronique Olmi, Sarah Kane, Fabrice Melquiot, Marc Tamet, Rodrigo Garcia, Carlo Emilio Gadda, Elfriede Jelinek, Antonio Tarantino, Anna Maria Ortese. Un point commun entre tous ces auteurs : chacun à sa manière semble découvrir chez les humains une sorte d’accoutumance à l’horreur, et ne peut s’y résigner. C’est ainsi qu’ils inventent une langue et un style inimitables, qu’ils s’affirment en tant qu’artistes, face à cette horreur qui nous déshumanise. Une horreur qui peut revêtir plusieurs formes, et dont les manifestations les plus redoutables sont peut-être aussi les plus banales. La création pour le jeune public occupe une place particulière dans notre parcours. Faire du théâtre pour et avec les enfants nous interroge sur notre façon d’appréhender le réel et de le représenter, comme dans notre dernière création, où nous avons interrogé la figure symbolique du roi pour affirmer le potentiel créatif de l'enfant et imaginer une autre façon de vivre ensemble. La compagnie Lalage, née comme compagnie de théâtre, s’intéresse de plus en plus à une pratique transversale des disciplines artistiques, et mélange dans ses créations le théâtre, la danse, la marionnette et la vidéo. Parcours ELISABETTA SBIROLI, metteur en scène Née le 22/11/1963 en Italie, Elisabetta Sbiroli se forme comme comédienne et metteur en scène sous la direction de Orazio Costa, de Giorgio Strehler et de Anatolij Vassiliev. En 1993 elle obtient le diplôme de mise en scène de la Civica Scuola d’Arte Drammatica, à Milan. En 1995 elle s’installe à Marseille, et fonde la Compagnie Lalage, pour laquelle signe des nombreuses mises en scènes de pièces d’auteurs contemporains : Thomas Bernhard (1997 Une fête pour Boris), Rodolfo Wilcock ( 1999 L’abominable femme des neiges), Georges Bataille (2000 Le mort), Edouard Bond (2000 Rouge noir et ignorant), Sarah Kane (2003 Manque), Fabrice Melquiot (2004 Perlino Comment), Rodrigo Garcia (2005 Vous êtes tous des fils de pute), Antonio Tarantino (2009 Vêpres de la Vierge Bienheureuse) Carol Vanni (2010 Le roi Nu), Anna Maria Ortese (2010 Céleste). En tant que comédienne, elle travaille avec Anna Marina Pleis (1999 et 2000 Taxi théâtre 2000 Odyssées Nos Espaces, 2002 Penthésiléa”, de H.von Kleist), Alain Fourneau (2006 Vagava, sola, nella casa et 2007 Je voudrais être légère ) Raffaella Giordano ( 2007 Cuocere il mondo ), Karin Elmore (2008 Estrella salvaje). Elle s’intéresse depuis quelques années au théâtre de figure : ses expériences avec Hoishi Okamoto (2004 Institut International de la Marionnette, Charleville Mezières) et Greta Bruggeman (2006 Cie Arketal, Cannes) lui ont permis d’approfondir sa relation à l’objet, et de tracer une direction de recherche personnelle, où la marionnette est utilisée comme support d’interrogations liés au corps de l’acteur. MARIANA GIOMI, auteur Née à Rome en 1979. Elle est titulaire d’une maitrise en Arts e Sciences du Spectacle vivant obtenue à l’Université de Rome “La Sapienza” où elle se forme avec Luca Ronconi, Carlo Quartucci, Eugenio Barba (Odin Theatret), Emma Dante, Giorgio Barberio Corsetti e Massimiliano Civica. Elle a écrit et publié deux textes par Bulzoni, éditions spécialisées dans le théâtre, et pour la revue de dramaturgie contemporaine « Ariel ». De 2007 à 2009 conçoit et dirige trois éditions de OH (Operum Harmonia), festival dédié aux formes contemporaines du spectacle vivant en partenariat avec l’E.T.I et la Région Lazio. En 2008, en tant qu’auteur et metteur en scène, elle participe au « Prix Scenario » avec le spectacle « Precarismi ». En 2009 elle gagne une bourse européenne pour la Mobilité Artistique au Théâtre des Bernardines à Marseille. Elle collabore avec le Théâtre de la Minoterie de Marseille en tant que intervenante théâtre au sein du collège J.C.Izzo et avec la Cie Lalage en tant qu’auteur. Sa recherche artistique enquête le rapport entre l’être humain, l’espace et le temps. PHILIPPE GORGE , musicien Né le 26/05/53, il fait des études de théâtre à la faculté d’Aix-en-Provence. En 1973, avec JeanPol Fargeau et Alain Fourneau, il fonde une compagnie théâtrale : le Groupe Dépense. Puis participe comme compositeur et musicien aux créations d’autres compagnies. LES BERNARDINES 1988-1990 : Femmes défaites d’après J. Roubaud, Le marin de Pessoa, Le funiculaire de S. Joubert, mises en sc. A. Fourneau ; L’ode maritime de Pessoa, m.e.s. E. et F. Stochl ; Et si on s’aimait assez pour se tromper (98), Je ne parlerai pas de Jason d’après Médée de Sénèque (2003), mises en sc. M. Guerre / THEATRE DE LA PESTE : C’est bien, c’est mal (98), Le monde était-il renversé ? d’après Kafka (2000), Thèbes et Ailleurs d’après Sophocle et Eschyle (2002), Confession de Stavroguine d’après Dostoïevski (2003), mises en sc. O. Saccomano / LE SILENCE DES BATELEURS : La vie privée d’Adam et Eve d’après M. Twain (99), m.e.s. J. Lanlois ; La mort de Tintagiles de Maeterlinck (2001), Un jour en été de Jon Fosse (2002), Louise adapté de L. Kaplan (2003), Dans le nu de la vie , de Jean Hatzfeld (2004) ; mises en sc. G. Le Moher / CIE LALAGE : L’abominable femme des neiges de J. R. Wilcock (99), Le charmeur de rats d’après M. Tsvétaéva (2001), Le passage de V. Olmi (2002), Manque de S. Kane (2003), Le roi nu et Celeste (2010) mises en sc. E. Sbiroli / TEMPESTANT THEATRE, La collection (1991), m.e.s. C. Richard / CIE DU SINGULIER L’art de la comédie (2006) d’Eduardo de Filippo — m.e.s. Marie Vayssière /CIE DU ZIEU DANS LES BLEUS, Ursule (2008) de Howard Barker m.e.s. Nathalie Garraud.