Sommet Etats-Unis / Afrique : Financer les infrastructures

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Sommet Etats-Unis / Afrique : Financer les infrastructures
Note d’analyse
Sommet Etats-Unis / Afrique : Financer les infrastructures
énergétiques en Afrique pour soutenir l’émergence
africaine
Jean Baptiste HARELIMANA, Chargé de programme IAM
Novembre 2014
« Nous sommes entrés dans l'ère de la lumière administrée. Notre seul rôle est de tourner un
commutateur. Nous ne sommes plus que le sujet mécanique d'un geste mécanique. Nous ne
pouvons pas profiter de cet acte pour nous constituer, en un orgueil légitime, comme le sujet du
verbe allumer » - BACHELARD Gaston (1961), La flamme d’une chandelle, Paris, PUF, rééd. : 2003,
p.90.
I.INTRODUCTION
Aujourd’hui, le monde est entré dans une phase d’insécurité énergétique où se mêlent géographie des
ressources, lois du marché, besoins de développement, contraintes environnementales, désordres mondiaux
et jeux de puissance. Dans ce contexte se posent les interrogations suivantes : comment répondre à la
demande croissante d’énergie sans mettre en péril la planète ? Comment faire de l’énergie à la fois un
instrument de croissance et de compétitivité pour les économies développées et un levier de développement
des pays moins nantis ? Comment faire jouer les solidarités entre nations dans la définition d’un prix
acceptable pour les uns et les autres ou d’une contribution équitable des uns et des autres à la lutte contre
l’effet de serre ?
La question énergétique c'est une question majeure pour l'Afrique, parce que c'est à la fois un atout, et aussi
un fléau pour un continent à la fois riche et pauvre. Pauvre, il le demeure par un développement largement
inachevé. Le secteur énergétique d’Afrique subsaharienne est aujourd’hui en situation de crise : sa capacité
de production insuffisante, approvisionnement irrégulier, prix très élevés et accès au réseau électrique très
limité. Caractérisée par la stagnation, la capacité de production énergétique de la région est inférieure à celle
des autres régions. L’énergie africaine coûte deux fois plus que celle des autres régions en développement, et
son approvisionnement n’est pas fiable. Dans plusieurs pays, la croissance des connexions des ménages au
réseau électrique est inférieure à la croissance de la population. Les tendances actuelles semblent indiquer
que la population n'ayant pas accès à l'électricité va augmenter puisque le développement des systèmes de
production d'électricité (centralisés ou décentralisés) progresse moins vite que la croissance démographique.
Certaines puissances ont bien compris la tentation de résoudre l’équation par un troc magistral : apporter les
infrastructures du développement en échange de l’octroi ou de l’exploitation de matières premières (minerais,
hydrocarbures ou même terres arables).
1
Ses ressources ne sont plus heureusement, une « malédiction » pour l’Afrique, puisque l’appétence à leur
égard n’engendre des contrats prima facie mutuellement profitables. L'Afrique continentale représente 12%
de la production mondiale de pétrole et 10% des réserves mondiales prouvées. La production de gaz naturel
pourrait doubler d'ici 20 ans, passant de 200 à 400 milliards de mètres cubes par an, selon les estimations de
l'Union Internationale du Gaz (IGU), qui regroupe 83 pays dont 10 africains, et couvre 95% du marché du gaz
naturel dans le monde. Le continent possède également d'immenses ressources largement inexploitées,
issues de la géothermie, d'une biodiversité préservée, d'un réseau hydrographique à fortes capacités, d'un
potentiel éolien et solaire qui constituera sans nul doute l'une des clés de son développement territorial. Le
futur énergétique de l’Afrique dépend de l’énergie hydraulique. A l’heure actuelle, 93% du potentiel en
énergie hydraulique réalisable économiquement du continent (estimé à 937TWh/an, soit un dixième du total
mondial) reste cependant inexploité. Une Afrique compétitive ne peut se construire que dans un triple
dynamique de valeurs : connaissance de soi, connaissance de l’autre et dépassement de soi.
L'Afrique sub-saharienne, longtemps la chasse gardée des anciennes puissances coloniales, était considérée
comme un continent sans avenir, destiné à un sort de perpétuel assisté. Les catastrophes naturelles, les
pandémies contribuaient à cette réputation. L'émergence de la Chine et la demande de matières premières
qu'elle provoque introduit soudainement la concurrence. Grande oubliée des Objectifs du millénaire pour le
développement, l’énergie est maintenant une priorité de l’ONU 1 .Les discussions sur le cadre de
développement post-2015 ont validé la nécessité absolue d’un accès à l’énergie fiable et abordable pour
l’éclairage, le chauffage, la cuisson, les activités mécaniques, les transports et les télécommunications si l’on
veut éradiquer la pauvreté énergétique et renforcer le développement durable 2.
Au-delà de l’attrait pour les matières premières dont regorge le continent 3 , l’Afrique constitue aussi un
marché intérieur important : avec une population de plus d’un milliard d’habitants et qui devrait atteindre plus
de 2 milliards d’individus en 2050, des taux d’urbanisation galopants ainsi que la constitution d’une classe
moyenne importante, les économies africaines devraient être amenées à faire évoluer leur modèle vers un
développement tiré par la demande intérieure.
L'Afrique a besoin de développer ses infrastructures énergétiques pour soutenir la croissance de ses
économies. En juin 2013, le Président Obama a annoncé une initiative baptisée « Power Africa » de 7 milliards
de dollars sur cinq ans pour permettre à environ 50 millions d’Africains d’accéder à l’électricité. Cette initiative
devrait générer une capacité énergétique de 20 000 mégawatts en Afrique subsaharienne d’ici à 2020.
L’initiative du Président Obama a suscité l’intérêt de la Banque africaine de développement (BAD) et de
sociétés africaines privées. Le président américain Barack Obama a annoncé, le 5 août 2014, que son plan
Power Africa, requalifié par certains de plan Marshall électrique, serait financé à hauteur de 26 milliards de
dollars, contre les 7 milliards prévus initialement. Ce volontarisme ne peut cependant se comprendre que si
l’on prend la mesure des besoins considérables de l’Afrique en matière d’infrastructures.
A l’orée de l’initiative Power Africa, il est opportun d’analyser en détail les caractéristiques de l’énergie qui lui
confèrent une position si centrale et déterminante au sein des circuits économiques, dans la définition des
contraintes et des risques systémiques et dans la conceptualisation du développement durable en Afrique.
Pour cela, il faut commencer par un état des lieux, car à l’évidence l’avenir de l’Afrique sera en grande partie
déterminé par la situation actuelle.
1
Les Objectifs du millénaire pour le développement arrivent à échéance en 2015 et, pourtant, bon nombre de problèmes de développement demeurent tandis que d’autres apparaissent. Les objectifs
de l’après-2015, qui font actuellement l’objet de délibérations au sein de la communauté internationale sous l’égide de l’Assemblée générale des Nations Unies, intégreront des aspects sociaux,
environnementaux et économiques dans un ensemble unique d’Objectifs de développement durable. Voir Wykes S., Garside B., Leopold A., Hirji K., Stevens L. (2014) Energy in the Post-2015
development Framework. Cafod, London.
2
Voir par exemple le Focus Areas Document pour les Objectifs de Développement Durable (SDGs) du groupe de travail des Nations Unies du 19 Mars 2014
(http://sustainabledevelopment.un.org/
3
Il existe trois grands types de matières premières : les produits agricoles, les minerais et l'énergie. Ces produits ont tous un point commun : ils sont liés à la terre et sont inégalement réparties sur la
planète. Cette caractéristique accroît leur dimension stratégique puisque aucun pays ne dispose des quantités nécessaires de matières premières sur son territoire pour être autosuffisant.
2
II. LE DEFI ENERGETIQUE D’UN CONTINENT EN EMERGENCE
Pour mieux analyser la situation actuelle de l’Afrique, on peut retenir quatre entrées : la démographie,
l’économie, les structures sociales, la gouvernance. Selon la BAD, des 1,5 milliard de personnes qui vivent
sans électricité dans le monde, 80% résident en Afrique subsaharienne. Une étude de la Banque mondiale
publiée en 2010 souligne que « les 48 pays d’Afrique subsaharienne (800 millions d’habitants) génèrent plus
ou moins la même quantité d’électricité que l’Espagne (45 millions d’habitants) »4. Le déficit d’infrastructures
énergétiques constitue d’autant plus un handicap que le faible niveau d’accès à l’énergie, en plus des
conséquences considérables sur la compétitivité économique des entreprises locales, est presque toujours à
une carence en services de santé et d’éducation pour les populations.
La population urbaine de l'Afrique passerait de 414 millions en 2011 à plus d'1,2 milliards en 2050, faisant
évoluer le taux d'urbanisation de 40 à 60 %. L'accueil de cette population bientôt à majorité urbaine suppose
un effort continu dans le domaine des infrastructures nécessaires pour approvisionner, loger, éclairer,
transporter, soigner, les futurs citoyens de l'Afrique, ce qui suppose des investissements considérables. Ce
défi est d'autant plus important qu'aujourd'hui déjà, le manque d'infrastructures reste criant, amputant la
croissance en Afrique sub-saharienne de 2 % par an en moyenne. Le coût moyen de la facture électrique sans compter les délestages qui causent bien des pertes de production d’une entreprise en Afrique qui est
deux fois supérieur à celui de l’Asie.
L’électricité est le vecteur d’énergie secondaire le plus important. Présente déjà dans plusieurs ménages
africains, cette énergie électrique se singularise des autres de par sa simplicité d’usage et du fait de l’étendue
des services qu’elle rend dans la vie quotidienne. Produite grâce à l’emploi de ressources naturelles très
différentes, l’électricité n’en est pas pour autant marquée par ses origines fossile, nucléaire ou renouvelable
dès lors qu’elle entre dans les foyers, prête à être utilisée. Diffusée dans le macrosystème électrique national
(voire transnational), avant de l’être sur les réseaux territoriaux secondaires, puis de rejoindre les installations
domestiques, l’électricité que tout un chacun utilise n’a ni couleur, ni odeur. Elle ne se donne pas à voir à
ceux qui s’en emparent, mais elle est le moteur d’un grand nombre d’activités sociale. L'électricité d'origine
hydraulique pourrait se développer dans des proportions importantes dans les grands bassins d'Afrique. Mais
les difficultés de financement limitent ce développement.
Les pays africains se caractérisent par une électricité centralisée et diffusée dans les grands centres" distincte
de l’électricité rurale est spécifique de l'Afrique. Dans de très nombreux pays le développement et l'installation
de l'électricité se sont faits à partir des grandes villes puis se sont dirigés vers les campagnes, soutenus et
subventionnés par l'État. Il faudra encourager toutes les initiatives qui peuvent être prises pour favoriser
production et distribution d'électricité décentralisée (solaire, voire petits groupes diesel) dans les villages la
formation et l'information des populations, la nécessité de faire payer pour ce service, et en mettant en place
des équipes capables d'assurer la gestion et l'entretien des installations. Le continent africain, en particulier
l'Afrique subsaharienne, pourrait être l'un des plus grand marché du monde pour les énergies renouvelables :
le continent a en effet une importante réserve naturelle d'énergies renouvelables (hydroélectricité,
géothermie, biomasse-énergie, énergie solaire et éolienne), et la majorité de la population d'Afrique
subsaharienne vit dans des villages dispersés.
4
Infrastructures africaines : une transformation impérative, Banque Mondiale, 2010
3
III. ENERGIE ET TRANSFORMATION STRUCTURELLE DE L’AFRIQUE
Le but principal de la Vision minière pour l’Afrique (VMA) est de délaisser le modèle actuel de développement
basé sur l’exploitation des ressources pour adopter un modèle qui favorise une transformation structurelle des
économies d’Afrique. Les ressources minérales serviraient de catalyseur à une croissance multisectorielle
inclusive et au développement des marchés des ressources en Afrique, ce qui permettrait une diversification
et une industrialisation économiques à l’échelle continentale. L’étroite relation entre énergie et croissance
explique l’augmentation croissante de la demande d’énergie, dans certaines étapes du développement,
lorsque les besoins de produits industriels et d’équipements de transport s’intensifient, cette demande peut
même croître plus vite que la croissance de l’économie.
En 1999, un jury d’experts de la très sérieuse National Academy of Engineering (Etats-Unis) se livrait à un
exercice assez insolite : choisir, parmi 105 applications technologiques préalablement identifiées, celle qui, au
courant du 20è siècle, aura contribué le plus à l’amélioration de la qualité de vie des populations à travers le
monde. Résultat : contrairement à ce que les gens pourraient penser, ce ne fût ni l’invention de l’automobile
ou de l’avion, ni l’atterrissage de l’homme sur la lune, ni une quelconque prouesse de l’ingénierie biomédicale,
ni Internet, ni aucune autre invention technologique de première importance, mais bien la fourniture à grande
échelle de l’électricité aux populations, plus communément connue sous le nom d’« électrification », qui fut
reconnue comme l’application technologique du 20è siècle.
Aujourd’hui, 2 milliards de personnes les plus pauvres dans le monde, soit environ 30% de la population
mondiale concentrés essentiellement dans les pays sous-développés ou pays pauvres, n’ont pas accès à une
énergie moderne. Les carences du secteur énergétique de la région ont un coût considérable en termes de
croissance à long terme et de compétitivité. Á titre d’illustration, Si tous les pays rattrapaient le chef de file
énergétique régional, l’Ile Maurice, en termes de stock et qualité d’infrastructure, leur taux de croissance
économique par habitant s’accélèrerait de 2,2% par an en moyenne. La question est de savoir comment
fournir, de façon durable, de l’énergie à ces gens, mais également à celles qui viendront s’y ajouter, par
croissance démographique. Non pas que l’accès à l’énergie soit une fin en soi, mais parce que celle-ci est
considérée comme un des moyens indispensables à la satisfaction de besoins ou droits basiques,
indissociables de la notion même de développement : droit à l’alimentation, à la santé, au logement, au
confort domestique, etc.).
L’accès à l’énergie reste, comme l’accès à l’eau ou à la connaissance, une source de fracture sociale. Plus de
60 % de la population africaine n’ont pas accès à l’électricité et dépendent de méthodes traditionnelles de
cuisson comme le bois ou le charbon. La majorité des écoles et des cliniques d’Afrique rurale ne disposent pas
de services énergétiques modernes. Les activités productives des zones rurales sont fortement handicapées
par l’absence de services énergétiques. Les pays et les communautés économiques régionales (CER) d'Afrique
ont défini des objectifs ambitieux en termes d'accès à des services énergétiques modernes. La réussite de ces
objectifs nécessitera à la fois l’apport de ressources privées et publiques et l’utilisation de modèles novateurs
pour rendre l’approvisionnement en services énergétiques économiquement viable dans les régions pauvres et
peu peuplées.
Comme l’indique le Programme de Développement des Infrastructures en Afrique ( PIDA) dont les projections
sur les besoins en infrastructures de l’Afrique repose sur une hypothèse de croissance du PIB de 6% par an
jusqu’en 20140, « cette croissance et cette prospérité durables vont multiplier la demande d’infrastructures
dont la pénurie est déjà l’un des plus grands obstacles au développement du continent ».Cette explosion de
la demande nécessiterait une capacité de production de 700 GW alors que la capacité actuelle du continent
tourne autour de 125 GW. La dépendance de l’économie africaine au secteur des matières premières, peu
créateur d’emplois, a contribué au fait que la croissance sur le continent ne s’est pas accompagnée des
changements de structure fondamentaux de l’économie du continent, pourtant indispensables à
l’augmentation de la productivité et à un meilleur partage de la richesse.
Le domaine de l'énergie, étroitement lié au développement humain durable et à la croissance économique, a
été intégré à l’initiative WEHAB (Eau, Energie, Santé, Agriculture et Biodiversité), lancée par l’Organisation des
Nations Unies et qui vise à établir une approche et des actions cohérentes au niveau international, sous une
même vision concertée et liée à tous ces domaines d'activité. Dans ce contexte, cette institution qui contribue,
à travers ses organes, à la gouvernance mondiale a créé UN-Energy, instance technique d’un niveau élevé
4
ayant pour rôle d’arrêter, entre les différentes agences, les critères et actions communs pour maîtriser
l'impact réciproque de l'énergie sur la dynamique du développement.
IV. INTEGRATION REGIONALE DES MARCHES ET DES SYSTEMES ENERGETIQUES EN AFRIQUE
Dans un vaste mouvement amorcé à l’orée des années 90, une redynamisation des organisations
d’intégration régionale a eu lieu en Afrique. Elle s’est traduite par la création ou la régénération d’un certain
nombre de Communautés Economiques Régionales (CER) telles que la CEDEAO, la CEMAC ou la SADC
afin d’en faire les instruments stratégiques au service du développement et de la stabilité. L’intégration
régionale s’est transformée en remède à des frontières arbitraires issues de la colonisation. Conçue
simplement en tant que déconstruction des barrières douanières, l’intégration s’est avérée insidieuse pour le
continent.
Dans une économie mondialisée marquée par l’éclatement des chaînes de production, l’élimination des droits
de douane joue un rôle décroissant dans l’échange de biens et de services. Désormais, la qualité des
infrastructures de production, de communication et de transport joue un rôle au moins aussi important dans
la stratégie compétitive d’une économie. L’une des stratégies mises en œuvre sur le continent pour surmonter
ses déficits d’intégration a été de tenter de structurer les échanges commerciaux autour de corridors
transfrontaliers multimodaux (route, rail, voir transport fluvial).
Étant donné ses multiples avantages, l'intégration accrue des systèmes et des marchés énergétiques africains
(au niveau régional, continental) est considérée comme une priorité. L'intégration des marchés de l'énergie
nécessitera des investissements en infrastructures physiques (lignes électriques, gazoducs et oléoducs) et un
meilleur fonctionnement du marché de l'énergie. Une meilleure intégration des marchés de l'énergie
nécessitera des actions communes. Il s'agira notamment de définir des mesures appropriées pour garantir un
meilleur fonctionnement des marchés de l'énergie et de trouver les investissements supplémentaires
nécessaires au développement des infrastructures requises, en particulier au niveau des interconnexions
énergétiques (lignes électriques, gazoducs et oléoducs).
Le travail de base (infrastructures et mécanismes réglementaires) pour la création de pools énergétiques
régionaux en Afrique est en cours. Sous la supervision de la Banque africaine de développement, la
planification des infrastructures progresse. L’Afrique est divisée en cinq grands réseaux électriques régionaux,
qui n’excluent pas l’appartenance d’un même pays à plusieurs de ces grilles énergétiques. Ces réseaux ont un
statut d’agence spécialisée auprès de leur Communauté économique régionale respective :
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L’Eastern Africa Power Pool (EAPP) pour le Marché commun de l'Afrique orientale et
australe(COMESA)
Le Central Africa Power Pool (CAPP) pour la Commission économique des États de l’Afrique centrale
(CEEAC – ECCAS)
Le Southern Africa Power Pool (SAPP) pour la Communauté de développement d’Afrique australe
(SADC)
Le West Africa Power Pool (WAPP) pour la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest
(CEDEAO – ECOWAS)
Le Comité Maghrébin de l’Electricité (COMELEC) pour l’Union du Maghreb Arabe (UMA – AMU)
Ces quatre pools d'énergie sont déjà en fonctionnement en Afrique subsaharienne, mais les quantités
d’électricité échangées entre les pays sont encore très faibles. La majorité des échanges actuels se produisent
dans le cadre de la Southern Africa Power Pool (SAPP). Les principaux pays exportateurs produisent de
l’électricité à partir d'énergie hydraulique (la République Démocratique du Congo, le Mozambique, la Zambie),
de gaz naturel (Côte d'ivoire et Nigeria), ou de charbon (Afrique du Sud).
Les sources d'énergie renouvelable (énergie solaire, énergie éolienne, hydroélectricité et énergie issue de la
biomasse) gagnent en valeur si elles sont intégrées à de grands réseaux continentaux et intercontinentaux
capables d'associer différentes sources d'énergie afin d'obtenir un approvisionnement plus stable et plus fiable
dans tous les pays concernés. L'hydroélectricité et le gaz naturel représentent un potentiel de génération
5
d'électricité exceptionnel. Leur valeur économique et technique est optimisée s'ils sont utilisés comme sources
d’énergie pour répondre aux pics de demande dans de grands systèmes énergétiques interconnectés.
Les sources d'énergie renouvelable gagnent en valeur si elles sont intégrées à de grands réseaux
continentaux et intercontinentaux capables d'associer différentes sources d'énergie afin d'obtenir un
approvisionnement plus stable et plus fiable dans tous les pays concernés. L’insuffisance des capacités
électriques pèse sur le développement de l’Afrique subsaharienne. La production électrique indépendante estelle la meilleure solution pour pallier cette insuffisance ?
IV. POUR UNE GOUVERNANCE ENERGETIQUE REVISITEE
Une législation modernisée et la nécessité de développer les mécanismes de contractualisation et de
partenariat public-privé dans le but de renforcer l’investissement s’imposent . Le partenariat est devenu en
effet un maitre mot de la gouvernance entre parties prenantes acteurs partenaires pluriels supposés trouver
entre eux des arrangements contractuels. L’amélioration de la gouvernance et les réformes conduites dans de
nombreux pays africains ont permis d’insuffler une dynamique de croissance impressionnante, évaluée à 6%
pour la décennie précédente. Il va sans dire que la bonne gouvernance au sein des institutions publiques
constitue une condition préalable au succès des producteurs indépendants. D’une façon générale, les
investisseurs sont attachés à la visibilité et aux règles claires. Le secteur de l’électricité est un secteur
d’activité complexe– qui allie des aspects financiers, économiques et sociaux –, pour lequel une gestion
compétente constitue un élément essentiel pour attirer les investisseurs privés. Le renforcement et la
sécurisation du cadre juridique et réglementaire en Afrique conditionne automatiquement le développement
économique du continent. En garantissant les lois et leur application de manière objective, l’Afrique se dote
d’un levier d’attractivité considérable, d’autant plus qu’une harmonisation régionale voire continentale des
cadres réglementaires serait un plus non négligeable.
Alors que des ressources adéquates existent pour répondre aux besoins énergétiques, les investissements liés
à la production énergétique et aux infrastructures de transport de l'énergie sont inadéquats. Les
investissements dans ce domaine sont coûteux et hasardeux et exigent des engagements à long terme. La
coopération du secteur privé est soit temporaire-par exemple, un contrat de gestion à durée limitée-soit
marginale, sous forme de producteurs d'énergie indépendants (ndependent Power Producers « IPPs »), et
travaillant dans le cadre de contrats de sous-traitance avec le service public national.
Près de 60 projets du secteur énergétique, à moyen et à plus long terme, impliquent le secteur privé dans la
région-à l’exception des contrats pour la production d'énergie d’urgence. Près de la moitié d’entre eux sont
des IPP. Avec plus de 2 milliards de dollars EU d’investissements dans le secteur privé, ces IPP ont ajouté
près de 3000 MW de capacité nouvelle. Quelques investissements IPP ont été particulièrement bien structurés
et fournissent une énergie fiable au réseau national. Mais ce sont des exceptions. L’autre moitié des IPP en
Afrique subsaharienne travaillent dans le cadre de concession, de contrats de leasing, de contrats de gestion,
généralement pour l’exploitation du système d'énergie national dans son ensemble. Cependant, le taux
d’échec est élevé parmi ces projets : environ un tiers des contrats actuels font l’objet de litiges ou ont été
annulés.
Indiscutablement, la Chine voit dans l'Afrique un véritable réservoir de matières premières énergétiques et
minières indispensables à sa croissance économique. Elle a démarré son implantation pétrolière dans des
États en litige avec la communauté internationale (Soudan, Libye puis Angola), à travers une association dans
le cadre de consortiums avec la China National petroleum Corporation (CNPC).
Au cours des années récentes, la Banque Ex-Im de Chine a émergée comme un nouveau financier majeur
d’infrastructures énergétiques en Afrique subsaharienne. Pour la période 2001-2006, les engagements
financiers de la Chine dans le secteur énergétique de l’Afrique subsaharienne ont atteint en moyenne 1,7
milliard par an-équivalent à environ 0,2% du PIB de la région, dépassant ainsi l’APD et les investissements
privés combinés. La question centrale est celle de savoir comment mettre en place un cadre normatif
harmonisé et une transparence des marchés combinant le cadre législatif et une démocratie participative.
6
L'énergie a de tout temps été considérée comme un bien échangeable quelconque, sur un marché dominé par
les grandes puissances économiques. Elle n'a pas, en général, servi les intérêts des peuples en
développement, les recettes qu’ils en tiraient ayant souvent été très mal utilisées. Pour de nombreux pays
pauvres ou sous-développés, dotés de ressources énergétiques, l'énergie a même été une malédiction plutôt
qu'une bénédiction.
Aujourd'hui, nous sommes à un tournant particulier de l'histoire où, à l'échelle planétaire, les enjeux
stratégiques de l'énergie pour le présent et surtout pour le futur remettent en cause les fondements mêmes
du fonctionnement de l'économie mondiale. Dans un contexte où les difficultés économiques limitent les
marges de manœuvre des pays développés, il faut améliorer le cadre réglementaire s’améliore avec la
modernisation des réglementations concernant directement les entreprises, du droit de la concurrence, des
provisions anticorruption dans les affaires, de la fiscalité des entreprises, des accords pour les partenariats
public-privés ainsi que des grandes réglementations sectorielles(marchés du travail, système financier et
secteurs de l’électricité/de l’eau/des transports).
C’est à cette condition qu’une coopération Nord-Sud volontariste et bien programmée dans le domaine des
énergies renouvelables sera certainement fructueuse et mettra en exergue les synergies et les
complémentarités naturelles entre les régions et réduirait sensiblement le fossé qui sépare les pays
7
industrialisés des pays en développement, renforçant ainsi les chances de l’humanité d’atteindre un avenir
meilleur pour tous.
Le projet hydroélectrique de Ruzizi III concernant des Pays des Grands Lacs (Burundi, République
Démocratique du Congo et Rwanda) est emblématique de cette gouvernance revisitée. Le Producteur
d’énergie hydroélectrique indépendant, émanant du Partenariat Public-Privé(PPP), structuré en concession
BOOT d’une durée de 25 ans a été privilégie. Selon la Banque Africaine de Développement, le projet Ruzizi III
est le premier projet d'énergie PPP régional en Afrique et constitue un modèle de mise en œuvre réussie de la
coordination d’un projet, entre ces trois pays, par un organisme unique, EGL. Cela représente une position
politique unifiée pour les institutions financières pour le développement et les investisseurs du secteur privé.
Les trois gouvernements se sont engagés à payer pour l'énergie en cas de défaillance des trois fournisseurs
d'énergie 5 . La compagnie d'électricité rwandaise, EWASA, a reçu l'autorisation explicite d'acheter toute
l'énergie en cas d'excédent.
VI.SOMMET ÉTATS-UNIS–AFRIQUE : LES ENJEUX D’UNE RENCONTRE HISTORIQUE
L’Afrique devient un enjeu énergétique majeur pour Washington. Depuis la fin de la guerre froide deux axes
principaux se sont affirmés. L’un stratégique découlant du 11 septembre et mettant l’accent sur l’impératif de
lutter contre l’islamisme radical qui gagne du terrain en Afrique, l’autre qui vise à conquérir les marchés
africains et à sécuriser les approvisionnements énergétiques qui sont appelés à prendre plus d’importance dès
lors que l’instabilité gagne le Moyen-Orient.
Du 4 au 6 août 2014, tous les chefs d’États africains étaient invités en sol américain afin de discuter des
relations entre les États-Unis et l’Afrique- sauf les dirigeants de l’Érythrée, de la République centrafricaine, du
Soudan et du Zimbabwe, qui ont été jugés infréquentables. L’objectif principal de cette rencontre était clair :
bâtir des relations qui reposent sur des intérêts communs, le tout dans le respect mutuel, autour de la
coopération économique et des échanges commerciaux, surtout, mais également autour d’enjeux de
démocratie et de sécurité6.
Dans ses rapports avec le monde des émergents, l’Administration Obama entend faire prévaloir une logique
d’inclusion - l’idée consiste à mieux associer la Chine et les nouveaux venus à la conduite des affaires
internationales-, avec l’élaboration de réponses concertées à la crise économique globale et la promotion d’un
forum planétaire sur les questions diplomatiques et stratégiques. Devant la redistribution des cartes
géopolitique et économique mondiales, Washington a très vite compris qu’il fallait revoir ses relations avec le
continent. Si les États-Unis s’inquiètent de l’hégémonie à venir de la Chine en Afrique orientale, ce qui justifie
la politique du « pivot », c’est-à-dire le redéploiement de ses forces vers le Pacifique au détriment du MoyenOrient, l’engagement en Afrique, face à la Chine, prend un tour plus compétitif.
A. Le pari d’entrer dans les benchmarks des stratégies africaines des BRICs
Selon des observateurs internationaux, c’est la concurrence grandissante en Afrique avec des anciennes
puissances coloniales d’une part, et d’autre part, avec des puissances nouvelles qui a été l’un des facteurs qui
poussent l’administration américaine à reconsidérer sa façon de percevoir le continent africain. Pour eux,
outre l'objectif sécuritaire, à contrecarrer l'influence des nouveaux partenaires stratégiques de l'Afrique, entre
autres la Chine et le Japon. À l’instar des autres puissances, les États-Unis entre dans la danse des sommets
avec l’Afrique. Rappelons dans ce sens que les sommets France-Afrique, Chine-Afrique, Turquie-Afrique, IndeAfrique, Japon-Afrique, Brésil-Afrique existent depuis des années.
5
La capacité de l’électricité produite par, Ruzizi III sera achetée par la Régie de Production et Distribution d’Eau et d’Electricité du
Burundi (REGIDESO), la Société Nationale d’Electricité de la République Démocratique du Congo (SNEL) et Energy and Water Sanitation
Authority du Rwanda (EWSA) (collectivement, les Acheteurs) en vertu d’un Accord d’Achat d’Electricité à long-terme. Les garanties des
trois gouvernements à payer pour l'énergie en cas de défaillance des entreprises de services publics ont été également négociées. Ce
projet a le potentiel de transformer l'approvisionnement en électricité pour environ 107 millions de personnes vivant dans la région des
Grands Lacs. La signature du contrat de PPP entre EGL et le consortium du secteur privé s’est déroulé fin septembre 2014; fin des
négociations financières (août 2016); début des travaux de construction en 2017; et achèvement de la construction en 2020.
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Au premier jour du sommet, le secrétaire d’État américain John Kerry n’a pas manqué de soulever la question du respect des valeurs démocratiques
et des droits de l’homme. «Une société civile forte, le respect pour la démocratie, l’État de droit et les droits de l’homme, ce ne sont pas seulement
des valeurs américaines, ce sont des valeurs universelles», a-t-il souligné. John Kerry a également souligné l’importance de la limitation des mandats
présidentiels. «Nous presserons les dirigeants de ne pas modifier les constitutions pour leurs bénéfices personnels ou politiques ».
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Le développement économique qu’a connu l’Afrique au cours des dernières années, avec une croissance
moyenne annuelle dépassant 5 %, le présente comme un grand marché émergent que les États-Unis ne
veulent pas négliger, de par les nombreuses opportunités d’affaires pour les investisseurs, industriels et les
fournisseurs américains. L’Afrique est considérée comme le continent d’avenir, riche de ses matières
premières, riche d’une population jeune et nombreuse et d’une importante classe moyenne, futur marché que
lorgnent les Occidentaux. Trop longtemps accaparé par une gestion difficile de la crise financière et
économique mondiale, l’actuel président américain espère certes combler son retard.
Le sommet intervient en effet à un moment où le PIB de plusieurs pays africains est en croissance, les
classes moyennes et leurs dépenses en énergie augmentent, la population du continent devrait doubler d'ici
2050 et six des dix économies du monde à la croissance la plus rapide se trouvent en Afrique subsaharienne.
Les experts s’accordent à dire que les États-Unis sont pressés de combler leur retard face à la présence
économique de l’Union européenne et, surtout, de la Chine. Cette dernière n’hésite pas à investir sans
compter et sans condition en Afrique, notamment dans les ressources naturelles. En 2013, alors que les
échanges entre les États-Unis et l’Afrique ne faisaient que 85 milliards de dollars, la Chine en comptabilisait
plus du double, soit environ 210 milliards de dollars. Obama avait d’ailleurs appelé les pays africains à la
vigilance face aux nombreux contrats (dans le domaine énergétique, entre autres) conclus avec la Chine.
L'Afrique permet en effet à la Chine d'acquérir une indépendance dans son accès aux matières premières et
de sécuriser son approvisionnement. Cette politique a été explicitement développée dans la doctrine chinoise
du «going out», visant à faire croître les entreprises chinoises dans le secteur des matières premières à
l'étranger et tout particulièrement en Afrique. La Chine a conclu de nombreux accords et contrats de long
terme avec les pays africains producteurs de pétrole, notamment le Nigeria et l'Angola. Ces relations entre la
Chine et les producteurs de matières premières vont croissantes.
Le sommet de Washington s’est terminé avec une promesse du président Barack Obama de débourser 33
milliards de dollars pour stimuler l’investissement public et privé sur le continent. La Maison-Blanche a aussi
promis d’intensifier son programme Power Africa, qui consiste en un vaste plan de développement électrique
pour plus de 60 millions de foyers et d’entreprises. Durant ce sommet, les chefs d’États africains ont saisi
l’occasion pour plaider spécifiquement pour la reconduction de l’AGOA. Véritable clé de voûte des relations
économiques des Etats Unis et l’Afrique, la loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique
(AGOA) est au cœur de l’actuel dispositif puisque régissant l’essentiel des échanges commerciaux entre les
deux parties.
B. AGOA post-2015 : vieille rengaine ou nouvel air
La politique commerciale américaine se caractérise depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale par une très
grande continuité, orientée qu’elle est vers la réalisation de trois grands objectifs, soit l’ouverture ordonnée
et multilatérale des marchés, le respect de la règle de droit dans les échanges internationaux et la promotion
de la liberté économique dans le respect des droits souverains. Ajoutons que si la politique commerciale est
étroitement associée aux priorités de la politique étrangère, elle est également traversée par les débats de
politique intérieure et sous influence du Congrès. La politique commerciale américaine se singularise par sa
très grande continuité, d’abord et avant tout parce qu’elle repose sur des principes et un cadre institutionnel
bien établis. Cela dit, continuité ne signifie pas rigidité, encore moins invariabilité.
37 pays africains en sont signataires et se sont engagés, à travers un outil précieux (AGOA), à progresser
vers une économie de marché, un état de droit, à favoriser le libre-échange, et à mettre en en œuvre des
politiques économiques pour réduire la pauvreté. C’est en 2000 que la Loi sur la croissance et les perspectives
économiques de l’Afrique (AGOA) est adoptée pour favoriser le développement et consolider les réformes
économiques dans les pays de l’Afrique Subsaharienne. Cette initiative, lancée par le président Clinton, vise
désormais 37 pays.
L’accès préférentiel au marché des États-Unis, de même que l’octroi de certains avantages aux investisseurs
américains, est soumis à de nombreuses conditionnalités. Celles-ci se divisent en trois catégories. Tout
d’abord, le pays doit démontrer qu’il est engagé dans un programme étendu et soutenu de réformes
économiques. Ensuite, le pays ne doit pas engager des activités qui vont contre la sécurité ou les intérêts de
la politique étrangère des États-Unis. Enfin, il ne doit pas être compromis dans des actes de violation grave
des droits de la personne ni soutenir les actes de terrorisme. À cette liste de conditions, vient s’ajouter une
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autre plus longue encore décrivant les situations particulières qui autorisent les États-Unis à ne pas accepter
la candidature d’un pays.
Certains pays africains en ont tiré profit comme l’Ile Maurice (pour le textile et l’informatique). Les États-Unis
s’approvisionnent en pétrole brut et dérivés. Selon le ministère américain du commerce, les exportations
américaines vers la région ont triplé entre 2001 et 2011, passant de moins de 7 milliards de dollars à plus de
21 milliards, tandis que les importations de produits subsahariens aux États-Unis ont atteint une valeur de
74,2 milliards de dollars l’an dernier. L’African Growth Opportunity Act (AGOA) donne par ailleurs aux
entreprises chinoises produisant dans certains pays d’Afrique un accès privilégié au marché américain.
A ce jour, même si il résulte des importations supérieures aux exportations, l’AGOA qui a été modifiée à
plusieurs reprises depuis sa promulgation initiale, n’a pas satisfait aux intentions affichées de levier du
développement et de créateur de revenus et d’emplois dans des secteurs d’activités considérés, à juste titre,
comme déterminants pour faire décoller les économies africaines, à savoir le textile, l’agro-industrie ou encore
l’artisanat. Les données montrent que la plupart des importations aux États-Unis dans le cadre de l’AGOA se
font surtout dans le secteur de l’énergie. Le mécanisme de l'AGOA doit expirer en 2015, et la plupart des pays
africains souhaitent obtenir son renouvellement pour une période de 10 à 15 ans.
Le récent sommet USA-Afrique a envoyé un signal optimiste sur les possibilités de renouvellement de la loi
américaine AGOA. La commission de l’Union africaine avait lancé un appel aux pays éligibles pour demander
une prolongation de cette loi pour les 15 prochaines années. Une étude internationale publiée en 2013
souligne : « Des discussions soutenues ont été tenues entre les décideurs politiques africains et américains à
propos des relations commerciales pour l’après 2015 entre les Etats-Unis et les pays africains, à l’exception de
l’Afrique du Nord. Ces discussions ont largement tourné autour de la question de prolonger ou non la
législation actuelle et, dans ce cas, pour combien de temps et quels éléments devraient alors être modifiés.
Bien que certaines propositions présentant ce qui pourrait se produire selon différents scénarios aient été
avancées, aucune n’est soutenue par des preuves empiriques et, de ce fait, n’est réellement utile pour
informer et nourrir la conception des relations pour l’après 2015 »7.
La victoire majeure de ce sommet a été l'engagement du président des États-Unis Barack Obama à soutenir le
renouvellement de l'AGOA .Les législateurs américains devraient voter le renouvellement de l'AGOA lorsque le
contrat de l'engagement actuel expirera en 2015. Mais un des défis majeurs concernant l'AGOA est de
déterminer comment les pays africains pourront profiter pleinement de cet accès en franchise aux marchés
américains pour tirer parti de l’AGOA. Il importe, dès lors de capitaliser sur les acquis réalisés et les bénéfices
engrangés afin de rendre irréversible la dynamique africaine et ainsi la renforcer dans un environnement très
compétitif.
VI. L’INITIATIVE « POWER AFRICA » : PLAN MARSHAL OU BIENVEILLANCE INTERESSE ?
Des mécanismes financiers opérationnels sont nécessaires pour mettre en œuvre une politique sur l’efficacité
énergétique en Afrique. L’accès au financement est une des clefs pour mettre en œuvre et développer des
technologies énergétiquement efficaces, et ainsi pour concrétiser les économies d’énergie et les économies
monétaires en découlant. Les financements peuvent venir de différentes sources et de différentes voies. Une
gamme de financements est disponible, des modèles coordonnés par les gouvernements, aux Partenariats
Privés ou Publics (PPP) et Compagnies de Services Energétiques (ESCO), qui impliquent des acteurs privés.
Un support financier sera nécessaire pour lancer des programmes et activités et amorcer des processus de
transformation des marchés, parmi d’autres instruments possibles.
En Juin 2013, le président Obama avait annoncé une nouvelle initiative visant à doubler l'accès à l'électricité
en Afrique sub-saharienne. La première phase concerne six pays : Ethiopie, Ghana, Kenya, Libéria, Nigeria et
Tanzanie. 7 milliards de dollars sur cinq ans contribueront à cet effort et plus de 9 milliards de dollars en
investissements privés sont attendus. Il s’agit d’un partenariat multilatéral avec l’objectif commun d’accélérer
les investissements à destination du secteur de l’énergie électrique en Afrique au cours des cinq prochaines
années.
7
Loi sur la croissance et les possibilités économique en Afrique, une analyse empirique des possibilités pour l'après-2015.
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Le chef d’entreprise africain Tony O. Elumelu s’est déjà engagé à verser 2,5 milliards de dollars des ÉtatsUnis au secteur de l’énergie électrique en Afrique. Pour Elumelu, Président de la société Heirs Holdings «
L’investissement de Heirs Holdings dans le projet « Power Africa » n’a pas pour unique objectif de créer de la
valeur pour les actionnaires. Nous voulons faire des affaires dans ce secteur stratégique pour le long terme,
afin d’établir un lien entre le rendement économique et les prestations sociales, un élément essentiel de ce
que j’appelle l’« Africapitalisme »8.
Le 8 mai 2014, la Chambre des représentants américaine a approuvé Power Africa. Ce plan du Président
Barack Obama qui vise à doter l’Afrique subsaharienne de 20 000 mégawatts de capacité énergétique
supplémentaires d’ici 2020 précise qu’il s’agit : « d’ aider les pays à développer de façon responsable des
ressources récemment découvertes, construire des centrales et des lignes électriques et élargir les solutions
de mini réseaux et de systèmes hors réseau”. Douze agences gouvernementales américaines, pilotées par
USAID, sont impliquées dans Power Africa, qui a désigné six pays pour sa première phase : le Ghana, le
Liberia, le Nigeria, l’Ethiopie, le Kenya et la Tanzanie.
La part américaine ne représente finalement qu'une fraction de cet ensemble. La Banque mondiale (8,3
milliards de dollars d'engagement), la Banque africaine de développement (3 milliards), le gouvernement
suédois (1 milliard) et le secteur privé américain (6 milliards de nouveaux engagements) prennent en charge
l'essentiel du programme. Les concepteurs du projet ont favorisé les énergies renouvelables (solaire, éolien,
biomasse...) tout en écartant la plus puissante et stable d'entre elles : l'hydroélectricité – du fait des risques
environnementaux. C'est ainsi que le projet du Grand Inga, en RD Congo – l'un des plus ambitieux du
continent-est pour l'instant exclu du programme.
Selon Amadou Sy, chercheur à la Brookings Institution de Washington. « C’est un modèle qui donne au
secteur public américain le rôle de sherpa du secteur privé, pour clarifier, arriver à une bonne estimation des
risques, et aussi des solutions pour offrir des garanties partielles, des cautions pour les investissements
engagés par les entreprises, le tout sur un nombre limité de pays. Donc, moi je le vois comme un laboratoire,
et avec l’annonce de quatorze milliards de dollars par le secteur privé, le départ est plutôt prometteur ». Le
Fonds Africa50 devrait multiplier les efforts pour créer un effet de levier pour libérer des sources de
financement privées dans l’optique d’accélérer le rythme de réalisation d’infrastructures en Afrique.
CONCLUSION : ELECTRIFIER UN CONTINENT PLONGE DANS L’OBSCURITE
Boostée par une urbanisation galopante ainsi que l’émergence d’une nouvelle classe moyenne, la croissance
en Afrique est devenue de nature endogène, confirmant ainsi qu’elle est destinée dans les années à venir à
devenir le moteur de l’économie mondiale. L’Afrique se positionne en modèle de croissance et de rebonds (7
pays Africains font partie du Top 10 de la meilleure croissance mondiale). Si l’Afrique s’illustre par un potentiel
économique et démographique considérable, renvoyant dos à dos les paradigmes qui jusqu’alors ont fondé
ses relations avec le reste du monde, rien n’atténue les défis, aussi multiples que complexes, posés par le
développement du continent. D’ici à 2050, l’Afrique va être confrontée à une croissance démographique sans
précédent. Ces défis feront peser sur l'ensemble des économies et des systèmes politiques de très fortes
contraintes qui sont autant de menaces pour le maintien d'un développement pérenne de l'Afrique, qui peut
se transformer en une zone de très fortes instabilités.
L’Afrique est riche d’un énorme potentiel domestique en énergies renouvelables, qu’elle pourrait mettre à
profit pour le développement d’un approvisionnement électrique fiable et abordable plus que nécessaire et
d’un accès universel aux sources d’énergie modernes, tout en évitant les impacts négatifs sur l’environnement.
Cette Afrique, qui regorge de ressources et qui permet des investissements si fructueux devrait être riche,
comme a pu le devenir la Norvège, qui dans les années 1960 était encore un pays de pêcheurs et de paysans
et qui aujourd’hui, grâce au pétrole fait partie des pays les plus riches au monde. Mais le constat est là :
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La société holding de M. Elumelu, à travers son entité émettrice Transnational Corporation of Nigeria (Transcorp), a acquis la centrale
électrique d’Ughelli, l’une des plus importantes du Nigéria, dont il prévoit de rétablir la capacité de production maximale de 1 000
mégawatts.
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l’Afrique est probablement la région du monde, où l’écart entre les richesses générées par l’industrie et la
pauvreté des populations est le plus important. L’Afrique a besoin d’améliorer de manière significative son
approvisionnement en électricité. La prise en compte des trois objectifs du développement durable,
d’efficience, d’équité et de soutenabilité, supposé évidement des arbitrages intertemporels et
intergénérationnels et la prise en compte des contextes spécifiques.
Le secteur énergétique est très capitalistique et la mise en œuvre de politique et de stratégies dans ce
domaine suppose inévitablement des investissements considérables. 15 milliards USD ont été investis en 2013
dans le secteur énergétique en Afrique contre 9 milliards USD en 2009. Selon les estimations, au vu du
potentiel énergétique africain, il est possible d’investir jusqu’à quatre fois plus afin de garantir un accès
universel à l’énergie. Les acteurs publics et privés concernés devront donc, en tout état de cause et quels que
soient les scenarios et hypothèses retenus, prendre la mesure de ce défi industriel. Des cadres, juridique et
institutionnel, solides sont donc nécessaires pour les protéger.
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