évaluation intégrée des impacts de la libéralisation du commerce

Transcription

évaluation intégrée des impacts de la libéralisation du commerce
UCAD
UNEP COUNTRY PROJECT ON TRADE LIBERALISATION IN
THE AGRICULTURE SECTOR AND THE ENVIRONMENT
ÉVALUATION INTÉGRÉE DES IMPACTS DE LA
LIBÉRALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIÈRE
RIZ AU SÉNÉGAL
ISE
Septembre 2003
2
SIGLES ET ABBREVIATIONS
ACA
ACG
ACP
AEM
ADRAO
Analyse Coût Avantage
African Consulting Group
Afrique Caraïbes Pacifique
Accords Environnementaux Multilatéraux
Association pour le Développement de la Riziculture en Afrique de
l’Ouest
ANCAR
Agence Nationale de Conseil Agricole et Rural
APOV
Association des Producteurs d’Oignon de la Vallée
ARI
Initiative Africaine du Riz
ARM
Agence de Régulation des Marchés
AsA
Accord sur l’Agriculture
CAF
Coût Assurance et fret
CBD
Convention sur la Diversité Biologique
CCNUCC
Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques
CGSMR
Cellule de Gestion et de Surveillance des Marchés du Riz
CILSS
Comité Inter Etat de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel
CIRAD
Centre de Coopération International en recherche Agronomique pour le
Développement
CIRIZ
Comité Interprofessionnel du Riz
CITES
Convention sur le Commerce International des Espèces Sauvages
menacées d’extinction
CLCOP
Cadre Locaux de Concertation des Organisations de Producteurs
CNCAS
Caisse Nationale de Crédit Agricole du Sénégal
CNCR
Conseil National de Concertation et de Coopération des Ruraux
CNNCI
Comité National de Négociation Commerciales Internationales
CONCOFIR Comité National de Concertation sur la Filière Rizicole
COSEC
Conseil Sénégalais des Chargeurs
CPSP
Caisse de Péréquation et de Stabilisation des prix
CPN
Coefficient de Protection Nominal
CRI
Coût en Ressources Intérieures
CSA
Commissariat à la Sécurité Alimentaire
CSE
Conseil Supérieur de l’Eau
CSE
Centre de Suivi Écologique
CTE
Comité technique de l’Eau
DAPS
Direction de l’Analyse, de la Prévision et des Statistiques
DCE
Direction du Commerce Extérieur
DSRP
Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté
EES
Evaluation Environnementale Stratégique
EIE
Evaluation des Impacts sur l’Environnement
ESAM
Enquêtes Sénégalaises Auprès des ménages
FPE
Fonds de Promotion Économique
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
3
GIE
GMP
ICS
IRRI
ISE
ISRA
LPDA
MAE
MAP
MEF
MEPN
MGS
MPMEC
NERICA
NPA
ONG
OMVS
ONRS
OP
PAMLT
PASA
PASR
PMIA
PNAE
PAN/LCD
PNIR
PNUE
PREF
PROGES
PROMER
PSAOP
3P
RETADV
SAED
SCP
SODAGRI
SODEVA
SOMIVAC
SPIA
TCI
TDP
TEC
TES
Groupement d’Intérêt Économique
Groupe Motopompe
Industrie Chimique du Sénégal
Institut International de Recherche sur le Riz
Institut des Sciences de l’Environnement
Institut Sénégalais de Recherche Agricole
Lettre de Politique de Développement Agricole
Ministère de l’Agriculture et de l’Élevage
Matrice d’Analyse de Politiques
Ministère de l’Économie et des Finances
Ministère de l’Environnement et de la Protection de la Nature
Mesures Globales de Soutien
Ministère des Petites et Moyennes Entreprises et du Commerce
NEw Rice for Africa
Nouvelle Politique Agricole
Organisation Non Gouvernementale
Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal
Observatoire National du Riz au Sénégal
Organisation Paysanne
Programme d’Ajustement Economique et Financier à Moyen et Long
Terme
Programme d’Ajustement du Secteur Agricole
Programme d’Ajustement Structurel de la Filière Riz
Projet de Modernisation et d’Intensification de l’Agriculture
Plan National d’Action pour l’Environnement
Plan National d’Action de Lutte Contre la Désertification
Programme National d’Infrastructures Rurales
Programme des Nations Unies pour l’Environnement
Plan de Redressement Economique et Financier
Projet Gestion de l’Eau dans la Zone Sud
Projet de Micro Entreprise Rurale
Programme des Services Agricoles et Appui aux Organisations Paysannes
Union des Paysans, Pasteurs et Pêcheurs
Regroupement des Entrepreneurs des Travaux Agricoles de la Vallée du
fleuve Sénégal
Société d’Aménagement et d’ Exploitation des Terres du Delta du fleuve
Sénégal et des Vallées du fleuve Sénégal et de la Falémé
Structure Comportement Performance
Société de Développement Agricole et Industrielle du Sénégal
Société de Développement et de Vulgarisation Agricole
Société de Mise en Valeur Agricole de la Casamance
Société des Produits Industriels et Agricoles
Taxe Conjoncturelle d’Importation
Taxe Dégressive de Protection
Tarif Extérieur Commun
Tableau Entrées Sorties
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
4
TVA
UCAD
UEMOA
UNACOIS
UNIS
UPA
USAID
Taxe sur la Valeur Ajoutée
Université Cheikh Anta DIOP de Dakar
Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine
Union Nationale des Commerçants et Industriels du Sénégal
Union Nationale Interprofessionnelle des Semences
Unité de Politique Agricole
United States Agency for International Development
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
5
SOMMAIRE
SIGLES ET ABBREVIATIONS ........................................................................................ 2
SOMMAIRE ....................................................................................................................... 5
LISTE DES TABLEAUX................................................................................................... 7
LISTE DES FIGURES ....................................................................................................... 7
REMERCIEMENTS........................................................................................................... 8
INTRODUCTION .............................................................................................................. 9
I. CONTEXTE .................................................................................................................. 11
1.1 Importance du secteur du riz dans l’économie ....................................................... 11
1.2 Objectifs du projet................................................................................................... 12
1.3 Processus et méthodologie...................................................................................... 13
II. POLITIQUES NATIONALES DE LIBERALISATION DU COMMERCE.............. 18
2.1. Rappel des politiques nationales d’intervention de l’État...................................... 18
2.1.1. Mécanisme d’intervention d’avant la libéralisation du secteur agricole ........ 18
2.1.2. Mécanisme d’intervention durant la libéralisation du secteur agricole .......... 19
2.2. Politique d’intégration et de libéralisation communautaire ................................... 20
2.2.1. Accords régionaux .......................................................................................... 20
2.2.2. L’Accord sur l’Agriculture (AsA) .................................................................. 22
2.3. Engagements du Sénégal dans le cadre de l’AsA.................................................. 24
III. LA PRODUCTION NATIONALE DU RIZ .............................................................. 28
3.1 Présentation des variables économiques, environnementales et sociales et des
données relatives à la production du riz........................................................................ 28
3.2. L’utilisation des ressources naturelles pour la production du riz .......................... 32
3.3 Politique et performances du secteur rizicole ......................................................... 34
IV. LA LÉGISLATION ENVIRONNEMENTALE ........................................................ 39
4.1 Au niveau national .................................................................................................. 39
4.2 Application des accords multilatéraux environnementaux (AEM) ........................ 40
V. ÉVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU
COMMERCE SUR LE SECTEUR DU RIZ .................................................................... 45
5.1 Impacts environnementaux ..................................................................................... 45
5.1.1 Analyse des impacts environnementaux des aménagements hydroagricoles .. 45
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
6
5.1.2 Impacts de la riziculture sur l’environnement ................................................. 47
5.2 Impacts sociaux....................................................................................................... 48
5.2.1 Impacts sur le mouvement de structuration des organisations professionnelles
................................................................................................................................... 48
5.2.2 Identification des besoins................................................................................. 52
5.3 Impacts économiques.............................................................................................. 56
5.3.1 L'impact des réformes sur la production et les producteurs............................. 56
5.3.2 L'impact des réformes sur les prix et les marchés de production .................... 57
5.3.3 L'impact des réformes sur les ressources naturelles ........................................ 59
5.3.4. Impact des réformes sur le marché des intrants et des services ...................... 62
5.3.5. Impact des réformes sur la commercialisation du riz ..................................... 69
5.3.6. Impact des réformes sur la consommation du riz .......................................... 76
5.3.7. Impact des réformes sur le marché des sous-produits .................................... 76
5.3.8. Impact des réformes sur les systèmes de production : diversification des
activités de production .............................................................................................. 77
VI. ESTIMATION DES IMPACTS ................................................................................. 81
6.1 Etre compétitif tout en préservant l’environnement ............................................... 81
6.2 Méthodologie .......................................................................................................... 81
6.3 Coûts environnementaux ........................................................................................ 82
6.4 Coûts économiques ................................................................................................. 83
6.5 Coûts sociaux .......................................................................................................... 88
VII. MESURES DE MITIGATION DES IMPACTS NEGATIFS ET
D’AMELIORATION DES IMPACTS POSITIFS ........................................................... 89
7.1 Identification des mesures de mitigation ................................................................ 89
7.2 Identification des politiques.................................................................................... 93
7.3 Mise en œuvre de la stratégie.................................................................................. 96
7.4 Mesures d’amélioration de la compétitivité du riz local......................................... 96
7.5 Enjeux et perspectives des implications de l’AsA sur la politique rizicole au
Sénégal.......................................................................................................................... 98
VIII. RECOMMANDATIONS ET CONCLUSIONS.................................................... 102
PLAN D’ACTIONS POUR LA MISE EN ŒUVRE DES RECOMMANDATIONS .. 104
CONCLUSIONS............................................................................................................. 105
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES........................................................................ 106
ANNEXES...................................................................................................................... 109
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
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LISTE DES TABLEAUX
Tableau 1: Dépenses dans le cadre des mesures de la catégorie verte, 1995 – 1999........ 23
Tableau 2 : Droits et taxes appliqués sur les groupes de produits agricoles importés...... 24
Tableau 3: Montants des prélèvements fiscaux sur les produits agricoles ....................... 25
Tableau 4 : Soutien de la catégorie verte notifié par le Sénégal à l'OMC ........................ 26
Tableau 5: Résultats de récoltes céréalières des deux dernières campagnes .................... 31
Tableau 6: Matrice des interrelations entre la riziculture et les composantes de
l’écosystème.............................................................................................................. 46
Tableau 7 : Bilan de l'alimentation en riz au Sénégal (1995 - 2002)................................ 59
Tableau 8 : Estimation des marges commerciales à chaque niveau du marché du riz local
................................................................................................................................... 75
Tableau 9 : Matrice d’Analyse de Politiques de la filière nationale rapportée par tonne de
riz usiné (campagne 2001/02)................................................................................... 84
Tableau 10 : MAP nationale agrégée en 2001/02 rapportée à la production nationale de
riz usiné..................................................................................................................... 85
Tableau 11 : Synthèse des résultats de la MAP par zone de production ......................... 86
LISTE DES FIGURES
Figure 1 : Le riz dans la production céréalière : campagne 2001 - 2002.......................... 29
Figure 2 : Le riz dans la production céréalière : campagne 2002 - 2003.......................... 30
Figure 3 : évolution offre/demande de riz......................................................................... 32
Figure 4 : évolution des importations de riz ..................................................................... 71
Figure 5 : carte administrative ........................................................................................ 109
Figure 6 : réseau hydrographique ................................................................................... 110
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
8
REMERCIEMENTS
La présente étude a été initiée, financée et appuyée par le Programme des Nations Unies
pour l’Environnement (PNUE) qui, sous le supervision de Hussein ABAZA, n’a ménagé
aucun effort pour le bon déroulement de cette activité. Une mention spéciale revient à
Sophie FORSTER pour son appui scientifique et technique sur le terrain, à Konrad von
MOLTKE qui a commenté de manière rigoureuse et concise l’étude et à Rahila
MUGHAL pour l’administration et la facilitation des activités du programme.
Cette étude a été réalisée et menée à son terme grâce au concours et à la contribution de
plusieurs institutions et personnes ressources qui ont assuré le succès de sa mise en
œuvre. L’Institut des Sciences de l’Environnement (ISE) de la Faculté des Sciences et des
Techniques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) est la principale
institution nationale responsable de la conduite de l’étude, qu’il en soit remercié. Les
remerciements vont également à la Direction de l’Analyse, de la Prévision et des
Statistiques (DAPS) du Ministère de l’Agriculture et de l’Hydraulique et au Comité
Interprofessionnel du Riz (CIRIZ).
Grâce à l’appui inestimable et à l’engagement du Comité Directeur qui a supervisé le
processus de l’étude nationale, nous avons bénéficié de l’expertise et des conseils de la
Société d’Aménagement et d’Exploitation des Terres du Delta du fleuve Sénégal et des
Vallées du fleuve Sénégal et de la Falémé (SAED), de la Société de Développement
Agricole et Industrielles du Sénégal (SODAGRI), du Centre Interprofessionnel de
Formation aux Métiers de l’Agriculture (CIFA), des organismes d’information et de
surveillance de la filière du riz Observatoire National du Riz au Sénégal (ONRS), ARM
(Agence de Régulation des Marchés) et des Ministères chargés du Commerce, de
l’Environnement, de l’Agriculture, de l’Économie et des Finances, les Directions
Régionales du Développement Rural de Fatick, Kaolack, Kolda et Saint Louis, le secteur
privé, les organisations paysannes, les commerçants, les importateurs, les Organisations
Non Gouvernementales (ONG), l’Institut Sénégalais de Recherche Agricole (ISRA),
l’Association pour le Développement de la Riziculture en Afrique de l’Ouest (ADRAO)
et le Centre de Suivi Ecologique (CSE).
Nous rendons hommage aux membres du comité scientifique composé du Professeur
Amadou Tidiane BA Directeur de l’ISE, de Jeanne KOOPMAN de Boston University,
Professeur visiteur à l’ISE, de Dr Hélène David BENZ chercheur au CIRAD et de Jean
René CUZON assistant technique au Ministère de l’Agriculture et de l’Hydraulique pour
la pertinence de leur appui.
L’équipe de recherche a été coordonnée par le Professeur Abdoulaye SENE ; tous les
collègues de l’équipe de recherche Abdoul Aziz GUEYE, Amath Dior MBAYE, Seydou
CAMARA, Issa MBAYE et les personnes ressources Amadou Fall DIOUF et Dr Mame
Ndiobo DIENE (DAPS), Magatte BA (CSE), Abdoulaye FALL (ISRA), Pathé BALDE
(DEEC), Mbaye Mbengue FAYE (consultant), Dr Henry LO (ISE) et Ibrahima DIENG
(étudiant doctorant ISE), qui ont complété les informations et fourni des données
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
9
nécessaires à l’étude ainsi que tout le personnel administratif et technique de l’ISE
trouvent ici leurs remerciements.
INTRODUCTION
L’agriculture joue un rôle prépondérant dans la vie socio-économique du Sénégal ; le
secteur agricole absorbe prés de 70% de la main d’œuvre et l’écrasante majorité des
ménages en milieu rural se consacre à l’agriculture qui leur procure la première source de
revenus. Force est de constater cependant qu’en 2000 l’agriculture ne représente que 17%
du PIB, ce qui explique du reste, que 54 % de la population vit au dessous du seuil de
pauvreté. C’est en milieu rural que la pauvreté est concentrée (70% selon le
Questionnaire sur les principaux indicateurs de bien-être social), les pauvres travaillent
principalement dans le secteur agricole marqué par un sous emploi chronique. La
faiblesse de l’investissement dans l’agriculture ne permet pas d’améliorer le revenu du
travail agricole et par conséquent de réduire la pauvreté.
Tout au long des quarante dernières années, l’agriculture sénégalaise a été
essentiellement orientée vers les exportations (arachides en graines et huile, gomme
arabique, coton graine, horticulture) suivant une approche productiviste encadrée plutôt
par des interventions multiples de l’État que par le marché. De 1964 à 1984, nous
assistons à une politique agricole qui subventionne largement une agriculture
d’exportations en intrants et équipements à crédit1 sans développement rural conséquent.
Le contexte actuel de l’agriculture Sénégalaise est caractérisé par la péjoration des
conditions climatiques, le désengagement de l’Etat (arrêt des subventions et de crédit aux
intrants), le transfert de pouvoirs de décision aux collectivités locales, la
responsabilisation des producteurs et la libéralisation du marché. Ces changements ont
créé des ruptures dans l’approche des incitations à la production, à la transformation et à
la commercialisation. Ils ont introduit de profondes mutations dans le secteur agricole
avec en parallèle un dynamisme organisationnel des producteurs sans précédent. L’enjeu
de ces nouvelles initiatives se situe dans la compréhension des impacts au niveau des
différents maillons des filières agricoles et leur environnement.
En raison de la persistance de la sécheresse, la pluviométrie constitue un facteur limitant
qui pousse l’État à développer une politique de maîtrise de l’eau. Les aménagements
hydro-agricoles sur le fleuve Sénégal au nord et en Casamance au sud vont favoriser
l’adoption de l’irrigation en système de culture complémentaire au système pluvial. Ce
qui ouvre une perspective de développement de la riziculture pour satisfaire la
consommation nationale de riz en expansion. La demande intérieure constitue un marché
1
Sénégal : « Cadre intégré, étude diagnostique de l’intégration commerciale » draft, chapitre 5, tome 2, mai
2002, p.39-41
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
10
à très fort potentiel pour la production de riz local mais elle est satisfaite grâce au recours
massif d’importations de brisures de riz.
La libéralisation de la filière riz représente un des piliers centraux des changements que le
gouvernement sénégalais a entrepris au cours des dernières années dans le domaine de
l'agriculture dans un effort pour revitaliser son économie. Ainsi, les institutions d’appui
au développement et les décideurs ont opté pour la libéralisation du commerce et
l’intégration du secteur agricole national comme instrument de stabilisation des marchés
locaux de produits alimentaires et de stimulation de la croissance agricole. Cependant,
l’évolution de la filière du riz demeure tributaire des politiques de réajustement macroéconomique, des accords régionaux, multilatéraux et de la libéralisation du commerce
mondial dont il convient d’évaluer les impacts sociaux, économiques et
environnementaux.
Avec la mondialisation des marchés et les réformes sur le secteur agricole de façon
générale, le riz local connaît des difficultés d’écoulement liées à des problèmes
institutionnels, de manque de compétitivité par rapport aux produits importés et
d’organisation des circuits de distribution. Cela soulève des questionnements sur les
infrastructures, la performance et la durabilité des systèmes actuels, la sécurisation des
revenus, la diversification des productions, l’organisation et l’amélioration des filières.
De même, l’insuffisance de l’investissement et l’absence de programme d’incitation aux
facteurs d’amélioration de la productivité agricole accentuent le sous-emploi en milieu
rural et aggravent ainsi le faible niveau de vie de ces populations. Dans ce contexte, le
Sénégal est confronté à un multiple défi : sécurité alimentaire, pauvreté, développement
rural et préservation de l’environnement.
Les questionnements sur l’impact de la libéralisation du commerce sur la filière riz
portent sur la performance du secteur, l’environnement de la production et le
comportement des acteurs induit par ces nouvelles incitations. Cette étude cherche à
déterminer les effets directs et indirects de la libéralisation du commerce sur la filière et
son incidence économique, environnementale et sociale sur les populations. Elle vise
aussi à comprendre les changements intervenus dans les marchés du paddy, ainsi que
ceux des intrants commerciaux, des services et des ressources domestiques que les
agriculteurs utilisent pour la production de riz et sur leur environnement.
La présente étude sur l’évaluation intégrée des effets de la libéralisation du commerce
dans le secteur rizicole est initiée par le Programme des Nations Unies pour
l’Environnement (PNUE), elle vise à analyser et à quantifier les effets environnementaux,
sociaux et économiques de l’Accord sur l’Agriculture (AsA) de l’Organisation Mondiale
du Commerce (OMC) afin de pouvoir cerner l’impact global de la mondialisation.
L’étude s’inscrit dans le cadre d’un programme international qui concerne la Chine, la
Colombie, la Côte d’Ivoire, l’Indonésie, le Nigeria, le Sénégal et le Vietnam. Les pays en
développement doivent adopter une stratégie leur permettant d’intégrer le
développement, l’économie et l’environnement en vue de maximiser les gains de la
libéralisation du commerce et d’en minimiser les coûts.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
11
I. CONTEXTE
1.1 Importance du secteur du riz dans l’économie
Le secteur primaire au sens large (agriculture, élevage, pêche, forêts, ….) a connu un taux
de croissance en termes réels de 1,3% par an, inférieur au rythme d’accroissement de la
population de l’ordre de 2,7% par an sur la période 1991-1995. La croissance de
l’agriculture a été négative en 1997 (-2%) et en 1998 (-0,7%). Pour la période 1999 2000, le niveau de croissance de l’agriculture s’est toutefois relevé d’environ +3,6%. Les
produits agricoles représentent 20% des exportations sénégalaises, tandis que les
importations alimentaires absorbent plus de 29% du total de nos avoirs extérieurs. Il s’y
ajoute le fait que nos exportations de produits agricoles sont dominées par les produits
arachidiers suivis du coton, des fruits et légumes et des cuirs et peaux.
Le Sénégal est devenu un des plus gros importateurs de brisures de riz en Afrique de
l’Ouest, après le Nigeria, en se plaçant comme un importateur net de riz. L’évolution de
la consommation de riz du pays a été très rapide depuis la fin de la deuxième guerre
mondiale. Le riz est cultivé et autoconsommé traditionnellement en Casamance dans la
partie sud du Sénégal tandis que le mil est plutôt consommé dans le reste du pays. Le
recul des productions céréalières du fait de l’hégémonie de l’arachide, qui a envahi les
terres cultivables, a rendu nécessaire le recours à des importations massives de riz.
En conséquence d’une urbanisation rapide et du peu d’amélioration apportée dans les
systèmes de production du mil et du sorgho, une politique visant à fournir du riz bon
marché a fait que les céréales locales traditionnelles ont été supplantées par le riz dans la
ration alimentaire des populations sénégalaises. La consommation du riz représente 34 %
du volume de la consommation céréalière nationale et compte pour 54 % des céréales
consommées en milieu urbain et 24 % en milieu rural (ISRA/IFPRI, 1993). Pour la
ménagère, cette denrée présente l'avantage de demander moins de travail et d'énergie
pour la préparation tout en offrant une gamme très variée de plats, ce qui est un atout non
négligeable face aux céréales traditionnelles. La consommation moyenne de riz par
habitant varie en moyenne entre 60 et 80 kg/tête/an et c’est à peine que la production
nationale arrive à couvrir les 20 à 30 % des besoins nationaux. La croissance de la
demande urbaine en consommation de riz est très largement satisfaite par le mécanisme
des importations.
Les importations de riz créent un déséquilibre dans la balance commerciale du pays avec
une saignée importante de devises de l’ordre de 100 milliards F CFA par an. De 1995 à
2002 les importations de riz ont augmenté de près de 63 % passant de 435 500 tonnes à
709 575 tonnes soit en valeur de 59 à 110 milliards de F CFA. Les parts de marché se
situent respectivement pour le riz local entre 7 et 13 % et de 87 à 93 % pour le riz
importé. Il faut souligner que près de 30 % du riz local est autoconsommé.
L’agriculture sénégalaise est une agriculture multifonctionnelle, une agriculture
vulnérable constituée de petites exploitations familiales paysannes pour qui le
développement de la filière du riz permet de poursuivre des objectifs de sécurité
alimentaire, de lutte contre la pauvreté et de développement rural.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
12
Les autorités publiques doivent assurer la garantie de la satisfaction des besoins
alimentaires des populations, le maintien de la ruralité, la fixation des populations dans
leur terroir, ainsi que la diversification des cultures. Ce faisant, l’État a entrepris de
développer la riziculture compte tenu des conditions climatiques favorables et des
disponibilités en eaux de surface. Le développement d’une riziculture irriguée dans les
régions de St Louis et de Kolda est rendu possible grâce à la maîtrise des eaux de surface
et la réalisation d’aménagements hydro - agricoles. La riziculture pluviale dans le sud,
bénéficiant d’une longue tradition de zones productrices de riz, est marquée par une
diminution des surfaces cultivables (salinisation et alcalinisation et acidification) en
raison de la baisse constante de la pluviométrie. Dans les conditions actuelles, le
développement de la riziculture dans cette zone est intimement lié à la mise en place de
digues anti-sel pour la récupération des terres dégradées.
La riziculture irriguée a bénéficié d’un encadrement considérable qui s’est traduit par la
mise en place de sociétés régionales de développement, la fourniture d’intrants, de crédit
agricole, d’équipements, de recherche rizicole, de vulgarisation, de transformation, de
commercialisation, etc. Mais l’option “maîtrise des eaux de surface et réalisation
d’aménagements hydro - agricoles” présente des effets négatifs sur l’environnement
(risques sanitaires, détérioration des sols, des pâturages, de la qualité des eaux, de
l’air,…) et des menaces sur l’élevage, la pêche, la flore, la faune et l’habitat. De même,
les effets induits par la libéralisation du commerce (incitation à l’intensification des
productions) vont avoir des impacts environnementaux, sociaux et économiques pour
lesquels des mesures d’accompagnement sont devenues nécessaires en vue de soutenir la
filière du riz au Sénégal.
1.2 Objectifs du projet
Le projet vise globalement l’évaluation intégrée des impacts environnementaux et
sociaux de la libéralisation du commerce et de l’Accord sur l’Agriculture (AsA) de
l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) sur la filière du riz ; le Sénégal doit
préparer une position de négociation fondée sur une information éclairée intégrant les
préoccupations environnementales et l’élaboration de ses modalités techniques en vue du
cycle d’agenda de développement de DOHA.
Les objectifs principaux de cette étude consistent à :
-
évaluer l'impact environnemental, social et économique de la libéralisation du
commerce et des mesures de l’AsA dans le secteur du riz pour remédier aux éventuels
effets négatifs ;
-
procéder à une analyse minutieuse des conséquences environnementales,
économiques et sociales potentielles de l’option gouvernementale d'augmenter la
production rizicole dans la perspective de diminuer les importations et ;
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
13
-
développer des politiques d'accompagnement et de proposer des solutions pour
diminuer les éventuels effets négatifs de la libéralisation du commerce et des mesures
de l’AsA et pour accroître les bénéfices de l’option gouvernementale.
Les objectifs spécifiques de l’étude tiennent à l’analyse :
-
de la rentabilité économique et compétitivité de la filière riz en intégrant les variables
environnementales et sociales dans la méthodologie de la MAP ;
-
des effets possibles de l’AsA sur les échanges de produits agricoles en général, et
l’impact sur la consommation du riz en particulier ;
-
des effets de la production et de la libéralisation du commerce du riz sur
l’environnement et la société (ressources naturelles, zones humides et biodiversité,
utilisation des pesticides);
-
des stratégies des acteurs face à la libéralisation et aux mesures de l’OMC (systèmes
de production, accès au marché, formes et structures d’organisations) ;
-
de l’identification des besoins des acteurs en termes d’appui et de renforcement des
capacités ;
-
des effets des mesures de l’AsA et des politiques nationales et régionales sur le
secteur du riz ;
-
des mesures qui visent l’amélioration de la compétitivité du riz local dans le cadre des
engagements pris par le Sénégal au sein de l’OMC et de l’Union Economique et
Monétaire de l’Ouest-Afrique (UEMOA) ;
-
d’une série de recommandations sur les politiques nationales à mettre en œuvre afin
de réduire les externalités négatives liées à la libéralisation du commerce, de
maximiser les gains nets, et
-
de formuler un plan d'action pour la mise en œuvre de ces recommandations.
La finalité de cette étude est de définir une position nationale avantageuse pour le
Sénégal, pays importateur net de produits alimentaires, dans le cadre des négociations
commerciales multilatérales.
1.3 Processus et méthodologie
L’Institut des Sciences de l’Environnement (ISE) de l’Université Cheikh Anta DIOP de
Dakar (UCAD) est l’institution sénégalaise responsable de l’exécution du projet d’étude
avec la collaboration de la Direction de l’Analyse, de la Prévision et des Statistiques
(DAPS), du Ministère de l’Agriculture et de l’Hydraulique.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
14
Dr. Abdoulaye SENE, professeur à l’ISE est le coordonnateur du projet.
L’équipe chargée de conduire l’étude est composée de plusieurs disciplines : sociologues,
économistes, ingénieur du génie rural, de spécialistes en commerce international et en
environnement tous ayant une expérience sur la filière riz.
Un comité de rédaction est chargé de corriger les rapports individuels, de produire et de
finaliser les différents rapports à soumettre. Le comité rédaction de l’étude est composé
de Dr Abdoulaye SENE et de Abdoul Aziz GUEYE.
Un Comité directeur chargé de piloter l’étude est mis en place; présidé par M. Saliou
SARR du CIRIZ, il comprend : l’Administration centrale des Ministères du Commerce,
de l’Environnement et de la Protection de la Nature, de l’Agriculture et de l’Hydraulique,
de l’Économie et des Finances, les sociétés de développement rural, le secteur privé, les
organisations paysannes, les Organisations Non Gouvernementale (ONG), l’université et
la recherche.
Les membres du comité de pilotage de l’étude se sont impliqués dans les ateliers de
préparation et de lancement de l’étude ainsi que l’appropriation des objectifs, des
résultats et du processus de mise en œuvre des recommandations de l’étude lors des
ateliers de renforcement des capacités, de restitution et de validation. Le comité directeur
mis en place s’est chargé de suivre et d’orienter le projet.
Un Comité scientifique composé de quatre personnalités issues de la recherche, de
l’Université et de la Coopération au développement est mis en place.
L’Analyse des impacts de la production et de la libéralisation du commerce du riz sur
l’environnement et la société est un exercice qui présente d’importantes difficultés du
point de vue analytique à telle enseigne qu’il est nécessaire d’associer les méthodes
d’Évaluation des Impacts sur l’Environnement (EIE) et l’Analyse Coûts-Avantages
(ACA). L’étude détermine les impacts environnementaux et sociaux aussi bien positifs
que négatifs de la libéralisation du commerce et de la production dans le contexte de
l’AsA.
Elle se focalise sur les effets les plus importants et les plus probables des aspects
suivants :
-
-
Aspects économiques : réduction de la pauvreté, emploi et revenu, prix et balance des
paiements, investissements, technologie, diversification ;
Aspects sociaux : foncier, migration, équité et genre, consommation et changement de
comportement, innovation technologique, formation et éducation, renforcement de
capacités ;
Aspects environnementaux : modification des pratiques culturales, aménagements
hydro-agricoles, intensification, déclin de la biodiversité, pollution des pesticides,
dégradation des sols et qualité des eaux, santé des populations.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
15
Pour assurer le processus d’information, de consultation et de participation des acteurs,
l’étude a mené les activités suivantes :
•
Organisation d’un atelier de lancement
L’atelier national de lancement de cette étude a convié l’ensemble des acteurs pour
débattre des questions sociales, environnementales et économiques de la filière du riz et
pour définir les grandes lignes de l’étude.
•
Consultation des importateurs et des commerçants locaux de riz, des services
techniques et des sociétés d’intervention
Les acteurs intervenant directement ou indirectement dans la filière riz sont constitués des
producteurs, des prestataires de services, des commerçants réunis autour de groupements
professionnels, des ministères techniques (agriculture, environnement, commerce,
finances, etc.), des organismes financiers (banques et mutuelles agricoles) des instituts de
recherche, du secteur privé, des ONG, des collectivités locales, etc..
Devant l’impossibilité de réunir les importateurs actifs dans le cadre d’un atelier de
concertation et d’échanges, nous avons procédé à des entretiens individuels. Dans le
cadre de l’étude, nous avons rencontré à ce jour trois (3) sur les sept (7) importateurs les
plus actifs, permanents et présents sur le marché.
Le cartel gagnant de l’importation du riz est appuyé par des banques de la place et par des
traders négociants internationaux véritables bénéficiaires de la libéralisation du
commerce.
•
Organisation d’un atelier des décideurs et des acteurs stratégiques
•
Organisation d’un atelier des producteurs et des prestataires de services
•
Organisation d’un atelier des consommateurs et des professionnels de la
communication
L’atelier de consultation a regroupé les associations de défense des consommateurs et les
professionnels de la communication pour : discuter des moyens à mettre en œuvre pour la
promotion de la politique du « consommer local » ; s’informer sur les stratégies des
associations de consommateurs pour la promotion de la production de riz local de
qualité ; discuter des préoccupations en matière de santé en relation avec la
consommation de riz ; identifier les besoins en matière de renforcement des capacités de
l’ensemble des acteurs de la filière riz, en particulier les associations de consommateurs
et de communicateurs.
•
Enquêtes de terrain et recueil de données
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
16
Les enquêtes de terrain n’ont concerné que le delta du fleuve Sénégal et la vallée de
l’Anambé. Les données ont été recueillies auprès des centres de recherche ISRA,
ADRAO, des sociétés de développement SAED (Société d’Aménagement et
d’Exploitation des Terres du Delta du fleuve Sénégal et des Vallées du fleuve Sénégal et
de la Falémé), SODAGRI (Société de Développement Agricole et Industrielle du
Sénégal), de formation Centre Interprofessionnel de Formation aux Métiers de
l’Agriculture (CIFA), des organismes de surveillance de la filière du riz ONRS
Observatoire National du Riz au Sénégal), ARM (Agence de Régulation des Marchés) et
des Universités à Dakar et à Saint-Louis.
•
Organisation d’un atelier de restitution
L’atelier de restitution de l’étude est prévu pour la 1ère quinzaine d’octobre 2003
L’approche méthodologique consiste à conduire une évaluation intégrée des impacts des
politiques et des accords liés au commerce sur l’économie, la société et l’environnement.
Il s’agit d’une évaluation intégrée rétrospective qui utilise les méthodes fondées sur les
marchés et modèles macro économiques à l’effet d’apprécier sur la période 1994 à 2002
les éléments suivants:
•
•
•
•
Mesures d’ajustement sectoriel agricole (PASA) 1994;
Mesures d’ajustement sectoriel rizicole (PASR) 1995-1997;
Mesures de protection au niveau de l’UEMOA (TEC, TCI, TDP, TVA, …) et
Accords de Lomé;
Les engagements relatifs à l’Accord sur l’Agriculture (AsA).
Méthodes courantes :
• La matrice d’analyse des politiques (MAP);
• Évaluation des Impacts sur l’Environnement (EIE).
Les différents aspects ci-dessous énumérés sont pris en considération dans le cadre de
l’évaluation intégrée :
1. L’analyse de l’importance économique du secteur riz au Sénégal en terme de
satisfaction des besoins des consommateurs d’une part et d’autre part en terme de
contribution aux revenus des producteurs et à tous les autres acteurs de la filière, ses
liens directs ou indirects avec les préoccupations environnementales ainsi que les
effets attribuables à la politique commerciale du secteur riz, etc.
2. L’analyse de l’interaction des branches amont et aval sur l’activité économique du
secteur du riz s’est faite à partir du modèle d’équilibre partiel : la Matrice d’Analyse
des Politiques (MAP) qui permet de mesurer l’efficience économique du système
riz au Sénégal. La MAP intègre les variables environnementales et sociales pour
déterminer la rentabilité et la compétitivité de la filière.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
17
3. L’analyse des effets environnementaux, sociaux et économiques des mesures de
l’AsA et de la libéralisation du commerce. Le Sénégal a engagé de profondes
réformes du secteur agricole (PASA) qui ont conduit à la mise en oeuvre de mesures
de libéralisation plus contraignantes que celles contenues dans l’AsA de l’OMC
intervenu postérieurement. L’étude met à profit les possibilités que l’AsA offre en
général aux pays en développement et aux PMA en particulier une marge de liberté
confortable en matière d’engagement de réduction des subventions à l’exportation,
de soutien interne, et d’ouverture des marchés nationaux aux produits agricoles.
Seulement la jouissance effective de ces droits reconnus par l’OMC aux PMA (Pays
les Moins Avancés) se heurte aux conditionnalités découlant singulièrement du Plan
d’Ajustement du Secteur Agricole (PASA). L’étude s’appesantit sur les conditions
pour lesquelles le Sénégal pourra appliquer des mesures pour préserver les intérêts
des petits producteurs contre les importations massives de riz (mesures libérales du
PASA) et les pratiques commerciales déloyales.
4. L’analyse des variables politiques nationales, conformément à la mise en oeuvre des
dispositions de l’AsA. L’étude dégage, en rapport avec les Sous Comité Commerce
des Produits Agricoles et Commerce et Environnement du Comité National de
Négociations Commerciales Internationales (CNNCI), les éléments de position
concernant le soutien interne, la concurrence à l’exportation et l’accès aux marchés
par la définition et l’élaboration de modalités techniques de négociations. Les
modalités devront porter sur les mesures spécifiques de sauvegarde spéciale, de la
période d’application, du traitement spécial et différencié. Pour ce faire, il est
nécessaire de s’appuyer sur des objectifs de développement liés à la sécurité
alimentaire, au développement rural, à la réduction de la pauvreté et aux
préoccupations environnementales par exemple.
Dans le cadre du mécanisme de suivi des négociations internationales l’étude
identifie les besoins en renforcement des capacités du pays à travers le Sous Comité
Commerce des sous- produits agricoles.
5. L’identification des acteurs de la filière riz a permis une analyse des « gagnants » et
des « perdants » des changements survenus dans la politique rizicole du fait de la
libéralisation et de la mise en oeuvre de l’AsA de l’OMC. Ceci est complété par une
analyse coût bénéfice des effets à long terme pour prendre en considération le legs
des générations futures.
6. Les conclusions et recommandations de l’étude dégagent les mesures nécessaires
pour promouvoir une production nationale du riz durable et permettent de définir un
plan d’actions prioritaires dans le cadre de la libéralisation du commerce.
Les résultats de l’étude et les recommandations qui en découleront pourraient être
utilisés par les différents acteurs cités ci-dessus.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
18
II. POLITIQUES NATIONALES DE LIBERALISATION DU COMMERCE
2.1. Rappel des politiques nationales d’intervention de l’État
La politique commerciale du Sénégal a subi plusieurs réformes qui ont conduit à plus de
transparence et d’ouverture ; la simplification de la structure tarifaire et la réduction des
tarifs débouchent sur un régime tarifaire qui s’harmonise avec l’adoption en 1999 du
Tarif Extérieur Commun de l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine
(UEMOA). Les différentes politiques macro-économiques adoptées depuis 1960 par le
secteur public et qui affectent la filière riz local ont progressivement évolué avant et après
la libéralisation du secteur agricole.
2.1.1. Mécanisme d’intervention d’avant la libéralisation du secteur agricole
Avant la libéralisation, les politiques de prix ont été largement utilisées dans l’agriculture
comme instruments privilégiés d'intervention pour orienter les incitations et façonner le
développement économique et social. Le but ultime de ces mesures, par delà l'aspect
protectionniste, était de rapprocher le taux officiel de change de son niveau réel d’équilibre
et de redistribuer les revenus entre les différents opérateurs économiques dont le secteur
public en particulier. Ainsi, on note quatre options d’intervention : les barrières tarifaires,
les barrières non tarifaires, les prix macro-économiques et les barrières internes.
2.1.1.1. Les barrières tarifaires
Ces restrictions commerciales étaient en vigueur avant 1993 et étaient constituées par des
taxes variables (ad valorem) ayant pour objectif de limiter les quantités importées de riz
brisé en élevant le prix domestique au-delà du prix international. En 1993, elles
concernaient les Droits de Douane (DD) montant de 15% du prix CAF et des Droits
fiscaux (DF)d’un montant de 0,30% de la valeur CAF, pour un total de 15,3% du prix
CAF (Sidibé, 1993). Sur le plan national, ces restrictions constituaient une taxe implicite
au consommateur de riz importé, une subvention implicite aux producteurs de paddy et
une source sûre de revenu pour le Trésor public.
2.1.1.2 Les barrières non tarifaires
Ces restrictions commerciales appelées également quotas concernaient les restrictions
quantitatives imposées sur les quantités maximales de riz tolérées à 1’importation. La
réglementation en vigueur avant la dissolution de la Caisse de Péréquation et de
Stabilisation des Prix (CPSP) accordait un quota de 340 000 tonnes de riz par an dont 240
000 t de riz brisé, 20 000 t de riz entier et 40 000 t de riz intermédiaire. La CPSP avait le
monopole sur l'importation de riz brisé. Ces restrictions quantitatives constituaient
également une taxe implicite au consommateur de riz importé, une subvention implicite
aux producteurs de paddy, et une rente supplémentaire aux quotataires.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
19
2.1.1.3. Les prix macro-économiques
Les prix macro-économiques ont longtemps été utilisés pour moduler les orientations
politiques de l’État sur le secteur agricole. Ces restrictions constituent la résultante d’un
ensemble de forces internes au fonctionnement de l’économie et concernent les taux de
change, les taux d'intérêt et les taux d’inflation. Les taux de change ont des incidences
directes sur les incitations à produire ou à importer des différents agents économiques. De
par sa volonté d’inciter la consommation intensive de matériels agricoles ou d’engrais,
l’État jouait sur les taux d’intérêt appliqués aux inputs. La facilitation des services était
assurée par l’État qui était à la fois le banquier, le fournisseur d’intrants et l’encadreur.
Dans son rôle d’intermédiation et d’agent de tout le processus, l’État s’appuyait sur ces
mécanismes pour façonner l’ampleur de l’utilisation de tels biens ou services. Le taux de
l’inflation par contre, permettait de réguler les chocs induits par la montée des prix réels
des produits absorbés par l’État dans sa politique d’équilibre social. Ainsi, par le jeu de la
Caisse de Péréquation, l’État ne répercutait pas certaine hausse du prix de riz par
exemple, auprès des consommateurs.
2.1.1.4. Les barrières internes
Celles-ci concernent les formes d'intervention adoptées par le secteur public pour
réglementer les prix pratiqués au niveau des consommateurs de riz, des producteurs de
paddy et de grossistes de riz. Au niveau des consommateurs le prix du riz brisé était fixé
par l'Etat, sans subvention de transport (de 1991 à 1993). Les prix pratiqués au niveau des
régions devaient uniquement s’expliquer par le coût de transport. Ces prix oscillaient
entre 130 et 140 FCFA le Kg. Le prix du riz entier est laissé libre avec un plafond qui se
situait entre 250 et 300 FCFA le Kg. Cette politique soutenait les consommateurs de riz
brisé tout en contraignant le prix au consommateur du riz local à s'aligner à ce niveau.
2.1.2. Mécanisme d’intervention durant la libéralisation du secteur agricole
Au cours des années 1980-90, l’État et ses partenaires au développement se sont rendus
compte de l’échec de ces différentes politiques trop exclusivement centrées sur le rôle de
l’État. Sur le plan des stratégies d’autosuffisance alimentaire, ces politiques se sont
traduites par la faillite des organismes publics chargés de gérer la production et par le
développement d’un double marché : un marché administré étroit et un autre plus vaste
du secteur privé, mais cloisonné et peu performant. Ces dysfonctionnements ont
contribué à la stagnation de l’agriculture vivrière et à la croissance des importations
alimentaires. Cette remise en cause des stratégies de politiques agricoles a conduit aux
réformes sur la libéralisation complète débuté à partir de 1996 et suivie des politiques
d’intégration sous-régionales communautaires en 2001.
La privatisation complète du secteur céréalier en 1996 est le résultat d’un travail de
plusieurs années mené avec divers partenaires financiers jusqu’à l'élaboration du
Programme d’Ajustement Structurel de l’Agriculture (PASA). Ce programme a conduit à
terme au retrait total de l’État de la filière. En effet, il a conduit à la suppression de toutes
les subventions de transport et des prix administrés (juillet 1995), à la disparition de la
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
20
CPSP et à la libéralisation totale des importations du riz (février 1996). En somme, il
s'agit d'un programme de désengagement de l'État déjà effectif dans la production, la
transformation et la commercialisation du riz local ; et dans la distribution du riz importé.
Ainsi, les importations sont seulement assujetties au paiement de droits de porte et de
douane. Les producteurs locaux et la recherche sont bénéficiaires des retombées fiscales
en forme d’appui à la filière locale.
Le régime commercial en 2001 se singularisait par : des tarifs moyens de 14%, une
dispersion tarifaire de l’ordre de 18 à 7% des pics tarifaires de 42 %, élimination des
quotas d’importations et des licences, absence de taxes ou de subventions à l’exportation,
réduction de la durée des formalités de dédouanement. Les impôts sur le commerce
international constituent 22 % des recettes de l’État ; les tarifs et surtaxes à l’importation
constituent les seules barrières commerciales importantes.
2.2. Politique d’intégration et de libéralisation communautaire
2.2.1. Accords régionaux
L’UEMOA créée en 1994 entre 8 pays membres de l’Afrique de l’Ouest2 a adopté un
pacte de convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité pour harmoniser les
politiques macro-économiques et sectorielles ainsi que les législations fiscales des
différents états membres. Ce mécanisme est élaboré pour harmoniser les politiques
agricoles mais aussi réglementer la circulation des biens et services dans l’espace
communautaire. Par ce biais, les produits agricoles disposent un marché de 60 millions de
consommateurs avec les mêmes avantages pour les pays membres. L’UEMOA est
théoriquement une union douanière mais des règles d’origine compliquées et arbitraires
ne permettent pas aux pays de membres de bénéficier de tarifs préférentiels internes à
l’UEMOA ; des efforts doivent être consentis pour mettre en place une véritable zone de
libre échange.
L’objectif global de la Politique Agricole de l’UEMOA (PAU) est de contribuer
globalement, de manière durable, à la satisfaction des besoins alimentaires de la
population, au développement économique et social des États membres et à la réduction
de la pauvreté. Les objectifs généraux assignés à la PAU consistent à :
-
réaliser la sécurité alimentaire, en réduisant la dépendance alimentaire et en
améliorant le fonctionnement des marchés des produits agricoles ;
améliorer les conditions de vie des producteurs, en développant l’économie rurale et
en revalorisant leur revenu et leur statut social ;
accroître la productivité et la production de l’agriculture sur une base durable.
L’espace sous-régional doit être protégé de la concurrence déloyale externe.
L’harmonisation des politiques fiscales touche le secteur agricole et elle permet de
réaliser la convergence des mécanismes de taxation et l’égalité de traitement des
opérateurs économiques au sein de l’espace communautaire. Le matériel et les intrants
2
Ces pays sont : Bénin,, Burkina Faso, Cote d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
21
agricoles sont désormais soumis à une TVA de 18 % et les produits agricoles non
transformés vendus aux consommateurs sont exonérés de TVA. Un paradoxe subsiste
cependant : contrairement aux autres acteurs économiques, les agriculteurs n’ont aucun
moyen de récupérer la TVA et se trouvent ainsi pénalisés de manière injuste.
La Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) créée en
1975 est un modèle d’intégration des marchés des 16 pays membres. Cette union par le
biais de la libre circulation des biens et services permet de s’entendre sur les droits de
porte de la communauté. Force est de constater que ce principe de libre circulation des
biens, des services et des personnes est fortement pénalisé par les taxes dites « sauvages »
érigées dans les pays membres. Cette union est un modèle calqué sur la Communauté
Economique Européenne (CEE), avec une tentative d’harmonisation des politiques
économiques. L’aggravation de leur dépendance extérieure technique et commerciale a
entraîné des stratégies récentes d’harmonisation des politiques des pays membres. Cette
union économique se cherche depuis sa création pour arriver à l’union monétaire comme
dans le cas de l’UEMOA. Des politiques communautaires d’assainissement des finances
publiques sont en chantier et constituent un préalable à ce but.
Les relations entre l’Union Européenne et les pays Afrique –Caraïbe- Pacifique (UEACP) ont commencé avec les pays d’Outre Mer en 1957. Ces relations de coopération
commerciale entre l’Europe communautaire et les anciennes colonies françaises
reposaient sur deux dispositifs :
- financier avec la création du fonds européen pour le développement d’Outre Mer
(FEDOM) qui alimente l’appui aux projets de développement des ACP ;
- commercial évoquant le principe de préférence douanière.
En 1963 après les indépendances, le traité d’association CEE et 18 Etats Africains et
Malgaches Associés (EAMA) ou la convention de Yaoundé 1 fut signé. Le Fonds
Européen de Développement (FED) se substitue au FEDOM dans la convention
financière et la nouvelle disposition commerciale pose le principe de réciprocité.
En 1973, la Grande Bretagne rejoint l’UE avec le Commonwealth et les structures de la
CEE changent en matière d’aide. En 1975, ce fut la création de l’association UE-ACP.
Cette réforme entraîne une nouvelle politique de la CEE à l’égard des ACP qui met au
point le Stabex ou un fonds de contrepartie des conséquences des déséquilibres
commerciaux entre l’UE et les ACP. Ce fonds est théoriquement destiné en compensation
des pertes d’échanges. Ce fonds a servi à résorber les déficits budgétaires et à financer
des projets de développement des ACP.
Les conventions de Lomé et de Cotonou (1975-2000) consacrent l’évolution du
partenariat économique et commercial à la coopération politique.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
22
2.2.2. L’Accord sur l’Agriculture (AsA)
La conclusion des négociations du Cycle d’Uruguay (CU) en 1994 s’est traduite pour la
première fois par l’intégration des produits agricoles dans les règles du système
commercial multilatéral. L’AsA instaure, de manière inédite, un mécanisme efficace qui
permet de soumettre les pratiques des pays développés aux disciplines de l’Organisation
Mondiale du Commerce (OMC). L’AsA établit des règles et disciplines devant être
respectées par les pays membres de l’OMC dans les trois domaines que sont l’accès au
marché, le soutien interne et les subventions à l’exportation afin de faire participer les
produits agricoles à un commerce mondial plus ouvert et axé sur le marché. Il est
intéressant d’examiner le comportement des pays après la mise en œuvre de l’AsA.
« L’objectif à long terme de l’ASA est d’établir un système commercial équitable axé sur
le marché au moyen de programme de réformes fondamentales comprenant des règles
renforcées et des engagements spécifiques concernant le soutien et la protection afin de
remédier aux restrictions et distorsions touchant les marchés agricoles mondiaux et de les
prévenir ».
D’autres accords connexes, à savoir l’application des mesures sanitaires et
phytosanitaires (SPS) et les Obstacles Techniques au Commerce (OTC) couvrent
également certains aspects du commerce agricole. Enfin, l’Accord sur les Aspects des
Droits de Propriété Intellectuelle qui touchent au Commerce (ADPIC) comprend
certaines dispositions relatives à l’agriculture notamment (protection des obtentions
végétales et indications géographiques).
Les engagements des pays africains dans l’AsA ont été globalement limités par les
mesures de libéralisation prises avant le cycle d’Uruguay, notamment dans le cadre des
PASA. Tous les pays d’Afrique subsaharienne (ASS) ont reporté une Mesure Globale de
Soutien (MGS) totale égale à zéro. Suite à une série de mesures de libéralisation
unilatérales dans le cadre des Programmes d’Ajustement Sectoriel Agricole (PASA) –
réduction des droits de douane, élimination des subventions à l’intrant, élimination du
contrôle des prix, etc. – la plupart des mesures de distorsion commerciale ont été
éliminées ou abaissées à des niveaux minimaux, de manière autonome, avant la
conclusion des accords de Marrakech.
La majorité des pays africains n’ont notifié qu’un faible niveau de soutien à l’agriculture
au titre des mesures de la « catégorie verte ». Même si ces mesures couvrent de
nombreux programmes d’assistance à l’agriculture en Afrique subsaharienne, notamment
ceux concernant les services fournis par les Gouvernements en matière de recherche, de
vulgarisation, de protection des plantes, etc., les dépenses des pays africains dans le cadre
de cette catégorie sont insignifiantes comparées à celles des autres Membres (Tableau 1).
Par ailleurs, si les exemptions prévues dans le cadre du Traitement Spécial et Différencié
(TSD) fournissent aux pays en développement une plus grande marge de manœuvre pour
assister leurs secteurs agricoles – notamment à travers des subventions aux intrants
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
23
destinées aux producteurs à faibles revenus et des subventions à l’investissement – seuls
quelques pays ont eu recours à ces dispositions.
Aucun pays africains n’a reporté de mesures dans la « catégorie bleue ».
Aucun des pays de l’ASS, à l’exception de l’Afrique du Sud, n’a déclaré avoir recours à
des subventions à l’exportation. Bien au contraire, la tradition en Afrique est plutôt de
taxer les exportations, pratique non prise en compte, pour l’instant, dans le cadre de
l’AsA de par l’OMC.
La plupart des pays d’Afrique sub-saharienne ont choisi l’option de la consolidation des
droits de douanes à des taux plafonds. Ils ont généralement établi des taux consolidés
élevés et uniformes à l’ensemble des produits agricoles. Cette option, accessible
uniquement aux PED, donne une plus grande marge de manœuvre dans la mesure où la
plupart des pays de l’ASS ont déjà entrepris une libéralisation unilatérale dans le cadre
des PAS et PASA. La grande majorité des droits de douane étant déjà bas en ASS,
l’option de la consolidation à un tarif plafond élevé peut permettre d’augmenter à l’avenir
le niveau de ces droits de douane appliqués dans la limite du tarif consolidé. Il en va de
même pour les pays ayant un tarif extérieur commun peu élevé (cas du TEC de
l’UEMOA).
Aucun des pays africains n’a ouvert de Contingent Tarifaire (CT), ce qui veut dire qu’ils
n’ont fourni aucun accès minimum par produit.
Tableau 1: Dépenses dans le cadre des mesures de la catégorie verte, 1995 – 1999
Pays
1995
1999
Montants en
millions de
US$
Total des dépenses notifiées
Total des dépenses notifiées
par les pays développés
Total des dépenses notifiées
par les pays en développement
Total des mesures notifiées par
les pays africains (sans
l’Afrique du Sud)
Pays africains
Botswana
Gambie
Kenya
Maroc
Namibie
Tunisie
Zimbabwe
Source (à préciser)
Montants en
millions de
US$
129 440
110 173
Part des
mesures de
catégorie verte
par Membres
(en %)
100.00
85.1
126 735
110 958
Part des
mesures de
catégorie verte
par Membres
(en %)
100.00
87.5
19 271
14.9
15 776
12.5
315
0.24
495
0.39
11
n.a
53
157
50
30
14
0.01
00
n.a
66
378
00
339
12
0.00
0.04
0.12
0.04
0.02
0.01
0.05
0.30
0.00
0.03
0.01
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
24
2.3. Engagements du Sénégal dans le cadre de l’AsA
A l’issue des négociations du Cycle d’Uruguay (1986-1994), le Sénégal a pris des
engagements au plan tarifaire qui se résument ainsi qu’il suit :
Un taux plafond uniforme consolidé de 30% plus les droits additionnels et diverses
impositions pouvant aller jusqu’à 150% ont été adoptés par le Sénégal sur les produits
agricoles. Ces tarifs lui permettent théoriquement de mettre en place des niveaux pouvant
aller jusqu’à 180% (Tableau 2). Les autorisations préalables d’importations notamment
pour les produits laitiers et certaines catégories d’outillage agricole ainsi que les quotas
ont été supprimés et remplacés par une surtaxe temporaire.
Tableau 2 : Droits et taxes appliqués sur les groupes de produits agricoles importés
Catégories
Produits
Taux consolidé
Taux
consolidé
(en %)
Céréales
Riz intermédiaire
et entier
Autres céréales Mil, sorgho, maïs,
blé
Huiles
et
graisses*
Sucres*
Produits
animaux*
Coton et fibres
textiles*
Produits
halieutiques*
Fruits
et Banane, oignon,
légumes*
pomme de terre
Taux appliqué
Autres
Taxes Surtaxes Cumul
droits
et (en
(en %) (en %)
impositions %)
(en %)
30
150
15
20
35
30
150
27
20,5
10
-
30
150
37
20,5
27
30
30
150
150
44
31
30
150
48
30
150
45
30
150
44,5
35
20
20
65,5
55
Source : Direction Générale des Douanes/ Ministère de l’Économie et des Finances
* il s’agit des taux moyens de prélèvements sur la période 1995 - 1997
Aux droits de douane appliqués, s’ajoute une surtaxe additionnelle sur les produits
sensibles. Ainsi 20% de surtaxe est appliqué au riz importé, la banane, les oignons et les
patates, 10% sur les mil – sorgho et blé et 44% sur le sucre. Au 1er juillet 1999, le
gouvernement a révélé les valeurs de référence sur le lait, la tomate, le sucre, les huiles
végétales et la viande de poulet. En 1996, 46 milliards de F CFA étaient générés
annuellement par les prélèvements sur les produits agricoles tandis que ce montant
atteignait 64 milliards de F CFA en 1997. La suppression des autorisations
administratives préalables à l’importation a incité les opérateurs commerciaux privés à se
lancer dans la commercialisation des produits agricoles (Tableau 3).
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
25
Tableau 3: Montants des prélèvements fiscaux sur les produits agricoles
Catégories
Céréales
Total céréales
Huiles
et
graisses
Sucres
Produits
animaux
Coton et fibres
Produits
halieutiques
Fruits
et
légumes
Total général
Produits
Riz
Blé
Autres céréales
Prélèvements
en milliards de
FCFA en 1995
9,157
4,068
0,487
13,709
8,937
Prélèvements
Prélèvements
en milliards de en milliards de
F CFA en 1996 F CFA en 1997
12,128
13,704
1,288
1,708
0,322
0,551
13,738
15,763
7,854
14,086
4,706
5,029
8,356
5,677
12,136
7,306
0,156
0,009
0,355
0,009
0,446
0,044
2,333
3,053
5,572
41,666
46,110
63,645
Source : Direction Générale des Douanes. Ministère de l’Économie et des Finances
A la faveur des politiques d’ajustement et de ses engagements par rapport à ses
partenaires de l’UEMOA et des ACP, le Sénégal a été contraint de s’engager dans une
dynamique de désarmement douanier et de mettre en place des tarifs relativement peu
élevés. Avec l’application des tarifs communs, le Sénégal perd en recettes réelles
douanières de 10,7 milliards de CFA3 sur le riz en 2001 si l’on compare avec l’ancien
barème de taxation.
Le Sénégal s’est donc engagé à ne pas dépasser ces niveaux de droits dans son tarif des
douanes. Cependant, il bénéficie d’une marge de manœuvre sur ce plan. Le Tarif
Extérieur Commun de l’UEMOA (TEC), appliqué par le Sénégal, se situe à un niveau
beaucoup plu bas 18 % tandis que le maximum prévu est de 22% environ pour le droit de
douane et les « autres droits ». Cet écart signifie que le Sénégal pourrait théoriquement
encore augmenter son tarif si cela s’avérait utile, sous réserve bien sûr que cette
démarche soit commune à l’ensemble des pays de l’UEMOA.
Il est important de souligner que pour combler les niveaux relativement bas des taux
appliqués à des produits agricoles, un système de valeurs de référence (valeurs
minimales) est appliqué au Sénégal sur quelques produits, malgré la mise en œuvre de
l’Accord sur l’évaluation en douane de l’OMC par le pays depuis juillet 2001.
S’agissant des mesures non tarifaires, le Sénégal a surtout éliminé les autorisations
préalables d’importation qui frappaient certains produits dans le cadre de son Programme
3
Estimation faite sur la base des 632 253 tonnes de riz importé en 2001 (ONRS, 2003) à un taux réduit
comparé au taux de taxation de 1997 (tab.2).
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
26
d’Ajustement Sectoriel pour la Compétitivité (PASCO) initié avant la fin du Cycle
d’Uruguay. Ces suppressions n’ont pas fait l’objet d’engagements à l’OMC.
Le Sénégal a reporté une Mesure Globale de Soutien (MGS) totale égale zéro, suite à
l’application d’une série de mesures de libéralisation notamment de la filière riz dans le
cadre du Programme d’Ajustement Sectoriel Agricole (PASA), marquée par : la
réduction des droits de douane, l’élimination des subventions à l’intrant, l’élimination du
contrôle des prix, etc. La plupart des mesures de distorsion commerciale ont été éliminées
ou abaissées à des niveaux minimaux, de façon autonome, avant la conclusion des
accords de Marrakech.
Le Sénégal a déclaré n’avoir pas recours à des mesures de la « catégorie bleue » ni à des
subventions à l’exportation ; qui plus est, le pays ayant opté pour la consolidation des
taux de droits de douane à un taux plafond. Cette option exclut le recours à la clause de
sauvegarde spéciale4 en cas d’importations massives ou de baisses drastiques des prix des
denrées alimentaires au niveau mondial.
Le Sénégal n’a notifié qu’un faible niveau de soutien à l’agriculture au titre des mesures
de la « catégorie verte ». Même si ces mesures couvrent de nombreux programmes
d’assistance à l’agriculture (Programme d’Aménagement Hydro-agricole dans la Vallée
du Fleuve Sénégal en particulier) et ceux concernant les services fournis par le
gouvernement en matière de recherche, vulgarisation, conseil agricole et rural, protection
des plantes et des animaux, formation, etc. Les dépenses consenties dans cette catégorie
restent insignifiantes comparativement à celles des autres pays développés membres de
l’OMC. (Cf. Tableau 4).
Tableau 4 : Soutien de la catégorie verte notifié par le Sénégal à l'OMC
Désignation de la mesure
Description
Valeur de la mesure en
million de F CFA
Programme de soutien à la Aménagements
31 500
production
hydroagricoles
Programme
d’appui
en Encadrement
dans
les
amont et en aval de la aménagements
1 867
production
hydroagricoles dans la vallée
du fleuve Sénégal
Programme de soutien à Opération de développement
l’intensification
des rural intégré / aménagement
3 100
spéculations
agro-sylvo-pastoral
Total Soutien « vert »
36 467
Source: Senegal WTO Schedule, 1995
4
La Clause de Sauvegarde Spéciale est une clause de sauvegarde spécifique à l’AsA, qui autorise les pays à
élever leur tarif douanier en cas de forte hausse du volume d’importation ou de chute du prix d’importation.
Cette clause de sauvegarde spéciale de l’AsA est plus facile à mettre en œuvre que les autres sauvegardes
des Accords de l’OMC. Dans la renégociation de l’AsA en cours, plusieurs PED, dont les pays de
l’UEMOA, réclament l’accès à cette clause, même s’ils ont utilisé la consolidation à des taux plafond.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
27
Si les exemptions prévues dans le cadre du traitement spécial et différencié (TSD)
peuvent fournir aux pays en développement une plus grande marge de manœuvre pour
assister le secteur agricole en particulier par des subventions aux intrants destinées aux
producteurs à faibles revenus et des subventions à l’investissement, le Sénégal n’a pas eu
recours à ces dispositions de façon efficace.
Au Sénégal, la mise en œuvre des Accords du CU, notamment de l’AsA, l’Accord sur les
mesures Sanitaires et Phytosanitaires (SPS) et l’Accord sur les Obstacles Techniques liés
au Commerce (OTC) a eu un impact diversement apprécié sur l’économie,
particulièrement sur les secteurs des productions agricole et halieutique.
Comme on peut aisément le constater, l’accord agricole est assez détaillé et va bien audelà des simples mesures tarifaires et douanières. Mais, il ne représente qu’un accord de
libéralisation partielle par rapport au PASA. La réduction quantitative des mesures de
soutien de l’agriculture est assez modique et s’étale sur plusieurs années et il reste dans
l’ensemble encore d’importantes distorsions sur le marché mondial des produits agricoles
et du secteur rizicole en particulier.
Le Sénégal a rejoint la catégorie des pays les moins avancés (PMAs) en 2001 suite à une
faiblesse persistante de ses résultats et une détérioration continue de ses indicateurs socioéconomiques, ainsi que la révision des critères de détermination de la liste des PMAs
(revenu par habitant, retard dans le développement humain, vulnérabilité économique).
Le Sénégal trouve ses intérêts dans la mise en œuvre des accords de l’OMC et dans le
traitement spécial et différencié en faveur des pays en développement
En tant que PMA le Sénégal peut désormais bénéficier d’un ensemble d’avantages
spécifiques supérieurs aux avantages qui sont conférés à la catégorie des pays en
développement. Ces privilèges, qui n’ont pas tous la même portée et qui peuvent varier
sensiblement d’un PMA à un autre, se situent principalement dans le système commercial
multilatéral, au plan des concessions dans le financement du développement, et du
domaine de la coopération technique. En passant du statut de non -PMA à celui de PMA,
le Sénégal peut théoriquement attendre dans ces différents domaines un ensemble
d’avantages nouveaux.
La Décision ministérielle sur les mesures en faveur des PMA prévoit que « les règles
énoncées dans les divers accords et instruments et dispositions transitoires prévues dans
le cadre du cycle d’Uruguay devraient être appliquées de manière flexible et favorable en
ce qui concerne les PMAs ». De ce fait, le Sénégal en vertu de son nouveau statut de
PMA, n’est tenu de faire des concessions commerciales que dans la limite de la
compatibilité de tels engagements avec les contraintes liées à son développement,
notamment la fragilité de certains secteurs économiques tels que l’agriculture et la
riziculture, en particulier et les limites de ses capacités institutionnelles. C’est ainsi qu’il
peut profiter d’exemptions par rapport à plusieurs des obligations dictées par l’OMC, de
moindres engagements, de la possibilité de différer la mise en œuvre d’obligations, et de
simplifications dans les procédures devant être suivies pour la mise en œuvre des accords.
Ces accords lui permettent d’élaborer des mesures d’accompagnement flexibles dans le
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
28
temps pour son agriculture tandis que les pays non PMAs sont obligés de suivre les
recommandations de l’OMC en matière d’ouverture des frontières.
Le régime commercial a évolué en termes d’ouverture et de transparence par la
simplification de la structure tarifaire et par la réduction des tarifs depuis l’adoption du
tarif commun extérieur (TEC) de l’UEMOA en 1999.
Avec la libéralisation, on s’attend à une réforme des cadres de partenariats privilégiés.
Cependant des mécanismes de compensation et de correction doivent être trouvés pour
limiter l’impact des subventions européennes sur les agricultures africaines.
Au vu de la vulnérabilité de l’économie rurale du pays, le Sénégal est exposé face au
système commercial multilatéral, il gagnerait à renforcer la solidarité régionale dans le
cadre de l’UEMOA.
III. LA PRODUCTION NATIONALE DU RIZ
3.1 Présentation des variables économiques, environnementales et sociales et des
données relatives à la production du riz
La Bassin du Fleuve Sénégal (régions de St-Louis, Matam et Tambacouda), les régions
de Kolda et de Ziguinchor constituent les trois grandes zones de production de riz au
Sénégal, avec des systèmes de production très différents. La Vallée du Fleuve Sénégal et
le Bassin de l’Anambé constituent le système irrigué avec la maîtrise parfaite de l’eau; la
région de Ziguinchor et une partie de Kolda sont sous pluie. Chaque système de
production (irrigué ou sous pluie) a des potentialités d'accroître sa productivité avec les
nouvelles technologies.
La zone écogéographique de Casamance au Sud du Sénégal occupe 61 % de l'ensemble
des terres destinées à la riziculture. Sa contribution à la production nationale n'est
cependant que 29 % (ISRA, 1996). Les autres zones pluviales de moindre ordre sont les
régions de Fatick et de Kaolack. Les rendements obtenus dans cet écosystème sont en
moyenne d'environ une tonne à l'hectare, en raison du système de production traditionnel
aussi bien que des contraintes d'eau (principalement les cultures du plateau). Les
principaux intrants sont la main d’œuvre, la terre et les semences. Les autres intrants
(engrais, pesticides ou d'équipement) y sont peu utilisés. Le riz dans cette région est
généralement destiné à l'autoconsommation. La baisse de la pluviométrie de ces trois
dernières années explique le recul de la production de riz pluvial. Sur les onze régions
que compte le pays, seules quatre ne cultivent pas du riz que ce soit en irrigation ou sous
pluie.
L’essentiel de la production locale de riz au Sénégal se réalise dans la Vallée du fleuve
Sénégal (tableau 5). Les rendements moyens de ce système intensif de riziculture sont
entre 5 et 6 t/ha. Dans cet écosystème, le delta qui représente environ 62 % des terres de
cultures irriguées produit 71 % de la production de paddy de la vallée. La texture de ses
sols de type argileux, son degré de salinité et le climat le prédisposent principalement à la
riziculture. En plus, les producteurs de cette localité ont des superficies plus grandes et
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
29
utilisent des systèmes de production plus mécanisés que ceux de la moyenne vallée
(Podor et Matam) et de la haute vallée (Bakel). De manière générale, la production du
delta est essentiellement commercialisée tandis que celle de la Moyenne et Haute Vallée
est principalement destinée à l'autoconsommation. La production irriguée dans la vallée
de l’Anambé demeure marginale. Le riz pluvial et des bas-fonds n’a pas encore dépassé
le stade d’auto consommation.
Figure 1 : Le riz dans la production céréalière : campagne 2001 - 2002
Source : ISE ,2003
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
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30
Figure 2 : Le riz dans la production céréalière : campagne 2002 - 2003
Source : ISE ,2003
L’évolution de la production nationale de riz est en dents de scie. La production du riz
irrigué dans la Vallée du Fleuve Sénégal a quadruplé entre 1981/82 et 1990/91. Cette
croissance pourrait être attribuée en majeure partie à l'expansion des superficies. De
même, la productivité a aussi augmenté passant de 3,3 t/ha en 1979/81 à 5 t /ha en
1989/91. Si la production du riz a progressé de 1960 à 1970 (passant de 67 000 à 140 000
tonnes), elle a cependant, reculé en 1999 à 123 000 t.
Par contre, on constate une baisse cyclique des niveaux de production durant les trois
années (1995 à 1997). Cela peut être expliqué entre autre, par l'incertitude des
producteurs liée au retrait de la puissance publique dans la collecte, l'inorganisation de la
filière et la baisse substantielle des crédits de campagne de la Caisse Nationale de Crédit
Agricole du Sénégal (CNCAS). Par ailleurs, on peut remarquer que la production locale
du riz reste toujours inférieure à 200 000 tonnes par an à l’exception des années 1994 et
2000 au moment où la demande intérieure est estimée à 600 000 tonnes par an.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
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31
Tableau 5: Résultats de récoltes céréalières des deux dernières campagnes
REGIONS
Fatick
Kaoloack
Kolda
Matam
Saint-Louis
Tambacounda
Ziguinchor
TOTAL
Campagne 2001-2002
Campagne 2002-2003
Riz (t)
Total Céréales (t) Riz (t) Total Céréales (t)
914
105 813
1157
99 860
398
213 291
145
252 251
43 755
144 117
40 491
128 450
15 953
40 508
15 653
20510
101 881
102 607
84 949
85 767
2 840
113 403
2 760
79 059
78 114
90 789
23 540
37 042
243 855
707 921
168 195
702 939
Source: extraits DSDIA/DAPS, 2003
La demande globale de riz est cependant, en progression constante entre 1995-2002. Elle
est largement supérieure au niveau actuel de production et qu’il importe de sécuriser en
augmentant la part du riz national. On importe autant de quantités de riz que l’on produit
de céréales (mil, sorgho, maïs, riz et fonio) dans le pays (figure 1). La production locale
de riz occupe la deuxième place des cultures céréalières derrière le mil mais ne représente
que 20 à 30 % de la production nationale céréalière. Le Sénégal doit diminuer sa
dépendance vis-à-vis d’un marché international aléatoire et spéculatif qui est estimé a
4 % (SAED, 1997). Ceci est d’autant plus inquiétant que le riz brisé consommé au
Sénégal est un segment marginal du marché mondial.
En outre, la production annuelle moyenne, toutes céréales confondues, est de 778 025
tonnes de la période 1960 à 2000 avec un coefficient de variation faible de 0,33 au
moment où la demande nationale est estimée à 1 300 000 tonnes. Ceci traduit en
moyenne une consommation de 132,44 kg per capita par an durant la même période,
tandis que la norme proposée par la FAO se situe à 200 kg par tête d’habitant et par an.
Le taux de couverture des besoins céréaliers par la production nette domestique est ainsi
d'environ 66 % en 2000. Ceci crée des difficultés de satisfaire la demande nationale par la
production intérieure, entraînant ainsi des déficits croissants de la balance des paiements
par l’importation.
L’écart constaté entre la production et l’offre des céréales, de façon générale, est assuré
par les importations commerciales et les aides alimentaires. Les aides alimentaires ont
effectivement diminué de 120 000 en 1980 à 13 000 tonnes en 2000 dont les 10 000
tonnes sont des céréales. Les niveaux faibles de la production intérieure et des aides
induisent une importation de produits alimentaires. On note des fluctuations variables des
importations en céréales d’une campagne à l’autre qui se situent en moyenne entre 450
000 et plus de 800 000 tonnes par an (Fall, 2002). Ces importations céréalières sont une
autre dimension importante de cette situation alimentaire critique. Elles ont fortement
progressé en moyenne de 1980 à 2000. Cependant, elles sont largement dominées par le
riz et le blé en particulier, qui sont à 156 % de leurs niveaux de 1976 (USAID, 1993) et à
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
32
168 % en 2000. Les importations de grains alimentaires ont ainsi accru trois fois plus vite
que la population.
Figure 3 : évolution offre/demande de riz
Evolution offre-demande de riz au Sénégal
(1995 - 2002)
1 000 000
900 000
800 000
700 000
600 000
500 000
400 000
300 000
200 000
100 000
0
1995
stock théorique de riz
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
demande globale riz (tonne)années offre globale riz (tonne)
Source : ISE, 2003
Le riz, en raison de son importance dans l’alimentation des populations urbaines et
rurales et des emplois qu’il procure pour sa production et sa transformation, mérite d’être
soutenu pour relever le défi de sécurité alimentaire et de lutte contre la pauvreté. Pour
accroître la production rizicole nationale et renverser la tendance d’importation, il faudra
augmenter l’intensité culturale (double culture), les superficies exploitées et les
rendements. Ces derniers se situent en moyenne entre 4 et 5,5 t/ ha alors que les
potentiels atteignent 9-11 t /ha. Les tendances observées pendant la période d'exécution
de la réforme du secteur du riz ont montré une croissance rapide, puis un déclin de la
production.
3.2. L’utilisation des ressources naturelles pour la production du riz
Le développement de l'agriculture irriguée dans la vallée du fleuve Sénégal et dans la
vallée de l’Anambé par la puissance publique ne procédait pas d'une dynamique
d’évolution du système de production traditionnel local (cultures de décrue, cultures
pluviales, élevage transhumant et pêche continentale), mais de la volonté des
planificateurs de rechercher une autonomie en produits agricoles stratégiques. En
introduisant massivement le système de production irriguée avec une option majeure pour
le riz, les paysans de la vallée entrent dans un long processus de spécialisation et
d’intensification agricole jusqu'ici non achevé. La grande sécheresse des années 70
pousse l'Etat, les bailleurs de fonds et les techniciens à améliorer la technologie (maîtrise
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
33
complète de l'eau) moyennant des investissements très coûteux (infrastructures,
encadrement technique rapproché, planification directive de la production, crédit de
campagne, services mécanisés, prix administrés, transformation et commercialisation de
la production).
Ce mode de développement administré après plusieurs décennies n’a pas atteint ses
objectifs. Ainsi, la période ouverte avec la NPA (1984) marque le désengagement de
l’État conformément à la politique de libéralisation avec des mesures qui vont déclencher
des dynamiques nouvelles, libérer des initiatives et occasionner un boom des périmètres
privés. L’agriculture irriguée va ainsi briser la dynamique des cultures de décrue, des
pratiques de l’élevage et de la pêche. Cela entraîne une véritable transformation de
systèmes de production traditionnels basés sur l’utilisation des ressources naturelles
autour des cours d’eau.
La compétition croissante pour l’accès aux ressources naturelles et l’intensification
progressive de l’agriculture, et particulièrement la riziculture pose avec acuité la gestion
efficiente de l’utilisation de celles-ci. Aussi, dans un contexte de libéralisme ou les
investissements privés sont encouragés, l’utilisation des ressources conduit a réexaminer
les régimes fonciers, hydriques, etc. dont les enjeux sont considérables Le nouveau
contexte socio-économique- désengagement de l’État et libéralisation- conduit les
organisations paysannes et les producteurs privés à s’impliquer de plus en plus dans la
gestion des systèmes irrigués. L’État transfère la gestion des terres aux collectivités
décentralisées et les aménagements aux producteurs.
La production de riz irrigué dans le bassin du fleuve Sénégal est rendue possible grâce à
la disponibilité de l'eau et à l'aptitude des sols. La ressource en eau est disponible
annuellement avec la mise en service des deux barrages de Manantali (1988) et Diama
(1986). Le premier assure la régularisation partielle du fleuve et le deuxième assure à la
fois les fonctions d’ouvrage anti-sel et d’évacuateur de crues. La capacité du réservoir de
Manantali de 12 milliards de m3 se situe entre le volume au seuil de déversement (11,3
milliards de m3) et celui à la cote maximale d’exploitation estimée à 12,8 milliards de m3
(ISRA, 1996). Ces ressources en eau de Manantali sont destinées à satisfaire les besoins
en eaux de l’Organisation de la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal (OMVS) concernant
l’irrigation de 375, 000 ha dont 240, 000 ha au Sénégal, la production d’électricité et la
navigation.
Bien qu’on note une forte variabilité inter annuelle du volume d’eau, la consommation en
eau d’irrigation le long de la vallée du fleuve Sénégal (1,5 milliards de m3 par an) reste
encore inférieure aux prévisions estimées à 3,4 milliards de m3 par an à cause des
difficultés socio-économiques de l’irrigation (Gibb, 1987). En plus, la capacité de
Manantali permet d’amortir l’impact des variations inter-annuelles de l’hydraulicité du
fleuve. La disponibilité de l’eau ne constitue pas actuellement une contrainte effective
mais les besoins en eau des trois composantes du programme OMVS (irrigation,
navigation et électricité) vont créer a moyen et long terme une sérieuse concurrence entre
les divers usagers conduisant à des arbitrages politiques et économiques difficiles.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
34
Le potentiel des sols irrigables en rive gauche est estimé à 240 000 ha; aujourd'hui 67 900
ha sont réellement exploitables en irrigué sur 94 000 ha qui ont été aménagés. La
possibilité de sécuriser l’accès à la ressource en eau pour la production agricole est un
facteur prépondérant de la sécurité alimentaire des populations. Il faut souligner que les
superficies des périmètres aménagés par les privés fluctuent considérablement. En raison
de leur caractère sommaire, la mise en valeur n’excède pas deux années successives de
culture. Ces périmètres sont abandonnés et délaissés pour d’autres terres. Ces abandons
ne sont pas toujours pris en compte dans la comptabilité des surfaces aménagées.
Les écosystèmes (zones humides) et les ressources de la biodiversité, les forêts et les
différents usages de l'espace (agriculture de décrue, élevage transhumant et pêche) payent
un lourd tribut pour la réalisation des aménagements hydro-agricoles. Par exemple, la
variabilité fréquente des périodes d’alimentation en eau douce de Diama provoque des
dysfonctionnements dans le cycle biologique de certaines espèces de poissons et au
niveau de la réserve du parc de Djoudj. La baisse des céréales sèches est aussi en partie
liée à la péjoration du climat et les modifications de l’écologie de la Vallée par le contrôle
des crues et la régulation des débits qui ont réduit progressivement les cultures pluviales
et de décrue. Le recentrage des activités est orienté par conséquent, sur les cultures
irriguées et notamment sur la riziculture.
3.3 Politique et performances du secteur rizicole
Devant le souci d’assurer une plus grande sécurité alimentaire face à la croissance
démographique, de favoriser la compétitivité des produits agricoles sur les marchés
intérieur et extérieur tout en préservant le capital naturel et la base productive, les
orientations stratégiques majeures de l’agriculture seront définies dans les principaux
documents que sont : la Lettre de Politique de Développement Agricole (LPDA), le
Programme des Services Agricoles et d’Appui aux Organisations de Producteurs
(PSAOP), le Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté (DSRP) et la Loi
d’Orientation Agricole (LOA) en cours de discussion.
L’agriculture sénégalaise en perspective devra compter sur la promotion d’une
exploitation familiale modernisée et sur une intervention d’un secteur privé sécurisé pour
réaliser le passage de systèmes de production extensifs à des systèmes intensifs,
diversifiés et durables.
Le développement de la production rizicole est une préoccupation pour les pouvoirs
publics et l’objectif poursuivi demeure la satisfaction des besoins nationaux toujours
croissants et dépendants du marché international. L'accroissement des importations
alimentaires est attribué à plusieurs facteurs : la production vivrière qui ne suit pas,
l'urbanisation croissante, l'existence de l'aide alimentaire (bien qu’elle ait fortement
diminué), etc.. Il faut souligner que la production agricole et alimentaire est intimement
liée à la structure du secteur primaire. Ce secteur constitué de l’agriculture, l’élevage, la
pêche et la forêt évolue à un taux de 2,24 % par an, qui est le même que le PIB du
Sénégal (ISRA/BAME, 2000).
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
35
La politique céréalière fait figure de parent pauvre dans les orientations du
développement rural. Le plan céréalier s’est éteint avec la Nouvelle Politique Agricole
(NPA). L’appui de l’Etat dans ce domaine a pris fin vers le début des années 1990. La
mise en œuvre de la Nouvelle Politique Agricole (NPA) en 1984 avec comme corollaire
le désengagement de l’État de toutes les fonctions productives et commerciales (à partir
de 1987), la dévaluation du franc CFA (en Janvier 1994) et la libéralisation de
l’économie rizicole à travers le PASR (Programme d’Ajustement Structurel de la filière
Rizicole) entre 1994 et 1996, ont fondamentalement modifié la structure et l’organisation
de la filière rizicole.
L’idée centrale de la politique concernant les filières céréalières est l’objectif
d’autosuffisance alimentaire avec en particulier la relance de la production et notamment
"en cultures irriguées dans les zones qui permettent une maîtrise totale ou partielle de
l’eau". Dans ce schéma, l'État accorde à la Vallée un rôle important dans les stratégies
d'accroissement de la production céréalière nationale et singulièrement le riz.
La mise en œuvre du programme d’ajustement sectoriel de la filière riz (PASR, 1996) a
marqué le retrait de la Caisse de Péréquation et de Stabilisation (CPSP) de la filière de
l’importation et de la commercialisation du riz désormais dévolues au secteur privé. Ces
réformes et restructurations ont eu des effets certains sur l’évolution de la politique
agricole sénégalaise et du secteur rizicole en particulier. L’État s’est retiré
progressivement de la gestion des aménagements hydro-agricoles (AHA) et de toutes les
fonctions productives et commerciales. La nouvelle orientation est fondée sur la
privatisation des services, la restructuration des entreprises publiques, la
responsabilisation des agriculteurs, la libéralisation des prix et des marchés.
Avant la libéralisation de la filière agricole, l’État achetait tout le paddy sans distinction
de qualité et replaçait le riz dans les marchés de consommation par l’entremise de la
Caisse de Péréquation et de Stabilisation des Prix. Ce système assurait un écoulement
total de la production locale. La CPSP jouant le rôle de distributeur et les prix étaient
administrés. Si par ce mécanisme, la production locale était protégée, les consommateurs
étaient taxés indirectement.
Depuis la libéralisation, l’évolution du secteur rizicole dans la Vallée du fleuve a connu
deux phases :
-
la première phase a été marquée par l’intervention des rizeries privées qui ont pris le
relais de la SAED dans la transformation et la commercialisation du riz. Les deux
grandes usines de la SAED sont privatisées; de mini rizeries privées sont créées au
début des années 1990 lorsque le marché intérieur a été privatisé. La CNCAS met
une grande enveloppe de crédit à la disposition des investissements dans le marché du
riz. En raison des taux d'intérêt faibles et de la croissance rapide de la production
pendant cette période, il y a eu une ruée d'investissements dans la construction de
rizeries (35 unités en 2002). Les mini rizeries achètent à crédit le riz auprès des
producteurs, le transforment avant de le vendre aux commerçants.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
36
Cette première phase a connu des ratés avec notamment la multiplication des rizeries, le
non paiement des producteurs, et la faillite de plusieurs entreprises de transformation.
Cette performance désastreuse peut être aussi attribuée en partie à l'analyse très inexacte
des besoins en rizeries effectuée par les agents de crédit pour ce secteur, et en partie au
revers de fortune du secteur du riz dans la vallée vers le milieu des années 1990. Il faut
aussi mentionner que si la transformation disposait d’une ligne de crédit, il n’en était pas
pour la commercialisation. Ceci a contribué à la contre performance de cette phase.
-
La deuxième phase est le contournement des rizeries par les producteurs. Ces derniers
font leur propre démarche pour la commercialisation. Ils payent les services de
transformation auprès de rizeries et vendent directement aux commerçants et aux
consommateurs. Par le biais de leur mouvement associatif, les producteurs ont essayé
de jouer le maillon de la distribution. Le marché du paddy dans la vallée a fait l'objet
d'une transformation au cours de la dernière décennie, étant auparavant contrôlé
principalement par quelques grandes rizeries, alors que maintenant le paddy est pour
la majorité décortiqué par de petites décortiqueuses au niveau villageois. Ces petites
décortiqueuses sont devenues populaires étant donné que leurs charges d'exploitation
par kilogramme de riz sont plus faibles, que leur accès est plus facile pour les
producteurs et qu'elles permettent au producteur de gérer les ventes de sa production
de riz.
Depuis 1997, les stocks invendus par campagne se situent entre 4000 à 5000 tonnes.
Cependant, ces stocks représentent généralement les stocks réservés au paiement des
crédits de campagne. La CNCAS est remboursée en liquides, et les producteurs
remboursent individuellement en paddy au niveau de leur groupement. Ce dernier affiche
des prix de 100 F CFA par kg de paddy pour maximiser leur revenu en vue de
rembourser les crédits qu’ils jugent chers. A ce même moment, ils vendent leur propre
récolte à des prix avoisinant à 85 et 90 F CFA par Kg de paddy.
Ce contraste fondamental noté dans l’existence des stocks invendus et la disponibilité de
l’offre rizicole insuffisante est lié à des problèmes de compétitivité et d’inorganisation
des acteurs de la filière. En 2001, les producteurs ont pu vendre ces stocks aux
groupements féminins qui les commercialisent au niveau des régions de l’intérieur.
L’existence d’un comité interprofessionnel sur la filière peut concourir à solutionner ces
problèmes. L’accent doit être mis sur la recherche de qualité. Au niveau de la
transformation, la technique de triage existe pour la segmentation par type du riz (entier,
brisure, intermédiaire etc.) et pour les besoins de segmentation du marché. Il reste que les
mécanismes de promotion du riz local et la fixation du prix par la qualité demeurent des
actions à entreprendre pour garantir la compétitivité du riz local.
Dans la zone d’intervention de la SODAGRI en Haute Casamance, le désengagement de
l’Etat a été traduit en acte bien après celle de la SAED, alors que les techniques et
pratiques rizicoles n’étaient pas encore assimilées. Ceci a influencé négativement les
performances enregistrées.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
37
Des mesures d’ajustement et d’adaptation des acteurs (producteurs et prestataires de
services, recherche agronomique et crédit agricole) face au nouveau contexte ont permis
de soutenir la viabilité de la riziculture irriguée en développant des stratégies de
rentabilité économique et de compétitivité de la production locale. A la faveur de la
politique de libéralisation, l’environnement institutionnel de la filière riz est marqué par
une forte dynamique de développement avec l’émergence de nombreuses formes
d’organisation des populations (GIE, OP, Union, petites et moyennes entreprises de
services agricoles et para agricoles etc.). On en dénombre plus de 1 800 organisations
paysannes dont près de 1 200 GIE dans le delta.
Malgré les efforts de recherche et de développement, et les investissements considérables
en infrastructures hydro-agricoles, l’intensification de la riziculture reste confrontée à
plusieurs contraintes en amont comme en aval de la production. Les raisons les plus
évoquées pour justifier la faiblesse de l’intensité culturale dans cette partie du pays sont,
entre autres, la difficulté d'accéder au crédit, le manque de main d’œuvre saisonnière, la
mauvaise gestion de l’eau et des terres, et l'indisponibilité de nouvelles variétés
permettant la double culture, les problèmes de qualité et de transformation. La
libéralisation complète de la filière en 1996, et les effets de la dévaluation du franc CFA
ont posé en filigrane les questions de coûts, de compétitivité, de productivité et de
rentabilité des systèmes de production rizicole, et de durabilité en général des systèmes
irrigués. La réflexion sur le devenir et la durabilité de l’agriculture irriguée, et sur la
rentabilité des investissements hydro-agricoles pour la production rizicole, suscite un
regain d’intérêt avec les marges de progrès potentielles de la filière.
Les effets les plus saillants de ces premières mesures de désengagement de l'État sur les
pratiques des acteurs se traduisent par une course à la terre effrénée entre paysans
autochtones, néo-ruraux, fonctionnaires, hommes d'affaire, émigrés, agrobusiness
étranger, une évolution très rapide des superficies aménagées et cultivées et un
accroissement considérable du financement de la production agricole irriguée. D’un
autre coté, on note de fréquentes spéculations foncières. Ainsi, des transactions illégales
ont lieu entre conseils ruraux, attributaires autochtones et non autochtones. Ils
contournent la loi en tissant des réseaux pour se conformer aux actes réglementaires
requis. Les critères d'affectation et de désaffectation sont simplement foulés des pieds.
Une profusion de périmètres privés sommaires, sans drainage, aménagés sur des terres
salées et/ou sablonneux s'installe.
Une partie du crédit de campagne (très en deçà du coût minimum d'un PIV normal) est
utilisée pour financer ce type d'aménagements qui sont abandonnés au bout de quelques
campagnes agricoles (détérioration du réseau et du sol, baisse nette de rendement) par les
exploitants qui obtiennent facilement une nouvelle attribution de terre dans d'autres
zones. Le même scénario qui recommence est une agriculture itinérante (extensive à
souhait, gaspilleuse de sol, utilisant trop d'espace) aux antipodes de l'objectif
d'intensification pour rentabiliser les investissements publics. En réaction à l'occupation
du sol par les AHA, les autres usagers du domaine irrigué (éleveurs, chasseurs, pêcheurs,
promoteurs touristiques, etc.) adoptent des stratégies pour marquer leur présence:
demandes d'attribution, manipulation d'ouvrages hydrauliques, etc.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
38
Par conséquent, le secteur agricole en général reste encore loin d’emprunter les sentiers
de la croissance en dépit des efforts d’ajustement et de réduction des interventions de
l’État sénégalais dans le secteur agricole et rizicole notamment ainsi que de libéralisation
du prix des produits et des intrants agricoles. Des performances médiocres de
l’agriculture durant les années de sécheresse, s’ajoute maintenant une pauvreté de plus en
plus étendue et surtout visible en zones rurales avec environ 80% des pauvres du pays.
Cela a justifié en grande partie la conception du Programme d’Ajustement Sectoriel
Agricole (PASA) en 1994.
Dans la dynamique d’amélioration du secteur agricole, l’État adopte un plan de relance
de l'agriculture en 1997 concernant la détaxe du matériel agricole, la baisse du taux
d'intérêt annuel du crédit agricole passant de 12,5% à 7,5%,. Il impose aussi un nouveau
moratoire de 5 ans des arriérés des organisations paysannes (GIE) pour les campagnes
agricoles 1997/98 et réduit l'apport personnel de 20 à 10 % du financement obtenu.
Toujours dans le prolongement du désengagement de l'État des politiques et cadres de
cogestion se mettent en place en 2001: Fonds de Maintenance des Adducteurs et
Émissaires de Drainage (FOMAED), Fonds Mutuel de Renouvellement des stations de
pompage et des équipements hydromécaniques (FOMUR), Fonds de Maintenance des
Infrastructures d’Intérêt Général (FOMIIG) et Fonds de Maintenance des Périmètres
Irrigués (FOMPI). De même, les représentants des agriculteurs ont arrêté cinq
programmes pour soutenir la dynamique de professionnalisation de l'agriculture irriguée
et la rentabilité des activités. Ces programmes ont trait à l’intensification de la riziculture,
la diversification de la production, la maintenance des infrastructures de production, la
gestion de l'eau et le foncier.
La SODAGRI pilote le développement rural intégré du bassin de l’Anambé depuis 1974
avec la maîtrise d’œuvre des aménagements et infrastructures hydrauliques, l’appui
logistique à la production, la mise à disposition des engins agricoles et du matériel de
récolte, la réalisation de rizeries et d’abattoirs et la commercialisation. Le réajustement
des missions de la SODAGRI recentre les activités sur la promotion du développement
local (appui aux collectivités et aux organisations professionnelles), sur les
aménagements hydro-agricoles et l’aménagement de l’espace rural, sur le développement
agricole et la gestion des ressources naturelles et l’environnement (mise en valeur des
terres aménagées, résorption des poches de pauvreté).
L’approfondissement du niveau de structuration des organisations professionnelles
constitue une priorité ; on recense 180 GIE, 5 unions de GIE, 1 Fédération des unions de
GIE (FEPROBA), 1 Mutuelle d’Épargne et de Crédit (MECA) et 5 Comités de Gestion
de l’eau. La formation d’un cadre de concertation des professionnels de la riziculture
comme la création et la structuration d’organisations professionnelles (élevage, foresterie
et pêche) sont à l’ordre du jour.
Le désengagement des activités de la SODAGRI dans le cadre de la Lettre de mission
2002-2004 requiert la mise en œuvre des actions d’accompagnement relatives à l’appui
conseil, la formation, la gestion de l’eau, la mise en place des crédits, la recherchedéveloppement, l’appui à la commercialisation et le suivi/évaluation.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
39
Les missions de la SAED et de la SODAGRI ont été par conséquent réajustées et leurs
lettres de mission respectives traduisent les contrats de programme triennal qui les lient à
l’État.
Les évolutions structurelles y ont provoqué l’émergence de différents types
d’organisations professionnelles. Les unes pour prendre en charge le fonctionnement des
périmètres et de toutes les opérations collectives liées à la production (crédit, achat
d’intrants, travaux agricoles, commercialisation), les autres pour renforcer la coordination
entre les producteurs et les acteurs de l’amont et de l’aval des filières.
Le métier d’agriculteur s’y est considérablement élargi, intégrant la gestion collective des
infrastructures de production et la maîtrise de la valorisation des produits. Les partenaires
des agriculteurs se sont également diversifiés, des types de relations, fondées sur le
marché, se sont développées.
IV. LA LÉGISLATION ENVIRONNEMENTALE
4.1 Au niveau national
Le cadre législatif et réglementaire pour s’attaquer aux problèmes d’environnement
(dégradation du couvert végétal, pollution de l'air, des eaux et des sols, risques
industriels, etc.) qui affectent le pays est mis en place dès 1983 avec le premier code de
l’environnement. Dans le contexte de la décentralisation, le principe du transfert des
compétences de gestion des ressources naturelles et de l’environnement aux collectivités
locales est effectif depuis 1996. Des instruments de planification stratégique sont
adoptés : Plan National d’Action Environnemental (PNAE, 1997), Plan d’Actions
nationales de Lutte Contre la Désertification (PAN/LCD, 1997), Plan d’Action Forestier
du Sénégal (PAFS), la Stratégie nationale de mise en œuvre de la convention Cadre sur
les Changements Climatiques, le Programme d’Action sur la diversité biologique, le
Programme d’Action pour la protection de la Couche d’Ozone, le Plan de gestion de
déchets dangereux.
L’adoption de nouveaux textes juridiques (code forestier, code de l’eau, code la chasse et
de la protection de la faune, code de l’hygiène, code des collectivités locales, etc.)
s’inscrit dans une perspective de développement durable en réaffirmant le principe de la
conformité du droit national aux conventions internationales signées et ratifiées par le
Sénégal et la mise en œuvre des principes et mesures énoncés dans l’Agenda 21. Une
démarche plus cohérente imprime des mesures de haute portée stratégique pour
réaménager, renforcer l'appareil institutionnel ayant en charge la gestion de
l'environnement et des ressources naturelles et se doter d'un cadre plus harmonisé qui
réduit les risques de chevauchement ou de dispersion des actions menées en faveur de la
défense de l'environnement et la promotion d'un développement durable.
C’est dans cette dynamique que le nouveau Code de l’environnement refondu et actualisé
a été promulgué en janvier 2001 et son décret d’application signé en avril 2001. Les
dispositions de la Loi No 2001 – 01 du 15 janvier 2001 portant Code de l'Environnement
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SENEGAL (DRAFT)
40
(LCE) et de son décret d’application No 2001 – 282 du 12 avril 2001 constituent le cadre
législatif et réglementaire fondamental régissant les activités ayant des incidences
environnementales. Son élaboration s’est faite en tenant compte des dispositions
contenues dans différents textes, législations et réglementations en rapport avec la
protection de l’environnement et des ressources naturelles.
La LCE dispose dans le chapitre V du titre II que l’Évaluation Environnementale (EE)
inclut les Études d’Impact sur l’Environnement (EIE), l’Évaluation Environnementale
Stratégique (EES) et les Audits sur l’Environnement (AE).
L’objectif visé par l’EIE est “ l’intégration des préoccupations environnementales dans
tous les projets intéressant le développement économique, social et culturel du Sénégal ”,
susceptible de porter atteinte à l’Environnement. Cet objectif est sous-tendu par celui
d’un développement durable, fondé sur “l’utilisation écologiquement rationnelle,
économiquement viable et socialement acceptable des ressources de l’Environnement ”.
Ainsi, dans sa portée et son champ d’application, l’EIE “évalue les effets escomptés sur
la santé des populations, sur l’environnement naturel et sur la propriété ; elle peut
également couvrir les effets sur le plan social, notamment ce qui concerne les besoins
spécifiques des hommes et des femmes, et des groupes particuliers, la réinstallation des
personnes déplacées et les conséquences pour les populations locales ”.
Afin de garantir un riz de qualité pour la consommation des populations, l’Institut
Sénégalais de Normalisation (ISN) a élaboré des normes (norme NS 03-028 pour le riz
paddy et norme NS 03-029 pour le riz usiné).
Dans le cadre de l’Organisation de la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal (OMVS), un
observatoire de l’environnement est mis en place (1999).
Le Comité Sahélien d’homologation des pesticides dans le cadre du CILSS vient
renforcer le dispositif de la législation environnementale nationale.
4.2 Application des accords multilatéraux environnementaux (AEM)
Le Sénégal a signé et ratifié plusieurs conventions internationales, un premier groupe
d’accords internationaux concerne la réduction de l’utilisation de produits chimiques
dangereux et pesticides : la convention cadre des nations unies sur les changements
climatiques ; la convention de Rotterdam sur la procédure de consentement préalable en
connaissance de cause applicable à certains produits chimiques et pesticides dangereux
qui font l’objet d’un commerce international ; la convention phytosanitaire pour
l’Afrique ; la convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants ; le
protocole de Carthagène sur la prévention des risques biotechnologiques ; et la
convention internationale pour la protection des végétaux.
Un second groupe de conventions a trait à la protection des ressources naturelles et aux
écosystèmes (biodiversité, milieux vulnérables et fragiles) : la convention de Ramsar,
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
41
relative aux zones humides d’importance internationale, particulièrement comme les
habitats des oiseaux d’eau ; la convention de Bonn sur la conservation des espèces
migratrices appartement a la faune sauvage ; la convention sur la diversité biologique
(CBD) ; la convention sur le commerce international des espèces sauvages menacées
d’extinction (CITES).
La revue des AEM met en évidence les interrelations avec les disciplines et règles de
l’OMC concernant la liberté du commerce et la question de la synergie entre le
commerce et l’environnement, inscrite dans le mandat de négociation de la Déclaration
de Doha. A cet égard, l’analyse porte essentiellement sur la compatibilité des
réglementations assurant la protection de l’environnement avec le système commercial
multilatéral et leur incidence sur la production du riz.
-
La Convention de Ramsar relative aux Zones Humides d’importance internationale,
particulièrement comme habitats des oiseaux d’eau s’applique sur les réserves
d’oiseaux situées dans le Delta du Fleuve Sénégal. Le problème de cohabitation des
oiseaux avec la production rizicole est une question environnementale cruciale. La
biodiversité sur la faune et le flore est propice a l’existence des oiseaux, mais déclarée
néfaste pour la riziculture avec la déforestation pour les besoins d’aménagement et
d’intensification.
-
Soucieux de conserver la diversité biologique de ses écosystèmes et l’utilisation
durable des ressources génétiques, le Sénégal est signataire de la Convention sur la
Diversité Biologique (CDB). Aucune mesure commerciale n’est expressément prévue
dans la CDB. Néanmoins, dans le cadre des impacts environnementaux concernant la
filière riz, les dispositions de l’article 10 relatives à l’adoption de mesures concernant
l’utilisation des ressources biologiques pour éviter ou atténuer les effets défavorables
sur la diversité biologique, sont pertinentes. De même, les dispositions de l’article 15
qui établissent un régime pour l’exploitation des ressources génétiques fondé sur la
répartition juste et équitable de leur exploitation, peuvent être mises à profit dans le
cadre d’une gestion économiquement rationnelle des périmètres irrigués.
-
Le Protocole de Carthagène sur la Prévention des Risques Biotechnologiques (La Bio
sécurité) contribue à assurer une adéquate protection pour le transfert, la manipulation
et l’utilisation sans danger des OGM qui peuvent avoir des effets défavorables sur la
conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique et peuvent également
comporter des risques pour la santé humaine. Il peut arriver que des produits OGM
importés, cas du maïs en provenance d’Argentine, soient semés dans les zones de
cultures de céréales traditionnelles ou dans les périmètres irrigués. Ceci peut conduire
à une contamination et à un risque d’élimination de l’espèce naturelle, du fait de
certaines propriétés de la variété OGM. Pour endiguer un tel risque les autorités
envisagent d’élaborer une réglementation sur la production, l’importation et la
distribution de produits contenant des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM).
-
La Convention Internationale pour la Protection des Végétaux (CIPV) permet au
Sénégal de réglementer l’importation de végétaux, de produits végétaux afin
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
42
d’empêcher l’introduction et/ou la dissémination d’organismes nuisibles. Le
commerce international des produits végétaux peut être soumis à une limitation des
points d’entrée pour l’importation de certains produits végétaux. En outre, les
végétaux et produits végétaux doivent être accompagnés de certificats phytosanitaires
ou soumis à une inspection ou à un traitement.
-
Les importations de riz sont de fait soumises au contrôle des denrées alimentaires,
exercé par la Division du contrôle de la qualité des denrées alimentaires importées,
des échantillons devant faire l’objet d’une analyse préalable du laboratoire de la
Direction du Commerce Intérieur. Cet accord de prévention et de protection a un
impact sur la mise a disposition de nouveaux cultivars auprès des producteurs. Le
nombre limite de nouvelles variétés réduit le portefeuille variétal de ces producteurs.
L’introduction de nouvelle matière végétale suit un long processus de contrôle et de
validation.
-
La Convention de Rotterdam sur la Procédure de Consentement Préalable (PIC) en
connaissance de cause applicable à certains produits chimiques et pesticides
dangereux qui font l’objet d’un commerce international 1998 (Les Pesticides )
encourage le partage des responsabilités et la coopération entre parties dans le
domaine du commerce international de certains produits chimiques dangereux,
protége la santé des personnes et l’environnement contre les dommages éventuels, et
contribue à l’utilisation écologiquement rationnelle de ces produits. La Convention
PIC, comporte des mesures commerciales qui visent à asseoir les conditions d’un
développement durable, la protection de l’environnement et des végétaux, la
préservation de la santé des populations et des animaux. La convention prévoit une
mesure de soutien relative à l’assistance technique.
D’autres conventions signées ou ratifiées par le Sénégal traitent de la gestion des
pesticides et de la protection des végétaux. Il s’agit de :
-
la Convention internationale pour la protection des végétaux de la FAO ;
la Convention Phytosanitaire Interafricaine du CPI de l’Union Africaine ;
la Réglementation sur l’homologation des pesticides communs aux États
membres du CILSS.
Dans le cadre de l’agriculture irriguée, les eaux de drainage déversées dans les cours
d’eau et les résidus de pesticides dangereux font peser une menace sur la santé des
hommes, des animaux et des plantes. On assiste actuellement à la prolifération des
maladies hydriques liées à l’extension des surfaces inondées en eau douce et à la
pollution des eaux par les produits chimiques entraînant la bilharziose, la diarrhée et
intoxication du bétail. D’une manière générale, les insecticides de la famille des
organophosphorés sont réputés toxiques sur les mammifères et par conséquent sur
l’homme. Le méthyl-parathion (nom commercial : Pacol ou Paraphéne) qui appartient à
cette famille, serait utilisé dans la Vallée du Fleuve Sénégal.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
43
Les autorités veillent à ce que les produits radiés et repris à l’annexe 5 ne puissent être
importés, commercialisés ou distribués au Sénégal. En application de cette Convention, il
est créé un comité national de gestion des produits chimiques dangereux, des pesticides et
autres produits assimilés. La structure nationale chargée de la gestion des pesticides est la
Direction de la Protection des Végétaux du Ministère de l’Agriculture et de l’Élevage.
Pour prévenir les risques liés à l’utilisation des pesticides pour l’environnement, les
consommateurs et l’applicateur, il existe une législation de quarantaine et une
réglementation en matière phytosanitaire (contrôle et homologation des pesticides admis
au Sénégal). Une police phytosanitaire est également exigée aux frontières (Port et
Aéroport, etc.) pour les produits végétaux.
- Le Protocole de Montréal Relatif aux Substances qui appauvrissent la couche d’ozone
établit un régime qui limite les émissions de substances qui appauvrissent la couche
d’ozone dans l’atmosphère. L’analyse comparative de la liste des produits et substances
réglementés et des pesticides utilisés dans la Vallée du fleuve Sénégal, montre que
certains de ces produits circulent dans cette zone de production de riz. En application du
Protocole de Montréal, le Sénégal a élaboré une réglementation nationale. La présence
très forte de mauvaises herbes en riziculture irriguée et pluviale pose le problème de
l’utilisation rationnelle et efficiente des herbicides. Les produits actuels ont des effets
plus ou moins déterminants sur les mauvaises herbes. Cependant, ceci ne doit pas altérer
la durabilité des systèmes de production.
Les mesures commerciales du Protocole concernent les dispositions réglementant
l’importation et l’exportation de certaines substances, notamment les CFC (pesticides,
halons et bromure de méthyle). La réglementation nationale, dans sa version actuellement
en vigueur ne vise pas le bromure de méthyle. Dans la pratique, ce produit qui était
importé, ne serait plus utilisé et a été remplacé par la Phosphine (PH3 ).
-
La Convention de Stockholm sur les Polluants Organiques Persistants protége la santé
humaine et l’environnement des polluants organiques persistants, en réduisant ou en
éliminant les rejets de POP dans l’environnement. La mise en œuvre de cette
convention devrait permettre de limiter voire supprimer l’importation, la production
et la distribution sur le territoire national de produits chimiques dangereux tels que
certains pesticides dont le dieldrine. En effet, outre les risques de présence de résidus
dans les récoltes, le drainage des résidus de pesticides dangereux par ruissellement
des eaux affecte la nappe souterraine et les rejets dans le fleuve font peser une réelle
menace sur la santé des hommes et des plantes.
La Convention sur le Commerce International des Espèces Sauvages Menacées
d’extinction (CITES) a été élaborée afin de protéger les espèces sauvages contre la
surexploitation et d’empêcher que le commerce international n’entraîne leur disparition.
Or, la région de St- Louis où se trouve la zone de culture du riz, renferme une variété
importante d’espèces de la faune et de la flore sauvages protégées. Le parc du Djoudj
abrite une multitude d’oiseaux, des rhinocéros et d’autres espèces aquatiques vivent
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
44
également dans le fleuve Sénégal. Ceci induit une incidence directe sur la production
effective du riz dans ces espaces protégées dans la zone du delta.
Pour la protection des récoltes, les services de la DPV procèdent à l’épandage de
produits chimiques au-dessus des périmètres irrigués. Du point de vue de la CITES; la
préoccupation majeure est de mieux appréhender les effets défavorables qu’une
déréglementation du système commercial pourrait avoir sur l’environnement. Cependant,
la préservation de la biodiversité sur la faune et la flore est tributaire de pratiques et de
l’utilisation de produits dangereux pour culture du riz. Pour atteindre l’objectif de
préservation de la biodiversité dans ce contexte, il y a lieu d’organiser et de réglementer
les pratiques culturales et le commerce des produits et substances dont l’utilisation peut
affecter l’équilibre des écosystèmes.
-
La Convention de Bonn sur la Conservation des Espèces Migratrices appartement à la
Faune Sauvage fixe les règles visant à la protection des espèces migratrices et de leur
habitat. Or, beaucoup d’espèces d’oiseaux migratoires peuvent être rencontrées dans
les réserves d’oiseaux situés dans la zone des périmètres irrigués. D’ailleurs, le
protocole signé entre le Sénégal et la Mauritanie pour le contrôle des oiseaux
migrateurs a suscité une polémique avec les associations de protection des oiseaux,
d’autant que le parc de Djoudj est classé au niveau international.
-
La Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques et Le
Protocole de Kyoto stabilisent les concentrations de gaz à effet de serre dans
l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du
système climatique, y compris les émanations
de méthane du fait de la
décomposition de matières organiques à partir des rizières. La CCNUCC ne comporte
pas directement de mesures affectant les échanges commerciaux mais, dans le cadre
de sa mise en œuvre, des mesures pouvant avoir des incidences commerciales
peuvent être prises. Cependant, il est expressément fait mention du commerce
international à l’article 3.5 de cette convention, en ces termes « il convient d’éviter
que les mesures prises pour lutter contre les changements climatiques, constituent un
moyen d’imposer des discriminations arbitraires ou injustifiables sur le plan du
commerce international ou des entraves déguisées à ce commerce ».
-
Le Protocole de Kyoto à la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements
Climatiques (CCNUCC) contribue à assurer la réalisation des objectifs de cette
convention grâce à la réduction des émissions de gaz à effet de serre des pays
développés « pays de l’annexe I ». Des mesures liés au commerce pour promouvoir le
développement durable, les dispositions du Protocole de Kyoto visent la réduction
voire l’élimination des émissions de gaz à effet de serre, des incitations de toutes
sortes (fiscales ou autres) liées à l’utilisation des produits et substances émettant des
gaz à effet de serre. Les impacts environnementaux pris en compte par la CCNUCC
et le Protocole de Kyoto considèrent les principales sources de gaz à effet de serre
que sont : le méthane non fossile provenant des rizières, les changements dans
l’exploitation des terres et des forêts et la consommation d’énergie fossile.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
45
V. ÉVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU
COMMERCE SUR LE SECTEUR DU RIZ
5.1 Impacts environnementaux
5.1.1 Analyse des impacts environnementaux des aménagements hydroagricoles
Le contexte environnemental est caractérisé par la diminution chronique et persistante de
la pluviométrie ce qui aboutit à une fragilisation importante de la production agricole; la
stratégie des décideurs pour s’affranchir des aléas climatiques et pour inverser la
tendance à la désertification a consisté à asseoir une sécurité alimentaire durable et à
promouvoir l’économie nationale en substituant aux importations, toujours devenues
croissantes, une production locale.
A partir de 1985 la mise en place de barrages (Diama, Manantali, Anambé, Guidel,
Affignam) permet d’atteindre le principal objectif de maîtrise des crues et développement
d’une agriculture moderne par irrigation. L’irrigation constitue l’enjeu majeur avec la
conception des aménagements hydro-agricoles dans la région du fleuve Sénégal et dans la
région naturelle de Casamance.
Les aménagements hydro-agricoles dans le bassin du fleuve Sénégal comprennent d’une
part de grands aménagements dotés d’un réseau d’irrigation et de drainage et d’autre part
des périmètres irrigués villageois de réalisation très sommaire et très souvent dépourvus
de réseaux de drainage.
En Casamance et dans le Centre-Est du bassin arachidier, il s’agit de promotion d’une
riziculture pluviale et irriguée en zone sud du pays : rizières hautes ou pluviales, rizières
moyennes ou douces et rizières profondes de mangroves ou salées.
La réalisation des AHA a occasionné des dommages considérables sur l ‘environnement
et la société :
Destruction de la diversité de la végétation et réduction des habitats;
Perturbation des systèmes traditionnels de production de la vallée basés sur le régime
naturel du fleuve (cultures de décrue, élevage et pêche);
Baisse drastique des captures de la pêche continentale;
Risques d’eutrophisation des milieux aquatiques ;
Risques de dégradation de la qualité des sols (salinisation, acidification, etc.);
Dégradation de la qualité des eaux de surface ;
Élévation du niveau de la nappe ;
Risques d’augmentation des foyers propices au développement d’organismes vecteurs de
maladies (bilharziose, amibiase, entéro-infection, etc.).
La matrice des interrelations entre la riziculture et les composantes de l’écosystème
montre que les impacts négatifs les plus importants touchent le sol et les populations.
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SENEGAL (DRAFT)
46
Tableau 6: Matrice des interrelations entre la riziculture et les
l’écosystème
Sol
Flore Faune
Eau de Eau
surface
souterraine
Défrichement +
+
+++
+++
+++
Engrais
+++
+++
+++
++
++
Pesticides
+++
+++
+++
+++
+++
Casiers
++
++
++
+
+
Drainage
+++
+++
+++
+++
+++
+ : impact faible ; ++ : important ; +++ : très important
- : sans impacts.
composantes de
Populations
+++
+++
+++
++
+++
La libéralisation de la filière riz a largement entraîné la ruée vers les aménagements. Les
surfaces aménagées sont passées de 24 600 ha en 1985/86 a 67 788 en 1995, puis a 97
000 en 2001 (SAED, 2002). Cependant, les superficies cultivées vont se développer à un
rythme plus faible que les superficies aménagées. Après une forte progression des taux de
mise en valeur (superficie cultivée/ superficie aménagée) voisins de 1 en 1980, on
constate une diminution de ce taux jusqu’au développement des aménagements prives à
partir de 1987. Les superficies cultivées vont doubler de 1987 à 1993/94. La part du riz
va aller augmenter de 76% des superficies cultivées en 1987 et 82 % en 1994/95. Cette
évolution est constatée en dents de scie jusqu’en 2002. Par ailleurs, les incitations de la
relance avec l’accroissement des crédits a hauteur de 35 milliards de FCFA avant 2000 et
la réduction du taux d’intérêt (de 12.,5 à 7,5%) combinées à la libéralisation (initiatives
privées) ont favoriser l’augmentation des superficies mises en valeur en 1997/98 de 19 %
(SAED, 1998).
Le désengagement des pouvoirs publics de la gestion des AHA et la libéralisation de la
filière vont engendrer des impacts sociaux et humains qui s’ajoutent à ceux
biophysiques déjà connus. L’intensification de la production entraîne des changements
dans les modes de production avec utilisation d’engrais et de produits phytosanitaires :
Risque de conflits pour l’accès aux terres aménagées ;
Faiblesse des capacités des populations pour une mise en valeur optimale des casiers
pouvant occasionner une dégradation de l’environnement ;
Risques de contamination des aires de pâturage par les résidus des eaux de drainage;
Résidus des engrais évacués avec les eaux de drainage et atteinte à la qualité des eaux ;
Envahissement des intrants de toutes natures sur le marché national suite à la
libéralisation du commerce ;
Faibles capacités techniques des revendeurs intermédiaires pour gérer les produits ou
pour conseiller les producteurs
Dosage aléatoire et empoisonnement direct et indirect;
Risque de bioaccumulation des résidus des pesticides dans la chaîne alimentaire ;
Risques d’accidents dans la conservation et la manipulation des pesticides ;
Usages non conformes des eaux de drainage à des fins domestiques (laver la vaisselle, le
linge, baignade, etc.).
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
47
La lutte contre les organismes nuisibles que sont les acridiens ravageurs et le criquet
pèlerin a un fort impact économique et environnemental au Sénégal. Les sauterelles de la
famille d’Oedaleus senegalensis qui a une grande capacité de migration, peuvent causer
d’importants ravages sur les périmètres de cultures du riz, comme pendant la saison des
pluies de 1974. Les autres espèces de sauteriaux qu’on peut rencontrer dans les zones de
riziculture sont : Hieroglyphys daganensis, Kraussania anqulifera, Cataloïpus cymbiferus,
Omithacris cavroisi, Anacridium melanorhodon, etc. Le criquet pèlerin avait envahi
toutes les régions du Sénégal en 1988/1989, après une rémission de près de trente ans qui
avait entraîné le relâchement des actions de prévention des organisations chargées de la
lutte anti-aviaire.
Au risque de compromettre les efforts consentis pour accroître les productions vivrières
et notamment les céréales, la lutte anti-aviaire nécessite des moyens accrus et des actions
d’investigation permanente.
5.1.2 Impacts de la riziculture sur l’environnement
La libéralisation de la filière a augmenté les besoins d’aménagement et donc
d’occupation de l’espace, de l’utilisation des ressources sols et eaux. Ceci a créé des
effets induits sur l’environnement des systèmes de production rizicoles. En raison de
l’utilisation permanente de l’eau d’irrigation, de pesticides et d’engrais, la riziculture
participe à l’émission de gaz carbonique, de méthane, d’oxyde d’azote et d’ammoniac.
Les émissions de méthane sont spécifiques à la riziculture irriguée du fait de longues
périodes d’inondation et de la décomposition anaérobique des matières organiques; l’urée
mal appliquée s’évapore sous forme d’ammoniac.
L’élevage transhumant a été déstructuré par la riziculture irriguée qui, en occupant
l’espace, supprime progressivement les pâturages de décrue et les pistes de bétail.
Cependant, les discussions ont montré que la riziculture irriguée est déjà bien implantée,
a fait l’objet d’investissements importants et se trouve être une des principales sources
d’intégration de l’élevage dans le nouveau système de production de la vallée de par les
sous produits qu’elle procure aux éleveurs pour l’alimentation du bétail.
La salinisation des sols est le principal problème de la riziculture pluviale au sud du pays
suite à la baisse de la pluviométrie.
La riziculture irriguée est réputée dévastatrice de l’arbre (travaux de terrassement, de
canalisation et de planage liés à l’aménagement des terres), mais les discussions ont
montré que, paradoxalement, les zones aménagées de la vallée sont celles où l’arbre est
présent, ce qui s’explique une pratique assez répandue du reboisement et par le fait que
les exploitants des périmètres, grâce à leurs revenus, sont ceux qui peuvent penser à
améliorer leur environnement alors que les populations sans revenu adéquat sont obligées
de déboiser pour survivre et n’ont pas le loisir de penser à restaurer l’environnement.
Concernant les autres types de dégradation de l’environnement susceptibles d’être
occasionnés par la riziculture du fait des produits utilisés, on peut considérer qu’ils sont
encore très minimes et que le meilleur moyen de s’en préserver est l’application du
paquet technologique telle que recommandée par la recherche et l’encadrement.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
48
5.2 Impacts sociaux
5.2.1 Impacts sur le mouvement de structuration des organisations professionnelles
A la faveur de la politique de libéralisation de l’état, on assiste à l’émergence de plusieurs
organisations socio-professionnelles qui gravitent autour de la filière riz. Le nouveau
contexte de l’agriculture irriguée de la vallée du fleuve est marqué par l’avènement de
dynamiques, de structures et de mécanismes qui contribuent à la recomposition de
l’environnement socio-économique à parachever. On note près de 2000 organisations
dans la vallée avec une prépondérance marquée des GIE et une tendance progressive à
leur regroupement en fédérations, unions et organisations fédératives (ISRA, 1996). La
prédominance des GIE est surtout due aux besoins de financement auprès de la CNCAS
qui en fait un point focal de l’offre de crédit.
Le tissu organisationnel actuel du mouvement paysan de Dagana est le plus dense de la
région et du pays même. Il est le résultat de formes d'organisation proposées aussi bien
par l'État et les autres structures d'appui que de réponses - sui generis - trouvées à leurs
propres préoccupations. Ce brassage technocratique et populaire donne, aujourd'hui, la
nomenclature de plusieurs associations fédératives par filière et par produit. On note par
exemple la présence des associations interprofessionnelles sur le riz, la tomate, la patate
douce et récemment l’oignon. De même, on note des structures professionnelles de
prestation de service comme le CIFA.
Dans l’Anambé, le mouvement de structuration des organisations de producteurs est en
train de prendre forme comme la Fédération des Producteurs du bassin de l’Anambé
(FEPROBA) mise en place sur l’initiative de la SODAGRI et la Mutuelle d’Epargne et de
Crédit du Bassin de l’Anambé (MECA).
Le désengagement de l’État est le terme consacré pour désigner le changement d’option
dans la promotion du développement économique et social du pays. Le terme est souvent
couplé avec la notion de responsabilisation des producteurs et des opérateurs
économiques privés. Sa première marque dans le développement rural a été la Nouvelle
Politique Agricole de 1984.
La Caisse nationale de crédit agricole a pris le relais du financement de l’agriculture irriguée
de la Vallée du Fleuve Sénégal en 1987. Ceci marque le début de l’intervention effective
de cette institution dans la filière irriguée, et notamment pour les cultures de tomate et du
riz. Le choix de GIE comme forme d’intermédiations de la CNCAS auprès des
producteurs, le plafonnement à 3 millions de FCFA par GIE et la souplesse de cette
forme d’organisation ont entraîné leur floraison. La demande de crédit est importante pour
de nombreuses exploitations agricoles dépourvues d’épargne pour s’autofinancer. La
riziculture irriguée exige, en effet, une forte consommation en intrants. Cela entraîne
cette forme d’association. Pour la gestion d’ouvrages ou d’autres structures
communautaires, des formes d’associations appropriées existent.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
49
Trois niveaux de structuration se distinguent
professionnels :
-
dans la typologie des acteurs
Les organisations paysannes de base (OPB) - il s'agit des organisations logées dans un
village ou pouvant être composées d'un nombre réduit de membres. Elles s'occupent
directement de la mise en culture des périmètres par les membres individuels
disposant de parcelles de culture distinctes à l'intérieur du périmètre. Les OPB sont
réparties selon deux statuts.
h Les GIE - Sous le statut de GIE on retrouve une très grande diversité de réalités
organisationnelles en fonction du type de lien existant entre les membres. Ainsi, on a
les cas de figure suivants.
à Le GIE familial qui est une forme de légalisation de l'exploitation agricole
familiale lui permettant d'accéder plus facilement aux facteurs de production; il
est composé de la quasi totalité des membres de la famille. Quelques fois, et à
l'opposé, il s'agit d'une personne qui veut conduire sa propre affaire en inscrivant
un ou deux parents très proches (souvent des mineurs, sinon ses épouses). Ces
GIE opèrent généralement sur des AHA privés.
à le GIE d'exploitants agricoles composé de plusieurs membres appartenant à
des familles différentes d'un même quartier, d'un même village, de villages
différents ou même de communauté rurales différentes, sinon de citadins et de
villageois. Certains de ces GIE correspondent aux anciens groupements de
producteurs de la SAED (surtout, les trois premières catégories) et opèrent,
donc, sur des AHA publics alors que d'autres exploitent des AHA privés.
h Les sections villageoises de coopérative (SVC) - Ce type d'organisation existe
depuis 1983 suite à la réforme des coopératives (qui existent depuis 1964) dont elles
sont des démembrements; elles sont caractérisées par le fait d'être spécialement
partenaires de l'Etat. Généralement, plusieurs SVC existent au niveau village; les
petits villages ont, cependant, une seule SVC ou bien intègrent des SVC d'un autre
village.
-
Les organisations de niveau intermédiaire.
-
Les unions et associations villageoises - Il s'agit de structures regroupant tout
ou partie des organisations paysannes de base (OPB) d'un village avec,
souvent, comme objet la promotion du développement global (agricole, social
et économique) du village. Dans ce groupe on retrouve les foyers (renfermant
des GIE ou des groupements informels) et certains groupements de femmes.
-
Les unions hydrauliques - Ce sont des organisations engagées dans
l'autogestion des AHA publics suite à un acte de transfert de responsabilités
opéré, en leur faveur, par la SAED. Leur statut juridique peut être le GIE ou
plus rarement la SVC; c'est le fait d'avoir hérité d'un patrimoine de l'Etat et
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
50
leur fonction première (assurer le service de fourniture de l'eau) convenue
avec la SAED qui les distinguent des autres organisations. Elles regroupent
des OPB (SVC et/ou GIE) qui exploitent les différentes unités de mise en
valeur de l'AHA. Les unions hydrauliques couvrent souvent plusieurs villages
vue la taille importante des AHA qu'elles gèrent. Depuis 1993, elles se sont
regroupées au sein de la Fédération des Périmètres Autogérés (FPA) qui, au
sortir d’un diagnostic institutionnel participatif (DIP) en septembre 2002, s’est
fixée comme objectifs :
-
Les unions et associations de terroir - Elles regroupent les organisations des
villages d'une zone géographique déterminée (vallée du Lampsar, le Dièri, le
lac de Guiers, etc.) dont elles défendent les intérêts généraux sur la base de
problèmes techniques ou écologiques particulières ou alors, de liens
traditionnels et culturels.
-
Les coopératives - Au niveau de chaque communauté rurale, existe une seule
coopérative qui fédère l'ensemble des sections villageoises. Il apparaît donc
que leurs membres (les SVC) sont également membres d'autres entités qui
sont plus dynamiques que la coopérative elle même qui semble n'avoir gardé
que la fonction de représentation aux niveaux départemental, régional et
national.
-
Les Organisations Paysannes Fédératives (OPF) - Ce sont des structures
opérant à l'échelle du département et, parfois, au delà de ses limites. Elles
portent la mémoire collective du mouvement paysan de ces trente dernières
années. On peut citer entre autre, l’ASESCAW créée en 1976 sous sa forme
actuelle (ONG locale) ; Des organisations fédératives agricoles sont apparues
au tout début des années 90 en même temps que les grandes mesures de
désengagement et de libéralisation (UGEN, UGIED, la FEGIED); la
Fédération des Périmètres Autogérés (FPA) regroupe, à l’échelle du
département de Dagana, et depuis 1993 les Unions hydrauliques, etc.
D'une manière générale, les chefs d'exploitation membres des Unions se reconnaissent
dans les activités menées par l'organisation de base à travers l'objectif global de
sécurisation des revenus monétaires nécessaires à la survie de l'exploitation familiale.
Bien entendu, certaines préoccupations restent spécifiques aux conditions d'existence et
n'interpellent en rien l'Union dans leur programme. En effet, les villages situés à
l'intérieur des aménagements, dont l'origine est souvent lié à des déplacements de
population, en rapport avec la colonisation de nouvelles terres, sont confrontés à des
problèmes aigus de qualité des habitations (matériaux de construction), de l'eau, de santé
et d'électrification. Ces visées sont légitimes et cadrent bien avec l'amélioration des
conditions de vie et du bien être social.
Les membres des Unions ou structure de base de la FPA sont très conscients du fait que
l'environnement socio-économique n'est pas très favorable pour leur permettre de
valoriser toutes les potentialités disponibles en matière d'aménagements. Cet
environnement est essentiellement caractérisé par les facteurs suivants :
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
51
-
Forte dépendance vis à vis du système de crédit de campagne (CNCAS)
Difficultés structurelles de commercialisation du riz usiné
Défaillance des riziers dans le remboursement des crédits
Retrait de la CNCAS du financement de la commercialisation
Mauvaise qualité des aménagements
Mauvaise qualité des eaux d'irrigation dans le delta
Contraintes physico-chimiques et qualité des sols, etc.
Toutes ces difficultés ont emmené les producteurs membres des Unions à développer ou
à envisager de nouvelles stratégies pour sortir des cercles vicieux de l'endettement et de la
paupérisation. Les idées maîtresses tournent autour de la diversification, de la mise en
place de structures alternatives de crédit (les mutuelles), des contrats de négociation avec
les commerçants, les prestataires de services, et structures d’appui technique.
La principale activité menée dans les périmètres autogérés de la Fédération est centrée
sur la riziculture. Il est important de signaler que la filière a subi de profondes mutations
depuis le désengagement de l'État et la libéralisation du secteur. Cela a entraîne la
multitude d’associations des producteurs pour suppléer le rôle et les fonctions exercés par
l’État ou pour répondre à des taches précises et difficiles a surmonter de façon
individuelle. Cependant, les goulots d’étranglement du crédit, de la commercialisation, de
la gestion hydraulique restent entiers.
Ces formes d’organisations tentent de combler les fonctions desquelles l’État s’est
désengagées : intermédiation financière, commercialisation, fourniture d’intrants (achat
groupes), formation, etc. Les différents aspects contraignants (crédit, foncier, etc.) du
nouveau système ne leur ont pas permis d’exprimer toutes les potentialités que recèlent
les nombreux GIE qu’elles regroupent. Elles ont joué un rôle important pour la
structuration des initiatives des exploitants individuels, des groupes indépendants
d’exploitants, des villages et des terroirs dans le nouveau contexte. Ces organisations de
producteurs mettent en place des cadres de partenariat avec les structures de recherche
(ISRA, CIRAD, IRD, ADRAO, Universités de Saint-Louis, etc.) et les structures
techniques d’appui (SAED, DRDR, ANCAR, etc.).
La mise en place de cadres d’échanges et de concertation consacre un pallier supérieur
dans le processus de renforcement des capacités des acteurs de la filière rizicole. Les
organisations interprofessionnelles de filières sont des cadres d’échanges et de
concertation centré autour d’une filière donnée opérant à l'échelle d’une zone de
production comme la vallée du fleuve Sénégal et, parfois, à l’échelle nationale comme
l’UNIS. Ces cadres regroupent tous les acteurs intervenant à tous les niveaux d’une filière
donnée (producteurs, transformateurs, prestataires de services, commerçants, fournisseurs
d’intrants et de crédit, consommateurs, transporteurs, etc.). Il s’agit entre autres du
Comité Interprofessionnel du Riz (CIRIZ), du Comité National de Concertation sur la
Tomate Industrielle (CNCTI) de l’Union Interprofessionnel des Semences (UNIS), du
Comité National Interprofessionnel de l’Horticulture (CNIH), Comité National
Interprofessionnel de l’Arachide (CNIA), l’Association des Producteurs d’Oignon de la
Vallée (APOV) etc.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
52
5.2.2 Identification des besoins
Les ateliers de concertation ont permis de cerner les besoins des acteurs de la filière du
riz.
5.2.2.1 producteurs
Les producteurs et prestataires de service ont débattu des effets positifs et négatifs de la
libéralisation du commerce et des questions qui ont porté essentiellement sur :
-
la cohabitation entre l’agriculture et l’élevage et entre les zones du Walo et du
Diéri sous l’angle des sous produits agricoles ;
l’importance de la filière riz locale ;
la concurrence déloyale avec le riz importé principalement d’Asie et
largement subventionné ;
les problèmes de commercialisation nés du manque de protection ;
la possibilité de mise en place d’une structure privée capable de prendre en
charge les approvisionnements et la commercialisation des produits agricoles ;
les résultats et le suivi de l’étude.
Les débats qui ont suivi n’ont pas omis de faire l’introspection nécessaire des paysans sur
leurs pratiques et leurs responsabilités dans les difficultés qui assaillent la production
rizicole.
Les nombreux points discutés peuvent être regroupés sous quatre rubriques :
-
La commercialisation comme principal problème actuel de la riziculture
Plusieurs problèmes ont été soulevés relativement à la mise en marché du riz produit au
Sénégal.
La libéralisation a été perçue par plusieurs participants à l’atelier comme le moyen qui a
permis d’installer une concurrence déloyale du riz local. Le riz importé est souvent de
mauvaise qualité ; ce qui interpelle la responsabilité de l’État dont on s’interroge sur la
volonté politique de régler le problème. L’exemple de la Mauritanie est évoqué pour
montrer que des mesures simples et efficaces peuvent être pris par l’Etat pour protéger la
production locale. On s’est étonné que l’État n’ait pas procédé à une programmation plus
rigoureuse de la réalisation de l’autosuffisance pour mieux assurer sa souveraineté.
Un autre problème de mise en marché est attribué par les participants au déficit, voir
l’absence totale de marketing concernant le riz local.
Cependant, plusieurs participants reconnaissent qu’il y a un problème d’habitude
alimentaire à vaincre au niveau de la population sénégalaise. En effet, les modes et les
préférences de consommation du riz font une part belle aux types de riz importés.
-
Coût de production, rentabilité et compétitivité du riz local
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
53
Le problème du prix du riz estimé élevé par certains est attribué par les agriculteurs, au
coût de transformation que les riziers ont maintenu au niveau où l’avait laissé la SAED
qui y intégrait ses coûts de structure.
Les discussions ont montré, par ailleurs, que les agriculteurs ne vendaient pas toute leur
production de paddy à 100 F CFA le kilogramme; ce prix n’est appliqué que pour la part
destinée au remboursement du crédit de la CNCAS, le reste est cédé à des prix beaucoup
plus bas (entre 60 et 70 F CFA le kilogramme) pour faire face aux besoins de trésorerie,
surtout, au début des récoltes.
Les coûts des engrais, des produits phytosanitaires, du matériel agricole, des
aménagements hydro-agricoles sont jugés élevés. Depuis la libéralisation et, surtout, la
dévaluation du F CFA, ils ont évolués de manière beaucoup plus importante que les prix
du paddy ou du riz blanc. Des mesures de détaxation de la part de l’Etat et une politique
d’approvisionnement des organisations paysannes sont souhaitées par les participants.
D’autres mesures souhaitées sont : l’annualisation du crédit agricole, la mise en place
d’un fonds de calamité et d’un fonds de bonification, la baisse du prix des semences par
l’allègement du coût du contrôle.
-
Garantie de nourriture et de numéraire
Dans leurs argumentaires les agriculteurs ont estimé que la riziculture est bien rentable,
raison pour laquelle les populations continuent à la pratiquer. Elle est la principale source
de revenu pour les populations de la vallée outre le fait qu’elle constitue une part
importante de leur alimentation. Non seulement le riziculteur a des gains, mais aussi
beaucoup d’autres acteurs économiques (prestataires de services agricoles mécanisés,
riziers, fournisseurs d’intrants, commerçants, etc.) vivent bien de la riziculture.
En outre, les détracteurs du riz local oublient toujours de prendre en compte la
valorisation des sous produits tels que le son de riz (60 F/Kg), la paille de riz (25 F/kg) et
la balle de riz (100 F/sac). Pour ce qui concerne le son, selon le système de
transformation employé, il est obtenu de la fane de riz (farine basse) du son de riz
artisanal ou du son de riz industriel. Le son de riz industriel est plus cher que celui
artisanal car il contient moins de balle de riz et est plus riche sur le plan énergétique et
protéique. Quant à la paille de riz, en fonction de la technologie de récolte utilisée, il est
obtenu par la faucheuse 50 % du rendement du riz en paille, par coupe manuelle 40 – 50
% et par la moissonneuse-batteuse 60 – 70 %.
-
Marges de progrès
Des marges de progrès sont de l’ordre du possible grâce, notamment, au potentiel de
rendement des variétés cultivées et de l’amélioration possible du taux de décorticage.
Un effet positif de la libéralisation est qu’elle a poussé les acteurs de la filière à être plus
compétitifs en se réajustant aux exigences du marché par :
-
la séparation des différentes variétés avant l’usinage ;
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
54
-
le triage du riz à l’usinage pour obtenir calibres homogènes (entier, fine
brisure, intermédiaire) ;
-
l’adoption massive du prototype de batteuse à riz mis au point par l’ADRAO,
l’ISRA et la SAED ;
-
la collaboration de ces mêmes institutions a permis l’introduction, ces
dernières années, de variétés à haut rendement.
Aussi bien pour les besoins de protection de la production nationale que pour le déficit de
marketing, des participants ont mis en cause la non coordination entre les riziculteurs du
nord et ceux du sud du pays ; pour une meilleure mobilisation sociale autour du riz local,
ils estiment que les organisations professionnels du nord et du sud doivent être en liaison
organique (organisation nationale des riziculteurs) pour pouvoir se concerter en
permanence.
La taille des exploitations est jugée trop petite pour permettre aux agriculteurs de réaliser
des marges intéressantes.
5.2.2.2 Importateurs et commerçants
Depuis la libéralisation, le nombre d’importateurs est passé de 1996 à 2002 de 43 à 7.
L’accumulation de surplus de stock de riz conduit à une réduction du nombre des
intervenants. Il n’y a pas de pénurie de riz sur le marché et un stock de sécurité de 100
000 tonnes existe en permanence sur le marché.
Les importations sénégalaises de riz proviennent pour 92% de l’Asie et 8% de
l’Amérique du Sud. Le Vietnam était la première provenance en 1997 avec 35,5% du
total, mais ce niveau a sensiblement baissé en 1998 pour ne représenter plus que 7,54%.
Les origines thaïlandaise et indienne sont plus régulières : les importations de riz
thaïlandais sont passés de 25,24% du total en 1997, à 51% en 1998 tandis que dans le
même temps, l’Inde a régressé passant de 28,55% à 19,7%. En terme de prix, c’est le riz
indien qui est le moins cher à l’importation mais c’est également un riz de qualité
moindre en raison de ses nombreuses impuretés, de l’avis de l’un des principaux
importateurs.
Avant le désengagement de l’État en 1994, il n’y avait pas de problème de riz de qualité
car la CPSP s’occupait d’importer, de réguler et d’assurer l’approvisionnement durable
en riz grâce aux importations.
L’activité d’importation est totalement libre, et spéculative. L’importation du riz est
perçue comme une opportunité commerciale, rentable par rapport à d’autres produits
importés ; on observe également la réexportation du riz vers les pays limitrophes comme
le Mali, la Guinée Bissau et parfois la Gambie.
On distingue trois types d’importateurs: les occasionnels qui ont importé une seule fois et
ont quitté le marché, les irréguliers qui participent par intermittence et les réguliers ou les
plus constants. Les importateurs actifs se divisent en deux (2) catégories : les opérateurs
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
55
économiques privés individuels et les représentants du système de négoce international;
ils sont appuyés soit par les banques de la place soit par les traders qui pratiquent la tierce
détention sur la marchandise. Les importateurs sénégalais sont de simples opérateurs
économiques, très passifs dans le milieu du négoce international; les traders sont les
véritables maîtres du jeu. Sans aucune capacité de négociation, les importateurs locaux
s’évertuent à répercuter leur coût de revient sur le consommateur ce qui conduit le
commerçant détaillant à ne pas faire profiter à la ménagère la baisse de prix observée au
niveau international.
Les importateurs sénégalais ne comptent pas s’investir dans la production locale de riz
même si certains d’entre eux estiment qu’il vaudrait mieux cultiver le riz que de
l’importer, ils ne constituent pas le segment du secteur privé désireux d’entrer dans
l’agriculture; s’ils reconnaissent les difficultés d’appui aux paysans, les importateurs
locaux ne s’engagent pas dans la commercialisation du riz local malgré les mesures de
protection de l’État.
Les prix à la baisse sur le marché mondial ne sont pas répercutés au niveau du
consommateur par les demi-grossistes et les détaillants ; il y a une insuffisance
d’informations des consommateurs sur les prix, les flux et les stocks. Sur la
consommation du riz, il faut rompre le tabou du riz brisé et lever la taxation de 20 % qui
pèse sur le riz entier ; le Gouvernement doit uniformiser la taxe sur le riz.
Au cours d’un atelier d’information sur les orientations de la politique gouvernementale
en matière de libéralisation de la filière, l’étude entreprise sur les capacités des opérateurs
du secteur privé à effectuer l’importation, le stockage et la distribution du riz au
Sénégal (AGC Afrique, octobre 1995) insistait particulièrement sur l’impératif de
continuer à assurer un stock de sécurité. L’étude en question penche pour un recours en
priorité à la production locale pour la réalisation du stock de sécurité, si tant est qu’elle
est de quantité et de qualité demandées sur le marché.
5.2.2.3 consommateurs et communicateurs
Les points de vue qui ont alimenté les discussions entre les représentants des associations
de consommateurs et les professionnels de la communication ont permis de dégager les
constats suivants :
-
le problème du riz local se situe principalement au niveau de l’offre car il a sa
propre demande ;
le marché du riz local est inorganisé;
le riz local continue de souffrir d’un déficit d’information et de promotion au
niveau national.
Des questions d’environnement ont été soulevées par les participants, en ce qui concerne
leurs inquiétudes par rapport à la qualité de l’eau utilisée dans les champs rizicoles, le
manque de formation des utilisateurs de pesticides, la fonction et le rôle du Comité
National Qualité.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
56
Les questions de santé en relation avec la consommation de riz soulèvent de fortes
préoccupations en raison de la recrudescence de la maladie du diabète et d’accidents
tragiques causés par les pollutions des eaux par les pesticides, multiplication des
vendeurs à la sauvette de produits phytosanitaires et de pesticides qu’il convient de
contrôler.
5.3 Impacts économiques
5.3.1 L'impact des réformes sur la production et les producteurs
Les objectifs visés par ces réformes concernent l'efficacité des marchés par le transfert de
responsabilité de la collecte et de la transformation du riz par les producteurs ou
organisations paysannes et la prise en charge des importations par le secteur privé. Les
réformes introduites dans la filière riz ont fortement affecté l'environnement de la
production dans la vallée du fleuve Sénégal et dans une moindre mesure la zone de
l’Anambé à cause du fort taux d’utilisation du capital et de la nature hautement
commerciale de la production du riz dans ces zones; mais ces réformes ont laissé la
Casamance intacte à cause de son isolement relatif des marchés du riz.
Le riz correspond à une demande intérieure en constante progression qui est de loin
supérieure à la production nationale actuelle. La consommation de riz brisé cantonne le
Sénégal à un segment marginal du marché mondial, celui d’un sous-produit. Ainsi, la
libéralisation de la filière en vigueur depuis 1993 a permis d’inciter de nouvelles
initiatives pour améliorer la productivité du riz local (crédit, prix, qualité, unité de
transformation, etc.). On a noté l’accroissement des superficies aménagées et cultivées,
surtout celles de l’initiative privée (de 4 000 en 1993 à plus de 27 000 en 1999).
L’hypothèse qui sous-tend la politique de libéralisation est que si l’environnement
économique de la production est favorable, la contribution de l’initiative privée au
développement de la filière locale permettra d’approcher la couverture de la demande
intérieure. Cependant, cet accroissement des aménagements privés ne s’est pas
accompagné d’une amélioration de la technicité. Les aménagements sommaires donnent
de faible rendement entraînant leur abandon. Ce qui explique la baisse du taux de mise en
valeur.
La libéralisation a entraîné la compétition avec le riz importé. Ceci, combiné avec les
effets de la dévaluation du FCFA de 1994, induit des efforts additionnels des riziculteurs
pour améliorer leur revenu. On a noté une nette amélioration du niveau de rendement
surtout en zone irriguée (passant de 3 t/ha en 1993 à 5,5 t/ha en 2000). L’évolution de la
production nationale du riz en dents de scie n’a pas empêché une meilleure
professionnalisation de la filière.
Les travaux d’étude font ressortir que les revenus financiers nets par hectare ont
augmenté de 54% en valeur nominale entre 1993 et 1995, après une baisse initiale de
22% en 1994 (DPDR/SAED, 1997). La hausse nette des profits financiers s'est produite
parce que les revenus ont augmenté de 36 % environ alors que les coûts de la mainEVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
57
d’œuvre ont enregistré une hausse de 15 % seulement et les coûts d'intrants de 26%. Ces
résultats démontrent que la marge bénéficiaire sur les coûts financiers a aussi baissé puis
augmenté entre 1995 et 1996. Ces chiffres laissent entendre que les incitations financières
à la production se sont accrues en 1996, après la libéralisation complète de la filière.
Cependant, les prix au production et les revenus des producteurs sont aussi soumis à des
variations de prix concernant les intrants et à des risques de production en raison de la
variabilité des rendements. Dans l'ensemble, les salaires dans la Vallée du fleuve Sénégal
ont augmenté de 30% environ depuis la dévaluation. Ceci porte à croire qu’en
comparaison des services mécanisés, la main-d’œuvre manuelle est devenue moins
coûteuse.
5.3.2 L'impact des réformes sur les prix et les marchés de production
Malgré des tentatives d’application d’une protection variable du riz local, ce qui devait
atténuer les fluctuations du prix mondial sur le marché intérieur, la variabilité du prix du
paddy a augmenté. Au lendemain de la dévaluation, les producteurs avaient fixé la barre
très haut en réclamant un prix du riz paddy de 125 F/kg. Avec un tel prix, les rizeries
industrielles qui étaient agréées par la CNCAS pour la collecte, la transformation et la
commercialisation du riz blanc n’étaient pas compétitives par rapport au marché.
Avec la libéralisation du secteur agricole, la distribution des intrants par le secteur privé
est plus efficace avec une augmentation accrue des volumes commercialisés (Gaye, 1997,
Randolph, 1997). Les prix aux producteurs du paddy ont augmenté en valeur nominale
entre 1993 et 1997, mais ils ont stagné en valeur réelle et ont même légèrement baissé
(Randolph, 1997). L'augmentation nominale a été favorisée par la dévaluation de 1994,
mais bien que le riz soit un bien échangé au Sénégal, la hausse nominale n'a pas
correspondu au niveau de la dévaluation ou même de l'inflation intérieure (Fall, et al.,
1995). La dévaluation ne s'est pas traduite par une hausse des prix correspondante parce
qu’au même moment le gouvernement a libéralisé le commerce du riz et a réduit la
protection des prix.
Ce blocage a accéléré la mise sur pied du Comité Interprofessionnel du Riz (CIRIZ) dans
la vallée du Fleuve Sénégal qui regroupe tous les acteurs de la filière (producteurs,
transformateurs, commerçants, prestataire de service, institution de financement, la
SAED, etc.). A ce niveau, les acteurs ont compris qu’il faut un prix du paddy de
compromis pour que le riz puisse se vendre sur le marché. C’est ainsi qu’avant chaque
campagne de production, tous les acteurs se regroupent pour négocier les coûts des
différents services intermédiaires ainsi que le prix du paddy en tenant compte des réalités
du marché. Avec les difficultés accumulées durant ces dernières années, le prix du paddy
varie maintenant entre 90 et 100 F/kg. Il faut reconnaître également que le circuit du
marché parallèle demeure toujours actif et les producteurs écoulent de petites quantités de
riz paddy pour faire face à des besoins ponctuels avec un prix de 60 – 70 F/kg. Mais la
compétition avec le riz importé induit des réflexes de qualité pour une meilleure
pénétration du riz local dans le marché national.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
58
Il faut signaler qu'il y a des difficultés structurelles réelles liées à la commercialisation,
du riz local depuis le désengagement de la SAED et la disparition de la CPSP.
L'organisation de la commercialisation du paddy destiné au paiement des crédits de
campagne et du riz usiné reste encore le nerf de la guerre pour les structures de base de la
FPA. Les tentatives ont été nombreuses, toutefois, avec une faible implication des
producteurs dans la promotion des produits sur le marché local. Dans ce domaine, la FPA
s'est beaucoup investi, à travers le CIRIZ, pour l'écoulement de la production : CSA,
Fédération Nationale des Groupements Féminins du Sénégal, etc. La dernière tentative en
date est matérialisée par l'accord entre le CIRIZ et l'UNACOIS. Il est vrai qu'un
producteur ne peut pas toujours être "producteur" et "commerçant" mais a quand même
besoin de développer des capacités de promotion de ses produits.
Il y a maintenant près de quatre ans, que la SAED, en collaboration avec l’ISRA,
l’ADRAO et la CNCAS, a travaillé sur un programme de promotion du riz de qualité.
Dans tout le processus de production, le programme exigeait l’emploi des semences
homogènes certifiées, le respect de certaines pratiques culturales pour assurer un riz
paddy de qualité supérieure, la récolte des grains à un taux d'humidité approprié,
l’amélioration de la qualité à l'usinage et pour distinguer à la fin ce produit d'autres
qualités de riz sur le marché.
Ce programme a connu un grand succès et un riz de très bonne qualité a été produit avec
les variétés Sahel 108, Jaya, et IR 1529 et présenté dans des sachets ou des sacs de 25 ou
50 kg. Ce produit a fait l’objet d’une grande promotion à travers la Foire de Dakar, les
forums organisés à Dakar et à travers un réseau de commerçants établis à Dakar. Ce
programme, nécessitant la conjugaison des efforts de tous les partenaires a connu, dans sa
conception, un coup d’arrêt faute d’organisation et de schéma de financement durable.
Durant ces 3 dernières années, la coopération bilatérale avec la Chine (Taïwan) a permis
l’introduction d’une nouvelle variété de riz, la TCS10, accompagnée récemment d’un
équipement de trieuse au niveau de onze (11) unités de transformations pour arriver à un
calibrage du riz et accroître ainsi sa valeur ajoutée sur le marché. Ce riz présenté dans des
sachets de 5 kg ou des sacs de 25 ou 50 kg arrive à trouver des débouchés au niveau des
supermarchés de Dakar et au niveau de certains commerçants. A titre d’exemple, le
sachet de 5 kg de riz entier est vendu à 1500 F soit 300 F/kg ; ce qui est un prix très
intéressant.
En outre, il est noté à une échelle très réduite l’introduction à titre informel auprès d’un
nombre restreint de paysans pilotes de nouvelles variétés de riz parfumé et de riz basmati
dont les tests en milieu paysan sont très prometteurs et un marché est en train de se créer
au niveau de Dakar précisément dans le secteur des travailleurs fonctionnaires. En terme
d’évolution de l’offre et de la demande globale de riz au Sénégal entre 1995 et 2002, la
situation est illustrée dans le tableau ci-dessous qui fait ressortir parallèlement le niveau
de stock théorique de riz.
Le riz constitue une denrée stratégique pour le bien être social aussi bien chez les ménages
urbains que ruraux. Ainsi, la fixation des prix a toujours été un paramètre de forte sensibilité
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
59
politique. Pour les syndicats attachés à la préservation du pouvoir d'achat des travailleurs,
tout renchérissement du prix du riz qui absorbe une bonne partie du budget des ménages est
de nature à déclencher des revendications salariales. Les attentes escomptées au niveau des
prix n’ont pas été réalisées entièrement, parce que les régimes tarifaires adoptés au départ
par l’Etat ont manifestement maintenu des niveaux de protection proches des niveaux qui
étaient appliqués avant les réformes pour le marché intérieur. Ceci a des incidences sur la
protection du riz et les incitations à la production nationale. La réforme a entraîné la
réduction de la protection qui a accru l'efficacité de la production de riz. On note une
contribution positive nette sur la compétitivité du riz local.
Tableau 7 : Bilan de l'alimentation en riz au Sénégal (1995 - 2002)
Année
Désignation
Populations (équiv.adulte)
Consommation moy/an/hab (kg)
Demande globale riz (tonne)
Production totale riz blanc (tonne)
Importations (tonne)
Aide alimentaires riz (tonne)
1995*
1996
1997
1998
1999
2000**
2001**
2002**
6 483 645 6 658 7036 838 488 7 023 1287 212 7527 407 496 7 607 499 7 812 901
60
62
63
65
67
69
70
72
389 019
100 750
435 500
6 765
410 309 432 765 456 450 481 431 507 779 535 569 564 881
96 850 113 100 141 700 138 450 124 103 137 124 158 013
627 200 452 000 535 300 658 070 501 657 632 253 709 575
4 904
8 238
1 997
8 993
6 000
6 000
6 000
Offre globale riz (tonne)
543 015 728 954 573 338 678 997 805 513 631 760 775 377 873 588
Stock théorique riz (tonne)
153 996 318 645 140 573 222 547 324 082 123 981 239 808 308 707
Source notre étude/2002
* le stock de 1994 est considéré comme stock année zéro donc nul
** les aides alimentaires ont été estimées à 6000 tonnes (moyenne de 1995-1999) aussi bien en 2000, 2001 qu'en 2002
5.3.3 L'impact des réformes sur les ressources naturelles
L’allocation des ressources naturelles entre les activités a évolué avec la libéralisation de
la filière riz. Les principales ressources affectées sont l’eau et le foncier.
5.3.3.1 La ressource eau
L’intensification de la riziculture pose la problématique de la disponibilité de l’eau. Cette
ressource constitue la contrainte majeure de la riziculture, de la submersion contrôlée à la
maîtrise de l’eau. Elle est un paramètre environnemental crucial que sollicitent différents
et divers usages en compétition.
Dans le cas de la culture du riz, il existe deux systèmes de production : la culture sous
pluie pratiquée pendant la saison d’hivernage (juin - octobre) et la culture irriguée
pratiquée en contre saison chaude dans la vallée du fleuve Sénégal (mars - juin) ou en
contre saison en Haute Casamance (janvier - avril).
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
60
Pour la culture irriguée, l’État a consenti beaucoup d’efforts dans la maîtrise des eaux de
surface à travers la mise en place de barrages de retenue comme dans la zone de la
SODAGRI et en Basse Casamance, accompagnés de barrages anti-sel comme dans la
vallée du fleuve Sénégal et en Basse Casamance ainsi que des aménagements hydroagricoles. Le transfert de ces infrastructures aux producteurs a induit des redevances
hydrauliques variant en fonction des zones et des types de périmètres entre 80 000 à 65
000 FCFA par hectare et par campagne. L’eau constitue le poste de coût le plus élevé du
budget de culture du riz. Cependant, cette incidence sur les coûts d’utilisation de l’eau
n’entame présentement en rien la disponibilité. Mais les conflits d’intérêt entre les
usagers (ex. riziculteurs et éleveurs) pose des problèmes sociaux.
Pour le cas du fleuve Sénégal dont la gestion relève de l’Organisation pour la Mise en
Valeur du fleuve Sénégal (OMVS) regroupant le Sénégal, la Mauritanie et le Mali, il est
fixé une redevance forfaitaire de 1 000 F par hectare exploité. Dans ce cas, la
responsabilité du recouvrement de cette somme revient à la SAED qui rencontre
beaucoup de difficultés car ne disposant pas de moyen légal ni juridique pour cette tache.
La SAED n’arrive à récupérer que la redevance des paysans ayant bénéficié du crédit de
campagne CNCAS.
Dans la zone de la SODAGRI où l’Etat a érigé deux barrages de retenue (Niandouba et
Anambé), il est payé uniquement une redevance hydraulique pour la gestion des
aménagements hydroagricoles. La redevance varie en fonction des superficies emblavées
et se situe dans l’ordre de 30 000 – 45 000 F CFA/ha pour couvrir l’achat de gas oil et la
rémunération du pompiste.
Sur le plan de la législation, le Sénégal dispose d’un code de l’eau dont la loi N° 81-13 a
été votée depuis le 04 mars 1981 mais le décret d’application enregistré sous le N° 98555 n’a été signé que le 25 juin 1998. Parallèlement, il a été mis en place par décret N°
98-557 du 25 juin 1998 un Conseil Supérieur de l’Eau (CSE) placé sous l’autorité du
Président de la République et regroupant tous les départements intéressés de près ou de
loin par l’utilisation des ressources en eau disponibles au niveau du pays. Ce conseil joue
un rôle d’orientation et d’arbitrage sur toutes les questions relatives à la gestion et à la
maîtrise des ressources en eau. Au plan régional, l’OMVS s’est dotée d’un Comité
Permanent des Eaux (CPE) et d’un Observatoire de l’environnement.
La différence entre les coûts de redevance de l’eau pratiqués dans la zone de l’Anambé et
dans la zone du bassin du fleuve Sénégal montre qu’il n’y a pas une politique globale de
l’eau clairement définie par l’Etat. Autant au nord, avec l’OMVS, il existe un cadre assez
organisé de gestion et d’exploitation commune des eaux du fleuve Sénégal entre le
Sénégal, la Mauritanie et le Mali, autant dans le bassin du fleuve Kayanga il n’existe pas
de cadre organisé entre le Sénégal et la Guinée Bissau, ce qui fait qu’il n’y a pas de
redevance payée.
En système pluvial, la production du riz est aléatoire. Elle reste tributaire des conditions
climatiques. Ainsi, cette contrainte hydrique se reflète sur le niveau faible de production
de cette zone, malgré les efforts induits par la reforme. Le système ne s’est pas dépourvu
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
61
de son option principale de faire le riz une culture d’autoconsommation. Toutefois,
l’intensification de cette culture en zone pluviale est appuyée par l’introduction de
nouveaux cultivars appropriés (variétés précoces et/ou résistantes à la sécheresse, etc.)
5.3.3.2. Le foncier
La question foncière est un paramètre déterminant de la promotion et de la valorisation
des investissements dans le domaine hydro-agricole. Le foncier irrigué est passé du statut
de zones pionnières à celui de zones de terroirs dont la gestion relève du conseil rural en
vertu des compétences transférées de l’État aux collectivités locales. La gestion des terres
au niveau des communautés rurales a provoqué, surtout dans la vallée du fleuve Sénégal,
une expansion rapide de l'investissement privé dans l'irrigation entre les années 1988 et
1991. Dans le delta du fleuve Sénégal, la production du riz occupe pratiquement toutes
les terres.
Le marché foncier n'est pas institutionnalisé dans les différentes zones de production du
riz. Cependant, le nombre des transactions a augmenté depuis la libéralisation de la filière
riz avec le transfert des compétences pour l’attribution des terres aux conseils locaux.
Malgré la baisse constatée après les excès qui ont accompagné l'acquisition de terres
après la libéralisation, certains investisseurs continuent à manifester un intérêt à acquérir
et à mettre en valeur les terres principalement dans la Vallée du Fleuve Sénégal. Par
ailleurs, au niveau des périmètres, il existe des échanges informels de terres pour une
courte durée sous forme de fermage ou de métayage ; bien que ces arrangements soient
habituellement pratiqués au sein des familles élargies ou entre des amis et ne soient donc
pas accessibles aux investisseurs extérieurs. C’est le principe de l’affectation
désaffectation des terres qui traduit la règle de la mise en valeur et d’appropriation.
On note dans le bassin de l’Anambé, la coexistence de deux régimes de tenure foncière :
la coutume fondée sur le droit d’usage et l’occupation des terres défrichées et la loi sur le
domaine national. La participation des communautés rurales à l’affectation des terres
dans les zones d’intervention de la SODAGRI est tout à fait récente.
Néanmoins, une série de facteurs a ralenti ce processus et remis en cause le système
d’affectation et de mise en valeur des terres. Les communautés rurales trouvent que
beaucoup de terres sont données à des intervenants extérieurs; les paysans villageois
trouvent que la distribution des terres n’est pas équitable et la performance de bon
nombre de ces investisseurs est médiocre. De vastes parcelles de terre qui avaient été
attribuées n’ont jamais été mises en valeur et la plupart de celles qui avaient été mises en
valeur ont été abandonnées en raison du non respect des normes d’aménagement.
Les conflits liés aux différents usages de la terre se sont exacerbés entre agriculteurs et
éleveurs; cette situation a conduit le Gouvernement du Sénégal avec l’appui de la Banque
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
62
Mondiale à réaliser en 1994 une étude intitulée « Plan d’Action Foncier pour le
développement durable des Ressources Naturelles». Il est attendu de la part de l’État,
depuis plusieurs années, une option favorable à l’attrait des promoteurs privés et de
sécurisation des investissements.
Sur l’initiative de la SAED, plusieurs organisations socioprofessionnelles ont
parallèlement contribué à la réflexion sur la question foncière en organisant des
rencontres d’échanges qui ont abouti à des concepts de gestion du foncier dans la vallée
du fleuve et qui sont susceptibles d’être reproduits dans les autres régions. Il s’agit
particulièrement des Plans d’Occupation et d’Affectation des Sols (POAS) testés dans la
Communauté Rurale de Ross Béthio (50 kms de St-Louis) et en phase d’extension dans
les départements de Podor et Bakel ainsi que dans la zone de l’Anambé et de la Charte du
Domaine Irrigué (CDI) où aucune évolution n’est constatée dans l’élaboration et la mise
en œuvre de la part de l’État.
Il est convenu de promouvoir des formes de sécurisation foncière dans le cadre des
dispositions de la législation actuelle ou de la réforme envisagée. L’objectif de
l’élaboration de Plans d’Occupation et d’Affectation des Sols (POAS) au niveau des
communautés rurales est de clarifier la situation foncière, de renforcer la complémentarité
entre l’agriculture et les autres activités productives, et de promouvoir la prise en charge
populaire des décisions de gestion du foncier. La Charte du Domaine Irrigué (CDI)
constitue un protocole entre l’État, les communautés rurales et les usagers pour une
utilisation rationnelle et normée de l’eau et de la terre, et permet l’établissement d’un lien
entre les textes officiels régissant les ressources terre et eau.
5.3.4. Impact des réformes sur le marché des intrants et des services
Le passage d’une filière fortement encadrée par l’État à une filière libéralisée s’est effectué
sans que les acteurs concernés disposent de moyens de concertation, de coordination et
d’informations. Cette désorganisation a eu des conséquences contraignantes sur
l’approvisionnement en intrants, les prestations de services, et la commercialisation. A
cela s’ajoutent les effets de la dévaluation du franc CFA intervenue en 1994. La montée
des prix des intrants et des équipements et les difficultés de fonctionnement du système
de crédit ont fortement pesé sur la rentabilité du riz local en provoquant la réduction de
l’utilisation des intrants et l’augmentation des coûts de production.
5.3.4.1. La main d’œuvre
Les marchés des facteurs de production n'ont été qu'indirectement ou partiellement
influencés par la libéralisation de la filière riz. Le marché du travail semble s'être resserré
à cause du passage à des techniques à plus haute intensité de travail à la suite d'une
augmentation des prix des services et vers une plus grande utilisation de la main d’œuvre
familiale. Cependant, la dévaluation du F CFA a eu pour effet une augmentation de la
main d’œuvre de 30 % surtout dans la vallée du fleuve Sénégal atteignant 1000 F CFA
par jour alors qu’en Casamance, le coût de la main d’œuvre externe est de 800 F CFA par
jour surtout dans les zones où le marché est assez développé. Ces zones sont souvent
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
63
aussi celles où la traction animale est plus développée. Le Bureau d’Analyse Macroéconomique BAME (2000) de l’ISRA a montré la pertinence de l’intégration de la
culture attelée ou d’une petite motorisation dans les systèmes de production en basse
Casamance. En effet, le travail de sol qui est en majorité manuel, est suivi de la culture
attelée dans cette zone.
Par ailleurs, le marché du travail est beaucoup moins développé en Casamance et la
plupart de la main d’œuvre utilisée provient du ménage ou de l’aide communautaire. La
main d’œuvre externe est utilisée uniquement pour le repiquage et la récolte.
5.3.4.2 Les engrais et produits phytosanitaires
En riziculture irriguée, la valorisation de l’énergie fournie par l’irrigation ne peut se faire
qu’avec un apport adéquat d’éléments fertilisants. La teneur des sols en éléments
fertilisants et le processus complexe de leur mobilisation font de la fertilisation minérale
un élément incontournable pour obtenir des rendements satisfaisants. Ainsi, il est relevé
un déficit en matière organique, en éléments minéraux majeurs (azote, phosphore,
potassium).
Au Sénégal, le marché des intrants est entièrement libéralisé. La stratégie actuelle
de l’État consiste à créer un environnement favorable à l’utilisation des engrais dans
l’agriculture. Fort de cela, les engrais composés qui étaient importés bénéficiaient d’une
tarification symbolique de 5 % avant l’entrée en vigueur du TEC.
Depuis 1994, le marché des intrants a reçu de plein fouet l'impact de la dévaluation
entraînant une augmentation des prix réels. Cependant, la présence de plusieurs
intermédiaires dans le marché rend les marges assez faibles. Le marché est relativement
concurrentiel dans la vallée du fleuve Sénégal à cause du grand nombre de détaillants,
mais en Casamance les prix sont beaucoup plus élevés à cause du bas volume des
transactions et de l'absence de concurrence.
Ainsi, la différence entre les prix de revient et les prix du marché est inférieure à 10 %
dans la vallée du fleuve Sénégal alors qu’en Casamance, les écarts entre les prix du
marché réel et les coûts d’importation estimés sont de plus de 50 % sans doute en raison
de la présence d’un seul distributeur à Ziguinchor.
Les riziculteurs sont pénalisés dans le cadre de la mise en œuvre du TEC du fait de la
TVA de 18 % sur les intrants. Le riz ne paie pas de TVA au niveau du marché intérieur, il
y a donc une distorsion puisque le processus de récupération et de versement de la TVA à
l’Etat par les différents acteurs économiques est interrompu au niveau du producteur de
riz. Cette situation a pour conséquence de grever de manière substantielle le coût de
production du riz accentuant ainsi le manque de compétitivité du riz local face au riz
importé. Par ailleurs, il faut noter que cette mesure est appliquée au Sénégal, mais pas en
Côte d’Ivoire, ni au Mali, en ce qui concerne les intrants et les machines agricoles,
compte tenu de l’option de ces dernières de promouvoir et de protéger leurs productions
locales.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
64
Les achats groupés sont utilisés par les organisations de producteurs pour réduire les
charges d’intrants. C'est une expérience en cours, initiée par le CIRIZ, au profit de ses
membres. C'est une démarche à consolider et à formaliser. Les organisations Paysannes
envisagent l’importation d'engrais et de produits phytosanitaires.
Les producteurs deviennent de plus en plus des "gestionnaires". La bonne gestion est
garante de succès de toutes ces opérations. Dans le contexte actuel des périmètres de la
vallée, le "métier" d’agriculteur est une réalité. En rapport avec les missions des unions et
les nouvelles idées en vogue, force est de constater que ce métier s’est considérablement
élargi, allant de la gestion collective des infrastructures de production à la maîtrise de la
valorisation des produits.
5.3.4.3. Les semences
Dans le cadre des réformes intervenues dans la filière semence, il est noté en 1990 la
naissance l’Union Nationale Interprofessionnelle des Semences (UNIS) qui a hérité de
toutes les installations liées à cette activité ainsi que la responsabilité de la production de
semence. Dans son approche, cet organisme établit avec des producteurs spécialisés dans
la multiplication de semences des contrats de production et d’achat de la semence avant
d’assurer la distribution auprès des producteurs de riz.
Depuis la libéralisation, des agriculteurs ont recours à des semences propres qu’ils
constituent à partir de leur production sous forme de réserve. Il a été constaté, depuis la
rétrocession de cette activité à l’organisation interprofessionnelle, la diminution du
recours des agriculteurs à leurs propres semences de 48 % en 1993 à 21 % en 1996.
D’ailleurs, au cours de la période 1995/96 – 1999/2000, en moyenne 41 % des superficies
ont été emblavées avec des semences certifiées.
Après avoir atteint 54 % de superficie emblavées avec des semences certifiées en
1998/99, la situation est retombée à 35 % en 1999/00, en raison des exportations de
semences vers la Mauritanie et la Guinée Bissau où le marché offre des prix plus
intéressants (plus de 225 F CFA/kg).
Au niveau du bassin du fleuve Sénégal, est née l’Association sous Régionale des
Interprofessions de la Semence (ARIS) regroupant l’UNIS et l’ISPM (l’interprofession en
Mauritanie) dans le but d’harmoniser les actions à mener pour une meilleure prise en
compte des besoins en semences de la République de Mauritanie.
En Casamance, divers programmes ont contribué à la fin des années 90 à la promotion de
l’utilisation de variétés de semences améliorées comme le projet WINROCK-ISRA et le
Projet Gestion de l’Eau dans la zone Sud (PROGES) et ISRA-SODAGRI dans le bassin
de l’Anambé. Les paysans renouvellent difficilement leur stock de semences à cause de
l’absence d’une structure adéquate de multiplication des semences améliorées dans la
zone.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
65
En matière de recherche, l’Association pour le Développement de l’Agriculture en
Afrique de l’ouest (ADRAO) regroupant 17 pays de la sous région et l’Institut Sénégalais
de Recherches Agricoles, ont entrepris depuis 1991 des programmes de développement
de nouveaux types de riz mieux adaptés aux conditions de production des paysans et avec
un potentiel très important (8 – 12 t/ha). Parmi, ces cultivars, on peut noter les Sahel
(108, 201 et 202), le New Rice for Africa (NERICA) et autres en cours de finalisation.
L’implication de la recherche gravite autour de trois axes principaux à savoir
l’intensification de la riziculture et la diversification des productions, l’organisation des
filières et l’impact de l’environnement institutionnel et la gestion durable des ressources
naturelles (ISRA, 1996).
Afin de consolider ces résultats dans tous les pays africains, l’ADRAO et ses partenaires
ont décidé le 27 mars 2002 de la mise sur pied de l’Initiative Africaine pour le Riz (ARI)
qui aura pour mission de mettre en place un partenariat entre tous les acteurs (ADRAO,
instituts nationaux de recherche, bailleurs de fonds, décideurs politiques, secteur privée)
pour assurer la production à grande échelle du NERICA en Afrique.
En somme, la libéralisation de la filière riz a certes mis en épreuve le riz local en
compétition au riz importé. Cependant, celle-ci a change fondamentalement les objectifs
assignés à la recherche et le développement (accroissement des rendements et
d’optimisation des facteurs de production). Il s’agit de la mise au point de technologies
susceptibles d’accroître les rendements sans une augmentation proportionnelle des charges
de production. Il convient de maximiser les marges de progrès potentiel de la filière en
introduisant des gammes de variétés performantes et en améliorant les technologies pour
accroître les gains de productivité. Ainsi, le portefeuille variétal de la vallée qui se
limitait à deux variétés provenant de l’Inde et de Taïwan (Jaya et IKP) depuis 1970, en a
enregistré de nouvelles (Sahel 108, 201, 202, IR 1529, etc.). En plus, cette recherche de
gain de compétitivité du riz local a aussi conduit à l’introduction de variétés parfumées
pour segmenter le marché.
Par ailleurs, l’utilisation de variétés améliorées a accru de plus de 25 % entre 1996 et
2000 (ISRA, 2001). Les systèmes irrigués (coût hydraulique, forte consommation en
intrants, etc.) requièrent des réflexes de rentabilisation, de cycle (intensité culturale,
double culture) et de qualité assujettis à l’intensification. Par contre, les critères du
système pluvial ciblent la précocité (cycle court), le rendement et la facilité de récolte et
de battage.
5.3.4.4. Les prestations de services mécaniques
En amont de la production les prestations de service concernent les travaux de
préparation de sol comme le labour, l’offsettage, la réfection du planage et
éventuellement le semi ainsi que les travaux d’aménagement hydro-agricole. En aval, il
s’agit des opérations de récolte et de post récolte comme le moissonnage-battage, le
battage, le bottelage de la paille, la transformation du paddy et le transport.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
66
En raison de la dévaluation du F CFA, les prix nominaux des prestations de service ont
augmenté à cause du renchérissement des intrants commerciaux. Ainsi, le service du
labour a augmenté de 58 %, au moment ou l’offsettage se présente avec 24 % et la
réfection avec 66 % d’augmentation. Cependant, on peut s'attendre à ce que
l'augmentation des prix des services se poursuive à mesure que les propriétaires
renouvellent les machines achetées avant la dévaluation.
Les résultats obtenus sur les opérations de récolte, de battage et de décorticage sur la
filière riz sont importants, mais leur application s’est orientée dès le début vers la
mécanisation motorisée lourde (moissonneuse-batteuse, batteuse Votex, etc.). Cela a eu
pour conséquence d’améliorer fortement la productivité du travail. Cependant, après le
désengagement de l’Etat, cette lourde mécanisation a grevé les charges de production et
rendu difficiles la gestion et le renouvellement du matériel.
La mise au point d’un prototype de batteuse baptisée ASI constitue une réponse de la
recherche en matériels alternatifs à la grosse motorisation. Le produit de battage ASI
donne du paddy propre et peu clivé, de paille de bonne qualité pour l'alimentation des
animaux (intégration agriculture/élevage) et enregistre peu de pertes au battage
(ISRA/Fleuve, 2003). De l'avis des producteurs de la Vallée, la batteuse ASI présente des
performances indéniables par rapport aux autres types connus dans la région : conception
simple et grande facilité dans la reproduction, robustesse pour une plus grande adaptation
à l'environnement africain, peu de risques d'accidents dans sa manipulation, déplacement
facile sur pneumatiques ou en pick-up.
La transformation du riz dans les deux systèmes de production a connu divers procédés.
La transformation de type manuel est bien répandue en zone pluviale ou le riz est destiné
à l’autoconsommation5. Elle représente 15 à 20 % de la production nationale à coût nul
(Sourisseau, 1996). La valorisation de la main d’œuvre domestique constitue l’un des
principaux avantages de cette transformation manuelle en termes de charges.
Les décortiqueuses villageoises ont, en général, une capacité de transformation estimée à
100 sacs de paddy par jour. Les rendements obtenus varient entre 55 et 65 % selon la
qualité et la variété du paddy. Elles sont nombreuses en zone irriguée et constituent une
capacité globale de transformation estimée à 150 000 tonnes. Elles traitent annuellement
entre 75 et plus de 80 % de la production nationale (SAED, 2000). Les décortiqueuses
permettront un nettoyage satisfaisant du paddy, mais sont dépourvues de trieuse, rendant
impossible la distinction entre riz entier et brisures. Le pourcentage et la taille des
brisures dépendent beaucoup de l'âge et de l'état d'entretien des machines.
Les mini rizeries et rizeries totalisent 35 unités en 2000 inégalement réparties dans la
Vallée (SAED, 2001). La capacité théorique d'usinage permet une couverture de 123 000
tonnes avec un taux potentiel de couverture de 104 % en 1999/2000 en zone irriguée où
elles existent exclusivement. Cependant, seules 18 sont en activité pour cette campagne et
5
Le riz auto-consommé dans les différents systèmes de production est transformé largement de façon
artisanale (pilon en zone pluviale, et décortiqueuse villageoise en zone irriguée).
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
67
cumulent une capacité de transformation de 75 500 t/an. Entre 1994 et 1999, la
production nationale de paddy a augmenté de 6 % alors que la capacité de transformation
des mini rizeries et rizeries a enregistré un bon de 21 % (SAED, 1996).
L'implication des opérateurs privés dans l'agriculture s'est naturellement accompagnée
d'un développement des prestations de services dans le domaine des travaux mécanises
liés à la production du riz. Avec l’avènement de la libéralisation, on note la présence de
beaucoup d'opérateurs disposant de parcs mécaniques relativement importants et qui
assurent des prestations de services dans ce domaine à la fois pour les agriculteurs privés
et pour les unions ou groupements de producteurs. On estime à 175 le nombre de
tracteurs et à 50 le nombre de moissonneuses batteuses, 200 batteuses, 35 rizeries, et à
peu près de 400 décortiqueuses.
Les propriétaires des machines sont à 95% des agriculteurs ce qui sous-entend une
intégration des activités de production et de transformation (SAED, 2002). La fabrication
à grande échelle de la batteuse ASI a permis aux fabricants d'exporter une partie de leur
équipement dans la sous région. Ainsi, cette innovation technologique a apporté une
contribution significative dans la promotion de l'industrie et de l'artisanat local : création
d'emplois et génération de revenus.
Pour rendre compétitif le riz de la vallée, il importe de réduire au minimum les coûts de
production et de transformation. Des efforts certains ont été faits dans ce sens puisque le
coût de transformation est ramené de 18,9 f/kg à 14,5 f/kg entre 1994 et 1999. Ceci est
certes dû à l’accroissement des unités de transformation induit par la libéralisation.
L’impact le plus visible de la libéralisation du commerce sur la filière riz se situe au stade
de la transformation.
Dans la Haute Casamance (zone SODAGRI), le parc de matériel de prestations de service
est cédé au personnel déflaté qui a mis sur pied un GIE.
Le marché des prestations de service a la particularité que les machines et équipements
agricoles importées ne payaient que le timbre douanier de 5 % alors qu’avec l’avènement
du TEC, tous ces équipements paient une TVA de 18 %. Cette situation tend à peser
lourdement sur la structure du prix de revient des différentes prestations de service alors
que depuis la période de la dévaluation du F CFA, le coût de ces prestations n’a subi
aucune variation.
5.3.4.5 le système de crédit
En général, la demande de crédit est éparpillée et concerne le plus souvent de faibles
montants avec des perspectives de remboursements non sécurisées liées aux aléas
climatiques, mais aussi a un environnement socio-économique instable et risqué, faute de
politiques agricoles maîtrisées et d’organisations de producteurs fiables (Deveze, 2000). De
l’indépendance jusqu’aux années 1980, l’Etat comptait sur les banques nationales de
développement pour financer le secteur agricole. Les programmes d’amélioration d’accès au
crédit des ménages ruraux par ces banques commerciales n’ont pas atteint leurs objectifs
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
68
malgré leurs taux d’intérêts subventionnés. La mission de ces banques traditionnelles
commerciales ne s’accommodait pas avec les objectifs d’accès au crédit des ménages ruraux
pauvres qui ne disposaient pas de garanties pré requises. En plus, les coûts de transactions de
ces banques commerciales étaient trop élevés pour de faibles volumes de crédits souhaités
par les petits producteurs ruraux.
Les réformes institutionnelles sur le crédit agricole constituent un des piliers centraux des
changements que le Gouvernement sénégalais a entrepris au cours de la dernière décennie
dans le domaine de l'agriculture dans un effort pour revitaliser son économie. L'objectif
de ces politiques est d’améliorer l’accès de crédit aux ménages agricoles, et pour les
systèmes irrigués de rentabiliser les lourds investissements consentis dans les
aménagements hydro-agricoles. La CNCAS a pris alors le relais et les problèmes
d’efficacité demeurent.
On note la prédominance du crédit institutionnel CNCAS dans le financement de la
riziculture irriguée avec un capital cumulatif qui se chiffre à plus de 35 milliards en crédit
de campagne pour le riz et la tomate entre 1987 et 1999 (SAED, 2000). Cependant les
taux de recouvrement sont toujours faibles dans la Vallée du fleuve Sénégal pour le crédit
saisonnier à la production (80 % environ en 1996). Le rythme de la commercialisation du
paddy d'hivernage est lent et, en conséquence, le remboursement des prêts accordés pour
la culture l'hivernage est en retard. Ces tendances illustrent un problème fondamental du
système d'attribution de crédit, en particulier pour la culture de contre-saison. Au cours
de ces dernières années, de grands changements sont également intervenus dans l'édifice
institutionnel de distribution et de recouvrement du crédit. Ces changements ont perturbé
l'accès des paysans au crédit. On constate en effet une réduction du crédit qui s’est
manifestée par une baisse des deux tiers du crédit par hectare entre 1991 et 1997. Les
périmètres villageois ont des niveaux plus bas de l'offre de crédit parce qu’ils ont des
niveaux beaucoup plus élevés des arriérés exigibles (Metzel, 1998).
La gestion du crédit agricole est passée des sociétés de développement rural à la Caisse
Nationale de Crédit Agricole du Sénégal (CNCAS) depuis 1987. Les banques classiques
n’interviennent pas dans le système du crédit agricole.
Le volume du crédit accordé par la CNCAS a augmenté régulièrement mais on constate
d’année en année la diminution du taux de remboursement du crédit. Si à la libéralisation
de la filière riz la CNCAS n’avait pas de contrôle sur le système de commercialisation et
de remboursement, elle a par la suite appliqué des critères de performance beaucoup plus
stricts pour les nouveaux prêts. Au milieu des années 90 la CNCAS traverse des
difficultés dues à la fois à de mauvaises appréciations sur la faisabilité des dossiers, sur la
capacité d'endettement des producteurs et du fait de l’influence du clientélisme de la
politique dans l'allocation du crédit.
La diminution progressive du volume de crédit alloué par la CNCAS et sa mise en place
tardive ont constitué des facteurs qui ont influencé la baisse régulière de la production et
la réduction de l'utilisation des intrants. Cette diminution n’a pas entraîné une forte
réduction des superficies emblavées ce qui montre que les producteurs utilisent d’autres
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
69
sources de financement (crédits fournisseurs, préfinancements des commerçants,
ressources extra agricoles).
L’accès difficile au crédit du secteur agricole en général a des répercussions négatives sur
l’adoption de nouvelles technologies, la productivité agricole, la sécurité alimentaire, la
nutrition, la santé, et de façon générale, sur le bien être des ménages ruraux. Il est
reconnu que sans un bon fonctionnement de marché financier, il y a peu de perspectives
d’amélioration de la productivité agricole et du niveau de vie des populations rurales
Africaines de façon substantielle et significative (Diagne, 1999). L’échec de ces divers
programmes de financement du monde rural a suscité de nouvelles réformes du système
de crédit en milieu rural avec l’appui des partenaires extérieurs sur la micro finance et les
mutuelles d’épargne et de crédit.
Le micro crédit se développe considérablement tant en milieu rural qu’urbain à travers
des caisses villageoises d’épargne et de crédit ou des mutuelles qui commencent à
capitaliser des sommes importantes.
D’autres programmes de promotion du crédit à faible taux (Projet de Modernisation et
d’Intensification de l’Agriculture -PMIA, Fonds de Promotion Économique - FPE, Projet
de Micro Entreprise Rurale -PROMER et les mutuelles d’épargne et de crédit), travaillent
étroitement avec les banques classiques pour le financement de projets de développement
agricole et de petites et moyennes entreprises rurales.
-
Mutuelle
La plupart des Unions de la FPA, sinon la totalité, invoquent les mutuelles de crédit
comme la voie à suivre pour sortir du système crédit de la CNCAS. Ils sont tous
unanimes à reconnaître que le non remboursement des premiers crédits mis en place et le
manque de performance de la filière les a enfermés dans un cercle vicieux difficile à
briser. Qu'est-ce que réellement une mutuelle de crédit pourrait-elle apporter aux Unions
en terme de capacité de mobilisation de fonds et de niveau de financement ?
-
Annualisation du crédit
Une orientation souhaitée est la requête au niveau de la CNCAS pour annualiser le crédit.
Ceci démontre encore une fois, combien le crédit est perçu comme un fardeau à l'état
actuel des choses. Il importe de mener une réflexion plus approfondie sur la question au
lieu de l'agiter comme une voie pour soulagement du poids de la dette. En effet, le
système de production de la Vallée est caractérisé par trois périodes de production
distinctes comme l’Hivernage, la Contre saison Froide et la Contre Saison Chaude qu’il
faut voir comme un système d’exploitation globale pour pouvoir mieux gérer les activités
et rationaliser le temps entre deux campagnes successives.
5.3.5. Impact des réformes sur la commercialisation du riz
L'analyse des changements dans le statut actuel du système de commercialisation du riz a
été menée dans le cadre de l'approche Structure Comportement Performance (SCP).
Dans cette approche, l'efficacité économique du système de commercialisation a été
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
70
évaluée en comparant les caractéristiques de comportement des deux principaux
produits : le riz importé et le riz produit localement à ceux associés à un marché de
concurrence parfaite.
5.3.5.1. Impact des réformes sur le riz importé
Le marché intérieur du riz est dominé en termes de volume par le riz importé, cette
catégorie de riz constitue les 4/5 des besoins du pays en riz. La plupart des importations
sont constituées à 95 % de riz brisé à 100% en provenance d'Asie. Les importations de riz
proviennent pour 92% de l’Asie et 8% de l’Amérique du Sud. Le Vietnam était la
première provenance en 1997 avec 35,5% du total, mais ce niveau a sensiblement baissé
en 1998 pour ne représenter plus que 7,54%. Les origines thaïlandaise et indienne sont
plus régulières : les importations de riz thaïlandais sont passés de 25,24% du total en
1997, à 51% en 1998 tandis que dans le même temps, l’Inde a régressé passant de
28,55% à 19,7%. En terme de prix, c’est le riz indien qui est le moins cher à l’importation
mais c’est également un riz de qualité moindre en raison de ses nombreuses impuretés, de
l’avis de l’un des principaux importateurs.
La dissolution de la CPSP intervenue en fin 95 début 96 a constitué la mesure la plus
déterminante dans la libéralisation totale de la filière riz au Sénégal. Aussi, en l'espace de
quelques mois, les importations de riz brisé à 100 % étaient entièrement transférées au
secteur privé. La réussite de ce transfert des pouvoirs publics vers le privé ne fait aucun
doute, quand on sait que les opérations d’importation de riz requièrent une bonne assise
financière. Parallèlement, la crainte qu'un groupe trop restreint d'opérateurs ne s’accapare
du marché était justifiée au départ ; ce qui pouvait conduire à une concentration de l’offre
donc des distorsions potentielles.
Dès la libéralisation en 1996, il y eut une ruée des importateurs : 43 opérateurs ont
participé à l’activité d’importation de riz traduisant ainsi, aux yeux de ces derniers, toutes
les opportunités offertes. Ce nombre est passé ensuite à près de 33 en 1997, à près de 25
opérateurs en 1998 pour se situer au début de ce millénaire autour de 7 plus grands
importateurs qui se partagent le marché.
L’accumulation de surplus de stock de riz a conduit à une réduction du nombre des
intervenants. Cependant, il n’y a pas de pénurie de riz sur le marché et un stock de
sécurité de 100 000 tonnes existe en permanence sur le marché.
Cette situation montre que depuis 1996 il n'y a pas eu de concentration même temporaire
du marché, mais cela n'est pas dû à une baisse des importations mais plutôt à un
changement de la structure du marché. Pour toute l'année 1997 et 1998, deux tiers des
importations étaient toujours entre les mains des six plus grands opérateurs, ce qui traduit
un degré élevé de saine compétition.
Les faits ont montré dès la libéralisation que les importateurs ont conclu des marchés
avec au moins une douzaine de fournisseurs différents, dont les quatre plus grands
comptabilisaient 63 % du volume total du riz importé (ACG 1996). Les importateurs
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
71
privés ont prouvé qu'ils étaient capables de faire varier les sources d'approvisionnement
en fonction des fluctuations du marché international. Ces derniers se sont rabattus sur le
Vietnam et la Thaïlande en 1997 après avoir profité des bas prix du moment du riz indien
entre 1995 et 1996.
Figure 4 : évolution des importations de riz
Evolution des importations de riz au Sénégal
(1995 - 2002)
800 000
120
100
80
60
40
20
0
600 000
400 000
200 000
0
1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002
Années
Vol. Import(tonne)
Val.Import (milliards F cfa)
De 1995 à 2002 les
importations
de
riz
(sources CPSP, CGSMR
et DPS) ont augmenté de
près de 63 % passant de
435 500 tonnes à 709
575 tonnes 2002 pour
une valeur moyenne sur
la période de près de 87
milliards de F CFA avec
une pointe de 110
milliards de F CFA en
2002. Cette situation est
bien illustrée par le
graphique ci-contre.
En 1999, la Thaïlande, l’Inde et le Vietnam ont fourni les 92 % du riz importé au
Sénégal, en 2000 c’est la Thaïlande et le Vietnam qui ont fourni les 96 % et en 2001 ce
sont ces derniers qui ont fourni les 91 % du riz importé au Sénégal.
Le reste du marché (grossistes, demi-grossistes, détaillants) est devenu beaucoup plus
fluide avec plus de distinctions entre les différents stades de commerce. Le nombre
d'opérateurs intervenant sur le marché du riz est certainement suffisant pour assurer une
compétition et ce nombre continue à croître, avec environ 400 à Dakar et plus de 500
dans le reste du pays.
La libéralisation de la filière a induit des changements de comportement des opérateurs.
Le comportement désigne la manière dont les affaires se font avec le secteur et on
examine le comportement des opérateurs, les rôles qu'ils jouent dans la conduite des
opérations, en comparaison avec ce qui devrait se produire dans un marché compétitif.
La diffusion de l’information a été rendue possible grâce à un appui de l’USAID, durant
les 2 à 3 premières d’existence du SIMRIZ, les informations sur les prix et les tendances
des marchés nationaux et internationaux du riz ont commencé à être diffusées chaque
semaine dans les journaux, la radio et la télévision. Ce mécanisme a apporté une plus
grande transparence sur le marché. Compte tenu du fait que les besoins des utilisateurs ne
pouvaient pas être les mêmes, la structure n’a fait aucun effort pour catégoriser son
public cible ce qui a enlevé l’intérêt pour certains utilisateurs. Une fois l’appui de
l’USAID terminé, le SIMRIZ a eu beaucoup de difficultés pour poursuivre dans la même
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
72
lancée. Actuellement, le SIMRIZ a été transformé en une Agence de Régulation des
Marchés.
La compétitivité de toutes les filières est liée aux prix mais les facteurs hors prix jouent
un rôle prépondérant. Parmi ces facteurs figurent le fonctionnement des marchés
notamment du point de vue de l’information des différents acteurs économiques. Dans le
cas de la plupart des filières agricoles, les indicateurs de flux et de prix ne rendent pas
compte de toutes les difficultés liées à un fonctionnement normal du marché. La
dimension de l’information est en rapport avec la structuration de la filière mais surtout
les types d’acteurs et leurs relations. Ces études font ressortir le dysfonctionnement de la
gestion de l’information sur les prix, les stocks des marchés et les flux des volumes de
production de riz commercialisés. Il se pose des aspects de marketing et de qualité pour
l’écoulement de la production locale dans les zones de consommation intérieures.
Au niveau du Ministère de l’Agriculture et de l’Hydraulique, il a été mis en place au sein
de la Direction de l’Analyse, de la Prévision et des Statistiques (DAPS), l’Observatoire
National du Riz au Sénégal (ONRS). Cet outil mis en place depuis août 1999, est un
cadre d’échange d’informations sur le riz destiné à fournir à tous les acteurs une
photographie globale de la filière riz (préparation des sols, intrants, mise en place des
cultures, transformation, commercialisation, interface avec le riz importé, consommation,
rentabilité et compétitivité de la filière locale).
L’impact de la libéralisation est une diversification des origines et une plus grande
recherche de qualités de riz. L’amélioration des qualités de riz est devenue une option
stratégique de commercialisation. Les commerçants ont répondu favorablement en offrant
une gamme étendue de qualités et de prix du riz ce qui a permis aux consommateurs
d’avoir l’embarras du choix en terme de qualités et de prix du riz. Ceci fait que depuis
quelques années, une bonne partie de la population urbaine a orienté sa préférence vers le
riz parfumé.
On observe deux canaux de préférence du riz : le riz local est très connu et même préféré
dans les zones de production et environs, le riz importé est présent sur toute l’étendue du
territoire. Le phénomène de préférence localisée du riz importé tient au fait que le produit
n’est disponible ni en quantité suffisante ni en permanence sur le marché. Le riz local fait
face à un sérieux problème de marketing que les associations de consommateurs ont
fortement souligné. Le riz domestique ne profite pas de la politique de promotion du
consommer local.
La libéralisation a aussi mis en évidence le rôle de petits importateurs privés avec
l’importance des bateaux flottants. Ainsi, il existe de petits importateurs (500 – 1000
tonnes) qui s’approvisionnent à partir des bateaux flottants le long des côtes de l'Afrique
occidentale au lieu de s’adresser à d'autres sources, dés les premiers moments de la
libéralisation. Les transactions avec les bateaux flottants offrent des bénéfices
appréciables sur le prix du fait d’une marge de manœuvre des vendeurs limitée. D’une
manière générale, les plus gros importateurs de riz au Sénégal sont soutenus par les
banques dans leurs opérations et il arrive parfois que ce soit directement le fournisseur
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
73
qui, en relation avec les banques, pratique la tierce détention sur le stock de riz jusqu’à
épuisement.
Un nombre restreint de (sept) 7 opérateurs assurent la presque totalité des tonnages de riz
importés au Sénégal. Par conséquent, il pouvait y avoir une possibilité d’entente entre ces
derniers pour imposer des prix sur le marché. Mais la réalité vécue à travers les publicités
et les efforts fait de libéralisation du riz importé montre que ce soupçon n’est pas fondé et
qu’il y a une transparence totale dans ce domaine.
L'impact de la libéralisation du marché du riz a mis en évidence la performance du
secteur privé. Les travaux de recherche sur ces réformes ont révélé que le transfert des
fonctions marchandes, d’intermédiations et de fournitures d’intrants de l’Etat au secteur
privé6 a améliore l'accès à la terre, aux capitaux et aux intrants agricoles et a facilité en
particulier l’allocation de ces ressources entre les activités rizicoles et d’autres activités
non agricoles (Gaye, 1997). Les résultats attendus de ces réformes sont, tout d'abord, que
l'efficacité des marchés augmentera avec le transfert de responsabilité de la collecte et de
la transformation du riz au niveau des producteurs et avec le transfert des importations et
de la vente en gros au secteur privé (Sidibé, 1993).
Les opérateurs dans la chaîne de commercialisation gagnent des marges raisonnables,
approximativement entre 4 – 7 % sur le prix de détail, avec les grossistes gagnant une
part moindre et les détaillants une part plus importante. Les marges des importateurs,
d'autre part, paraissent être particulièrement variables. Aussi, les coûts cités plus haut
pour les importateurs privés, qui sont estimés dans un intervalle compris entre 8 et 19
FCFA/kg, donnent une idée sur l'efficience du gain sur le système CPSP, dont les marges
d'importation étaient de 28 à 31 FCFA/kg en 1994-1995.
Dans la pratique, les détaillants ne répercutent jamais les fluctuations enregistrées au
niveau du marché mondial sur les prix. Depuis que les marges commerciales ont été
libéralisées en Mars 1995 les prix à Dakar sont significativement plus élevés que ceux
des autres régions. Une explication plus plausible est que le marché de Dakar reçoit des
riz de qualité supérieure et les nouveaux stocks alors que les marchés des autres régions
absorbent un riz de qualité inférieur.
5.3.5.2 Impact des réformes sur le riz local
Pour le riz produit localement, une bonne partie est autoconsommée et n'est pas vendue.
Entre 50 et 60% de la production est commercialisée chaque année et la plupart de ce riz
est produit, commercialisé, et consommé dans la zone de la vallée du fleuve. Seule une
part relativement faible est exportée vers d’autres zones en passant par Saint Louis pour
être vendue à Dakar et dans les autres régions du Sénégal.
Le système de commercialisation du riz local est néanmoins étroitement lié à celui du riz
importé, et a été affecté par les changements du sous secteur du riz importé si bien qu'il a
6
l’Etat se limitant seulement à un rôle de conseiller auprès des producteurs dans le choix et l'utilisation des
intrants.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
74
été spécialement visé par les réformes. Il sera présenté dans ce qui suit une présentation
de l'impact des réformes sur la filière locale suivant les dimensions structure
comportement et performance.
En termes de structuration, le système de commercialisation du riz local comprend trois
fonctions principales: (1) la collecte du paddy , (2) la transformation, et (3) la distribution
ou commercialisation du riz. Depuis la libéralisation, différents types d’opérateurs privés
sont apparus dans le marché et une multitude de circuits de commercialisation se sont
développés.
La collecte du paddy et la commercialisation du riz sont principalement le fait d'un
groupe de petits négociants, dont le nombre a augmenté rapidement depuis les réformes.
Sur le plan de la commercialisation, en l’absence de protection du riz local depuis la
libéralisation, des stocks de riz paddy ou de riz blanc invendus sont constitués
régulièrement après chaque campagne de production. L’Etat est conduit à intervenir à
travers des structures publiques ou parapubliques comme le Commissariat à la Sécurité
Alimentaire (CSA), les centres hospitaliers, l’armée, etc. pour l’achat de ces stocks de riz.
Une autre modalité d’écoulement des stocks invendus consiste en la signature de contrats
entre les producteurs et les commerçants (UNACOIS) et avec les Groupements de
Promotion féminines.
Le maintien du droit fiscal d’entrée de 20 % pour le riz entier et intermédiaire (loi N° 9634 du 31/12/96) est interprété par les importateurs et les consommateurs comme un
facteur limitant l’accroissement de la consommation de riz entier. Pour les producteurs,
l’augmentation de la consommation du riz entier pourrait ouvrir d’autres perspectives
pour la conquête de cette niche par le riz entier local.
Les stratégies développées par les acteurs consistent : i) le retrait des grands riziers de
l’activité et la mise à disposition de leur unité en gérance à d’autres opérateurs, ii) les
grands producteurs cherchent à augmenter leur profit avec des produits de qualité
supérieure, iii) les producteurs et les groupes de producteurs transforment et vendent riz
directement au marché iv) les riziers vendant directement aux consommateurs pour
obtenir un plus grand bénéfice.
Ces stratégies variées peuvent être interprétées comme des tentatives des producteurs de
régler de manière durable le problème de commercialisation du riz local. Ainsi, l’option
de mettre en pratique une intégration verticale de la filière depuis la production jusqu’à la
commercialisation du riz local est en train de faire son chemin pourvu que chaque
segment puisse être géré de manière rationnelle.
En performance, les prix intérieurs du riz local suivent généralement ceux du riz importé,
avec l'augmentation des prix qui s'est produite après la dévaluation en Janvier 1994 et la
libéralisation des marges de commercialisation en Mars 1995. Pendant la période suivant
les réformes, le prix du riz local a été en dessous de celui du riz importé, avec un
différentiel de prix de 15 - 20 FCFA/kg en moyenne à Saint Louis (données du CSA).
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
75
Actuellement, la différence entre les prix du riz local et ceux du riz importé rendu StLouis varie entre 20 – 40 F/kg suivant les périodes de récolte.
Pour le riz local, la marge agrégée de commercialisation est la différence entre le prix du
paddy à la production et le prix du riz blanc au détail qui permet de couvrir les coûts de la
collecte, de la transformation et de la distribution. Ainsi, les estimations de toutes les
opérations post récoltes ne comptent que pour 10,2 % seulement du prix de vente au
détail, la transformation ne comptant que pour prés de la moitié de ce montant (4,8 %).
La collecte et la distribution représentent un pourcentage modeste (5,4 %) du prix final.
Tableau 8 : Estimation des marges commerciales à chaque niveau du marché du riz
local
Composantes du prix
FCFA/kg paddy
FCFA/kg riz blanc En % du prix
de détail
Coût à la production
50
77
40,9 %
Marge nette producteur
60
92
48,9 %
Coût de l'usinage
6
9
4,8 %
Coût de la distribution
5
2,7 %
Marge nette des commerçant
5,0
2,7 %
Prix de détail
188,0
100,0%
Source : notre étude 2003.
D'autres données d'enquêtes indiquent que les riziers gagnent une petite marge nette. Les
coûts de transformation sont de 12,5 FCFA/kg de riz usiné pour les grandes unités de
transformation et de 5,5 à 6,0 FCFA/kg, pour les petites unités pendant que les marges de
transformation tournent en moyenne de 13,0 FCFA/kg et 5,9 FCFA/kg respectivement.
La marge nette apparemment faible s'explique à la fois par i) la dure compétition entre les
unités de transformation et ii) une pression à la hausse sur les coûts, du fait de la
concurrence et de la rentabilité de l’opération.
Une étude réalisée sur la base de la Matrice de Comptabilité Sociale (TOURE &
BELIERES 1999), relative à l’économie agricole irriguée du Delta, montre que la
riziculture irriguée occupe une position centrale par ses effets induits sur les activités de
la filière. Elles concernent, en amont, les services mécanisés de préparation des sols, de
réfection et d’aménagement des périmètres, de pompage de l’eau et en aval, les services
de récolte, de battage, de transformation, de BTP, de maintenance, de commerce, etc..
Cela témoigne du caractère fortement intégrateur de la filière rizicole.
L’État perçoit, sur chaque kilogramme de riz blanc mis en marché dans le Delta au prix
de 200 F, entre 20 et 28 F CFA de taxes et les sorties de devises représentent 50 à 60 F.
Pour un kilogramme de riz brisé importé à Dakar au prix de douane de 200 F, la sortie de
devises correspondante est de 174 F et l’Etat perçoit un droit de porte de 26 F CFA. Ainsi
la production locale supporte des taxes équivalentes à celles de l’importation mais permet
de réaliser une économie conséquente en devises puisque la sortie de devises est trois fois
moins importante.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
76
Le riz génère ainsi des volumes de transactions globales dix fois supérieurs à son produit
brut intrinsèque. Ainsi, en 1997, les transactions globales étaient de l’ordre de 96
milliards tandis que le produit brut représentait 7,2 milliards).
5.3.6. Impact des réformes sur la consommation du riz
Le riz est la plus grande source de calories au Sénégal, position qu’occupait le mil
jusqu’à la fin des années 1970. Historiquement, le riz n’a pas été un aliment traditionnel
pour la plus grande partie du Sénégal, à l’exception de la Casamance où les Diola le
cultivent depuis des siècles. La grave crise vivrière de la période de la sécheresse (1968 –
1983) a occasionné des importations massives de riz brisé qui remplacent le mil et le
sorgho, produits alimentaires de base. La structure de la consommation du riz penche
fortement en faveur du riz brisé (95 %) par rapport au riz entier aussi bien dans les zones
urbaines que rurales.
Les Enquêtes ESAM7 ont montré que la dépense moyenne mensuelle du ménage pour
l’achat du riz était de 10 000 F CFA, soit 20 % des dépenses totales de nourriture.
Malgré de grandes disparités régionales, le riz reste important dans la consommation au
Sénégal. On rappelle que le riz représente 34 % du volume de la consommation céréalière
nationale et compte pour 54 % des céréales consommées en milieu urbain et 24 % en milieu
rural. Les budgets alimentaires des ménages Sénégalais sont largement dominés par le riz
aussi bien en milieu urbain que rural. Kite (1993) a estimé que 25 % des budgets de
consommation des ménages ruraux sont consacrés à l'achat du riz contre 18 % pour les
ménages urbains².
Avec la libéralisation, les commerçants ont répondu favorablement en offrant une gamme
étendue de qualités et de prix du riz ce qui a permis aux consommateurs d’avoir
l’embarras du choix en terme de qualités et de prix du riz. La diversification des sources
d’approvisionnement et le choix varié des qualités du riz ont poussé les consommateurs
sénégalais à l’adoption du riz parfumé (CGSMR, 2000).
Les prix au consommateur dans les marchés de Dakar sont demeurés remarquablement
stables en dépit des fluctuations sur le marché mondial. Ceci est l’effet de Transmission
de la variabilité des prix mondiaux.
5.3.7. Impact des réformes sur le marché des sous-produits
La recherche de gain de productivité sur la filière riz avec la libéralisation a induit une
meilleure valorisation des sous-produits. Ainsi, on note une évolution rapide des
créneaux sur la paille, le son et la balle de riz. Parmi les secteurs utilisant les produits ou
les sous-produits du riz il y a principalement l’élevage qui consomme aussi bien la paille
de riz, issue du champs de culture que les autres sous produits résultant de la
transformation du riz paddy tels que le son de riz, la fane de riz ou farine basse.
7
Enquêtes Sénégalaises Auprès des Ménages (1994 – 1995)
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
77
La paille de riz a acquis une valeur marchande depuis le début des années 1990 grâce aux
équipements de bottelage. Actuellement, la botte de riz de 15 kg est vendue à 300 – 350 F
CFA ce qui correspond à 20 – 23 F CFA/kg. Au niveau de la parcelle, la paille de riz
coûte entre 30 000 et 50 000 F CFA/ha.
Par ailleurs, la paille de riz bottelée est commercialisée en dehors de la zone du fleuve
avec pour destination principale le marché de Dakar (2/3 de la commercialisation), au
profit essentiellement des grosses fermes laitières.
Pour ce qui concerne le son de riz, celui issu de la transformation industrielle (son de riz
industriel) est majoritairement commercialisé en dehors de la zone du fleuve et celui issu
de la transformation artisanale (son de riz artisanal) est utilisé dans la zone. Les deux
principaux marchés pour le son industriel sont les provendiers (alimentation animales) de
Dakar (25 %) et les commerçants mauritaniens (30 %). (C.CORNIAUX, J. LE
MERCIER, A. DIALLO 1998)
En dehors de ces éléments, il existe un produit qui n’est pas souvent utilisé, il s’agit de la
balle de riz (la coque). Une expérience a été tentée par un industriel privé (Delta 2000)
dans la vallée du fleuve Sénégal pour faire de ces balles de riz des briquettes servant
comme charbon. Cette expérience n’ayant pas donné les résultats escomptés a été
abandonnée. Depuis peu de temps, la balle de riz à l’état brut est utilisée comme source
d’énergie ; ce qui fait qu’elle n’existe plus dans les différentes rizeries.
5.3.8. Impact des réformes sur les systèmes de production : diversification des activités
de production
La privatisation complète du secteur céréalier en 1996 et la filière riz en particulier ont
entraîné des ruptures dans les choix culturaux et l’allocation des ressources. Ainsi, en
zone de production rizicole irriguée, les activités ont été en majorité centrées sur la
riziculture en hivernage et les cultures de diversification en contre saison chaude et
froide. La récente politique d’orientation avec les nouvelles autorités du pays met plutôt
l’accent sur l’intensification et la diversification des productions agricoles avec une
affirmation de la libéralisation complète du secteur agricole. La réflexion sur le devenir et
la durabilité de l’agriculture irriguée, et sur la rentabilité des investissements hydroagricoles, surtout pour la production rizicole, suscite un regain d’intérêt sur les autres
cultures de diversification et de sécurisation des revenus.
Au niveau des systèmes irrigués (notamment, la région du Fleuve), l’offre des céréales
était fortement dominée par le riz à partir des années 1980. Si au début des années 60, le
mil/sorgho dominait la production régionale céréalière, il décroît d’année en année,
passant de 45 000 à 10 000 tonnes de 1960 à 1994 (ISRA, 1996). Cette baisse des
céréales sèches est en partie liée à la péjoration du climat et les modifications de
l’écologie de la Vallée par le contrôle des crues et la régulation des débits qui ont réduit
progressivement les cultures pluviales et de décrue. Le recentrage des activités est orienté
par conséquent, sur les cultures irriguées et notamment sur la riziculture.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
78
Avec les contraintes de la filière riz largement dominant dans les systèmes de production
irrigués, la recherche d’autres alternatives d’exploitation permet de réduire les risques liés
a la monoculture, de diversifier et d’augmenter les revenus. La diversification est aussi
une option stratégique de sécuriser les revenus. La mévente des stocks de riz constatée en
fin d’hivernage et les goulots d’étranglement des remboursements de crédits viennent
renforcer l’aversion au risque des producteurs. Les besoins d’intensification de la
riziculture pour exploiter les marges de progrès potentiel de la filière riz n’enlèvent en
rien le bien fonde de la diversification. Le développement rural intègre est réaffirmé à
travers l’option de diversification des cultures. Cet objectif se traduit par la sécurisation
de l’environnement de la production, l’organisation de l’accès et de l’utilisation efficiente
des ressources, et l’intégration des activités au sein de l’exploitation.
La diversification porte sur la promotion d'activités génératrices de revenu et non
d'autoconsommation. L'expérience acquise dans la recherche de financement pour le
segment "production" de la filière a montré les limites de la riziculture à générer assez de
revenus pour nourrir et satisfaire les besoins des producteurs. Les coûts de production
restent toujours élevés pour dégager une marge assez substantielle. En réponse à cet état
de fait, les membres des Unions commencent à développer de nouvelles stratégies
orientées d'une part, vers la promotion de cultures à haute valeur ajoutée (maraîchage) et
d'autre part, vers une intégration effective des activités d'élevage (produit et sous-produit)
dans leur agenda.
-
Tomate
Dans l'environnement de la Vallée, la tomate est une filière organisée, avec l'existence de
deux usines de transformation localisées dans le milieu. Elle est considérée dans la Vallée
comme la première culture de diversification. Les producteurs de riz de la FPA voient la
tomate comme un produit qui pourrait leur permettre de sécuriser les revenus et aider au
paiement d'une partie des prêts contractés avec la CNCAS. Toutefois, la culture de la
tomate pour ces Unions exige des terres bien adaptées et l'apprentissage de techniques de
production conséquentes.
-
Oignon
Au même titre que la tomate, la production d'oignon est agitée par certains producteurs
comme un palliatif. Ils savent tous que c'est un produit hautement périssable et que la
commercialisation n'est pas organisée comme celle de la tomate. Avec la spéculation en
cours dans le milieu, les producteurs peuvent facilement être à la merci des commerçants.
Toutefois, la filière s'organise principalement depuis la région agricole de Podor,
notamment avec les membres de l'APOV qui viennent de jeter les bases d'une telle
organisation. Comme la tomate, l'oignon est très exigeant en connaissances pratiques et
en infrastructures de conservation.
-
Autres produits maraîchers
Il existe d'autres produits éligibles dans le cadre de la diversification puisque les marchés
potentiels existent : patate douce et tous les autres produits comme le gombo ou le Jaxatu.
Si la filière patate douce est en train de se mettre en place et s'organise, par contre les
débouchés pour les autres produits nécessitent une certaine consolidation.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
79
Dans la vallée du fleuve Sénégal, le mais est spécialement cultive dans la moyenne et la
haute vallée. Ces cultures sont pratiquées aussi dans les zones de décrue situées sur une
partie du lit majeur du fleuve Sénégal. En dehors de cette zone, la principale aire de
production du maïs se trouve dans la partie du Sud Est du Sénégal (Région de
Tambacounda) mais aussi en Haute Casamance (Région de Kolda). Pour le mil et le
sorgho, la principale zone de production est surtout le bassin arachidier et la haute
Casamance. A titre d’exemple, durant la campagne d’hivernage 1998/99, la superficie
globale cultivée en céréales (riz, maïs, mil, sorgho) se situe à près de 1 115 000 ha dont
les 72 % concerne le mil, le sorgho occupe 19 %, le maïs 5 % et le riz d’hivernage 4 %.
En matière d’importations, en moyenne entre 1996-2001, le Sénégal a importé près de 34
500 Tonnes de maïs pour une valeur de près de 3,2 milliards de F CFA.
Les autres produits d’importation sont le froment (blé) et le méteil destiné principalement
aux deux unités de fabrication industrielle d’aliments (bétail, volaille, farine de pain,
etc..) installées à Dakar depuis plusieurs année qui constitue le groupe les Grands
Moulins de Dakar et les Moulins SENTENAC, ainsi que la nouvelle unité appelée NMASanders. En matière de froment et méteil, près de 200 000 tonnes sont importés
annuellement pour une valeur de près de 25 milliards de F CFA.
-
Elevage
La région du Fleuve est reconnue comme une zone traditionnelle d'élevage. Il faut
toutefois dire que les aménagements hydroagricoles entrepris durant ces trente dernières
années et la politique de peuplement mise en œuvre pour leur exploitation ont changé les
destinées de la région en matière d’élevage. Les deux systèmes, intégrés au départ, sont
passés à une phase de cohabitation conflictuelle. Le désir d'introduire l'élevage dans la
gamme des activités de diversification augure d'une réintégration certaine de ces activités
jadis complémentaires. La demande en viande et en lait est aussi importante et sensible
que celle en riz. Le marché des produits et sous-produits de l'élevage existe bien dans
l'environnement immédiat des producteurs de la Vallée.
D’ailleurs c’est à cause des sollicitations multiples que les sous produits du riz ont
commencé à avoir une valeur commerciale appréciable comme le son, la paille et depuis
peu les balles de riz.
-
Pêche
Les aménagements ont conduit à l’extinction de la pêche fluviale et continentale; les
captures ont chuté de manière drastique au point de disparaître dans les statistiques. Les
projets alternatifs de pisciculture et d’aquaculture mis en œuvre par les services étatiques
n’ont pas encore rencontré l’adhésion massive des populations. La grande majorité des
pêcheurs ont émigré. Néanmoins, des initiatives encourageantes ont été développées,
dans la région de St-Louis (Dagana et Richard Toll), par la fédération des GIE de pêche
dans le cadre du Programme Spécial de Sécurité Alimentaire (PSSA).
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
80
Il ne s'agit pas pour tous ces efforts de diversification des activités, de sortir d'une filière à
problème pour rentrer dans une autre à haut risque. Un certain nombre de filières
horticoles comporte encore une dose de risques non négligeable dans l'état actuel des
choses : conservation des produits, transport, qualité, structuration du marché, acteurs,
etc. La filière rizicole a encore des promesses dans un avenir proche (600 000 tonnes
d'importation annuelle), pour peu qu'elle s'organise mieux avec l'aide de l'Etat et des
partenaires commerçants.
Dans toutes ces réflexions, la problématique de la formation des producteurs membres
des Unions à la maîtrise des techniques de production est restée une constante. Il serait
très difficile, sinon impossible, de mettre en œuvre toutes ces stratégies de diversification
sans une politique de formation conséquente. En effet, les nouvelles idées agitées pour
sortir de la situation actuelle (presque bloquée) embrassent une gamme assez variée de
domaines et d'activités pour lesquels les compétences sont quasiment inexistantes dans
les Unions. L'introduction et la rentabilisation de nouvelles cultures, par exemple,
requièrent des comportements plus professionnels.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
81
VI . ESTIMATION DES IMPACTS
6.1 Etre compétitif tout en préservant l’environnement
Le riz occupe encore une place importante dans l’alimentation des populations au
Sénégal, aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural où elle a pris une part de plus en
plus importante ces dernières années. La production nationale de paddy se situait à
230.000 tonnes de paddy environ durant la campagne 2000/01, soit 130 000 tonnes de riz
blanc avec un coefficient de transformation moyen de 0,65. Pour la campagne 2001/02,
les résultats définitifs ont été de 243 907 tonnes de paddy soit 158 540 tonnes de riz
blanc. Néanmoins, le pays continue d’importer près de 2/3 de sa consommation qui se
situe à environ 600.000 tonnes de riz blanchi, en provenance principalement de la
Thaïlande, du Vietnam et d’autres pays asiatiques et d’Amérique latine. Cette situation
entraîne un déficit de la balance commerciale et un déséquilibre de la balance des
paiements.
Face à ce phénomène, le développement de la production est devenue une préoccupation
des pouvoirs publics pour satisfaire les besoins nationaux en croissance et de réduire la
dépendance sur le marché mondial. C’est ainsi que l’objectif fixé est d’assurer
l’autosuffisance en riz par l’exploitation de l’ensemble des potentialités susceptibles de
promouvoir la production de riz dans les zones Nord et Sud du pays.
Dans le Sud, la priorité est à la construction des barrages anti-sels et de retenue pour le
stockage des eaux de pluie et l’arrêt de l’avancée de la langue salée aussi bien en Basse
Casamance que dans le Bassin de l’Anambé dans la région de Kolda. Au Nord, avec la
mise en service des barrages de Diama et de Manantali, la production de riz dans la vallée
devait connaître une nouvelle tournure. La disponibilité de l’eau en toute saison devrait
favoriser le développement de la culture irriguée du riz.
Cependant la recherche de la compétitivité des sous filières rizicoles, dictée par la
mondialisation de l’économie, est toujours d’actualité.
Cette recherche de compétitivité pourrait se traduire par le fait qu’on ne doit plus
produire à n’importe quel prix ; il nous faut être compétitif, tout en préservant
l’environnement. C’est cet exercice d’analyse de la compétitivité de la filière riz que nous
aborderons dans cette partie du document.
6.2 Méthodologie
L'approche MAP permet de déterminer les recettes, les coûts et les bénéfices des
agriculteurs (par filière) dans les conditions d’une allocation des ressources la plus
efficiente possible.
Le but principal de l'analyse MAP est de mesurer l'impact des politiques du
Gouvernement sur la rentabilité privée des systèmes agricoles et sur l'efficacité de
l'utilisation des ressources.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
82
L'élaboration de la MAP requiert une démarche à suivre au delà de la connaissance
intime de la filière. La prise en compte de l’environnement dans l’analyse MAP
considère les externalités de la filière ; deux types d’effets sur l’environnement doivent
être pris en compte : les effets externes et les effets d’usage.
Les principales étapes que nous avons retenues sont les suivantes:
•
•
•
•
•
L'identification des filières et sous filières
La collecte de données
L'élaboration des budgets aux prix du marché
La distinction entre les intrants échangeables et les facteurs intérieurs
La réévaluation des budgets aux prix de référence
Les indicateurs utilisés dans l’analyse MAP sont :
•
•
•
•
•
•
Rentabilité financière = recettes- coûts aux prix de marché
Ratio coût bénéfice financier = rapport coût (facteurs intérieur) sur recettes – coût
intrants échangeables aux prix de marché
Rentabilité économique = recettes- coûts aux prix de référence
Coût en Ressources Intérieures = rapport coût (facteurs intérieur) sur recettes –
coût intrants échangeables aux prix de référence
Ratio coût bénéfice économique = rapport coûts totaux sur recettes aux prix de
référence
Coefficient protection nominal = rapport recettes aux prix de marché sur recettes
aux prix de référence
6.3 Coûts environnementaux
Il s’avère complexe et difficile de quantifier de façon précise (à ce stade de notre étude)
les coûts environnementaux de la libéralisation du commerce sur la filière rizicole;
toutefois, du point de vue qualitatif, le prix à payer pour développer la riziculture
combine différents coûts :
-
De dégradation (déboisement, défrichement, dessouchage, dénudation des terres
destinées à la production du riz);
Déplacement et réinstallation de populations;
Asphyxie des défluents;
Réduction des zones de cultures de décrue;
Diminution des aires de pâturage;
Soutien artificiel de crue au détriment du régime de crue et d’inondation de la vallée;
Inondations des villes, des villages et des périmètres aménagés;
Déséquilibre des systèmes de production traditionnels, etc.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
83
La détermination des coûts environnementaux dans les périmètres irrigués tient compte
des variables engrais et produits phytosanitaires comme les herbicides (Propanyl et
Weedone), et les pesticides (Furadan) fréquemment utilisés.
En riziculture irriguée, la teneur des sols en éléments fertilisants et le processus complexe
de leur mobilisation font de la fertilisation minérale un élément incontournable pour
obtenir des rendements satisfaisants. Par ailleurs, les herbicides utilisés suivant les doses
recommandées ne constituent pas de risques majeurs du fait de leur faible rémanence (30
à 40 jours).
Dans les systèmes de production pluviale, c’est la fumure animale qui est le plus utilisée
ou le fumier préparé par les femmes à partir d’un mélange de paille de riz avec des
déjections animales, des ordures ménagères, des cendres.
Il se trouve que, dans la pratique des organisations paysannes, les doses prescrites par la
recherche ne sont jamais dépassées si elles ne sont pas moindres. Le problème le plus
important posé par l’utilisation des produits phytosanitaires et des engrais ne se situe pas
sur les doses appliquées par les producteurs mais concerne les origines douteuses de
certains produits provenant de circuits incontrôlés. Ces produits peuvent causer des
problèmes sur la santé des populations et ne permettent pas d’avoir les effets recherchés.
6.4 Coûts économiques
La dévaluation du franc CFA intervenue en 1994 et la libéralisation de la filière ont
largement contribué aux changements dans la production de riz. Après la dévaluation, le
coût de production a fortement augmenté passant à plus de 53 % et ceci a induit une
détérioration de la marge nette à l’hectare de 44 % par rapport à la situation avant
dévaluation (Fall, 1995). On enregistre après 1996 une relative stabilité des prix des
intrants entraînant ainsi une situation plus profitable pour améliorer le revenu rizicole
(opportunités de bénéficier des marges de progrès potentielles de la filière). L’option
possible de la double culture de riz est à même d’améliorer très sensiblement le revenu
des producteurs et d’accroître l’offre de riz local.
La plus grande part du budget de l'Etat alloué au secteur agricole a été consacrée au
développement des systèmes d'irrigation de la Vallée. Plusieurs études ont été menées sur
la compétitivité de la filière riz local. USAID (1991) a estimé que le total des subventions
(irrigation, production et transformation) allouées à la production de paddy s'élevait à
88,4 Fcfa/ kg en 1989, ce qui était au-delà du prix CAF du riz importé (85 Fcfa/kg). Kite
(1993) a montré dans une analyse économique (donc sans subventions) que le riz produit
dans la vallée reviendrait à 300 Fcfa/kg alors à celui du riz importé est de 130 F CFA/kg
en 1993. Le coût des ressources internes (CRI)8 du riz produit dans la Vallée et vendu à
Dakar est ainsi évalué entre 2 et 6 Fcfa (avant la dévaluation). Cependant, le CRI a
nettement baissé avec la dévaluation du franc CFA en 1994 induisant un accroissement,
8
CRI est défini comme une mesure de l'avantage comparatif d'un produit. Quand, ce coefficient se situe entre 0 et 1, on
laisse supposer l'existence d'un avantage comparatif, par contre s'il est au-dessous de zéro ou plus grand que 1, on estime l'absence
d'avantage comparatif.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
84
puis une baisse des prix du riz importé et aussi avec les progrès techniques constatés dans
l’évolution des rendements (de 3 t à 5 t/ha).
Ces analyses montrent des critères différenciés de performance de la filière du riz local.
La réduction du coût intérieur des ressources nécessite plusieurs efforts, notamment la
combinaison d'une productivité accrue (accroissement des rendements et extension de la
double culture du riz), d'une plus grande efficacité des rizeries, et de meilleurs prix
rémunérateurs. En somme, il s'agit d’une réforme totale du secteur qui peut être appréciée
par la situation de l’offre, la demande et le commerce du riz local.
L’analyse ci-dessus porte sur quatorze (14 ) sous filières représentatives de la production
de riz au Sénégal dont sept (7) au niveau de la vallée du fleuve Sénégal, trois (3) au
niveau du Bassin de l’Anambé et quatre (4) au niveau de la Basse Casamance.
Le modèle traite séparément les 14 sous filières ensuite une agrégation des sous filières
par zones de production (Vallée du fleuve Sénégal, Basse Casamance, Anambé) est faite
avant de procéder à l’agrégation globale des 14 sous filières appelée filière nationale
Tableau 9 : Matrice d’Analyse de Politiques de la filière nationale rapportée par
tonne de riz usiné (campagne 2001/02)
Unité :F.CFA pour
1 tonne de riz usiné
Prix du marché
Prix de référence
Divergences
RECETTES
A
E
I
218 094
230 209
-12 115
COUTS
BENEFICE
Intrants Echangeables
Facteurs intérieurs
B
55 883
C
128 900
F
47 376
G
196 006
J
8 507
K
-67 106
D
H
L
33 311
-13 173
46 484
Source ISE, 2003
Indicateurs
Rentabilité financière F CFA/T de riz
Ratio coût bénéfice financier F CFA /T de riz
Rentabilité économique en F CFA /T de riz
Coût en Ressources Intérieures
Ratio coût bénéfice économique F CFA /T de riz
Coefficient protection nominal
[D = A - B - C]=
[C / (A - B)] =
[H = E - F - G]=
[G / (E - F)] =
[(F + G) / E] =
[A / E] =
33311
0,8
-13173
1,07
1,06
0,95
On constate que la filière nationale n’est pas protégée avec un CPN = 0,95
On note une rentabilité financière de la filière avec un bénéfice de l’ordre de 33 311 F
CFA par tonne de riz usiné. Par contre la filière ne présente pas une rentabilité
économique, mais plutôt une perte sociale de l’ordre 13 173 F CFA par tonne de riz
usiné. Cette situation est simplement due à l’influence de sous filières situées dans
d’autres zones qui ne présentent pas de rentabilité économique.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
85
La production globale de 144 640 tonnes de riz usiné enregistrée au niveau des 14 sous
filières prises en compte dans l’analyse représente les 91 % de la production de l’année
2001/2002. Avec ces données provenant des trois zones de production (Vallée du Fleuve
Sénégal, Bassin de l’Anambé et Basse Casamance), les résultats de l’analyse de la filière
riz au niveau national se présentent ainsi :
Tableau 10 : MAP nationale agrégée en 2001/02 rapportée à la production nationale
de riz usiné
Milliards de F
CFA*
(F CFA/kg)
RECETTES
Prix du marché
A
COUTS
Intrants
Echangeables
31,55
B
(218)
Prix de référence
E
Divergences
I
33,30
(-12)
Facteurs intérieurs
C
(56)
F
(230)
-1,75
8,08
6,85
1,23
18,64
D
4,83
(129)
G
(47)
J
BENEFICE
28,35
(33)
H
-1,90
(196)
K
(8)
-9,71
(- 13)
L
6,72
(- 67)
(46)
* Pour une production de 144 640 Tonnes de riz blanc
Source ISE, 2003
Indicateurs
Rentabilité financière en milliard F CFA) [D = A - B – C]
Ratio coût bénéfice financier
[C / (A - B)]
Rentabilité économique en milliard F CFA [H = E - F - G]
Coût en Ressources Intérieures
[G / (E - F)]
Ratio coût bénéfice économique
[(F + G) / E]
Coefficient Protection Nominal
[A / E]
=
=
=
=
=
=
4,83
0,8
-1,90
1,07
1,06
0,95
Avec un Coefficient de Protection Nominale (CPN) de 0,95, on constate que la filière
nationale n’est pas protégée.
Analyse financière(aux prix du marché) : avec des recettes de l’ordre de 32 milliards F
CFA et des coûts globaux de 26,72 milliards F CFA, la filière nationale de riz dégage un
bénéfice financier de 4,83 milliards F CFA. Sous cet angle, elle est rentable
financièrement et est susceptible d’offrir des opportunités d’investissement.
Par rapport aux résultats de l’analyse MAP de la campagne 96/97, aux prix du marché,
nous constatons qu’au moment où les recettes augmentent de 58 %, les coûts ont presque
doublé avec une augmentation de près de 95 % et le bénéfice a diminué de 24 %. Par
rapport à ces coûts, nous constatons que les intrants échangeables ont augmenté de 105 %
et les facteurs intérieurs de 91 %. Cette situation montre la prépondérance des systèmes
de production fortement mécanisés par rapport aux autres systèmes moins mécanisé donc
moins utilisatrice de capital.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
86
Analyse économique (aux prix de référence) : les recettes obtenues de 33,30 milliards F
CFA étant inférieures aux coûts globaux des facteurs de production qui sont de 35,2
milliards F CFA, l’activité rizicole dégage une perte sociale de l’ordre de 1,90 milliards F
CFA pour une production globale de 144 640 tonnes de riz blanc.
Cependant, cette perte sociale cache les performances enregistrées aussi bien dans la
vallée du fleuve Sénégal où entre 1998 et 2001 le rendement moyen est passé de près de
4 tonnes/ha à 5,1 tonnes/ha et le CRI de 0,96 à 0,67 alors qu’en Basse Casamance, le CRI
est de 0,47.
La filière vue sous cet angle ne présente donc pas d’avantage comparatif. Elle ne
participe pas à la création de richesses nationales. Ainsi donc, avec un Coût en
Ressources Intérieurs (CRI) égal à 1,07, la filière se situe à la limite de la non rentabilité.
Les recettes aux prix du marché de 31,55 milliards F étant inférieures à celles aux prix de
référence de 33,30 milliards F, les producteurs transfèrent à l’économie nationale près de
1,75 milliards F CFA.
Au niveau des coûts, les producteurs sont favorisés pour près de 9,71 milliards F CFA sur
les facteurs intérieurs (capital, main d’œuvre, etc.) et en même temps ils paient des taxes
de l’ordre de 1,23 milliards F CFA sur les facteurs échangeables. Ceci peut faire croire
que le niveau de taxation sur les intrants échangeables est négligeable par rapport aux
efforts consentis par les pouvoirs publics.
Globalement, la filière riz reçoit du reste de l’économie un transfert net de 6,72 milliards
f Cfa, ce qui montre qu’elle est favorisée par les politiques existantes et que cela confirme
l’option de l’État qui vise à promouvoir la filière locale.
Cependant on observe une disparité des résultats en fonction des zones de production
comme l’indique les tableaux des résultats par zone de production (en annexe).
Contrairement à la campagne 96/97, la situation de la vallée du fleuve Sénégal s’est
beaucoup améliorée en terme de productivité mais compte tenu du fait que la production
n’a pas évolué sensiblement elle n’a pas pu infléchir la tendance vers une situation plus
favorable au niveau de la filière nationale de riz. Le tableau 11 suivant compare les
résultats des trois principales zones de production.
Tableau 11 : Synthèse des résultats de la MAP par zone de production
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
87
Zones de production
Casamance
Bassin Anambé
Vallée fleuve Sénégal
Niveau national
Part sur la
production
nationale
Bénéfice
économique
Coûts en
ressources
intérieures
Transferts nets
(%)
26
19
55
100
FCFA/Tonnes
183.871
- 357.180
53.703
- 13.173
CRI
0,47
2,94
0,67
1,07
FCFA/Tonnes
- 41.593
248.248
14.580
46.484
Source ISE, 2003
Les sous filières de la Casamance, peu extensibles et qui présentent en général une bonne
efficience par rapport aux autres zones de production (CRI = 0,47), ont enregistré une
diminution de la production par rapport à la campagne 96/97 (la part dans la production
passe de 43 % en 1998 à 26 % en 2001), ce qui fait que les bons résultats n’ont pu
apporter un plus à la filière nationale de riz.
La situation de l’Anambé qui continue toujours à enregistrer des résultats peu favorables
en termes de productivité, d’efficacité et d’efficience (CRI = 2,94), a enregistré cette
année un accroissement de la part dans la production nationale de 1,9 % en 1998 à 19 %
en 2001; ceci a conduit, avec un effet multiplicateur, à faire pencher la balance vers les
résultats enregistrés après agrégation des différentes sous filières composant la filière
nationale de riz.
Cependant des efforts peuvent être encore faits dans le Bassin de l’Anambé en termes de
d’accroissement de la productivité, d’assainissement du crédit agricole pour asseoir des
bases solides d’un développement durable de la production rizicole.
Le riz local reste sous la menace du riz importé en terme de compétitivité. Seulement, le
marché mondial du riz est résiduel, et ne représente que 4 % de la production mondiale.
Le marché mondial du riz brisé consommé au Sénégal est encore plus marginal sur le
plan international. Ainsi, l’Etat ne saurait dépendre uniquement du marché mondial où la
fluctuation du cours mondial dépend du déséquilibre de l’offre et de la demande. Or ce
déséquilibre sur le plan international est fortement lié au niveau d’intervention
d’importateurs et d’exportateurs nouveaux dont l’occurrence et les capacités sont très
variables.
Au niveau national, les options en faveur de l’intensification et de la sécurisation de la
production agricole ont conduit à la réalisation d’investissements coûteux pour la maîtrise
de l’eau (barrages, aménagements hydro-agricoles, etc.) et le développement de
l’irrigation. Cette politique s’est traduite par une forte implication des populations du
fleuve dans la riziculture qui occupe quelques 400 000 personnes (ISRA, 1996). De plus,
l’économie de cette zone est dominée par la riziculture qui représente 89 % du revenu
régional. Aussi, il est à noter que 60 % des terres irrigables du delta qui produit 62 % de
la production nationale commercialisée, sont principalement favorables à la riziculture. Il
s’agit donc avec la libéralisation complète du secteur d’accompagner le développement
de cette culture pour accroître ses marges de progrès et améliorer sa compétitivité.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
88
La libéralisation complète en l’absence de mesures d’accompagnement en termes d’appui
et de conseil a produit des effets contraires aux attentes. Ainsi est né le comité
interprofessionnel de concertation sur le riz pour amener les divers partenaires à se
concerter en vue d’améliorer la compétitivité du riz local et assurer la durabilité des
systèmes de production rizicoles dans la vallée du fleuve Sénégal.
6.5 Coûts sociaux
Les résultats enregistrés par la MAP à partir des données de la campagne d’hivernage
2001-2002 font ressortir que l’activité rizicole dégage une perte sociale de l’ordre de 1,90
milliards F CFA pour une production globale de 144 640 tonnes de riz blanc; ceci s’est
traduit par un Coût en Ressources Intérieurs (CRI) supérieur à 1, donc la filière se situe à
la limite de la non rentabilité. Cependant, cette généralité masque les disparités existantes
dans les divers systèmes de production rizicole. Seul le système irrigué de l’Anambé est
non compétitif (CRI de 2,94). Le riz de la vallée produit un CRI inférieur à 1 et donc
économiquement compétitif par rapport au riz importé. En plus, les revenus tirés de cette
filière représentent 89% du revenu agricole de cette zone. La filière occupe plus de 400
000 personnes (ISRA, 1996).
La libéralisation du commerce du riz importé (dissolution de la CPSP en décembre 1995)
a pénalisé du reste les petits producteurs familiaux malgré l’intervention de l’État entre
1996 et 1998 qui a racheté directement les stocks de riz local.
La riziculture dévoile ses limites à générer assez de revenus pour nourrir et satisfaire les
besoins des producteurs. Les petits exploitants familiaux (de 0 à 1 hectare de superficie)
sont dans une situation d’équilibre très précaire. Ils constituent un groupe vulnérable
enclin à l’exode ou tombent dans la paupérisation.
La libéralisation a conduit à l’arrêt d’activité de nombreux GIE exploitant sur les
périmètres privés, et donc une fluctuation annuelle des surfaces cultivées et des
productions.
Le nombre de rizeries fonctionnelles a diminué considérablement; une dizaine a disparu
en raison des difficultés liées au financement de la collecte et de la commercialisation du
riz local, comme d’autres ont changé de gérance.
La suspension des crédits à l’équipement par la CNCAS constitue un coût social qui
implique une recomposition de l’agriculture irriguée sur des bases plus assainies.
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
89
VII. MESURES DE MITIGATION DES
D’AMELIORATION DES IMPACTS POSITIFS
IMPACTS
NEGATIFS
ET
7.1 Identification des mesures de mitigation
L’agriculture est l’une des activités la plus dévastatrice de ressources naturelles et les
politiques qui y sont en œuvre ont des répercussions considérables qu’il importe de
trouver les moyens d’atténuer l’impact de ses différentes formes sur l’environnement et la
société.
7.1.1 Mesures d’atténuation des impacts environnementaux
-
Compenser les pertes en surfaces boisées par des actions de plantation,
d’aménagement et de mise en valeur intégrée des zones dégradées ;
Assurer le suivi de la qualité des sols, des eaux de surfaces et des eaux
souterraines ;
Effectuer des lâchers périodiques afin de diluer et régénérer les eaux ;
Intégration riziculture et pisciculture;
Lutte intégrée contre les parasites.
7.1.2 Mesures d’atténuation des impacts sociaux
-
Encourager et appuyer l’installation de fournisseurs d’intrants agricoles agréés
dans les différentes zones de riziculture ;
Mener des actions d’information et de sensibilisation des exploitants sur le
choix des engrais et produits phytosanitaires ;
Assurer une surveillance épidémiologique des maladies identifiées ;
Promouvoir l’éducation pour la santé des populations ;
Mettre à profit et améliorer au besoin les savoirs et savoir-faire locaux dans la
zone sud ;
Renforcer les capacités institutionnelles, organisationnelles et opérationnelles
de toutes les catégories de la filière riz;
Renforcer la capacité et les niveaux de prestation des services
7.1.3 Mesures d’atténuation des impacts économiques
Le bilan de la libéralisation des échanges a fait clairement apparaître la faiblesse des
systèmes de régulation anciens et l’incapacité du riz local à se positionner face aux
brisures importées. Si les importateurs et les commerçants qui ont su se positionner
favorablement ont obtenu des gains substantiels, la riziculture du delta en sort très
affaiblie, désillusionnée par l’expérience privée et marquée par les faillites de nombreux
riziers. L’une des contraintes les plus importantes à l’amélioration de la performance de
la riziculture irriguée reste l’insuffisante maîtrise des itinéraires techniques. Le problème
se pose en termes de respect du calendrier cultural, d’application des normes
recommandées et de qualité de l’exécution des opérations culturales. Les niveaux
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
90
d’information et de technicité des paysans doivent être renforcés, mais aussi les stratégies
qu’ils adoptent pour contourner les difficultés techniques ou socio-économiques liées à
l’écoulement de la production doivent être revues. Les équipements en matériel agricole
sont aussi vétustes et dégradés.
7.1.4 Mesures d’ordre institutionnel et réglementaire
Il ressort des différents ateliers qui ont regroupé les producteurs, les décideurs, les
associations de consommateurs et les professionnels de la communication, une série de
propositions de mesures qui visent à améliorer l’ensemble de la filière (environnement,
production, marché et consommation). Plusieurs recommandations ont été dégagées à
l’endroit des autorités et des producteurs :
Pour l’Etat :
- veiller à une meilleure protection de la filière par rapport à la concurrence
déloyale (Thaïlande, Inde, etc.) ;
- rehausser le Tarif Extérieur Commun (TEC) ;
- exonérer les intrants (engrais, produits phytosanitaire, semence) et le matériel
agricole de toute taxe, notamment la TVA ;
- mettre en place un Fonds d’Assurance Rurale pour une meilleure protection de la
filière ;
- revoir le financement actuel de l’agriculture pour l’adapter aux conditions de
culture et diversifier les types de financement (campagne agricole, matériel et
équipements, aménagements hydro-agricoles, etc.) ;
- lutter contre certaines pratiques
Producteurs
- respecter le calendrier cultural, le paquet technologique et l’itinéraire technique ;
- veiller à la séparation des variétés de riz ;
- installer des trieuses dans les différentes unités de transformation ;
- veiller à une meilleure valorisation des sous produits ;
- respecter les engagements souscrits (diagnostic institutionnel participatif de FPA
et FEPROBA en 2002);
- mettre en place une organisation nationale des riziculteurs du Sénégal ;
- développer la culture du remboursement du crédit ;
- renforcer la professionnalisation des producteurs ;
- développer des programmes d’appui à la commercialisation du riz.
Les points de vue qui ont alimenté les discussions entre les représentants des associations
de consommateurs et les professionnels de la communication ont permis de dégager les
constats suivants :
-
le problème du riz local se situe principalement au niveau de l’offre car il a sa
propre demande ;
le marché du riz local est inorganisé;
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
91
-
le riz local continue de souffrir d’un déficit d’information et de promotion au
niveau national.
Des questions d’environnement ont été soulevées par les participants, en ce qui concerne
leurs inquiétudes par rapport à la qualité de l’eau utilisée dans les champs rizicoles, le
manque de formation des utilisateurs de pesticides, la fonction et le rôle du Comité
National Qualité.
Les questions de santé en relation avec la consommation de riz soulèvent de fortes
préoccupations en raison de la recrudescence de la maladie du diabète et d’accidents
tragiques causés par les pollutions des eaux par les pesticides, multiplication des
vendeurs à la sauvette de produits phytosanitaires et de pesticides qu’il convient de
contrôler.
En réponse aux questions liées aux capacités de l’offre, à l’organisation du marché et à
l’information, les acteurs préconisent trois orientations relatives à :
1. Politique du « consommer local »
•
•
•
•
•
•
•
Définition claire de la politique rizicole du Gouvernement ;
Implantation de marchés locaux à l’image du modèle de Taïwan avec la variété
TCS10 (triage, ensachage, boutiques ou points de vente, etc.) ;
Utilisation de dispositif de soutien dans le cadre des accords ;
Organisation et structuration efficientes du marché national du riz (État, secteur
privé, producteurs) ;
Conjugaison des efforts des acteurs et sécurisation de la production locale pour
prendre une option définitive sur le plan foncier afin de créer les conditions
sécurisantes d’installation d’opérateurs privés pour des investissements durables
dans les différentes zones de production ;
Optimisation du fonctionnement de l’agence de régulation des marchés (ARM) ;
Exigence de normes de qualité à travers la traçabilité du produit importé.
2. Promotion du riz local
•
•
•
•
•
•
Publicités et efforts de labellisation du riz à mettre en oeuvre ;
Plus grande agressivité des producteurs, stratégies et plans marketing appropriés
du riz local d’autant plus que son prix est plus compétitif que celui importé (le riz
paddy local sort à 60,00 FCFA le kilogramme) ;
Garantir la compétitivité du riz local en termes de productivité et de qualité ;
Expansion limitée du riz local qu’il faudrait rendre accessible en optant pour une
production locale susceptible de couvrir les besoins du marché sénégalais à un
niveau acceptable ;
Éviter l’alignement du prix du riz local sur le riz importé ;
Identifier et quantifier les effets négatifs en cas d’augmentation accrue de la
production locale de riz ;
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
92
•
•
•
Nécessité de l’État de mettre en œuvre des mesures d’accompagnement pour
protéger efficacement la filière et aider le producteur local à l’image de la CPSP
supprimée ;
Coûts d’aménagements élevés à minimiser ;
Mise en marché d’un riz national compétitif et de qualité répondant aux exigences
des normes standard ;
Les participants à l’atelier relèvent le paradoxe entre problèmes de l’accessibilité du
crédit et la sur liquidité des banques de la place car le crédit constitue la contrainte
principale pour la production du riz dans les conditions actuelles.
3. Information – éducation - communication
•
•
•
•
•
•
•
•
Déficit de communication entre acteurs de la filière auquel il faut remédier ;
Manque de volonté de l’État auquel il convient d’apporter des correctifs ;
Développer et agir sur les questions d’information, de vulgarisation, d’éducation
et de sensibilisation pour amener les populations à consommer le riz local ;
Proposer une meilleure organisation de la filière et ramener le prix des pesticides
à un niveau acceptable pour que le paysan moyen puisse se l’approprier, ce qui
peut occasionner une utilisation de pesticides plus respectueuse de
l’environnement ;
Alternatives à la lutte chimique à promouvoir notamment une forme de lutte
intégrée contre les ravageurs avec une utilisation minimale de produits chimiques
comme expérimentée par la FAO/LOCUSTOX et la PAN ;
Effets nocifs des pesticides et de la réutilisation d’emballages sur la santé des
populations ;
Intégration riziculture et pisciculture ;
Épandage de produits chimiques susceptibles d’affecter les oiseaux de Djoudj à
contrôler.
4. Besoins en matière de renforcement des capacités sur les politiques et stratégies de
consommation et de communication :
•
•
•
•
•
•
•
•
Renforcement des capacités des OP en marketing ;
Renforcement des moyens de contrôle ; Contrôle de qualité du riz importé et
certification par un Comité National « qualité » ;
Certification et labellisation ;
Mesure des effets des pesticides sur la santé (seuil de tolérance, dosage,
utilisation, risques, etc. ;
Faire connaître le riz local aux populations ;
Mise en place d’une réglementation pour l’utilisation de semences de qualité ;
Redynamisation du Comité National Codex (revoir sa composition, sa mission,
ses besoins, l’impliquer dans le Comité National des Négociations Commerciales
Internationales).
Mise en place d’un laboratoire de contrôle de qualité au Port autonome ;
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
93
•
Formation adaptée des utilisateurs de pesticides.
7.2 Identification des politiques
Le cadre institutionnel de l’agriculture a subi de profondes mutations au cours des
dernières décennies, sous l’effet de la Nouvelle Politique Agricole (NPA) en 1984 et du
Programme d’Ajustement Sectoriel Agricole (PASA) en 1994 : élimination des soutiens
aux intrants et du crédit agricole, libéralisation des prix et des marchés des produits
agricoles, recentrage de l’État sur ses fonctions régaliennes, privatisation, restructuration
ou disparition des entreprises publiques chargées du développement rural et agricole, et
enfin responsabilisation plus accrue des agriculteurs avec le transfert de certaines
activités.
Toutes ces réformes et mutations si importantes n’ont pas été à la hauteur des espérances
affichées dans les différentes lettres de politique de développement agricole. La mise en
œuvre du Programme d’Ajustement Sectoriel Agricole (PASA) n’a pas permis à ce jour
d’enrayer la forte tendance du pays à demeurer un importateur net de produits
alimentaires. La poursuite de la réalisation d’un taux d’autosuffisance vivrière de 80 % en
l’an 2000 relève encore du domaine de l’illusion.
Certains défis majeurs tels que la sécurité alimentaire voire l’autosuffisance, le
développement d’une agriculture diversifiée, attractive, compétitive et efficace dans la
conquête des marchés extérieurs, la professionnalisation de tous les acteurs du secteur
agricole pour développer de façon permanente les capacités de production et de
transformation des produits agricoles doivent être relevés pour que le secteur agricole
joue le rôle moteur dans la contribution à la croissance économique globale du pays.
Le Projet des Services Agricoles et d’Appui aux Organisations de Producteurs (PSAOP)
introduit des réformes institutionnelles et structurelles nécessaires à la relance d’une
croissance économique rurale soutenue. Le PSAOP est mis en œuvre pour appuyer la
stratégie gouvernementale de renforcement des services de développement rural, de
décentralisation et de responsabilisation des Organisations de producteurs en favorisant
l’expression et la satisfaction des besoins à la base. L’objectif du PSAOP est
l’augmentation soutenable de la production et de la productivité des petites exploitations
agricoles et des revenus des ruraux en tenant compte de la préservation des ressources
naturelles.
Des mesures diligentes deviennent obligatoires pour redresser très rapidement les
situations particulièrement mauvaises des filières arachide et du riz notamment.
L’intensification de la riziculture connaît des marges de progrès importantes et la
production sera poursuivie dans les zones écologiques où la filière enregistre durablement
de meilleurs résultats techniques et financiers. La production devra d’abord satisfaire les
besoins nationaux avec la mise sur le marché d’un riz de qualité compétitif. La diffusion
de paquet technique par un encadrement qualifié sera élargie afin d’accroître la
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
94
technologie de la production et de la transformation du riz paddy et la capacité de conseil
aux producteurs sera renforcée pour leur donner plus de professionnalisme.
En vue de promouvoir le riz dans le cadre global de l’agriculture irriguée et diversifiée,
l’État met en œuvre une politique d’entretien des aménagements, une politique de gestion
des eaux et de mise en place de petits ouvrages de maîtrise de l'eau. Cette politique
s’appuiera, entres autres, sur la révision à terme de la législation foncière en vue de
sécuriser les investissements, sur la valorisation des acquis de la recherche et sur la
production de semences.
L’agriculture sénégalaise doit satisfaire les besoins d’une population à forte croissance
démographique en assurant une meilleure sécurité alimentaire, en favorisant la
compétitivité des produits agricoles sur les marchés domestiques et extérieurs et en
préservant les ressources naturelles.
En se désengageant des structures productives et marchandes pour une totale
libéralisation de la filière rizicole, les pouvoirs publics ont mis en place une politique qui
vise :
• la régulation du marché du riz par une amélioration du système de fonctionnement
basé sur la transparence ;
• le renforcement des capacités des différents acteurs de la filière en vue de
l’instauration d’un marché équilibré.
L’évaluation de deux décennies de libéralisation montre que cette politique a produit des
effets contraires : en lieu et place d’une réduction progressive des importations et d’un
accroissement de la production locale, c’est totalement l’inverse qui s’est produit. Les
mesures incitatives sur la production du riz local et celles restrictives sur les importations
se sont avérées inefficientes à l’épreuve; l’État n’a pas rigoureusement procédé à une
programmation de la réalisation de la sécurité alimentaire en prenant des mesures simples
et efficaces pour appuyer graduellement la production locale comme en Mauritanie
voisine.
Même si l’accroissement de la production demeure encore insuffisant, elle a fait un bond
de 66% entre 1996 et 1999 ; une évolution positive se dessine avec :
-
la baisse 34 % du coût de production ;
la baisse de 13 % du prix du paddy;
l’augmentation de 34 % du rendement du paddy ;
l’augmentation de 24 % de la marge sur le paddy ;
la baisse de 10 % du prix du riz blanc et ;
la stagnation de la marge sur le riz blanc à 10 F par kg.
En matière de concertation entre tous les acteurs de la filière, le Comité National de
Concertation sur la Filière Rizicole (CONCOFIR, créé par arrêté n° 144 du 8 janvier
1998) qui regroupe les structures gouvernementales, le secteur parapublic, les
organisations de professionnels de la filière riz local, les organisations patronales, les
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
95
associations de consommateurs et les organismes de financement devrait poursuivre les
missions ci-après :
-
-
formuler des avis consultatifs et des recommandations sur la filière ;
instaurer un partenariat dynamique entre tous les acteurs du développement de
la production nationale de riz ;
proposer des solutions aptes à lever les contraintes à l’accroissement de
l’efficacité globale de la production nationale de riz ;
concilier les intérêts et préoccupations de tous les acteurs publics et privés
pour la sauvegarde et le développement de la production et
l’approvisionnement correct des populations et;
contribuer à l’atteinte de l’objectif national de réalisation d’un taux optimum
d’autosuffisance alimentaire en riz.
Le CONCOFIR ne s’est jamais réuni à ce jour et par conséquent il est in opérationnel.
Deux options se dessinent aujourd’hui pour réaliser les priorités du développement
agricole :
• promotion de l’exploitation familiale sécurisée en passant des systèmes extensifs
de production à des systèmes intensifs diversifiés durables ;
• promotion du secteur privé rural.
Quelle alternative pour la filière rizicole ?
La filière rizicole doit remplir deux fonctions : garantir la sécurité alimentaire et lutter
contre la pauvreté en milieu rural. Qui mieux que l’exploitation familiale paysanne est
mieux placée pour garantir une production alimentaire diversifiée ; c’est sur elle que
repose la lutte contre la pauvreté puisque les populations les plus pauvres sont avant tout
rurales. Le riz constitue une production marchande garantie par le marché national ; une
filière rizicole assurée contribue à l’amélioration du revenu paysan et s’accommode
d’une production céréalière diversifiée.
La constitution du stock de sécurité pourrait être intégralement réalisée par la production
locale dans le cadre de la mission du Commissariat à la Sécurité Alimentaire.
Le Programme de Sécurité Alimentaire (PSSA) et sa composante « Petits Projets ruraux
adaptés au milieu et à moindre coût » visent l’intensification et la sécurisation de la
production irriguée par une gestion hydraulique plus rationnelle et par le développement
d’innovations technologiques fiables, peu coûteuses et sans incidences néfastes sur
l’environnement.
Face à la faiblesse du secteur privé agricole, l’agriculture paysanne constitue un atout
pour améliorer la productivité, pour intensifier la production agricole diversifiée sur des
modèles durables et pour limiter les risques naturels (aléas climatiques, ravageurs et
maladies) ; l’économie rurale ne se développera que sur la base de l’amélioration des
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
96
conditions de vie des producteurs et par une meilleure maîtrise des conditions de
production (gestion garantie de l’eau, maîtrise du foncier et maintien de la biodiversité).
L’agriculture a besoin d’une réflexion globale pour sortir d’une crise structurelle
multiforme ; une vision partagée de l’avenir du monde rural doit être déclinée, dans une
démarche concertée, par une loi d’orientation agricole et par une loi de réforme foncière
en phase avec le processus de décentralisation et de bonne gouvernance.
7.3 Mise en œuvre de la stratégie
Les autorités publiques dans leurs prises de position les plus récentes fustigent la tyrannie
du riz et en appellent à une réduction des importations massives qui grèvent annuellement
le budget national ; le discours politique dominant invite à un changement des habitudes
alimentaires en préconisant le maïs (message du Chef de l’État à l’occasion de la fête de
l’Indépendance du 04 avril 2003).
Protéger ou réserver à la production locale un segment du marché du riz : une simple
mesure de réduction progressive de la taille du marché occupée par le riz importé
constitue un transfert de revenus au profit du paysan producteur de riz. L’impact d’une
telle mesure contribue à la lutte contre la pauvreté en augmentant les niveaux de revenus
et en enrayant la chute du niveau d’autoconsommation.
La riziculture a réalisé des progrès notables et substantiels dans l’économie rurale ;
l’avantage fondamental du riz est qu’il fournit un revenu numéraire garanti par la
consommation intérieure, assure l’alimentation du paysan et s’intègre aisément dans
le schéma de diversification agricole; il est compétitif dans le marché économique sous
régional.
La reconquête du marché vivrier passe par un recours limité aux importations, par
l’amélioration du fonctionnement des marchés des produits agricoles et par la garantie de
prix raisonnables aux consommateurs, condition d’une rémunération suffisante des
producteurs. C’est dans cette direction que la sécurité alimentaire sera réalisée sur la base
de la reconnaissance du droit à la souveraineté alimentaire.
En raison des incertitudes liées non seulement à l’instabilité des cours sur le marché
mondial mais également à la récente entente des principaux pays asiatiques exportateurs
de riz pour réguler le marché, le principe de précaution économique devrait être
appliqué au problème de la sécurité alimentaire ; il convient de s’appuyer sur la solidarité
régionale et sous-régionale (jeu des complémentarités du voisinage) et sur la mise en
place d’une protection efficace (remise à plat du TEC), sur la valorisation des produits
locaux et sur le développement des infrastructures.
7.4 Mesures d’amélioration de la compétitivité du riz local
Différentes analyses ont montré les difficultés du riz local par rapport au riz importé. Les
gains de productivité escomptée résultent de l’amélioration des conditions d’utilisation
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SENEGAL (DRAFT)
97
des ressources intérieures qui conditionnent la compétitivité. La réduction du coût
intérieur des ressources nécessite plusieurs efforts, notamment la combinaison d'une
productivité accrue (accroissement des rendements et extension de la double culture du
riz), d'une plus grande efficacité des rizeries, et de meilleurs prix rémunérateurs. En
somme, il s'agit d'une réforme totale du secteur qui peut être appréciée par la situation de
l’offre, la demande et le commerce du riz local.
Les prix des intrants échangeables sont soumis aux mêmes sources de variabilité que le
paddy (prix internationaux et taux de change). La variabilité des rendements du riz peut
aussi être un effet de la politique de protection dans la mesure où les pratiques de gestion,
les taux d'utilisation d'intrants ou le niveau d'effort de la part des paysans sont influencés
par les prix des produits et les coûts des intrants ou des facteurs. Cependant, d'autres
facteurs exogènes à la politique de protection peuvent aussi affecter les rendements, tout
particulièrement les conditions atmosphériques (intempéries) et les dégâts causés par des
parasites.
Les organisations de producteurs considèrent que la libéralisation a installé une
concurrence déloyale au riz local au profit du riz importé. Les riziers de la Vallée du
Fleuve Sénégal réclament l’institution de la Taxe Conjoncturelle à l’Importation (TCI);
c’est un mécanisme conjoncturel de protection de la production locale prévu par Décision
de la Commission de l’UEMOA. Le riz figure parmi les produits qui peuvent en
bénéficier, lorsque les fluctuations des cours au plan international le justifient. La TCI est
destinée à lutter contre les effets des variations erratiques des prix internationaux et à
décourager les pratiques de concurrence déloyale. Sous l’égide du Ministre chargé du
commerce, les producteurs de riz de la Vallée et les commerçants regroupés dans
l’UNACOIS ont signé une charte de modération des prix du riz.
Au droit de douane de 5% ou de 10%, appliqué à l’importation, selon que le riz concerné
est classé respectivement dans la catégorie I ou II de la nomenclature tarifaire de
l’UEMOA, il convient d’ajouter :
-
la redevance statistique de 1% ;
le prélèvement communautaire UEMOA de 1% ;
le prélèvement communautaire CEDEAO de 0,5% ;
la taxe COSEC de 0,2% ;
+ 2,5% de la TDP.
La diminution des coûts de production (engrais et pesticides) et la baisse des coûts des
aménagements hydro-agricoles concourent à accélérer le rythme d’aménagement et
accroître la productivité de la filière riz local. Les associations de consommateurs ont pris
fortement position pour la défense du produit local notamment à travers la suppression de
la TVA de 18 % appliquée sur les intrants agricoles engrais et produits phytosanitaires,
les machines et équipements agricoles ainsi que les pièces détachées.
L’ADRAO et l’ISRA jouent un rôle très important dans la recherche de variétés à haut
rendement, ce qui a concouru à augmenter la production locale ; d’autres tentatives ont
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SENEGAL (DRAFT)
98
vu le jour (sensibilisation dans les zones périurbaines, magasins de référence, etc.), il
reste que la production reste très insuffisante par rapport à la demande même si ce riz a
son propre marché (sa propre demande) qu’il conviendrait d’organiser de façon optimale.
7.5 Enjeux et perspectives des implications de l’AsA sur la politique rizicole au
Sénégal
Les réformes profondes du secteur agricole sénégalais engagées dans le cadre des accords
conclus avec les institutions de Brettons Wood (PASA) ont conduit à la mise en œuvre de
mesures plus contraignantes de libéralisation que celles prévues dans l’AsA de l’OMC
intervenu postérieurement. En effet, comme on l’a déjà vu, l’Accord agricole offre en
général aux pays en développement et aux PMAs en particulier, une marge de liberté
confortable en matière d’engagement de réduction des subventions à l’exportation, de
soutien interne et d’ouverture des marchés nationaux aux produits agricoles. Mais la
jouissance effective de ces droits reconnus par l’OMC aux PMAs se heurte aux
conditionnalités découlant des PASA.
Le Sénégal requiert plus de flexibilité pour appliquer des mesures urgentes devant
préserver les intérêts des petits agriculteurs contre les importations massives de riz en
particulier et les pratiques commerciales déloyales, notamment celles qui affectent la
production de produits clés dans le régime alimentaire (encore une fois l’exemple du riz).
En effet, le riz occupe une place importante dans l’alimentation des populations du
Sénégal tant en milieu urbain qu’en milieu rural où elle a pris une part de plus en plus
importante ces dernières années. La production nationale de riz blanc ne satisfait
qu’environ 20 - 30% des besoins de consommation qui tournent autour de 600 000 tonnes
de riz blanchi en provenance des pays comme la Thaïlande, le Vietnam et autres pays
d’Asie ou d’Amérique latine. Cette situation entraîne un déficit de la balance
commerciale et un déséquilibre de la balance des paiements.
Le riz est un réel « problème » au Sénégal en dépit des efforts énormes d’investissements
consentis par le gouvernement pour développer la riziculture nationale; le riz local
demeure encore très peu compétitif par rapport aux importations de brisures de riz qui
reste un marché captif et résiduel essentiellement destiné au consommateur sénégalais.
De plus le riz importé bénéficie de soutiens divers et multiples de la part des pays
exportateurs. La production nationale du riz peut être très rentable selon les résultats des
études menées dans le cadre des modèles MAP. L’analyse du modèle d’équilibre partiel
montre que l’offre dans la culture du riz de type irrigué réagit positivement (élasticité de
0,61) et de façon significative aux aménagements hydroagricoles.
En terme de sécurité alimentaire et de développement durable, il y a une nécessité
urgente d’augmenter la production afin de satisfaire les besoins nationaux, et de
promouvoir l’investissement et le commerce des produits agricoles et rizicoles. Cela
requiert des mesures incitatives appropriées au niveau des producteurs (accès au crédit, à
la terre, aux intrants) ainsi qu’un environnement économique, institutionnel et social sain
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
99
(stabilité des prix, infrastructures adéquates, recherche et développement, promotion des
services de vulgarisation, etc.).
Il est évident que pour atteindre cet objectif de productivité, il est nécessaire d'agir, de
façon concomitante, sur l'ensemble des facteurs qui conditionnent le fonctionnement de
la filière. Cependant, on n'obtiendra la progression attendue que si l'on améliore de façon
rapide et déterminante les facteurs suivants qui sont :
•
la viabilité du domaine irrigable ;
•
les normes d'aménagement : les aménagements doivent être conçus et réalisés en
respectant des normes hydrauliques et agronomiques sur la base des expériences
locales ;
•
l’entretien des aménagements : c’est une des contraintes majeures pour un
développement durable de l’irrigation ;
•
la conduite de la culture : certaines améliorations des pratiques culturales peuvent
permettre aux producteurs une progression de 2 à 3 t/ha pour passer à un niveau
de rendement de 6 t/ha et à une généralisation de la double culture de riz;
•
l’adaptation du crédit : l’exploitation rizicole nécessite un niveau élevé de
financement aux différents stades de sa mise en oeuvre que sont l'aménagement,
l’équipement et l’exploitation. Il est indispensable qu'à chacun d'eux corresponde
une formule de crédit adaptée aux résultats attendus de l'activité;
•
la qualité : il est indispensable pour améliorer la valeur ajoutée et la compétitivité
du riz national de produire du riz entier et du riz intermédiaire. à destination du
marché national et de certains pays importateurs de la sous région.
Ces mesures pourront contribuer à améliorer nettement la production dans le futur
immédiat. L’augmentation des rendements escomptés avec l’appui de nouvelles
technologies de la recherche aura des incidences positives sur l’état de compétitivité de la
filière locale. En effet une augmentation de seulement 10 % de la production sans coûts
additionnels entraînerait un accroissement réel de 6 à 7 % des marges bénéficiaires des
riziculteurs (Fall, 1998). Dans la vallée où les intervenants commerciaux se sont
implantés sur les marchés de riz et d'intrants, la stabilité récente traduit la maturité
croissante de ces marchés pour les producteurs, bien que l'environnement stratégique
dans lequel ces marchés fonctionnent soit toujours changeant. Outre le risque sur les prix
au producteur, les revenus des producteurs sont aussi soumis à des variations de prix
concernant les intrants et à des risques de production en raison de la variabilité des
rendements.
Pour augmenter la production du riz en particulier au Sénégal, les producteurs devraient
être protégés, au moins de manière temporaire contre les chocs extérieurs et notamment
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
100
les fluctuations des marchés. Parmi les mesures préconisées, l’AsA autorise les
subventions aux intrants. Les subventions aux crédits, à l’offre d’eau et d’électricité ne
peuvent être utilisées par les pays africains si elles dépassent le niveau de minimis. Par
ailleurs, la seule protection dont jouissent les petits producteurs est les taux consolidés,
qui peuvent s’avérer insuffisants pour faire face à des prix mondiaux très bas voire
« manipulés ».
Les expériences passées montrent qu’une croissance agricole soutenue requiert une
combinaison judicieuse de subventions (par exemple aux intrants et à la gestion de l’eau),
de politiques des prix, de mesures aux frontières, et d’autres mesures institutionnelles et
infra structurelles (crédits à l’agriculture, services de vulgarisation, réforme foncière,
transport et routes, système de marché et de distribution).
Le Sénégal défend la position des pays membres de l’UEMOA dans le cadre des
négociations commerciales et elle s’énonce ainsi :
-
réalisation de la sécurité alimentaire ;
accroissement de la base durable de la productivité de l’agriculture ;
libre accès des produits agricoles sur les marchés des pays développés ;
mise en œuvre des mesures de sauvegarde spéciale tendant à la promotion et
au développement des filières agricoles ;
élimination des subventions agricoles des pays développés qui créent des
distorsions sur le marché international.
Si la filière rizicole est totalement libéralisée, la stratégie de développement de la
production est dominée par une approche sectorielle réduite aux potentialités et aux
performances supposées du riz irrigué ; malgré les possibilités et les opportunités
environnementales des bas-fonds et des mangroves, le riz pluvial est traité en parent
pauvre et demeure au stade d’autoconsommation.
Faute d’avoir appréhender de manière globale et effective la filière du riz, la libéralisation
du commerce a plus profité à l’importation ; c’est la production locale qui en a souffert
puisque le mécanisme de protection a été inefficace. Dans le cadre de la satisfaction de la
demande nationale, les objectifs du gouvernement n’ont pas été atteints, la
complémentarité a fait place à la concurrence entre l’importation et la production.
Au cours des négociations de l’OMC sur l’agriculture, plusieurs propositions ont été
mises en avant par les pays en développement pour leur assurer une plus grande
flexibilité et un traitement spécial et différencié dans la mise en œuvre de politiques de
développement rural et de sécurité alimentaire.
Dans le cadre de l’AsA, trois sortes de considérations résument les préoccupations des
autorités sénégalaises:
-
le développement de la capacité d’offre des produits agricoles en quantité et
en qualité ;
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
101
-
la mise en œuvre de la Décision ministérielle de Marrakech sur les PVD et
PMA, importateurs nets de denrées alimentaires, et ;
les mesures autres que celles d’ordre commercial qui permettent une synergie
entre le Commerce et l’Environnement.
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102
VIII . RECOMMANDATIONS ET CONCLUSIONS
Les recommandations portent sur les politiques nationales à mettre en œuvre afin de
réduire les externalités négatives liées à la libéralisation du commerce, de maximiser les
gains nets, et de formuler un plan d'action pour la mise en œuvre de ces
recommandations.
1. Étudier la possibilité d’annualiser le crédit de campagne pour un financement
adéquat des activités agricoles vue sous l’angle de l’exploitation globale
2. Trouver des mécanismes et des lignes de crédit de moyen et long terme pour le
financement des équipements et aménagements hydroagricoles
3. Supprimer la TVA de 18 % appliquée sur les intrants agricoles engrais et produits
phytosanitaire, les machines et équipements agricoles ainsi que sur les pièces
détachées
4. Appuyer les organisations de producteurs dans la mise sur pieds de coopérative
d’approvisionnement en intrants, de transformation et de commercialisation des
produits agricoles avec une gestion de type privée
5. Étudier la mise en place d’un système de financement durable de la
commercialisation du riz en relation avec les organisations de producteurs
6. Vulgariser la variété de riz NERICA à haut potentiel de rendement dans les zones
de production pluviale comme la Haute et la Basse Casamance
7. Définir une taille d’exploitation familiale adaptée pour améliorer la compétitivité
du riz local
8. Étudier les voies et moyens permettant de réduire le coût des aménagements
hydro agricoles afin d’accélérer le rythme d’aménagement dans le pays
9. Réévaluer le plan d’action de NDIAYE avec la communauté des bailleurs de
fonds intéressés pour une redéfinition des priorités et la mise en œuvre des actions
retenues
10. Réformer le foncier afin de créer les conditions sécurisantes de garantie des droits
réels aux exploitants agricoles particulièrement familiaux
11. Renforcer les unités de transformations du riz existantes dans la vallée et dans les
autres zones de production en équipement de tri du riz pour améliorer la qualité
du riz
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
103
12. Les organisations de producteurs devraient se regrouper à une échelle plus grande
pour développer des stratégies marketing appropriées permettant un bon
positionnement de leurs produits sur le marché
13. Les autorités doivent décliner une vision de l’agriculture sénégalaise dans une loi
d’orientation agricole et rurale avant d’élaborer un document de stratégie de
développement de l’agriculture
14. Explorer dans les pays asiatiques les technologies et matériels agricoles
facilement maîtrisables (technique de récolte), à moindre coût et adaptés pour nos
pays pour engager un véritable programme d’équipement de la riziculture
15. Poursuivre la recherche conjointe ADRAO – ISRA - SAED
16. Élaborer une réglementation sur la production, l’importation et la distribution de
produits contenant des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM)
17. Définir une législation qui régit l’interprofession
18. Réactivation du Comité National de Concertation sur la Filière Rizicole
(CONCOFIR, 1998)
19. Promouvoir et renforcer les systèmes d’épargne et de crédit décentralisés des
producteurs
20. Renflouer les systèmes d’information des marchés et faciliter l’accès aux
organisations de producteurs
21. Mise en place d’un cadre d’évaluation environnementale du cycle de négociations
commerciales ; le cadre analytique permet d’intégrer les considérations
environnementales et sociales dans toutes les étapes du processus de négociations
22. Renforcer les actions d’intégration riziculture et pisciculture
23. Introduire dans les différents programmes en cours d’exécution ou prévus des
actions de lutte intégrée contre les parasites nuisibles et les rongeurs une meilleure
protection des cultures
24. Mener des actions d’information et de sensibilisation des exploitants sur le choix
des engrais et produits phytosanitaires
25. Protéger de manière efficace l’espace de l’UEMOA par le soutien de prix
agricoles rémunérateurs en vue de lutter contre la pauvreté et d’assurer la
souveraineté alimentaire
EVALUATION INTEGREE DES IMPACTS DE LA LIBERALISATION DU COMMERCE SUR LA FILIERE RIZ AU
SENEGAL (DRAFT)
PLAN D’ACTIONS POUR LA MISE EN ŒUVRE DES RECOMMANDATIONS
Mesures
Structures chargés de la mise en oeuvre
1. Supprimer la TVA de 18 % appliquée sur les intrants, matériels MEF
agricoles et pièces détachées
2. Mise en place d’une coopérative d’approvisionnement en CIRIZ-FEPROBA
intrants, de transformation et de commercialisation des produits
agricoles
3. Étude d’un système de financement de la commercialisation
CNCR-3P, ASPRODEB, Etat, Bailleurs de
fonds,…
4. Annualisation du crédit de campagne
CNCAS - CNCR - 3P, ASPRODEB
5. Équiper les rizeries en équipements de triage du riz
CIRIZ-FEPROBA, État -Bailleurs de fonds
6. Développer des stratégies marketing de positionnement du riz CIRIZ-FEPROBA-Riziers-Commerçants locauxsur le marché
Consommateurs et communicateurs
7. Réactivation du Comité National de Concertation sur la Filière MEF-MC-MAH
Rizicole (CONCOFIR)
8. Mise en place d’un cadre d’évaluation environnementale du MEF-MC-MAH- MEPN-ISE
cycle de négociations commerciales
9. Élaborer une réglementation sur la production, l’importation et la MEF-MC-MAH- MEPN- CNCR-3P
distribution de produits contenant des Organismes Génétiquement
Modifiés (OGM)
10. Renégocier le TEC au sein de l’UEMOA
MEF-MC-MAH-CNCR-3P
11. adopter le décret sur les normes de qualité du riz paddy et du riz MEF-MC-MAH-CNCR-3P-Consommateurs
blanc
12. Trouver des mécanismes et des lignes de crédit de moyen et CNCAS-CNCR-3P-ASPRODEB
long terme pour le financement des équipements et aménagements
hydroagricoles
13. Définir une législation qui régit l’interprofession
MAH-MEF- MC-CNCR-3P
14. Protéger efficacement l’espace l’UEMOA, soutenir les prix MEF-MC-MAH- MEPN- CNCR-3P
agricoles rémunérateurs et assurer la souveraineté alimentaire
Délai s
Immédiat
À court terme
À court terme
Immédiat
À court terme
Moyen terme
Immédiat
À court terme
À court terme
À court terme
À court terme
À court terme
À court terme
À moyen terme
CONCLUSIONS
Malgré une volonté réelle et affirmée de relance de l’agriculture et l’existence d’atouts
certains, les performances du secteur agricole sénégalais se sont avérées décevantes au cours
des dernières décennies du fait de facteurs exogènes liés en particulier aux aléas climatiques
qui ont affecté le pays et de multiples contraintes au développement agricole, tant au niveau
des structures, de certaines filières (coton, arachide, céréales vivrières, cultures horticoles,
etc.) que de chocs d’origine extérieure liés aux distorsions du marché international.
Les différentes mesures de réforme de la politique agricole menées à ce jour n’ont pas permis
d’enrayer la forte tendance du pays à demeurer importateur net de produits alimentaires,
particulièrement pour le riz qui représente environ 75% de ses importations de céréales.
Il reste que pour le Sénégal, l’agriculture a parmi ses objectifs prioritaires, l’engagement de
réduire l’insécurité alimentaire, voire d’établir la souveraineté alimentaire du pays, tout en
contribuant à la création d’emplois. Sa dimension dans l’économie nationale dépasse donc
largement sa seule fonction commerciale.
L’État a décidé de traduire très prochainement sa volonté de réformer et de relever les défis
majeurs du secteur agricole dans une Loi d’Orientation Agricole qui constituera dorénavant le
cadre légal de développement de l’agriculture pour les vingt prochaines années.
Les préoccupations du Sénégal dans le cadre de l’OMC portent essentiellement sur les
secteurs qui présentent un intérêt immédiat ou futur à l’exportation ou dont la contribution au
développement économique est significative, en rapport avec sa stratégie actuelle de lutte
contre la pauvreté et de croissance. Il faut avoir à l’esprit que dans le cadre de la
mondialisation, le Sénégal doit accorder une importance particulière à la coopération sousrégionale. Il s’agit de privilégier l’espace sous régionale pour augmenter la compétitivité et la
concurrence des produits agricoles qui contribuent à réaliser notre souveraineté alimentaire,
l’essor des exportations et la lutte contre la pauvreté.
La production rizicole peut jouer un rôle primordial de frein au processus de reproduction de
la pauvreté en milieu rural; la pauvreté en milieu rural se manifeste par de nombreuses
privations qui reflètent la faiblesse des niveaux de revenu, la chute du niveau de
consommation, les difficultés d’accès au crédit et de couverture minimale des services
sociaux. Le développement induit par la riziculture irriguée concerne l’intégration de la
pisciculture, l’arboriculture et les activités connexes d’alimentation du bétail, de source
d’énergie, etc. La riziculture est un système de production économiquement et socialement
efficiente, qu’elle est compatible avec une diversification des cultures pour contribuer à la
réalisation de la sécurité alimentaire et à l’augmentation du revenu du paysan.
106
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40. Société Nationale d'Aménagement et d’Exploitation des Terres du Delta (SAED),
"Estimation de la Production de Paddy dans la Délégation de Dagana", Saint-Louis, Avril
1997.
41. Société Nationale d'Aménagement et d’Exploitation des Terres du Delta (SAED),
"Politiques et stratégies de développement rural dans la vallée et le delta du fleuve
Sénégal, Annexe 1: Evolution des superficies aménagées", Contribution de la DPDR,
Février 1998.
42.
Société Nationale d'Aménagement et d’Exploitation des Terres du Delta (SAED),
"Estimation de la Production de Paddy dans la Délégation de Dagana", Saint-Louis, Avril
2000.
43. USAID/Senegal/ADO, "Senegal Agricultural Sector Analysis", January 1991.
108
109
ANNEXES
Figure 5 : carte administrative
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Figure 6 : réseau hydrographique
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