IDS 2003: un aperçu des principales nouveautés
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IDS 2003: un aperçu des principales nouveautés
L’actualité en médecine dentaire Compte rendu de l’IDS 2003, la 30e exposition dentaire internationale, du 25 au 29 mars 2003 à Cologne IDS 2003: un aperçu des principales nouveautés Michael M. Bornstein, Clinique de chirurgie buccale et de stomatologie, Centre universitaire de médecine dentaire, Berne (Adaptation française de Thomas Vauthier) L’exposition dentaire internationale IDS de cette année pouvait fêter un jubilé à double titre: d’une part, il s’agissait de la 30e édition de cette foire mondiale du commerce et de l’industrie dentaire et, d’autre part, l’exposition dentaire internationale fêtait le 80e anniversaire depuis sa création. Plus de 1400 exposants provenant de quelque 40 pays ont dès lors saisi l’occasion de présenter leurs produits, non seulement ceux qui sont bien établis sur le marché, mais également des évolutions ou innovations prometteuses, de même que les fruits issus de la recherche et du développement des fabricants au cours des deux dernières années. ou applicable en pratique quotidienne. De ce fait, l’IDS est une occasion idéale de découvrir de manière concentrée un maximum de nouveautés et de les «prendre en main», même s’il ne s’agit, bien entendu, pas de conditions «cliniques» réelles. Le présent compte rendu a comme objectif de passer en revue un certain nombre (forcément limité, vu la foule des produits) de matériaux et d’équipements novateurs ou d’améliorations de produits existants, regroupés selon les principaux domaines d’application. Comme de coutume, l’IDS 2003 a connu un vif succès. Pas moins de 579 entreprises allemandes et 825 exposants internationaux du commerce et de l’industrie dentaire ont profité de cette manifestation pour présenter la gamme de leurs produits, comprenant l’ensemble des installations et équipements destinés à l’exploitation tant des cabinets que des laboratoires dentaires, ainsi que tous les matériaux et produits utilisés actuellement dans tous les domaines de la médecine dentaire et de la prothèse. L’exposition dentaire internationale IDS est sans conteste le numéro un parmi les manifestations du genre, constituant une espèce de «vitrine» de l’état le plus actuel concernant les techniques et la gestion appliquées dans les cabinets et des laboratoires dentaires modernes. Outre les produits bien établis et éprouvés, l’intérêt particulier de cette exposition repose dans la présentation contrôle et tangible d’innovations annoncées par l’industrie, respectivement des évolutions ou des perfectionnements relatifs aux matériaux et équipements. Vu le grand nombre de stands et la kyrielle des produits mis sur le marché chaque année, il est souvent difficile pour le praticien ou le technicien de faire la part de ce qui est souhaitable Prophylaxie La mauvaise haleine (halitosis) continue à être un sujet tabou pour bon nombre de patients et de praticiens. Après des initiatives lancées aux Etats-Unis, un nombre croissant de cliniques universitaires et de cabinets privés en Europe également proposent des consultations spécialisées à propos de ce problème fort gênant. Les dispositifs de nettoyage et autres «racleurs» de la langue – proposés dans les designs les plus divers – se sont depuis lors établis en tant que méthode de choix. Lors de l’exposition IDS, la société MicroResult a présenté un dispositif de brossage/nettoyage de la langue fabriqué en microfibres. Ces dernières sont composées d’un fil synthétique ultrafin dont le diamètre est de cinq fois inférieur à celui du fil naturel le plus fin (celui de la soie). En outre, contrairement aux microfibres conventionnelles, la nouvelle technologie de fabrication utilisée par la maison MicroResult permet d’incorporer aux fils ultrafins de minuscules particules de céramique. L’ensemble forme une structure tellement fine que les fibres novatrices permettent de pénétrer dans des zones non accessibles aux dispositifs de nettoyage ou de raclage de la langue fabriqués dans des matériaux ou fibres con- ventionnelles. De plus, l’effet de capillarité des microfibres assure un nettoyage efficace même dans des régions difficiles d’accès des muqueuses buccales. La maison Braun Oral-B a lancé une initiative pour l’hygiène bucco-dentaire fondée sur les preuves (evidence based), en présentant sa nouvelle brosse à dents électrique Oral-B Professional Care 7500. Grâce à une revue systématique de la littérature actuelle, incluant 354 études publiées dans la Cochrane Library durant les années 1964 à 2001, cette offensive de marketing a pu démontrer que les brosses à dents électriques fondées sur la technologie d’oscillation/rotation permettent d’éliminer davantage de plaque dentaire et de réduire plus efficacement les symptômes de gingivite que les brosses à dents manuelles. Selon les propos du fabricant, aucune autre brosse à dents électrique n’a permis d’obtenir de meilleurs résultats. Par rapport aux modèles précédents, la nouvelle brosse à dents électrique Oral-B Professional Care 7500 crée un nombre plus élevé de mouvements de la tête travaillante de la brosse, à savoir 8000 oscillations latérales et 40 000 oscillations de va-et-vient en direction longitudinale par minute. Ce faisant, une minuterie incorporée signale à des intervalles de 30 secondes qu’il convient de déplacer la brosse vers le prochain quadrant du maxillaire à nettoyer; après une durée totale de deux minutes, un signal sonore plus persistant indique que le nettoyage peut être considéré comme étant terminé. Durant le chargement des accus, un voyant bleu clignote, alors que le plein chargement (puissance optimale) est indiqué par un témoin lumineux en continu. La carie est un processus de déminéralisation qui est principalement causé par les bactéries capables de transformer les hydrates de carbone fermentescibles en acide lactique. Cette observation est exploitée par le test Clinpro Cario L-Pop de la maison 3M ESPE, un kit qui est destiné à l’évaluation du risque individuel de carie. Ce test de détermination du risque de carie se fonde dès lors sur le principe de la détermination du taux de libération d’acide lactique et non plus la mesure quantitative des germes cariogènes. Le prélèvement de l’échantillon s’effectue au niveau de la langue, à l’aide d’une sorte d’écouvillon, qui est en fait une bandelette permettant de mesurer le taux d’acide lactique. La bandelette est ensuite introduite dans une petite éprouvette en plastic, à l’intérieur de laquelle se déroulera automatiquement une chaîne de ré- Rev Mens Suisse Odontostomatol, Vol 113: 5/2003 621 L’actualité en médecine dentaire té du tartre ou non. Si la micropuce conclut à la présence de dépôts de tartre, elle déclenche un voyant lumineux sur la pièce à main, avertissant en outre l’examinateur par un signal sonore. actions enzymatiques durant quelque deux minutes. La bandelette de test finit par afficher un code de couleur spécifique qui sert d’indicateur pour le niveau du risque actuel de carie. La comparaison de la couleur indiquée par le résultat du test par rapport à une échelle en neuf graduations de couleur permet dès lors de déterminer le risque individuel de carie à un moment précis. En fonction du résultat, il sera alors possible de proposer à un stade précoce d’autres examens plus poussés et/ou des modalités thérapeutiques spécifiques. Parodontologie L’équipement DetecTar a été annoncé par la société Ultradent Products Inc., EtatsUnis (représentée en Suisse par la maison ms-dental AG) en tant que première et unique méthode qui permette de détecter de manière objective le tartre dentaire. Selon une étude comparative actuelle, ce test serait susceptible de déceler des dépôts calcifiés sous-gingivaux avec un taux de succès de 91% – un résultat spectaculaire, compte tenu du fait que le sondage manuel n’atteint que des taux de diagnostic tactile de quelque 28%. L’équipement DetecTar se fonde sur le dépistage d’une «signature» optique du tartre, le résultat du diagnostic n’étant pas influencé par la présence ni de salive, ni de sang, ni de caries ou encore par du pus. La lumière réfléchie par le tartre est captée par un câble en fibres optiques, puis la lumière est analysée dans un capteur et transformée en un signal électrique. Grâce à un algorithme mathématique, un processeur numérique spécial décide alors si la sonde DetecTar a détec- 622 Médecine dentaire conservatrice Les méthodes de traitement minimalement invasives des lésions carieuses sont une tendance qui n’a bien entendu pas manqué de se propager lors de l’IDS de cette année. Parmi la panoplie des techniques proposées, il convient de placer au centre de l’intérêt deux produits particuliers. Il s’agit d’une part du set SmartPrepInstrument de la maison SS White Burs, Inc., Etats-Unis, et d’autre part, de l’installation KaVo HealOzone de la société KaVo. Le premier, SmartPrep-Instrument de la maison SS White Burs, Inc., se compose de fraises qui se caractérisent par des parties travaillantes de l’instrument rotatif qui sont recouvertes d’une couche de résine polymérisée à usure autolimitative. En effet, les parties tranchantes de la fraise ainsi traitées sont plus dures que la dentine cariée, mais moins dures que la dentine saine! Lorsque ces dernières entrent en contact avec de la dentine non cariée, elles se déforment et perdent leur pouvoir «tranchant». Cet avantage permet de réduire au minimum le nombre de tubuli dentinaires sains durant l’excavation de la cavité; de même, les prolongements odontoblastiques ne sont pas lésés. Il semblerait même, que de cette façon, il soit possible de renoncer dans bien des cas à la réalisation d’une anesthésie lors des traitements conservateurs de la carie. En outre, la particularité de l’usure autolimitative du matériau en polymère réduirait au minimum le risque d’une ouverture accidentelle de la pulpe au cours de la préparation des parties profondes de la cavité. Avant de procéder à l’excavation proprement dite des tissus cariés par les instruments SmartPrep, le praticien ouvre d’abord une cavité d’accès (à la turbine ou au contre-angle à haute vitesse) et par des fraises conventionnelles. Le système SmartPrep comprend 30 instruments SmartPrep proposés en trois diamètres différents, de même qu’un set destiné à la préparation de la cavité d’accès (appelé Access Block). Jusqu’à présent, tout traitement conservateur de la carie impliquait par la force des choses également l’ablation de certaines parties de tissus dentaires sains, entraînant même dans un nombre mal quantifiable de cas des complications pulpaires postopératoires. Le nouveau Rev Mens Suisse Odontostomatol, Vol 113: 5/2003 système KaVo HealOzone de la société KaVo entend proposer une alternative à l’élimination mécanique des tissus cariés qui ne repose désormais plus sur l’excavation à l’aide d’instruments rotatifs. La méthode se fonde sur la stérilisation des tissus atteints par les germes pathogènes par l’application ciblée d’ozone, un gaz composé de trois atomes d’oxygène qui sert d’agent d’oxydation puissant et qui est utilisé depuis belle lurette dans différents domaines de la médecine humaine. Le principe de base de KaVo HealOzone est de transformer l’oxygène naturel O2 en sa forme tri-atomique O3 (ozone); le gaz est ensuite injecté par une pompe et à travers un tuyau et une pièce à main vers l’intérieur de la cavité, qui aura été rendue étanche auparavant grâce à l’application d’embouts en silicone souple. Selon les dires du fabricant, cette manière de procéder permettrait de tuer, respectivement d’empêcher la prolifération de 99,9% des bactéries cariogènes dans la lésion carieuse à traiter. Par la suite, le surplus d’ozone dans la cavité est ré-aspiré et scindé à nouveau en oxygène pur. Dans le domaine des matériaux d’obturation également, certaines nouveautés et produits évolutifs, mis au point à partir de matériaux existants ont été présentés. Sélectionnés au hasard au cours des pérégrinations du rapporteur à travers les stands de l’exposition, deux produits semblent être dignes d’un intérêt particulier. Il s’agit tout d’abord de Dyract eXtra de la maison Dentsply DeTrey, un produit perfectionné à partir du compomère classique qui a fait ses preuves depuis plus de dix ans déjà et, d’autre part, L’actualité en médecine dentaire de QuixFil du même fabricant. Ce dernier est un nouveau composite pour des restaurations économiques des dents postérieures. Il ne fait nul doute que les compomères de type Diract ont acquis leurs lettres de noblesse depuis leur introduction il y a quelque dix ans; de même, les succès obtenus dans les applications cliniques ont amplement été démontrés par plus de 140 études cliniques au total. Lors de la mise au point du produit évolutif Dyract eXtra de la maison Dentsply DeTrey, l’accent a été mis sur l’optimisation des propriétés suivantes dans la routine des activités quotidiennes du praticien: adaptation du temps de travail (insertion dans la cavité, condensation, adaptation et sculpture grossière), qui a été prolongé à 90 secondes, alors que le temps nécessaire pour la polymérisation à la lumière ne dépasse plus guère 10 secondes pour une couche épaisse de deux millimètres (à condition de se servir d’une lampe à halogène moderne). En outre, la gamme des teintes a été simplifiée – dès lors un choix de six teintes correspondant au teintier Vita assurent une bonne adaptation par rapport à la couleur des tissus dentaires durs avoisinants. Le nouveau composite QuixFil (également Dentsply DeTrey) met sur le marché un produit d’obturation esthétique pour les dents postérieures qui se caractérise par son économicité et sa bonne résistance mécanique. Ce composite n’est commercialisé que sous forme d’une teinte unique, un avantage qui serait destiné à faciliter la gestion des stocks au cabinet dentaire. Du fait de l’augmentation de la proportion des charges minérales (66 pour cent en volume, respectivement 86 pour cent en poids) est censé réduire le rétrécissement dû à la polymérisation, un avantage qui se répercuterait de manière favorable sur l’étanchéité marginale et la résistance aux fractures. En raison de sa translucidité élevée, le matériau laisse aisément pénétrer la lumière, de sorte à permettre une polymérisation aisée même dans les couches profondes. Selon le fabricant, une couche épaisse de quatre millimètres peut sans problème être complètement polymérisée en dix secondes seulement. Endodontie SIRONNiTi (Sirona Dental systems GmbH) est un nouveau contre-angle destiné à l’instrumentation mécanisée des canaux radiculaires à l’aide de limes à rotation pleine, fabriquées en nickel-titane. Les contre-angles SIRONNiTi sont équipés de cinq paliers de couple qu’il est possible de présélectionner directement à l’aide d’une bague intégrée au manche de l’instrument. Grâce à cette bague de présélection, le praticien peut instrumenter sans peine tous les types de canaux. Le système ne demande aucune installation ni d’appareillage supplémentaire sur la tablette de traitement, du fait que le contre-angle est directement monté sur le micromoteur et qu’aucun réglage complémentaire de l’unité n’est nécessaire. La pièce maîtresse de ce nouveau contre-angle est un embrayage magnétique doré, comprenant le dispositif dit de «rétrorotation». En cas de dépassement du couple de rotation sélectionné, SIRONNiTi empêche automatiquement le blocage de la lime dans le canal radiculaire. Ce faisant, la force d’entraînement n’est pas interrompue de manière abrupte, mais l’embrayage se déclenche au contraire de façon progressive et souple. Les systèmes de mesure endométrique de la longueur de travail dans les canaux radiculaires continuent à représenter un «sujet chaud» dans le domaine de l’endodontie, qui reste au centre de l’intérêt tant des congrès scientifiques que des expositions à vocation plus commerciale. A l’occasion de l’IDS de cette année, la maison Dentsply Mailefer a présenté ProPex, son nouvel appareil localisateur de l’apex. Grâce à un display de dimensions fort agréables (8351 mm), il est aisément possible de suivre et de surveiller de manière précise la position actuelle de la lime dans le canal. Dès que l’opérateur commence à instrumenter la zone préapicale (à 2–3 mm de l’apex), l’appareil ProPex émet deux signaux sonores et fait simultanément apparaître deux flèches clignotantes sur l’écran. En s’approchant encore davantage de la région de l’apex, l’écran se met en mode de «zoom» qui agrandit la région apicale sur une échelle de 10 points, affichant des graduations de 0,9 à 0,0 mm. Parallèlement à cette visualisation numérique à l’écran, le signal sonore augmente continuellement de volume. Ce faisant, le design de ProPex a été conçu de la manière la plus simple et sobre possible. Le boîtier robuste et soli- de n’est équipé que de deux touches (interrupteur de mise en marche et hors fonction) et celle du réglage de l’intensité du signal sonore; l’alimentation électrique est assurée par un accumulateur rechargeable et l’appareil ne nécessite aucune présélection manuelle avant l’emploi. En raison de la conception compacte et sobre et de sa manipulation aisée, assurant un grand confort ergonomique, ce localisateur de l’apex semble promis à un bel avenir, tant pour les spécialistes que pour les omnipraticiens, même des débutants. Prothèse Sans matériaux d’empreintes précis, il ne serait pas possible d’obtenir des résultats fonctionnels et esthétiques en prothèse dentaire. Les produits à base de polyéther, malgré des avantages incontestables, n’ont plus guère été utilisés en tant que matériaux de choix, notamment en raison de leur goût fort désagréable pour le patient. Un nouveau produit, P2 Polyether (Heraeus Kulzer) met désormais à disposition du praticien un matériau d’empreinte qui aurait sauvegardé les avantages typiques de cette classe de matériaux au niveau de la précision, tout en en ayant supprimé les autres inconvénients. Du fait de ses propriétés hydrophiles, le matériau possède un bon pouvoir de mouillabilité même sur des surfaces dentaires ou muqueuses humides, une caractéristique qui permet de rendre tous les détails importants avec une excellente précision. Lors de la désinfection et au contact avec des agents hémostatiques ou astringents (fils de rétraction!), le matériau P2 Polyether maintient une bonne stabilité. Contrairement à d’autres produits de sa classe, ce nouveau matériau est moins rigide après la polymérisation, ce qui permet au praticien de retirer plus aisément l’empreinte de la bouche du patient. De plus, P2 Polyether est Rev Mens Suisse Odontostomatol, Vol 113: 5/2003 623 L’actualité en médecine dentaire neutre de goût et peut dès lors être employé sans problèmes même chez les patients sensibles. Les exigences fonctionnelles et esthétiques auxquelles doivent répondre les restaurations céramiques deviennent sans cesse plus complexes et intransigeantes. Pour réaliser des pièces prothétiques acceptables dans le cas individuel, les techniciens étaient jusqu’à présent souvent obligés d’associer un grand nombre de techniques de «montage» des couches et des combinaisons sophistiquées de systèmes de teintes, voire de plusieurs matériaux. La panoplie des matériaux et de leurs différentes propriétés n’est ni simple à maîtriser pour le technicien, ni prévisible pour le médecin-dentiste quant au comportement clinique, ni, dans bien des cas, la meilleure solution pour le patient. La maison GC Europe met désormais sur le marché un système nouvellement mis au point pour parer à ces inconvénients. Appelé GC Initial, ce système de céramiques unifié est censé répondre à toutes les situations et indications en matière de restaurations céramiques sur le marché européen. Simplifié à l’essentiel, à savoir une seule technique de «montage» des différentes couches et une gamme unifiée de choix des teintes, ce système a été conçu de sorte à satisfaire à toutes les exigences imposées aux restaurations céramiques esthétiques et fonctionnelles à l’aide d’une seule ligne de produit. Au total, six assortiments distincts sont mis à disposition, en fonction des besoins spécifiques du domaine d’application: il y a des modules destinés aux restaurations céramo-métalliques classiques ou en céramique pressée (GC Initial MC et GC Initial PC), les deux existant également sous forme de céramiques à basse température de fusion, (GC Initial LC), puis des sets pour la céramique sur des armatures en titane (GC Initial TI), ainsi que sur celles en zircone (GC Initial Zr), ou encore sur des structures en oxyde d’alumine (GC Initial AL). Pour chacun de ces modules et leurs différentes techniques d’application, il existe en outre un assortiment de teintes «effet» ou de «nuances», à appliquer au pinceau lors des finitions, voire du glaçage, ces produits supplémentaires étant bien entendu parfaitement compatibles avec les coefficients spécifiques d’expansion thermique du système de base. Chirurgie buccale Spécifiquement pour les avulsions de dents mono- ou biradiculées avant la pose prévue d’implants, la maison Usto- 624 med a mis au point un nouveau système d’extraction non traumatique, commercialisé sous le nom de Easy X-Trac-System. Cette méthode a été conçue de sorte à éviter le plus possible le recours aux élévateurs ou aux daviers conventionnels lors de l’extraction. Ce faisant, une grande importance a été attribuée à la prévention des traumatismes risquant d’être infligés aux tissus durs ou mous du voisinage (par exemple destruction de la lamelle osseuse vestibulaire dans le maxillaire supérieur ou inférieur). Dans une première étape, la dent à extraire est raccourcie, puis une vis Easy X-Trac autotaraudante est introduite dans le canal radiculaire. Dans la deuxième phase, un dispositif de protection en silicone est appliqué sur les arcades dentaires adjacentes et l’extracteur lui-même est mis en position par-dessus la dent à extraire. Par rotation du manche de ce dernier, les deux «mors» de l’extracteur sont ajustés et serrés, puis la racine est extraite de son alvéole par une force agissant purement en direction axiale, à l’instar d’un «tirebouchon» débouchant une bonne bouteille... Selon les dires du fabricant, cette technique opératoire permet d’éviter la compression – et de ce fait le risque de destruction – des parois de l’alvéole au cours de l’avulsion; en effet, lors des techniques conventionnelles, la déformation de l’alvéole est en premier lieu due aux mouvements de rotation et de version exercés par les élévateurs et les daviers. De ce fait, grâce à Easy X-TracSystem, l’alvéole est conservée essentiellement dans son état original, sans risques de lésions directes ou indirectes des structures osseuses adjacentes. Quant à Ostim (Heraeus Kulzer), il s’agit d’un nouveau matériau de comblement osseux entièrement synthétique fabriqué en hydoxy-apatite non fritté en particules nano-cristallines. Grâce à une seringue prête à l’emploi, le matériau, de consistance pâteuse, peut être injecté directement dans le site désiré jusqu’à obtention du volume de comblement souhaité. Le produit n’a pas besoin d’être mélangé au préalable à du sang du patient; il se caractérise par une excellente stabilité volumétrique et est facile à manier à tous les égards. Contrairement aux céramiques conventionnelles en hydoxy-apatite, cette nouvelle formule non frittée présente l’avantage d’une solubilité significativement plus importante. La composition formée par les nano-cristaux assure une vaste surface bio-active, formant ainsi un terrain très favorable sur lequel les ostéoblastes naturels peuvent adhérer et Rev Mens Suisse Odontostomatol, Vol 113: 5/2003 proliférer particulièrement vite. Ainsi, le produit Ostim est complètement résorbé par l’organisme en un laps de temps de quelques mois seulement. Le matériau a été testé et est utilisé actuellement par plusieurs cliniques de chirurgie buccale et maxillo-faciale en Allemagne et les résultats sont fort probants, notamment lors du comblement de pertes de substance osseuse consécutives à des kystectomies, des résections apicales ou des extractions chirurgicales de dents de sagesse, de même que dans le cadre de reconstitutions ou de régénérations osseuses en vue de la pose d’implants. Une autre technique intéressante, la méthode Root Replica, de la societé Degradable Solutions Dental, permet de refermer l’alvéole après extraction dentaire par une «réplique» de la racine extraite, fabriquée en matériau biodégradable (bêta-tricalciumphosphate) dont la forme est parfaitement ajustée à la morphologie interne exacte de l’alvéole résiduelle. La confection de cette réplique se fait immédiatement après l’avulsion de la dent ou de la racine, par la prise d’une empreinte de la racine extraite et la coulée de la copie conforme de celle-ci en bêta-tricalciumphosphate. La réplique, volumétriquement stable est ensuite insérée dans l’alvéole nettoyée et curetée dans l’intervalle. Cet «implant» temporaire est résorbé en l’espace de 9 à 15 mois, le volume étant progressivement transformé en os autologue. La porosité élevée des parties profondes de la réplique assure une bonne pénétration par le caillot sanguin, puis par des structures vasculaires à partir de l’os alvéolaire du voisinage, favorisant de la sorte la régénération osseuse complète. Ce faisant, la méthode Root Replica est censée créer des conditions optimales pour les étapes thérapeutiques ultérieures, qu’elles soient implantologiques ou prothétiques. Ce compte rendu condensé sur l’exposition dentaire internationale IDS 2003 ne saurait être en aucun cas prétendre avoir passé en revue l’ensemble des innovations présentées. Tout rapporteur d’une manifestation de cette envergure se voit obligé d’en sélectionner un aperçu le plus représentatif possible, en lieu place de la kyrielle de matériaux et d’équipements, en présentant de façon succincte un certain nombre de produits revêtant soit un intérêt particulier ou censés refléter des tendances générales dans les principaux domaines de la médecine dentaire. Qu’il soit tout de même permis d’annoncer d’ores et déjà la prochaine IDS, qui aura lieu du mardi 12 au samedi 16 avril 2005, à Cologne, bien entendu. ■ L’actualité en médecine dentaire gnements de gencives, les altérations gingivales dont ils voient les causes dans l’abus des sucreries (en 1854! ). Ils pratiquent aussi, avec un certain bonheur l’orthodontie. CLIN D’ŒIL DU PASSÉ L’art dentaire et ses avatars à travers les âges (V e et dernière partie) Roger Joris, Genève Transcription, adaptation, commentaires et illustrations de Thomas Vauthier De la création de la Faculté de médecine à la fondation d’une école dentaire A Genève, dès le début du XIX e siècle les dentistes sont soumis à un règlement et ils ne pourront pratiquer leur art que s’ils ont été examinés par une commission de «Jurés Médecins et Chirurgiens sous la présidence d’un Seigneur Commis». Et l’article 7 de ce règlement précise bien que les dentistes ne «devront s’occuper que de l’extraction des dents, de leurs maladies et de leur remplacement». Et en 1845 un nouveau règlement du Conseil de santé renouvelle ces mêmes exigences, mais en plus «le Jury doit aussi examiner les outils et machines dont le candidat veut faire usage et dont celui-ci fait la démonstration». mier que «le Jury d’examen des dentistes est composé de deux professeurs de la Faculté de Médecine et d’un dentiste autorisé, ce dernier étant désigné par le Département de Justice et Police». La dernière loi sur l’exercice de l’art de guérir, avant la fondation de l’école dentaire, date de 1861. Elle précise bien qu’un «Règlement déterminera les conditions nécessaires pour exercer les professions de chirurgien-dentiste, d’aidechirurgien, de sage-femme, de rebouteur, ainsi que d’autres branches de l’art de guérir». Et c’est en 1877 que le règlement apparaît. Et l’on y voit à son article pre- Voici la fin de l’épopée de la médecine dentaire, telle que l’a retracée notre confrère Roger Joris, ancien président de la Société Suisse de l’Histoire de la Médecine et de la Société Européenne de l’Histoire de la Médecine. Après le premier volet de «L’art dentaire et ses avatars à travers les âges» (RMSO 1/2003), puis de «La dentisterie au temps des anciens Grecs et Romains» (RMSO 2/2003) et au Moyen Age (RMSO 3/2003), et dans le «Siècle des Lumières et de la raison» (RMSO 4/2003), voici le dernier volet, celui de la dentisterie à la fin du XIXe siècle ou de la dernière ligne droite vers la médecine dentaire académique. Thomas Vauthier La dentisterie moderne acquiert ses lettres de noblesse ... Il semble bien que la pratique de l’anesthésie par les dentistes est une méthode inquiétante. En effet, le député Vaucher, qui est membre de la Commission dit aussi lors du débat que «le chloroforme que l’on emploie dans la pratique de l’art dentaire est souvent dangereux». Et pourtant, il y avait déjà trente-cinq ans que l’anesthésie était connue; c’était d’ailleurs un dentiste, Morton, qui l’avait inventée à Boston et qui l’avait appliquée pour la première fois au monde lors d’une intervention chirurgicale à l’Hôpital Général du Massachusetts. Ce triomphe de la science sur la douleur eut lieu le 16 octobre 1846. Il y a d’autres moyens d’anesthésie lors d’avulsions dentaires; ainsi l’électricité galvanique utilisée par François Thioly pour pratiquer les extractions. La méthode est simple: le patient tient un pôle dans la main, l’autre pôle est fixé directement sur le davier, et le courant provoquant l’anesthésie passera au moment de l’intervention. F. Thioly affirme avoir pratiqué des centaines d’extractions indolores par ce moyen. L’électricité avait déjà tenté d’autres savants genevois bien avant; ainsi Jean Jallabert ce pasteur physicien qui guérit un paralytique en 1748. Mais au milieu du siècle dernier les dentistes genevois ont des idées très claires sur nombre de sujets qui occupent les praticiens d’aujourd’hui, comme les sai- Fauteuil et tour dentaire, fin du XIX e siècle En 1872 c’est réellement un fauteuil révolutionnaire. C’est le premier modèle tout en fonte. Sa conception par James Beall Morrison est animée d’une recherche avancée d’ergonomie. Il est destiné au travail debout mais aussi au travail assis du praticien. Le corps du fauteuil est activé par un système à manivelle et crémaillère permettant une très grande amplitude d’élévation, avec possibilité de bascule antéro postérieure limitée de l’ensemble. Pour faciliter l’approche du patient et assurer une bonne stabilité, les pieds sont asymétriques. Le dossier en deux parties est modulable en hauteur et latéralement. La têtière à rotule et à déplacement permet une grande possibilité de positions. Les accoudoirs sont réglables et escamotables. Le repose-pieds à deux niveaux est aussi adaptable. ... pour enfin faire fi aux pratiques douteuses Mais dès la création de la Faculté de médecine en 1876, on pense à la création d’une école dentaire, car, malgré la présence à Genève d’excellents praticiens, il y a tout de même encore pas mal d’ambulants dont les compétences ne sont pas toujours évidentes. Et Raoul Pictet, député, déclare au Grand Conseil qu’il est Rev Mens Suisse Odontostomatol, Vol 113: 5/2003 625 L’actualité en médecine dentaire temps «de protéger la population contre de mauvais médecins, contre des charlatans qui mettent la santé de leurs patients en danger, qui se servent du chloroforme et de l’éther sans en bien connaître les propriétés. Il faut que nos dentistes soient instruits, qu’ils aient toutes les connaissances nécessaires, qu’ils présentent toutes les garanties, qu’ils aient, en un mot, fait de sérieuses études de médecine». C’est grâce à des praticiens consciencieux que l’idée de la fondation d’une école dentaire fut accueillie avec sympathie. La fondation de l’école dentaire se fit très rapidement. En effet, le premier rapport du Conseiller d’Etat Antoine Carteret fut présenté au Grand Conseil le 29 juin 1881, l’école ouvrait ses portes le 21 octobre 1881. Il n’y a que deux écoles dentaires sur le continent européen à cette époque, une à Paris et l’autre à Berlin et trois en Angleterre. Elles sont toutes des écoles privées, comme les 22 écoles américaines. (Voir encadré) Genève: la première école dentaire d’Etat dans le monde Les fondateurs genevois ont étudié les statuts des différentes écoles existantes et l’on retrouvera à Genève certaines exigences assez semblables à celles qui donnaient droit au diplôme à la fameuse école de Baltimore, la première au monde «The Baltimore Collège of Dental Surgery». Mais je pense qu’il est certain que la première école dentaire d’Etat dans le monde est bien celle de Genève. Ce n’est en effet qu’en 1882 qu’une école dentaire devint un département de la Faculté de médecine du Maryland. Et là encore on peut aussi ajouter que cette Université était une institution privée jusqu’en 1920. Depuis la fondation de la Faculté de médecine en 1876 l’idée de la création d’une école dentaire faisait son chemin. Ainsi, au cours de l’année 1876–77, dans la série des cours libres on peut noter un cours de «médecine et chirurgie dentaire» donné par M. Gaspard Guillot. Il s’agit d’un cours théorique et pratique de deux heures par semaine. L’initiative d’un réfugié français Mais qui est donc cet enseignant, le seul qui ne porte pas le titre de docteur? On sait qu’il est à l’origine de la création de l’école dentaire, mais qu’il ne sera plus là lors de l’ouverture de l’école. Ce que nous savons, d’après l’étude très minutieuse de Lucien Lebourg, c’est que Gaspard Guillot arrive à Genève en fin d’an- 626 née 1873. Il n’a pas fini ses études de médecine à Paris, et il a été condamné à la déportation pour avoir participé à l’insurrection parisienne comme capitaine d’artillerie. Il s’évade et il écrit à son père qu’il part pour l’Amérique. Peut-être a-t-il profité de ces deux ans pour apprendre l’art dentaire? Pourtant lorsqu’il arrive à Genève il est inscrit comme rentier et non comme dentiste. Mais il est bien possible qu’il ait appris son art à Genève avant 1876 puisqu’il donne ses cours à la faculté de médecine à cette date. (Voir encadré) Ce qu’il y a de certain c’est qu’il a fait un projet de création d’une école dentaire en 1878 et qu’il l’a fait transmettre au Conseil d’Etat par M. Cuénoud. Mais, comme il le dit lui-même dans une lettre, son projet n’a pas eu de suite. En 1881 un autre projet est présenté par M. Willemin, qui a une autorisation de pratiquer comme dentiste depuis trois ans. Ce projet est approuvé par la Faculté de médecine et Gaspard Guillot écrit à nouveau au Conseil d’Etat pour recommander l’acceptation du projet car ainsi «notre profession finira, si on l’aide, par sortir de l’ornière où elle gémit depuis longtemps». Et il ajoute une brochure sur la «Fondation de l’Ecole et de l’Hôpital dentaires libres de Paris» de 1880. C’est après ce nouveau rapport que les événements vont se précipiter. Le Conseiller d’Etat Carteret mettra le même dynamisme, la même foi que cinq ans plus tôt lors de la création de la Faculté de médecine, pour faire aboutir le projet de l’Ecole dentaire. Gaspard Guillot, né en 1843, dans le Maine et Loire, d’un père médecin, arrive en 1865 à Paris pour faire ses études de médecine qui seront interrompues par sa mobilisation en 1870, sa participation en 1871 à la Commune de Paris, son arrestation, son évasion, son exil. En 1873, nous le retrouvons dentiste à Genève, Privat-Docent à la Faculté de Médecine; il crée une polyclinique dentaire gratuite en 1877 et l’Ecole Dentaire de Genève en 1881; amnistié en 1881 il rentre en France. De 1882 à 1902, il aura un cabinet à Lyon rue de la Barre. En 1894, il soutient à Lyon sa thèse de médecin. 29 juin 1881, et le vote de la loi après trois débats le 9 juillet 1881. Le projet d’Antoine Carteret fut examiné par une commission du Grand Conseil composée des députés Raoul Pictet, Vaucher, Vincent et Mast et du président Carteret. Il est bien étonnant de ne pas y trouver le député Redard qui deviendra le premier professeur de la nouvelle école. Le rapporteur de la commission le Dr Vincent va plaider (le 6 juillet) avec chaleur la cause de l’école dentaire proposée par le Conseil d’Etat. Le nombre des écoles dentaires en Et, du coup, les choses sont allées très vite! Il parviendra au résultat espéré en un temps incroyablement court, puisqu’une dizaine de jours seulement séparent le projet de loi instituant une école d’art dentaire à l’Université de Genève le En 1892, à l’instauration du Diplôme de Chirurgien-Dentiste en France, existaient déjà 35 écoles dentaires en Amérique du Nord, 7 en Amérique du Sud, un enseignement dentaire est assuré en Allemagne, Angleterre, Autriche, Danemark, Pologne, Russie et en Suisse. A Paris existent depuis 1880 l’Ecole Dentaire de Paris et depuis 1884 l’Ecole Odontologique. L’Ecole de Bordeaux sera créée en 1895. Rev Mens Suisse Odontostomatol, Vol 113: 5/2003 Tempora mutantur! Sirona C8 est l’une des unités de traitement les plus modernes sur le marché; elle permet nomment d’y ajouter des composantes technologiques au choix, telles que moniteur plat inclinable et pivotant permettant à tous les intervenants de consulter les images à l’écran; système de radiographies numériques permettant la prise d’image par caméra intraorale, matériel éducatif à l’intention des patients et plus encore. Le système ErgoMotion procure au patient tout le confort désiré, sans l’ajustement répétitif de l’appuie-tête. L’actualité en médecine dentaire Europe est très restreint puisqu’il n’y en a qu’une seule de langue française à Paris et relevant de l’initiative privée. Il en est de même pour la seule école de langue allemande à Berlin et les deux ou trois écoles anglaises. Pour rassurer Messieurs les députés, gardiens sourcilleux des fonds de l’Etat, le rapporteur de la commission leur annonce que lorsque le nombre des étudiants atteindra le chiffre de septante, «l’Ecole ne demandera rien aux deniers publics». Le 9 juillet, les députés votent et adoptent les vingt articles de la loi. Puis le président met aux voix le projet de loi dans son entier; il est adopté par le Grand Conseil. Et le délai référendaire de trente jours étant expiré le 12 août 1881, la loi devient exécutoire dès le 16 août 1881. La première école dentaire «officielle» au monde est née Le 21 octobre 1881, l’école ouvrait ses portes en présence des autorités politiques et universitaires; il y avait deux professeurs et un peu plus de vingt étudiants; trois ans plus tard le nombre des étudiants avait doublé. Et l’on reste émerveillé d’apprendre qu’une «somme de 18 000 francs est mise à la disposition du Conseil d’Etat pour l’aménagement du local destiné à l’Ecole, l’installation du matériel et le premier trimestre du traitement des professeurs et des employés»! Tempora mutantur ... ■ CONGRÈS / JOURNÉES SCIENTIFIQUES Compte rendu du cours de perfectionnement «Erosions, abrasions et lésions cunéiformes» organisé par la Clinique de Restaurations dentaires, de médecine dentaire préventive et de pédodontie de l’Université de Berne le 13 mars 2003 à Berne Erosions, abrasions et lésions cunéiformes – étiologies, diagnostic, prévention et modalités thérapeutiques Thomas Vauthier, Bâle Compact et condensé. Pertinent et passionnant. Intense et didactique. L’essentiel dans un mouchoir de poche – voici quelques épithètes qui rendent honneur à ce cours de perfectionnement placé sous le thème «Erosions, abrasions et lésions cunéiformes». Dans une après-midi, le Professeur Adrian Lussi et ses collaborateurs Thomas Jaeggi et Anne Grüninger ont réussi à fournir aux quelque 60 participants présents dans l’auditoire André Schroeder du Centre universitaire de Médecine dentaire des réponses claires et pratiques concernant l’étiologie, la physiopathologie, les tableaux cliniques et les stratégies de traitement dans ce vaste domaine dont les problèmes cliniques ne cessent de prendre de l’importance en pratique quotidienne. «Pourquoi le yoghourt n’est-il pas aussi érosif que l’on prétend généralement?» «Quel rôle les nouvelles habitudes de consommation de boissons jouent-elles dans l’incidence croissante de ces lésions?» «A partir de quel stade le praticien doit-il intervenir par des mesures thérapeutiques?» Voici quelques thèmes, entre autres, que les intervenants ont su passer en revue de manière concrète et didactique. Une large partie de ce cours fort intéressant a été consacrée à un aperçu des mesures préventives et thérapeutiques à envisager, afin de faciliter la décision de savoir «quel traitement convient à quel patient?». Définitions, facteurs de risque, physiopathologie et pouvoir érosif (Prof. Adrian Lussi) Alors qu’au cours des dernières années, la prévention de la carie a constamment diminué, notamment en raison des efforts dans le domaine de la prophylaxie, nul ne saurait contester que le nombre et la gravité des lésions dentaires que rencontre le clinicien ont sensiblement augmenté dans la population. L’érosion se définit comme une perte irréversible de substance dentaire dure sous l’influence de processus chimiques, sans influence de micro-organismes. En raison d’une prise de conscience toujours plus accentuée des aspects de la santé et du «bien-être», la consommation d’aliments et de boissons potentiellement érosifs, tels que, par exemple, les fruits, les salades (sauces!), les boissons dits pour sportifs et les softs drinks a significativement augmenté. Sur le plan clinique, on distingue plusieurs catégories, selon la progression et la localisation des lésions. En principe, le premier stade se caractérise par une perte du reflet de l’émail (périkymaties aplaties), qui prend alors un aspect satiné, même si la perte de substance est encore minime. Les stades suivants se distinguent par une perte progressive d’émail, puis une atteinte de l’émail, même si dans bien des cas, une zone marginale d’émail peut encore être préservée le long du collet de la dent. Les cuspides ont tendance à s’arrondir et dans les cas graves, les obturations existantes «surplombent» les tissus dentaires durs attaqués par l’érosion. Parmi les facteurs de risque du côté du patient, le pH, le pouvoir tampon et le taux de sécrétion salivaires sont au premier plan, de même que la composition des tissus dentaires durs. A ce propos, un compte rendu des habitudes alimentaires est un outil très utile. De même, il faut interroger le patient au sujet de ses habitudes d’hygiène bucco-dentaire, des produits utilisés à ce propos et de toute autre habitude particulière. Parmi les facteurs alimentaires, ce sont non seulement le pH absolu et le type d’acide qui déterminent le pouvoir érosif, mais également la capacité d’adhérer sur les surfaces dentaires et la concentration en ions de fluor, de calcium et de phosphate. En effet, les recherches sur la physiopathologie et les mécanismes d’homéostasie ou de déséquilibre au niveau de la dissolution et de la reminéralisation des tissus dentaires durs sont à l’origine de certains changements de paradigmes. Même si l’émail se compose pour l’essentiel d’hydroxyapatite (HAP), il contient également du carbonate, la dentine encore davantage. Les tissus dentaires durs sont fondamentalement déficients en calcium et riches en carbonate. Or, lors d’une attaque acide, l’HAP libère des ions Ca2+ et de phosphate. La solubilité dépend alors de la concentration d’ions de calcium et de phosphate dans le milieu environnant. Le fluoroapatatite (FAP) est moins soluble et se reminéralise plus tôt que l’HAP. Le pH critique pour la dissolution de l’HAP est de 5,5, contre 4,5 pour le FAP. Après chaque attaque acide, il y a formation de FAP, pour autant que les ions soient disponibles en tant que «substituent» dans le milieu ambiant. En milieu légèrement acide, il se forme une couche protectrice de CaF2, pour autant qu’il y ait une saturation ambiante suffisante d’ions libres. La formation de cette couche de CaF2 est très rapide, par exemple en présence de Rev Mens Suisse Odontostomatol, Vol 113: 5/2003 627 L’actualité en médecine dentaire fluorure d’amines à 0,1% et d’un pH de 4,5, il suffit d’une minute pour la précipitation. La présence d’ions F– ralentit la déminéralisation et favorise la reminéralisation des tissus dentaires durs. La reminéralisation de l’émail n’est influencée par la concentration d’ions F – que dans une moindre mesure que celle de la dentine. Les récentes connaissances sur la couche protectrice de CaF2 et son rôle de réservoir de fluorures sont à l’origine de la nouvelle recommandation de ne pas rincer la bouche après le brossage des dents. En effet, il faut que les ions F – soient présents dans la cavité buccale pendant plusieurs minutes pour assurer la précipitation de la couche protectrice de CaF2. Ce mécanisme est par ailleurs favorisé par la présence de protéines et de phosphates. De ce fait, le yoghourt, en dépit d’un pH relativement bas de 4 ne possède qu’un faible pouvoir érosif, en raison de concentrations respectives de Ca2+ et de phosphate de 32 et de 44 mmol/l. En comparaison, le jus d’orange, avec un pH comparable (3,8) est significativement plus érosif, du fait de concentrations réduites de Ca2+ et de phosphate de 2 et de 4 mmol/l, respectivement. Une consultation spécialisée au Centre de médecine dentaire de Berne (Dr Thomas Jaeggi) Ce collaborateur de longue date de la Clinique de Restaurations dentaires, de médecine dentaire préventive et de pédodontie de l’Université de Berne et (co-) auteur de nombreuses publications, installé depuis lors à temps partiel en cabinet privé, a passé en revue les principaux aspects d’une consultation spécialisée pour les patients souffrant d’érosions ou de lésions similaires. Dans différentes études réalisées ces dernières années il a été démontré que près de 31% des enfants âgés entre 2 et 5 ans présentaient déjà des érosions dentaires, dont 40% étaient accompagnées de lésions dentinaires, alors que 20,4% présentaient des lésions cunéiformes au stade initial. Dans un groupe de jeunes de 14 ans, 48% des lésions étaient jugées faibles, 51% comme modérées et 1% comme étant des érosions graves. Dans une étude réalisée en 1999 sur des recrues de l’armée suisse, JAEGGI et coll. ont montré que 30,7% des sujets examinés présentaient déjà des érosions accompagnées de lésions dentinaires, alors que 20,4% présentaient des lésions cunéiformes au stade initial. Ces résultats dé- montrent dès lors une prévalence importante de zones d’érosions et d’abrasions dans un groupe relativement jeune de la population. Le phénomène progresse cependant au cours de la vie: ainsi, dans une autre étude récente, 8% des sujets examinés dans la tranche d’âge de 26 à 30 ans et 3% de ceux entre 46 et 50 ans présentaient des lésions vestibulaires, alors que les faces occlusales étaient atteintes chez 30% du premier groupe et chez 43% du deuxième. Les objectifs de cette consultation spécialisée sont le dépistage et l’évaluation des facteurs de risque, de même que la prévention de la progression des lésions. Elle comprend une anamnèse détaillée, en particulier sur les habitudes alimentaires, ainsi qu’une documentation complète (photos, radiographies, modèles d’étude). Les patients sont tenus de tenir pendant quatre jours un «journal» précis sur leurs consommations d’aliments et de boissons, journal qui servira aux spécialistes de déterminer le nombre d’expositions aux sucres et aux acides durant cet intervalle. En cas de suspicion d’une origine médicale ou psychologique (troubles gastro-intestinaux, y compris reflux gastro-œsophagéen, boulimie, etc.), les patients sont adressés à des médecins spécialistes pour des investigations complémentaires. Parmi les examens effectués, les mesures du pH et du flux salivaires sont dans bien des cas complétés par une mesure directe du pH au niveau des surfaces dentaires (par une électrode miniaturisée dite «Beetrode»). En fonction des problèmes individuels, les patients bénéficient de séances d’information et d’instruction de techniques d’hygiène bucco-dentaire adaptées à leur cas précis. Le cas échéant, ils ont également la possibilité de recevoir des traitements plus ou moins complexes dans le cadre de la Clinique universitaire de Restaurations dentaires, de médecine dentaire préventive et de pédodontie. Prévention (Prof. Adrian Lussi) Au vue de ce qui précède, il est impératif que les personnes qui présentent des lésions érosives ou abrasives bénéficient d’un programme individuel qui leur permette de modifier leurs risques à l’exposition aux acides, ainsi que leurs techniques d’hygiène bucco-dentaire. Il faut notamment les inciter à limiter ou à réduire leur consommation de boissons et d’aliments ou de boissons à haut pouvoir érosif. De même, il faudrait passer sous la barre fatidique de quatre expositions ou davantage d’exposition aux acides, de même qu’il faut défendre de «siroter» les boissons de type «softs drinks» ou autres boissons «énergisants» ou dits «pour sportifs». En outre, les tissus dentaires attaqués sont sujets à un risque élevé d’abrasion, raison pour laquelle il faudrait neutraliser le pH le plus rapidement possible (par des rinçages à l’eau ou une solution légèrement fluorée). Les chewing-gums portant le label «Sympadent» ont également fait leurs preuves, du fait de leur capacité de stimuler le flux salivaire. En tout état de cause, il faudrait attendre au moins une heure avant de procéder au nettoyage mécanique des dents. Possibilités de traitement (Dr Anne Grüniger et Prof. Adrian Lussi) A l’aide de documentations de cas cliniques, les intervenants ont passé en revue toute la gamme des modalités thérapeutiques à mettre en œuvre suivant la gravité et l’étendue des lésions. Suivant la situation particulière, ces possibilités comprennent en effet de simples obturations en composite, en passant par des facettes ou des onlays en céramique, voire des couronnes à recouvrement complet. Le choix sera également dans bien des cas influencé par la disponibilité de zones de scellement adhésif (le cas échéant, utiliser des couronnes extraminces, réalisées sur armature galvanoplastique), de l’âge du patient et par ses possibilités économiques. Selon l’affaissement ou la perte de dimension verticale, des mesures complémentaires plus complexes sont à envisager, telles que des traitements de racine ou des allongements des couronnes cliniques par la chirurgie parodontale. Dans certains cas, une surélévation par des gouttières occlusales doit permettre de tester au préalable la surélévation proposée par le plan de réhabilitation. Adhésion dentinaire (Prof. Adrian Lussi) Depuis plusieurs années, ce domaine important est en constante évolution pour ne pas dire révolution. Le spécialiste bernois en a passé en revue les éléments essentiels, en évoquant en particulier les avantages et inconvénients des «derniers venus», à savoir les systèmes «one bottle» ou «all in one». Or, comme un récent symposium à Lausanne était consacré entièrement à ce sujet, le présent résumé n’en relate pas les détails exposés lors de ce cours de perfectionnement à Berne. Pour de plus amples informations, les Rev Mens Suisse Odontostomatol, Vol 113: 5/2003 629 L’actualité en médecine dentaire lecteurs sont priés, le cas échéant, de se référer au compte rendu original en allemand publié dans le numéro précédent de la RMSO. Hypersensibilités dentinaires (Prof. Adrian Lussi) L’hypersensibilité dentinaire, terme plus large que celui des «collets sensibles», est un problème largement répandu. Les patients se plaignent de douleurs survenant en buvant, en mangeant, en se brossant les dents et dans certains cas même en respirant. De nombreux aspects relatifs à l’hypersensibilité dentinaire demeurent encore sans réponse pertinente. L’hypersensibilité dentinaire se caractérise par des épisodes de douleurs brèves et «perçantes» qui prennent origine dans des zones de dentine mise à nu; ces douleurs sont déclenchées en tant que réponse à des irritations thermiques, tactiles, osmotiques, chimiques ou par évaporation: les épisodes algiques sont d’intensité et de fréquence variables et ne peuvent pas être expliquées par d’autres pathologies. Le seul élément distinctif retrouvé régulièrement sont les érosions, le plus souvent avec des zones de dentine mise à nu. L’étiologie de l’hypersensibilité dentinaire est multifactorielle. Il est généralement admis qu’en cas de dentine hypersensible, il y a toujours des tubuli dentinaires mis à nu. La dentine hypersensible présente un nombre sept fois plus élevé de tubuli dénudés que la dentine non sensible. Les deux facteurs aboutissant à la dénudation dentinaire sont d’une part des pertes d’émail et d’autre part la mise à nu de la surface radiculaire. Les pertes d’émail peuvent être dues à des érosions, des attritions, des abrasions ou des combinaisons de ces facteurs. La mise à nu de la surface radiculaire (récession gingivale) peut être provoquée par une hygiène bucco-dentaire inadéquate, des dentifrices abrasifs, des affections parodontales aiguës ou chroniques, des traitements parodontaux (surfaçage radiculaire) et par des traumatismes chroniques en raison d’habitudes individuelles délétères. Lorsque la dentine est dénudée, le liquide à l’intérieur des tubuli dentinaires peut être sujet à des mouvements, sous l’influence de stimuli extrinsèques. Ces déplacements du liquide dans les tubuli peuvent provoquer des contraintes de cisaillement sur les prolongements des odontomètres, même si la théorie de la «transduction directe» a été abandonnée en faveur du modèle dit «hydrodynamique», qui est la théorie la plus fré- 630 quemment acceptée à ce jour par la plupart des auteurs qui permette d’expliquer le phénomène de l’hypersensibilité dentinaire. Selon cette hypothèse, on suppose que le déclenchement de la réponse aux stimuli irritants s’explique par des déplacements rapides du liquide à l’intérieur des tubuli dentinaires. Les mouvements rapides du liquide déclenchent une douleur, en raison de la déformation des odontoblastes et des terminaisons nerveuses (mécanorécepteurs). Le froid entraîne une contraction du liquide intratubulaire et provoque ainsi un déplacement du fluide intratubulaire en direction vers l’extérieur et de ce fait des douleurs intenses. En revanche, la chaleur et les irritations tactiles déclenchent un flux en direction de la pulpe et des douleurs moins importantes et plutôt sourdes. Différents stimuli irritants sont susceptibles de provoquer des flux du liquide intratubulaire dans les deux directions. Alors que les déplacements du liquide vers l’extérieur sont causés par le froid, la déshydradation ainsi que par des solutions hyperosmolaires ou déshydratantes, les déplacements du liquide vers l’intérieur sont provoqués par le chaud (50–70 °C) et la pression (seuil: 2–3 kg/cm2). La perméabilité dentinaire est tributaire de différentes facteurs, tels que la présence de boue dentinaire (smear layer), surface de diffusion, nombre des tubuli, diamètre des tubuli, épaisseur de la dentine, température et distance de la lésion par rapport à la pulpe. La condition préalable à tout traitement efficace est la pose d’un diagnostic correct (diagnostic différentiel rigoureux!). Il convient en premier lieu de dépister d’éventuels facteurs de risque. A ce propos, un compte rendu des habitudes alimentaires est un outil très utile (notamment en cas de présence d’érosions). De même, il faut interroger le patient aux sujets de ses habitudes d’hygiène buccodentaire, des produits utilisés à ce propos et de toute autre habitude particulière. L’examen clinique doit déceler la gravité des érosions ou des parodontopathies. Ce n’est qu’après l’élimination des facteurs étiologiques et une information exhaustive du patient qu’il est possible d’instaurer un traitement. Le traitement se fonde sur le modèle dit «hydrodynamique» et a comme objectif la fermeture des tubuli dentinaires dénudés. Différentes méthodes et techniques permettent d’obtenir une fermeture des tubuli. Parmi les différentes options, il convient de distinguer les agents chimiques et Rev Mens Suisse Odontostomatol, Vol 113: 5/2003 physiques. Parmi les premières figurent les applications de différents composants à base de fluor, dont le fluorure d’étain (SnF), le fluorure d’amines (AmF), le monofluorophosphate de sodium (NaMFP) et le fluorure de sodium (NaF). D’un point de vue général, l’effet des fluorures en application topique sur la surface dentinaire se caractérise par la précipitation de CaF2 qui se dépose dans les régions péri- et intratubulaires de la dentine. Ce faisant, le dépôt de sels de fluorure de calcium entraîne une réduction du diamètre des tubuli et par conséquent une diminution de la sensibilité dentinaire. Du côté des méthodes physiques pour la désensibilisation, il faut évoquer en premier lieu l’application, par le praticien, de différents vernis (à base de chlorhexidine ou de fluor) ou, le cas échéant, d’agents de scellement, de ciments au verre ionomère et finalement de composites. Parmi les produits de scellement destinés au traitement des hypersensibilités dentinaires, il convient de mentionner en premier lieu le Gluma® Desensitizer. Gluma® Desensitizer est un produit composé d’un mélange de monomères en solution aqueuse, comprenant 5% de glutaraldéhyde et 36% de HEMA (hydroxy-éthylmétacrylate). Le HEMA favorise la pénétration du produit dans les tubuli et la formation d’un «hydrogel». En revanche, le glutaraldéhyde est un agent fixateur qui coagule les protéines présentes dans le liquide dans les parties périphériques des tubuli dentinaires De même, des applications de produits de ce type permettent de réduire considérablement, voire même d’éviter, les sensibilités sous des restaurations provisoires après des préparations, à condition que le produit de scellement soit appliqué immédiatement sur la dentine fraîchement taillée. Conclusions Ce séminaire de perfectionnement fort sympathique aura permis de passer en revue les points essentiels et de prendre connaissance de l’état actuel des connaissances à propos de ce phénomène de plus en plus fréquent que posent les érosions et abrasions dans la pratique quotidienne. Grâce à des présentations concentrées et bien structurées, accompagnées d’une iconographie splendide, Adrian Lussi et ses deux collaborateurs ont sans doute fourni aux praticiennes et praticiens présents dans la salle des réponses pertinentes et des solutions pour le plus grand bénéfice de leurs patients. Petite consolation pour celles et ceux qui auraient manqué l’occasion d’assister à la L’actualité en médecine dentaire manifestation de ce jour-là: une deuxième édition du cours de perfectionnement «Erosions, abrasions et lésions cunéiformes» sera organisée par la Clinique de Restaurations dentaires, de médecine dentaire préventive et de pédodontie de l’Université de Berne le 11 septembre 2003. En outre, une version «light» attendra les hygiénistes et assistantes en prophylaxie le 30 octobre prochain. ■ LIVRE Mattout P & Mattout C: Les thérapeutiques parodontales et implantaires 496 pp, 839 ill., 2128 cm, 98 Euros, Quintessence International, Paris 2003 ISBN 2-912550-16-5 Les auteurs ont associé une vingtaine de co-auteurs français et internationaux pour réaliser cet ouvrage d’actualisation des connaissances théoriques et pratiques de la parodontologie clinique qu’argumentent les données récentes de la recherche clinique et fondamentale. La première partie de ce livre rappelle les bases fondamentales avec ce que les données scientifiques récentes ont apporté. Le joint gingivo-dentaire assure l’absence d’une solution de continuité entre le milieu extérieur et intérieur de l’individu. L’ensemble du parodonte se met en place pendant l’éruption et la maturation dentaire. L’unité biologique et fonctionnelle du système d’attache doté d’un important réseau fibreux maintient la dent dans son alvéole. Le turnover élevé de ses constituants assure le caractère homéostatique des structures qui résistent à l’agression biologique et mécanique permanente issue du milieu externe. Toute brèche permet aux produits bactériens de s’infiltrer dans et au-delà des structures conjonctives. Le vieillissement du parodonte diffère des seules conséquences d’une exposition prolongée à la plaque bactérienne par une progression de la récession des tissus parodontaux. La plaque bactérienne est un biofilm organisé en «ville gluante» qui, pour survivre, colonise et altère les tissus parodontaux en s’y fixant, en s’y multipliant, en s’y organisant, en entrant en compétition avec les autres germes de leur milieu et en se défendant contre les mécanismes de défense de l’hôte. 300 à 400 espèces bactériennes ont été identifiées dans la plaque dentaire. Il est possible qu’entre 10 et 20 espèces puissent jouer un rôle dans la pathogenèse des maladies parodontales. Les bactéries attachées synthétisent des exopolysaccharides qui vont tisser un environnement matriciel épais dont les bactéries pourront se libérer si les conditions deviennent défavorables. Les bactéries sont beaucoup plus résistantes lorsqu’elles sont organisées en biofilm. De nombreuses études ont montré que le traitement parodontal mécanique désorganise efficacement le biofilm. Certains pathogènes pourtant ne peuvent être éliminés par des moyens mécaniques conventionnels et restent ainsi les garants d’un risque de récidive. Le sillon gingivo-dentaire permet à la fois la croissance de la plaque sus-gingivale et sous-gingivale. La salive et le fluide gingival contribuent à prévenir la colonisation et la fixation des bactéries à la surface des tissus. Les bactéries doivent être capables de résister aux multiples mécanismes de défense de l’hôte. Les germes impliqués dans les affections parodontales sont surtout à Gram négatif. Ils sont toujours répartis dans une microflore très variée et restent parfois difficiles à détecter dans certains sites. Les parodontites intéressent les tissus de soutien et constituent la principale perte des dents chez l’adulte. La recherche tend actuellement à mieux interpréter les perturbations d’équilibre liées à la présence d’une bactérie pathogène spécifique ou à celle d’associations de bactéries. Chronologiquement, un traitement parodontal sera ciblé et précédé d’un bilan clinique et microbiologique, d’une amélioration préliminaire du status parodontal, de l’éventuelle intégration d’une antibiothérapie ciblée en présence avérée de bactéries à risque, d’une réévaluation clinique et microbiologique ultérieure et d’une phase de soutien avec traitement des séquelles. Les antibiotiques se heurtant au potentiel de résistance qu’offre un biofilm organisé, la recherche s’oriente désormais vers des médicaments antipathogéniques plus spécifiques. Les études épidémiologiques montrent que différents facteurs généraux (ethniques, génétiques, nutritionnels, âge, sexe, stress, maladies générales, médicaments), locaux (hygiène, tabac, défauts iatrogènes, fonction), associés à la défense de l’hôte (muqueuses, salive, leucocytes, IgG, allèles HLA), d’origine tissulaire (produits de dégradation tissulaire, enzymes, peptides) et liés à la flore parodontale, peuvent contribuer au développement des parodontites. Les études épidémiologiques font état de la forte prévalence des affections parodontales dans le monde. Seuls 10% à 15% de la population présente des formes sévères. Les groupes à risque devraient pouvoir être identifiés dans le futur dans la mesure où les marqueurs et les facteurs de risque puissent être définis avec précision. Des études intégrant les infections buccales aux maladies systémiques ont montré des facteurs synergiques entre les affections parodontales, la mortalité, l’ostéoporose, le diabète, les pneumopathies, les naissances prématurées, les affections cardiovasculaires, le stress et diverses infections de l’organisme. Le diagnostic parodontal est basé sur l’anamnèse, l’examen clinique et radiographique, le sondage et les tests microbiologiques, ces derniers permettant au clinicien d’apprécier une situation pathologique et d’orienter son choix thérapeutique. Depuis plusieurs années, diverses classifications ont été proposées pour déterminer le diagnostic. La classification de l’American Academy of Periodontology proposée par Armitage (1999) intègre les nouvelles connaissances scientifiques à la catégorisation des parodontites. La deuxième partie de l’ouvrage intéresse les thérapeutiques parodontales. Le médecin-dentiste doit être en mesure de porter son choix sur le large éventail d’antiseptiques qui existent sur le marché. C’est encore la chlorhexidine qui reste l’agent antiplaque le plus testé et le plus efficace. La question se pose cependant sur les formes à utiliser (sprays, gels, vernis, irrigants), le type (matériaux à libération lente, etc.), l’indication et la durée d’utilisation, ainsi que sur les effets secondaires qui peuvent apparaître. Leur administration restera suivie, rationnelle et adaptée aux objectifs thérapeutiques. Le choix d’un antibiotique doit être basé sur des études de sensibilité de souches bactériennes isolées à partir de la flore sous-gingivale. C’est le diagnostic qui en Rev Mens Suisse Odontostomatol, Vol 113: 5/2003 631 L’actualité en médecine dentaire détermine le choix et sa prescription reste complémentaire au traitement mécanique. Le traitement étiologique initial de l’infection comprend le détartrage et le surfaçage radiculaire. Il ne s’entreprend que si le patient, clairement informé, est en mesure de participer activement à sa réalisation. La chirurgie osseuse vise à corriger les défauts osseux du support parodontal. Elle est associée au lambeau et vise à établir un compromis entre la quantité d’os à éliminer pour obtenir une morphologie tissulaire normale et la résorption liée à l’élévation des tissus muqueux. C’est une mesure préventive de seconde intention qui s’applique à des situations précises. La chirurgie de reconstruction restaure les tissus détruits pour autant que ses objectifs soient compatibles avec les conditions du milieu et la cicatrisation parodontale. Elle peut être associée à des greffes, à une régénération tissulaire guidée recourant soit à divers types de membranes, soit à des médiateurs biologiques de la régénération parodontale. La chirurgie plastique parodontale corrige ou élimine les anomalies liées à l’anatomie, au développement ou au traumatisme de la gencive ou de la muqueuse alvéolaire. Elle comprend le traitement des récessions, les greffes de recouvrement, les lambeaux positionnés latéralement et les greffes conjonctives ou la combinaison de ces différentes méthodes. Le succès du traitement implantaire dépend du respect de l’examen préliminaire, des indications générales et individuelles, ainsi que du choix du type d’implants. Il doit répondre aussi à des impératifs fonctionnels et esthétiques que le bilan préimplantaire va déterminer. «Last but not least», la thérapie de soutien assure le suivi postthérapeutique du patient pour la survie des structures parodontales. Elle comprend le contrôle de plaque, le maintien d’une communication suivie avec le patient et la prise de mesures adaptées au cas où une altération de l’état bucco-dentaire ou de l’état général venaient à apparaître. L’intervalle des consultations est fonction du status du patient et de sa capacité de coopération. Cet excellent ouvrage dont la présentation et la maquette invitent à la découverte et à la lecture s’adresse aux praticiens et aux étudiants en médecine dentaire. Les nombreuses études de cas qui y figurent illustrent abondamment les mesures thérapeutiques décrites. Michel Perrier, Lausanne Impressum Titel / Titre de la publication Angabe in Literaturverzeichnissen: Schweiz Monatsschr Zahnmed Innerhalb der Zeitschrift: SMfZ Pour les indications dans les bibliographies: Rev Mens Suisse Odontostomatol Dans la revue: RMSO Redaktionsadresse / Adresse de la rédaction Monatsschrift für Zahnmedizin, Postfach, 3000 Bern 8 Für Express- und Paketpost: Postgasse 19, 3011 Bern Telefon 031 310 20 88, Telefax 031 310 20 82 E-Mail-Adresse: [email protected] Redaktion «Forschung · Wissenschaft» / Rédaction «Recherche · Science» Chief Editor/ Chefredaktor / Rédacteur en chef: Prof. Dr. Jürg Meyer, Abteilung für Präventivzahnmedizin und Orale Mikrobiologie, Zahnärztliches lnstitut der Universität Basel, Hebelstr. 3, CH-4056 Basel Inseratenverwaltung Service de la publicité et des annonces Schweizer Monatsschrift für Zahnmedizin Förrlibuckstrasse 70, Postfach 3374, CH-8021 Zürich Telefon 043 444 51 04, Telefax 043 444 51 01 Inseratenschluss: etwa Mitte des Vormonats. 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Alexander Weber, Münzgraben 2, 3000 Bern 7 Telefon 031 311 76 28 / Telefax 031 311 74 70 632 Rev Mens Suisse Odontostomatol, Vol 113: 5/2003 Abonnementspreise / Prix des abonnements Schweiz / Suisse: pro Jahr (12 Ausgaben) / par année (12 numéros) Fr. 276.50* Studentenabonnement / Abonnement pour étudiants Fr. 63.50* Einzelnummer / Numéro isolé Fr. 32.75* * inkl. 2,4% MWSt / 2,4% TVA incluse Europa / Europe: pro Jahr (12 Ausgaben) / par année (12 numéros) Fr. 290.– Einzelnummer / Numéro isolé Fr. 32.– + Versand und Porti Ausserhalb Europa / Outre-mer: pro Jahr (12 Ausgaben) / par année (12 numéros) Fr. 310.– Die Wiedergabe sämtlicher Artikel und Abbildungen, auch in Auszügen und Ausschnitten, ist nur mit ausdrücklicher, schriftlicher Genehmigung der Redaktion und des Verfassers gestattet. Toute reproduction intégrale ou partielle d’articles et d’illustrations est interdite sans le consentement écrit de la rédaction et de l’auteur. Auflage / Tirage: 5250 Exemplare ISSN 0256-2855