Extraits des oeuvres primées - Fondation de Saint-Denys
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Extraits des oeuvres primées - Fondation de Saint-Denys
CENT FOIS JE MARCHE CENT FOIS JE RESPIRE (extraits) LAETITIA BEAUMEL l XXI Nous avions fini par apprendre, à deux, la langue vierge de nos semailles La nouaison impeccable qui leur succède. Chuchotements papillons multiples Nous laissions à leur envol collectif une chance de nous retenir De nous désigner. Nous avions arpenté les rues habitées de notre vieillesse Compris l’ampleur de nos espoirs Finalement les sucres s’installèrent délièrent leurs capelines d’or sur le gazon de tes années. Je garderai à jamais leur son mijoté racine contre mon oreille. XII Je te disais, avant combien j’aimais tout. Je te disais Chante encore je n’ai pas appris l’air, et tu chantais, miracle. Le robinet de la vaisselle t’accompagnait.ous avions fini par apprendre, à deux, la langue vierge de nos semailles Je te disais Écarte encore un peu tes lèvres, laisse mes mains d’homme faire ce qu’elles doivent - se poser sur ton corps tatoué de l’enfance froide des torrents ; creuser pour toi le puits des souris mortes (remettre la terre). Je te disais Écarte encore un peu tes lèvres entrions ensemble. Tu les ouvrais pour moi dans le silence profond de notre lit ; nous Nous entrions toi et moi, dans les galeries sourdes de ton ventre Y cherchions l’Eau, le miel ancien. Mineurs grisés par l’air des profondeurs, creusant plus loin à la recherche des sources fraîches qu’on nous avait promises, Baisions le sol, agenouillés devant le noir profond de ses sillons. Nos langues fouillaient la terre, ouvrant des mondes – pierres de couleur, terre des Vignes (trouvions toujours). Nous y plantions des champs entiers de tendresse nue de seins dorées les mille saisons de notre amour Générations aux lèvres pleines du pain des jours qui faisaient croître leurs épis (visages minuscules et graves offerts aux vents) Je caressais ta bouche pour te faire taire. Tenais tes poignets d’une main, ta chevelure de l’autre pour te guides vers nous. Tu laissais faire. III On a quitté les lumières juste à la porte. Le lit seul brillait de ses draps propres. Nous y montions religieusement. Je t’y couchais pour te redire le commencement Le sentier creux ce matin d’automne – Cent fois je marche cent fois je respire. Le lit Tu me laisses ouvrir les draps les refermer Orner tes cheveux clairs de broches d’oiseaux bleus Préparer la terre lui donner corps Herser ton dos de mes prières Tes hanches déjà sont des sentiers courts des pistes que je parcours parcours encore. Parfois, ta main y arrête la mienne au détour d’un mot de moi que tu ne comprends pas. Nous nous regardons les yeux en suspension dans le vide immense de notre chambre. Nos regards s’étreignent à mi-chemin. Le soir tombait sur la chambre, nous laissions aller On est bien là – à tout sentir s’éteindre autour de nous. Attendre l’aurore. La détester. TRANSHUMANCE (extraits) ROSALIE TRUDEL dans le sommeil les heures de profonde froidure quand par l’ajour clignote la présence des pierres tapies entre deux buildings que me laisses-tu voir de ta sagesse de tes béances ———— je prends et mon sexe rayonne joyau d’obsidienne or noir toute contenance toute mémoire en moi dans ce jour qui m’étonne malgré la nuit les dormances je veille au grain je veille ———— j’arrive à tout ce qui advient j’arrive à l’heure du loup aux femmes pulpes tes bras tétanisés nos corps comme absence le ciel engelure la bourrasque dans le sang ———— prière lente prière haletante dans l’espace de la ville gouffre parmi les mousses entente farouche danser prendre enfin dans la vibrance de toutes mes sauvageries dans le ventre de ma vastitude de mon sang